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451Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 19 Jan - 16:02

Raymond

Raymond
Admin

Tout est à vendre, de nos jours, et cette mini-série semble jongler habilement avec cette idée. Mais en fait, cela m'énerve tellement que je ne suis as sûr d'avoir envie de lire cette BD. Wink


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452Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 26 Jan - 9:12

Raymond

Raymond
Admin

eleanore-clo a écrit:René·e aux bois dormants est une BD scénarisée et dessinée par l'illustratrice Usdin.

Je viens de lire - Page 19 Renzo-13

René.e vit avec sa mère à Toronto. Solitaire et mal à l'aise dans la grande ville, l'enfant se réfugie dans les rêves. Durant l'un d'entre eux, il part à la recherche de sa peluche. Il va ainsi se promener dans des mondes fantasmagoriques, issus de la mythologie amérindienne, et peuplés de créatures étranges, parfois aidantes, mais le plus souvent agressives voire même terrifiantes. Une succesion de métamorphoses permettent à René.e de progresser dans son voyage et surtout de découvrir le secret de son identité.

Le scénario vise à dénoncer un évènement historique, la rafle des années 60. A cette époque, des gouvernements provinciaux canadiens séparèrent des milliers d'enfants autochtones de leur famille pour les confier à des familles blanches : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_des_ann%C3%A9es_60. Mais peut-on dire qu'une histoire engagée est une bonne histoire ? Je ne le pense pas. Le mariage entre l'onirisme, la mythologie et le combat politique aboutit à une intrigue d'une grande complexité, difficile à suivre. Les scènes et les mythes se succèdent dans une logique apparemment sans queue ni tête avant que la finalité de l'histoire et l'unification de tous les récits ne soient dévoilées. La BD doit être lue et relue pour en saisir l'essence. Surtout, l'émotion, à part une peur sourde, est absente. Nous sommes ici dans une thérapie et chacun des actes de l'histoire correspond à une visite chez le psychothérapeute, où le patient confie ses rêves afin que la praticien lui fasse découvrir, doucement, pas à pas, la source de sa souffrance.

Côté dessin, Usdine a étudié aux Arts Décoratifs de Paris et son parcours se ressent dans le graphisme, très inspiré de l'art contemporain. A titre personnel, a minima pour le traitement des couleurs, j'y ai perçu l'influence de Nicolas de Staël. L’enchaînement des vignettes nous emmène dans une galerie d'art. L'artiste déploie son talent dans une succesion d’œuvres abstraites, appelant au rêve ou à l'interrogation. Nous sommes ici à mille lieues de la BD franco-belge et l'éditeur, Sarbacane, confirme ici une lignée éditoriale audacieuse et intellectualiste. Le lecteur peut donc être dérouté d'autant plus que l'accès au dessin n'est pas aisé et demande appétence et temps.

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Nicolas de Staël Syracuse, 1954

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Nicolas de Staël Méditerranée, Le Lavandou, 1952

Les critiques du dBD Magazine ont beaucoup apprécié cette œuvre puisque la moyenne de leurs appréciations place le travail d'Usdin au premier rang des BD publiées le mois dernier. Je confie être beaucoup plus mitigée. On peut faire des bandes dessinées engagées beaucoup plus digestes Laughing . Oleg de Peeters ou Un océan d'amour de Lupano et Panaccione abordent avec sensibilité et légèreté les travers de notre société. Leurs regards sont critiques mais jamais moralisateurs ou abscons. Enfin, je préfère mille fois l'absurdité de Lewis Carol (Alice in Wonderland) ou l'onirisme de Fred (Philémon), plus poétiques et moins désespérés ou cruels. Au final, ma note sera donc quelque peu sèche.
E

Eléanore

Je n'ai pas lu cet album qui a finalement remporté le Grand Prix de l'ACBD 2022 !  Le dessin un peu hermétique et les commentaires d'eleanore-clo m'ont dissuadé de le faire. Rolling Eyes

Sinon, l'autrice, Elene Usdin, a été interviewée par ActuaBD !

Je viens de lire - Page 19 Renzo-14

C'est un podcast qui se trouve sur cette page :

https://www.actuabd.com/Rene-e-aux-bois-dormants-un-conte-fascinant-d-Elene-Usdin-PODCAST


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453Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 26 Jan - 15:53

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Les étoiles s’éteignant à l'aube est une BD de Vincent Turhan, inspirée du roman éponyme de Richard Wagamese.

