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Britannia

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276 Re: Britannia le Ven 4 Sep - 23:11

Jacky-Charles


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BRITANNIA

Trente troisième aventure d'Alix


Le résumé

Pour éviter que les tribus de Britannia viennent en aide aux Gaulois qui s'opposent à lui, César a décidé de conquérir également l'île, mais une première expédition  ayant mal tourné, il prépare plus soigneusement la seconde, à laquelle participent Alix et Enak, chargés de veiller sur Mancios, un prince briton évincé de sa tribu par un chef ambitieux, Cassinos. Mancios accepte de guider les légions romaines en Britannia, en échange de l'aide de César pour retrouver son trône, mais il doit composer avec un curieux marchand, Viridoros, qui a fait connaître les richesses de Britannia au général romain. Le débarquement a lieu, mais les choses s'avèrent un peu plus compliquées que prévu.  


Où cela se passe-t-il ?

Après un bref prologue sur les côtes gauloises, à Portus Itius, près de Boulogne, tout le reste de l'histoire se passe à Britannia, dans le sud-est de l'île, à l'exception d'une séquence dans la petite île de Mona, sur la côte nord-ouest.


Quand cela se passe-t-il ?

La première expédition de César ayant eu lieu en -55, la seconde a lieu un an plus tard en -54.
Problème : jusqu'à présent, on faisait commencer les aventures d'Alix à la bataille de Carrhes, en mai -53, un an plus tard encore. Il faut donc en conclure, soit que les auteurs de ce récit se sont affranchis de la chronologie habituelle des aventures d'Alix, car celui-ci, en -54, n'avait pas encore rencontré César, ni Enak, ces deux rencontres n'ayant eu lieu qu'en -52, soit qu'ils aient inventé, privilège du romancier, une troisième expédition un peu plus tard.
Or, tout dans ce récit, se réfère à la seconde expédition, et il n'y en aura pas d'autre avant un siècle. Mais les auteurs ayant habilement modifié les faits et les noms des personnages, c'est à un événement de pure fiction que nous assistons, se plaçant dans la continuité des aventures d'Alix.


Le contexte historique

Que savons-nous de Britannia ?

Le plus ancien nom de ces îles que nous connaissons est Albion ; la forme la plus ancienne du nom actuel est utilisé pour la première fois par Pythéas. Le mot latin Britannia, déjà employé au – I° siècle, n'a pas d'origine locale directe et doit être la transposition latine d'une forme antérieure.
Les communautés de l'âge du fer sont des peuples d'agriculteurs regroupés dans des territoires tribaux dominés par des établissements fortifiés. Leur agriculture est très évoluée et leur style artistique d'une impressionnante qualité.
Les peuples du sud-est de l'île ont une longue histoire de contacts culturels avec ceux du nord de la Gaule. Au moins depuis le – III° siècle, les îles sont connues du monde méditerranéen. A partir de -120, les contacts commerciaux entre la Gaule Transalpine et les régions du nord s'intensifient. La Bretagne commence à recevoir des marchandises telles que les amphores de vin et le monnayage gallo-belge y est introduit. L'étain de Cornouaille parvient en Méditerranée soit à partir de comptoirs côtiers, soit par des itinéraires terrestres ( l'un par les vallées de la Seine et du Rhône, l'autre par celles de la Garonne et de l'Aude ).
Les étroits contacts politiques existant avec la Gaule du nord fourniront un prétexte pour les expéditions de César en -55 et -54, et explique la migration des Belges vers la Bretagne qu'il mentionne.      
A partir du règne d'Auguste, les contacts avec le continent deviennent de plus en plus intenses par suite de la romanisation de la Gaule, et, pour protéger ses provinces, Rome, qui continue à percevoir un tribut de la Bretagne, reste très attentive aux affaires de l'île et à faire preuve à son égard d'un vif intérêt politique.
Plusieurs tombes de cette période contiennent des produits romains probablement envoyés à titre de dons diplomatiques. Dans le sud et l'est de la Bretagne, les peuples commencent à construire des oppida de plaine et à émettre leurs propres monnaies portant des légendes, qui fournissent des informations sur les conflits politiques entre les tribus avant la conquête romaine.


Que se passe-t-il à Rome et en Gaule à cette époque ?

L'année -55 ( 699 de Rome )

A Rome, Pompée et Crassus sont consuls ; ce dernier prépare son expédition contre les Parthes qui tournera si mal pour lui ( mais nous vaudra de voir commencer les aventures d'Alix ! ).
En Gaule, les combats continuent contre les tribus toujours révoltées : tandis que Labiénus vainc les Morins et les Ménapiens dans l'ouest de la Gaule Belgique, César s'avance jusqu'à la rive droite du Rhin, qu'il franchit pour la première fois, et où il vainc les Usipètes et les Teuctères.
C'est ensuite, dans la seconde moitié de l'année, qu'a lieu sa première expédition en Bretagne, avec un résultat mitigé ( voir l'article suivant ).
A noter que cette année-là, César parvient au terme de son premier mandat de cinq ans comme proconsul des Gaules. Il s'attend donc à être reconduit pour cinq autres années, ce qui aura effectivement lieu.    


L'année -54 ( 700 de Rome )

A Rome, les consuls sont Appius Claudius Pulcher ( qui deviendra Clodius pour passer, par démagogie, du patriciat à la plèbe ) et Lucius Domitius Ahenobarbus ( autrement dit « barbe d'airain », un ancêtre de Néron ).
Outre sa seconde expédition en Bretagne, qui se déroulera mieux que la première, César a encore fort à faire en Gaule Belgique.
Une révolte des Amburons est menée par les chefs Ambiorix et Catuvolcos. Ambiorix massacre une légion commandée par Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurumnaleïus Cotta, tandis que Quintus Tullius Cicéro ( le frère de Cicéron l'orateur ) est assiégé par les Nerviens, qui seront battus par César. De son côté, Titus Labiénus est assiégé par les Trévires qu'il repousse en tuant leur chef, Indutiomaros.


Et après ?

