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Cosey l'éternel voyageur

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151Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Jeu 13 Mai - 9:49

Raymond

Raymond
Admin

C'est exactement cela ! Belle analyse !   pouce

Le héros de "la Recherche de Peter Pan" est un rêveur, qui a la faculté d'enjoliver le monde qui l'entoure. Et comme c'est lui qui raconte le récit, toute la BD baigne dans une atmosphère rêveuse, intimiste et optimiste. J'adore donc relire ce livre et je ne m'en lasse pas.

Art, le héros du "Voyage en Italie" vit par contre dans un monde beaucoup plus dur et terriblement contemporain. L'ambiance est assez froidement réaliste. L'atmosphère des pays qu'il traverse est certes très bien sentie et l'exploration psychologique est beaucoup plus fouillée, mais le récit ne m'a fait pas rêver. Après avoir fini le livre, j'ai trouvé que c'était une excellente BD mais je n'ai pas vraiment eu l'envie de le relire. Et aujourd'hui, c'est une BD que je connais beaucoup moins bien que "la Recherche de Peter Pan".

Il reste que la fin de cette histoire est magnifique, comme l'a très bien montré Godot. Je vais d'ailleurs ajouter au message suivant la magnifique analyse qu'il a écrite dans le sujet des "BD qui donnent le frisson". Elle mérite d'être intégrée aussi dans ce sujet.  Wink


_________________
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152Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Jeu 13 Mai - 9:55

Raymond

Raymond
Admin

Voilà cette belle analyse de Godot !   Very Happy

Suite à une relance du sujet La case mémorable par Raymond, je me suis souvenu d'une case qui me donne toujours le frisson, tellement je la trouve chargée d'émotion.

Et je me suis rappelé qu'il y avait un sujet consacré à cela, car il y a une différence entre case mémorable et BD qui donnent le frisson.

Raymond a écrit:Je te propose de laisser le sujet "case mémorable" comme il est, et de se concentrer maintenant uniquement sur cela. Dans "les BD qui donnent le frisson", il y avait une autre idée, celle des belles séquences d'images (ou des belles cases) qui atteignent une sorte de sommet artistique du 9ème Art. Cette impression d'être face à un chef d'œuvre peut réveiller une émotion bien particulière, et c'était cela que je voulais discuter.

Une case mémorable est bien sûr intéressante, mais elle ne doit pas forcément être artistique. Elle peut tout simplement être très efficace et frapper ainsi beaucoup l'imagination. Les deux sujets sont donc un peu différents.

Je trouve que c'est plus adapté d'en parler ici. Je vous préviens tout de suite, que dans mes explications, je vais dévoiler la fin de cette BD. Si vous ne voulez pas la connaitre, arrêtez de lire mon post  Rolling Eyes

Il s'agit d'une image de la dernière page de Le Voyage en Italie de Cosey.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 C-cose10

C'est une nuit en hiver et nous voyons Shirley, dans une cabine de téléphone public. Elle a le combiné dans sa main et nous ne savons pas si elle va passer un coup de fil ou si elle a terminé un appel. Elle est éclairée par la lumière des néons de l'enseigne publicitaire pour une marque de bière. Nous voyons qu'elle a une valise avec elle.

Les frissons que me donnent cette image, sont les résultats d'une dose d'émotions qui s'intensifie crescendo. Pour comprendre la raison pour laquelle cette case a une intensité si particulière, il faut revenir en arrière dans le récit.

Mais d'abord, quelques explications du récit.

Qui est Shirley ? Shirley, c'est l'amour de jeunesse compliqué entre elle, Ian et Art. 15 ans plus tard, elle a ressurgit dans leurs vies. Bien sûr que de nombreux souvenirs reviennent avec elle. Mais maintenant, ce trio est devenu un quatuor, car il y a Keo, une petite fille qui fuyait les Khmers rouge sur un boat people.

Nous voici, 2 pages avant la case.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 C-cose11

En revenant un petit peu plus tôt dans le récit, nous comprenons qu'elle passait un coup de fil avec un de ses deux amours de jeunesse: Art. C'est une heure du matin, en pleine nuit sombre. Art répond, mais il n'a pas mis de lumière dans la pièce. Dans la 3ème case, il suppose que c'est Shirley qui l'appel depuis l'Europe. Shirley ne parle pas, mais Art sait qu'elle l'appel pour savoir si Keo a été adoptée. Alors dans la 6ème case, il le lui dit avec force KEO EST LA [...]

Shirley reste son premier amour, toutefois, dans la case 7, il annonce à Shirley que maintenant il vit avec Daisy.

Si Art dit que c'est incroyable mais que maintenant il est amoureux de Daisy, c'est qu'au début de sa relation avec Daisy, ce n'était qu'un "mariage blanc"  car pour adopter Keo, il devait être marié. Ainsi, si Art insiste de dire qu'il aime Daisy, cela sous-entends que c'est définitivement fini avec Shirley. Art a passé à autre chose.

Puis, Art va parler de Ian, le 3ème de ce trio...

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cc-cos10

Un silence... et après le silence des cases 1 et 2, Art, se contente de dire "C'est plus qu'un page qui s'est tournée". Il ne dira rien de plus à Shirley, mais le lecteur a appris précédemment dans le récit que Ian a été interné en asile psychiatre et qu'il s'est suicidé.

A la case 5, ce que dit Art, explique que tout est bien fini pour ce trio et dans la case 6, il s'apprête à raccrocher définitivement. Mais dans la case 7, il reprend le combiné pour souhaiter "tout de bon pour la suite". A remarquer qu'il ne va plus le souhaiter à Shirley, mais à Shirley Muir. De prononcer le nom de famille de Shirley, annonce que maintenant il y a une distance entre lui et elle.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Ccosey10

Il allume la lumière pour rejoindre Daisy, son épouse, son nouvel amour.

