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Et Goscinny...?

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1 Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 1:31

JYB


vieux sage
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En cherchant à poster un message pour parler de la série Iznogoud, je m'aperçois que - sauf erreur de ma part -, il n'existe aucun sujet "Goscinny". C'est quand même étrange, aussi je me permets d'en créer un...
Donc, j'aimerais dire que j'apprécie beaucoup cette série de René Goscinny. Créée à l'origine dans Record en 1962, elle est passée par la suite dans Pilote. Il s'agissait de récits courts, en 8 ou 10 planches. Remarquables sont ces histoires qui se terminent vite et bien, avec toujours Iznogoud victime de ses propres plans foireux, ce qui est déjà amusant. Mais ce que je trouve formidable, ce sont les rafales de calembours et jeux de mots parfois assez fins, parfois très recherchés. Les histoires sont même écrites, dirait-on, uniquement pour qu'elles conduisent à une succession de jeux de mots, d'un bout à l'autre... En lisant une histoire, on découvre par exemple un élément anodin dans une planche - sur le coup, on se demande même ce que cet élément fait là... -, et ce n'est que deux ou trois planches plus loin qu'un gros calembour tarabiscoté sort dans une bulle. C'est alors qu'on a compris que Goscinny avait préparé son coup longtemps à l'avance, juste pour... faire un bon jeu de mots. Fallait le faire, fallait oser...
Je parle bien sûr des Iznogoud écrits par Goscinny, pas ceux qui ont suivi son décès (toujours le problème des reprises de séries après la mort du scénariste-créateur...).

2 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 12:29

Raymond

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Admin
Iznogoud, c'est le genre de série qui ne m'avait pas beaucoup impressionné lors de sa sortie, mais qui est excellente à la relecture. Goscinny est un véritable orfèvre de la construction du gag.

C'est une bonne idée d'ouvrir un sujet sur cet excellent scénariste (un des deux ou trois meilleurs que je connaisse). pouce


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3 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 12:51

JYB


vieux sage
vieux sage
Excellent scénariste, oui, mais je me demande depuis longtemps s'il est un scénariste de BD humoristiques, ou - nuance... - s'il est d'abord et avant tout un amuseur, un "gagman", un faiseur de bons mots, qui a trouvé la BD comme moyen d'expression et comme moyen de publier ses textes... (le résultat est le même, mais c'est une nuance que je vois dans sa démarche).

4 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 15:17

Damned

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grand maître
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JYB a écrit:Excellent scénariste, oui, mais je me demande depuis longtemps s'il est un scénariste de BD humoristiques, ou - nuance... - s'il est d'abord et avant tout un amuseur, un "gagman", un faiseur de bons mots, qui a trouvé la BD comme moyen d'expression et comme moyen de publier ses textes... (le résultat est le même, mais c'est une nuance que je vois dans sa démarche).

Il faut dire déjà que la réplique traditionnelle : "mon bon Iznogoud" donne le ton de la série !
Je me souviens d'une histoire où Iznogoud demandait à un génie de transformer tous les gens présents en tabourets ; Comme Dilat Larat s'étonnait d'être toujours le même, Iznogoud lui expliqua qu'il ne pouvait devenir "tabouret" puisqu'il avait un dossier sous le bras !.....
Il fallait s'appeler Goscinny pour en sortir une pareille !!!!

Par contre je dois être très bête : je n'ai jamais trouvé de jeu de mots expliquant le nom "Haroun el Poussah", s'il y en a un ?......
Et je cherche encore ........

Raymond Damned

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5 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 15:33

JYB


vieux sage
vieux sage
Le "vrai" Haroun el Poussah s'appelait Haroun el Rashid ; c'est le plus célèbre calife de Bagdad, et sous son règne, comme dans la BD, cette grande capitale était bien la plus riche et la plus cultivée du monde méditerranéen. Aussi Goscinny s'est naturellement servi de ce nom pour son personnage de calife dans la BD Iznogoud. Il a ajouté "el Poussah" pour se démarquer d'el Rashid, et à mon avis il n'y a pas de jeu de mots ; toutefois, le mot "poussah" a deux définitions qui correspondent au personnage de la BD : un gros homme ventru et court sur pattes, et un objet lesté (représentant un gros bonhomme, justement) qui, quand on le pousse, revient à la verticale : un peu comme le personnage de la BD qui se sort de toutes les situations et de tous les traquenards dans lesquels veut le faire tomber son grand vizir...

