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451Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 1 Juin - 11:15

Raymond

Raymond
Admin
eleanore-clo a écrit:Bonjour

Pulp est une BD (euh?) un comics (euh?) une œuvre ( Very Happy ) écrite par Ed Brubaker et dessinée par Sean Phillips.

Je viens de lire - Page 19 Couv_423066

Max, sexagénaire, la santé fragile et ancien roi de la gâchette dans l'Ouest américain, survit misérablement dans le New-York des années 30 en écrivant des westerns pour des magazines populaires, des pulps (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pulp_(magazine)). Mais les temps sont difficiles. L'éditeur le paie de moins en moins bien. De plus, le vieil homme se fait rosser et dérober son peu d'argent par quelques voyous. Dégoûté par la société, il décide de commettre un vol à main armée. Mais, il est stoppé, juste avant de passer à l'action, par un ancien détective de la compagnie Pinkerton. Celui-ci lui propose une affaire autrement plus rémunératrice, le vol des fonds envoyés en Allemagne par des sympathisants nazis...  

Comment faire une pâte sablée ? Et bien, prenez 200 g de farine, deux cuillerées à soupe de sucre, des grains de vanille extraits d'une gousse, 100 g de beurre ramolli et de l'eau. Malaxez soigneusement les ingrédients puis étalez la pâte au rouleau. Comme on le voit, tous ces ingrédients n'ont rien avoir les uns avec les autres et pourtant leur mélange est harmonieux et délicieux.
Et bien, Pulp est construit sur ce principe. Mélangez un western, une première BD historique sur la Grande dépression, une deuxième (quand on aime, on ne compte pas  Smile  ) BD Historique sur le nazisme puis rajoutez deux pincées de bons sentiments et une cuillère à café de personnages ambigus. Remuez le tout longuement. Et le tout est une belle réussite. Tout dans Pulp est cohérent et parfaitement amené.
Cela tient à beaucoup d’éléments dont un contexte historique extrêmement solide. Ainsi, le scénariste nous rappelle qu'une Amérique toute acquise à la cause du 3ème Reich (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bund_germano-am%C3%A9ricain) se cache derrière l'icône de Franklin Roosevelt.
Et puis les rares incohérences disparaissent derrière un scénario tendu à l'extrême et mené tambour battant.
L'intrigue est prenante. Elle déroule une mécanique inexorable qui, certes, broie les êtres mais aussi leur permet d'acquérir une stature du héros. Et les personnages sont tous attachants et merveilleusement crédibles. Les bons sont sublimement bons  siffle  et leurs crimes expliqués par une succession d'injustices. Et bien évidemment, les méchants sont totalement sans scrupules et cumulent des convictions politiques puantes avec d'atroces violences familiales. Les pages sont tournées à un rythme effréné tant le lecteur est happé dans un tourbillon d'actions. Et puis, quel suspens ! Et le final est parfaitement amené, à l'instar du duel final dans un bon western Wink.

En fait, le scénariste joue en permanence sur des rapprochements tirés par les cheveux et pourtant totalement légitimes. Cette BD de grande qualité, manifestement très travaillée, parle de romans de quatre sous, écrits dans la précipitation. Le personnage principal raconte sa propre vie. Et enfin, nous oscillons en permanence entre le passé et le présent. D'ailleurs, l'Ouest américain et le le New-York de la Grande Dépression ne sont-ils pas frères d'infortune ? Ce que l'on retrouve dans le concept du justicier, sans peur et (presque) sans reproche.

Les dessins sont solides et les différents décors, ceux de l'Ouest américains comme ceux de la Big Apple fleurent bon la réalité. Les images sont réalistes et d'une belle facture.
Et les couleurs sont magnifiques, chaudes pour le volet western et froides pour New-York.

Je viens de lire - Page 19 PlancheA_423066
Je viens de lire - Page 19 81-ndIuOg-L

RTL partage mon avis car Pulp est la BD du mois de mai : https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/pulp-d-ed-brubaker-sean-et-jacob-phillips-est-la-bd-rtl-de-mai-2021-7900037316.

Je n'apprécie ni les comics ni les récits de violence mais il faut reconnaitre que cet ouvrage est construit d'une main de maître (s).

EEEE

Eléanore

Très intéressant car cela sort un peu de  la routine franco-belge !

Merci de l'avoir signalé !   Very Happy


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452Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 5 Juin - 17:24

Raymond

Raymond
Admin
J'avais lu de bonnes critiques au sujet de Joe la Pirate, la vie rêvée de Marion Barbara Carstairs, et cela m'a donné envie de découvrir cette BD. Cette oeuvre est par ailleurs le dernier album du regretté scénariste Hubert et c'était une façon de lui rendre hommage !

Je viens de lire - Page 19 Joe-la12

C'est d'abord un gros roman graphique dont l'apparence reste assez sobre. Virginie Augustin a choisi pour cette histoire un dessin au trait en noir et blanc, par ailleurs très épuré, et c'est un choix qui me parait assez heureux au vu du caractère scabreux du récit. Les nombreuses partouzes et scènes de coucherie que l'on trouve dans cette BD amorale sont ainsi dessinées avec une certaine délicatesse.

Je viens de lire - Page 19 Joe-la13

"Joe la Pirate" peut être définie comme une lesbienne qui est aussi un peu transgenre, car elle s'habille toujours dans une tenue masculine. Elle est l'héritière d'un magnat du pétrole et passe son temps à dilapider sa fortune en fêtes luxueuses, en voyages ou en compétitions coûteuses. Elle participe par exemple dans sa jeunesse à des compétitions de bateaux à moteur où elle arrive même à battre des records de vitesse.

Je viens de lire - Page 19 Joe-la14

Menant une véritable vie de bâtons de chaise et dépassant toutes les limites sociales permises, l'héroïne (faut-il dire le héros ?) m'a parue par moment un peu excessive et irréelle. Et je n'ai ainsi réalisé que vers la moitié du livre que Marion Castairs avait réellement existé. Cette multimillionnaire a bien sûr rencontré diverses personnalités célèbres (actrices, artistes ou personnalités politiques) et certaines d'entres elles ont même été ses amantes. Un index de toutes ces célébrités est heureusement placé en fin d'album, afin que le lecteur puisse avoir quelque repères et quelques précisions sur des faits historiquement avérés.