Le côté symbolique est-là. Il a entretenu le monologue avec Shirley dans le noir. Ce qui exprime que cette partie de sa vie est finie, Shirley, le trio, tout ça c'est du passé. Il raccroche avant d'allumer la lumière.
Je ressens derrière ce geste anodin d’appuyer sur interrupteur, qu'il a décider de se concentrer sur sa nouvelle vie. Une vie lumineuse avec Daisy et Keo. Le mot Fin apparait et la lumière reste allumée...
Si Art se répetera "Bien plus qu'une page" cela peut signifier qu'un pan important de sa vie est définitivement terminé.

Le mot Fin, prend comme signification que pour Art, que l'histoire avec Shirley est définitivement terminée.

Cosey est un génie pour la narration dans cette BD. (J'étais devant un choix "cornélien" pour Cosey dans Mes 15 albums indispensables et j'ai choisi L'espace bleu entre les nuages)


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153Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 14 Mai - 17:50

Godot

Godot
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Raymond a écrit:Voilà cette belle analyse de Godot !   Very Happy

[...]

Merci pour tes compliments  cheers

Je vais mettre la 2ème partie de mon analyse,

Godot a écrit:Continuons après cet interlude...

C'est maintenant que le coup de génie scénaristique et visuel de Cosey surgit. Je vous ai uniquement montré les trois premières cases de l'avant dernière page. La voici en entier :

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 C-cose12

Le mot FIN annonçait que pour Art, c'est terminé, mais la case 4, montre que ce n'est pas encore terminé pour le lecteur. Cosey fait le bon choix de ne pas utiliser le terme épilogue, mais de continuer le récit avec cette case 4 qui est une transition.

Les cases 5, 6 et 7, ne sont qu'une image qu'il y segmenté en 3 parties. Le temps de lecture est plus long que s'il avait laissé l'image complète. Après la 3ème case et le terme Fin, la case 4 montre un gros plan sur la maison, la lumière (la nouvelle vie pour Art ?). La case 5 montre un plan éloigné de la maison de Art, Daisy et Keo, dans la nuit avec de la neige et les fenêtres sont illuminées. Aucune autre maison du village n'est allumée, tous les autres résidents sont endormis.

Le 2ème segment de cette grande image (que j'ai appelé case 6) a un effet optique incroyable, car nous avons l'impression d'effectuer un Zoom sur une partie de la ville. Cet effet, n'aurait pas été rendu avec une seule case. Aussi, avec trois cases, Le temps de lecture se rallonge. Le lecteur s'éloigne de la maison de Art et cette case n'a pas de lumière.

Le 3ème segment, présente l'idée que l'on s'approche d'un lieu bien précis du village. La lecture de gauche à droite, nous fait passer de la nuit sombre à la lumière d'un réverbère puis d'une enseigne rouge pour une marque de bière Coors.

La page suivante dévoile "ma" case symbolique.  

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 C-cose13

Nous sommes sous l'enseigne Coors. Ainsi, Cosey, nous a fait passer de chez Art vers cette cabine téléphonique. Nous comprenons que c'est d'une cabine du village que Shirley appelait et non d'Italie. Elle sort, une valise à la main et part dans la rue en pleine nuit.

Cosey laisse libre cours au lecteur pour interpréter cette fin. Je me suis toujours dit que Shirley, comptait s'installer avec Art et Keo. Autrement, pourquoi Shirley est dans ce village perdu du Colorado, une valise à la main ?

Une tristesse se lit sur son visage alors qu'elle quitte la cabine de téléphone. Certainement qu'elle était persuadée qu'il l'aimait toujours et qu'elle allait pouvoir vivre avec lui. Mais elle vient d'apprendre qu'il aime Daisy et qu'elle fait partie du passé...

Dans la case 4, elle regarde une dernière fois derrière elle. Est-ce une esquisse de sourire? Cela se pourrait, car elle devrait être heureuse que Keo est adoptée.  

Dans la dernière case, l'arrêt de bus, signifie peut être qu'elle va partir au petit matin en bus. Elle aussi va quitter ce pas de l'histoire qui appartient au passé.

A noter qu'il n'y a pas le mot Fin. Cela laisse l'histoire ouverte.

Le voyage en Italie est un des chef d’œuvre de Cosey et je ne me lasse pas de lire. Toutes les fois où je lis ces dernières pages, j'ai un frisson et je sens que je suis toujours pris d'émotions. J'exagère mais j'ai presque la larme à l'oeil tellement je suis retourné.

Et vous qu'en pensez-vous?

154Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 14 Mai - 17:50

Godot

Godot
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Plusieurs œuvres de Cosey ont une importance pour moi. L'âge et la manière dont j'ai découvert certaines de ses œuvres sont fondamentales pour comprendre le regard que j'y porte.  

A la recherche de Peter Pan, je l'ai découvert en 2 temps. Je devais avoir 10 ans (1987), quand j'ai reçu le premier tome

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 A-la-r10

Je tiens à vous montrer la numérisation de la couverture de mon album, pour que vous compreniez combien je l'ai lu, relu Rolling Eyes. N'ayant pas le 2ème qui concluait ce diptyque, j'allais user de mon imagination.

En 1991, lors de mon séjour en service pédiatrique, il y avait une bibliothèque et j'ai découvert Oncle Howard est de retour et Greyshore Island (Jonathan). Étant resté presque deux mois hospitalisé, j'ai eu le temps de m’imprégner de cette histoire, durant les longues journées. Je l'ai lu de nombreuses fois. Ce diptyque m'avait littéralement hypnotisé. Une autre facette des USA, une énigme bien développée sur 2 tomes et surtout la relation ambigüe de Jonathan et Kate.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Jonath10
Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Jonath11

Très peu de temps après, j'ai acheté Le voyage en Italie et comme expliqué avant, la fin m'a fait frissonner. Je ne tarderai pas à m'offrir A la recherche de Peter Pan, le 2ème tome, afin de connaitre la fin que Cosey va m'offrir.

