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Iorix le Grand

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1 Iorix le Grand le Dim 18 Juil - 16:22

Raymond

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Admin
Il n'y a pas encore de sujet consacré à ce grand album d'Alix et il est temps d'en ouvrir un. Malheureusement, nous n'aurons pas cette fois-ci les commentaires de Jacky-Charles.   deso

Soulignons d'abord que Iorix le Grand est une histoire que j'ai suivi avec passion lors de son parution dans le journal Tintin. J'en ai relu les pages à de multiples reprises, en me demandant longtemps comment cette curieuse expédition allait se terminer.



Pour des raisons que j'ignore, la prépublication a été inhabituellement longue et elle a connu des interruptions à deux reprises. Jacques Martin a t-il été malade à cette époque ... je me le demande toujours aujourd'hui ? Je me souviens  en tout cas de ces images qui montrent l'arrivée en Gaule de la troupe conduite par Alix. C'était la conclusion provisoire de l'histoire à la fin 1971, et il a fallu attendre presque 6 mois avant d'en découvrir la suite dans le journal.



Le début de l'histoire m'avait particulièrement ravi. Jacques Martin s'est probablement fait plaisir en dessinant la visite des jardins de Drufus Septer. Le récit semble démarrer au ralenti, mais c'est pour mieux nous faire découvrir la beauté du monde antique. Pour ma part, j'avais surtout été séduit par le personnage d'Ariela, qui ne laisse pas Alix insensible. C'est d'ailleurs la première fois que nous le voyons vraiment s'intéresser à une femme.



Le héros principal de l'histoire est cependant Iorus, un tribun gaulois engagé dans les légions romaines. Jacques Martin nous présente au départ un personnage ambigu, à la fois civilisé et colérique. Il défend le bon droit, grâce à l'influence raisonnable de son ami Hortalus, mais quand ce dernier meurt au cours d'un combat, Iorus se retrouve livré à lui-même. Le barbare se réveille et il est prisonnier de ses passions. Il devient Iorix le gaulois et change d'apparence. Barbu et chevelu, il rêve de libérer la Gaule de la domination romaine. Le récit de cette transformation devient le thème central de l'album et la psychologie du personnage est lucidement développée. Jacques Martin met probablement beaucoup de lui-même dans cette histoire et j'imagine qu'il s'est en partie identifié à son personnage. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de penser qu'en chacun de nous, il y a un barbare qui sommeille.



Toutefois, Iorix le Grand ne raconte pas seulement l'évolution psychologique d'un caractériel. C'est d'abord le récit d'une expédition dans le nord de l'Europe et d'un affrontement constant entre ses deux chefs, qui sont Iorix et Alix. L'intrigue est dominée par une tension et une agressivité qui explosent par moment sous la forme de spectaculaires combats. Jacques Martin aime ce genre de séquence et, mieux que personne, il dessine avec précision les scènes de batailles en alternant les tableaux généraux explicatifs et les gros plans révélateurs. L'attaque du camp des barbares, par exemple, est racontée avec une grande clarté, et ceci n'empêche pas les images d'être spectaculaires.



Iorix étant parti en guerre contre la domination romaine, sa mort devenait inévitable. Avec finesse, Jacques Martin imagine que la fin du guerrier soit tout simplement la conséquence logique de ses actes. Ridiculisé après l'échec de la conquête d'une ville gauloise, Iorix est lapidé par ses propres troupes révoltées. "Est-il venu trop tard ... ou trop tôt" conclut Alix d'une manière bien ambigue. La folie de Iorix permet à l'auteur d'imaginer cette dernière image, qui est une magnifique conclusion du récit.



Iorix le Grand n'est pas mon album préféré, mais c'est sans aucun doute une des meilleurs albums qu'ait dessiné Jacques Martin. A la fois dynamique (grâce à la suite de péripéties et de combats qu'il raconte), séduisant (par la qualité de ses images), subtil (grâce à la vérité psychologique du personnage principal), et réaliste (grâce à la qualité de la documentation historique), cet album est même capable d'envoûter un lecteur réticent à la bande dessinée. C'est en tout cas un de ces livres intelligents que j'osais prêter sans trop de honte il y a 30 ou 40 ans, lorsque la BD était encore considérée comme un loisir puéril par les censeurs. Peut-on imaginer aujourd'hui un meilleur compliment ?



