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La Tiare d'Oribal

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1 La Tiare d'Oribal le Lun 25 Mai - 17:31

Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Une critique de cet album ajoutée hier sur ce site par ailleurs intéressant : http://www.coinbd.com/bd/albums/resume/10400/alix/tome-4-la-tiare-d-oribal.html

... et tous les autres : http://www.coinbd.com/recherche.php?redirect_base=true taper Alix dans la case recherche...

2 Re: La Tiare d'Oribal le Lun 25 Mai - 19:26

Raymond

Raymond
Admin
Oui, ils font un sacré travail sur Coin BD. Ils semblent chercher à faire une critique de tous les albums BD parus. Shocked

Sinon, je ne partage pas leur avis sur les textes explicatifs qui accompagnent les images. J'aime quand il y a quelque chose à lire. Razz


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3 Re: La Tiare d'Oribal le Lun 25 Mai - 19:58

Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Je suis du même avis et j'adore toutes les bd "à texte".

4 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 12:24

Raymond

Raymond
Admin
Lisez-vous encore souvent la Tiare d'Oribal ? Pour ma part, ce n'est pas fréquent, mais c'est un livre que j'ai lu et relu dans ma jeunesse. Je l'ai probablement délaissé par sentiment de satiété.

J'ai donc repris cet album,pour la première fois depuis au moins 30 ans. Bonne surprise : j'y ai retrouvé le même plaisir que lors de la première découverte (pendant les années 60). L'aventure est trépidante et présente une nouvellle péripétie pratiquement à chaque page. Il y a un méchant en pleine forme car Arbacès se montre en effet rusé, tenace et parfois maléfique. Il riposte à chaque coup, et cela me ramène à une récente remarque que j'avais faite à propos de l'album "Khorsabad". Voilà ce que fait Arbacès lorsqu'on l'attaque.



Cette histoire se passe au Moyen Orient, et je me suis toujours demandé où se trouve le royaume d'Oribal. En se livrant à d'élémentaires déductions (ce n'est pas le royaume des parthes, ce n'est pas Babylone etc...), on arrive à la conclusion que ce pays n'existe pas. Jacques Martin nous le montre toutefois avec de nombreux détails. C'est ainsi que Zür Bakal, la capitale est une belle cité entourée de remparts.



A l'intérieur des murs, c'est tout aussi splendide. Certaines vignettes nous montrent des jardins suspendus, semblables à ceux de Babylone.



Ce travail sur les décors s'accompagne d'ailleurs d'une évolution impressionnante du dessin de Jacques Martin. La Tiare d'Oribal est certainement un album charnière par rapport au style graphique de la série. Dans les premières pages, les personnages sont dessinés d'une manière très "ligne claire".



Une trentaine de pages plus loin, le dessin devient très différent. Les silhouettes se sont épaissies et les visages paraissent plus réalistes. Alix est sur le point de trouver son aspect définitif.



La Tiare d'Oribal est donc un album de transition. Il est pleinement réussi sur le plan narratif mais il n'est pas encore au niveau des grands classiques. Le style parait hésiter entre la BD d'aventures et le récit historique (un genre de BD qui n'existait pas encore à cette époque). Cela reste un livre passionnant, dessiné par un auteur inspiré et en pleine évolution. Je suis sûr que Jacky-Charles aura beaucoup de remarques intéressantes à faire sur cette histoire.



Dernière édition par Raymond le Sam 16 Nov - 18:52, édité 3 fois


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5 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 15:03

Invité


Invité
J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pensais de cette oeuvre martinienne et du plaisir retrouvé lors de sa réédition en fac-similé en 2007.

Une intrigue fouillée avec des rebondissements permanents à chaque bas de page, répondant ainsi parfaitement aux critères éditoriaux de l'époque imposés à tous les auteurs du journal Tintin dans un souci de fidélisation du lectorat.

Jacques Martin démontre ici sa très grande maîtrise du découpage, alternant en permanence plans larges ou ressérés avec une qualité constante, sans oublier naturellement ces longs récitatifs qui, loin d'être ennuyeux, "captent" littéralement le lecteur et l'incitent à suivre l'intrigue de bout en bout.

Assurément, un très bon millésime du Lombard.

6 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 15:14

Jacky-Charles


license ès BD
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Pour moi aussi, "La tiare d'Oribal" est un album de transition, celle vers le style définitif de Jacques Martin, donc une étape importante dans la saga d'Alix.
Une histoire en effet pleine de rebondissements, avec sa dose de drames et de suspense.
Quant à Zür-Bakal... eh bien lisez ce qui suit et vous serez peut-être convaincus que ce pays n'est pas entièrement imaginaire.
LA TIARE D'ORIBAL


Quatrième aventure d'Alix





Le résumé

Alix est en mission au Proche-Orient, sur les frontières de l'empire Parthe. Il s'agit de ramener à Zür-Bakal, la capitale de son royaume, le jeune roi Oribal qui a été élevé à Rome pour le protéger des intrigues de palais. Mais le retour du souverain légitime n'est pas vraiment souhaité par une partie des nobles, menés par un ambitieux vizir qui n'est autre qu'Arbacès.


Quand cela se passe-t-il ?

Cette histoire ne comporte aucune indication d'époque : on suppose donc qu'elle se déroule dans la période habituelle des aventures d'Alix, soit entre -51 et -49, en faisant suite aux précédentes, mais rien n'interdit de penser que cela peut se passer plus tard.


Où cela se passe-t-il ?

Dans le royaume d'Oribal, qui n'est pas nommé, et dont la capitale est Zür-Bakal. On sait seulement qu'il est proche de l'empire Parthe ; or, celui-ci regroupait un certain nombre de petits États et avait des vues sur d'autres voisins. Compte tenu de certains détails du récit, nous avons le choix entre deux régions de la Parthie : le sud, près du golfe Persique, et le nord, près du Caucase ( voir ci-après l'article : mais où est Zür-Bakal ? )


Le contexte historique

Du point de vue romain, rien n'est indiqué, ce qui renvoie à l'incertitude sur la période, comme il est dit ci-dessus. Plusieurs États de la région pouvant correspondre à celui d'Oribal, on verra dans ce même article ( Mais où est Zür-Bakal ? ) la situation de chacun d'eux au moment de ce récit.