Ce ne sera qu'en -53 que César et Labiénus mettront fin aux révoltes en Gaule Belgique, notamment avec l'extermination des Amburons, mais Ambiorix réussira à s'échapper. Une seconde traversée du Rhin donnera une leçon à des Germains trop entreprenants.
C'est l'année suivante, en -52, que la Guerre des Gaules rebondira avec l'intervention de Vercingétorix qui parvient à réunir une partie des peuples gaulois, mais son épopée se terminera en septembre de la même année à Alésia.
La Guerre des Gaules ne s'achèvera réellement que l'année -51.  


Welcome to Britannia

Voici le récit résumé des deux expéditions menées par César en Bretagne telles qu'il les raconte lui-même.
Il vous suffira donc de relire ce texte  ( celui de l'expédition de -54 ) en parallèle avec l'album pour retrouver les principaux épisodes de cette aventure.  

Rappelons au passage que les « Commentaires » de César étaient à l'origine des rapports destinés au Sénat romain devant lequel ils étaient lus par l'un des sénateurs ou un secrétaire ( on ne faisait sans doute pas une copie du document par sénateur ) ; c'est la raison pour laquelle César parle de lui à la troisième personne, puisque c'est un autre que lui qui s'exprime oralement, et non pas pour se distinguer. Par la suite, les rapports seront mis sous la forme que nous connaissons aujourd'hui.


Première expédition en -55 ( résumé du livre IV des Commentaires de César, chapitres XX à XXXVII )

C'est seulement à la fin de l'été que César se décida à passer en Bretagne. Il faut dire qu'il avait eu un début d'année chargé : après s'être frotté à deux peuples germaniques turbulents, les Teuctères et les Usipètes ( alliés des Sicambres, futurs ancêtres des Francs ), il avait traversé le Rhin pour les rappeler à l'ordre.
Les Bretons aidaient les Gaulois, ce que César ne pouvait tolérer. Il tenta de recueillir des renseignements auprès des marchands qui fréquentaient ces peuples insulaires, mais il n'en apprit rien d'utile. Il envoya donc une galère commandée par C. Volusenus tandis qu'il regroupait des vaisseaux dans le Boulonnais, y compris la flotte avec laquelle il avait vaincu les Venètes l'année précédente. Avertis par les marchands, des Bretons lui envoyèrent des députés, promettant leur soumission et des otages. Il les remercia et les renvoya avec son allié Commius, roi des Atrébates ( Artois ).
Volusenus revint après cinq jours de reconnaissance, ayant observé sans oser débarquer.
La flotte comptait 80 vaisseaux de transport pour deux légions, plus 18 pour la cavalerie. Elle leva l'ancre à minuit et arriva à dix heures du matin. Les Bretons en armes l'attendaient sur des hauteurs. Les Romains débarquèrent à trois heures de l'après-midi après que César eût donné ses consignes à ses officiers.
Encombrés par leurs armes et leurs équipements, les légionnaires devaient à la fois s'élancer des navires, lutter contre les flots et faire face aux Bretons qui arrivaient à cheval et sur leurs chars à deux roues. Pour les aider, les vaisseaux envoyèrent des traits. L'engagement eut lieu aussitôt, les légionnaires étant en position défavorable. César envoya des renforts sur des chaloupes au secours de ceux qui pliaient. Seule manqua à la bataille la cavalerie romaine qui n'avait pu traverser à temps.
Voyant qu'ils avaient le dessous, les Bretons envoyèrent des députés pour demander la paix. Ils relâchèrent aussi Commius qu'ils avaient capturé. César accepta leurs excuses et exigea des otages qui furent en partie livrés, puis l'armée bretonne fut dissoute et des cités vinrent recommander leurs intérêts à César.
Pendant ce temps, les vaisseaux qui amenaient la cavalerie furent pris dans une tempête et durent faire demi-tour. Puis ce furent les grandes marées d'équinoxe qui détruisirent une partie des vaisseaux. Voyant cela, les Bretons se réunirent et décidèrent de reprendre les armes pour affamer l'armée romaine ou la détruire avant qu'elle puisse quitter l'île.
Les derniers otages prévus n'arrivant pas, César se méfia et fit remettre sa flotte en état. Bien lui en prit : une légion envoyée pour faire du fourrage se fit encercler par la cavalerie et les chars bretons. Cette cavalerie virevoltante déconcerta d'autant plus les Romains qu'elle déposait aussi dans leurs lignes des combattants à pied. Mais César arriva à la rescousse avec ses autres légions. Les Bretons se retirèrent et attendirent leur heure. Un nouveau combat s'engagea dont les Romains sortirent vainqueurs. A la suite de quoi, les Bretons envoyèrent de nouveaux députés pour traiter de la paix. César exigea des otages supplémentaires. Il ne voulait pas s'attarder en raison du mauvais temps et il put rentrer sans encombre.

On constate dans ce récit que cette première expédition fut un peu improvisée et sa conclusion précipitée. César ne s'attendait sans doute pas à une telle résistance des Bretons qu'il connaissait fort mal. C'est la raison pour laquelle il estima nécessaire la seconde expédition, mieux préparée. On notera aussi qu'il ne nomme dans ce récit aucune tribu bretonne, ni aucun de leurs chefs.