Dernière édition par Raymond le Jeu 23 Oct - 13:45, édité 1 fois


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2 Re: Iorix le Grand le Dim 18 Juil - 22:38

Jacky-Charles


license ès BD
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Non, en effet, je ne commenterai pas cet album, puisque Diego l'a très bien fait avant moi. Vous trouverez son texte, avec quelques autres, sur le site "Alix l'intrépide".

Là-dessus, je repars en vadrouille : à vendredi prochain !

3 Re: Iorix le Grand le Lun 19 Juil - 17:13

bruno

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grand maître
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Bravo Raymond et merci pour cette analyse qui rejoint tellement les mêmes sentiments que j'ai éprouvés, en découvrant également cette histoire dans les pages du journal Tintin. Je ne trouve rien à rajouter, sinon que ce titre est, pour ma part, l'un de mes favoris.

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4 Re: Iorix le Grand le Lun 19 Juil - 19:07

Raymond

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Admin
Merci Bruno. Cela fait un certain temps que nous n'avons pas parlé de nos Alix préférés et on devrait peut être refaire un sondage (ou un concours comme pour Lefranc). Je vais cependant attendre que tout le monde rentre de vacances. Cool

Sinon, j'ai regardé le résumé fait par Diego sur le site non-officiel (après avoir écrit mon texte, bien sûr, on a sa fierté Wink ). Il présente très bien le contexte historique et s'interroge sur les barbares qui se font battre par Iorix (ce ne sont pas des Sarmates ni des Daces, semble t-il). Il n'y a pas grand chose à contester, sauf l'idée qu'Ariela ne jouerait qu'un rôle secondaire. Sa présence crée au contraire une tension dans le récit (amoureuse, pour ne pas dire érotique) et elle explique la haine et l'attitude intraitable de Iorix envers Alix. Ariela est à mon avis un personnage principal du récit.


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5 Re: Iorix le Grand le Lun 19 Juil - 20:27

Pierre

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vieux sage
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Pour ma part, Iorix le Grand est le dernier album d'Alix de la grande époque; après, c'est moins bon (selon moi Wink )

6 Re: Iorix le Grand le Ven 23 Juil - 18:45

Raymond

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Admin
Une petite idée impertinente me vient à l'esprit.

Je me souviens que François Mitterrand aimait beaucoup l'histoire de Iorix le Grand. Il a déclaré que c'était sa BD préférée et il lui est même arrivé d'offrir l'album à certaines personnes (je ne sais plus où j'ai lu cela, peut être dans les interviews de Jacques Martin).

Il est clair que Iorix le grand raconte l'histoire d'une lutte et d'une conquête du pouvoir. Mitterrand devait se retrouver en terrain familier avec ce genre de scénario (il savait être plus patient que Iorix Smile ).

Voici la petite question que je me pose : en général, le lecteur d'une histoire s'identifie à un personnage (c'est le premier plaisir du roman). Mitterrand s'identifiait-il à Iorix ou à Alix ? Wink



Dernière édition par Raymond le Ven 23 Juil - 20:19, édité 1 fois


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7 Re: Iorix le Grand le Ven 23 Juil - 20:17

Treblig


Double prix Nobel
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Raymond, je me permets de te faire remarquer que Mitterrand s'écrit avec 2 r.

8 Re: Iorix le Grand le Ven 23 Juil - 20:20

Raymond

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Il me semblait bien que je faisais une erreur. Je n'avais pas le temps de vérifier (trop de boulot à la rentrée des vacances Crying or Very sad ).


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9 Re: Iorix le Grand le Ven 21 Jan - 19:29

Vilain goton

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alixophile
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Perso c'est mon album préféré.Les dessins,le scénario,tout est incroyable.
Encore un album qui m'avait permis,à l'époque(je l'ai lu très jeune),de découvrir cette fameuse défaite romaine face aux Parthes.
En ce qui concerne le personnage d'Ariela,j'aimerai emettre un avis.Moi j'ai plutôt eu l'impression que c'était elle qui s'intéréssait à Alix,et non l'inverse.C'est elle qui l'accoste au départ,et c'est sûrement la plus belle des filles/femmes dessinées dans l'univers d'Alix.Pourtant comme le dit Iorix après le combat dans la grotte:"dès que tu es apparu,elle n'a eu d'yeux que pour toi.toi dont le seul compagnon est ce garçon que tu dorlotes dans ton chariot".
On pourrait donc ,à travers,cette phrase,se ramener au sujet "des amours d'alix"et de sa relation avec enak,qui quoi qu'on en dise,est très ambigüe.