Je viens de lire - Page 19 Joe-la15

Le surnom de Marion Castairs ("Joe la Pirate") semble lui avoir été décerné après que celle-ci soit devenue propriétaire d'une petite île des Bahamas. La millionnaire a  en effet gouverné sa propriété d'une main de fer, en prenant parfois certaines libertés avec la loi et en ingligeant aussi de véritables punitions aux visiteurs mal intentionnés. Et de fait, en étant totalement Isolée dans son île, "Joe" était pratiquement au dessus des lois.

Je viens de lire - Page 19 Joe-la16

Mais que dire finalement de cet étrange biopic, dans lequel Hubert s'est amusé à raconter de nombreuses anecdotes provoquantes et parfois presque invraisemblables ? C'est sans doute un livre amusant, dans lequel il est toutefois difficile de faire la part des délires, des fantasmes et de la réalité (j'aurais presque envie de dire que Marion Castairs "délire dans la réalité"  Wink). Le scénariste fonde bien sûr son récit sur des faits connus mais il reconnait aussi (dans le titre de l'oeuvre) qu'il s'agit d'une "vie rêvée". Peut-être y a t-il aussi un certain pessimisme derrière cette description d'une vie facile, car les dernières années de la vie de Marion Castairs restent imprégnées d'une certaine tristesse. Pour ma part, je vois surtout cela comme une existence qui me laisse perplexe et qui n'a rien d'un rêve, mais chacun jugera selon sa propre morale.

C'est une BD agréable à lire, donc, mais ce n'est pas un ouvrage indispensable à mon avis. J'hésite à lui donner une note, qui se trouve à mon avis entre le EE et le EEE selon l'échelle d'eleanore-clo.   Wink


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453Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 8 Juin - 20:49

Raymond

Raymond
Admin
J'ai cherché Pulp le week-end dernier et on m'a dit que tous les numéros étaient partis. Mon libraire va commander de nouveaux exemplaires.   Wink

Je viens de lire - Page 19 Pulp-b10

C'est plutôt bon signe.  

Sinon, je remarque qu'ActuaBD a sorti une belle critique de cet album !   Cool

Pulp - Par Ed Brubaker & Sean Phillips - Delcourt (...) - ActuaBD


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454Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 11 Juin - 12:34

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
La baleine bibliothèque est un conte (philosophique?) de Zidrou et Judith Vanistendael.

Je viens de lire - Page 19 Couv_425252

Le héros distribue le courrier en haute mer, aux habitants des ilots et aux marins des navires. Un jour, par hasard, sa route croise celle d'une très aimable baleine qui s'est prise de passion pour les livres au point qu'elle abrite une gigantesque bibliothèque dans son ventre. Et bien évidemment, le cétacé va conseiller et prêter un ouvrage au facteur  Very Happy . C'est le début d'une longue amitié que la naissance mouvementé de l'enfant du héros va perturber

Disons le tout de suite, j'ai beaucoup apprécié cette BD  Smile . Zidrou réécrit à sa façon les mythes de Jonas et de Pinocchio, sauf que l'animal est d'une profonde humanité et d'une grande gentillesse. Et le léviathan cache une âme sensible, soufrant de la solitude et désireuse de partage. Et puis, cette image utérine d'un ventre bibliothèque, havre de paix et de culture, est aussi un bel hommage à Gaston Lagaffe dont j'ai commenté la vignette ad-hoc dans le message n°149 du fil sur la case mémorable https://lectraymond.forumactif.com/t665p125-la-case-memorable. Enfin, n'oublions pas Jules Verne et la bibliothèque du Nautilus : https://fr.wikisource.org/wiki/Vingt_mille_lieues_sous_les_mers/Partie_1/Chapitre_11. Finalement, ranger amoureusement des livres sous la mer est très commun  Laughing !

La baleine bibliothèque est aussi une ode à la lecture. Les livres tiennent compagnie durant les moments de solitude et font réfléchir. Zidrou recourt d'ailleurs à plusieurs mises en abyme en résumant quelques uns des récits prêtés par la baleine. En fait, le cétacé fait irrésistiblement penser au libraire de quartier ou au bibliothécaire qui vous conseillent et vous font partager avec enthousiasme leur dernière découverte  Very Happy

La BD  se veut aussi un hymne à la différence. La couverture nous dépeint deux êtres forts différents, par la taille, mais aussi par le milieu dans lequel ils vivent. Et pourtant, une belle amitié va se nouer entre les deux héros, chacun enrichissant l'autre. Et dans une référence au Petit Prince, nous voyons la baleine poser des questions apparemment naïves sur la vie à terre. Qu'est-ce qu'une feuille, que sont les rivières avant leur embouchure, etc. L'ouvrage se veut aussi écologique car il nous présente les animaux sous un autre regard. Le cétacé n'est plus une source de protéine ou d'huile, mais un ami, avec lequel partager des idées et des bons moments.

A la lecture de mon résumé et à la vision du graphisme, on pourrait penser à un ouvrage pour les enfants. Que nenni. La BD s'adresse aussi bien à l'enfant que nous fûmes qu'à l'adulte que nous sommes.

Le ton est très juste et les mots de Zidrou dégage une subtile poésie, empreinte de lyrisme. Le ton est d'ailleurs donné avec le magnifique avant-propos de l'auteur : Cette histoire a connu une autre vie. La marée la ramenée sur la grève. Au-dessus d'un feu, je l'ai fait sécher. J'ai décollé ses phrases une à une. J'ai ramené chacun de ses mots à la vie. Et l'histoire m'a souri. .Le récit distille une musique paisible, paisible car nous sommes dans une bibliothèque et le silence est de mise  Wink . A noter dans le même registre que le facteur chantonne  une mélodie de Renault durant son travail.



La fin est "zidresque"  Smile douce amère, presque religieuse, car la mort de l'animal n'arrête pas la propagation de son message.

Le dessin, est en couleur directe et une succession d'aquarelles à dominante bleue réchauffe les yeux et le cœur. Par son apparente simplicité, le style s'adresse clairement aux enfants. Néanmoins, j'y vois aussi un souhait d'universalisme et de mise du message à la portée de tous, petits et grands.

Je viens de lire - Page 19 3244_P4

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En résumé, n'hésitez pas !