Comment est racontée l'histoire ?

Après quelques hésitations dans les trois premiers albums, qui ont aussi leurs qualités, il faut reconnaître que celui-ci marque une étape importante dans la saga.
Jacques Martin a enfin pu révéler son style qui ne demandait qu'à s'épanouir et ses dessins sont désormais dignes du récit. Celui-ci est remarquablement mené, sans temps morts, ni accélérations intempestives. Bons ou méchants, les personnages n'ont pas un moment de répit. On a même droit à une scène de bataille en vue panoramique.
Du point de vue du dessin, la reconstitution de Zür-Bakal, inspirée par plusieurs cités de la région, est une incontestable réussite : on a envie de visiter, en espérant que le barrage tiendra le coup, cette fois. L'aspect physique des personnages a quasiment pris son aspect définitif, ce qui ne l'empêchera pas de s'affiner dans les récits suivants, et leurs caractères sont désormais plus fouillés, ce qui les rend d'autant plus passionnants à suivre.


Qui étaient les Parthes ?

Nous les voyons beaucoup, au moins au début de ce récit, et, s'ils étaient un souci pour les Romains de cette époque, parce qu'adversaires et concurrents, nous les avons plutôt oubliés, alors qu'ils ont dominé cette région pendant 500 ans. Nous les avions déjà rencontrés au tout début des aventures d'Alix, dans « Alix l'intrépide », et j'aurais pu en parler à ce moment-là, mais le commentaire de ce premier album étant déjà très long, j'ai préféré attendre celui-ci.

Entre -300 et -250, des tribus nomades Scythes migrent des steppes proches de la mer d'Aral vers la satrapie de Parthie, l'actuel Turkménistan. Ils se heurtèrent aux Séleucides, les descendants de Séleucos, le général d'Alexandre le Grand qui « hérita » du Proche-Orient, et qui étaient déjà en pleine décadence : un siècle plus tard, leur influence sera limitée aux rivages méditerranéens.
Le fondateur de la première dynastie Parthe fut Arsace 1er, c'est pour cela qu'on les appelle les Parthes Arsacides. Leur premier établissement se situe au sud de la mer Caspienne, comprenant le nord de l'Iran et le sud du Turkménistan. Ils étendirent ensuite leur royaume par la Médie et la Mésopotamie à l'ouest, et par l'Iran au sud, surtout sous leur roi Mithridate 1er.
Malgré des conflits de succession et l'opposition des populations locales, grecques, juives et iraniennes, Mithridate II ( -123/-88 ), confirma l'unité du royaume, assurant ainsi les contacts commerciaux entre l'Occident et l'Extrême-Orient, par la fameuse route de la soie, qui aboutissait à Antioche et qui devait donc traverser la Parthie ; grâce aux péages des caravanes et aux droits de douane sur les marchandises précieuses, le pays s'enrichit considérablement.
Après avoir fédéré plusieurs petits royaumes dans leur Empire ( voir l'article suivant ), les Parthes se heurtèrent à deux puissances rivales : l'Arménie, puis Rome. La confrontation avec celle-ci intervint d'abord en -53 à Carrhes, avec la défaite et la mort de Crassus, puis en -36, lorsque Marc Antoine dut battre en retraite à son tour.
Malgré les efforts de plusieurs empereurs romains pour la conquérir ou l'affaiblir ( dont Trajan en 114, Marc Aurèle en 162, Septime Sévère en 197, etc. ), la Parthie restera une puissance redoutable grâce à des rois comme Artaban II ( v. 12/v. 38 ) et Vologèse 1er ( v. 51/v. 78 ), jusqu'en 224 et l'avènement de la dynastie Perse des Sassanides.

La société Parthe n'était pas uniforme. Le roi détenait son pouvoir des grandes familles du royaume, dont les princes, à qui le souverain déléguait une partie de son pouvoir dans la surveillance des cités et des provinces du royaume, étaient toujours prêts à se rendre autonomes, sans parler des luttes d'influence entre les clans, qui fragilisaient le trône. L'organisation du royaume était basée sur l'armée levée par des nobles comme Suréna qui la mettent au service du roi en échange d'une relative indépendance dans leurs provinces. Les anciennes structures civiques macédoniennes, le calendrier séleucide et le système administratif sont longtemps demeurés en vigueur dans plusieurs régions.
Le zoroastrisme est la religion dominante, mais de multiples divinités locales restaient vénérées, tandis que le judaïsme, le culte de Mithra et les dieux grecs ont aussi droit de cité. Il y a une langue Parthe, mais l'usage de l'araméen et du grec prédominent.
Sur ses portraits, le Parthe porte la barbe, des bijoux, une longue tunique, des pantalons bouffants et une ceinture. Les femmes sont souvent habillées à la grecque. En art et en architecture, il n'y a pas de style purement Parthe, l'influence grecque se faisant sentir, mêlée à d'autres influences : mésopotamienne, iranienne et même romaine.


Mais où est Zür-Bakal ?

Comme on vient de le voir ci-dessus, l'Empire Parthe est loin d'être un État unifié, ne comportant qu'un seul peuple ; il a au fil du temps conquis et absorbé plusieurs de ses voisins, dont certains conservent une relative et parfois surprenante autonomie, tandis que d'autres résistent fermement, parfois avec l'aide intéressée de Rome. C'est parmi ces petits royaumes que nous allons chercher le modèle de Zür-Bakal.