10 Re: Iorix le Grand le Ven 21 Jan - 20:37

Raymond

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Admin
A propos de leur première rencontre, il y a une image qui fait suite à la scène exposée plus haut, et que je n'ai pas scanné. Elle montre montre Alix marchant à côté de Drufus Septer et se retournant pour regarder Ariela. A ce moment-là, il ne fait aucun doute qu'il s'intéresse beaucoup à la jeune fille. Wink

Je ne crois pas qu'il devienne indifférent par la suite au(x) charme(s) d'Ariela. Il a surtout tendance à se comporter en chef d'expédition et il ne veut pas laisser apparaitre de faiblesse. Jacques Martin devait par ailleurs jongler avec certains interdits et il faut regarder parfois "entre les images" pour deviner cette relation amoureuse qui, il faut l'admettre, est tout de même restée inaboutie.



Dernière édition par Raymond le Sam 22 Jan - 14:28, édité 1 fois


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11 Re: Iorix le Grand le Ven 21 Jan - 23:25

Vilain goton

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alixophile
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Oui,ce n'est pas faux non plus.Une chose est sûre,le Enak,comme dans beaucoup d'albums d'ailleurs,est un véritable "boulet".Il est clair qu'il aurait mieux valu dorloter la Ariela,enfin moi c'est ce que j'aurai fait Very Happy

Le personnage le plus intéressant de l'album reste Iorix.Fougueux,violent,mais aussi courageux.

12 Re: Iorix le Grand le Sam 22 Jan - 9:09

stephane

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vieux sage
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Ariela et Alix se sont-il connus enfants? Il y a une scène ou Ariela dit à Alix que celui-ci ressemble beaucoup a un compagnon d'enfance. Pourquoi Martin a t'il écrit ce dialogue? Soit, pour les besoins du scénario, et ainsi annoncé une complicité entre les 2 jeunes gens(mais ce n'est pas trop nécessaire pour l'histoire, la complicité vient naturellement), soit parce qu'ils se sont connus durant leur enfance, et là, dommage, l'auteur n'a pas exploité ce sujet(un peu comme la soeur d'Alix dans C'était à Khorsabad,au début du livre, que Martin avait mis en place et qui a été complétement oublié par le scénariste François Maingoval).

http://alixmag.canalblog.com/

13 Re: Iorix le Grand le Sam 22 Jan - 14:54

Raymond

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Admin
C'est une chose à laquelle je n'avais pas pensé. Cela pourrait en effet donner des suites intéressantes mais j'ai tout de même une petite objection. Si Alix et Ariela s'étaient déjà rencontrés, pourquoi Alix ne la reconnait-il pas ?


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14 Re: Iorix le Grand le Ven 28 Nov - 18:57

stephane

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vieux sage
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Une interview de Jacques Martin qui nous parle de Iorix:
http://alixmag.canalblog.com/archives/2014/11/28/31045351.html

http://alixmag.canalblog.com/

15 Re: Iorix le Grand le Sam 29 Nov - 12:15

Raymond

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Admin
Superbe interview, qui parle en détail d'un des meilleurs albums d'Alix ! pouce


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16 Re: Iorix le Grand le Sam 29 Nov - 12:29

bruno

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grand maître
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Magnifique en effet... Merci Stéphane.

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17 Re: Iorix le Grand le Dim 7 Déc - 17:02

Tarmac

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grand maître
grand maître
Interview très intéressante au demeurant sur la psychologie de Iorus ainsi que sur les origines d'Alix à Khorsabad.
On reste dans l'interprétation, dans l'imaginaire pour les deux. On se rend compte du potentiel qu'avait le personnage de Iorus. D'ailleurs JM affirme-t-il qu'il avait l'intention de consacrer deux albums sur le personnage.
Iorus était ce que l'on appelle un auxilliaire servant aux côtés des romains, tout comme l'avait été du reste Vercingétorix. Tant qu'il sert avec les légions d'orient, il garde une part de romanité en lui, et à mesure qu'il pénètre en Gaule Transalpine (j'aime bien cette vision symbolique de la Gaule en plongée, boisée et entrecoupée de fleuves) ses instincts celtiques reprennent le dessus. Là encore l'histoire de la Guerre des Gaules montre à plusieurs reprise des exemples d'auxilliaires comme celui-là, tiraillés psychologiquement entre leur origine celtique et leur romanité militaire toute récente.