Sinon, autre jeu de mots "pensé" : dans une histoire, dès la première image, on voit Iznogoud et son fidèle serviteur Dilat Larath se déplaçant dans un infâme marécage à bord d'une barque ; sur cette barque, on voit aussi, sans vraiment la remarquer, une sorte de grand bac à poignées. C'est à la page d'après qu'on apprend que ce bac est en fait une lessiveuse. A la page suivante (la 3e du récit, donc), Iznogoud et son serviteur doivent porter à deux cette lessiveuse qu'ils ont remplie d'eau du marécage. A un moment, ils traversent un désert ; Iznogoud, fatigué, s'arrête et dit "Je suis lessivé"... Et c'est là qu'on comprend que Goscinny avait imaginé la lessiveuse dès la première image de la première planche, juste pour amener le jeu de mots "je suis lessivé" trois planches plus loin... alors que tout autre récipient aurait très bien pu faire l'affaire...

6 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 15:40

Damned

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grand maître
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JYB a écrit:Le "vrai" Haroun el Poussah s'appelait Haroun el Rashid ; c'est le plus célèbre calife de Bagdad, et sous son règne, comme dans la BD, cette grande capitale était bien la plus riche et la plus cultivée du monde méditerranéen. Aussi Goscinny s'est naturellement servi de ce nom pour son personnage de calife dans la BD Iznogoud. Il a ajouté "el Poussah" pour se démarquer d'el Rashid, et à mon avis il n'y a pas de jeu de mots ; toutefois, le mot "poussah" a deux définitions qui correspondent au personnage de la BD : un gros homme ventru et court sur pattes, et un objet lesté (représentant un gros bonhomme, justement) qui, quand on le pousse, revient à la verticale : un peu comme le personnage de la BD qui se sort de toutes les situations et de tous les traquenards dans lesquels veut le faire tomber son grand vizir...
Sinon, autre jeu de mots "pensé" : dans une histoire, dès la première image, on voit Iznogoud et son fidèle serviteur Dilat Larath se déplaçant dans un infâme marécage à bord d'une barque ; sur cette barque, on voit aussi, sans vraiment la remarquer, une sorte de grand bac à poignées. C'est à la page d'après qu'on apprend que ce bac est en fait une lessiveuse. A la page suivante (la 3e du récit, donc), Iznogoud et son serviteur doivent porter à deux cette lessiveuse qu'ils ont remplie d'eau du marécage. A un moment, ils traversent un désert ; Iznogoud, fatigué, s'arrête et dit "Je suis lessivé"... Et c'est là qu'on comprend que Goscinny avait imaginé la lessiveuse dès la première image de la première planche, juste pour amener le jeu de mots "je suis lessivé" trois planches plus loin... alors que tout autre récipient aurait très bien pu faire l'affaire...

Merci pour cette minute culturelle qui me rassure sur ma compètence à lire du Goscinny !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

7 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 18:26

JYB


vieux sage
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Sinon, il semble que presque tous les autres personnages de la série, hors le calife, ont des noms contenant un jeu de mots, y compris les personnages secondaires. On trouve même, dans une seule histoire, deux autres califes : Abdoul El Flouz Eksasott et Hassan Téguh.
Dans une autre histoire, le vrai calife, Haroun El Rashid, est cité...

8 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 18:46

Totoche Tannenen

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JYB a écrit:Excellent scénariste, oui, mais je me demande depuis longtemps s'il est un scénariste de BD humoristiques, ou - nuance... - s'il est d'abord et avant tout un amuseur, un "gagman", un faiseur de bons mots, qui a trouvé la BD comme moyen d'expression et comme moyen de publier ses textes... (le résultat est le même, mais c'est une nuance que je vois dans sa démarche).