A la différence de bien des lieux imaginaires où se sont déroulées les aventures d'Alix, Zür-Bakal paraît particulièrement difficile, voire impossible à localiser pour différentes raisons. Et le fait de voir son roi chercher à gagner sa capitale en catimini, alors que le pouvoir y est confisqué par un vizir usurpateur ne facilite pas les choses, car les lieux deviennent forcément anonymes.
Pourtant, le point de départ est clair : nous arrivons aux portes d'un poste romain. Il vient d'être détruit par les Parthes, mais c'est le premier indice intéressant : nous sommes donc sur la frontière entre la Parthie et le territoire contrôlé par Rome. Nous savons qu'après la guerre qui se termina par le désastre de Carrhes et la mort de Crassus, les négociations de paix fixèrent la frontière entre les deux puissances sur l'Euphrate, mais Rome ne contrôle que très imparfaitement le territoire situé entre ce fleuve à l'est, la Syrie et la Palestine à l'ouest : ses armées ne fréquentent que la côte méditerranéenne et les zones habitées, se hasardant rarement dans le désert, qu'elles laissent aux nomades, à leurs troupeaux et à leurs caravanes. Par ailleurs, pour que la durée apparente des déplacements reste compatible avec celle du récit, nous pouvons éliminer d'emblée les frontières nord et est de l'Empire Parthe, trop éloignées : nous n'irons donc pas en Asie centrale.

Vers le sud, les Parthes contrôlent la côte orientale du golfe Persique ( ou Arabique, pour ne fâcher personne ), jusqu'au golfe d'Oman et la côte occidentale jusqu'au Qatar. Le golfe Persique est donc une mer Parthe, mais ceux-ci ne sont pas des marins et laissent le commerce maritime aux Arabes et aux Indiens. Cependant, un petit royaume indépendant se trouve là.

La Characène ou Mésène
Ce royaume est situé à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate, sur le golfe Persique. Il a été crée en -127 autour de la ville d'Alexandrie Charax et il est devenu vassal de l'Empire Parthe. Il joue un rôle important dans le commerce entre la Syrie ( notamment Palmyre ) et l'Inde. Le plus curieux est qu'il a toujours eu une politique pro-romaine, et cela jusqu'à sa conquête par les Perses Sassanides, au III° siècle.
Avons-nous trouvé le pays d'Oribal ? Ce serait plausible : un pays relativement indépendant, avec un accès à la mer. Cependant, le paysage, une plaine alluviale largement arrosée par les deux grands fleuves, ne correspond pas à celui, souvent montagneux et aride, qui est décrit dans le récit. Par exemple, où caser le barrage dans une telle région ?

Allons donc chercher vers le nord-ouest. Ici, nous allons plutôt avoir l'embarras du choix. Entre le Caucase, que nos héros ne franchissent pas, et la frontière nord-ouest de l'Empire Parthe, qui rappelons-le, correspond approximativement aux actuels États d'Irak et d'Iran, plus le sud du Turkménistan et l'ouest de l'Afghanistan, on trouve plusieurs États plus ou moins vassaux de Rome ou des Parthes, mais sans arrêt disputés entre ces deux puissances. L'un d'eux existe toujours.

L'Arménie
J'ai déjà décrit ce pays dans mon commentaire pour « Alix l'intrépide », et le lecteur peut s'y reporter. Ce pays est alors beaucoup plus vaste que l'État actuel, il s'est même étendu jusqu'à Antioche, un siècle plus tôt. A l'époque de notre histoire, il correspond à la moitié orientale de l'actuelle Turquie, sauf la bande côtière sur la Mer Noire, plus l'actuelle Arménie. Mais ce n'est pas celui que je retiendrai.

Entre la mer Caspienne ( qu'à l'époque on appelait mer d'Hyrcanie, du nom d'une province située sur sa rive orientale ), et la mer Noire ( le Pont-Euxin d'alors ), on ne trouve pas moins de cinq petits États, soit, d'est en ouest : la Médie-Atropatès, l'Adiabène ou Assyrie, l'Aghbanie ou Albania, la Karthlie ou Ivérie, et enfin la Colchide. Revue de détails.

La Médie-Atropatène
La Médie était une région au sud-ouest de la mer Caspienne, qui correspond à l'actuel Azerbaïdjan iranien et qui est le berceau des Mèdes. Atropatès était un général Perse de Darius III ; il commanda une de ses armées à la bataille de Gaugamèles ( -331 ), et se rallia ensuite à Alexandre le Grand ; il devint alors satrape de Médie et on accola son nom à celui du pays pour le distinguer de l'ancien État. Après la guerre des Diadoques, la Médie devint un État indépendant qui subsista jusqu'au début de notre ère.

L'Adiabène ou Assyrie
Ce royaume de Mésopotamie constitué autour de Ninive correspond à l'actuel Kurdistan irakien ; sa capitale était Arbelès, aujourd'hui Erbil en Irak. Pris entre l'orient de l'Empire Romain et les régions occidentales de l'Empire Parthe, il fut constamment l'enjeu des nombreux conflits qui les opposèrent. Sous Trajan, vers 115, il fut brièvement une province romaine sous le nom d'Assyrie, mais dont l'importance n'avait rien à voir avec l'ancien empire assyrien ; Hadrien s'empressa de l'évacuer.

L'Aghbanie ou Albania
Ce pays ( à ne pas confondre avec l'Albanie européenne ) correspond aux actuelles républiques d' Azerbaïdjan et de Daguestan ; il était habité par des tribus Scythes venues du nord. Le royaume d'Aghbanie fut fondé au début du -III° siècle. Les Romains entrèrent en contact avec lui pendant la guerre contre Mithridate, en -65.

La Karthlie ou Ivérie
On l'appelle aussi Ibérie du Caucase, à ne pas confondre avec l'Espagne. Son nom vient de Karthlos, chef mythique des Ibères, qui vint s'installer dans le Caucase après l'épisode de la Tour de Babel, quand les hommes se dispersèrent sur toute la Terre. Sa situation correspond à la moitié orientale de la Géorgie actuelle.
Il ne semble pas que ce royaume indépendant, sous une suzeraineté Perse assez lointaine, fut conquis par Alexandre le Grand, quoi qu'en disent des sources tardives. Vers -300, son roi Pharnabaze 1er conquit les États voisins, dont la Colchide ( voir ci-après ), tout en se reconnaissant, pour sa sécurité, vassal du Séleucide Antiochos 1er de Syrie, puis des Parthes. Il organisa son royaume, créant une administration et un alphabet inspiré d'un modèle grec, officialisa le panthéon et fit construire le premier palais royal sur la citadelle d'Armaz, qui dura jusqu'au VI° siècle. A sa mort, ce puissant et prospère royaume dominait le Caucase. La société était organisée en quatre classes : rois, prêtres, soldats et paysans, gens du peuple esclaves du roi, avec une nette opposition entre le peuple de la plaine, plutôt hellénisé, et celui de la montagne, division encore perceptible de nos jours.
Vers -100, son descendant fut détrôné par son peuple qui le remplaça par un prince arménien. Cette association de deux puissances régionales ne fut pas du goût de Rome et l'Ivérie fut envahie par Pompée en -65 pendant la guerre contre Mithridate du Pont et Tigrane d'Arménie. Mais à la différence de la Colchide, qui devint province romaine, l'Ivérie resta indépendante, bien qu'étroitement contrôlée : Rome nommait le roi. Ce royaume client lui permettait de contrôler l'Arménie et lui fournissait des guerriers efficaces contre les Parthes ; en -36, Rome le força à une alliance contre l'Aghbanie.