La fin qu'il choisira est celle d'un conte : Ils se marièrent et eurent de nombreux enfants. Et c'est la plus belle fin qu'il pouvait choisir  pouce

Pour les œuvres de Cosey, je trouve que la couleur est indispensable, c'est indissociable. (C'est une exigence personnel qui a fait que je n'aime pas lire Calypso.)

La couverture de celui que j'ai a une ligne noir qui fait office de "cadre" pour l'image. Et bien, je trouve tellement plus percutant, celle qui n'a pas de cadre (et si l'album est posé sur fond blanc, c'est unique)

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 A-la-r11

L’original sans couleur, ne "m'émoustille" pas Embarassed C'est fade

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter-10.

Avant de continuer a présenter mes impressions (car je n'ai pas fini  Wink ) je vais vous poser une question. Pourquoi ce titre A la recherche de Peter Pan?

Au début de mon message, j'expliquais que j'avais reçu le 1er album quand j'avais 10 ans. Je ne comprenais pas la raison de ce titre. A cet âge-là, Peter Pan, c'est la dessin animé du studio Disney et je ne retrouvais rien Sad . Et cela m'a perturbé très longtemps. A tel point que je ne suis pas toujours certains d'avoir compris le fond de ce titre Wink

Alors à vos claviers ! J'attends vos propositions

155Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 14 Mai - 18:06

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître

Bonsoir

Belle question Very Happy
Le complexe de Peter Pan est une maladie psychologique d'un homme refusant de vieillir.
On peut imaginer que Melvin qui recherche son enfance (son frère) et même Cosey en souffrent Laughing
Après l'île magique de Peter Pan and Wendy est à comparer avec le village d'Ardolaz  Question .

Éléanore

156Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 14 Mai - 19:02

Raymond

Raymond
Admin

Je crois que la réponse se trouve dès le début de l'album, en page 2, en dessous du titre. On peut lire à cet endroit une belle citation du texte de James Barrie :

"Quinze années passèrent. Tous les garçons étaient devenus des hommes. 
Ils ne pouvaient plus voler, et ils avaient complètement oublié l'île".

Melvin Woodworth, le héros de A la recherche de Peter Pan, est lui aussi un adulte. Il ne peut plus voler, mais il n'a pas oublié l'existence de l'île !  Wink 

C'est en fait un rêveur, et toute son aventure est vécue en harmonie avec son monde imaginaire.

Et pour cette raison, il relit sans arrêt le roman de James Barrie (qui s'intitule "Peter Pan"), pour essayer d'y retrouver les secrets de son enfance. Souhaite t-il voler, au sens propre du terme ? Certainement pas, mais il est certainement nostalgique de la légèreté que l'on peut ressentir pendant nos plus jeunes années.

Pour moi, Melvin Woodworth n'a pas le complexe de Peter Pan. Il vieillit en fait assez normalement mais il continue à rechercher symboliquement Peter Pan (qui n'existe pas) en vivant en parallèle dans le monde réel (les montagnes valaisannes au début du XXème siècle) et dans un monde imaginaire (celui de James Barrie).

C'est une manière d'enchanter le monde, et de supporter les infortunes du monde réel.  Very Happy


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157Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Sam 15 Mai - 11:31

Godot

Godot
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eleanore-clo a écrit:
[...]
On peut imaginer que Melvin qui recherche son enfance (son frère) et même Cosey en souffrent Laughing
[...]

Éléanore

Pour A la recherche de Peter Pas, je m'imagine volontiers Cosey dans la continuité de Alphonse de Lamartine. Maître du lyrisme romantique et chantre de l'amour, de la nature et de la mort (Particulièrement Le Lac tirée de son livre Médiations Poétique).

[Il s'en est largement servi dans Le voyage en Italie et Jonathan - Kate]

Melvin Woodworth va avoir accès au Pays Imaginaire grâce à Evolena. Elle va lui permettre de s'envoler grâce à la mélodie qu'elle joue au piano

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Piano10

A la place du dieu grec Pan, il y a un enfant qui joue de la flute. C'est l'innocence, la jeunesse, un univers doux, utopiste. Je me suis même posé la question : Au fond, est-ce que "le" Peter Pan que recherche Melvin Woodworth ne pourrait pas être tout simplement Evolena?  Rolling Eyes

Voilà, ce à quoi me fait penser ce titre A la recherche de Peter Pan

158Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Sam 15 Mai - 11:33

Godot

Godot
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eleanore-clo a écrit:

[...]
Après l'île magique de Peter Pan and Wendy est à comparer avec le village d'Ardolaz  Question .

Éléanore

Je n'y avais pas pensé. Vous avez une bonne logique. C'est vrai qu'en y réfléchissant, c'est une bonne interprétation du titre. Je ne donnais pas autant d'importance à Ardolaz et par extension à la vallée.

D'une part, Cosey s'est largement inspiré du val d'Hérens, d'Evolène, d'Arolla et certainement La Forclaz (C'est là que Derib possède un chalet et Cosey s'y rend). Mais au lieu de reprendre avec exactitude les lieux, il va les transformer en un village imaginaire : Ardolaz (Arolla, Forclaz?) et une vallée. Mais, il ne mettra pas des sommets célèbres comme la Dent d'Hérens ou la Dent Blanche.