Je ne sais pas si on peut dire cela comme ça : je sais bien que le "métier" de scénariste n'existait pas en ces temps reculés, mais le rêve de Goscinny jeune était tout de même de devenir dessinateur (me semble-t-il).

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9 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 19:44

JYB


vieux sage
vieux sage
Comme je l'ai raconté sur le forum dans le dossier "Les secrets d'un bon scénario de BD" (voir à ce lien : http://lectraymond.forumactif.com/autour-de-la-bd-f12/les-secrets-d-un-bon-scenario-de-bd-t408-30.htm et dérouler un peu la page), un bon scénariste doit être ou avoir été lui-même dessinateur (pas forcément bon dessinateur, mais il doit avoir tâté suffisamment du dessin pour comprendre comment une BD fonctionne, scénario + dessins). C'est pareil pour Charlier, Tillieux, d'autres, et pour... Goscinny justement. En effet, ce dernier voulait être dessinateur, mais comme pour Charlier, comme pour d'autres qui sont devenus uniquement scénaristes (et c'est mon cas d'ailleurs), il arrive un moment où un déclic se fait et où l'on décide de devenir scénariste et de se consacrer à l'écriture de scénarios. Mais ce don du scénario de BD était déjà là, enfoui ; il faut juste le faire ressortir un jour, à la faveur d'un événement ou d'une circonstance favorable. Dans le cas de Charlier, des extraits de ses cahiers d'écolier, quand il avait 11 ans, figurent dans l'ouvrage (épuisé) Un réacteur sous la plume : on y voit ses premières BD d'enfant. Or, ce sont bien des BD, certes malhabiles, on voit bien que c'est dessiné, mais on voit surtout qu'il y a une narration et du rythme. Déjà, dès 11 ans... Or, Charlier, adolescent, voulait en effet être dessinateur, et il est fort possible que son talent de scénariste n'apparaissait pas encore, ni à ses proches, ni à lui-même d'ailleurs, d'autant que, comme tu dis, autrefois, le statut de scénariste n'était pas connu ni établi : on ne pouvait pas imaginer en faire un métier ni une activité à part entière.
Donc, sauf si un spécialiste de Goscinny me contredit (je ne demande pas mieux que cela arrive ici), je pense que Goscinny avait lui aussi en tête de faire du dessin et de la BD dans sa jeunesse, mais que dans le fond, il voulait raconter des histoires, et en l'occurrence des histoires amusantes bourrées de gags et de jeux de mots. Car c'était ça son truc : raconter des histoires drôles, jouer avec les mots, dans le cadre d'une BD en particulier (mais pas seulement puisqu'on connait ses histoires, uniquement écrites, du Petit Nicolas, même si elles furent illustrées par Sempé).
D'ailleurs, vous connaissez sans doute cette anecdote racontée par Charlier lui-même : quand Goscinny est arrivé en Europe, vers 1951 (je n'ai pas la date exacte), venant des Etats-Unis où il vivat alors, il s'est présenté dans les locaux de la World's Press de Georges Troisfontaines, et a rencontré le responsable éditorial qui n'était autre que... Charlier soi-même. Voyant ses premières BD, Charlier - c'est lui qui le raconte - a vite vu que les dessins n'étaient pas au top mais que les histoires étaient très bien tournées, avec de bons gags ; il s'est alors dirigé vers Troisfontaines et lui a dit (je cite ça de mémoire) : "Un type pareil, il ne faut pas le laisser partir !". Car Charlier, lui-même scénariste, avait tout de suite vu que Goscinny n'était pas vraiment dessinateur, mais d'abord et avant tout scénariste.

10 Re: Et Goscinny...? le Lun 25 Oct - 23:45

Raymond

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Admin
Rappelons au passage cet excellent recueil, Goscinny dessinateur, que je vous recommande de lire.