La Colchide
Ce pays correspond à la moitié occidentale de l'actuelle Géorgie, sur la mer Noire. Selon la mythologie grecque, la Kolchis était le pays des Amazones, ainsi que le but des Argonautes pour la conquête de la Toison d'or, c'est à dire le pays de Médée. Les Grecs considéraient ce pays comme étant d'une richesse fabuleuse : les habitants vivaient de l'extraction des minerais d'or, de fer et de cuivre et ils étaient passés maîtres pour le traitement du bronze. Les Grecs de Milet y fondèrent des colonies dès le -VIII° siècle.
Un royaume s'y développa à la fin du -II° millénaire ; il fut renversé par les Cimmériens et les Scythes vers -720, puis intégré à l'empire Perse Achéménide vers -650. Alexandre le Grand le libéra des Perses en -330. Il devint ensuite le vassal du royaume de Karthlie sous plusieurs dynasties. Conquis par Pompée en -65, il fera partie de la province romaine du Pont jusqu'à la création du premier royaume de Géorgie en 265.

Oribal raconte à Alix ( page 13 ), que son ancêtre « créa de nouveaux ports et une flotte nombreuse, apportant au pays des ressources nouvelles qui augmentèrent encore la richesse générale », ce qui signifie que son pays avait accès à la mer. Il s'agit sans aucun doute de la mer Noire ou du golfe Persique, car le trafic sur la mer Caspienne devait être assez limité en quantité et en valeur à l'époque. Pour trouver le modèle de Zür-Bakal, on peut donc éliminer l'Arménie, la Médie, l'Adiabène et l'Aghbanie, ainsi que la Characène dont la géographie ne correspond pas à celle du pays d'Oribal. Reste donc la Karthlie au temps de sa splendeur, c'est à dire lorsqu'elle avait annexé la riche Colchide. L'hypothèse me paraît d'autant plus convenir que la Karthlie n'ayant pas été conquise par Alexandre, elle ne s'hellénisera que tardivement, ce qui correspond à ce que nous savons de la suite du règne d'Oribal ( cf. La tour de Babel ).
Bien entendu, il s'agit là d'un simple exercice de déduction avec lequel on peut être ou non d'accord, et on peut penser aussi que l'auteur pouvait avoir d'autres sources et surtout d'autres idées. Dans « Avec Alix », Jacques Martin précise, page 107 : « Le royaume d'Oribal s'inspire de nombreux petits États qui existaient réellement aux confins de l'empire d'Alexandre et qui se perpétuèrent jusqu'à l'époque de Trajan. » C'est ce que j'ai tenté de démontrer dans les lignes qui précèdent.
Au delà de son hypothétique localisation, on voit bien que le pays d'Oribal est une combinaison des différentes civilisations apparues ou passées dans cette région qui n'en a pas été avare : Assyriens, Mèdes, Perses, Parthes, Arméniens, et bien entendu les inévitables Grecs, car l'hellénisation fut une constante de cette époque. En tout cas, ce n'est pas un État isolé, puisque le prince Oribal a été envoyé à Rome pour sa sécurité et son éducation. Et le décor, avec des fleuves violents parfois enserrés dans des gorges, correspond en effet à ce qu'on peut rencontrer dans cette région. Il n'est pas certain, en revanche, qu'il y ait eu des barrages dans cette région à cette époque, l'Histoire n'en fait pas mention ; pourtant, la technique était connue, puisque les premiers auraient été construits en Égypte au cours du -III° millénaire, mais c'était plutôt des ouvrages d'irrigation.


Les personnages

Alix : il est tout à sa mission, et cette fois, c'est certain qu'il agit sur ordre, et il en est d'autant plus consciencieux. Il faut dire que l'enjeu n'est pas mince pour lui : ramener le jeune roi dans son royaume au milieu des périls et sans trop savoir comment il sera accueilli n'est pas une mince affaire, mais rien qui le fasse reculer, au contraire ! Et il la complique à plaisir en décidant d'y aller seul ou presque pour mieux passer à travers les gouttes. Le résultat est loin d'être toujours à la hauteur de ses espérances, mais ce qu'il y a de bien avec lui, c'est qu'il ne désespère jamais, et qu'il a de l'énergie à revendre, et il en faut, face à un adversaire impitoyable qu'il vaincra finalement.

Enak : il suit et obéit, même si c'est parfois à contretemps, comme dans cette mémorable scène où il se fait réprimander par Alix pour avoir trop bien suivi ses ordres, à savoir prendre un repos bien mérité, ce qui engendre une catastrophe. Et des catastrophes, il en a encore son compte dans cette histoire, ajoutant quelques éléments à son rôle de victime désignée, un rôle qui n'est pas près de changer.

Et, par ordre d'entrée en scène :

Varius : cet officier romain semble être un vétéran chargé de protéger ses jeunes compagnons autant que faire se peut. Il est d'ailleurs navré de devoir abandonner les trois jeunes gens à leur sort dans un pays inconnu et il se demande s'ils iront bien loin. Mais les ordres sont les ordres, et puisqu'il obéit, c'est la preuve qu'Alix a monté en grade ( sans doute tribun, ce qui correspond à son âge et à ses fonctions habituelles ). A noter deux choses : c'est une des rares fois où l'on voit Alix voyager avec une escorte et ce petit groupe de soldats sont les seuls Romains que l'on voit dans cette histoire.