EEEE

Eléanore

455Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 11 Juin - 16:06

Raymond

Raymond
Admin
Merci de cette séduisante chronique !     pouce

Disons-le d'emblée : j'apprécie beaucoup l'oeuve de Judith Vanistendael, dont je suis de très près la carrière dès ses débuts. J'avais d'ailleurs déjà parlé d'elle dans mon vieux blog en 2009, lorsqu'elle avait publié La jeune fille et le nègre.

La jeune fille et le nègre - Les lectures de Raymond (over-blog.com)

Le thème poétique du livre me séduit immédiatement, tout comme d'ailleurs la bibliophilie du scénario et la composition très libre des pages. Et comme c'est un album publié par Le Lombard, il ne devrait pas être difficile à trouver.

Je ne vais donc pas manquer cet album.   Wink


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456Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 15 Juin - 15:54

Raymond

Raymond
Admin
J'ai à mon tour commenté La Baleine bibliothèque, cette oeuvre merveilleusement hors norme ... à moins qu'on ne la considère tout simplement comme un conte pour enfants. 

Et comme elle est hors norme, j'ai estimé judicieux de la commenter dans le sujet dédié aux "Inclassables".    Wink

Les inclassables (forumactif.com)


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457Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 27 Juin - 15:56

Raymond

Raymond
Admin
La belle lecture de ce week-end, c'est indiscutablement Marathon, une nouvelle BD magnifiquement écrite et dessinée par Nicolas Debon.

Je viens de lire - Page 19 Debon-10

J'ai déjà commenté d'autres albums de cet auteur dans le même sujet, il y a quelques années (comme par exemple sa magnifique Invention du Vide qui m'avait fort impressionné) et il faudra peut être que je lui ouvre une fois un sujet dédié ? 

Mais passons ! Comme son titre l'indique en partie, cet album raconte la course du marathon des jeux olympiques d'Amsterdam en 1928. Le narrateur n'introduit quasiment aucune fiction dans cette BD dont le récit est construit comme un vrai documentaire, entièrement fondé sur des faits exacts. Et cette "histoire vraie" est racontée comme si le lecteur était un spectateur de la course.

Je viens de lire - Page 19 Debon-11

C'est ainsi qu'après la présentation des lieux, les marathoniens arrivent dans le stade olympique et l'auteur nous présente les principaux compétiteurs. Il y a bien sûr les grands favoris, quelques outsiders et aussi un coureur colonial insignifiant, né en Algérie qui se nomme El Ouafi. Personne n'imagine qu'il puisse gagner !

Je viens de lire - Page 19 Debon-12.

Puis les athlètes sont tous rassemblés vers le lieu de départ et un coup de pistolet fait démarrer la course. Les coureurs font tous un tour de stade avant de s'élancer vers la campagne qui entoure Amsterdam, le long de l'Amstel. Les vents de la Mer du Nord soufflent malheureusement très fort sur les plaines hollandaises et ce marathon va être une terrible épreuve pour les participants.

Je viens de lire - Page 19 Debon-13

Et le livre nous montre dès lors la course telle qu'elle est vécue par les participants, à savoir une lutte incessante contre la nature et contre le corps qui souffre. S'intéressant ainsi davantage à l'effort des marathoniens qu'à leurs positions dans le classement, Nicolas Debon imagine parfois ce qu'ils voient, ce qu'ils ressentent et ce qu'ils pensent, en se concentrant bien sûr sur les coureurs français.

Je viens de lire - Page 19 Debon-14

Dès lors, les kilomètres défilent et les images d'athlètes en plein effort se succèdent. C'est très long un marathon et, malgré la peine, on a beaucoup de temps pour penser, pour ressentir ce qui se passe autour de soi et pour méditer sur sa situation. Et quand le corps n'arrive puis à suivre la volonté, il n'y a plus qu'à redevenir humble.

Je viens de lire - Page 19 Debon-15

La bande dessinée se termine abruptement avec la victoire d'El Ouafi et l'auteur n'y ajoute aucun commentaire. L'essentiel du livre s'intéresse en effet aux épreuves de la course et au vécu des participants. Nicolas Debon cherche en fait à immerger son lecteur dans le monde quotidien du marathon, avec tous les espoirs, la dureté, l'incertitude et les dénouements implacables qu'e cette course comporte. Un petit dossier est toutefois ajouté à la fin de l'album, afin d'informer le lecteur sur la vie (assez misérable) d'El Afoui après sa victoire et bien sûr de compléter le documentaire. A cette époque-là, les athlètes étaient de vrais amateurs.

Le style graphique est assez singulier et en tout cas bien différent des images des albums précédents de Nicolas Debons, qui avaient offert aux lecteurs de splendides couleurs directes. L'auteur se contente cette fois-ci d'un dessin caricatural simplifié, accompagné d'une bichromie assez pauvre et monotone, mais ce choix est assez révélateur. L'austérité du dessin (qui se rapproche un peut du style des romans graphiques) accentue en fait impitoyablement la misère et la dureté du monde des marathoniens. La beauté n'en est pas certes absente, mais elle se cache derrière une multitude d'obstacles et d'efforts interminables. Et plutôt que de louer la beauté du sport, l'auteur préfère constater l'humilité de leur situation.

Je viens de lire - Page 19 Debon-16

J'ai en tout cas beaucoup apprécié l'efficacité de ce livre, et cette immersion dans le monde des marathoniens de l'année 1928, un univers qui m'apparait aujourd'hui assez héroïque. La réalité est souvent plus impressionnante que la fiction, et Nicolas Debon réussit une fois de plus à nous le prouver.

C'est donc une des bonnes lectures de cet été qui commence, et j'attribuerai ainsi la note EEE (*) à ce beau livre d'auteur que je vous recommande.


* selon l'échelle d'eleanore-clo (voir le message N° 442)   Wink


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458Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 27 Juin - 16:52

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Bonjour

Je profite du choix des 10 lectures indispensables de l'été réalisé par l'association ABCD pour rattraper quelques oublis majeurs. Smile

Blanc autour est une BD historique et un manifeste politique scénarisé par Lupano et dessiné par Fert.

Je viens de lire - Page 19 Couv_405234

L'ouvrage s'inspire d'un fait réel, l'ouverture en 1832, dans le Connecticut, d'une école privée réservée aux jeunes filles : . La directrice et enseignante, Prudence Crandall, est Elle décidé d'admettre une afro-américaine ce qui va provoquer le départ des élèves "blanches" et la naissance d'un pensionnat "noir". Les notables locaux voient d'un mauvais œil cette initiative et vont tout faire pour fermer l'établissement...