On y voit à quel point Goscinny maitrisait bien l'art de la caricature. On y découvre aussi ses deux BD personnelles (Dick Dicks et Capitaine Bibobu) qui sont plutôt quelconques, et il a eu raison de ne pas insister dans cette voie. Il aurait peut être progressé en insistant dans le domaine du dessin, mais il avait un tel don pour le gag et l'écriture que cela aurait été un gachis. Avec Uderzo (ou Morris), il formait un tandem parfait et celui lui a permis de créer de grandes séries classiques.

Ce qui est remarquable chez Goscinny, c'est l'équilibre parfait de ses récits qui tiennent aussi bien dans un récit de 44 pages que de 8 pages. Il trouve toujours la bonne longueur, et il a un véritable art du découpage. Il n'était pas un vrai feuilletoniste comme Charlier et se travaillait plutôt comme un humoriste en fignolant une suite de séquences/gags, mais on ne l'a jamais vu terminer une histoire "à l'arraché", en laissant l'impression qu'il manque des pages. C'est peut être lui, au fond qui restera comme le meilleur scénariste de la BD (à égalité avec Kurtzman). Wink


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11 Re: Et Goscinny...? le Mar 26 Oct - 10:40

JYB


vieux sage
vieux sage
Raymond a écrit:C'est peut être lui, au fond qui restera comme le meilleur scénariste de la BD (à égalité avec Kurtzman). Wink
De BD humoristique ; car Goscinny s'est essayé à la BD d'aventures réalistes (voir par exemple ton dossier, Raymond, sur "Les incunables de Uderzo", où figurent quelques images d'une de ses rares BD réaliste, Bill Blanchart ; nous savons aussi qu'il a fait une tentative de BD réaliste avec Jijé : un court épisode de Jerry Spring et, si je ne m'abuse, un projet pour Le Supplément illustré en 1956) ; mais il n'a pas donné suite et ces très rares productions ne sont quand même pas restées dans les mémoires...

12 Re: Et Goscinny...? le Mar 26 Oct - 12:27

Raymond

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Admin
Goscinny n'avait de toute façon aucun plaisir à écrire des récits d'aventure. Conséquence logique : il en a très peu créé. Que dire de plus ?

D'une manière générale, il appartient à la catégorie d'écrivains qui trouvent leur juste dimension dans le genre de l'histoire courte ou de la nouvelle. Le chef d'oeuvre de Goscinny à mon avis, c'est le Petit Nicolas, avec ou sans les dessins de Sempé (c'est mieux avec bien sûr Wink ). Chaque histoire ne fait que quelques pages, mais ces récits sont construits d'une façon très élaborée, avec une sorte de crescendo qui aboutit à un gag final. Ce sont de véritables petites merveilles, y compris sur le plan de la littérature. On retrouve au fond le même type construction dans ses histoires à suivre, car il composait une suite de séquences qui font 1, 2 ou 4 pages (présentation idéale pour le journal qui prépubliait la BD) et qui rassemblaient ensuite naturellement pour former une histoire complète. C'est cette précision d'horloger dans la construction d'un scénario (donnant un album de 44 pages) qui fait de Goscinny un véritable maître. Jean-Michel Charlier, de ce point de vue, n'était pas aussi convaincant.


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13 Re: Et Goscinny...? le Mar 26 Oct - 13:58