Oribal : le jeune prince est aussi courageux et audacieux qu'Alix, mais que ne ferait-on pas pour retrouver son trône quand on en est l'héritier légitime ? Il semble aussi bien disposé envers son peuple que celui-ci l'est envers lui, et pourtant, on sait que cette bonne entente ne durera pas. En tout cas, il sait payer le dévouement des autres par le sien propre : il n'hésite pas à échanger sa tiare contre la vie d'Enak, mais il est vrai qu'à ce moment-là, il est le seul à savoir qu'il ne risque rien en abandonnant ce symbole, précieux entre tous, dans les mains de ses ennemis.

Karal : le guerrier Parthe a une loyauté à géométrie variable. Sa maladresse, qui lui vaut, avec son compagnon, d'être abandonné par son chef dans une situation dangereuse, ne plaide pas en sa faveur, et pourtant, Alix lui fait confiance. Une confiance bien mal placée : pour avoir voulu s'approprier la tiare, le voleur sera puni par où il a péché.

Sirdar : l'homme de main d'Arbacès fait partie de ces coquins habiles et audacieux que la saga d'Alix nous permet de rencontrer de temps à autre. Ce genre de personnage est presque plus intéressant que les « bons » ! Celui-ci mérite une mention spéciale, presque aussi increvable que son chef, auprès duquel il finira par disparaître : il savait flairer les bonnes pistes, utiliser les expédients les moins avouables et rebondir dans les circonstances les plus dramatiques.

Oribal 1er : bien qu'il ait vécu deux siècles avant cette histoire, il en est un personnage à part entière puisque son initiative la conditionne tout entière. Ce potentat cruel et impitoyable avait néanmoins fort à faire pour maîtriser la politique de son royaume, mais c'était le sort commun des monarques à cette époque. Il faut reconnaître qu'il a su se tirer astucieusement d'une situation difficile.

Arbacès : le revoilà, pour la dernière fois, croyait-on. On ne se demandera pas comment, laissé pour mort dans une île de l'Atlantique en proie aux séismes, aux éruptions volcaniques et aux raz-de-marée, on le retrouve, toujours aussi fringant, devenu le vizir d'un royaume du Proche-Orient. Ce n'était pas alors inhabituel d'embaucher, à des postes importants d'un État, des étrangers doués, de préférence Grecs ou hellénisés ; alors, pourquoi pas lui ? Et il sait s'y prendre, pour le rôle le plus important qu'on lui a connu jusqu'à présent : il maîtrise parfaitement sa cour de combinards, tous aussi âpres au gain et au pouvoir que lui, par l'or, la violence ou les belles promesses. Mais il trouve encore sur son chemin le même os, nommé Alix, qu'il connaît bien, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient : il croit savoir comment le neutraliser, en enlevant Enak, une fois de plus, mais il doit savoir, depuis le temps qu'ils s'affrontent, que le jeune homme ne renoncera pas. Et pour finir, son pouvoir et son ambition tombent à l'eau, au sens propre de l'expression.

Karidal : le marchand de Zür-Bakal représente la légitimité du peuple. Ce n'est pas un aristocrate comme ceux que l'on voit aller à la curée, les mains pleines d'or, mais un de ces « hommes nouveaux » qui ont plus confiance dans la production de richesses et le commerce que dans les conflits armés pour conforter un État et un gouvernement. Courageux et loyal, il fera partie des vainqueurs aux côtés d'Oribal et d'Alix.


Conclusion

Avec cet album, la saga d'Alix prend en quelque sorte sa vitesse de croisière et vogue vers la perfection qu'elle atteindra un peu plus tard : beauté du dessin, ampleur de l'histoire, importance des enjeux. Il en sera ainsi pendant un bon nombre de récits qui forment la partie classique de ces aventures, celle à laquelle on se réfère toujours.


Sources : voir les précédentes études. J'ai emprunté les éléments sur les Parthes à un professeur d'Histoire de Saint-Malo. Et vous pouvez voir les cartes des pays cités sur Wikipédia.


La prochaine fois : « La griffe noire » ( Pompéi ; le voyage d'Alix reproduit-il le périple de Hannon ?... )


-oOo-






7 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 19:23

Raymond

Raymond
Admin
Merci, Jacky-Charles !

Je reste sur ma question : où se trouve le royaume sur lequel règne Oribal ?

Pour illustrer mes propos, je vais reprendre la première vignette de l'album. C'est une carte du Moyen Orient qui ne nous apprend à vrai dire pas grand chose, puisqu'elle ne n'indique pas l'emplacement de Zür Bakal.



Elle va néanmoins servir à me faire comprendre. Et d'abord, pour aller un peu plus loin dans notre enquête, je vous propose d'utiliser le deuxième album qui raconte l'histoire d'Oribal : la Tour de Babel !

Que fait Alix dans cette histoire. Il visite d'abord Jerusalem, à gauche sur la carte, puis il se dirige en direction de Babylone, au milieu de la carte, en suivant probablement cet "arc de cercle en vert" qui était le fameux "croissant fertile" de l'Antiquité. Une fois arrivé à Babylone, il apprend la mort d'Oribal et l'aventure se termine.

Si on admet l'hypothèse que Zür Bakal se trouve dans le Caucase, donc au nord sur la carte (entre la Mer Noire et la Mer Caspienne), un tel itinéraire serait-il vraisembable ? J'ai le sentiment que non. Alix aurait tout simplement suivi son chemin vers le Nord, plutôt que de faire un détour vers Babylone.

Je pense que l'Arménie et la Colchide peuvent être écartées de notre sélection, même si ces hypothèses pouvaient au départ sembler séduisantes. Il reste comme seule possiblité la Médie, une contrée relativement montagneuse qui se trouve dans le "bon axe de direction" (si l'on se réfère à l'itinéraire d'Alix), donc à droite sur la carte. Il reste à savoir si une grande cité comparable à Zür Bakal existe dans cette région ?

Qu'en pensez-vous ?  