Je viens de lire - Page 19 Zotoil11

Franklin, jeune amérindien, vit heureux sous la tutelle de Barry, son père adoptif. L'adolescent ne connaît ni son père, ni sa mère. Or, un appel à l'aide d'Eldon, son géniteur, au dernier stade d'une cirrhose alcoolique, va lui permettre de renouer avec son enfance et de découvrir tous les secrets de sa naissance.

Je n'ai pas lu le livre original et ne peut séparer ce qui relève du talent de l'écrivain de ce qui relève du talent du scénariste. Mais, clairement l'intrigue est une superbe réussite.
Il convient en premier lieu de saluer la tonalité. Franklin et Eldon vont entreprendre un long périple dans le nord-canadien. Leur immersion dans une nature nourricière, parfois protectrice, parfois agressive, tourne rapidement au voyage initiatique. Le vieil homme va se confesser pour rechercher le pardon et se réconcilier avec un passé sombre. La mort qui l'attend au bout du chemin en devient religieuse. Quant à l'adolescent, il va se découvrir une famille et des racines. Sa force intérieure en ressort grandie. La BD adopte donc une ambiance mystique. On ressent la puissante parentalité de la nature. Les amérindiens s'en réclament et y s'y ressourcent face à une civilisation blanche vécue comme artificielle et agressive. Les clichés sont donc nombreux, mais empreints de réalisme comme par exemple l'alcoolisme ravageant les tribus, ou encore la communion des autochtones avec les animaux. Et comme tout voyage initiatique, le voyage est aussi bien extérieur, sur la carte, qu’intérieur, au sein de l'âme.

La BD est aussi une superbe chronique familiale. Qu'est-ce qu'être père ? Barry a t-il plus le droit de porter ce titre qu'Eldon ? Et qu'est-ce qu'être un fils ? Respecter un ascendant en fin de vie ? Lui donner de l'espoir ? Le faire progresser une dernière fois ? L'histoire est très masculine mais elle n'oublie pas les femmes, victimes collatérales de l'alcoolisme, battues par des prédateurs, mais aussi sources de vie, à la fois tentatrices et rédemptrices. Et la vielle indienne, croisée dans une cabane perdue dans la forêt, incarne une sagesse universelle. La BD fait donc preuve d'un superbe humanisme, avec des personnages fort attachants.

Je viens de lire - Page 19 A47
Je viens de lire - Page 19 A48

Le graphisme déstabilisera plus d'un lecteur. Je ne connais pas toutes les techniques de dessin mais la béotienne a cru percevoir un mélange de crayon gras et de couleur directe. Le résultat m'a séduite. La nature est splendidement restituée, pas de manière photographique mais plutôt à la façon des impressionnistes. Le but est de suggérer, de créer une ambiance. Le réalisme n'est donc pas de mise même si l'abstraction n'est pas totale. Les visages sont très légèrement caricaturaux, le but visé étant de les rendre signifiants, conformes aux personnalités.
Et les tonalités sont douces à l'image d'une BD mélancolique, douce-amère.

Au final, je confie avoir beaucoup apprécié cette BD, exigeante mais jamais abscons, irréaliste et pourtant tellement conforme à notre humanité. Peindre la marginalité est très à la mode dans notre époque de survalorisation des minorités et de wokisme, et pourtant, il me semble que l'auteur transcende ces personnages et leurs errances pour conter une histoire universelle, nous concernant tous, celle de la filiation.
EEE

Eléanore

454Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 28 Jan - 14:37

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Reckless est un comics / une BD scénarisée par Ed Brubaker, dessinée par Sean Phillips et colorée par Jacob Phillips.

