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Les secrets d'un bon scénario de BD

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bruno
Michel Jacquemart
Raymond
JYB
Damned
9 participants

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Damned

Damned
grand maître
grand maître

Question que je ne t'ai jamais posée, Jean Yves :
Est ce qu'à travers ta position de "raconteur d'histoire", on ne peut pas dire que les histoires que vous nous offrez, avec ce talent et cette minutie, ne sont pas celles que vous auriez voulu lire ou, mieux, vivre ?

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

JYB


vieux sage
vieux sage

Autre débat, Damned... On n'est pas dans le bon sujet, et en plus, je suis débordé ! Comme ça, à chaud, sans réfléchir : non à ta double question...
Cela dit, ta question est très intéressante et devrait entraîner un long développement (proche de la psychanalyse...?), auquel d'autres auteurs qui fréquentent le forum pourraient ajouter leur point de vue.

Damned

Damned
grand maître
grand maître

JYB a écrit:Autre débat, Damned... On n'est pas dans le bon sujet, et en plus, je suis débordé ! Comme ça, à chaud, sans réfléchir : non à ta double question...
Cela dit, ta question est très intéressante et devrait entraîner un long développement (proche de la psychanalyse...?), auquel d'autres auteurs qui fréquentent le forum pourraient ajouter leur point de vue.
Je ne l'ai posée, ici, que parceque ton message me l'a inspirée, et parceque je te connais personnellement.

Sur que, si tes confrères, participants à ce forum, veulent rebondir sur la question, c'est à Raymond de voir en fonction de leurs opinions !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

Raymond

Raymond
Admin

Effectivement, on dévie complètement du sujet initial et il est temps de créer un sujet dédié aux scénaristes. Ceci sera bien sûr placé dans une autre section que celle de Lefranc.


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Et toujours ... Les secrets d'un bon scénario de BD Charli10
https://lectraymond.forumactif.com

Damned

Damned
grand maître
grand maître

Raymond a écrit:Effectivement, on dévie complètement du sujet initial et il est temps de créer un sujet dédié aux scénaristes. Ceci sera bien sûr placé dans une autre section que celle de Lefranc.
Voila qui est fait !
Attendons donc les réactions de tout un chacun !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

JYB


vieux sage
vieux sage

Malheureusement, je ne souhaite pas y répondre, pour quatre raisons :
- comme dit plus haut, je suis plutôt débordé.
- il y a des "secrets de fabrication" dont je suis conscient, et que je ne vais sûrement pas révéler. Comme le pêcheur qui ne révèle pas son coin à truites, je garde ça pour moi...
- certains "trucs" de scénariste ne sont assimilables que par des gens qui ont le don, la sensibilité, la "magic touch", la prédisposition, l'écoute, pour comprendre ces trucs d'instinct et grâce auxquels ils vont devenir un jour de vrais scénaristes de BD ; c'est vraiment des explications à usage interne, si je peux dire, de scénariste à scénariste. Je suis prêt à en discuter, mais juste entre 4-z-yeux avec ces scénaristes en devenir.
- je n'ai pas la prétention de dire que je connais la recette pour écrire de bons scénarios....

Invité


Invité

Voilà donc un sujet qui va se fermer aussi vite qu'il a été ouvert. Les secrets d'un bon scénario de BD Icon_wink

JYB


vieux sage
vieux sage

Je ne crois pas être le seul auteur sur ce forum. J'avais bien dit initialement que j'étais débordé et que d'autres auteurs pourraient ajouter leur point de vue. La discussion est quand même lancée, et si certains membres du forum ont des questions précises à poser, ils savent dorénavant où les poser sans encombrer les autres sujets. Ou s'ils ont des commentaires, réflexions ou constatations à faire sur tel ou tel scénario, ils peuvent le faire ici aussi. Personnellement, rien ne m'empêchera de venir voir de temps en temps.
A part ça, ce qui me gêne le plus, c'est de laisser entendre que j'ai la recette pour écrire de bons scénarios ; si je réponds aux éventuelles questions, ça sous-entend que je me crois bon et infaillible... En outre, j'écris un certain type de scénario (genre aventures réalistes, au découpage assez "carré") ; mes prétendues recettes ne sont peut-être pas valables pour d'autres genres...

JYB


vieux sage
vieux sage

Précision : le titre trouvé par Raymond pour cette discussion est "Les secrets d'un bon scénario". Mais si c'est possible et envisageable, ce titre ne devrait-il pas être "d'un bon scénario de BD". Car il y a une différence entre un bon scénario (en général ; c'est-à-dire une narration détaillée, que l'on peut adapter ensuite à tout médium : téléfilm, cinéma, roman...) et un bon scénario de BD, car entre en jeu - je crois l'avoir déjà dit ici, mais en tout cas je suis certain de l'avoir dit de nombreuses fois sur Aéroplanète - une caractéristique particulière de la BD : c'est le découpage, image par image, bulle par bulle et planche par planche. Un mauvais découpage BD peut tout flanquer par terre, même si le scénario (= l'histoire, le synopsis), au départ, est bon et a du potentiel.
Je pose la question autrement : des romanciers se sont tourné vers la BD, ces derniers temps (je ne citerai pas de nom, mais il y en a de célèbres) ; mais de bons romanciers font-ils automatiquement de bons techniciens du scénario de BD ?