Dernière édition par Raymond le Sam 16 Nov - 18:53, édité 1 fois


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8 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 21:21

Lion de Lisbonne

Lion de Lisbonne
grand maître
grand maître
On peut regarder ici :

http://www.alixintrepido.es/asp/viajes.asp?ID=4

la place où César (notre ami César de Barcelone ; pas Jules César) à situé Zür-Bakal.
Comment il a trouvé cet place je ne sais pas
, mais César est un membre du forum

9 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 22:09

Raymond

Raymond
Admin
C'est pas mal, ce que César a imaginé ! C'est assez proche de la Characène qui a été brièvement décrite par Jacky-Charles dans son analyse.
Sinon ... je ne sais rien sur cette contrée.


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10 Re: La Tiare d'Oribal le Sam 9 Jan - 23:42

César BCN

César BCN
compagnon
compagnon
Voici un débat très intéressant!!

Notre ami Jorge "le Lion de Lisbonne" m'a invité à prendre part dans cette affaire du forum.
Excusez moi que je ne prenne part souvent dans le forum, mais je suis très affairé dernièrement avec l'Édition des Alix en Espagnol.

Pour La Tiare d'oribal, je crois que Raymond a assez de raison.
Bien que ma conclusion ne soit pas très scientifique, si nous reprenons la carte de la première page, sont marquées avec ligne discontinue les limites de l'empire romain dans Arabie.
Le fort est situé dans les limites du désert Syrien.

Dans la page 13, il dit que Zur-Bakal est construit sur l'union de 2 fleuves de grand débit.
Il dit aussi que le royaume d'Oribal a construit d'importants ports, alors la capital ne doit pas être trop loin de la mer.

D'autre part, tous les noms qui sont utilisés dans l'aventure rappellent des noms Sumériens:
- Zur (Ur, Uruk)
- Bakal (Larak, Akshlak)
En outre, le royaume d'Oribal n'est pas loin de Babilonie.

Je propose que si les deux rivières qui sont rassemblées s'agit de Tigris et Eufrates, alors la ville est Al-Basrah (Bassorah).
Dans la carte que apparaît dans la page 1, est remarquée de manière exagérée le réservoir formé sur l'union des deux fleuves.

C'est mon humble avis.
Salut a tous !!!

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11 Re: La Tiare d'Oribal le Dim 10 Jan - 13:07

Raymond

Raymond
Admin
Merci de ton intervention, César ! Tes arguments sont imparables et l'itinéraire dessiné dans ton site représente probablement la "meilleure localisation imaginable".

Jacky-Charles a cependant raison. L'histoire se passe dans une région de hautes montagnes, permettant de construire des barrages. Comment concilier ce fait avec la proximité de la mer?

Je reviens ainsi à ma première opinion : le récit se passe dans un pays qui n'existe pas.


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12 Re: La Tiare d'Oribal le Dim 10 Jan - 22:29

Jacky-Charles


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En tout cas, Zür-Bakal nous fait tous cogiter !
Bien sûr que cette ville, et l'Etat dont elle est la capitale et qui n'est jamais nommé, n'existent pas : il s'agit d'une sorte de condensé de toutes les villes et tous les Etats de la région à l'époque, par les décors, les costumes et l'Histoire de ces lieux.
Il ne fait surtout pas se fier à la carte de la première page de l'album : Raymond a raison, elle ne nous apprend pas grand chose. Le texte en commence d'ailleurs par une erreur en parlant de Crassus comme "troisième consul". Il n'y a jamais eu plus de deux consuls à Rome, et parfois un seul : Pompée, justement. Il aurait mieux valu parler du "troisième membre du triumvirat". Mais passons.
La carte ommet surtout le renseignement le plus important pour l'époque : la plus grande partie du territoire représenté, à l'est de l'Euphrate, c'est le royaume des Parthes, qui est totalement ignoré ! Et pourtant, on voit beaucoup de Parthes dans ce récit !
Le pays est surtout désigné comme étant la Médie, or celle-ci est plus au nord, au sud de la mer Caspienne, et à l"époque, n'est plus qu'un tout petit Etat.
Si on compare, comme l'a aussi fait Raymond avec "La tour de Babel", l'itinéraire d'Alix paraît également curieux pour aller de Jérusalem à Babylone : il passe par l'ancien champ de bataille de Gaugamélès qui se trouve entre les villes actuelles de Mossoul et d'Erbil ( sur la carte, à droite de Ninive ), ce qui valut à cette bataille d'être parfois dénommée "d'Arbélès", l'ancien nom d'Erbil. Mais c'est peut-être en effet pour ne traverser que des zones non désertiques. Toujours dans "La tour de Babel", il est dit qu'Oribal enverra une escorte à Babylone pour qu'Alix puisse rejoindre Zür-Bakal en sécurité, ce qui ne nous apprend rien sur la localisation de Zür-Bakal : vers le nord ou vers le sud ? Et encore : à Babylone, qui est censée se trouver alors en plein milieu du royaume des Parthes... on n'en voit pas un seul et il n'en est même jamais question !
Je suis bien content que ce soit Diego qui se soit chargé de l'analyse de cette "Tour de Babel" ( à lire sur le site "Alix l'intrépide" ), car cet album m'aurait laissé perplexe !
Pour en revenir à "La tiare d'Oribal", j'ai le regret de dire à César que la Characène ne peut faire l'affaire, parce que sa capitale, Alexandrie Charax, fondée par Alexandre le Grand, était une ville hellénistique, ce que n'est pas Zür-Bakal. Cette ville n'était pas protégée par des remparts, mais par des digues, contre les fleuves Tigre et Euphrate, et la mer, qui la détruisirent plusieurs fois. Finalement, ce fut effectivement Bassorah qui devint le port de la région au VII° siècle.
Je maintiens donc mon modèle de localisation du côté de la Karthlie et de la Colchide, pour l'accès à la mer Noire, tout en reconnaissant le caractère imaginaire de Zür-Bakal.
Au fait, ne cherchez pas non plus à Babylone les fameux jardins suspendus : il est fort probable qu'ils n'ont jamais existé, car on n'a jamais retrouvé leur emplacement. C'était pourtant l'une des merveilles du monde et la seule qui était vivante ! Mais Hérodote parle des remparts, jamais des jardins... Il faudrait plutôt aller voir du côté de Ninive, où il y aurait des représentations.