J'ai relu A la recherche de Peter Pan en tenant compte de vos interprétations (vous deux)

L'île magique = La vallée Merveilleuse

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter-11

La vie du début du XXème siècle dans cette vallée est fantasmée, romancée et idyllique.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter-13

A noter que le costume que porte la dame qui utilise la baratte à beurre sont les habits "du Dimanche", plutôt utilisés pour les grandes occasions et non comme habits quotidiens. Mais Cosey ne se soucie pas de cela. Il offre, des "images d'épinal". Ce qui est cohérent pour dépeindre un pays merveilleux.

Raymond a écrit:

[...]

Melvin Woodworth, le héros de A la recherche de Peter Pan, est lui aussi un adulte. Il ne peut plus voler, mais il n'a pas oublié l'existence de l'île !  Wink

C'est en fait un rêveur, et toute son aventure est vécue en harmonie avec son monde imaginaire.

Et pour cette raison, il relit sans arrêt le roman de James Barrie (qui s'intitule "Peter Pan"), pour essayer d'y retrouver les secrets de son enfance. Souhaite t-il voler, au sens propre du terme ? Certainement pas, mais il est certainement nostalgique de la légèreté que l'on peut ressentir pendant nos plus jeunes années.

[...]

Est-ce un symbole lorsque tous les habitants quittent le village menacé par le glacier, sauf lui qui veut rencontrer cette mystérieuse demoiselle, libre  ? Resterait-il dans la "vallée magique", comme s'il voulait rester encore un peu dans son monde imaginaire. Une partie du récit se passe entièrement dans le village déserté. Ce n'est pas un hasard si le ciel reste ensoleillé et bleu.

Evolena est-elle la fée?

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter-14

C'est décrit avec tellement de romantisme. Est-ce que ces pâturages de l'été pourraient être la vie en couple avec un amour parfait, idyllique, romantique. Evolena pourrait l'inviter à partir avec elle.

Vivrait-elle hors des "désillusions" et de la "dureté" de la vie?

Ils choisirons de partir ensemble. Grâce au piano elle lui a donné accès à un monde merveilleux, grâce à elle, ils partirons vers une nouvelle vie, de nouveau horizon.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter_11

La beauté d'Ardolaz, ce village endormi, couvert de neige et balayé d'un soleil dans un ciel bleu va laisser place à une pluie. Symbole d'un départ de la vallée merveilleuse pour une vie différente

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter_13

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter_12

Symboliquement, La rupture du glacier interromprait-elle l'accès à cette vallée merveilleuse ? Le piano qui amène au pays imaginaire est détruit... (la mort?)

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter_10


Raymond a écrit:Je crois que la réponse se trouve dès le début de l'album, en page 2, en dessous du titre. On peut lire à cet endroit une belle citation du texte de James Barrie :

"Quinze années passèrent. Tous les garçons étaient devenus des hommes.
Ils ne pouvaient plus voler, et ils avaient complètement oublié l'île".

Melvin Woodworth, le héros de A la recherche de Peter Pan, est lui aussi un adulte. Il ne peut plus voler, mais il n'a pas oublié l'existence de l'île !  Wink

C'est en fait un rêveur, et toute son aventure est vécue en harmonie avec son monde imaginaire.

Et pour cette raison, il relit sans arrêt le roman de James Barrie (qui s'intitule "Peter Pan"), pour essayer d'y retrouver les secrets de son enfance. Souhaite t-il voler, au sens propre du terme ? Certainement pas, mais il est certainement nostalgique de la légèreté que l'on peut ressentir pendant nos plus jeunes années.

Pour moi, Melvin Woodworth n'a pas le complexe de Peter Pan. Il vieillit en fait assez normalement mais il continue à rechercher symboliquement Peter Pan (qui n'existe pas) en vivant en parallèle dans le monde réel (les montagnes valaisannes au début du XXème siècle) et dans un monde imaginaire (celui de James Barrie).

C'est une manière d'enchanter le monde, et de supporter les infortunes du monde réel.  Very Happy

Une très bonne analyse et je n'avais pas attaché suffisamment d'importances aux citations de James Barrie

159Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Sam 15 Mai - 23:50

Raymond

Raymond
Admin

Oui, toutes ces citations de James Barrie (qui introduisent chaque chapitre) racontent presque une deuxième histoire, pas toujours très explicite, qui correspond à l'évolution du monde imaginaire (onirique ?) de Melvin.

Et ce qui est merveilleux, c'est la citation qui introduit l'épilogue :

"Parti à la recherche de Peter Pan, je me retrouvais dans le ravissement étonné de ramener la fée Clochette dans mes bagages". Et cette fois, ce n'est plus signé par "James Barrie" mais par "Melvin Z. Woodworth".

Melvin me rêve donc plus ! Tout ce qu'il écrit s'identifie complètement au réel. Et l'explication est simple : il est amoureux et toutes ses pensées se tournent vers Evolena. Il n'a plus besoin de rêver puisque c'est la vie qui ressemble à un rêve.  Very Happy

Il n'a plus besoin d'utiliser des mécanismes de résilience. Melvin vit désormais au présent et c'est une conclusion magnifique.

Ceci dit, il n'est pas interdit de penser que Melvin aurait trouvé Peter Pan et qu'il s'agit d'Evolena ... mais ce n'est pas ainsi que je l'ai compris.   Wink


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160Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Dim 16 Mai - 6:48

eleanore-clo

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Raymond a écrit:

Ceci dit, il n'est pas interdit de penser que Melvin aurait trouvé Peter Pan et qu'il s'agit d'Evolena ... mais ce n'est pas ainsi que je l'ai compris.   Wink

Dans la pièce de Barry, Wendy est amoureuse de Peter Pan mais cet amour est sans retour car Peter Pan veut rester un enfant. Et au final, Wendy épousera un des enfants perdus (ceux-ci sont retournés à Londres et ont recommencé à vieillir).

