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La case mémorable

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51La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Jeu 15 Avr - 10:41

Raymond

Raymond
Admin

Parfois, les dessinateurs osent créer des images incroyables ... qui deviennent bien sûr mémorables.

il y a ainsi cette image dessinée par Franquin dans la Corne du Rhinocéros, qui ne manque pas de culot et qui rend presque vraisemblable un gag absurde.

La case mémorable - Page 3 Franqu25

A l'époque, j'avais adoré ce gag de l'écureuil qui fait un croche-patte à un éléphant. Je le trouvais génial et j'ai bien sûr été fort déçu lorsque Franquin lui-même déplorait son excès de fantaisie (dans le fameux livre "Et Franquin créa la Gaffe"). Il est vrai que le dessinateur était alors très déprimé.

Mais pour savourer complètement ce gag, il faut probablement revoir toute la séquence. L'action spectaculaire de Spip n'est pas gratuite car il sauve ainsi Fantasio.

La case mémorable - Page 3 Franqu26

C'est en fait un humour de dessin animé, à la fois impertinent, féroce et absurde. J'adore aujourd'hui encore cette séquence improbable, qui prouve que la BD peut parfois tout montrer.

Hergé lui-même ne s'est pas privé de dessiner parfois des séquences tout aussi absurdes. Je vous en montrerai une demain.   Cool


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52La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Jeu 15 Avr - 19:33

Godot

Godot
docteur honoris causa
docteur honoris causa

Raymond a écrit:

[...]

C'est en fait un humour de dessin animé, à la fois impertinent, féroce et absurde. J'adore aujourd'hui encore cette séquence improbable, qui prouve que la BD peut parfois tout montrer.


L'Héritage (1946) est aussi une cascade de gags qui semblent tirés d'un dessin animé. Je pense toujours à cette séquence :

La case mémorable - Page 3 Franqu10

qui pour être appréciée nécessite les cases précédentes :

La case mémorable - Page 3 Franqu11

C'est surtout le fait que Fantasio utilise son arme à feu, pour déclencher la course poursuite. alors qu'elle est sensée être utilisée pour arrêter Gaspard.

et cette histoire regorge de ce genre de gags car Franquin sortait du studio de dessin animé. Voici une petite explication (tirée de Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé)

La case mémorable - Page 3 Franqu12

53La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 16 Avr - 10:45

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage

Je ne savais pas que Franquin avait commencé par l'animation et je comprends mieux maintenant l'extraordinaire capacité qu'il avait de fixer le mouvement dans ses étapes successives. Il donne toujours le sentiment de saisir l'essence même d'un geste surtout lorsque celui-ci est catastrophique ou simplement maladroit. Je me souviens que les deux volumes de la saga Zorglub contiennent un certain nombre de cases de ce genre qui sont aussi merveilleusement dessinées que désopilantes.

Mais revenons aux cases qui sont pour moi mémorables. Comme vous l'avez compris, celles qui ont ma préférence le doivent souvent à quelque chose d'impalpable, au-delà de la péripétie, par la manière dont le dessinateur sait rassembler en une image l'essence d'un moment et d'un lieu. Il y avait la dernière fois la magie nocturne d'un Shanghaï disparu dans Le lotus bleu. Permettez-moi cette fois de rester en Asie, mais dans un autre lieu et un autre temps, ceux de Nos compagnons de Jirô Taniguchi, disponible dans la collection "Ecritures" chez Casterman.



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Dans ce petit album comme l'indique la quatrième de couverture :"Jirô Taniguchi donne à voir et ressentir l'indéfectible amitié qui nous lie à nos animaux domestiques. (...) Par sa mise en scène du quotidien, tout en retenue et en action portée à ce qui paraît insignifiant de prime abord, Jirô Taniguchi saisit l'essence du lien qui nous unit à ces véritables partenaires de vie."

Il en résulte une poésie de ce qui pourrait sembler ordinaire, banal, si l'auteur et ses personnages n'étaient pas aptes à en percevoir t en vivre intensément, avec discrétion, toute la beauté immédiate, celle qui fait la plus profonde saveur de l'existence. Et c'est justement une case aussi discrète qu'emblématique de cette poésie quotidienne, que je voudrais évoquer, tant elle me touche aussitôt. Elle n'a rien de spectaculaire ni d'apparemment remarquable.

Elle se situe dans le second récit. Le premier, intitulé Avoir un chien, raconte avec tendresse est sobriété l'accompagnement d'un vieux chien vers sa mort par un couple sans enfants installé dans une maison avec jardin. Rien de plus simple en apparence. Mais rien non plus de plus émouvant et de plus subtil. Au chapitre 2, Et maintenant... un chat, nous retrouvons le même couple qui, malgré son hésitation à revivre la mort d'un animal domestique bien aimé, s'est laissé convaincre d'adopter une chatte persane. Bientôt, celle-ci se révèle enceinte. A la page 61, l'homme et la femme constatent que quelque chose bouge dans le ventre de l'animal : ses futurs petits. Tout heureux de cette découverte ils posent la main tour à tour contre le ventre de l'animal afin de percevoir le mouvement des jeunes vies à venir.



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La case qui me retient particulièrement dans cette planche "sans relief" en ce quelle ne nous montre rien que de très ordinaire, un intérieur de cuisine contemporaine à la japonaise, est la troisième, la plus grande et la plus large qui se trouve ainsi placée au centre de la page. On y voit les deux personnages en contre plongée à partir d'un point qui pourrait se situer à l'étage supérieur si celui-ci communiquait par un vide avec la cuisine située au ré de chaussée. L'espace est synthétisé dans ses lignes essentielles, à l'aide d'une géométrie cristalline qui lui donne une grande pureté. La cuisine est ainsi sublimée dans sa propre simplicité miraculeuse à l'aide d'un jeu de diagonales ascendantes qui ouvrent l'espace tout en cadrant un lieu de vie quotidienne on ne peut plus courante.