Lupano, scénariste engagé (Les vieux fourneaux), nous conte ici une des plus belles pages de la lutte contre la ségrégation raciale. Il nous emmène dans un État situé juste au nord de New-York, presque 30 ans avant la Guerre de Sécession. Et l'intrigue met en scène une personnalité majeure du mouvement abolitionniste dont je vous invite d'ailleurs à lire la page Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Prudence_Crandall. Quelques éléments de contexte sont néanmoins indispensables pour bien appréhender l'intrigue. Tout le monde a en tête l'abolition de l'esclavage, décidée en 1865, peu après la terrible guerre civile. En fait, le 13ème amendement de la constitution avait déjà été plus ou moins adopté par de nombreux Etats. Ainsi, en 1774, le Connecticut promulgue une loi interdisant l'importation des esclaves indiens, noirs ou mulâtres. Mais alors, quel est le problème me direz-vous ? Et bien, cette injustice porte un nom, les black-codes. Des lois locales permettaient à chaque composante de l'Union de restreindre les droits civiques des afro-américains. Et par exemple, en 1833, le Connecticut interdit l'inscription d'élèves noirs dans les écoles publiques.
Au-delà du contexte historique, Lupano publie une tribune parfaitement adaptée à notre société où, au-delà de la loi, le racisme ordinaire reste d'actualité comme le démontre les discriminations à l'embauche.
J'ai aussi beaucoup apprécié le féminisme de la BD. Choisir une héroïne n'est pas si ordinaire. De plus, dans l'inconscient collectif, la maitresse d'école est un personnage important, le socle des apprentissages fondamentaux. Et donc, positionner une enseignante dans le registre de la lutte politique est un choix très fort.
Le scénario est malgré tout quelque peu manichéen. Et hormis Prudence, les notables blancs locaux sont dépeints comme peu recommandables. Le meurtre, la manipulation et la les émeutes font partie de leurs personnalités. On sombre dans une vision caricaturale légèrement manipulatrice. Et comme la BD porte un message sur notre société actuelle, il convient de prendre du recul.

Les personnages secondaires sont criants de vérité et  contribue à l'ossature de cette BD. On pense bien évidemment aux élèves de l'école, si différentes et si semblables, mais aussi à Sauvage, un jeune afro-américain vivant en marge de la société et rappelant quelque peu Huckleberry Finn, ou enfin Miriam, une étrange créature mystique et pourtant pleine de sagesse et de compassion.

Les dessins sont d'une grande douceur. Et la simplicité des traits confère à ce manifeste l'apparence d'un livre d'instruction à destination des enfants, et donc une véracité incontestable  Wink . Et puis les couleurs affichent une dominante marron ce qui fait que la carnation des notables est très voisine de celles des élèves ! Un clin d'œil de Fert ?

Je viens de lire - Page 19 PlancheA_405234 Je viens de lire - Page 19 Blanc-autour.jpeg

Au final, nous avons là une belle BD, remarquée par l'ABCD, mais aussi par Canal BD qui l'a mise en lice pour son Prix 2022 : https://www.canalbd.net/glbd_plibre_33-10_Selection-2022  Very Happy
Je vous la recommande. C'est une leçon d'histoire, bien vivante et donnant matière à réflexion. A noter que les locaux qui abritaient l'école existent toujours et un musée y présente la vie de l'ancienne directrice.

Je viens de lire - Page 19 Prudence_Crandall_House%2C_Canterbury_CT

EEE

Eléanore

459Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 30 Juin - 18:23

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Le troisième tome des Frères Rubinstein, Le mariage Bensoussan, vient de sortir.

Je viens de lire - Page 19 Couv_423466

Cet opus aurait pu s’appeler Choix cornéliens ou Des alliances contre-nature. En effet, Brunschwig rapproche ici l'irréconciliable, avec bien évidemment l'art du suspens qu'on lui connait. Ainsi, dans le camp de Sobibor, Moïse Rubinstein se compromet avec le commandant du camp en voulant sauver un de ses coreligionnaires. Et lorsque le jeune homme demande une aide pour son salon de coiffure, le SS-Obersturmbannführer lui demande de choisir entre plusieurs candidats, tout en lui indiquant que ceux non retenus finiront gazés.... Ce rapprochement nous rappelle le drame des kapo, des prisonniers de droit commun qui aidaient les SS dans la gestion quotidienne du camp. Le même type rapprochement se produit avant-guerre puisque le scénariste dissèque les liens entre l'extrême droite française, en l'occurrence le mouvement des Croix de feu, et les notables juifs. Tout ceci nous rappelle que rien dans la vie n'est blanc ou noir et que rester droit durant une époque troublée relève de l'exploit quotidien, ou du fantasme... Dans un autre registre, Salomon, le frère ainé, découvre les aspects les plus sordides de la vie. Lui, le léger, le rigolard, se retrouve plongé dans un crime...
Heureusement, Brunschwig nous offre quelques moments ed détente et de rire avec l'arrivée surprenante de jazzmen dans un mariage traditionnel juif !

Le graphisme est toujours aussi précis et évocateur.

Une belle série

EEE

Eléanore

460Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 2 Juil - 16:14

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Bonjour

L'étreinte, scénarisée par Jim et dessinée par Bonneau, est LA BD de cette fin de premier semestre.

Je viens de lire - Page 19 Couv_426388

Benjamin est sculpteur. Amoureux du corps et des formes, il vient de photographier une inconnue et réfléchit en quoi cette image pourrait l'inspirer pour une future œuvre. Alors qu'il discute de son modèle avec Romy, sa compagne, leur voiture est percutée par un automobiliste. Le jeune homme se réveille en miraculé à l’hôpital. Malheureusement, Romy est plongée dans un profond coma... Se réveillera-t-elle un jour ?

Je confie ne pas être une grande amatrice de Jim. Je trouve que ses intrigues qui mettent en scène les émois sentimentaux d'éternels adolescents manquent de réalisme, et tout simplement de cœur. Un paradoxe non ? Et son trait rond et sensuel m'apparait plutôt comme un alibi que comme une représentation de la beauté. C'est donc à reculons que j'ai lu cette œuvre. Et pourtant, quelle belle surprise....