18 Re: Iorix le Grand le Mar 12 Jan - 15:48

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Planche 40.




Dernière édition par Treblig le Dim 13 Mai - 10:38, édité 1 fois

19 Re: Iorix le Grand le Jeu 14 Jan - 11:15

Erik A

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martinophile distingué
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La case dans laquelle Iorix outrage en public Ariela dans la grotte participe d'une émotion d'enfance très intense et choquante du jeune lecteur que j'étais alors au début des années 70. L'avoir découvert dans le journal Tintin au moment de la parution de mon hebdo préféré reste un souvenir marquant de mon amour pour la BD et celles de JM en particulier...

Que la censure n'ait pas frappé à l'époque est quand même surprenant parce que je trouve ça bien plus trouble que les seins nus de Malua dans les Proies du volcan dont Martin a maintes fois raconté comment il fit pour que les pages ne soient pas retouchées.

Or c'était bien avant...

http://erikarnoux.blogspot.com

20 Re: Iorix le Grand le Mar 19 Juin - 11:31

Treblig


Double prix Nobel
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Une dédicace inhabituelle… Wink


21 Re: Iorix le Grand le Sam 11 Aoû - 10:27

Raymond

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Admin
J'ai contacté Diego par e-mail, et il m'a autorisé à reprendre ses analyses pour les mettre sur le forum.

Je vais commencer avec l'analyse de Iorix le Grand. Les autres textes suivront peu à peu.


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22 Re: Iorix le Grand le Sam 11 Aoû - 10:29

Raymond

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Admin
IORIX LE GRAND

Une étude par Diego Jimenez


Scénario et Dessins de Jacques Martin. Publié en 1972. Il s’agit d’une des œuvres « gauloises » de Jacques Martin.

La trame :

Je n’en dirai que quelques mots pour remettre les évènements dans leur contexte et parce que je n’entends pas dispenser le lecteur de cet article d’avoir à faire l’acquisition de cet album par un résumé par trop exhaustif. Je me limiterai donc à ceci : Alix et Enak sont invités par le proconsul de Pont Euxin, Drufus Septer, pour une visite qui se révèle ne pas être tout à fait de courtoisie mais avoir un objectif plus pratique : le rapatriement de mercenaires gaulois dans leur pays.

Les lieux :

On voyage essentiellement en Germanie dans cet album mais les rappels historiques nous renvoient aussi en Mésopotamie.