Seconde expédition en -54 ( résumé du livre V des Commentaires de César, chapitres I à XXIII )

Après avoir hiverné en Gaule Cisalpine, César fit préparer des vaisseaux pour retourner en Bretagne, soit 600 navires et 28 galères, puis il fit marcher ses troupes vers Portus Itius. Quatre mille cavaliers Gaulois les rejoignirent, ainsi que certains chefs Gaulois qu'il voulait garder comme otages en les emmenant en Bretagne pour prévenir tout mouvement séditieux en Gaule pendant son absence.
Parmi ces otages se trouvait l'Eduen Dumnorix, l'ambitieux frère de Diviciacos, qui essayait de soulever les autres chefs contre César. Au moment de s'embarquer, Dumnorix repartit vers son pays  à la tête des cavaliers Eduens. Rattrapé, Dumnorix résista, invoquant sa liberté et celle de son pays, mais il fut exécuté sur l'ordre de César. Les autres cavaliers Eduens revinrent au camp.    
Labiénus resta sur le continent avec trois légions et deux mille cavaliers. César embarqua avec cinq légions et les deux mille autres cavaliers au coucher du soleil et toucha terre vers midi, malgré la marée et la chute du vent qui obligèrent les soldats à ramer.
Les Bretons qui surveillaient son arrivée quittèrent le rivage et se réfugièrent sur les hauteurs. César débarqua, fit construire le camp et avança contre les Bretons qui, après un premier engagement, se réfugièrent dans une forteresse naturelle qu'ils avaient renforcée et où les légions les poursuivirent, mais les laissèrent s'enfuir quand il leur fallut revenir à leur camp.
Le lendemain, une tempête détruisit une partie des vaisseaux. On les répara et on fortifia le camp.

Ici, César s'interrompt pour décrire la Bretagne et le peuple Breton. Il ne fait pas de grandes différences entre eux d'une part et les Gaulois d'autre part. Il note que les combattants se teignent le corps avec du pastel ( bleu ). Très curieuse est sa description géographique de l'île : elle a la forme d'un triangle, dont l'un des côtés regarde la Gaule, un autre côté est au levant, où abordent les navires venant de la Gaule, mais le troisième côté regarde le couchant... et l'Espagne ( ! ). Dans cette direction, il situe également l'île d'Hibernia ( Irlande ) et, entre elles deux, l'île de Mona ( Anglesey ou Man ).

César apprend alors qu'une grande partie du peuple breton est en guerre contre lui sous le commandement de Cassivellaunus dont les Etats sont au nord de la Tamise. L'effroi causé par l'arrivée des Romains a mis un terme provisoire aus guerres continuelles entre les différents peuples de l'île.
La cavalerie romaine repoussa une attaque de chars bretons mais eut le tort de les poursuivre, tandis  que d'autres Bretons s'en prenaient aux légionnaires occupés à construire les retranchements ; c'est au cours de cette attaque que périt le tribun Quintus Laberius Durus. Légers et rapides, les Bretons ont souvent l'avantage sur les Romains chargés d'armes pesantes. Après de nouvelles escarmouches, les légions se ressaisirent quand trois d'entre elles occupées à fourrager furent agresssées : elle firent un carnage des agresseurs qui se retirèrent et n'osèrent plus attaquer.
César s'avança alors vers la Tamise sur le territoire de Cassivellaunus qui a fortifié la rive nord, mais une attaque conjointe de l'infanterie et de la cavalerie romaines lui font abandonner sa position. Le chef breton ne conserve avec lui que quatre mille hommes et observe les Romains de loin, ne faisant plus que de petites attaques tandis que les légions avancent dans le pays.
César reçoit alors des députés de la tribu des Trinobantes dont Cassivellaunus avait tué le roi, Imanuent, obligeant son fils Mandubrat à fuir et à se réfugier auprès de César. En échange de vivres pour les légions et d'otages, César leur envoya Mandubrat pour qu'il devienne leur roi. Les Trinobantes, alliés et protégés de Rome, étaient désormais à l'abri des hostilités.
D'autres peuples les imitèrent et se soumirent aussi. Grâce à eux, César trouva la place où Cassivellaunus s'était retranché et l'attaqua, mais le chef breton put s'échapper.
Cassivellaunus recruta d'autres alliés pour attaquer le camp romain où étaient les vaisseaux, mais il fut à nouveau vaincu. Il fit alors des offres de paix par l'intermédiaire de l'Atrébate Commius. César lui demanda des otages et un tribut et lui interdit d'attaquer les Trinobantes de Mandubrat.
César reprit la mer pour la Gaule avant l'équinoxe après avoir reçu les otages.

Ainsi prit fin la seconde expédition en Bretagne où les Romains ne revinrent qu'en 43, sous l'empereur Claude, bien qu'Auguste et Caligula aient envisagé eux aussi l'annexion de l'île. Il semble que le tribut continua d'être payé pendant tout ce temps.


Mais qui étaient donc les Celtes ?

« Les Celtes sont un sac magique dans lequel on peut mettre ce que l'on veut et d'où peut sortir à peu près n'importe quoi. » ( J.R.R. TOLKIEN )

« Celte, je n'ai jamais su ce que ça pouvait bien être. » ( Jules RENARD )  

Dans ce récit, nous voyons César conduire son armée dans l'île de Britannia, l'actuelle Angleterre. Si l'histoire racontée ici est fictive, elle est largement inspirée par les deux expéditions successives que l'imperator ordonna en -55 et -54. La raison nous en est connue : tandis que César croyait être enfin venu à bout des Gaulois qui s'opposaient à lui, il ne voulait pas que les Britons leur viennent en aide. Depuis longtemps, Gaulois et Britons avaient d'importantes relations politiques et commerciales. C'était normal, puisque ces peuples étaient de même origine : des Celtes.

Des Celtes, vraiment ?

On a coutume d'englober sous ce nom un certain nombre de peuples vivant en Europe occidentale et centrale au premier millénaire avant notre ère, de la mer Noire à l'Irlande et du Danemark à la plaine du Pô. Originaires de la partie orientale de l'Europe, ils se seraient étendus vers l'ouest au cours du millénaire.
L'archéologie nous donne les vestiges d'une civilisation apparemment commune : agriculture, élevage, artisanat, armement, habitat fortifié. Mais on ne connait par les auteurs antiques que les peuples occupant les anciennes Gaules : France, Benelux, Rhénanie, Suisse, Italie du nord. Ceux vivant plus à l'est nous restent quasiment inconnus.