Tout d'abord, l'intrigue est d'une grande richesse. Elle aborde avec justesse et sensibilité de très nombreux thèmes, dont bien évidemment ceux de l'amour et de la rencontre. Cependant, Jim va bien au-delà. Et par exemple, il traite aussi de l'accompagnement des malades, de la relation à la mort, du hasard, etc. Et puis les personnages sont denses et tellement vrais.

En premier lieu, je tiens à saluer la magnifique référence au chef d'œuvre de Claude Sautet, Les choses de la vie. Les pensées de Benjamin, ses souvenirs, ses rêves, ses regrets, ses espoirs et ses dialogues imaginaires nourrissent superbement l'intrigue. Après, Romy n'est pas Hélène, et Benjamin n'est pas Pierre. Et puis je confie préférer le jeune homme à Michel Piccoli  Laughing Après, la profession du héros et les lieux de l'action nous emmènent irrésistiblement vers un autre duo mythique, celui du peintre Dalí et de sa muse et épouse Gala. L'art est présent partout dans la BD. Jim nous emmène au cœur du processus de la création. Il nous fait vivre les affres du sculpteur et nous présente le processus de la création comme profondément douloureux. L'art est une sublimation du réel, un biais pour l'affronter ou alors le magnifier.

L'accompagnement des malades est au cœur de cette BD. La famille et les proches y sont dépeints comme les héros ordinaires d'un combat extraordinaire, celui du malade pour sa vie. L'évolution de la relation entre l'alité et ses visiteurs, son délitement ou son renforcement, sont bouleversants. Et que dire de l'épouse d'un cancéreux lorsqu'elle déclare souffrir d'un mal incurable, l'espoir ?

Le hasard, comme toujours avec Jim, est au rendez-vous. Et, comme dans Une nuit à Rome, le hasard apporte la mort et la vie. La mort car l'aventure débute par une collision dramatique. Et la vie parce que Benjamin va rapidement rechercher l'inconnue photographiée juste avant l'accident. Sa quête lui permet de rencontrer de nombreuses femmes, certaines avec lesquelles la relation est éphémère voire violente, et d'autres avec lesquelles une durable complicité semble possible.

Je conclurai cette analyse par le thème de la seconde chance. Le scénario débute sur une tragédie et se conclut par le renouveau de la vie. La fin est doublement optimiste...

Le graphisme se marie parfaitement avec l'intrigue. Les dialogues sont rares et s'effacent souvent devant le dessin, au point d'ailleurs que de nombreuses pages ne comportent aucun texte. Nous nous laissons submerger par le crayon de Bonneau, apparemment brouillon mais surtout terriblement évocateur. Il convient de noter que le travail entre le scénariste et le dessinateur ne fut pas conventionnel puisque l'ouvrage fut réalisé à quatre mains, avec des textes s'inspirant des dessins.

Je viens de lire - Page 19 PlancheA_426388
Je viens de lire - Page 19 004

L'étreinte est la BD du mois de RTL : https://www.rtl.fr/culture/cine-series/l-etreinte-de-laurent-bonneau-et-jim-est-la-bd-rtl-de-juin-2021-7900050187.

N'hésitez pas. Les 312 pages du livre peuvent rebuter. Mais l'œuvre se lit facilement, rapidement d'abord puis  tout doucement pour bien profiter de chaque moment.
EEEE

Eléanore

461Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 2 Juil - 18:10

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Fausses pistes est une BD anthropologique de Bruno Duhamel analysant les laissés-pour-compte du miracle américain

Je viens de lire - Page 19 9782818978764

Franck Patterson est un acteur de western. Depuis 15 ans, il incarne le personnage d'un marshall. Mais les producteurs trouvent que son jeu vieillit et décide donc de le remplacer par un autre comédien. Le vieil homme désabusé éprouve le besoin de changer d'air. Il achète donc un voyage organisé dans les parcs nationaux de l'Ouest américain. Les autres touristes et la guide sont tous en marge de la société étasunienne : un US marines névrosé, une mexicaine sans papier, de vieux hippies, un jeune obèse, un afro-américain désabusé, etc. Les personnalités de chacun des voyageurs vont se révéler progressivement et Franck Patterson va devoir assumer dans la vie réelle le rôle de justicier qu'il tenait dans la série.

La BD vaut surtout pour les personnages et la critique de la société américaine, violente, socialement injuste, hypocrite, etc.. Ayant vécu outre-atlantique, la réalité est un peu plus complexe. Oui, les armes sont en vente libre et un européen est toujours très surpris lorsqu'il voit une arme rangée dans un tiroir. Et oui, l'ascenseur social est lent. Et encore une fois oui, les américains affichent des règles strictes qu'ils peuvent allègrement transgresser s'ils y trouvent leur compte. D'un autre côté, les massacres cachent d'innombrables ventes de charité et une solidarité réelle. Et l'échec professionnel est toujours relativisé avec en arrière plan la possibilité d'essayer encore et toujours. Et enfin, les menteurs sont sévèrement jugés (à l'exception notable de Donald Tump  Laughing ).

Le graphisme est simple. ll manque de relief. Et les merveilleux paysages de l'Ouest font pâle figure. Monument Valley, le Grand Canyon ou Death Valley ressemblent à des décors de cinéma, en carton-pâte ! Nous sommes à mille lieues de Jean Giraud ou d'Hermann.

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Au final, ne cherchez surtout pas un western. Vous seriez déçu. Je vois plutôt un beau road-trip, un voyage rédempteur au bout duquel, à force de volonté, Franck Patterson se révélera. Et bien évidemment, le happy-end est de rigueur.

EE

Eléanore

462Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 3 Juil - 10:18

Raymond

Raymond
Admin
Merci de ta critique au sujet de L'étreinte !    Very Happy

Le dessin de Laurent Bonneau y semble en effet un peu moins insipide que celui de Jim, et le scénario est peut-être plus intéressant que ce que j'avais imaginé.   Cool

Casemate lui consacre par ailleurs un article de 6 pages ... que je n'ai pas encore lu !