Raymond

Raymond
Admin

Tu as raison, je vais modifier le titre. Les secrets d'un bon scénario de BD 419400

Sinon, il est clair que si le sujet est maintenant ouvert, ceci n'engage personne. Il servira probablement une fois et rien ne presse. Les secrets d'un bon scénario de BD Icon_cool


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JYB


vieux sage
vieux sage

Il est temps pour moi de répondre à l'appel des deux Raymond pour apporter quelques éclaircissements (du moins, je vais essayer...) sur un aspect important de l'écriture d'un scénario de BD. Il s'agit du découpage. J'en ai déjà parlé ici ou là sur ce forum, mais un sujet ayant déjà été ouvert spécifiquement sur le thème des secrets de la création d'un scénario de BD, eh bien allons-y.
Bien que ce soit le côté technique qui peut paraître rasoir à beaucoup, voire qui peut ne pas "parler" à certains et entrer par une oreille et sortir par l'autre, il me semble, à la lumière de certaines réflexions de divers intervenants au fil des mois, depuis mon inscription sur ce forum, qu'il y a un moment où il faut faire une petite mise au point. Evidemment, tout autre auteur - tout autre scénariste bien sûr, et même tout dessinateur qui bosse avec un scénariste - peut apporter des précisions, ou même la contradiction s'il s'avère que je me plante dans mes explications.
Quand je parle de découpage, je précise qu'il s'agit du découpage planche par planche, case par case, et même bulle par bulle. En effet, quand on contemple une planche de BD, ce qui la différencie de la page d'un roman, ou d'une scène d'un film ou d'un téléfilm (avec des "images qui bougent"), c'est qu'elle forme un tout composé de plusieurs cases disposées dans un certain ordre - j'ai l'impression d'enfoncer une porte ouverte en disant ça, mais c'est important de le préciser clairement pour la suite. La planche elle-même est une parmi un nombre d'autres qui, alignées et reliées, composent un album qu'on peut feuilleter (autre porte enfoncée...). Et je n'hésite pas à enfoncer allègrement une troisième porte en rappelant que dans les images, on découvre la plupart du temps des phylactères, avec dedans des textes à lire.
Or, ces divers découpages ne se font pas tellement au hasard. Surtout le découpage d'une case à l'autre, c'est-à-dire le passage d'une image à la suivante : que faut-il montrer dans telle image, que faire dire aux personnages, et que faut-il montrer dans l'image suivante, et que faire dire aux personnages dans cette image suivante ? C'est là qu'entre en jeu une qualité importante, et j'ose même dire capitale : le don du découpage du scénariste. Car un tel découpage ne se fait pas au pif. Mais il ne se fait pas non plus tout à fait consciemment. Car comme dit une ligne plus haut, c'est un don, c'est à dire une qualité innée, que l'on a ou que l'on n'a pas. Un bon scénariste BD est d'abord un gars (ou une fille) qui a le don (inné) pour savoir comment faire couler au mieux une scène, case après case, bulle après bulle. Lorsqu'on a ce don, un grand pas est franchi pour pouvoir écrire des BD qui captivent les lecteurs. Une fois qu'un jeune scénariste s'est lancé, vient ensuite l'expérience : il apprend "sur le tas" à force d'écrire, à force de lire les confrères, ou en recevant des conseils avisés. En lisant ses confrères, il peut voir les erreurs à ne pas commettre (lorsque ces confrères sont des mauvais "découpeurs") ; en lisant et relisant les grands maîtres, il voit comment faire, comment se sortir de certaines situations, comment agencer les scènes, etc. - et surtout il comprend et il assimile, car il a lui-même le don. Encore faut-il l'avoir, ce don.
Personnellement, je ne saurai pas expliquer concrètement comment cela se fait. C'est le côté technique qui ne dira pas grand chose à ceux qui n'ont pas le don du découpage. Je pourrais prendre n'importe quelle planche de Hergé ou de Charlier - deux de ces grands maîtres du découpage dont je parlais - pour vous détailler comment la ou les planches choisies fonctionnent. Ca va être long. Je m'attends à ce que quelqu'un me dise que ça a été déjà fait : dans tel ouvrage, on a décortiqué telle planche de Giraud dans Blueberry, ou telle planche de tel autre dessinateur. Oui : il est arrivé qu'on décrypte la composition d'une planche par le dessinateur (donc, au niveau du dessin) ; mais je parle bien, encore et toujours, du découpage en amont, préparé par le scénariste.
Toutefois, regardez les petits formats d'albums de Tintin, publiés il y a trois ans aux éditions Moulinsart, reprenant les bandes originales des Secrets de la Licorne et du Trésor de Rackham le Rouge, telles qu'elles ont paru durant la guerre en Noir et blanc. Ces deux albums format à l'italienne, intitulés respectivement Les vrais secrets de La Licorne et A la recherche du trésor de Rackham le Rouge, publient les bandes réunies trois par trois et commentées par deux auteurs contemporains. Ces deux BD, sous cette présentation, sont remarquables ; l'on parlait sur un autre sujet du forum Lefranc des chefs d'oeuvre de la BD : et tout le monde de tourner autour du pot pour savoir quelle BD peut être un chef d'oeuvre. Je n'hésite pas à dire qu'au niveau découpage, ces bandes originales de Hergé en sont un.
Je pourrais aussi prendre une des planches de mes propres séries Missions Kimono ou Allan Mac Bride, mais je vois venir certains qui vont me reprocher de me mettre en avant. J'ai tout de même la prétention de dire que j'ai le don du bon découpage BD (après, on peut penser ce qu'on veut de mes histoires, on peut aimer ou non le synopsis de tel album, le sujet d'un autre, le thème d'une série, etc., peu importe, ce n'est pas là le problème ; il faut bien faire la distinction, chez un scénariste, entre son sens du découpage - qui est davantage une question d'ordre technique - et le choix de son histoire - qui est plus du domaine de l'imagination, de l'inspiration, etc).