Depuis la fin du XX° siècle, la doctrine archéologique veut que les Gaulois ne soient que des Celtes parmi d'autres. Ils ont surtout eu la chance d'être mieux décrits par les auteurs antiques, tout comme en archéologie on rencontre surtout des Gaulois. Nulle part ailleurs que dans la grande Gaule décrite par César on ne retrouve de particularités évidentes, celles qui font une civilisation authentique. Autant l'historicité des Gaulois est forte, autant celle de Celtes est faible.
Les auteurs antiques n'ont pas suffisamment poussé leurs descriptions des populations de la Gaule, des îles Britanniques et de l'Europe centrale pour qu'on puisse en conclure, d'après les moeurs sociales, guerrières et politiques, les croyances en des dieux honorés de la même manière, voire des traits physiques, qu'il s'agissait d'un même peuple. Les similitudes ne leur ont pas paru évidentes.

Ce que les anciens savaient des Celtes

Ce sont les Grecs qui ont parlé en premier des Celtes. Ils semble qu'ils les aient longtemps assimilés aux Hyperboréens, ces peuples vivant loin au nord de la Grèce et quasiment mythiques, ce qui ne les empêchait pas d'adorer Apollon et de lui envoyer des présents dans son sanctuaire de Délos.
La première mention des Celtes provient des auteurs grecs parlant de la fondation de Massilia ( Marseille ) au -VI° siècle. Les Grecs s'y retrouvaient donc au voisinage de ces peuples et les nommèrent ainsi, mais on ne sait pas si les Grecs reprirent un nom qu'ils se donnaient ou s'ils les baptisèrent ainsi de leur propre chef.

Très rapidement, les Grecs, mais aussi les Etrusques et les Phéniciens, organisèrent un commerce florissant avec les peuples du nord par les vallées du Rhône, de la Saône et du Rhin qui permettaient d'accéder à la mer du Nord, par celle de la Seine vers les îles Britanniques, et celle de la Loire vers l'Océan. Cela voulait dire qu'ils fréquentaient des confédérations de peuples divers avec des structures politiques stables permettant l'entretien des chemins et la protection des caravanes de marchands. Ces confédérations étaient déjà anciennes et en extension continue.

Les Celtes dans le monde antique

Très tôt, des Gaulois ont servi comme mercenaires dans diverses armées du monde méditerranéen, ce qui nécessitait que les peuples dont ils étaient issus possèdent déjà une armée plus nombreuse pour se défendre en leur absence et donc une forme d'Etat assez aboutie.
L'un des premiers souverains à les employer fut Denys de Syracuse, vers -400. En -390, le Sénon Brennus pilla Rome ( les oies du Capitole, Vae victis... ), puis des Gaulois s'installèrent en Italie du nord, future Gaule Cisalpine. Un siècle plus tard, d'autres Gaulois pillèrent le sanctuaire de Delphes et allèrent ensuite s'installer en Anatolie centrale où ils fondèrent le royaume des Galates, rapidement hellénisé, qui dura plusieurs siècles ; il en reste aujourd'hui à Istambul le quartier de Galatasaraÿ : le « palais de Galates ».

Dans ses « Commentaires sur la guerre des Gaules », César désigne par « celtique » la partie centrale de la Gaule et rien d'autre, délimitée à l'ouest par l'océan, au nord par la Loire et la Seine, à l'est par le Rhin et les Alpes, au sud par la Garonne et les Cévennes ( plus au sud, c'est la Gaule Transalpine, qui est déjà romaine depuis un siècle ). Au nord, c'est la Gaule Belgique, à l'est du Rhin, la Germanie, au sud-ouest, l'Aquitaine.
Pour César, il n'y a pas de Celtes ailleurs qu'en Celtique, termes déjà archaïques pour l'époque et tombés en désuétude. Il n'en sera plus question dans les « Commentaires », ni dans les textes d'autres auteurs qui ne connaissent que les Gaulois ou les Galates. On l'aura compris, il n'y avait pas de Celtes dans les îles Britanniques, en Germanie ou en Europe centrale : les peuples de ces régions portaient d'autres noms qu'ils s'étaient donnés, même si leurs langues et leurs coutumes pouvaient ressembler à celles des Gaulois.

Le retour des Celtes

Les Celtes, qui ne nous ont laissé aucun écrit, vont disparaître de la mémoire pendant plusieurs siècles, jusqu'à la Renaissance, quand les Allemands vont commencer à revendiquer une ascendance celte, alors que les Français ne connaissent encore que les Gaulois.
Ceux qui recherchent leur ascendance dans la Bible remontent jusqu'à Noé qui, par son fils Japhet et son petit-fils Gomer, est l'ancêtre des Scythes, puis des Celtes.

Ce n'est qu'au XVIII° siècle que les Celtes vont véritablement « renaître », par la recherche d'une ascendance ancienne de certains peuples non gréco-latins ou supposés tels, qui se manifeste d'abord par l'étude de langues voisines et le recueil de la littérature orale, et qui débouchera sur la création de traditions et d'un folklore jusqu'à notre époque. Seront concernés, dans l'ordre chronologique : les Gallois, les Ecossais, les Bretons, les Irlandais, qui revendiqueront ainsi leur identité. Néanmoins, on n'échappera pas à quelques relents racistes, comme avec la Padanie d'Italie du nord.    
Les auteurs préfèreront situer l'âge d'or des Celtes au Moyen-Âge plutôt qu'à l'Antiquité, parce que plus facile à imaginer ainsi, croient-ils.

C'est en 1760 que l'Ecossais James Macpherson invente le barde Ossian, auteur de « Fingal », qui aurait vécu au III° siècle. En réalité, il recopie et adapte des balades irlandaises, mais il influencera des pré-romantiques comme Chateaubriand.
Une autre source, pour cette renaissance des Celtes et du monde celtique, ce sont les légendes arthuriennes, formalisées au XII° siècle par Geoffroy de Monmouth et qui imaginent un Moyen-Âge idéalisé.
Souvent en relation avec la Franc-maçonnerie, qui prend aussi son essor à cette époque, on invente des traditions fictives telles que le néo-druidisme ou le néo-bardisme. Pour ne citer que le domaine écossais, le kilt est inventé après 1730, et les tartans des clans par l'écrivain Walter Scott au début du XIX° siècle.