13 Re: La Tiare d'Oribal le Lun 11 Jan - 0:15

Raymond

Raymond
Admin
Merci pour ces précisions, Jacky-Charles. Je regrette que la Tour de Babel ne te passionne pas. Pour ma part, c'est une "promenade" que j'aime bien relire.

Pour revenir à la Tiare d'Oribal, il faut admettre que c'est surtout un récit d'aventures et un feuilleton situé dans le monde antique. Jacques Martin ne cherchait pas encore à faire une reconstitution historique et n'avait pas d'autre but que de divertir. A cet égard, cet album appartient à ce que l'on pourrait appeler la "première manière" de l'auteur.

Par ailleurs, si on examine l'intrigue de plus près, on réalise que certaines péripéties de la Tiare d'Oribal sont proches de l'invraisemblable, mais l'aventure est tellement captivante que l'on oublie cela.

Prenons par exemple cette image. Est-il crédible qu'Alix puisse survivre à un tel accident ?


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14 Re: La Tiare d'Oribal le Lun 11 Jan - 14:52

Jacky-Charles


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Survivre... peut-être, mais dans quel état ! Ici, il se contente d'être "à moitié assommé" seulement, et récupère apparemment très vite ; seuls les chevaux s'en sortent moins bien ! Mais quand on lit l'album, on est pris par l'aventure et on ne fait pas attention à la vraisemblance ; en cherchant bien, il doit y avoir d'autres exemples.

Une précision encore : je n'ai jamais dit que "La tour de Babel" ne me passionnait pas : au contraire, c'est une histoire sans grands faits d'armes au cours de laquelle nos héros se montrent plus humains et attachants, presques banals. J'ai simplement dit que j'aurais été très embarrassé pour en faire l'analyse parce qu'il aurait été difficile de faire coller l'histoire avec une quelconque réalité malgré le réalisme apparent.

15 Re: La Tiare d'Oribal le Lun 11 Jan - 15:36

Lion de Lisbonne

Lion de Lisbonne
grand maître
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Raymond a écrit:Merci de ton intervention, César ! Tes arguments sont imparables et l'itinéraire dessiné dans ton site représente probablement la "meilleure localisation imaginable".

Jacky-Charles a cependant raison. L'histoire se passe dans une région de hautes montagnes, permettant de construire des barrages. Comment concilier ce fait avec la proximité de la mer?

Je reviens ainsi à ma première opinion : le récit se passe dans un pays qui n'existe pas.

Je suis d'accord avec toi ; je pense aussi que le récit se passe dans un pays qui n'existe pas Exclamation

16 Re: La Tiare d'Oribal le Mar 12 Jan - 11:44

César BCN

César BCN
compagnon
compagnon
Il est bien possible que le pays n'existe pas en vérité.
En tout cas, c'est par cette zone géographique qui passe l'aventure d'Alix, plus ou moins.
Dans mon cas, il était nécessaire de mettre l'aventure dans un certain lieu de la carte, pour le web-site, bien qu'il s'agit d'un endroit approximatif.
Dans le cas de de l'Ile Maudite et de d'autres titres j'ai eu aussi le même problème.

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17 Re: La Tiare d'Oribal le Mar 12 Jan - 12:09

Raymond

Raymond
Admin
il y a eu aussi quelques discussions sur la localisation de l'Ile Maudite ( ICI ) Very Happy


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18 Re: La Tiare d'Oribal le Mar 12 Jan - 12:14

Jacky-Charles


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Je crois en effet qu'il ne faut pas se polariser sur la recherche absolue d'un lieu réel comme étant celui où se passent les aventures, alors qu'on sait bien qu'elles comportent une grande part d'imaginaire.
Je préfère dire : tel lieu que l'on voit sur un album a été inspiré par un lieu réel, mais ce n'est pas ce dernier. C'est valable pour l'île maudite qui rappelle plusieurs archipels de l'Atlantique, pour Zür-Bakal qui rappelle plusieurs villes du Moyen-Orient, pour Ikarios, pour la citadelle d'Adréa, etc.
Sinon, ce serait dénier tout effort d'imagination à l'auteur, qui pourtant n'en manque pas !

19 Re: La Tiare d'Oribal le Mar 12 Jan - 23:38

Raymond

Raymond
Admin
Il y a une séquence qui me semble très réussie dans cet album : c'est la grande bataille qui oppose les soldats d'Arbacès aux partisans d'Oribal. Jacques Martin y alterne avec habileté les plans panoramiques, les gros plans ou les plans moyens, en décrivant avec précision les tactiques des adversaires de même que les différentes étapes de l'affrontement. L'ensemble fait 4 pages et dégage une impression saisissante de réalisme. On a vraiment l'impression de vivre une bataille pendant l'Antiquité.



Cet épisode donne au récit une ampleur inhabituelle. On se bat beaucoup dans les aventures d'Alix, mais il s'agit rarement de batailles à grande échelle, comme ici.


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20 Re: La Tiare d'Oribal le Mer 13 Jan - 9:52

Invité


Invité
C'est vrai que cette scène est très réaliste et le sens du mouvement est parfait. On ne retrouve malheureusement plus ce sens du mouvement dans les derniers épisodes d'Alix, je dirais depuis Ö Alexandrie. Il y a bien quelques scènes de bataille comme dans l'Ibère, mais c'est très statique malgré tout.
Le personnage même d'Alix est malheureusement devenu hyper statique, tant physiquement que moralement : il a perdu sa capacité de révolte et d'indignation, il subit les événements plus qu'il ne les domine.
Même dans son découpage, Martin imprimait fortement ce sens du mouvement, je pense à des scènes extraordinaires d'attaques de château dans Jhen, avec, il est vrai, un dessinateur génial, Pleyers.
On retrouve ce sens du mouvement dans le dernier Lefranc, avec beaucoup de plaisir.

21 Re: La Tiare d'Oribal le Mer 13 Jan - 19:32

Raymond

Raymond
Admin
C'est vrai ça bouge beaucoup dans les premières histoires d'Alix, et à tous les points de vue : attitude du personnage principal, construction du récit, construction du dessin. Ton commentaire, Jean-Marc, me semble donc mériter plusieurs réponses.