Partons du principe qu'Evolena est Wendy et que Melvin est Peter Pan. Le jeune homme en aimant la jeune femme s'éloigne de son modèle et devient pleinement un adulte. Il tourne ainsi la page de son frère. De plus, ce deuil est fertile car il permet de relancer le temps. Et c'est aussi pourquoi l'écrivain retrouve sa capacité d'écrire.

En parallèle, c'est aussi ainsi que l'on peut voir la mort de Baptistin car Evolena, comme son amant, quitte le monde figée de la vallée.

Et la fin apocalyptique d'Ardolaz est à rapprocher de celle du Crépuscule des Dieux. Un nouveau temps est né.

Eléanore

161Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Dim 16 Mai - 11:04

Raymond

Raymond
Admin

La fameuse page muette déjà montrée par Godot, dans laquelle on voit Evolena jouer du piano, montre effectivement des images de Peter Pan (un lutin qui joue de la flûte) et on pourrait donc postuler que la jeune femme est le Peter Pan que recherche Melvin. Mais cela ne colle pas avec la dernière citation que l'on trouve en tête de l'épilogue ("j'ai ramené la Fée Clochette"). Je pense donc plutôt que la magie de la musique jouée au piano par Evolena (quelle belle scène d'ailleurs) évoque bien le monde de Peter Pan, mais que le lutin n'est pas une femme. Evolena est simplement la Fée clochette, une sorte d'apparition mystérieuse qui devient tout à coup la réalité.

  Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Peter-10 

Sinon, pour répondre à la question initiale de Godot, il y a bien sûr plusieurs significations possibles au titre de l'album de BD. La réponse la plus simpliste (correspondant à ce que je pensais il y a une trentaine d'années) est que  "la Recherche de Peter Pan" se réfère tout simplement au livre que Melvin cherche désespérément à écrire. A un moment donné, lorsque l'on somme brusquement Melvin de dévoiler le titre de l'ouvrage, il dit "A la recherche de Peter Pan", parce que cela correspond à ses préoccupations et à ses rêveries. Et l'inspiration ne lui vient bien sûr qu'à partir du moment où il vit avec Evolena. Mais par la suite, en relisant l'album, j'ai trouvé cette interprétation un peu trop simpliste.   Wink

On peut aussi se demander si Peter Pan n'est pas le frère de Melvin, que l'écrivain cherche ardemment à comprendre, mais il y a des détails qui ne correspondent pas.

On peut sûrement encore imaginer d'autres choses.    Very Happy


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162Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Mar 18 Mai - 19:17

Godot

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eleanore-clo a écrit:
Raymond a écrit:

Ceci dit, il n'est pas interdit de penser que Melvin aurait trouvé Peter Pan et qu'il s'agit d'Evolena ... mais ce n'est pas ainsi que je l'ai compris.   Wink

Dans la pièce de Barry, Wendy est amoureuse de Peter Pan mais cet amour est sans retour car Peter Pan veut rester un enfant. Et au final, Wendy épousera un des enfants perdus (ceux-ci sont retournés à Londres et ont recommencé à vieillir).

[...]

Eléanore

Merci pour l'information, car je n'ai jamais lu Peter Pan de J.M.Barrie et j'ai de très vagues souvenirs du dessin animé des studios Walt Disney.


eleanore-clo a écrit:
Raymond a écrit:

Ceci dit, il n'est pas interdit de penser que Melvin aurait trouvé Peter Pan et qu'il s'agit d'Evolena ... mais ce n'est pas ainsi que je l'ai compris.   Wink

[...]

Partons du principe qu'Evolena est Wendy et que Melvin est Peter Pan. Le jeune homme en aimant la jeune femme s'éloigne de son modèle et devient pleinement un adulte. Il tourne ainsi la page de son frère. De plus, ce deuil est fertile car il permet de relancer le temps. Et c'est aussi pourquoi l'écrivain retrouve sa capacité d'écrire.

[...]

Eléanore

Raymond a écrit:

[...]

Sinon, pour répondre à la question initiale de Godot, il y a bien sûr plusieurs significations possibles au titre de l'album de BD. La réponse la plus simpliste (correspondant à ce que je pensais il y a une trentaine d'années) est que  "la Recherche de Peter Pan" se réfère tout simplement au livre que Melvin cherche désespérément à écrire. A un moment donné, lorsque l'on somme brusquement Melvin de dévoiler le titre de l'ouvrage, il dit "A la recherche de Peter Pan", parce que cela correspond à ses préoccupations et à ses rêveries. Et l'inspiration ne lui vient bien sûr qu'à partir du moment où il vit avec Evolena. Mais par la suite, en relisant l'album, j'ai trouvé cette interprétation un peu trop simpliste.   Wink

On peut aussi se demander si Peter Pan n'est pas le frère de Melvin, que l'écrivain cherche ardemment à comprendre, mais il y a des détails qui ne correspondent pas.

On peut sûrement encore imaginer d'autres choses.    Very Happy

Lorsque je lisais la BD dans les années 80, j'ai d'abord pensé que Peter Pan était Dragan, le frère de Melvin. Rolling Eyes Il va à Ardolaz pour aller sur la tombe de son frère.

J'apprécie toutes ces interprétations que nous avons concernant le titre.

163Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Mar 18 Mai - 19:44

Godot

Godot
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Dans le sujet un érotisme furtif, sous-jacent, caché, Raymond nous présentait une case Un érotisme furtif...

Et je continuais sur la lancée pour présenter la séquence qui me "donnait des frissons"

A la recherche de Peter Pan 2

Godot a écrit:

C'est également fort en émotion lorsqu'il déclare son amour pour Evolèna. Ce qui me trouble le plus, ce n'est pas seulement son corps dénudé mais le regard qu'elle a lorsqu'il lui dit qu'il l'aime.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey10

Cosey a réussi à transmettre une charge d'émotion amoureuse incroyable. Ils s'embrassent, elle se dévoile et s'offre à lui. C'est sa réponse, dénuée de toute paroles, mais tellement intense.