Une histoire que j'ai écrite, dont je dis souvent que son découpage est quasiment parfait et que je ne pourrais pas faire mieux aujourd'hui car il n'y a quasiment rien à jeter, c'est pourtant la toute première de la série Kimono, et un de mes plus vieux scénarios : un récit court titré Derelict, qui figure au début de l'album n°1 et qui a été publié autrefois dans le journal de Tintin (en mars 1988, bien que l'histoire ait été écrite quatre ans avant). Une planche remarquable figure aussi dans cet album n°1 (pour ceux qui l'ont) : la planche 4 d'un autre récit, titré Virus sur le Majunga. On y voit plusieurs avions militaires au cours d'un ravitaillement en vol. Je me souviendrai toujours d'avoir présenté cette BD au rédacteur en chef d'un journal (qui l'a refusée car je l'avais montrée lors d'une rencontre due au hasard, alors que ce journal de télé ne publiait pas de BD...) ; en considérant le découpage de cette planche 4, il était resté bouche ouverte et avait fini par me dire un truc du genre "Je ne peux pas prendre votre BD parce que ce n'est pas le propos de mon journal, mais je ne suis pas inquiet, je vois que vous savez faire et je sais que vous vous en sortirez..."
Et si je raconte cette anecdote, c'est surtout pour rappeler - car je l'ai dit plus d'une fois ici... - que malheureusement, dans les maisons d'édition en général, les responsables n'ont aucune connaissance de ce dont je parle et acceptent des scénarios en fonction de paramètres farfelus ou inconsistants, très éloignés de l'indispensable technique de base du scénario de BD... D'ailleurs, souvent, dans certaines maisons, des scénaristes sont bombardés directeurs de collection : excellente initiative pour pallier les déficiences ou l'incompétence des responsables, quand ces scénaristes ont le don inné du découpage et savent le détecter chez les auteurs qui viennent proposer des projets.
J'ai cité deux auteurs majeurs ayant un excellent sens du découpage BD (Hergé et Charlier), et je vais en citer deux autres : André-Paul Duchâteau et Jean Van Hamme. Pourquoi eux ? Duchâteau parce qu'un sujet sur une de ses séries, Les Casseurs, a été ouvert (à ce lien : https://lectraymond.forumactif.com/autres-bandes-dessinees-f7/les-casseurs-t467.htm ) ; j'y ai évoqué le sens du découpage de ce scénariste prolifique, et j'y ai déjà donné un début d'explications.
Et Van Hamme parce que j'ai parlé d'un travers de ce scénariste majeur de la BD européenne (sur cet autre lien : https://lectraymond.forumactif.com/les-classiques-franco-belges-f11/van-hamme-et-le-scenario-t475.htm ) et je voudrais contrebalancer cette critique par un éloge ; en effet, j'ai parlé de scènes où figurent des filles légèrement vêtues dans sa série XIII, ce qui est contestable à mes yeux vu le côté systématique et outrancier du procédé destiné surtout à faire saliver le lecteur. Mais je n'ai pas dit, et je tiens à le dire ici, que JVH a quand même un sens certain du découpage BD, et même du découpage percutant qui rend ses BD efficaces. Or, ce sens du découpage, c'est capital, et c'est la base de tout. Après, chez Duchâteau, on peut critiquer un certain nombre d'histoires un peu falotes ou peu ambitieuses, chez JVH on peut critiquer la légèreté et la manque de plausibilité de ses histoires (ce à quoi JVH, je crois, a déjà répondu dans des interviewes en disant en gros qu'il s'en fout ; il n'a pas tort puisque le principal, c'est d'avoir à la base un découpage percutant - et accessoirement que les albums se vendent très bien, les lecteurs dans leur ensemble étant peu perturbés par le côté improbable de beaucoup d'intrigues - que ce soit celles de JVH ou d'autres scénaristes qui, comme lui, cherchent le côté spectaculaire...).
Je vais finir par une anecdote remarquable. J'aime beaucoup une série que d'aucuns qualifieront de mineure et titrée Victor Levallois ; il n'en existe que quatre albums. J'ai eu du mal à accrocher au dessin (mais j'ai fini par m'y faire ; le dessinateur signe Stanislas), mais surtout, j'ai grandement apprécié le scénario, les dialogues, et le sens de la narration et de l'anecdote : le scénariste s'appelle Laurent Rullier. Un gars pas connu dans le domaine de la BD car... ça ne l'intéresse pas ! J'ai eu l'occasion de le rencontrer et de l'inciter à écrire davantage de BD, vu son talent, et c'est là qu'il m'a dit que ce n'est pas son truc ! Hélas... Toujours est-il que - j'en viens à mon anecdote - quand j'avais commencé à lire le tout premier album, Trafic en Indochine, quelque chose m'avait dès les premières planches paru bizarre au niveau du découpage. Ce n'était pas mauvais, au contraire, mais bizarre quand même. Donc, quand j'ai eu l'occasion, un peu plus tard, de rencontrer Rullier, je lui avais demandé : "Est-ce bien vous qui rédigez le scénario complet de Victor Levallois ?" Un peu surpris, voire un peu vexé que j'aie l'air de mettre en doute son travail, il m'a répondu : "Bien sûr !" Je lui ai rétorqué : "Mais est-ce vous qui faites aussi le découpage planche par planche ?" Là, il a paru assez ébahi que j'ai découvert ça, et il m'a confirmé : "Vous avez raison ! Je livre à mon dessinateur un scénario "à courir" ; les cases sont découpées les unes après les autres, mais je ne marque pas les fins de pages, c'est tout d'un bloc ; et c'est le dessinateur qui s'occupe de ça et agence ses planches comme il le sent". Je veux bien croire que je fais le fier sur ce coup-là, mais il fallait pouvoir détecter cette petite caractéristique, rien qu'après avoir lu les trois ou quatre premières planches d'un album... Pour dire aussi que le sens du découpage, on l'a ou on ne l'a pas pour écrire des BD, et on le détecte aussi ou non chez les autres, en lisant leurs BD.