Je viens de lire - Page 19 Couv_432910

Ethan Reckless est un ancien agent du FBI, spécialisé alors dans l'infiltration des mouvements terroristes. Désabusé, il est devenu détective privé. L'intrigue débute lorsqu'il reçoit un appel d'un ancien amour, une activiste d'un des réseaux qu'il surveillait. Elle souhaite récupérer sa part du butin du braquage d'une banque. Ethan accepte de l'aider. La recherche du magot emmène le héros dans le milieu du trafic de drogue où il découvre, ô surprise, la marque de la CIA Evil or Very Mad

Reckless est un polar. Le récit est noir, vraiment noir. Le suspens tend la narration et je confie avoir trouvé très habile l'ultime pirouette du livre, même si elle est encore plus désespérée que tous les faits l'ayant précédée. Le complotisme fait maintenant partie intégrante de la culture étasunienne et sa nième mise en scène manque un peu d’originalité. On retrouve d'autres clichés comme celui du trafic de stupéfiants ou encore l'ultraviolence. A noter la touche conservatrice du scénariste qui associe mouvement hippie et terrorisme. Vous avez dit Trump ?

Le graphisme est très classique, très fouillé avec un beau travail sur les ombres et les couleurs. J'ai beaucoup apprécié les images de l'Amérique profonde, le cinéma ou encore le motel et son restaurant.

Bon, au final, n'étant pas une grande amatrice des polars, ni une fan des comics (j'ai passé l'âge Laughing ), ce sera EE.

Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Ven 28 Jan - 16:07, édité 1 fois

455Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 28 Jan - 15:52

Raymond

Raymond
Admin

Décidément, tu es très réactive !   pouce

Mais au final, je suis un peu honteux puisque c'est peut-être moi qui t'ai incité à lire une simple "BD de genre". Embarassed

Merci en tout cas pour le compte rendu.  jap


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456Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Ven 28 Jan - 21:13

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Raymond a écrit:

Mais au final, je suis un peu honteux puisque c'est peut-être moi qui t'ai incité à lire une simple "BD de genre". Embarassed

Merci en tout cas pour le compte rendu.  jap

Bonsoir Raymond

Ne vous inquiétez-pas  jap  . Vos conseils sont judicieux  bise et je lis toujours avec célérité et plaisir les titres mentionnés dans le fil Vous n'avez pas acheté mais vous vous posez la question.
Et justement, la BD que vous avez citée, celle ayant obtenu le bédien d'or de Planet BD n'est pas celle que j'ai commentée précédemment, mais sa suite. En effet, il m'a semblé utile de commencer par le premier tome avant "d'attaquer" le deuxième  Smile .

Allez, je plonge à l'eau et commence mon 100 mètres nage libre lol! .

L'envoyé du diable est le tome 2 de la série Reckless. Les auteurs du premier opus, le scénariste Ed Brubaker, le dessinateur Sean Philipps et le coloriste Jacobs Philipps sont de nouveau à la barre.

Je viens de lire - Page 19 Couv_438736

Ethan Reckless a sympathisé avec Linh Tran, une bibliothécaire rencontrée lors d'une précédente enquête. La jeune femme lui demande de retrouver sa sœur, Maggie, perdue de vue alors qu'elle tentait sa chance à Hollywood. Le détective se lance alors sur un mortel jeu de piste où la face glauque du cinéma se marie avec un culte satanique nazi. Rien que cela  Twisted Evil

Ce deuxième tome explore et défait un mythe américain, celui du cinéma. La plupart des starlettes arrivent à Los Angeles, les yeux remplis de rêve et d'espérance. Mais seule une infirme minorité d'entre elles atteindront la célébrité et auront leur étoile sur le Walk of fame (https://fr.wikipedia.org/wiki/Hollywood_Walk_of_Fame). Beaucoup finiront broyées par un système âpre, sans pitié pour les plus faibles, avide de chair fraîche, et où l'argent et le pouvoir nourrissent les vices les plus abjects. Ainsi, Los Angeles est la capitale de l'industrie américaine du cinéma pornographique... Le voyage dans lequel nous emmène Brubaker est encore plus terrifiant car des messes sataniques et surtout la mort sont au bout des pseudos tournages.
La narration ressemble à un sinistre rallye. Chaque étape apporte son lot d'indices et Ethan va remonter la piste jusqu'au grand prêtre d'un culte démonique. La lecture est parfois un peu complexe car on s'y perd dans tous les noms et il faut souvent revenir en arrière de quelques pages pour retrouver la référence et comprendre le déroulé. Cela est un peu gênant mais pas trop car l'intrigue est passionnante.  
Le personnage de Linh permet à Brubaker d'aborder le sujet de l'intégration des réfugiés vietnamiens en Amérique. La BD nous (dé)montre que l'intégration ne fut pas facile et que le melting pot (https://fr.wikipedia.org/wiki/Melting_pot) a été relégué dans les limbes du passé par une société quelque peu raciste. Même si de grandes complicités peuvent se nouer comme entre Linh et Maggie. On pense bien évidemment au film La déchirure : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_D%C3%A9chirure_(film).
Et donc, la BD relève du roman noir mais pas que. Le détective privé est désabusé mais pas que. La violence est omniprésente mais pas que. Etc. Au final, l'ouvrage porte une ambition plus vaste ce qui explique l'appréciation de Planet BD.
On peut aussi relativiser ces lauriers. L'arrivée d'un ancien nazi sonne artificielle. It's too much / C'est de trop comme dirait nos amis anglo-saxons Rolling Eyes .