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Ce dispositif - qui évoque certains cadrages d'Ozu mais aussi le style de nombreuses estampes classiques dans lesquelles les cloisons d'une maison sont retirées afin de nous faire voir ce qui se passe dans ses pièces - nous permet d'assister à l'intimité de la scène sans la perturber et de la vivre comme une sorte d'Annonciation féline. L'homme sourit d'ailleurs avec une joie ineffable tandis que sa femme tient la chatte sur ses genoux. Une merveilleuse lumière venue de la droite traverse la cuisine en croisant les lignes de son cadrage, créant un délicat damier en grisé et blanc, avec une telle légèreté que cette clarté, dont on ne sait si elle est matinale ou de fin d'après-midi, mais j'incline à penser qu'il s'agit d'un matin, forme une sorte d'aura très fine qui illumine subtilement la scène, magnifiant ce moment de révélation et de tendresse suspendu hors du temps, dans une perfection sans dialogue ni commentaire narratif. Les objets du quotidien, compotier, tasses à thé, paquet de cigarettes, briquet, cendrier, boite de mouchoirs en papier, journal au sol, ont quelque chose d'une perfection simple que rien ne saurait dépasser. L'homme et la femme donnent l'impression de contempler dans la chatte que la jeune femme tient sur ses genoux, le ou les enfants qu'ils n'ont pas conçus. C'est donc aussi une Nativité laïque du quotidien, un moment de bonheur complet où la vie est grosse de vie à venir, un accord du présent et du devenir, que l'auteur unifie de manière idéale dans cette simple case de la simple vie, si belle qu'elle est à elle seule un poème qu'on pourrait contempler indéfiniment.



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Pour finir, voici un lien vers un bel article consacré à ce bel album :

https://apprentiotaku.wordpress.com/2019/07/18/mon-avis-sur-jiro-taniguchi-une-anthologie/

http://www.marchenriarfeux.net

54La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 16 Avr - 14:33

Raymond

Raymond
Admin

Taniguchi est souvent le chantre des petites joies quotidiennes et intimes (l'art, les promenades, la cuisine, la contemplation du ciel etc.). Je ne connaissais pas cet album mais ce nouveau sujet domestique, consacré cette fois aux animaux, vient compléter avec intelligence les petits moments de bonheur qu'il a célébrés tout au long de sa carrière.


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55La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 16 Avr - 14:52

Raymond

Raymond
Admin

J'en reviens pour ma part à l'influence du dessin animé sur la BD. Elle a été très importante pour Hergé au début de sa carrière, que ce soit en dessinant des scènes de poursuite ou en créant une forme d'humour visuel.

La case que je vous propose est à nouveau humoristique, même si elle reste un peu énigmatique lorsqu'elle est regardée toute seule. Je me souviens cependant des fous rires qu'elle a déclenché pendant mon enfance, lorsque je contemplais le faciès éberlué de ce pauvre hindou bedonnant. Cette image est donc elle aussi très mémorable.

La case mémorable - Page 3 Tintin39

Là aussi, cette image fait partie d'une séquence du genre "cartoon", qui fait fortement penser aux courts métrages de Walt Disney. J'adorais d'ailleurs tellement cette page que je lui ai même consacré tout un article dans mon ancien forum, il y a une dizaine d'années.

Hergé : l'image qui bouge - Les lectures de Raymond (over-blog.com)

Je vous la remontre ici et vous admettrez avec moi qu'Hergé était non seulement admirable comme peintre (quand il dessine ses cases) mais aussi comme cinéaste (en composant ses suites d'images). Le déplacement de Tintin est suggéré avec une implacable efficacité.

La case mémorable - Page 3 Tintin38

C'est bien sûr un gag, mais aujourd'hui je la vois plutôt comme une œuvre d'art, qui témoigne des possibilités infinies de la bande dessinée.   Very Happy


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56La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 16 Avr - 18:38

Godot

Godot
docteur honoris causa
docteur honoris causa

Raymond a écrit:

[...]

Là aussi, cette image fait partie d'une séquence du genre "cartoon", qui fait fortement penser aux courts métrages de Walt Disney. J'adorais d'ailleurs tellement cette page que je lui ai même consacré tout un article dans mon ancien forum, il y a une dizaine d'années.

Hergé : l'image qui bouge - Les lectures de Raymond (over-blog.com)

Je vous la remontre ici et vous admettrez avec moi qu'Hergé était non seulement admirable comme peintre (quand il dessine ses cases) mais aussi comme cinéaste (en composant ses suites d'images). Le déplacement de Tintin est suggéré avec une implacable efficacité.

La case mémorable - Page 3 Tintin38

C'est bien sûr un gag, mais aujourd'hui je la vois plutôt comme une œuvre d'art, qui témoigne des possibilités infinies de la bande dessinée.   Very Happy

Après lecture de ton article, j'ai recherché le fac-similé de l'EO.

La case mémorable - Page 3 Tintin19

La version retravaillée est bien plus "dynamique" et "cartoonesque".

57La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Sam 17 Avr - 10:22

Raymond

Raymond
Admin

Merci pour la comparaison de ces 2 séquences de Tintin !   pouce

Sinon, l'image est parfois mémorable parce qu'elle hante le héros de l'histoire (de même que le lecteur) pendant toute l'aventure. 

Ce fût le cas du personnage féminin nommé Madeleine Morlain que l'on ne voit que de façon assez furtive ,à deux ou trois reprise, dans 120 Rue de la Gare, la fameuse aventure de Nestor Burma dessinée par Tardi en 1986. La jeune femme était d'abord montrée dans une gare, en train d'attendre quelqu'un, puis son imahe apparaissait brièvement au cours d'un meurtre, et puis c'est tout. Qui était-elle vraiment ? Cela restait un mystère.

J'avais découvert cette BD dans le journal (A Suivre) et j'ai donc suivi attentivement toute l'histoire pendant plus d'une année, en me demandant quand est-ce que Nestor Burma allait enfin rencontrer cette jolie femme suspecte d'avoir commis un assassinat.

La case mémorable - Page 3 Tardi-12

Et comme tous les lecteurs de (A Suivre), j'ai longtemps attendu une rencontre qui était finalement très décevante. Cette belle jeune femme n'était pas sympathique du tout ... et Jacques Tardi a dû se faire bien du plaisir à montrer un tel personnage à ses lecteurs.