La bataille de Carrhes
On apprend assez vite que les mercenaires gaulois que doit ramener Alix ont participé à la bataille de Carrhes aux côtés des troupes de Caius Licinius Crassus et que Astorix, le père d’Alix, faisait sans doute partie de ces troupes. La bataille de Carrhes a lieu en 53 av J.C, il est nécessaire de la restituer dans un contexte. En 63 av J.C, Pompée bat Mithridate VI du Pont, Antiochos XIII de Syrie et Tigrane d’Arménie. Il ne pousse pas plus loin et signe un traité de paix avec les Parthes. En 54 av J.C, Crassus est nommé gouverneur de Syrie, il compte en profiter pour augmenter sa gloire militaire et ses richesses de façon à supplanter ses co-triumvirs César et Pompée. Il rompt donc la paix avec les Parthes qui, surpris, n’opposent pas beaucoup de résistance. Après avoir pillé Antioche et le temple de Salomon à Jérusalem, Crassus s’engage dans une nouvelle campagne contre les Parthes à la tête de 42.000 hommes environ. La source principale d’information est l’historien Plutarque. Le consul commet l’erreur de vouloir foncer vers la capitale parthe, Ctésiphon, se privant ainsi du soutien du roi Artaban d’Arménie qui voulait attaquer par le Nord.  Crassus est ensuite trahi par un chef de clan nomade du nom d’Agbar, roi des Orsoètes, qui l’envoie dans les bras des Parthes commandés par le général Suréna.
La bataille s’engage à Carrhes en Turquie actuelle, les romains sont environ 36.000 dont 4.000 cavaliers. Les Parthes sont au grand maximum 10.000 répartis en 9.000 archers montés à cheval et 1.000 cataphractes, cavaliers cuirassés lourds. Les Romains forment une tortue pour résister aux flèches parthes en attendant que leurs stocks se tarissent pour contre attaquer. Mais l’armée parthe voyage aussi avec un millier de dromadaires destinés à porter les stocks de flèches. C’est en quelque sorte un feu d’artillerie légère qui s’abat en continu sur les légions romaines. Les Romains sont donc progressivement acculés puis enfoncés par la cavalerie lourde tandis que les 1.000 Orsoètes qui formaient leur arrière-garde se retournent contre eux. Perdant leur cohésion et leur sang-froid, plusieurs chefs de cohorte font sortir leurs frondeurs et archers des rangs pour attaquer les Parthes dont les arcs ont une portée bien supérieure, ils se font massacrer en quelques instants. Pour éviter le désastre le fils de Crassus, Publius, fait une sortie avec sa cavalerie (dont 1.000 cavaliers gaulois prêtés par César). Il parvient à sauver très provisoirement son père mais il est encerclé et son corps d’armée est rapidement anéanti. Crassus fait retraite et quelques jours plus tard il est tué lors d’une entrevue avec Suréna qui dégénère en bagarre entre les Romains et les Parthes. Les débris de son armée sont capturés dans les jours qui suivent. Dans les « Légions Perdues » Alix dit que Suréna lui a fait couler de l’or dans la bouche, c’est faux. Le roi Orodès a effectivement ordonné que l’on fasse ainsi mais avec la dépouille du romain.
Le bilan de cette bataille et de la poursuite qui suit est extrêmement lourd : 10.000 Romains sont tués, 10.000 blessés sont achevés par les Parthes, 10.000 prisonniers seront réduits en esclavage et 4.000 blessés sont abandonnés sur le champ de bataille. On connaît le nombre des survivants qui parviennent à revenir en Syrie : ils sont trois cents, pour l’essentiel des mercenaires gaulois. Les pertes des Parthes sont négligeables. Ils deviennent dès lors le plus grand obstacle entre Rome et la route de la Soie. César écrira dans ses Commentaires que les soldats de Rome ne peuvent être victorieux que s’il les commande tandis que Pompée devient virtuellement dictateur de l’Empire.
Il peut sembler étonnant qu’après leur victoire les Parthes n’aient pas rejeté les Romains à la mer. Il y a plusieurs raisons à leur échec : d’abord parce qu’à cette époque ils étaient en guerre contre le roi d’Arménie, Artaban, qui était l’allié de Crassus, ensuite parce que Suréna ayant été exécuté pour s’être un peu trop vanté de sa victoire, ils n’avaient plus de chef compétent et enfin parce que l’art du siège leur était à peu près inconnu. Il faut ajouter à cela une certaine instabilité politique : le roi Orodès II qui avait fait tuer son père et son frère pour s’emparer du trône est tué par des partisans de son fils cadet et d’anciens soldats de Suréna  quelques années après la bataille de Carrhes. Il avait lancé quelques attaques sur Antioche qui se solderont par une défaite infligée par Caius Longinius Cassius en 51 av J.C et la mort de son fils aîné dans la bataille, perte qui l’affectera particulièrement. Son assassin et successeur se contentera d’obliger le roi d’Arménie à ne plus faire alliance avec Rome et signera la paix avec Rome. Les Parthes adoptèrent dès lors une attitude assez défensive, ce qui n’empêcha pas plusieurs empereurs et Marc Antoine de lancer contre eux des expéditions presque toutes malheureuses à l’exception de celles de Trajan.

Pont-Euxin  
Province romaine correspondant à l’actuelle région de Thrace. Elle est conquise au cours des guerres mithridatiques en 63 av J.C par Pompée le Grand sur Mithridate VI Eupator roi du Pont. La partie occidentale prend le nom de Bythinie-Pont mais est souvent référée sous le nom de Pont-Euxin. Il s’agit d’une province encerclée de royaumes barbares tel que celui des Daces sur lesquels je reviendrai plus bas.
On n’en voit ici deux faces : les magnifiques jardins de Drufus Septer et des camps romains fortifiés occupés par des officiers pour lesquels le concept d’intégrité semble avoir une signification toute relative.