Comme il y a peu de nouveutés pendant l'été, j'aurai peut-être le temps de m'y intéresser.   Wink


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463Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 3 Juil - 11:21

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Ce sera avec plaisir que je lirai votre avis sur L'étreinte Very Happy

Eléanore

464Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 7 Juil - 10:22

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Entre les lignes est un livre illustré (euh, non, pas vraiment), une BD (là non plus), un roman graphique (peut-être) de Mermoux.
L’œuvre s'inspire du roman Toutes les histoires d'amour du monde de Beaulieu.

Je viens de lire - Page 19 Couv_422127

Denis, en triant les affaires de son père Moïse, récemment décédé, découvre une succession de lettres à destination d'une inconnue, Anne-Lise Schmidt. Les courriers relatent l'histoire de la vie du défunt. Denis entreprend des recherches pour retrouver la destinataire des courriers mais doit s'arrêter après un malaise cardiaque. Son fils, Baptiste, prend alors le relais. Et le jeune homme se lance dans un voyage à travers le temps et l'espace. Chaque nom et chaque lieu mentionnés dans les missives constituent des pistes qu'il explore méthodiquement. Sauf que les lettres ont été écrites voilà bien longtemps et que les indices se révèlent bien trop ténus pour pouvoir retrouver Anne-Lise. Ne voulant pas décevoir son père, Baptiste construit un voyage imaginaire où il retrouve les descendants des ami(e)s de Moïse, descendants dont il fait jouer le rôle à ses ami(e)s. Puis Il téléphone régulièrement à Denis en faisant part de ses (fausses) découvertes. Mais tout voyage, aussi beau soit-il, a une fin...

Voilà encore une très belle bande dessinée, pleinement adulte et au bon sens du terme. Elle mélange harmonieusement l'Histoire avec un grand H et un secret de famille. Côté Histoire, la vie de Moïse est ancrée dans les 50 premières année du 20ème siècle : son père meurt au front durant la première guerre mondiale et il combat l'armée nazie en mai-juin 1940. Les relations franco-allemandes sont ainsi longuement explorées, avec plusieurs regards, celui haineux des français occupés, celui amoureux de Moïse pour une jeune germanique, celui intéressé de Victorine qui vend ses charmes pour survivre, celui bienveillant de Herr Doktor Schmidt qui soigne les blessés de tous les bords, celui désespéré des opposants allemands à Hitler,... Côté famille, tel un psychothérapeute, l'auteur explore tous les sentiments possibles, leur origine et leur filiation. Nous découvrons ainsi des parents dévoués, indifférents, admirables, médiocres. Et la même profondeur d'analyse est opérée sur les relations entre les femmes et les hommes. Qu'est-ce que l'affection ? Qu'est-ce que la fidélité ? Qu'est-ce que l'engagement ? Cependant, si je ne devais retenir qu'un mot pour qualifier la pensée de Beaulieu, c'est un amour universel. Tous les personnages sont attachants, avec en arrière plan de leur personnalité, une noblesse qui compense souvent les aléas de la vie. Les défauts sont présents mais toujours expliqués et tolérés.

En fait, j'ai beaucoup apprécié l'optimisme de la BD. Les héros sont martyrisés par l'Histoire. Leur vie est tragique et pourtant résiliente voire même lumineuse. Les personnages trouvent en eux la capacité de créer des bulles de bonheur au sein des drames. Et puis la fin, ouverte, est magnifique. Denis va t-il réussir à retrouver Anne-Lise Schmidt ? On ne le sait pas. Mais, en tout cas, il a déjà retrouvé Baptiste, son fils avec lequel il s'était brouillé. La chronique familiale s'étend sur quatre générations et pourtant toutes sont intimement liées, dans le bonheur comme dans la souffrance. Quelle belle histoire.

Adapter le roman de Baptiste Beaulieu était un défi : multiplicité des personnages, longueur de l'intrigue, multiplicité des lieux et des temporalités. Et bien, je crois qu'on ne peut que saluer la magnifique performance de Mermoux. On ne s'y perd jamais. Et le passé et le présent se conjuguent pour mieux créer une situation, une ambiance. Les personnages sont tous différents et ils se croisent, se séparent et se retrouvent dans un tourbillon enivrant.



Le graphisme est très travaillé avec deux styles différents suivant que le dessinateur aborde le passé ou le présent. Le passé est donc traité sous la forme d'illustrations et le présent sous la forme d'une bande dessinée. L'alternance est plaisante et renforcée par une palette de couleurs différentes.
J'ai beaucoup apprécié la caractérisation des personnages. Tous sont différents et quel travail sur les regards  Very Happy . Tous sont signifiants au point que les regards se répondent à travers la succession des vignettes. Nous sommes invités à prêter l'attention à un dialogue riche même s'il est muet.
Cela m'a remémoré le poème Tes yeux d'Yves Le Guern.

Tes yeux.

Quand le temps montre sa détresse
Quand mon cœur se serre de tristesse
Lorsqu'il contemple cette époque
Où la mort n'est rien et que l'on moque.

Quand paraît l'affreuse multitude
Mon cœur se serre de solitude
Quand toutes les bouées se sont enfuies
Que reste-t-il dans ce monde détruit ?
Il me reste tes yeux et ton regard

Ces véritables miroirs de l'âme.
Pour ce voyageur que la nuit égare
Ce sont deux guides sûrs dont la flamme
Fait renaître l'espoir
Ne serait-ce qu'un soir.

Profonds comme deux puits
Mystérieux comme la nuit
Ils brûlent pour toujours
Aux flammes de l'amour.

Légers comme une pluie
Sous la lune qui luit
Ils savent consoler
Les esprits égarés.

Tristesse et solitude se meurent
Au soleil de tes yeux qui m'effleurent.
Leurs rayons, au travers de mes larmes,
Firent un arc-en-ciel de mes drames.

Yves Le Guern 2001


Enfin, on ne peut pas assez à côté de la performance réalisée sur le lettrage. Des milliers de mots tous parfaitement calligraphiés.  cheers

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Au final, une grande BD, à lire cet été au même titre que L'étreinte ! Peut être encore plus profonde et subtile. Nous voilà face à un œuvre peu diffusée, mal positionnée sur les tables et peu remarquée. Et pourtant quel talent. La chronique est puissante et pétrie d'humanité. Beaulieu et Mermoux nous distillent ici l'essence de la vie, dans ce qu'elle a de beau et de moins beau. Entre les lignes est une fenêtre grande ouverte sur notre existence, sa couleur, son goût, sa continuité, ses nuages, ses rayons de soleil, etc. Oui, une très belle œuvre, bouleversante. Et j'ai été très heureuse de vous en parler  Very Happy

EEEE

Eléanore

465Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 7 Juil - 19:19

Godot

Godot
license ès BD
license ès BD
La lecture de ce roman graphique m'a retourné.