Mais je n'en ai jamais tenu rigueur à Tardi, qui avait dessiné avec cette adaptation romanesque une de ses meilleures BD.   sunny



Dernière édition par Raymond le Sam 17 Avr - 11:44, édité 1 fois


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58La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Sam 17 Avr - 11:41

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage

Le moins qu'on puisse dire est que Tintin ne manque pas de ressort !!!!! Je trouve très intéressante la comparaison entre les deux versions de la séquence de son évasion dans Les cigares du Pharaon. Outre l'évolution du dessin, elles permettent de développer le gag avec beaucoup de finesse à partir de sa première mise en scène déjà amusante mais plus sommaire.

J'ai lu 120 rue de la gare en album à sa parution. Mais j'imagine le mystère de cette jeune femme pour ceux qui, comme Raymond on découvert l'histoire en feuilleton ! Quelle case mémorable à tout point de vue en effet !

Je reviens à mon tour à ma propre appréhension de la notion de case mémorable. Mémorable signifie selon le Robert : "Digne d'être conservé dans la mémoire collective et par extension : fameux, historique, inoubliable, remarquable". Mais aussi  "à marquer d'une pierre blanche.

Ce qui est mémorable est donc aussi ce qui reste en mémoire, ou encore ce qui rouvre les chemins de la mémoire. Le mémorable est alors médium entre le présent et le passé, tel un seuil. Ce médium peut être une case, comme dans Une lignée centenaire, cinquième chapitre de Nos compagnons par Jirô Taniguchi, dont je parlais déjà hier. La case médium est aussi mémorable par son effet sur le lecteur que je suis. Mémorable prend alors un sens personnel tout comme les évènements racontés dans cette histoire le sont pour sa narratrice.


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Kimiko, qui était enfant pendant la seconde guerre mondiale, devenue grand-mère d'une petite fille pleine de vie, raconte à celle-ci à l'occasion de la naissance des cinq chiots de leur femelle berger allemand Hana, l'histoire de sa propre chienne Belle, ancêtre de Hana, qu'elle faillit perdre à tout jamais. La petite fille de Kimiko ne connaissait pas cette histoire. Le récit  de ce passé douloureux s'apprête à commencer à la fin de la troisième planche dont la dernière case représente symboliquement le transit du présent vers le passé par l'intermédiaire d'un pont que traverse un tramway sonore.


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C'est alors qu'apparaît la case mémorable que j'appelle aussi case mémoire : première case de la planche suivante, elle nous montre une rue vide et totalement silencieuse d'un quartier résidentiel avec à droite la mention : Kugenuma département de Kawagama. Et voici qu'en dessous, la seconde case nous montre l'image d'une chienne, la fameuse Belle, qui vient en aboyant de joie à la rencontre des visiteurs revenus dans le passé, comme le montre elle fait que l'animal est tourné du côté de la planche 3, juste en face d'une case représentant Kimiko   devenue grand-mère et s'apprêtant à raconter à sa petite fille l'histoire de son enfance avec Belle. Vue de profil, Kimiko est en effet tournée du côté de Belle dont ne la sépare symboliquement que le pli entre les deux pages de l'album.


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La case mémorable ou case mémoire est donc un seuil en perspective vers la profondeur du passé. Elle se caractérise par sa beauté qui d'emblée a retenu mon attention. Comment ne pas être sensible à la vue de cette rue vide bordée de villas dans leur jardins clos de murs, avec leurs arbres qui s'élèvent de part et d'autre ? La magie de cette case tient non seulement à son réalisme précis et synthétique qui a la finesse d'une gravure non surchargée et la souplesse d'un dessin au crayon quoiqu'elle soit encrée. Une telle rue entre de jardins bordés de murs, avec les arbres et les toits des villas, il me semble que je la connais, ou plutôt que je la reconnais, bien que je n'y sois jamais entré et que celle que nous montre l'auteur soit peut-être une pure création de son imagination. C'est que je suis entré dans de semblables rues ailleurs, jumelles européennes de celle-ci, en de nombreux lieux, dont Sète où toute une partie de la ville sur les pentes du Mont Saint Clair est traversée de rues de ce genre, mystérieuses et apaisantes, où je me suis souvent promené et où j'ai même résidé à l'occasion de plusieurs séjours sétois. Mais elle renvoie aussi aux souvenirs d'autres rues semblables en d'autres localités. Je n'en finirais pas de les énumérer. Cette case est donc pour moi mémorable à titre très intime. Elle fait jouer un timbre intérieur tout personnel.


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Elle ouvre aussi la rêverie de la mémoire par sa perspective : elle est en effet l'emblème du récit de souvenir au moment inaugural où il va révéler sa richesse secrète à qui ne la connaît pas encore : la petite fille de Kimiko et le lecteur en train de  découvrir cette histoire d'une lignée de chiens dont Belle est un maillon, essentiel car fragile et menacé comme on le découvrira en lisant la suite de ce récit émouvant.

Toute rue semblable nous invite donc à explorer une autre dimension d'être. Je songe aussi en contemplant cette case au prologue d'Un beau ténébreux de Julien Gracq où un narrateur impersonnel énigmatique invite le lecteur à parcourir les rues désertes d'une petite station balnéaire bretonne : "J'évoque, dans ces journées glissantes, fuyantes, de l'arrière-automne, avec une prédilection particulière, les avenues de cette petite plage, dans le déclin de la saison soudain singulièrement envahie par le silence. (...) Je m'enfonce maintenant derrière les villas (...), je parcours les avenues  enfouies sous les arbres, au doux sol brun  assourdi par le sable et les aiguilles de pin." (Un beau ténébreux, Julien Gracq, Oeuvres complètes, Tome I, p.99-100, Bibliothèque de la Pléiade, Editions Gallimard)
Deux autres cases lui feront écho à travers le récit : la première ouvrant l'accès à la mémoire d'une autre époque, l'après guerre en mars 1947, marqué par la tristesse en l'absence de Belle qui avait été emmenée de force le 25 octobre 1943 par les militaires, afin de servir dans un peloton cynophile, tandis que le père de Kimiko auquel il est reproché d'avoir peint des tableaux à thèmes militaires pendant la guerre passe désormais ses journées enfermé dans son atelier - l'accusation dont il fait l'objet étant injuste car hors contexte en négligeant le fait que  cet homme a été contraint et n'a pas choisi de peindre ces oeuvres et ce n'est sans doute pas par hasard si à la première planche de l'histoire nous voyons Kimiko âgée en traine peindre des fleurs.