Vrais et faux Celtes  

Parler de Celtes à propos des habitants d'autres régions que la Gaule Celtique avent l'époque de César et pour des époques plus récentes est un abus, une substitution gratuite à d'autres noms plus appropriés, puisqu'ils sont ceux que se sont donnés les autochtones : Bretons, Gallois, Galates, etc. Cela mêle dangereusement les appréciations ethniques et culturelles et s'avère incapable de décrire la spécificité de groupes humains de l'Europe occidentale. Le mot « Celte » laisse penser que tous ces peuples connaissaient une même civilisation, ce qui n'est pas la réalité. Dans le meilleur des cas, seule la culture matérielle a été très partiellement commune.

Mais les Celtes sont inscrits dans l'inconscient des Européens peut-être à tout jamais. En témoigne la vigueur des manifestations culturelles et folkloriques actuelles. Ils résistent et résisteront longtemps encore à toute forme de rationalisation. Non pas seulement parce que ceux qui s'estiment leurs descendants ont le désir irrépressible d'une histoire qui s'ancre très loin dans l'Antiquité, d'une ascendance aussi noble que celle des Grecs et des Romains. Ceux qui se réclament des Celtes n'ont toujours pas fait le deuil de l'héritage méditerranéen qui leur a échappé de peu. Les Celtes appartiennent encore aux rêves et à la poésie d'un passé prestigieux et imaginaire.
Le concept des Celtes devrait paraître obsolète, trop vaste et trop vague, à ceux qui veulent approfondir leurs connaissances des populations anciennes : le progrès en histoire ne s'accomplit que dans la description la plus précise des faits et, quand il s'agit des hommes, elle est celle que les hommes utilisaient eux-mêmes pour se désigner.

Pour conclure, les Celtes sont, soit une thématique imaginaire, qui n'a pas plus de réalité que les fictions qu'elle fait naître, soit un peuple antique authentique, mais dont la nature est impossible à préciser pour l'instant.

Ce texte est un résumé de l'ouvrage de M. Jean-Louis Brunaux : « L'invention des Celtes » ( Belin, 2014 ).




Comment est racontée l'histoire

Si on relit les livres IV et V des Commentaires de César sur la guerre des Gaules, on s'aperçoit que les auteurs, Mathieu Bréda et Marc Jailloux, ont suivi assez scrupuleusement dans leur scénario le déroulement des deux campagnes en Bretagne, en y apportant toutefois quelques modifications de détail, généralement pour simplifier les évènements. Le récit des expéditions n'est pas en lui-même très compliqué, mais il y a de nombreuses redites dues notamment au renouvellement des scènes de batailles dont César, qui n'est pas général pour rien, ne nous épargne guère les détails. En plus de cela, les personnages de fiction, tel Alix, vivent aussi des évènements imaginaires, tandis que ses compagnons inspirés de personnages réels, comme on peut en juger d'après leurs noms légèrement modifiés, s'écartent moins de la trame historique.
Sans vouloir taxer les scénaristes d'un manque d'imagination, il s'agit, de toutes les aventures d'Alix, l'une de celles qui suit au plus près les évolutions d'un fait historique connu et raconté par l'un de ses protagonistes. Toutefois, ils ont dramatisé leur propre récit en plaçant leurs créatures fictives ( Alix, Brecca, qui n'ont rien d'historique, mais aussi Mancios, inspiré par Mandubrat, mais qui n'est pas lui ) dans des épisodes connexes par rapport à l'Histoire, mais importants pour eux, tandis que les personnages réels, tels que César, très présent mais dont le rôle ici doit beaucoup à l'imaginaire, sont en fait peu nombreux et vivent sur une toile de fond chargée de donner de la cohérence à l'ensemble.
En fait, on a l'impression de suivre un événement purement historique, mais les décalages subtils dus à la tranposition de personnages réels en personnages fictifs ( Mancios, Cassinos ) font que nous sommes essentiellement dans le roman et seulement là.

Pour le dessin, il faut d'abord se réhabituer aux planches de quatre bandes qui font paraître les images si exiguës ! On trouve même une page avec six images superposées ! Cela n'empêche heureusement pas Marc Jailloux de donner des détails et de l'air à ses décors, le plus souvent naturels, car à l'exception des camps romains, des bateaux et de la cité de Camulodunum, les constructions humaines sont rares, ce qui n'empêche pas la mise en scène d'être assez somptueuse. Les personnages aux gestes vifs et naturels, ont retrouvé le style et l'allure de ceux dessinées par Jacques Martin à sa grande époque, ce qui n'est pas un mince résultat. Je ne veux pas dire par là que ceux issus des plumes des prédecesseurs sont indignes, mais c'est à présent que nous nous rapprochons le plus de l'univers initial que le lecteur, qui n'aime pas être dépaysé, recherche toujours dans les nouvelles réalisations.

Les couleurs de Corinne Billon, privilégiant les bruns et les verts, donnent une ambiance particulière au récit. Je ne sais pas si c'était les couleurs dominantes de la Bretagne de l'époque, mais cela contribue à caractériser cet album qui prend une bonne place dans la saga, essentiellement par l'ampleur de l'enjeu, la conquête d'un pays ( bien qu'elle ait avorté ), le mettant ainsi au rang des grandes aventures de notre héros. Ce récit bien rythmé est d'autant plus habilement mené que l'imaginaire colle toujours au réel.    


Les personnages

Alix : on ne peut pas dire qu'il soit enthousiasmé par le projet de César de conquérir Britannia, ni par les raisons qu'il lui donne, et il le lui fait savoir avec son style direct habituel. Après tout, les Bretons ne lui avaient rien demandé, à part soutenir les Gaulois qui, eux, avaient de bonnes raisons d'en vouloir à Rome. Mais il se résigne, peut-être plus par sympathie pour Mancios qui a  éprouvé quelques problèmes avec ses compatriotes. Il se dit aussi qu'il pourra essayer ainsi de limiter les dégâts ( et il va y en avoir ). Par la suite, il remplit consciencieusement son rôle de tribun ( c'est normalement son grade pour les services militaires qu'il doit à Rome ) avec une efficacité certaine et n'hésite pas à se porter volontaire pour des missions compliquées ou dangereuses, qu'il réussit comme à son habitude.