Comme, nous discutons de Cosey, j'ai passé en revue ma littérature consacrée à Cosey et j'ai retrouvé la critique à laquelle je pensais.

Elle est tirée de

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Swof10

et l'auteur est Olivier Toublan.

Je vais me contenter de relever son avis critique concernant cette séquence qui me donne des frissons

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey12

Un peu plus loin dans l'article, il en remet une couche  Rolling Eyes

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey_10

Smile  Nous ne percevons vraiment pas, mais pas du tout de la même façon cette séquence Very Happy

Qu'en pensez-vous ?

164Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Mar 18 Mai - 21:00

Raymond

Raymond
Admin

Et bien ... tous les goûts existent dans la nature !   Very Happy

Il est clair que je m'inscris en faux par rapport à l'idée que le dessin de Cosey ne serait pas assez sensuel. Cosey possède son style propre et il a bien raison de le garder jusqu'à la fin du récit, car il crée ainsi sa propre ambiance. Cette scène dans laquelle Evolena se déshabille suggère d'une façon explicite au lecteur que les amoureux vont avoir des rapports sexuels, et cela me semble suffisant pour la bonne compréhension du récit. Il n'y a aucune nécessité d'en montrer plus. 

Par ailleurs, si l'on se réfère au style graphique utilisé pour cette scène, il est clair que le dessin reste très sobre. Cosey n'en rajoute pas et ne cherche manifestement pas à forcer la sensualité de l'instant, mais il a raison. Son récit est avant tout romantique et poétique et l'utilisation d'images simples, voir même un peu naïves, correspond bien au caractère rêveur et sentimental de l'album. 

Imaginons la même scène dessinée par des dessinateurs de nanas pulpeuses, comme par exemple Félix Meynet ou Enrico Marini (deux dessinateurs que j'apprécie beaucoup au demeurant) ! Il est certain que les images deviendraient bien plus érotiques, mais je ne pense pas que ce soit le but de Cosey. Avec des images franchement érotiques, il y aurait un grand risque que la scène devienne très "aguicheuse", et en fait pas romantique du tout. Cosey évite toute vulgarité et toute sensualité exagérée, tout en montrant sans équivoque ce qui va se passer entre ses personnages. A mon avis, c'est parfait comme cela !


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165Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Jeu 27 Mai - 14:50

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître

Bonjour

Godot a écrit:
eleanore-clo a écrit:Je n'apprécie pas la deuxième période de Cosey, à quelques exceptions près. Et Saïgon-Hanoï est une grande, une très grande BD.
Il ne vous reste plus qu'à développer "l'analyse" de Saïgon-Hanoï dans le sujet consacré à Cosey siffle

Saïgon Hanoï est une BD publiée en 1992.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Couv_1573

Homer, vétéran de la guerre du Vietnam, passe sa nuit du Nouvel an dans la maison parentale, manifestement abandonnée pour la mauvaise saison. La demeure est perdue dans la campagne et il neige. La télévision diffuse un reportage sur des anciens combattants visitant les champs de bataille du Sud-Est asiatique. Un d'entre eux n'est autre qu'Homer ! C'est alors que le téléphone sonne. Felicity, une très jeune adolescente, seule à son domicile et qui s'ennuie, a décidé de composer des numéros de voisins pris au hasard dans l'annuaire. Il s'ensuit un étrange dialogue, par delà la distance et l'âge...

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 G_185_07

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Saigon+hanoi+bd

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 PlancheS_304

Le scénario est basé sur le dialogue, tout en finesse et en sous-entendus, entre deux personnages dont un qui restera invisible. Ce type de construction, bâtie sur un pseudo solo, est rare mais a déjà été utilisée par le musicien Francis Poulenc, dans sa cantate La voix humaine. Le développement est ici encore plus habile car les propos de la jeune fille font échos au magasine télévisé, renforçant les propos du journaliste ou lui donnant une nuance. Clairement Felicity démontre une maturité dépassant et de loin son âge supposé (13 ans d'abord puis 11 ans). Les savoureuses maximes (L'ennui avec les adultes c'est qu'ils savent déjà ce qu'ils vont dire avant de parler) ou l'usage de mots rares (abstème, guilleret) ne sont pas compatibles avec l'expression d'une jeune adolescente. Avant de creuser cette bizarrerie, arrêtons nous un instant et laissons nous embarquer dans une histoire simple et belle.
Et donc, cette BD pourrait se résumer à un dialogue entre deux solitaires, réunis par la magie du téléphone, un média cher à l'auteur comme l'a démontré la toute fin du Voyage en Italie. Assovier deux personnes ne se connaissant pas, séparées par le fossé des années, est une gageure tendre et douce, d'un romanesque idyllique. Mais il ne faut surtout pas s'arrêter là et chercher ailleurs  Smile . La clé nous est donnée par Felicity.
Qui donc se cache derrière cette personnalité malicieuse ? Deux possibilités me viennent à l'esprit. La première est que cette finauderie est celle de Cosey qui règle ainsi, et fort gentiment, ses comptes avec les adultes l'ayant élevé (enseignants, ascendants). La deuxième est que les propos de Felicity cachent ceux d'un psychiatre. L'ancien GI est tranquillement assis dans son fauteuil, comme s'il était allongé sur le divan du cabinet. Et il raconte sa vie. Cette confession est difficile, émaillée de longs silences pudiques ou étouffants. Et la fin de la BD correspond à la fin de la thérapie. A la télévision, et dans la baie d'Halong, le vétéran jette le bracelet d'identification de son camarade tué au combat. Et en même temps, dans la maison de campagne, Homer trouve enfin le deuil salvateur. Il est guéri ! La BD qui commence dans la nuit américaine, dans une maison figée dans le temps, finit au matin, au comptoir d'un café,  avec le cadeau surprise de Felicity. La nostalgie s'efface devant la renaissance.