La seconde  de ces deux cases se situe au seuil du récit du retour de Belle, six mois plus tard, "par un beau jour d'été", selon le texte accompagnant la case. Contrairement aux autres, elle n'est ni silencieuse, ni vide puisqu'on on entend le moteur d'un véhicule dont aperçoit au loin la silhouette en en train de venir dans notre direction. Ces deux cases sont donc aussi des cases mémoires, mémorables en cela, doubles dans le temps de celle par laquelle nous étions entrés dans cette histoire.


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Il faudra ajouter que le récit s'achèvera par où il avait commencé : deux autres cases représentant le jardin et la maison de Kimiko, comme si de la rue mémorielle, nous étions passé en franchissant un portail dans la propriété de la vieille dame. A la toute première case s'affirme le temps rapide du présent en devenir à travers l'appel de l'enfant : "Grand-mère ! Vite !" La toute dernière case répond par l'unité retrouvée entre passé, présente futur : "Tout à fait... les Umehara continuent à faire prospérer la dynastie... ... de génération en génération..."


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La case memorable que j'ai aujourd'hui sélectionnée avait aussi cette fonction, permettre cette unification des dimensions du temps, si chère à Jinirô Taniguchi, dans bon nombre de ses oeuvres, qu'il s'agisse de Quartier lointain, d' Un Zoo en hiver ou du Journal de mon père pour ne donner quelques exemples - et les unir encore à celle de tout lecteur que la beauté pure de cette case invite à entrer à son tour dans la longue rue vide environnée de ses jardins, toute frémissante de mystère, du retour en pays de mémoire.

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59La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 9:55

Totoche Tannenen

Totoche Tannenen
vieux sage
vieux sage

Raymond a écrit:Parfois, les dessinateurs osent créer des images incroyables ... qui deviennent bien sûr mémorables.

il y a ainsi cette image dessinée par Franquin dans la Corne du Rhinocéros, qui ne manque pas de culot et qui rend presque vraisemblable un gag absurde.

La case mémorable - Page 3 Franqu25

A l'époque, j'avais adoré ce gag de l'écureuil qui fait un croche-patte à un éléphant. Je le trouvais génial et j'ai bien sûr été fort déçu lorsque Franquin lui-même déplorait son excès de fantaisie (dans le fameux livre "Et Franquin créa la Gaffe"). Il est vrai que le dessinateur était alors très déprimé.

Mais pour savourer complètement ce gag, il faut probablement revoir toute la séquence. L'action spectaculaire de Spip n'est pas gratuite car il sauve ainsi Fantasio.

La case mémorable - Page 3 Franqu26

C'est en fait un humour de dessin animé, à la fois impertinent, féroce et absurde. J'adore aujourd'hui encore cette séquence improbable, qui prouve que la BD peut parfois tout montrer.

Hergé lui-même ne s'est pas privé de dessiner parfois des séquences tout aussi absurdes. Je vous en montrerai une demain.   Cool


Cela fait penser à la noix de Gaston qui fait dérailler le tramway !

La case mémorable - Page 3 Gastonnoixa

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60La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 10:07

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
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Bonjour

Aujourd'hui, je vais vous parler des Peanuts et plus particulièrement de l'image iconique de Snoopy sur sa niche, grimé en as de l'aviation de la première guerre mondiale.

La case mémorable - Page 3 Pierre_snoopy_baron_rouge_04_

Les Peanuts, c'est d'abord une quête personnel. Adolescente, j'ai découvert la série par une collection très partielle en 12 volumes chez Gallimard. Jeune femme et angliciste confirmée, j'ai pu apprécié les Peanuts books offerts par mon futur époux. Cette série était interminable et les libraires n'avaient que quelques opus. Du coup, "ma" collection était fragmentaire, ce qui rendait la lecture moins réjouissante. Heureusement, à partir de 1997, Fantagraphics Books a publié une intégrale, reprise en France par Dargaud et dont l'éditon arrivera à son terme en 2021 ou 2022.

Ma lecture des Peanuts s'est approfondie avec ma vie. De simple BD d'humour, l'œuvre est passée à une critique de l'Amérique profonde, celle des banlieues pavillonnaires. J'ai ensuite découvert sa tristesse, son rire toujours doux-amer, sa profondeur, etc. Et aujourd'hui, j'y vois tout autre chose, un symbole de la vie, dans ce qu'elle a de plus fort, avec ses larmes mais aussi ses rires, avec ses projets, sa complexité, oserais-je dire sa beauté. Et puis, quelle performance ! De 1950 à 1999, Schultz a produit des millions de bandes, toutes voisines et toutes différentes, par une succession infinie de variations. Les thèmes et les personnages sont introduits et leur histoire s'enrichit très progressivement, par un glissando progressif.

D'un point de vue graphique, Snoopy est simple. Quelques traits, des décors volontairement minimalistes, des dessins caricaturaux et des mimiques fort expressives.
Dans le cas ci-dessous, le dessinateur représente une niche, de profil et sans aucun effet de perspective. Snoopy porte des lunettes protectrices, un casque en cuir et une écharpe. Il est assis sur le toit de sa demeure et fixe on ne sait quoi sur la droite. Cette esthétique très simple permet de focaliser l'imagination de la lectrice (du lecteur) sur l'essentiel : la signification. Même sin on ne peut qu'être admiratif devant l'incroyable rendu à partir de si peu de moyens. Quel talent ! Very Happy

La lectrice (le lecteur) ne peut que s'interroger. Comment un chien peut-il lever les pattes avant ainsi ? Pourquoi l'écharpe est-elle horizontale alors qu'aucun vent ne la souffle vers l'arrière ? Pourquoi le beagle ne tombe pas car son assise est rien moins qu'instable ? Comment se fait-il qu'un canidé porte des habits humains ? Schultz nous emmène donc dans un univers imaginaire, plein de fantaisie et de poésie. L'anthropomorphisme du personnage en devient naturelle, évidente, vérace.