Je viens de lire - Page 19 PlancheA_438736

Le graphisme me semble moins travaillé que dans le premier tome. Par exemple, et à plusieurs reprises, les proportions du corps ne sont pas respectées avec une tête un peu trop grosse par rapport au corps. Ce qui ne se fait pas dans une BD réaliste ! Les décors et les habits manquent aussi un chouïa de substance. Le dynamisme de l'action est par contre parfaitement restitué grâce à grands traits.

Tout bien considéré, et comme une "bonne" BD, c'est d'abord un "bon" scénario, j'ai plutôt apprécié l'ouvrage. Le niveau n'étant toute fois pas celui de Pulp, je mettrai un EEE.

Eléanore

457Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 29 Jan - 9:35

Raymond

Raymond
Admin

Merci pour la chronique. C'est donc plutôt bien ! Very Happy

Petite question : faut-il absolument lire le tome 1 avant le tome 2 ?


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458Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 29 Jan - 10:05

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
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Les deux tomes peuvent tout à fait se lire indépendamment.

Éléanore

459Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Lun 31 Jan - 13:51

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
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Le poids des héros est une BD autobiographique de David Sala.

Je viens de lire - Page 19 Couv_435756

David Sala nous conte sa vie, entre une enfance marquée par les personnalités puissantes de ses grands-pères, et un début de carrière difficile et peu rémunérateur. Les ascendants de l'auteur sont des héros de la Guerre d'Espagne et rescapés de la Seconde guerre mondiale. L'un d'entre-eux a même survécu au camp d'extermination de Mathausen. Leur ombre s'étend sur leurs enfants et petits enfants. Le récit se veut aussi une chronique des jours ordinaires des Trente Glorieuses. Nous sommes dans la cour de récréation ou faisons l'école buissonnière. Nous partageons l'inquiétude de la mère après le rapt et l'assassinat d'un des enfants. Etc. Le passage à l'âge adulte du héros ne dilue en rien l'émotion puissamment distillée par l'ouvrage. Et l'adoration des grands parents, l’admiration absolue face à leurs exploits quelque peu écrasants, s'effacent devant l'amour filial. Et la BD se termine sur un cri d'amour lancé à une maman trop tôt disparue. L'auteur est devenu père et il s'inscrit dans une immense chaîne, allant du début de l'humanité jusqu'à un futur inconnu à ce jour.

David Sala sait susciter les émotions les plus diverses. Et il en profite pour nous donner une leçon d'Histoire. Ses personnages ont connu les ouragans du passé et ils y ont appris la résilience et le juste combat. Derrière les chansons de Brassens citées, et l'apologie de l’individualisme libertaire, se profilent des citoyens modèles et responsables.
J'ai aussi beaucoup apprécié l'angle avec lequel est abordé le monde de la BD. Le succès n'y est pas facile et nécessite du courage car il faut endurer beaucoup de privations avant de pouvoir ne serait-ce que percer. Partant de là, l'auteur établit un parallèle entre sa vie et celle de ses prodigieux grands-pères. Il en devient un combattant, un alter-combattant certes mais un "honnête" combattant quand même.

Je viens de lire - Page 19 3383_P6 Je viens de lire - Page 19 3383_P19

Le dessin est sublime. Sala va au-delà de la BD et ses vignettes tirent vers la peinture. On pense à Klimt ou plus proche de nous à David Hockney. Et les admirateurs de Camille Jourdy seront ravis par l'usage intensif, jubilatoire et quasi pointilliste des couleurs.