La Guerre du Vietnam est au cœur de l'ouvrage, à la façon de Cosey. On ne verra donc aucune violence, aucun sang, mais des souvenirs douloureux, des cicatrices mal refermées. Dans le magasine télévisé, Homer retrouve ses camarades vietnamiens, citoyens désabusés d'un pays ayant conquis le leur, méditant devant les ruines laissés par la guerre. Le regard lourd d'un ancien soldat du Việt Cộng leur fait écho. Lorsque cet homme fixe Homer, il voit dans le vétéran la trace des armées d'occupation et les combats d'autrefois. Mais Cosey ne s'attarde pas sur un conflit révolu. Aussi nous emmène-t-il dans un long voyage (long car la guérison aura besoin de temps) à bord du mythique train Saïgon Hanoï. Nous y côtoyons une foule de personnes affairées dont beaucoup de jeunes n'ayant pas connu la guerre. Le convoi va cahin-caha, au milieu des villages et des villes, et nous y découvrons un Vietnam authentique, campagnard, grouillant de vie. Et la baie d'Halong, lieu magique, constitue le point d'orgue final d'un long parcours vers la beauté retrouvée.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Amzoli12

Le graphisme est virtuose. Je n'aime pas le style épuré de Cosey, deuxième époque. Cependant, le dessin des visages passe ici très bien car Cosey a gardé sa capacité à restituer ou à suggérer une vieillesse heureuse et des rides décomplexées  Very Happy . Et comme les héros ne sont plus de toute première jeunesse, le dessinateur peut donner la pleine mesure de son talent. Les décors asiatiques constituent une succession de cartes postales au parfum exotique. Quant aux États-Unis, la neige et la campagne désertique (la montagne ? ) permettent à l'auteur de représenter ce qu'il aime par dessus tout. Je vais d'ailleurs détailler l'analyse de la première page de la BD, un petit bijou.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Amzoli13

La composition est très solide avec l'opposition entre l'habitacle du véhicule de la première vignette et l'autoroute encombrée de la seconde. Le lien entre les deux dessins est fait par les phares avant et les feux arrières que l'on aperçoit à travers les vitres de l'habitacle. Le héros est concentré sur la conduite car la route est dangereuse, mais son regard va plus loin, comme s'il regardait vers le futur. Et tout cela nous amène à l'extraordinaire grand dessin qui suit. Une perspective magistrale où l'horizontalité du sommet de la côte s'appuie sur de multiples traits verticaux légèrement courbés, que ce soit ceux tracés par les pneus ou encore ceux matérialisés par les fils téléphoniques. D'ailleurs, ces empreintes de roues, avec des traces des dérapages, ne sont-elles pas une métaphore de la vie ? Droite quand tout va bien. Sinuante quand elle dérape ! Et la neige recouvre à la fois le sol, mais aussi le ciel de par la multiplicité des flocons. Nous sommes en pleine tempête ! Cette météorologie fait écho aux habits d'Homer et nous suggère un blizzard glaçant. Mais cette froideur n'est-elle pas aussi celle de l'esprit du conducteur ? Enfin la nature américaine du décor est suggérée très subtilement grâce au panneau routier carré, positionné à droite et restreignant la vitesse maximale à 55 miles par heure (soit environ 90 km/h).

Les couleurs sont signifiantes et l'auteur a choisi une BD en bichromie, bleue pour l'hiver américain et jaune pour la saison sèche vietnamienne. Le va-et-vient entre les deux mondes génère donc un kaléidoscope de couleurs, une subtile mélodie qui évolue au gré d'infimes variations. Et de changement en changement, de pas en pas, le bleu nuit du début de la BD passe au bleu ciel en toute fin. Et le jaune délavé et triste de Saïgon se transforme en un jaune ensoleillé et radieux à Halong.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Vietnam-Saigon-Hanoi2-650x853

Clairement, nous avons ici un chef d’œuvre absolu, du même niveau qu'A la recherche de Peter Pan ou de L'espace bleu entre les nuages. Et je ne peux que souscrire au message final de Felicity, trouvé par Homer dans le restaurant local, clin d’œil d'un Cosey auto-satisfait à son lecteur : Homer, it was a great book (Homer, ce fut un livre magnifique). D'ailleurs, le jury du Festival d’Angoulême partage pleinement l'analyse puisqu'il a décerné à l'ouvrage l'Alph-Art du Meilleur scénario en 1993.

EEEE

Eléanore

166Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 28 Mai - 9:16

Raymond

Raymond
Admin

Merci pour cette lecture d'une BD que j'ai toujours mésestimée. Je l'ai lue en fait une fois .... puis l'album a rejoint la bibliothèque où je ne l'ai plus touché. Ma connaissance de l'œuvre est donc très minimaliste.