JYB


vieux sage
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Avant de parler de Goscinny, une note sur Charlier : celui-ci était apparemment brouillon et en tout cas il improvisait beaucoup, mais quand même, il retombait toujours sur ses pieds... C'est ce qui compte, et c'est peut-être ça qui est le plus remarquable dans son travail, dénotant une forme de génie, ou au moins une performance intellectuelle. Surtout quand on sait qu'il menait de front 8 à 10 séries en parallèle, selon les périodes de sa vie, des séries qui avaient assez souvent des thèmes différents : moyen-âge, marine à voiles, far-west, scoutisme, aviation contemporaine - et encore, parmi ses séries d'aviation, il lui fallait inventer des histoires différentes et finir chacune en beauté sans se mélanger les pinceaux, alors qu'il écrivait au jour le jour, envoyant une ou deux pages de scénario à chacun de ses dessinateurs... On connaît cette anecdote d'Albert Uderzo : un jour, il a reçu un bout de scénario de Tanguy, avec le héros qui, dans les textes, s'appelait Buck Danny...
Charlier faisait aussi preuve d'une imagination inépuisable et d'une large culture dans de nombreux domaines dont ses scénarios, ses histoires, profitaient. On sent chez lui la profusion, l'abondance, l'expansion et un sacré souffle. Chez Goscinny, qui était cultivé aussi, on sent que cette culture était, disons, plus contenue, plus discrète, et en tout cas dirigée tout entière vers le gag et le jeu de mots.
Chez Goscinny et chez Charlier (et chez la plupart des auteurs...), les histoires se finissent toujours bien, mais leurs façons d'y arriver étaient différentes. Chez Charlier, il y a davantage de suspense ; on est pris en haleine, jusqu'au bout ; c'est de la grande aventure à base d'actions trépidantes ; chez Goscinny, le but est surtout de faire rire (ou au moins sourire). Quelle formule est la meilleure, quel scénariste est le meilleur ? Pour être captivé par des aventures haletantes, c'est la formule de Charlier ; pour bien rire, c'est celle de Goscinny. Chacun ses qualités et, si j'ose dire, ses défauts...
En outre, chez Goscinny, ça se finit invariablement avec un cow-boy qui s'éloigne sur fond de soleil couchant ou avec un banquet à base de sangliers dans un village gaulois ; est-ce rigolo ou non ? Doit-on prendre ça comme un clin d'oeil, un "gimmick" comme on dit ? Personnellement, ça m'a amusé un temps, moins maintenant. Cela ne m'empêche pas de considérer que Goscinny est en effet un très grand scénariste, plus "carré" ou en tout cas plus sec, plus concis, que Charlier puisqu'on parle de lui, mais à mon avis le genre de BD qu'ils réalisaient chacun de leur côté ne peut pas vraiment se comparer ; je me demande même si les deux genres (celui de Charlier, à la façon de Charlier, et celui de Goscinny, traité par lui) ne s'opposent pas par certains aspects.
Un point commun aussi entre les deux, mais on a dû déjà le dire : leur goût pour la littérature et pour les mots. Mais la finalité est différente (dans leurs BD respectives, je précise ; mettons de côté Le Petit Nicolas). Je me souviendrai toujours avoir découvert dans une BD très peu connue de Charlier, Chevalier Thierry (publiée uniquement dans les pages de Spirou il y a plus d'un demi-siècle), un mot incroyable pour lequel il m'avait fallu consulter mon dictionnaire : circonvallation. Je chercherais longtemps un tel mot dans n'importe quelle BD publiée ces 10 ou 20 dernières années. Quant aux jeux de mots de Goscinny, ils dénotent le même goût... au point que parfois, il vaut mieux être adulte ou suffisamment cultivé pour en comprendre tout le sel (les fameux niveaux de lecture d'Astérix, selon qu'on est jeune ou moins jeune). Mais une différence entre les deux scénaristes, au niveau des textes et dialogues : autant Goscinny était concis, voire sec (pas un mot de trop) (un album remarquable à ce niveau est par exemple Le 20e de Cavalerie, de la série Lucky Luke), autant Charlier (et des auteurs comme Jacques Martin ou EP Jacobs) faisaient des phrases amples, riches, épaisses, mais aussi, parfois, longues, redondantes ou excessives. Mais ça vient aussi d'un trait de caractère ou de la personnalité profonde de chacun, pas seulement du professionnalisme acquis par l'un ou l'autre à force de peaufiner sa technique de la narration BD. Puisque je viens de citer Lucky Luke, une note qui n'est sans doute qu'un rappel : on sait que Morris, le dessinateur, n'appréciait pas les jeux de mots et les sabrait des dialogues écrits par Goscinny, lequel disait que ça le frustrait et que pour se rattraper, il avait créé Iznogoud où, là, il se défoulait...