Bien évidemment, ceux qui connaissant la BD savent qu'il s'agit d'une nième reprise des combats aériens de la première guerre mondiale, où des chevaliers s'affrontaient mortellement dans le ciel. Côté allemand, le plus célèbre d'entre eux, Manfred Von Richtofen volait dans un avion peint en rouge ce qui lui valut le surnom du baron rouge. Le choix de ce personnage est tout sauf anonyme car la couleur de son appareil le rend visible sur le fond du ciel bleu, ce qui est à la fois une publicité pro-germanique et aussi un risque de sur-visibilité. Par ailleurs, cette teinte, souvent associé à celle du sang, a aussi pour but de semer l'épouvante. Enfin, la mort du héros, tué par une balle d'un soldat au sol, est profondément absurde. Nous avons donc là un aperçu négatif de la vie : l'intimidation, la violence et le non-sens. Face à ce personnage, Snoopy incarne le courage infini. Cent fois, il remet son ouvrage sur le métier et toujours persévère. Des valeurs positives donc : la persévérance et la résilience. Oh, notre beagle n'est pas un modèle de vertu et ses relations avec son mécanicien (l'oisillon Woodstock), avec les poilus dans les tranchées (son frère Spike) ou avec les françaises (Marcy) peuvent paraitre quelque peu méprisantes. Lui est dans le ciel, donc près de Dieu (?) et eux sont dans l'huile, la boue ou dans des troquets misérables. Cette approche primaire doit bien évidemment être prise à contre-pied comme dans toutes les bandes de Schultz. Le mécanicien est en réalité l'ami du chien et lui fait même quelques farces, Snoopy défend la cause de son frère auprès du général Pershing pour qu'il obtienne un gâteau ( Laughing )vet enfin, le beagle est amoureux de la paysanne locale. A l'opposé du baron rouge, Snoopy est donc proche du peuple. Ce n'est pas une icone inaccessible mais un être humain, avec ses doutes et ses qualités.

Un autre point remarquable de la BD est le choix de Snoopy d'embarquer sur son avion, le célèbre Soptwith Camel. Deux explications peuvent être avancées : la fuite face à un réel morne (le pavillon de banlieue) et un maître (Charlie Brown) dépressif, ou la transcendance et le dépassement du statut canin. Je choisis sans hésiter la deuxième explication. En effet, Schultz aime ses personnages et les respecte profondément. De plus, Snoopy a du courage à revendre comme nous le démontre ses combats homériques contre la chat monstrueux des voisins ou encore ses plaidoiries juridiques. Le grimage est donc ici le symbole du surpassement. Tous, nous pouvons réussir nos rêves Very Happy .

Enfin, n'oublions jamais que les américains sont patriotes et francophiles (merci Lafayette). L'auteur rend donc ici un hommage fort à la France et aux soldats américains dont l'apport en 1917-1018 a fait pencher la balance de la Première Guerre Mondiale.

Voilà, j'espère que je ne vous ai pas trop ennuyé par ce long monologue.

Belle journée

La case mémorable - Page 3 Il_794xN.2030758275_ft4x

Eléanore

61La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 10:52

Raymond

Raymond
Admin

Non, tu ne nous as pas ennuyé. "Snoopy et le Baron Rouge" est une énorme saga qui appartient à l'histoire de la bande dessinée, et il est bien de lui rendre hommage dans ce sujet.   pouce

Pour ma part, je l'ai découverte dans Charlie mensuel au cours des années 70. C'est fou, ce qu'il y avait comme bonnes BD dans ce journal, pendant ces années-là !    Cool


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62La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 11:33

Raymond

Raymond
Admin

Je me permets toutefois de revenir à Taniguchi, et à ses images contemplatives pleines de résonances mystérieuses !   Wink

L'image que je vous propose provient de Quartier lointain, un manga qui est un chef d'œuvre absolu du 9ème Art.

La case mémorable - Page 3 Tanigu11

C'est avec cette image que le récit commence vraiment. Le héros fait un bond dans le temps et il se retrouve dans le monde de son enfance, tout en ayant gardé sa conscience d'adulte. Il va donc redécouvrir l'univers de ses parents et finalement mieux les comprendre.

C'est une case toute simple, qui nous montre une banale rue de quartier, à une époque où l'automobile n'avait pas encore envahi toute la cité. La rue est bordée de petites boutiques et les gens s'y arrêtent parfois pour se parler, un comportement qui est bien sûr de plus en plus rare de nos jours. L'image nous présente en fait un monde à taille humaine et, même si cela se passe au Japon, le lecteur européen n'a aucune peine à s'y retrouver.

Cette image me touche beaucoup parce qu'elle est manifestement pleine de nostalgie. Tout comme moi (ou comme nous ?), Taniguchi rêve de retrouver le monde de son enfance et comme c'est un événement impossible, il imagine un scénario invraisemblable pour s'offrir ce voyage dans le temps.

Bien que le scénario n'ait rien de crédible, cela ne m'a curieusement jamais agacé. Le plaisir de ces retrouvailles avec un monde d'enfant a toujours été plus fort que mon besoin de rationalité.   Wink

La BD peut ainsi tout imaginer et tout faire. Elle peut même devenir un monde à part !   sunny


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63La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 11:36

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Peanuts est un théâtre où chaque acteur, toujours les mêmes, de vrais sociétaires de la Comédie Française, joue des rôles différents. Snoopy est aviateur, juriste, chirurgien, écrivain, etc. Lucy est psychiatre, grande sœur tyrannique, virago, joueuse de base ball,...
Et nous sommes les peanuts. Suivant le jour et la facette de notre caractère, nous pouvons être Schroeder, Linus ou encore Peppermint Patty.
C'est une réflexion philosophique profonde sur la vie qui se lit à plusieurs niveaux.