Il vaudrait la peine que je la relise.   Wink


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167Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Ven 28 Mai - 12:09

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître

Il m'a fallu beaucoup de temps pour apprécier Saïgon-Hanoï. Et puis j'en ai saisi l'universalité. Homer a vécu une double tragédie, la guerre du Vietnam et la mort de son ami. Ce sont des accidents de sa vie. Et des accidents dans la vie, nous pouvons tous en connaître... Voilà aussi pourquoi cette œuvre m'emeut. D'ailleurs, la pandémie actuelle et nos défis actuels ressemblent par certains côtés au Vietnam d'Homer, même si c'est quand même moins terrible. Du coup, Cosey nous rassure avec un message profondément optimiste : ayez foi en la vie, ayez foi en l'autre. Comme Homer qui s'est réconcilié avec ses anciens ennemis et avec la vie, nous aussi pouvons le faire et y trouver un certain bonheur Very Happy

Éléanore

168Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Sam 29 Mai - 11:01

vautour2b

vautour2b
alixophile
alixophile

Raymond a écrit:Et bien ... tous les goûts existent dans la nature !   Very Happy

Il est clair que je m'inscris en faux par rapport à l'idée que le dessin de Cosey ne serait pas assez sensuel. Cosey possède son style propre et il a bien raison de le garder jusqu'à la fin du récit, car il crée ainsi sa propre ambiance. Cette scène dans laquelle Evolena se déshabille suggère d'une façon explicite au lecteur que les amoureux vont avoir des rapports sexuels, et cela me semble suffisant pour la bonne compréhension du récit. Il n'y a aucune nécessité d'en montrer plus. 

Par ailleurs, si l'on se réfère au style graphique utilisé pour cette scène, il est clair que le dessin reste très sobre. Cosey n'en rajoute pas et ne cherche manifestement pas à forcer la sensualité de l'instant, mais il a raison. Son récit est avant tout romantique et poétique et l'utilisation d'images simples, voir même un peu naïves, correspond bien au caractère rêveur et sentimental de l'album. 

Imaginons la même scène dessinée par des dessinateurs de nanas pulpeuses, comme par exemple Félix Meynet ou Enrico Marini (deux dessinateurs que j'apprécie beaucoup au demeurant) ! Il est certain que les images deviendraient bien plus érotiques, mais je ne pense pas que ce soit le but de Cosey. Avec des images franchement érotiques, il y aurait un grand risque que la scène devienne très "aguicheuse", et en fait pas romantique du tout. Cosey évite toute vulgarité et toute sensualité exagérée, tout en montrant sans équivoque ce qui va se passer entre ses personnages. A mon avis, c'est parfait comme cela !
Complètement d'accord Wink

169Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Lun 12 Juil - 9:34

Raymond

Raymond
Admin

Grande nouvele ! Cosey travaille sur une nouvelle aventure de Jonathan. L'histoire devrait se nommer la Piste de Yéshé.


Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Jonath11

ActuaBD en parle sur cette page :

Jonathan revient - ActuaBD


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170Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Dim 1 Aoû - 19:54

Godot

Godot
license ès BD
license ès BD

Depuis les années 90, chaque fois que je prends un train pour me rendre à Genève (1-2x par année), j'attends avec impatience lorsque l'on passe dans la zone industrielle de Morges, car une peinture murale est bien visible depuis les wagons.

Il y a quelques années, j'ai été déçu, lorsque j'ai vu que des tagueurs irrespectueux  grr2 ont endommagés cette belle peinture murale. Je le dis ainsi car je veux rester poli  gourdin. C'est tellement stupide de leur part.

Comme vendredi dernier, je devais me rendre à Genève, j'ai profité pour prendre, du mieux que j'ai pu, des photos depuis le train (c'est pour cela qu'il y des reflets de ma main)

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey-20

Voici en plus grand. Nous voyons des parties du dessin derrière le tag médiocre.

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey-18

Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Cosey-19

Qu'est-ce que cela vous fait de voir ce massacre?

171Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Dim 1 Aoû - 21:16

Monocle

Monocle
docteur honoris causa
docteur honoris causa

No pleure Et grrr! Et encore, je reste poli...

172Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Dim 1 Aoû - 22:08

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître

Je n'apprécie guère l'art urbain même si certains graffeurs l'ont remarquablement élevé, comme par exemple Banksy. Par ailleurs, le mélange des styles se doit d'être harmonieux et respectueux de chaque composant. Ainsi, les vitraux modernes de Chagall magnifient la "vieille" cathédrale gothique de Metz.

Il me semble que dans le cas montré par Godot, les graffitis manquent d’originalité même si je leur reconnais un certain panache (inclinaison, relief, détails, sensation de vitesse, etc.). De plus, la nouvelle peinture ne respecte pas l'ancienne. D'une part, Cosey, le poète, se retrouve à côté d'un artiste en révolte. Et la moitié de son dessin a été détruit par le nouvel arrivant.

En fait, cela pose le souci de l'art éphémère. Faut-il "jeter à la poubelle de l'histoire" les fresques les plus anciennes ou les considérer comme appartenant à notre patrimone et donc les conserver ? C'est un débat. Ainsi, les peintures sur le mur de Berlin sont aujourd'hui précieusement conservées et défendues face aux nouvelles venues, post-1990.

Au final, comme Godot et Monocle, je n'apprécie pas ce métissage artistique.  affraid


Éléanore

173Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Lun 2 Aoû - 19:25

Godot

Godot
license ès BD
license ès BD

eleanore-clo a écrit:

[...]

Au final, comme Godot et Monocle, je n'apprécie pas ce métissage artistique.  affraid


Éléanore

Si les tagueurs/graffeurs étaient intervenus en intégrant leurs tags dans la peinture murale (une sorte de collaboration qui pourrait embellir, ou du moins respecter l'oeuvre de Cosey) peut être que je serai plus tolérant.

174Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Lun 2 Aoû - 22:08

Monocle

Monocle
docteur honoris causa
docteur honoris causa

En effet, il y a dans ce cas rien d'artistique, ce n'est pas un graf, c'est juste un tag pour marquer sa présence, son territoire, recouvrir l'oeuvre de l'autre pour avoir le dernier mot.

175Cosey l'éternel voyageur - Page 7 Empty Re: Cosey l'éternel voyageur Jeu 14 Oct - 19:13

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître

Bonsoir

Le retour de Drolma se précise Very Happy
https://www.facebook.com/groups/40766506589/permalink/10159202536861590/

Éléanore

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