Enak : encore une fois, il ne fait guère plus que de la figuration, à part servir de garde-malade à Mancios, ce qui l'éloigne de l'histoire pendant quelques pages, ou d'expédier une flèche bienvenue pour protéger Brecca. Ce n'est pas la première fois qu'on constate la difficulté pour les scénaristes d'animer simultanément plusieurs personnages dans des rôles intéressants lorsqu'ils suivent des voies parallèles dans l'intrigue.

Et, par ordre d'entrée en scène :

César : contrairement aux habitudes de la série, où on ne le voit généralement qu'au début de l'histoire pour confier une mission à Alix, ou à la fin pour intervenir comme le « deus ex machina », il est cette fois-ci très présent tout au long de l'histoire, et pas toujours en bonne situation. On ne peut pas dire non plus que son rôle soit très reluisant, ce qu'Alix découvre très vite. Il faut rappeler que si son expédition en Gaule avait surtout pour but de l'enrichir ( et probablement de rembourser les dettes qu'il avait contractées auprès de Crassus ), elle lui coûte aussi très cher, car il faut bien payer les légionnaires et le butin fait auprès de Gaulois n'est pas toujours à la hauteur. Huit légions, soit 30 000 hommes, plus les auxiliaires et les serviteurs, qu'il faut nourrir et équiper, ça vous mange vite le bénéfice. On comprend qu'il cède aux sirènes bretonnes, même s'il n'a entendu leur chant que par personne interposée. Mais en homme pragmatique, il tirera vite un trait sur ce mirage décevant et reviendra à des choses plus concrètes avec le résultat que l'on sait. Pour preuve de son réalisme, il n'y aura plus d'expédition bretonne, mais juste avant de mourir, il allait encore céder aux illusions oientales en allant titiller les Parthes. Antoine ira à sa place, pour qui ce sera le commencement de la fin.

Quintus Durus : de son nom complet Quintus Laberius Durus. Ce tribun est un personnage réel cité dans les Commentaires de César. Il semble constituer à lui tout seul l'état-major du général. Il est présenté comme un personnage aimable et compréhensif, soucieux de créer et de maintenir des liens entre les protagonistes. Dommage qu'un combat de cette expédition lui soit fatal.

Mancios : inspiré du personnage réel de Mandubrat, prince des Trinobantes et fils d'Imanuent. Dans l'album, le père n'est pas nommé et le peuple devient les Trinovantes. Sans doute pas très sûr de l'appui de ses compatriotes Bretons, le jeune prince a préféré se réfugier auprès de César qui ne pouvait trouver meilleur prétexte pour mettre son nez dans les affaires bretonnes. Courageux et déterminé, il lui faudra néanmoins beaucoup d'aide pour reconquérir son peuple et son titre.    

Cassinos : inspiré du personnage réel de Cassivellaunus, chef d'une tribu située au nord de la Tamise. On sait seulement qu'il était le chef de tous les peuples Bretons coalisés contre les Romains et qu'il avait tué son « collègue » Imanuent, ce qui n'avait rien d'original à l'époque. Le scénario en fait un personnage plus complexe, cherchant à provoquer une guerre contre les Romains pour étendre par la force son pouvoir à l'ensemble de Britannia ; pour cela, il fait miroiter auprès de César des richesses largement imaginaires ; c'est très bien vu. Dommage que ce personnage ne soit pas plus présent.

Viridoros : c'est l'homme de Cassinos auprès de César, ce que ce dernier ignore. Il se fait passer pour un marchand, mais on comprend vite que c'est un guerrier et un agent secret. S'il ne peut écarter ce gêneur de Mancios, il est tout aimable avec César et Alix, mais quand sa vraie nature se révèle, il devient un redoutable adversaire auquel il ne sera pas fait grâce.

Labiénus : adjoint de César en Gaule, il ne participe pas à l'expédition de Bretagne, car il lui faut surveiller, sur le continent, les tribus Gauloises récemment soumises avec les légions restantes.

Vasios : chef des Trinovantes mis en place par Cassinos pour remplacer le père de Mancios, il ne semble pas très avisé ni très courageux.      

Aegerax : druide félon, complice de Cassinos pour contrôler Vasios et le peuple des Trinovantes. Efficace tant que les choses vont bien pour lui, il se décompose vite quand elles tournent mal. On peut regretter que les auteurs lui aient donné, comme aux autres druides de cette histoire, le look « Panoramix », qui n'a rien d'historique.

Divicios : chef Gaulois prisonnier de César à la suite d'une révolte de son peuple, on ne précise pas lequel. César emmène ces chefs dans son expédition bretonne pour qu'ils ne restent pas en Gaule où ils pourraient avoir des contacts avec leurs tribus, ce qui le rend particulièrement amer. Il est le père de Brecca et fait quelques confidences à Alix. Il mourra au cours d'une tentative d'évasion. Son nom est forgé à partir de celui de Diviciacos, druide ( ? ) et ancien chef des Eduens, le peuple d'Alix. Diviciacos était le conseiller gaulois de César pour son expédition en Gaule et un ami de Cicéron qui l'avait hébergé à Rome. Il ne semble pas avoir participé à l'expédition de Bretagne, mais son frère et rival, Dumnorix, y était, où il fut d'ailleurs tué sur l'ordre de César après avoir essayé de soulever des Gaulois contre lui.