Dernière édition par JYB le Lun 18 Oct - 2:05, édité 1 fois

Raymond

Raymond
Admin

Complètement d'accord avec l'importance du sens du découpage. Ce qui est tout aussi important dans la narration, c'est la capacité à créer des personnages qui donnent envie de s'intéresser à l'histoire et c'est un chose que Van Hamme ou Charlier réussissent complètement.

Pour Ruquier, il faudrait que je relise les histoires de Victor Levallois avant de répondre. J'avais pour ma part acheté ces albums parce que je m'intéresse au dessinateur, le fameux Stanislas qui est un des fondateurs de l'Association (il a aussi dessiné une extraordinaire biographie d'Hergé en BD). Je me souviens que ces histoires étaient bien construites et qu'elles jouaient sur la nostalgie des années 50, mais rien de plus.


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JYB


vieux sage
vieux sage

Le sens du découpage est une base capitale, et je n'ai parlé que de ça dans mon (long) paragraphe précédent, mais ce n'est pas le seul élément à prendre en compte dans l'écriture d'un scénario de BD. Viennent ensuite (puisque le thème de cette discussion est : les secrets d'un bon scénario de BD) des choses tout aussi diverses que la capacité de donner de l'épaisseur à un personnage, le sens du rebondissement, un minimum de goût littéraire, de vocabulaire et de connaissances en orthographe pour la rédaction des textes et dialogues, la capacité de faire passer le "souffle de l'aventure" (quand il s'agit d'une BD d'action), le don (encore un don) de l'enquête journalistique ou des recherches dans les archives quand la BD traite d'un sujet qui doit être bien documenté et "béton", un esprit de synthèse pour aller à l'essentiel, tant dans l'exposé du sujet que dans le choix des scènes et de ce qu'il faut décrire dans chacune, des connaissances minimales en dessin pour pouvoir collaborer sur une BD et savoir ce qu'on peut attendre d'un dessinateur (et même parfois pour réaliser un croquis ou un dessin utile au dessinateur), etc. Un vrai scénariste de BD est un homme-orchestre... Sans parler bien sûr d'une qualité rare : l'inspiration, ce "don de Dieu" dont furent dotés des gens comme Hergé et Charlier (encore et toujours...) ou, pour prendre un auteur contemporain, comme Zep, l'auteur de Titeuf.
Quant au scénariste de Victor Levallois, ce n'est pas Laurent Ruquier (célèbre homme de radio et de télé) mais Rullier...