Germanie  
Peu de choses à dire car on voyage essentiellement le long de la plaine danubienne le long des forêts et des rivières en s’attardant de temps à autres dans une grotte où Alix peut faire la démonstration de ses talents de bretteur. Voir plus bas pour une description des peuples germains rencontrés.

Les personnages :

Les mercenaires gaulois  
Comme je l’ai dit plus haut, on les connaît par Plutarque. Il s’agit de 1.000 mercenaires gaulois appartenant essentiellement à la tribu des Eduens alliés de César et recrutés par celui-ci. Ils ont dû être recrutés vers 58 av J.C lorsque les Eduens sous la conduite du druide Dumorix était favorable au romain (il changera de camp en 52 av J.C). Ils sont donc originaires de l’actuelle région de Bourgogne.  
Selon Plutarque, César les aurait « prêtés » à Crassus pour l’aider dans ses futures conquêtes. On sait qu’en fait César devait beaucoup d’argent à ce dernier, il l’a donc remboursé en nature. Iorix et le proconsul soutiennent que les cavaliers gaulois ont failli gagner la bataille de Carrhes. Aimable flatterie. Plutarque nous dit qu’ils se sont battus avec la force du désespoir car leurs glaives étaient moins longs que ceux de l’ennemi, ce qui réduisait leur efficacité. Il ajoute qu’ils se saisissaient des lances des cavaliers parthes lourds pour les renverser et se jetaient à terre pour poignarder les chevaux ou leur couper les tendons. Ce n’est pas avec ce genre de tactiques que l’on gagne une bataille. Ils sont toujours selon Plutarque environ 300 à avoir pu fuir le champ de bataille. Ils se replient sous le commandement de  Caius Longinus Cassius (futur assassin de César) qui parvient à rassembler les débris de l’armée et atteint Antioche après une héroïque traversée des territoires parthes. Par la suite ce même Cassius parvient à repousser les Parthes de la région d’Antioche et en 51 av J.C, les hostilités ont cessé. On ne sait pas ce qu’il advint des survivants de la bataille de Carrhes, hormis Cassius bien sûr, après le siège d’Antioche car l’historiographie romaine s’intéresse rarement au devenir des mercenaires. Ici Jacques Martin nous propose donc de suivre les survivants de la bataille dans leur odyssée pour regagner leur terre natale. Ce qui est assez frappant dans cet album c’est l’évolution des Gaulois : ils sont d’abord très romanisés puis après leur victoire sur les barbares et la prise en main de la troupe par Iorix, ils semblent jeter leur romanité aux orties et reprendre leurs coutumes barbares. C’est sans doute l’intention de l’auteur car lorsqu’ils menacent d’attaquer une ville galloromaine, l’enfant qui va prévenir les édiles les désigne comme des barbares alors que la Gaule n’étant même pas encore complètement pacifiée, les gaulois non romanisés sont une large majorité. Ces mercenaires sont avant tout symbolique d’un peuple celte en conflit avec luimême : bien qu’ils soient romanisés les mercenaires revendiquent leur identité celte et obéissent à Iorix lorsque celui-ci poursuit une politique de régression civilisationnelle (destruction de l’aqueduc) mais refusent de l’aider à piller une ville gauloise car ce sont leurs « frères ».
On ne connaît pas exactement leur nombre : Drufus Septer parle d’une légion, c’est-à-dire plus ou moins quatre mille soldats, alors qu’à Carrhes ils n’étaient qu’un millier et trois cents à Antioche. Ce dernier chiffre me semble le plus probable car lors de la scène finale de la dilapidation de Iorix, ses guerriers ne sont finalement qu’une petite troupe rassemblée autour d’un monticule.  

Iorix  
Le personnage principal de l’album. Il se fait au début nommer Iorus. D’un tempérament très violent et belliqueux, il a la mentalité d’un conquérant sans en avoir l’étoffe, comme le tribun commandant la garnison d’Altus Rhenus dans « Les Barbares ».
Sa folie semble d’abord domptée par la présence de son compagnon Hortalus puis monte progressivement tout au long de l’album avec des phases d’accalmie durant lesquelles il recouvre un semblant de lucidité. C’est un homme emporté qui fait souvent preuve de sadisme, en poussant les barbares dans le ravin par exemple, et de bravoure comme lorsqu’il plonge pour sauver Alix. Valérus, l’écuyer d’Alix, lui rend finalement justice en le traitant de fou sanguinaire car Iorix est très représentatif de cette citation d’Alexandre le Grand « Tuer un homme c’est être un assassin, en tuer des milliers c’est être un conquérant ».