Il y a d'abord une évolution tout à fait remarquable du scénario au fil des années. Dans les premiers albums, les péripéties se succèdent à toute vitesse et l'intrigue parait débridée. Cette caractéristique s'estompe toutefois progressivement, et les récits deviennent ensuite plus descriptifs. Cela commence déjà lorsque Jacques Martin dessine seul la série.

Il me semble évident que les attitudes d'Alix reflètent le tempérament de son auteur. Jacques Martin a toujours été énergique et entreprenant et cet aspect est bien visible dans les premières aventures, alors que le personnage apparait plus passif dans les histoires tardives. Cet aspect est manifeste dans un album comme la Tour de Babel qui raconte un beau voyage mais ... eh oui ... il ne s'y passe pas grand chose. On peut en effet dire qu'Alix subit davantage les événements qu'il ne les provoque. Il "mûrit" en quelque sorte, et se lance moins facilement dans des entreprises hasardeuses. Le récit devient ainsi moins dynamique, mais les lieux sont décrits avec plus de soin et les portraits psychologiques ont plus de finesse. Je ne trouve pas que cette évolution soit regrettable, car les récits restent intéressants, même s'ils contiennent moins de péripéties.

Pour ce qui concerne le graphisme, il faut constater que le dessin de Jacques Martin est chargé d'une énergie qui lui est propre, ce que l'on ne retrouve pas chez Morales ou Christophe Simon. Lorsqu'un de ses personnage court ou saute, l'image suggère magistralement l'effort et le mouvement est précisé par de multiples détails. Je pense que ce trait énergique s'explique par le tempérament du dessinateur et cette caractéristique n'est pas imitable. Contrairement à ses successeurs, Jacques Martin appréciait l'effort physique et il a pris un soin particulier à le reproduire d'une manière réaliste dans ses images. C'est son style et ce n'est pas une chose qui s'apprend dans les écoles de dessin.

Il y a un autre aspect qu'il faut encore évoquer, c'est celui du "mouvement dans la BD" et c'est un sujet qui touche plutôt l'art de la mise en page de la planche (je l'ai plusieurs fois développé dans mon blog ) . Jacques Martin a toujours pris soin de respecter certaines "règles" académiques dans la succession des cases et la position des personnages (par exemple le personnage doit courir vers la droite) pour que le mouvement paraisse évident dans ses BD. Elles ont établies par Hergé et ses successeurs, et elles me semblent un peu oubliées aujourd'hui. Jacques Martin applique ces règles de façon rigoureuse et cela donne aux mouvements de ses personnages une fluidité séduisante, un dynamisme qui reproduit certains effets du cinéma. C'est malheureusement un art qui a tendance à se perdre, et je ne crois pas que Christophe Simon a pris soin d'apprendre cela. Faut-il le regretter. Je pense que non, car chaque dessinateur doit trouver son propre style, que ce soit pour le dessin ou la mise en page, et on ne pourra pas demander aux successeurs de Jacques Martin de conserver toutes les caractéristiques de son style.


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22 Re: La Tiare d'Oribal le Jeu 14 Jan - 9:04

Invité


Invité
Je suis d'accord avec tes deux premiers paragraphes, Raymond, mais pas avec le troisième. D'abord, je ne crois pas que le mouvement chez Martin soit académique, regarde par exemple certaines planches d'attaques de châteaux dans les Ecorcheurs de Jhen dont je parlais avant, entre autre cette fameuse scène tout à l'horizontale, c'est tout sauf académique, c'est d'une efficacité prodigieuse et ce n'est pas du tout le style d'Hergé ou de Jacobs par exemple.
Pour le reste, je ne crois pas que l'art du mouvement a tendance à se perdre. Dans les BD actuelles où ce mouvement est un élément important, la plupart des dessinateurs le rendent parfaitement : Francq de Largo Winch ou Tarquin de Lanfeust, pour ne citer que deux exemples totalement différents, mais tout aussi efficaces. Pour une BD comme Alix, il ne s'agit pas d'imiter le maître, on est bien d'accord, et Simon l'a très bien compris et se montre le meilleur repreneur de la série. Il manque juste ce petit plus, mais qui est quand même essentiel à la série : le mouvement dont je parlais. Mais c'est peut-être dû aux scénarios qui ont rendu petit à petit notre héros très passif, on peut dire la même chose de Lefranc à partir de La Camarilla, sauf quand Taymans est arrivé et Régric pour ce denier épisode.

23 Re: La Tiare d'Oribal le Jeu 14 Jan - 17:50

Raymond

Raymond
Admin
Il faudra que je revoie cette séquence dans les Ecorcheurs, mais je ne pourrai pas répondre très vite. J'ai des ennuis d'ordinateur à la maison. Sad


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24 Re: La Tiare d'Oribal le Ven 15 Jan - 10:55

Raymond

Raymond
Admin
J'ai revu les Ecorcheurs hier soir. Je pense que tu évoquais cette planche composée d'une suite de cases verticales étirées sur toute la hauteur de la page, ce qui souligne bien la hauteur des échelles appuyées contre les remparts de la ville assiégée. Cela bouge en effet à l'intérieur de ces images, et cette activité est soulignée par un grand nombre de lignes de mouvements et d'onomatopées, mais je n'y vois pas vraiment un mouvement continu qui se poursuit d'une vignette à l'autre ... bon, peu importe !

Quand je parle "d'académisme", je me référais à une certaine science dans la composition de la planche qui a été utilisée aussi bien par "l'école de Bruxelles " (Hergé, Jacques Martin ...) que "celle de Marcinelles" (Franquin, Peyo ...). Je ne suis pas certain que l'on retrouve la même chose dans Lanfeust, mais n'étant pas pas un connaisseur de cette série, je ne vais pas entamer un débat sur le sujet. pirat


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25 Re: La Tiare d'Oribal le Ven 15 Jan - 12:40

Invité


Invité
Quand je parlais de sens du mouvement, je ne me référais pas à une école particulière, mais à l'impression qu'on a du mouvement ou pas, qui est un art, je suis bien d'accord, mais qui n'a certainement pas disparu de nos jours et c'est heureux !

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