Eléanore

64La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 11:38

Raymond

Raymond
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Je me suis toujours identifié à Linus, qui est le personnage le plus raisonnable et le plus fragile de tous (à case de sa couverture).   Very Happy


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65La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 18 Avr - 12:46

Draculea

Draculea
vieux sage
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Raymond nous montrait hier (billet 57) une image extraite de 120 rue de la Gare, album mémorable en lui-même dans l'oeuvre de Mardi. J'ai donc ressorti ce matin mon exemplaire acheté l'année de sa parution, en gare de Perrache, là même où commence la partie lyonnaise du récit. Cet album fourmille de cases hivernales et sinistres à souhait, dans le Lyon de la guerre et j'avais al tentation d'en montrer une, quand en feuilletant l'album, je suis tombé sur l'une des cases parisiennes de la seconde moitié de l'album. Nestor Burma vient tout de regagner les locaux de l'Agence Fiat Lux d'où il compte poursuivre l'enquête commencée à Lyon - je renvoie les lecteurs de ce sujet à l'album lui-même, afin de ne pas leur révéler de détails s'ils ne connaissent pas encore cette fabuleuse histoire.

Selon le principe de chronologie habituelle aux aventures de Burma, celui-ci à peine rentré ressort vers 18h faire un tour dans son quartier et La première case de la page 114 nous offre ce splendide paysage urbain, case d'atmosphère par excellence, telles que je les aime en tout cas !  On y voit l'une des entrées du passage Choiseul, celle du côté sud, au 40 de la rue des Petits Champs dans le 2ème arrondissement. Cette situation géographique ne fait aucun doute puisque la remarquable marquise marquant cette entrée existe toujours de ce seul côté du passage. La rue des Petits Champs est d'ailleurs celle où est censée se trouver l'agence Fiat Lux. Pour la petite histoire, le jeune Louis-Ferdinand Céline y a vécu de 1899 à 1907 au numéro 67.


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J'adore cette case qui constitue à elle seule un petite monde parfaitement synthétisé avec une foule de menus détails. Elle constitue l'un des nombreux relais des parcours incessants de Nestor Burma et offre au lecteur le repos de son espace sans péripétie particulière, pour le pur plaisir gratuit de l'oeil qui contemple ce fragment d'espace-temps parisien capté dans une époque des plus troubles au soir d'un jour d'hiver mouillé daté quatre pages auparavant : le samedi 16 Décembre 1941.  A ce titre, elle est encore une case mémorable en ce qu'elle joue le rôle de médium de la mémoire, d'une façon différente des cases de Jirô Taniguchi que j'évoquais hier, mais en un sens pas si éloignée que cela de celles du Lotus bleu que je présentais mardi dernier (billet 44), à cette différence près toutefois que nous ignorons si les deux vues de Shanghaï qui m'avaient alors retenu, sont imaginaires ou inspirées de lieux réels.


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Elle n'est pas la seule à montrer le passage Choiseul des l'oeuvre de Tardi, comme on le verra en consultant l'excellent site Paris en bd où l'on voit notamment une superbe vue des mêmes lieux extraite de M'as-tu vu en cadavre ? Voici d'ailleurs un lien vers la page ce site, qui est consacrée à la rue des Petits Champs dans cet autre album publié en 2000  :

http://lebrunf9.free.fr/parisenbd/tardi/cadavre/champs.html


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66La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Lun 19 Avr - 10:25

Raymond

Raymond
Admin

Dans 120 rue de la Gare, Jacques Tardi avait pris un plaisir extraordinaire à dessiner ces vieilles rues de Paris et cela se sent beaucoup. il y a même eu une petite monographie  de Jean-François Douvry qui analysait son travail dans ce livre, et c'est devenu le complément presque indispensable de l'album.   Wink

La case mémorable - Page 3 Rendez10

De nombreux lecteurs ont en fait été fascinés par cette BD, et je pense que le fait qu'elle soit d'abord parue en histoire à suivre a augmenté son impact sur le grand public. J'ai suivi ce récit pendant plus d'un an, en attendant impatiemment la suite, et la bande dessinée reste donc fortement implantée dans mes souvenirs.


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67La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Lun 19 Avr - 14:50

Draculea

Draculea
vieux sage
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Pour ma part, j'ai lu pour la première fois 120 rue de la Gare dans des circonstances particulières : en train ! Au coeur de l'hiver, une sombre après-midi de dimanche, dans un compartiment où j'étais seul, ce qui en faisait qu'ajouter à la poésie de cet album mythique !

Une double case a parmi d'autres retenu mon attention : celle qui présente les retrouvailles lyonnaises de Burma et de Marc Covet, journaliste au Crépuscule. Collégien, j'avais un professeur de dessin qui était un ami proche de Jacques Tardi. Il nous avait parlé de lui à une époque où j'ignorais tout de son existence, mais j'étais très fier de savoir que mon professeur de dessin était ami d'un auteur de bande dessinée.  Quelle n'a pas été ma surprise de me rendre compte, 13 ans plus tard, que le visage de Marc Covet dans 120 rue de la Gare était celui de ce professeur !  


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68La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Mer 21 Avr - 15:41

Raymond

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Admin

Je dois faire attention, car les images qui me viennent en tête sont souvent celles que j'ai déjà montrées dans "les BD qui donnent le frisson".   Embarassed  

Il est vrai que les deux sujets se rapprochent, mais cette fois-ci, on parle bien de la case.   Wink

Une image qui me revient souvent en tête, en tout cas, c'est ce dessin de Jijé que l'on trouve dans Blondin et Cirage au Mexique. Tant pis si je l'ai déjà montré !

La case mémorable - Page 3 Jijzo-24

L'humour est malicieux, bien sûr, mais il y a aussi une gentillesse dans cette image que je trouve irrésistible. Je ne sais pas si elle est toujours politiquement correcte mais pour ma part, je la vois plutôt comme un gag pertinent et plein de tendresse, qui s'affranchit vigoureusement des barrières du racisme.

Jijé avait un cœur gros comme ça !   sunny


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69La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Jeu 22 Avr - 10:15

Raymond

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Admin

Parfois, une seule case peut raconter toute une histoire, et Reiser excellait dans cet art qui demande une grande concision.