Alix  
Notre héros est toujours aussi parfait. Il se présente ici comme un leader charismatique, le rival de Iorix et surtout un homme d’action. C’est sans doute la première fois qu’on le voit commander des soldats personnellement, tâche dont il semble fort bien s’acquitter. Toujours aussi bon et généreux, il s’oppose aux excès de Iorix mais tente néanmoins de lui sauver la vie avant d’être victime d’une foule en colère qui ne veut pas se voir privée du plaisir de massacrer son chef. Comme le dira Qaâ dans « Ô Alexandrie », Alix est courageux mais trop généreux pour être un conquérant.

Enak  
Son rôle est assez faible dans cet album où on le voit cependant se battre courageusement aux côtés de son compagnon pour repousser les Germains. Il est gravement blessé à l’aine et au ventre et passera la majeure partie de l’album alité avec Alix et Ariella veillant sur lui.

Hortalus
Alter ego modéré de Iorix. Au contraire de ce dernier il n’a ni la mentalité ni l’étoffe d’un conquérant. C’est un soldat qui s’est sans doute toujours battu pour sa survie et n’aspire qu’à rentrer au pays pour y couler des jours paisibles. Sa mort permet à l’album d’entrer dans sa seconde phase : la folie de Iorix.

Ariella
Encore un personnage féminin qui a une utilité assez relative. Elle est amoureuse d’Alix bien sûr, ce qui va provoquer la rage de Iorix qui avait depuis longtemps jeté son dévolu sur elle. Par la suite elle est au centre d’un affrontement dont elle ressortira humiliée. Elle tente de sauver Iorix de la vindicte de ses hommes avant de comprendre qu’il va l’entraîner dans la mort et le rejette. On ne sait pas ce qu’il advient d’elle par la suite car aucune lettre des « Odyssées d’Alix » ne lui est à ma connaissance adressée.

Valérus
Personnage qui passe à première vue pour une victime (deux hommes tentent de le tuer pour avoir tenté de voler l’or des Parthes), il apparaît finalement qu’il est un être cupide et lâche. Il dit au début de l’album qu’il a hérité de la part de son frère, ce qui signifie qu’il n’a pas combattu lui-même. Par la suite il se fait défigurer par Iorix pour avoir voulu l’empêcher de livrer l’or aux romains. Il se rend enfin responsable de la lapidation de Iorix par sa harangue, tente lâchement de tuer Iorix, désarmé, avec un javelot et sera tué par celui-ci. Pour une fois la confiance d’Alix semble avoir été mal placée.

Drufus Septer  
L’aimable proconsul de la province de Pont-Euxin à qui Alix écrira des lettres très amicales dans l’Odyssée d’Alix 1. Il a tout le raffinement de l’aristocrate romain sans en avoir l’arrogance. Le poste de proconsul était généralement donné à un consul à la retraite. On peut donc s’étonner que l’on confie un poste aussi exposé à ce brave homme.

Les costumes, détails anthropologiques, culturels… :