Brecca : druidesse, fille de Divicios. Les druides avaient essentiellement un rôle politique de conseillers des chefs, et Brecca n'y faillit pas. Elle intervient à propos pour faire comprendre à ses compatriotes bretons et à César qu'ils sont tombés dans le piège tendu par Cassinos et qu'il vaut mieux éviter de s'entretuer, ce pour quoi elle a l'entier appui d'Alix, toujours soucieux de relations pacifiques, même s'il faut quelques coups de glaive pour y parvenir. Il ne semble pas qu'il existait de femmes druides mais il y avait des prêtresses celtes, généralement affectées au culte d'une divinité particulière ; on ne sait pas quelle était leur influence réelle, sans doute inférieure à celle des druides. Son nom rappelle celui de Boudicca ( ou Boadicée, ou Bodicéa ), reine des Icéniens, qui régna en Bretagne un siècle plus tard et fut pour son malheur une farouche adversaire des Romains.

Veilleur : guerrier breton, garde du corps de Brecca. Sans dire un mot, il se bat courageusement et meurt pour protéger la fuite de Brecca, Alix, Enak et Mancios.

Serpicos : notable breton, du peuple des Trinovantes, ami et partisan de Mancios, dont il a sauvé la vie autrefois et qu'il aide à présent à reprendre son titre et son trône.

Conclusion

Une des meilleures histoires de la période récente où l'on retrouve enfin le souffle épique des premières aventures d'Alix, avec l'importance des enjeux, les péripéties variées et une représentation graphique de qualité. Comme quoi suivre de près la trame historique tout en faisant preuve d'imagination en la dépassant est une bonne solution !


Sources :

Commentaires sur la Guerre des Gaules, de César ( traduction : M. Artaud )
Dictionnaire de l'Antiquité, de Jean Leclant ( PUF )
Les Druides, de Jean-Louis Brunaux ( Seuil )
L'invention des Celtes, de Jean-Louis Brunaux ( Belin )
Collection des « Cahiers de Science et Vie »

Pour ceux que la lecture du texte de César rebuterait, je recommande le très amusant « Roman de la Guerre des Gaules », de Yannik Chauvin ( Editions Pascal Galodé ), qui reprend les évènements sous une forme romanesque en alternant les points de vue des Romains et des Gaulois. Quatre tomes sont parus pour l'instant ( on s'arrête à la guerre navale contre les Venètes, en -56 ).


Et rendez-vous au prochain album !


-oOo-

277 Re: Britannia le Sam 5 Sep - 11:17

Raymond

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Admin
Magnifique, Jacky-Charles !  pouce

On est bien d'accord sur la considération de base : l'ensemble de l'aventure (c'est à dire cette 3ème invasion de la Bretagne par Jules César) est totalement fictive. Si on admet cet état de fait, l'analyse du récit ne pose aucun problème.

Ce qui fait la force de cette histoire, à mon avis, c'est que les personnages sont tous intéressants. Le prince Mancios est sympathique, la druidesse Brecca est plus que séduisante, le traître Viridoros est haïssable à souhait, les chefs tiennent bien leur rôle ... tout cela crée une intrigue assez complexe, qui évite d'être trop manichéenne. Je regrette cependant l'interprétation du caractère de Jules César, qui nous apparait ici comme un vulgaire chasseur de trésor. Le personnage historique est tout de même bien plus complexe que cela.

Ton article me fait en tout cas découvrir à quel point Marc Jailloux et Mathieu Bréda se sont inspirés de l'Histoire (et du récit de la guerre des Gaules) pour écrire leur scénario. Je l'ignorais totalement, mais cette "inspiration" me semble en fait assez bienvenue, car elle donne à cette aventure un côté assez crédible. Il faudra que je relise l'album en pensant à tout cela.

Quant à la discussion sur "l'invention des celtes", elle est intéressante mais elle n'arrive pas à me convaincre. Je me demande si cette thèse est exempte d'intentions politiques. Il y a tout de même une réalité linguistique qui me parait suffisante pour admettre l'existence d'un ancien peuple celte. Il est probablement difficile de définir aujourd'hui les frontières de ce monde celtique, mais cela ne permet pas d'en nier l'existence.

En tout cas, merci pour tes analyses qui sont toujours passionnantes.


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

278 Re: Britannia le Sam 5 Sep - 18:28

Tarmac

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grand maître
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Merci Jacky-Charles pour cette synthèse minutieuse sur Britannia Very Happy . Cela remet en perspective le travail effectué par M Jailloux et M Bréda sur la Terre Britonne. Pour moi, il ne fait aucun doute que nos deux amis ont réalisé des recherches approfondies sur cette thématique. J'en veux pour preuve, la question des Druides, et le paragraphe détaillé sur leur rôle,leur fonction, bien plus étayés par nos deux amis,que ne l'a fait César. Je ne sais s'ils se sont inspirés des travaux de JL BRUNAUX, mais cela induit un vrai travail de réappropriation des sources..
In fine, c'est cela qui fait la qualité et la réussite d'un album pouce

279 Re: Britannia le Lun 7 Sep - 22:56

Jacky-Charles


license ès BD
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Merci tout d'abord à vous d'avoir apprécié cette analyse.

Je voudrais apporter quelques précisions après l'observation de Raymond à propos de " L'invention des Celtes". Je me doutais bien que cet article ferait réagir quelqu'un. C'est la première fois que je donne un résumé d'un livre entier, alors que d'habitude je me contente de citations. Mais là, il était difficile de faire un choix entre les différents chapitres ; je ne crois pas toutefois avoir déformé la pensée de cet ouvrage très synthétisé ( 300 pages ! ) pour tenir dans le cadre de cette chronique.

Je pense que M. Brunaux a été agacé par le fait que des historiens ( tout comme le public ! ) ont l'habitude d'assimiler aux Celtes des peuples dont on n'a aucune preuve concrète qu'ils en aient fait partie. De là à voir une affirmation sur le plan politique, il y a une marge que je ne me risquerai pas à franchir !

On est seulement à peu près sûr que ces peuples, entre eux, ne s'appelaient pas "Celtes", pas plus que les Gaulois, entre eux, ne s'appelaient "Gaulois", mais c'est tout. Les moeurs, coutumes, croyances, langages, ont certainement des similitudes, mais historiquement, le mot "Celte" ne s'applique qu'à une petite partie du tout et il est dangereux de généraliser.  