JYB


vieux sage
vieux sage

Je vais m'éloigner du thème de la BD - alors que j'avais demandé à Raymond de modifier le titre de cette rubrique qui n'était que, au départ, "Les secrets d'un bon scénario", tout court... - pour signaler un certain nombre de "tics" récurrents chez les scénaristes américains dans leurs films et surtout leurs feuilletons télé. A force d'en regarder, j'en suis venu à deviner ce qui va se passer dans une scène... parce qu'on dirait que les scénaristes se sont donné le mot pour appliquer sytématiquement les mêmes recettes en fonction de situations semblables. Un peu comme si c'était inscrit dans leurs gênes. Des exemples au hasard :
- quelqu'un rentre chez lui (en général, c'est une femme) et, tout en ouvrant la porte de l'appartement ou de la maison, s'adresse d'emblée à quelqu'un d'autre qui s'y trouve : mari ou femme, enfant, etc., et ce parce que la personne qui entre est persuadée à 100 % que son interlocuteur est dans l'appartement et l'entend (mais nous, nous ne voyons pas cet interlocuteur ; on devine que cet interlocuteur est quelque part dans l'appartement). Cherchez pas à comprendre : l'interlocuteur en question n'est pas là, ou est mort ou assommé. La personne qui est entrée et qui cause dans le vide (en outre pour dire des banalités du genre : j'ai eu du mal à garer la voiture) s'aperçoit vite qu'on ne lui répond pas et, finissant par s'inquiéter du silence, pousse la porte d'une chambre ou de la cuisine et aperçoit que la personne à qui elle parlait ne pouvait pas entendre (morte, poignardée, enlevée). Donc, la prochaine fois que vous verrez dans une scène une personne rentrer chez elle (les bras chargés de sacs de provision par exemple) et parler à son mari ou son enfant censés être dans l'appart', soyez sûr que le mari est mort ou assommé, ou que le gamin a disparu...
- un type se fait courser (par un ou des policiers en général) dans une ville. Déjà, cherchez pas à comprendre, le gars s'arrange pour jeter dans son sillage divers objets qu'il fait tomber intentionnellement de façon à gêner ses poursuivants : poubelles, cageots de fruits, piles de cartons placées opportunément là, passants innocents, étagères métalliques, batteries de casseroles, etc. Puis, à un moment, là aussi c'est systématique, le poursuivi s'engage dans une ruelle. Cherchez pas à comprendre (bis), la ruelle est obligatoirement barrée par une haute grille (et là, soit le gars réussit à la franchir acrobatiquement et il échappe à ses poursuivants, soit il ne parvient pas à la franchir et on l'arrête). Donc, la prochaine fois que vous verrez une course-poursuite à pied : le poursuivi perdra son temps et son énergie à balancer derrière lui des tas d'objets plus ou moins lourds, puis il sera bloqué (provisoirement ou définitivement) par une grille du genre infranchissable...
- dans un parking souterrain, quelqu'un marche vers sa voiture. Or, un méchant, planqué pas loin, l'attend dans une autre voiture pour le tuer. Cherchez pas à comprendre, contre toute logique, le méchant va faire exprès de démarrer en trombe en faisant crisser ses pneus, et donc alerter par la même occasion la personne visée qui, en général et grâce à ce crissement qui la met en garde, s'en sortira de justesse.
- quelqu'un (un gentil) tombe dans le vide, est emporté par un fleuve, etc. On le sait, il est cuit, plus rien ne peut le sauver. Son ami(e), impuissant sur le bord du précipice, en haut de l'immeuble, au bord du fleuve, etc, tend les mains vers lui désespérement, en criant son prénom très fort à plusieurs reprises : "Johnny ! Johnny ! Johnny !" (par exemple ; ou : "Sarah ! Sarah ! Sarah !"). Comme si l'appeler par son prénom à cadence rapide et à tue-tête allait sauver le pauvre gars ou la pauvre fille, et le/la faire revenir.
Etc, je pourrais en aligner comme ça pendant des pages et des pages.
Pas sûr que dans nos BD, on ait autant de clins d'oeil récurrents, servis partout jusqu'à plus soif...

Invité


Invité

JYB a écrit:
certains "trucs" de scénariste ne sont assimilables que par des gens qui ont le don, la sensibilité, la "magic touch", la prédisposition, l'écoute, pour comprendre ces trucs d'instinct et grâce auxquels ils vont devenir un jour de vrais scénaristes de BD ; c'est vraiment des explications à usage interne, si je peux dire, de scénariste à scénariste. Je suis prêt à en discuter, mais juste entre 4-z-yeux avec ces scénaristes en devenir.

Commme disait Treblig, ce sujet est donc mort-né en ce qui te concerne et ne devrait pas voir de développements de ta part, sinon à Michel en privé.

JYB


vieux sage
vieux sage

Je rappelle qu'au départ, c'est Damned qui avait lancé la discussion en me posant une question (et Raymond qui, à la suite de ça, a créé cette discussion à part). Il y a sûrement des tas de choses à dire sur la fabrication d'un scénario (de BD de préférence, puisqu'on est sur un forum BD, et si j'ai dérivé sur les feuilletons télé américains un post plus haut, c'est pour relancer le débat et pour voir si des membres du forum ont des choses similaires à dire sur des scénarios de BD cette fois). Il y a même de quoi faire un livre (ce qu'a déjà fait le spécialiste et critique BD Gilles Ratier dans son ouvrage : "Avant la case", titre qui dit bien le sujet).
D'autres intervenants, auteurs eux-mêmes (scénaristes ou même dessinateurs), peuvent intervenir.
Quant à "certains trucs de scénariste", je maintiens que certaines choses se conçoivent disons d'instinct et qu'il n'est pas facile de les expliquer ; j'ai essayé de le faire oralement auprès de certaines personnes qui me posent des questions lors d'un salon-dédicace par exemple, j'ai bien vu que des gens "décrochent" ou se mettent à bailler... Ou alors c'est moi qui ne sais pas expliquer ! Mais je répète que ce n'est pas facile à expliquer. Donc la parole est à ceux qui sauraient bien le faire. En outre, certains trucs sont comme ceux des magiciens qui réussissent à escamoter une colombe ou à scier en deux leur assistante : une fois qu'on sait comment ils font, ça casse le charme... Après, on ne fait que considérer le truc, mais on ne regarde plus le tour de magie...
Mais en dehors de ça, il y a plein d'autres choses qui peuvent être décortiquées dans les scénarios de BD, et ce serait bien que Michel justement, s'y mette aussi... Exemple : le "truc" du suspense en bas de page. Classique. Tous les scénaristes de BD l'ont appliqué à la belle époque où les journaux hebdomadaires pullulaient : en effet, pour retenir l'attention du lecteur et le forcer à acheter la livraison suivante du journal, il fallait mettre un bon suspense bien senti dans la dernière case de la planche en cours. De nos jours, la plupart des histoires en BD sortent directement en album. Donc, il n'est pas nécessaire de captiver le lecteur d'une semaine à l'autre, puisqu'en une demi-heure, une BD est lue. Mais des scénaristes (moi, par exemple) continuent d'appliquer la recette. Un peu comme si un romancier plaçait un suspense à la fin de ses pages : ça ne rimerait à rien... Et en BD, est-ce que ça rime encore à quelque chose ? D'autant que pour y arriver, ça oblige à une gymnastique, à des essais pour tomber pile comme il faut...
Alors, question : est-ce que ça va passionner les membres du forum de disserter sur les suspenses de bas de page...?