Les Germains
J’aurais pu consacrer une fiche de personnage à leur chef Rug Här mais ce n’était pas foncièrement utile. On connaît très peu de choses sur le mode de vie, l’organisation politique ou sociale des germains à l’époque de Jules César. La plupart des renseignements que nous avons à leur sujet nous viennent d’historiens de la période Mérovingienne comme Grégoire de Tours (historiographe de Clovis), témoins oculaires de l’invasion des Germains. Au 1er siècle avant Jésus Christ, l’historien Tacite s’intéresse toutefois aux peuplades germaines, ce qui nous permet de dresser une carte de leur implantation.
Les premiers contacts des Germains avec les Romains ont lieu au second siècle avant notre ère : en 110 et 108, le consul Marius arrête l’invasion des Cimbres et des Teutons à la Sainte Victoire puis en Italie. En 58 av J.C, il semble qu’on assiste à la migration des peuplades germaines vers l’Ouest car les Helvètes poussés par les Germains envahissent alors la Gaule et sont arrêtés à Bibracte par Jules César en 58 av J.C. A partir du 1er siècle ap J.C, les Romains édifient des défenses contre les Germains dont le Limes reste la plus célèbre.
Maintenant la question est de savoir qui sont les barbares qui attaquent les mercenaires gaulois. Jacques Martin nous donne deux indices : le premier c’est que ces barbares sont contactés par des officiers de la région de Pont Euxin, à proximité du Danube, il s’agit donc probablement de Gètes ou de Roxolans (voir carte). Cette déduction est corroborée par le lieu de l’attaque des barbares, c’est-à-dire lors du passage du Danube. Cela dit, un autre indice vient contredire cette thèse : Rug Har dit qu’il lui faut envoyer des messages à ses alliés jusqu’en Helvétie où vivent à cette époque les Quads, Marcomans, Suèves, Chérusques etc. Vu la distance qui sépare la plaine danubienne où vivent les Gètes et l’Helvétie, la chose paraît assez difficile. Cela dit les officiers qui contactent les barbares ont sans doute fait au plus court donc je vais rester sur l’hypothèse des Gètes et des Roxolans en supposant qu’ils avaient effectivement des alliés jusqu’en Helvétie. Toutefois, en admettant cette hypothèse pour vraie, je pose un autre problème historique. Le terme « Gètes » était utilisé par les Grecs pour désigner le peuple indo-européen des « Daces » que Trajan a conquis non sans mal vers 110 ap J.C. Le terme « Roxolan » désigne le peuple des « Sarmates » que l’on a croisés dans « Alix l’Intrépide ». D’un point de vue historique on sait que les Daces étaient déjà civilisés avant la conquête romaine, ils avaient une religion qui postulait l’immortalité de l’âme et vivaient dans des cités de dimension variable. Le roi des Daces à l’époque de Jules César se nommait Burebista, il porta son royaume à son extension maximale en conquérant les villes grecques d’Appolonia et d’Olbia. César aurait même envisagé une expédition contre lui. Il est donc difficile d’imaginer qu’une poignée de gaulois ait réussi à mettre en déroute une armée d’un souverain aussi puissant.
Ne désespérons pas car il reste deux autres prétendants au titre de vaincus par Iorix. Les premiers sont les Boiens dont on sait qu’ils sont à cette époque conquis par Burebista. Je les écarte car il s’agit d’un peuple celtique qui s’installera d’ailleurs en Italie, il est donc peu probable qu’ils auraient attaqué d’autres Gaulois. Il reste les Bastarnae qui sont aussi vaincus par les Daces à cette époque, il ne s’agit pas d’un peuple thrace comme les Daces ni de Celtes comme les Boiens. Leurs derniers compétiteurs sont les Roxolans (Sarmates) mais je les écarte également car ce dernier peuple appartient à la famille des peuples iraniens comme les Scythes ou les Parthes alors que les barbares de Iorix le Grand ont une allure très germaine. Donc au final, Iorix et les siens ont sans doute vaincu une tribu de Bastarnae sur le déclin qui sera plus tard conquise par les Daces.

Repères historiques :

66 av J.C : Troisième et dernière défaite de Mithridate VI Eupator face à Pompée.  

62 av J.C : Formation de la province de Bythinie-et-Pont incluant la région de Thrace.

58 av J.C : Jules César confie à Titus Labienus le ravitaillement de ses troupes à Bibracte, capitale des Eduens. Recrutement d’une importante cavalerie gauloise.

54 av J.C : Caius Licinius Crassus est nommé gouverneur de Syrie. Pillage des temples de Samarie et Jérusalem.

53 av J.C : Bataille de Carrhes.

52 av J.C : Fin du siège d’Alésia et de la guerre des Gaules.

51 av J.C : Caius Longinius Cassius remporte la victoire sur le fils cadet du roi Orodès II à Antioche.

Donc d’après la coïncidence des dates l’action est postérieure à 51 av J.C car jusqu’à cette date, les unités rescapées de Carrhes sont mobilisées en Syrie sous Cassius et avant 52 av J.C, il est inenvisageable que Rome prenne le risque de rapatrier des mercenaires celtes en Gaule alors que les Eduens avaient finalement pris parti contre César.


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23 Re: Iorix le Grand le Sam 11 Aoû - 22:53

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