Et c'est ainsi que je me souviendrai toujours du sentiment d'horreur que j'ai ressenti en découvrant pour la première fois cette image, dans l'album Ils sont moches.   Shocked

La case mémorable - Page 3 Reiser11

En matière de férocité, Reiser a rarement été égalé !   Very Happy


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70La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 23 Avr - 12:04

Raymond

Raymond
Admin

La plupart des images que je vous montre ont été vues il y a bien longtemps, mais il est vrai que les souvenirs de jeunesse sont beaucoup plus forts.   Cool

il existe cependant quelques BD plus récentes qui m'ont également beaucoup marqué, de diverses manières bien sûr. 

Et c'est ainsi que Lewis Trondheim m'a profondément démoralisé pendant l'été 2004, lorsque j'ai lu le 8ème album de la série Lapinot, qui s'intitule "La vie comme elle vient".  L'image que je vous montre ci-dessous parait toute simple mais, derrière son apparente négligence, elle est réellement dramatique !

La case mémorable - Page 3 Trondh16

Précisons que dans cette histoire, une femme un peu cinglée prédit au début de l'album que l'un des participants à la petite fête organisée chez Lapinot va mourir ! Le lecteur comprend implicitement que cette prédiction est probablement exacte, mais il attend jusqu'à la fin de cette histoire avant de savoir lequel des personnages va effectivement décéder !  

Et ainsi, tout au long de cet album, divers événements surviennent et menacent la vie des amis de Lapinot. Il devient alors évident que quelqu'un va mourir puis, en arrivant vers la fin de l'aventure, Richard se retrouve à l'hôpital dans un coma profond suite à un traumatisme. Le lecteur en est réduit à croire que c'est le meilleur ami de Lapinot qui va disparaître.

Et c'est à ce moment-là que survient la séquence se terminant avec l'image ci-dessus. Une voiture folle se dirige vers Lapinot mais on ne voit pas ce qui survient après. Cependant, Lapinot disparait complètement du récit. Le lecteur découvre encore quelques pages anecdotiques puis tout le monde se retrouve au cimetière, en train d'enterrer un personnage ... dont le nom n'est pas précisé.  

Et peu à peu, on comprend que c'est bien Lapinot qui est mort, puisque Richard assiste lui aussi à l'enterrement.   Shocked

Et après cela, la fin de cette lecture m'a profondément démoralisé. Pendant plusieurs jours, je me suis senti bêtement triste, avec la sensation d'avoir perdu quelque chose. Ce n'était pourtant qu'un personnage de BD, et c'était un peu ridicule, mais j'étais bien triste. Et j'ai gardé depuis lors dans ma mémoire cette image de la voiture qui fonce vers le pauvre lapin traversant la rue, parce que .... c'était pour moi la dernière image de Lapinot.  Sad


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71La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Ven 23 Avr - 17:59

Draculea

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vieux sage
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Je suis très ému par cette histoire. n'ayant jamais lu Lapinot, j'ignorais tout de cette fin annoncée mais simultanément si inattendue, puisque le lecteur est dirigé sur de fausses pistes. Je comprends ton émotion, d'autant plus que cette case est à la fois terrible et belle. C'est vraiment une case mémoire !

Pour ma part j'aborderai aujourd'hui une case extraite d'une série depuis longtemps clôturée et oubliée dans les limbes aux confins des années 1980 et 1990, et que j'ai beaucoup aimée. Il s'agit des Dossiers secrets de Maître Berger, par François Rivière au scénario et Patrick Dumas au dessin. Maître Berger est un ancien avocat bordelais qui, au seuil de la vieillesse, rouvre d'anciens dossiers d'affaires criminelles auxquelles il a été mêlé et qui l'ont conduit à mener des enquêtes personnelles qui ont de lui un personnage de détective amateur autant que d'avocat. Les sept récits de cet ensemble nous font remonter au tournant des années cinquante et soixante, dans un univers provincial qui n'est pas sans évoquer parfois certaines aventures de Maigret, et même dans l'un des albums, Le pensionnaire de Saint-Vincent le cinéma français d'avant guerre, en l'occurrence Les disparus de Saint-Agil, (1938).

Maître Berger est marié avec Jeanine, jeune femme quelque peu neurasthénique qui va jusqu'à s'interroger sur ce mariage, se demandant au début du volume 5, La cousine de Madame Berger, si René Berger était bien l'homme avec lequel elle souhaitait vivre. C'est précisément dans cet album dont l'histoire se passe pour une fois à Paris et non au coeur de la province, en octobre 1961, que se trouve ma case d'aujourd'hui. Passons assez vite sur les péripéties : en visite chez sa cousine Edmée plus âgée qu'elle, sent que celle-ci a des ennuis. Elle profite de son séjour à Paris pour reprendre contact avec un ami du couple, le jeune Lucien Seguin, devenu professeur au lycée Pasteur et surtout auteur de romans policiers. Mais la tante Edmée est agressée et assassinée. Lucien est un moment soupçonné car c'est lui qui a trouvé le corps. Bouleversée, loin de Bordeaux et de son mari, Jeanine contre toute attente pour le lecteur qui a lu les premiers albums de la série finit par devenir la maîtresse de Lucien. Mais voici que les deux amants sont enlevés et Maître Berger vient à Paris afin d'en apprendre plus. Le policier chargé de l'enquête, l'inspecteur Amalric, lui apprend la liaison pour lui inimaginable de Jeanine et de leur jeune ami.

A la sortie du Quai des Orfèvres, Maître Berger est totalement désorienté. Pudiquement, selon la règle des atténuations provinciales, le narrateur exprime cette situation en ces termes : "Je quittai le Quai des Orfèvres dans un état d'esprit mitigé..." Maître Berger erre dans un soir d'octobre pluvieux et finit par se trouver - sans l'avoir voulu ?- dans un quartier un peu interlope et est interpellé par une prostituée. La dernière case de la planche dans laquelle nous est racontée cette errance présente un gros plan sur le visage de Maître Berger vu de trois quart et jetant un regard coulant vers la  belle de nuit, visiblement troublé et hésitant, mouillé de pluie, les mèches de sa coiffure dérangées et collées à son front, donnant ainsi en peu de traits le sentiment du profond malaise éprouvé par cet avocat si respectable et raisonnable, déstabilisé par l'infidélité de sa femme et soudain envahi de désirs  qui ne peuvent lui paraître qu'équivoques en raison du drame qu'il est en train de vivre et de l'époque où se situe le récit.