Si on sait comment les Celtes "modernes" ont été imaginés, on n'a que des preuves indirectes de la réalité des Celtes historiques : les peuples concernés ne nous jamais rien dit ni écrit, et ce sont d'autres qui ont parlé et écrit pour eux. On ne sait donc pas tout sur eux, mais il n'y a pas de honte à ne pas savoir !

Cela dit, je ne suis pas toujours les thèses de M. Brunaux. Je me souviens qu'à l'occasion d'une autre analyse, j'avais affirmé à sa suite que les oppida gauloises n'étaient pas de vraies villes, seulement des ouvrages militaires fortifiés. Un des membres du forum, en historien averti, m'avait détrompé en me donnant les références d'autres auteurs tout aussi sérieux. Dans ce genre de recherches, le plus difficile est de trouver des preuves incontestables.

280 Re: Britannia le Mar 8 Sep - 8:28

Tarmac

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grand maître
grand maître
Pour JL Brunaux, chercheur au CNRS, il faut le rappeler, outre "Des philosophes chez les Barbares"à propos des Druides,je vous conseille vivement la lecture de "Nos ancêtres, les Gaulois"Seuil- ouvrage très synthétique dans lequel il parle notamment des Celtes, pour la partie centrale de la Gaule, les peuples Belges étant des descendants de Germains.Cela remet en place certaines idées préconçues, ou déformées par les abus de langage..

281 Re: Britannia le Mar 8 Sep - 13:40

AJAX

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Tarmac a écrit:Pour JL Brunaux, chercheur au CNRS, il faut le rappeler, outre "Des philosophes chez les Barbares"à propos des Druides,je vous conseille vivement la lecture de "Nos ancêtres, les Gaulois"Seuil- ouvrage très synthétique dans lequel il parle notamment des Celtes, pour la partie centrale de la Gaule, les peuples Belges étant des descendants de Germains.Cela remet en place certaines idées préconçues, ou déformées par les abus de langage..

Vaste question. Les Belges avaient des affinités avec les Germains, c'est sûr - ne serait-ce que parce que tampon entre lesdits Germains et les autres Gaulois, ils devaient forcément entretenir une certaine mixité. César dit des Nerviens qu'ils avaient des origines germaniques et combattaient à pied. Pour ma part je ne crois que très modérément au mythe de la cavalerie germanique. César dit des Germains qu'à la différence des Gaulois et des Romains qui aiment les beaux chevaux, les montures des Germains étaient des rosses efflanquées. César a dû leur donner des chevaux "convenables" pour équiper ses mercenaires germains (les chevaux de remonte de ses officiers). Déjà que les chevaux des Gaulois et des Romains étaient d'une race proche des poneys (rien à voir avec les purs-sangs arabes qu'on voit dans BEN HUR !).  Rolf Hachmann dans Les Germains (Nagel, Archaeologia Mundi) a résumé les divergences de vues entre spécialistes pour savoir qui est Germain et qui ne l'est pas; notamment au niveau de la typologie des armements. J'en ai tiré mon credo : pour moi les Gaulois sont une civilisation de La Tène, qui maîtrise parfaitement la technologie du fer et peut se permettre de posséder de longues épée, casques et cotte de maille... et une belle cavalerie. Les Germains sont pauvres en fer, n'ont pas d'armes défensives en métal et se contentent de haches et d'armes d'hast moins coûteuses...

La plupart des auteurs - mais pas tous ! - disent que les Cimbres et les Teutons qui envahirent la Gaule aux alentours de 110-105, venant du Danemark, étaient des Germains. Moi je crois que c'étaient des Celtes, notamment parce que Cimbre => Kymry est un nom celte (et aussi Teuton => Thuata, "tribu", mais ça c'est un avis perso qui n'engage que moi), mais également parce que Florus leur attribue une formidable cavalerie cuirassée.

Dans mon idée, la cavalerie germanique était surtout une cavalerie mixte (un cavalier encadré de deux ou trois fantassins légers accrochés à sa monture. Rien à voir avec les clowns équestres que l'on voit faire leurs acrobaties dans le film de Dorfmann, VERCINGETORIX : debouts juchés sur deux chevaux).

Pour en revenir aux liens entre Belges et Germains, César dit que les Aduatiques étaient une tribu qui avait participé à la migration des Cimbres et Teutons, mais qui s'étaient arrêtés en Belgique (dans la région de Namur ?). Il y avait sans doute des relations entre les Germains et les Eburons (et non Amburons !!!) d'Ambiorix, ainsi que les Trévires d'Indutiomar. Les Trévires de la Moselle avaient longtemps été alliés de César, lui fournissant de la « cavalerie ». Les Eburons habitaient le Limbourg et le nord de la province de Liège ; vaincu par César, il ira se réfugier en Germanie. César précise aussi que cinq tribus de nos Ardennes belges étaient de la même origine (c'est le sens de "germanus") que ceux qui habitaient de l'autre côté du Rhin. Les Pémanes etc. (je cite de mémoire). Bref, les Germains ne se sont jamais appelés ainsi, sauf depuis César et par souci de simplification.

282 Re: Britannia le Mar 8 Sep - 13:46

AJAX

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
J'ajouterais juste, et dans un tout autre registre, que les Celtes sont un peu devenus une tarte à la crème, un peu comme les Egyptiens.
Ca fait belle lurette que je n'achète plus les BD sur l'Egypte ou sur les Celtes, sauf si connexions avec le monde gréco-romain (HOTEP de Moralès, par exemple, dont j'attends le troisième opus avec impatience).

Le fantastique pour l'Egypte, l'heroic fantasy pour les Celtes et le cycle arthurien (une spécialité de chez Soleil). Assez. Sleep

283 Re: Britannia le Mer 21 Mar - 8:37

fleng

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Un article paru dans ZOO N°53 de 2014 à l'occasion de la sortie de l'album "Britannia", avec Alix en couverture :



284 Re: Britannia le Mer 21 Mar - 9:13

Tarmac

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grand maître
grand maître
Excellent, Fleng !

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