Invité


Invité

Tout ce qui touche à la BD m'intéresse, surtout quand il s'agit d'auteurs eux-mêmes qui expliquent leur manière de travailler. Mais si tu commences ce post en disant que tout ça nous passera au-dessus et qu'il vaut mieux que tu interviennes en message privé, il ne faut pas s'étonner que peu de gens participent à la discussion qui devrait alors être privée.

Raymond

Raymond
Admin

JYB a écrit: (...)
Alors, question : est-ce que ça va passionner les membres du forum de disserter sur les suspenses de bas de page...?
Pour ma part, cela m'intéresse, bien sûr. Je ne te garantis des idées géniales en retour, mais je suis prêt discuter de tout ! Wink


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Raymond

Raymond
Admin

J'en profite pour relancer la discussion sur des albums de Tintin qui sont un bel exemple de découpage. Cela donnera l'occasion de parler de 2 petits albums que j'aime beaucoup (je marque leur titre en rouge Cool ).

JYB a écrit:
(...) il est arrivé qu'on décrypte la composition d'une planche par le dessinateur (donc, au niveau du dessin) ; mais je parle bien, encore et toujours, du découpage en amont, préparé par le scénariste.
Toutefois, regardez les petits formats d'albums de Tintin, publiés il y a trois ans aux éditions Moulinsart, reprenant les bandes originales des Secrets de la Licorne et du Trésor de Rackham le Rouge, telles qu'elles ont paru durant la guerre en Noir et blanc. Ces deux albums format à l'italienne, intitulés respectivement Les vrais secrets de La Licorne et A la recherche du trésor de Rackham le Rouge, publient les bandes réunies trois par trois et commentées par deux auteurs contemporains. Ces deux BD, sous cette présentation, sont remarquables ; l'on parlait sur un autre sujet du forum Lefranc des chefs d'oeuvre de la BD : et tout le monde de tourner autour du pot pour savoir quelle BD peut être un chef d'oeuvre. Je n'hésite pas à dire qu'au niveau découpage, ces bandes originales de Hergé en sont un.
Bel exemple pour discuter sur le découpage. Le secret de la Licorne est effectivement d'abord paru en bandes quotidiennes dans un journal célèbre (le Soir). Hergé avait organisé ses images en conséquence et l'unité du récit était tout simplement la bande. Les images qui terminaient les strips étaient de véritables fins de séquence et en reprenant ces vignettes pour composer un album, le dessinateur a dû résoudre un véritable casse-tête. L'unité du récit devenait la page et il fallait que les effets (comique ou suspense) se placent en bas de la planche. Hergé était cependant attentif à la fluidité de son récit et aux règles de la séquence d'images et il me semble qu'il a réussi un remarquable travail de "recomposition". Il y a bien eu quelques pertes pour certains séquences (avec des effets qui tombent à plat dans l'album) mais ces exemples ne sont pas nombreux, je trouve. La lecture de l'album apporte un plaisir presque équivalent à celui des bandes originales et le dessinateur a même amélioré certains passages, en utilisant par exemple de grandes images. Les scènes de combat sur la Licorne ont plus d'ampleur en album que dans les bandes quotidiennes et la lecture d'une planche est moins fastidieuse que celle des strips. En fait, il est intéressant de lire les deux formes d'albums (classique et à l'italienne) car l'histoire trouve un rythme et un charme qui change en fonction du format d'édition.


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JYB


vieux sage
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Raymond a écrit:Pour ma part, cela m'intéresse, bien sûr. Je ne te garantis des idées géniales en retour, mais je suis prêt discuter de tout ! Wink
Je ne garantis pas non plus des fulgurances... d'autant que je bosse pas mal d'instinct, sans pouvoir expliquer toujours comment je fais. Ce serait mieux que d'autres scénaristes (et des dessinateurs, concernés par cet aspect du travail) interviennent également.

Jean-Marc a écrit:(...) si tu commences ce post en disant que tout ça nous passera au-dessus et qu'il vaut mieux que tu interviennes en message privé, il ne faut pas s'étonner que peu de gens participent à la discussion qui devrait alors être privée.
Oui, mais j'ai bien dit que "certains trucs" sont difficiles à expliquer, mais pas tout : le reste sera facile à décrire. Par ailleurs, ce que je voulais dire, c'est que ce dont on pourrait parler risque de paraître technique, donc barbant.