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Je trouve que le style de Dumas à cette époque, un peu raide et anguleux, le chromatisme nocturne réduit - voyez notamment les cernes bleus des yeux et du nez - conviennent admirablement à l'évocation de cet instant où tout vacille. Le très courtois, élégant et scrupuleux notable qu'est Maître Berger, va-t-il basculer et monter avec la prostituée ? Ou bien, la honte silencieuse l'emportera-t-elle ? Nous ne le saurons pas, puisque la case suivante  nous transporte à nouveau le lendemain dans les bureaux du Quai des Orfèvres où Maître Berger redevenu l'avocat maître de lui-même et impeccablement vêtu de sa stricte gabardine, est salué par un policier en képi. Nous ne saurons donc pas si la veille il a ou non flanché. J'ai toujours trouvé ce moment du récit à la fois inattendu, troublant et très réussi car tout est possible. Rien n'est pleinement dit ni dévoilé, selon la logique des secrets provinciaux et bourgeois de l'époque.



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72La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Sam 24 Avr - 9:58

Raymond

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C'est une case intéressante, en effet !   pouce

"Les enquêtes de Maitre Berger" est une BD qui m'a beaucoup plu, à l'époque. J'appréciais cette ambiance un peu grisâtre de la province française des années 50, qui imprégnait toute la série et qui me rappelait un peu mon enfance. Il y avait aune belle unité de ton au fil des albums et le héros principal vieillissait au cours de ses enquêtes, ce qui n'était pas pour me déplaire. Le charme désuet de cette série provenait avant tout des scénarios romantiques et souvent désespérés de François Rivière, mais le dessin de Patrick Dumas était tout à fait à la hauteur de ces histoires.

Je n'ai pas de souvenir précis de cette case et cela veut dire qu'elle ne m'avait pas frappé. En fait, je l'ai probablement comprise au premier degré, comme la réaction d'un homme timide et romantique qui est apostrophé par une prostituée et qui est fort gêné de cette situation. En y repensant, son visage torturé exprime certainement aussi la douleur provoquée par la trahison de sa femme, et la proposition qu'il reçoit de cette catin ne peut que retourner le couteau dans sa plaie, et réveiller un peu plus son sentiment de solitude.

Ceci dit, c'est une belle idée que tu ajoutes à cette image. Maître Berger a peut-être lui aussi ses "zones d'ombre" et son désarroi le rend plus fragile. Peut-être est-il tenté de se venger, ou de se laisser aller à d'autres vices. Il y a un petit quelque chose dans l'expression de son visage qui pourrait bien faire croire.   Wink

Et Patrick Dumas est peut être un dessinateur plus complexe que l'on pourrait ne croire.


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73La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 25 Avr - 9:55

Raymond

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En 1982, François Schuiten et Benoit Peeters publiaient dans (A Suivre) un beau récit fantastique qui s'intitulait les Murailles de Samaris, qui était nourri de multiples influences architecturales et littéraires. Cela devait être en principe une œuvre unique et un album sortit l'année suivante chez Casterman. Les auteurs y avaient ajouté à la dernière page une image étrange, une sorte de carte en fait, qui ressemblait à une sorte d'appel narratif.

La case mémorable - Page 3 Murail10


La signification de cette image était propre à stimuler la rêverie car si on y retrouvait bien les noms de Xhystos et de Samaris,  les deux villes dans lesquelles se passait le récit, d'autres noms y apparaissaient également : Urbicande, Trahmer ainsi que d'autres lieux mystérieux. L'histoire se passait donc sur une autre planète.

La case mémorable - Page 3 Murail11

Et quelques mois plus tard, l'explication de cette image apparaissait dans (A Suivre), avec la parution d'une nouvelle BD appartenant à une série intitulée les Cités obscures. Cette aventure était tout simplement la fameuse "Fièvre d'Urbicande" et c'était une toute grande saga qui commençait.

Schuiten et Peeters n'étant jamais satisfait de leurs créations, une nouvelle édition remaniées des "Murailles de Samaris" parut au cours des années 90. Elle contenait trois planches supplémentaires mais cette fameuse et mythique carte avait disparu.   Shocked

Pourquoi les auteurs avaient-ils enlevé cette image, bon sang de bonsoir ? Peut-être parce qu'elle n'était plus nécessaire ! De grandes et belles cartes du continent obscur apparaissaient en effet dans les cases de la Fièvre d'Urbicande, mais elles n'étaient pas aussi belle que cette image mystérieuse, fondatrice et hypnotique.

Les afficionados et les collectionneurs exhaustifs de Schuiten se retrouvèrent donc dans l'obligation de retrouver l'édition originale des Murailles de Samaris, et de garder également la réédition ultérieure, afin d'avoir vraiment toutes les images de cette BD !  Ce n'était pas la dernière fois que Schuiten et Peeters allaient ainsi maltraiter leurs admirateurs.  Smile

Bien sûr, il y eut à partir de 2010 la publication d'une intégrale des Cités obscures, qui reprenait cette fois toutes les images des Murailles de Samaris. Mais pendant une vingtaine d'années, les fans des "CO" se montrèrent cette image sur le Web en demandant : est ce que tu la connais ? Est-ce que tu la possèdes ?

Cette petite carte est tout simplement devenu mythique.   Cool


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74La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 25 Avr - 12:05

Draculea

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C'est curieux, je dispose d'une version imprimée en septembre 1986, qui est donc antérieure à la réédition augmentée, et pourtant la dernière planche ne comporte pas cette case. On voit seulement ceci que tu connais bien sûr :




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75La case mémorable - Page 3 Empty Re: La case mémorable Dim 25 Avr - 12:51

Raymond

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