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Le thème abordé n'est pas des plus faciles, il s’agit des victimes des violences sexuelles. Nous allons connaitre et suivre trois victimes qui suivent, durant une année, une thérapie avec un atelier d'escrime thérapeutique.

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Vincent, le “maître d’arme” est accompagné d’Eva, une thérapeute. Ensemble, ils vont petit à petit permettre à ces femmes de se réapproprier leurs corps et d’extérioriser la violence dans laquelle elles étaient enfermées.

Nous allons suivre trois héroïnes, Lucie, Tamara et Nicole. Lucie a été abusée et violentée longtemps par le père de son enfant. La crainte l'habite, les hommes l'effraient alors elle dort un couteau à la main. Elle se sent toujours coupable, car quand elle a osé partir, elle a du le faire sans son fils.

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Tamara, elle, elle se débat et pour ne plus être victime, elle devient agresseur envers eux.

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Quant à Nicole, c'est l'isolement. Elle s'efface, disparaît pour ne plus être visée.

Je viens de lire - Page 19 Touchz18Je viens de lire - Page 19 Touchz19

Des paroles de leur entourage les agressent en les jugeant coupable

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et en minimisant les abus

Je viens de lire - Page 19 Touchz22Je viens de lire - Page 19 Touchz23

Avec cette thérapie comme support, ces femmes apprennent a se réapproprier leurs corps et à extérioriser la violence dans laquelle elles étaient enfermées. Leurs corps mémorise cette violence insurmontable.

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Grâce à cette thérapie, il y aura une libération, une reconstruction

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Je viens de lire - Page 19 Touchz31Je viens de lire - Page 19 Touchz30
Je viens de lire - Page 19 Touchz29

cette empathie se lit à chaque page de la bande-dessinée, à la fois très juste et très émouvante.

466Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 8 Juil - 9:33

Raymond

Raymond
Admin
En liant les pages que tu montres, "Touchées" raconte en effet la psychothérapie des victimes. Je trouve que c'est vite ennuyeux, les histoires de psychothérapies, à moins que le scénariste ait un vrai talent de raconteur d'histoire. Cela doit probablement être une BD suisse, puisqu'elle est éditée par Payot ?
Pour Entre les lignes, il faudra que je regarde en libraire. Il semble que ce soit surtout un excellent sécnario, puisque c'est l'adaptation d'un roman, mais le dessin me plait assez également. A voir ...


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467Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 11 Juil - 10:10

Raymond

Raymond
Admin
Henri Filippini commente à son tour L'étreinte de Jim et Laurent Bonneau, d'une manière assez neutre.

Je viens de lire - Page 19 Etrein10

J'ai lu pour ma part cet album hier après midi et ... c'est pas mal. Je craignait une histoire larmoyante ou à l'eau de rose (les spécialités de Jim) et le livre offre à la place une belle complexité de sentiments des personnages. Le récit reste ainsi plutôt réaliste et c'est une bonne surprise.

L'album fait 300 pages et cette ampleur permet aussi au scénariste de développer avec subtilité le thème de la recherche d'une femme avec l'aide d'une simple photo prise au hasard. Le lecteur doit beaucoup attendre (tout comme le personnage principal) de voir le visage de cette inconnue dont on ne connait au départ que la silhouette. Le ton n'est pas graveleux et les promeneuses que le héros rencontre au fil de ses pérégrinations réagissent d'une façon logique. En fait, la vie n'est pas facile pour ce sculpteur qui ne peut pas faire l'économie d'un deuil. Toute cette logique sentimentale est bien respectée et j'ai apprécié l'honnêteté de l'intrigue.

Le dessin de Laurent Bonneau et les nombreuses séquences muettes illustrent bien cette histoire qui est plutôt triste, mais pas larmoyante. Je n'ai toutefois pas été béat d'admiration devant les images (je sais ... je suis un peu difficile) et un graphisme plus personnel aurait probablement donné davantage de caractère à ce roman graphique. Par certains aspects, ce n'est pas une vraie BD d'auteur et l'album reste visuellement assez standard. Des auteurs comme Emmanuel Guibert, Xavier Mussat ou Howard Cruze l'auraient illustré avec bien plus de caractère, je pense, mais il est vrai que ces dessinateurs travaillent avant tout sur leurs expériences vécues et qu'ils sont donc bien plus "concernés".

C'est une bonne lecture, disons le tout net, mais je n'ai pas eu l'impression de découvrir un chef d'oeuvre. Il y a de belles idées mais cela reste tout de même un peu confectionné. Mon appréciation est donc plutôt celle d'un EEE ... et ce n'est bien sûr que mon avis.   pirat


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468Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 11 Juil - 10:27

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Bonjour Raymond

Je suis très heureuse de lire votre avis sur L'étreinte. Votre regard complète le mien. Bonneau a effectivement donné un tout autre relief à l'intrigue qui est d'une qualité bien supérieure aux histoires habituelles de Jim. Le dessin ne m'a pas gêné. J'y vois des traits à la serpe, reflet des sentiments.
Dans nos lectures partagées, combien de E décerneriez-vous à Malgré tout de Lafebre ?

Éléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Dim 11 Juil - 10:52, édité 1 fois

469Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 11 Juil - 10:50

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
J'ai aussi découvert un grand dialoguiste. En partageant le scénario, l'auteur a pu mieux se consacrer à l'écriture. Et la BD nous offre de belles phrases, de la matière à citation.

Éléanore

470Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 11 Juil - 10:55

Raymond

Raymond
Admin
Malgré tout de Lafebre ?  Excellente question ... gasp !  Embarassed  Il est bien difficile de choisir.   

J'ai vraiment beaucoup aimé cette histoire qui est malicieuse et pleine de surprises (et de bonheur). Le dessin est assez standard mais il est tout à fait approprié au sujet. J'hésite donc entre le EEE et le EEEE ...