Raymond a écrit:Le secret de la Licorne est effectivement d'abord paru en bandes quotidiennes dans un journal célèbre (le Soir). Hergé avait organisé ses images en conséquence et l'unité du récit était tout simplement la bande. (...) En fait, il est intéressant de lire les deux formes d'albums (classique et à l'italienne) car l'histoire trouve un rythme et un charme qui change en fonction du format d'édition.
Je n'ai repris que des extraits de ce que tu as raconté, mais je suis d'accord avec tout ton texte.
J'ajoute qu'un truc que, adolescent, j'avais appris en lisant jour après jour les strips de certaines BD (en particulier de Charlier, ma "référence" avec Hergé au niveau des découpages) dans le quotidien Ouest-France autrefois, c'est que, même dans une planche traditionnelle où le suspense se situe dans la dernière case, l'idéal est de prévoir un découpage qui fasse que, à la fin de chaque strip, il y ait aussi un suspense, ou même un semblant de suspense, quelque chose qui tienne en haleine, qui incite le lecteur à aller à la case suivante (début du strip suivant). Et ça, ce n'est pas facile d'y arriver. Mais c'est un excellent exercice pour tout apprenti scénariste, et ça devrait être une démarche obligée pour tous les scénaristes. Il faut donc jongler avec les cases, avec les bulles, faire des brouillons, des ratures, des essais et des croquis. Or, non seulement il faut avoir le sens du découpage pour aligner correctement ces deux ou trois cases (un strip n'est constitué en moyenne que de deux ou trois cases), mais il faut avoir la bonne idée pour trouver ce qui peut constituer un suspense (aussi léger soit-il), ou simplement ce qui peut marquer le coup. Chez Hergé, dans les deux albums cités, parfois c'est un gag (par exemple, les deux Dupondt reçoivent sur la tête la carabine lâchée par les singes ; ceci arrive dans la dernière case du strip ; sauf que dans l'album normal en couleur que nous connaissons tous, cette image est reléguée en début de strip ! - voir les explications de Raymond, plus haut).
A noter que dans ces albums, qui reprenaient les strips parus dans Le Soir, Hergé disposait d'une case supplémentaire, de sorte qu'il pouvait mieux arriver à développer une séquence, une anecdote, un gag, en 3 ou 4 cases plutôt qu'en 2 ou 3. Une case de plus, ça joue et ça aide !
A noter encore que si un scénariste prépare une telle mise en page (qui est au départ une mise en strip, si j'ose dire, une planche complète étant composée de quatre strips en général, échelonnés l'un en dessous de l'autre), ses effets peuvent être complètement annihilés par le dessinateur. Celui-ci, pour une question de l'aspect visuel de la planche, d'harmonisation de l'ensemble des cases, etc., peut juger préférable de placer ailleurs ou différemment une case qui se trouvait en fin de strip. Par exemple, il juge que la première case d'un strip est chouette et mériterait d'être étalée sur toute la largeur de la planche ; les cases suivantes du même strip sont du coup décalées et reléguées en dessous, en début du strip suivant. La "chute" en fin du premier strip (prévue ainsi par le scénariste) se retrouve donc ailleurs et l'effet tombe à l'eau. C'est ce qui est arrivé - mais pour une autre raison - à Hergé quand il lui a fallu revoir sa mise en page pour éditer dans deux albums au format habituel ses histoires de la Licorne et du trésor de Rackham le Rouge (voir ce qu'a raconté Raymond plus haut). Mais il arrive des cas où un dessinateur décide de revoir la disposition des cases. Ca m'est arrivé dans Missions Kimono (quatre premières cases de la planche 172, album Tiger, pour ceux qui l'ont). C'est arrivé à Charlier dans Buck Danny (planche 29 de Mission Apocalypse ; j'ai eu le scénario original entre les mains et ai pu comparer le résultat ; sauf que dans ce cas précis, Charlier était très fort et rigoureux, et ses scénarios avaient une telle tension que chacune de ses cases contenait la plupart du temps un suspense suffisant ; aussi, quelle que soit la case que ses dessinateurs choisissaient de mettre en fin de strip, c'était bon... C'est d'ailleurs à des indices comme ça que je repère les vrais grands scénaristes de BD).
Tout ça pour dire que la préparation d'une planche par un scénariste est plus complexe qu'il n'y paraît, et qu'il ne s'agit pas simplement de trouver un fil conducteur et de rédiger des bulles les unes après les autres en se fichant du résultat (au niveau du découpage).

Raymond

Raymond
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Effectivement, cette mise en page d'une histoire en images va définir un rythme, une clarté et un style qui sont propres à chaque auteur. Certains (comme Hergé) ont avant tout le souci du rythme, d'ailleurs régulièrement interrompu par des chutes qui prennent un effet comique, tandis que d'autres (comme Charlier + Hubinon, je ne peux pas les dissocier) ont surout le souci d'être explicites et de tout faire comprendre au lecteur (cela crée d'ailleurs dans leurs récits de longs passages un peu statiques). D'autres styles sont apparus après, et certains dessinateurs comme Hermann ou Bourgeon se sont mis à cultiver l'art de l'ellipse (le lecteur doit reconstituer ce qui se passe entre les images) et à rompre avec les vieilles habitudes. Tout ces effets se déterminent effectivement au moment du découpage.

Il y a une question que je me pose, tout de même. Cet art de la mise en page de la BD ne s'inspire t-il pas principalement de ce que l'on voit au cinéma ?