Cela dit, je ne connais pas assez la vie et l'oeuvre de Goscinny pour pouvoir parler de lui et de sa façon de travailler. J'ai créé ce sujet juste pour rendre hommage à son humour et à ses BD. Ce que je sais, d'après des interviewes ou des articles, c'est qu'il écrivait ses scénarios en rédigeant un synopsis pré-découpé page par page ; le contenu d'une planche était résumé en quelques lignes, voire en quelques mots (donc, la totalité d'une histoire était prévue, de la planche 1 à la planche 44 - en général, c'est 44 chez Goscinny). Et une fois ce travail préparatoire effectué, la tâche de Goscinny était de rédiger le détail de chaque planche ; or, il me semble avoir deviné que souvent, il remplissait chaque planche en trouvant des gags, des jeux de mots, des situations comiques ; ce n'est pas une critique de ma part, au contraire, mais je dirais - à ce que j'ai compris, je répète ; je peux me tromper - que sa façon de dérouler une scène, c'est en fait une sorte de remplissage par des gags et des jeux de mots, pour lui permettre d'aller à la planche suivante prévue dans son synopsis. Une fois à cette planche suivante, dont il n'avait encore une fois qu'un résumé en quelques lignes de ce qui s'y passe (mais, comme toujours, prévu dans le synopsis dont je parlais plus haut), là, rebelote, il lui fallait trouver des gags et des jeux de mots. C'est quasiment certain que Goscinny avait déjà en tête, préalablement, certains jeux de mots et certaines situations comiques dans telle et telle planche, mais je suis prêt à parier que, pour d'autres planches, il devait compter sur sa capacité d'improvisation et son sens du gag et du jeu de mots pour "boucher le trou" au coup par coup.
Il devait donc aller d'une planche à l'autre en suivant son synopsis qui était préparé au cordeau, tel un "chemin de fer" comme on dit dans l'édition. Le "chemin de fer", dans le journalisme ou l'édition, c'est la disposition de la pagination d'un futur journal ou d'un futur livre, de la première à la dernière pages, avec dans chacune un court résumé de ce qu'on y trouvera, histoire de ne pas s'égarer et de bien savoir où on va ; en général, ça se présente sous la forme d'un grand tableau synoptique qu'on accroche au mur et que chaque membre d'une rédaction peut regarder ; vu de loin, ça ressemble à des rails de chemin de fer avec leurs traverses - doù ce surnom devenu très courant de "chemin de fer" ; mais attention, je parle d'un temps ancien, d'avant les mises en page sur écran d'ordinateur, une époque que j'ai d'ailleurs connue et vécue, ayant bossé pour des hebdos et des mensuels, qui, comme tous les autres, pratiquaient la même technique. Ainsi, appliquant certainement la même technique pour la réalisation de ses scénarios, Goscinny savait ce qu'il y avait dans chaque planche (en quelques mots, ça suffisait), de la 1 à la 44, et il ne lui était sans doute pas nécessaire de changer quelque chose ; c'était carré, bien calé, et bien "cadré".
C'est fort différent de Charlier qui, lui, avançait planche après planche sans plan détaillé, avec juste un fil conducteur qu'il changeait souvent en cours de route, en fonction de son inspiration ou s'il trouvait une meilleure idée, une autre piste que celle qu'il avait imaginée au départ. Au point que, démarrant une histoire, il ne savait pas qu'il la traînerait sur deux ou trois albums (ou plus), son imagination et les divers rebondissements trouvés à mesure qu'il avançait lui faisant "rallonger la sauce". Il lui arrivait quand même souvent de préparer un synopsis avec quelques péripéties, mais j'ai lu certains de ces brouillons, et quand on lit la BD finale, on s'aperçoit qu'il s'en est souvent éloigné... Ces "brouillons" lui servaient de "fil conducteur" comme je le disais quelques lignes plus haut.
Tiens, j'aurais pu raconter tout ça dans le dossier "Les secrets d'un bon scénario de BD"...