Allez ! Soyons fous ! Je mets le EEEE.   Very Happy


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471Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 11 Juil - 10:58

Raymond

Raymond
Admin
eleanore-clo a écrit:J'ai aussi découvert un grand dialoguiste. En partageant le scénario, l'auteur a pu mieux se consacrer à l'écriture. Et la BD nous offre de belles phrases, de la matière à citation.

Éléanore
Les dialogues sont certes excellents mais mais j'ai moins été frappé que toi par le texte.

Quelles citations pourrais-tu donner en exemple, pour l'Etreinte  ?


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472Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 15 Juil - 7:46

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Bonjour

Voici les plus belles phrases de L'étreinte, enfin du moins selon mon goût  Smile .

Page 27 (édition Canal BD) : "nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir. Il y a urgence à n'en pas guérir".

Page 115 : "l'espoir est une forme liquide qui sans cesse trouve son chemin, s'infiltre partout partout où il peut se faufiler".

Page 55 : "le temps n'est-il qu'une peau morte qui sèche, qui croute et tombe au pied de son lit". Une circonlocution qui m'a tout de suite fait penser à Léo Ferré.



Page 78 : "ce sont deux mondes distincts sans aucune porosité, le monde du réel et ses codes bien à lui et le monde des laissés-pour-compte, le monde des hôpitaux et des services de réanimation".

Page 100 : (la citation est de Nietzche et pas de Jim  Laughing mais elle s'applique parfaitement au contexte ) "deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même". Michel-Ange bien sûr.

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Page 148 : "les morts sont de vieilles commères qui passent leur temps à écouter aux balcons". Allez. Je vais être irrévérencieuse. Et voilà donc une phrase qui me rappelle le rapport actuel à Keynes fou  .

Je viens de lire - Page 19 John-maynard-keynes-1-2

Page 249 : "J'ai entendu dire qu'on mourait deux fois. Quand ton cœur cesse de battre, et quand on arrête de prononcer ton nom".

Page 295 : "entre la peur et l'attente, il y a de l'espace pour les rêveurs"

Page 305 (Diderot et pas Jim, bis repetita  Wink ) : "Il faut ou se refermer, ou s'habituer à avoir de la poussière dans les yeux quand il fait grand vent"

Au-delà des citations, les textes sont très lyriques, souvent tristes :

Page 165 "ce serait réconfortant pourtant un cimetière où l'on pourrait aller faire le seuil de nos histoires d'amour passées... On y inscrirait les dates de début, les dates de fin... certaines personnes ,'auraient qu'une seule et discrète petite tombe avec deux prénoms gravés et d'autres couvriraient des champs entiers de pierres tombales avec autant d'épitaphes".

Page 168 :et je suis trop affairé... nourri de ce trop-plein, cette urgence à te retrouver.. retrouver le jour d'avant... fuir celui d'après

En y repensant, je comprends parfaitement que le graphisme soit déroutant. Bonneau assemble ici un patchwork de techniques : l'aquarelle, le crayon gras, le trait hachuré, l'ordinateur, etc. le tout colorié avec un minimum de teintes, à travers de grandes pages monochromes.
Bon, après, c'est l'époque du Festival de Cannes et les démarches artistiques les plus fortes sont à l'honneur !

On peut rajouter que la photographie qui sert de fil conducteur à l'intrigue existe et que sa reproduction trône en page 312. Enfin cerise sur le gâteau, le héros de la BD, Benjamin, s'inspire d'un sculpteur réel. Pas Michel Ange mais Olivier Delobel !

Je viens de lire - Page 19 Image

Et pour conclure sur une note plus classique, la couverture de l'édition Canal BD rappelle une double page bien lointaine. Celle des 1000 visages de Spirou de Franquin. Le dessin est voisin même si le dessein est fort différent !

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Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Jeu 15 Juil - 9:23, édité 1 fois

473Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 15 Juil - 9:18

Raymond

Raymond
Admin
Merci de ton travail ! C'est effectivement un album très "écrit" !   Very Happy

Filippini en parle àgalement sur BDZoom !

« L’Étreinte » : Jim, auteur caméléon… | BDZoom.com


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474Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 15 Juil - 19:16

eleanore-clo

eleanore-clo
grand maître
grand maître
Le divin scénario est une BD de Beneteaud et Dori.

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L'archange Gabriel revient d'une fête sur l'Olympe lorsque Dieu le convoque. Il lui annonce avoir décidé de concevoir un enfant pour remettre un peu d'ordre sur la terre. Et son secrétaire, Luc, charge Gabriel de trouver Marie...

Le scénario est clairement loufoque et il mélange l’irrespect le plus total à tous les mythes possibles et imaginables. Gabriel va ainsi et successivement proposer le "job" de maman de Jésus à Shéhérazade, à une des sirènes de l'Odyssée, à Madame Bovary, à Marylin Monroe et à la femme sur la balançoire des Hasards heureux de l'escarpolette, etc.

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La quête insensée et délirante de l'archange tourne rapidement à une succession de rencontres sexuelles car toutes ces héroïnes se révèlent séduites par l'archange et désireuses de l'initier aux plaisirs des sens. Lucifer et les enfers de Dante participent aussi de cette comédie grandiloquente et profanatrice. L'humour est malheureusement gras et manque de subtilité.
Moderniser est bien. Ainsi, Pierre Boulez et Patrice Chéreau ont transfiguré le festival de Bayreuth en mettant en scène des dieux en costumes.

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Mais la mayonnaise ne passe pas aussi bien car le décapage est tellement gros, tellement énorme qu'il en manque de noblesse.

Et d'un point de vue construction, le scénario se résume à une succession décousue de sketches  gourdin .

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Le graphisme se rattache vaguement à l'école Disney italienne : lignes nettes, couleurs franches, etc. Le dessinateur multiplie les parodies et je confie préférer Fragonard à Dori. Les vignettes manquent d’originalité, de personnalité et de style. Au final, là aussi, le total n'y est pas. down .

Du coup, je vais pouvoir décerner mon premier E. Cependant, peut être que les amateurs des Monty Python pourraient trouver ici leur plaisir ? En tout cas, l’œuvre a été retenue par le jury du Prix des libraires CanalBD : https://www.canalbd.net/glbd_plibre_33-10_Selection-2022.

Eléanore

475Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 16 Juil - 13:55

Raymond

Raymond
Admin
Et bien, comme ça c'est très net ! Je ne vais pas perdre mon temps !   Very Happy


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