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vieux sage
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Chaque art se nourrit des "trucs" utilisés par les autres arts (toutefois, pour ce qui est de la BD, elle ne s'inspire peut-être pas de la musique, quand même...). L'influence du cinéma a beaucoup joué dans les années 60 et 70 en particulier, pour faire évoluer la BD. C'est sûr que le cinéma a influencé la BD (ça va plutôt dans ce sens). Cela se sent, dans le dessin, au niveau des cadrages, des plans, etc., et aussi, dans le scénario, au niveau des découpages narratifs (entre autres, mais restons sur le plan du découpage).
Toujours est-il que, à mon avis (mais si d'autres avis veulent se manifester...), la question du rythme est primordiale pour captiver le lecteur d'une BD. En regardant un film ou un téléfilm, quand il y a un passage à vide (ça arrive), le spectateur ou le téléspectateur subit mais reste quand même devant son écran en attendant la suite (les images bougent et retiennent quand même l'attention), tandis que le lecteur d'une BD va poser son album en se disant "c'est lent", ou tournera les pages pour aller plus loin à un passage mieux rythmé. D'où l'importance, dans chaque planche et jusqu'à la dernière, du choix des cases et de ce qu'on y montre (le scénariste indique au dessinateur quoi représenter dans chaque case, et cela ne se fait pas au pifomètre), de ce qu'il s'y dit (phylactères rédigés, et "pensés", encore par le scénariste), et du rythme des cases et des dialogues, sans temps mort. Toutes choses qui ne sautent pas aux yeux, l'art du scénariste bon découpeur étant de camoufler, aux yeux du lecteur de la BD, tout ce travail préparatoire.

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JYB a écrit:Chaque art se nourrit des "trucs" utilisés par les autres arts (toutefois, pour ce qui est de la BD, elle ne s'inspire peut-être pas de la musique, quand même...). L'influence du cinéma a beaucoup joué dans les années 60 et 70 en particulier, pour faire évoluer la BD. C'est sûr que le cinéma a influencé la BD (ça va plutôt dans ce sens). Cela se sent, dans le dessin, au niveau des cadrages, des plans, etc., et aussi, dans le scénario, au niveau des découpages narratifs (entre autres, mais restons sur le plan du découpage).

Sur cet aspect particulier des interférences entre cinéma et bande dessinée, je ne saurais trop recommander la lecture du numéro CinémAction hors série publié en mai 1990 qui faisait le tour complet de cette question. study pouce

http://www.corlet-editions.fr/hs5-cinema-et-bande-dessinee-gilles-ciment,fr,4,291.cfm


Un chapitre élargissait encore le débat à la littérature : on pouvait lire notamment sous la plume de Christian Alberelli que "le roman est par définition un genre littéraire inducteur d'images.Il s'agit bien là du plus grand dénominateur commun au récit narratif, à la bande dessinée et au cinéma".

Raymond

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JYB a écrit:Chaque art se nourrit des "trucs" utilisés par les autres arts (toutefois, pour ce qui est de la BD, elle ne s'inspire peut-être pas de la musique, quand même...). L'influence du cinéma a beaucoup joué dans les années 60 et 70 en particulier, pour faire évoluer la BD. C'est sûr que le cinéma a influencé la BD (ça va plutôt dans ce sens). Cela se sent, dans le dessin, au niveau des cadrages, des plans, etc., et aussi, dans le scénario, au niveau des découpages narratifs (entre autres, mais restons sur le plan du découpage).
Ma remarque par rapport au cinéma faisait bien sûr suite à la discussion sur Hergé. Ce dernier a toujours cherché, dès "Tintin au Pays des Soviets", à reproduire dans ses images les effets de mouvement et de mise en scène que l'on peut voir au cinéma. Cette influence du 7e art est également manifeste chez certains classiques américains (Milton Caniff) ou chez d'autres dessinateurs plus récents comme Jean Giraud.

JYB a écrit:Toujours est-il que, à mon avis (mais si d'autres avis veulent se manifester...), la question du rythme est primordiale pour captiver le lecteur d'une BD. En regardant un film ou un téléfilm, quand il y a un passage à vide (ça arrive), le spectateur ou le téléspectateur subit mais reste quand même devant son écran en attendant la suite (les images bougent et retiennent quand même l'attention), tandis que le lecteur d'une BD va poser son album en se disant "c'est lent", ou tournera les pages pour aller plus loin à un passage mieux rythmé (....)
Pour donner du rythme aux BD, la tendance actuelle est de diminuer le nombre d'images et surtout de racourcir les textes (voir même de les supprimer). C'est une mode bien regrettable, car certaines histoires deviennent difficiles à déchifrer, surtout chez les dessinateurs qui ne savent pas bien individualiser leurs personnages ou qui font un mauvais découpage. Evil or Very Mad


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Treblig a écrit:
Sur cet aspect particulier des interférences entre cinéma et bande dessinée, je ne saurais trop recommander la lecture du numéro CinémAction hors série publié en mai 1990 qui faisait le tour complet de cette question. study pouce

http://www.corlet-editions.fr/hs5-cinema-et-bande-dessinee-gilles-ciment,fr,4,291.cfm


Un chapitre élargissait encore le débat à la littérature : on pouvait lire notamment sous la plume de Christian Alberelli que "le roman est par définition un genre littéraire inducteur d'images.Il s'agit bien là du plus grand dénominateur commun au récit narratif, à la bande dessinée et au cinéma".
Je ne connais pas ce livre ! Difficile pour moi d'en parler. deso


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