14 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 13:41

JYB


vieux sage
vieux sage
Ah la la... Il faut que ce soit moi qui parle encore de Goscinny, un scénariste bien oublié sur ce forum...
J'ai acheté tout à l'heure l'Intégrale n°1 de Spaghetti, par Goscinny et Attanasio, qui vient de sortir au Lombard. Une occasion pour moi de découvrir cette série (j'avais dû lire autrefois des morceaux d'histoire, par-ci, par-là, et n'avais pas encore d'albums).
A noter qu'une petite moitié de cette Intégrale est faite de planches originales, mais l'autre moitié de planches scannées des pages parues dans Tintin, ce qui rend un peu moins bien. Le problème est que dans Tintin, certaines histoires sont en bi-chromie, ou avec des pages en alternance couleur et bi-chro ; du coup, l'album manque d'unité. Toutefois, le traitement des scans est bon, donc l'ensemble reste largement admissible.

15 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 15:12

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Personnellement, je ne l'ai pas acheté : dossier peu élaboré.

Le fait que Dupuis ait intégré Media-Participations n'a pas convaincu apparemment les gens du Lombard de donner au lecteur des bonus fouillés comme ceux inclus dans les "Intégrales" de leur confrère. Rolling Eyes down

16 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 16:53

Raymond

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Admin
JYB a écrit:Ah la la... Il faut que ce soit moi qui parle encore de Goscinny, un scénariste bien oublié sur ce forum...
J'ai acheté tout à l'heure l'Intégrale n°1 de Spaghetti, par Goscinny et Attanasio, qui vient de sortir au Lombard. Une occasion pour moi de découvrir cette série (j'avais dû lire autrefois des morceaux d'histoire, par-ci, par-là, et n'avais pas encore d'albums).
A noter qu'une petite moitié de cette Intégrale est faite de planches originales, mais l'autre moitié de planches scannées des pages parues dans Tintin, ce qui rend un peu moins bien. Le problème est que dans Tintin, certaines histoires sont en bi-chromie, ou avec des pages en alternance couleur et bi-chro ; du coup, l'album manque d'unité. Toutefois, le traitement des scans est bon, donc l'ensemble reste largement admissible.
Eh oui, tu es le seul à défendre vraiment les scénaristes dans ce forum. Very Happy

Pour Spaghetti, je trouve que ce n'est pas le meilleur travail de Goscinny. L'humour très "convenu" me semble avoir assez mal vieilli. Par ailleurs, je ne retrouve pas dans ces histoires les intrigues minutieusement construites que tu évoquais précédemment pour Lucky Luke ou Astérix.


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17 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 18:49

bertrand labévue


bédéphile pointu
bédéphile pointu
Je ne sais plus quel dessinateur faisait remarquer que la qualité des scénarios de Goscinny à la même époque était proprtionnelle à la qualité du dessinateur qui l'illustrait. Je trouve ça plutôt rassurant, quant à moi. Imaginez 5 minutes Goscinny créer Astérix avec Dino Attanasio...
Le parrallèle entre les gags de Modeste et Pompon illustrés par Franquin puis par le même Attanasio illustre bien cette idée, je trouve. Greg scénarisait des pages pour les deux dessinateurs et pourtant, la qualité n'est pas la même.
Une BD est une collaboration, avec deux auteurs qui se stimulent l'un l'autre (ou pas !), me semble-t-il...

18 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 19:07

JYB


vieux sage
vieux sage
bertrand labévue a écrit:Je ne sais plus quel dessinateur faisait remarquer que la qualité des scénarios de Goscinny à la même époque était proprtionnelle à la qualité du dessinateur qui l'illustrait. Je trouve ça plutôt rassurant, quant à moi. Imaginez 5 minutes Goscinny créer Astérix avec Dino Attanasio...
Le parrallèle entre les gags de Modeste et Pompon illustrés par Franquin puis par le même Attanasio illustre bien cette idée, je trouve. Greg scénarisait des pages pour les deux dessinateurs et pourtant, la qualité n'est pas la même.
Une BD est une collaboration, avec deux auteurs qui se stimulent l'un l'autre (ou pas !), me semble-t-il...
Je ne sais plus où, sur ce forum ou sur Aéroplanète, j'ai publié quelques considérations sur l'émulation instinctive, automatique, entre les dessinateurs et leurs scénaristes, et sur une sorte d'adaptation du scénariste à ses dessinateurs, en fonction du style de chacun, de sorte qu'effectivement, un même scénariste peut présenter des histoires différentes, et peut-être aux qualités différentes, d'un dessinateur à l'autre.
Mais il faut faire attention aussi à l'IMPRESSION que peuvent avoir les lecteurs qui lisent une BD, et dont l'avis peut être inconsciemment influencé par l'aspect du dessin : un excellent scénario peut provoquer un peu la grimace, non pas parce qu'il serait mauvais (puisqu'il est excellent) mais tout bêtement parce que le dessin attire moins ou ne paraît pas à la hauteur. Je l'ai déjà dit, mais une BD de qualité est un tout : bon scénario + bon dessin (mais j'enfonce là une porte ouverte...).
Et j'ai aussi donné ma petite recette personnelle : si on donne une note sur 20 au dessin et une note sur 20 au scénario, il vaut mieux que le scénario ait une note un poil supérieure à celle du dessin (mais un poil seulement). Mais je reconnais qu'on ne peut pas être d'accord.

19 Re: Et Goscinny...? le Jeu 13 Jan - 19:26

Totoche Tannenen

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grand maître
grand maître
Je ne sais pas si on l'a déjà signalé sur le forum mais je vous rappelle qu'on peut revoir sur le site de l'INA les "minichroniques" que René Goscinny avait écrites pour la télévision à la fin des années 70. Goscinny y apparait, tel Hitchcock pour les présenter et faire la voix-off. Dans certaines, on peut par ailleurs y voir Pierre Desproges !
http://www.ina.fr/recherche/recherche?search=Mini+chronique&vue=Video

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20 Re: Et Goscinny...? le Dim 23 Jan - 10:33

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
http://www.toutenbd.com/article.php3?id_article=3549

21 Re: Et Goscinny...? le Mar 1 Nov - 11:30

Ethan

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grand maître
grand maître


Ce n'est pas la série la plus connue de Goscinny, mais elle mérite honnêtement d'être redécouverte....C'est un régal de lire les aventures de Spaghetti et de son frère de pizza Prosciutto !!!!...Merci au Lombard de l'avoir réédité !!!

22 Re: Et Goscinny...? le Mar 1 Nov - 11:43

Raymond

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Admin
J'avais acheté cet album édité il y a 2 ans par le Lombard.



Ce sont de bons épisodes (et des scénarios de Goscinny) mais je n'avais pas trop "accroché" en les lisant. Il me semblait que l'humour avait vieilli. Rolling Eyes


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23 Re: Et Goscinny...? le Mar 1 Nov - 11:51

Ethan

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grand maître
grand maître
Moi, je n'ai pas trouvé que l'humour avait vieilli, c'est intemporel...Par exemple 'Peintoure à l'houile' est pour moi, un des scénarios les plus hilarants de Goscinny.

24 Re: Et Goscinny...? le Sam 21 Jan - 17:32

GIL42


alixophile
alixophile
Juste un petit mot pour dire que Mr Goscynny manque cruellement à la bande dessinée. Sad
Franquin aussi...
Il savait faire rire par ces jeux de mots et ces scénarios. Laughing
Il fallait aussi d'excellents dessinateurs pour transcrire sur la planche à dessin les mimiques que pouvait avoir tel personnage dans une situation humoristique bien précise.
Je pense notamment à Uderzo, Tabary et Gotlib (et bien d'autres aussi ): des dessinateurs hors paires.

25 Re: Et Goscinny...? le Sam 21 Jan - 18:47

Raymond

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Admin
Oui, bien sûr !

Mais Goscinny appartient à une époque qui est maintenant révolue. En fait, de nombreux auteurs de sa génération nous manquent aujourd'hui (Franquin, Jijé, Tillieux, Morris etc ...), mais, tout cela, c'est du passé ...


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