Au final, j'ai beaucoup apprécié cette œuvre. Le scénario est bouleversant navigant entre l'Histoire et la chronique familiale. Et le graphisme est éblouissant.
Sans hésiter, ce sera donc EEEE.

Je ne suis d'ailleurs pas seule à apprécier cet ouvrage qui a été nommé BD RTL du mois par la critique Monique Younès (ou plutôt par les critiques anonymes qui votent et dont la journaliste est la porte-parole  Smile ): https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/le-poids-des-heros-de-david-sala-est-la-bd-rtl-du-mois-de-janvier-7900118919
Eléanore

460Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 1 Fév - 15:55

eleanore-clo

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Et voici des critiques libre d'accès :

Le monde : https://www.lemonde.fr/culture/article/2022/01/29/le-poids-des-heros-shadow-life-amalia-leviathan-douze-albums-bd-a-decouvrir_6111457_3246.html
France Info : https://www.francetvinfo.fr/culture/coups-de-coeur-culture/bd-le-poids-des-heros-de-david-sala-avec-cet-album-j-ai-un-peu-l-impression-d-avoir-rempli-ma-mission_4923843.html
France Inter: https://www.franceinter.fr/emissions/bulles-de-bd/bulles-de-bd-du-mercredi-19-janvier-2022
ActuaBD : https://www.actuabd.com/David-Sala-splendeur-et-pesanteur-du-souvenir

Le Figaro
, Les dernières nouvelles d'Alsace et Télérama sont très positifs mais les articles sont réservés aux abonnés.

Eléanore

461Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 1 Fév - 16:59

Raymond

Raymond
Admin

Tout cela donne envie de découvrir l'album. Very Happy

Il faudra que je le feuillette en librairie le week-end prochain !


_________________
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462Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mar 1 Fév - 17:09

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
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Je confie être très désireuse de connaître vos impressions. Et si vous vous lancez, quelle sera la note attribuée à cet ouvrage ? RR ? RRR ? ou RRRR ? Smile

Eléanore

463Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 6 Fév - 19:18

Raymond

Raymond
Admin

David Sala est un auteur de BD qui aura bientôt 50 ans et que je connais très peu. Il a réellement commencé sa carrière bédéphile en 2000 avec la publication de Replay chez Casterman. C'est une mini-série que je n'ai jamais lue et qui raconte semble t-il l'évolution complexe d'une amitié. Elle n'a pas eu un grand succès.

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Bien sûr, David Sala a insisté dans le métier de la bande dessinée et il a changé plusieurs fois d'éditeur. Il est ainsi passé chez Soleil où il a fait des choses insignifiantes, puis chez Delcourt où il a publié les 4 tomes de Nicolas Eymerich, Inquisiteur, une BD historique et policière qui devient parfois un peu fantastique. Je me souviens qu'on en avait parlé dans les journaux spécialisés à l'époque, et ceci même m'avait amené à lire 1 ou 2  tomes qui avaient empruntés à la bibliothèque de Lausanne. Je n'avais pas trop aimé le dessin sombre et expressionniste, et encore moins les aspects fantastiques de cette BD que j'ai assez vite trouvé ennuyeuse. Je l'ai donc très vite oubliée !

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J'ai ensuite perdu la trace de David Sala et je crois qu'il s'est alors un peu éloigné de la BD, car il a publié peu de choses à partir de 2010. Je me souviens d'avoir feuilleté une fois le Joueur d'Echec en librairie, il y a environ 5 ans, mais le dessin de cet album ne m'attirait vraiment pas. Et puis il y a maintenant cette BD autobiographique et intimiste intitulée le Poids des Héros, qui est assez différente de tout ce que l'auteur a publié jusqu'à présent. Le dBD du mois de décembre en faisait plutôt l'éloge mais je n'y aurais guère prêté d'attention si eleanore-clo n'avait pas elle aussi commenté très avantageusement cette œuvre dans notre sujet.

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Le récit se passe principalement pendant les années 70 et 80 et il raconte d'une façon assez classique la jeunesse de David Sala, avec ses années d'écoles, ses fêtes familiales, ses drames intimes, ses camaraderies et surtout la lente découverte du passé de sa famille. La découverte de la vie héroïque de ses deux grands-pères va en particulier construire l'enfant sur le plan psychologique et lui donner une certaine identité. Ces moments de découverte sont dessinés dans un style très spécifique, qui se distingue bien du reste du récit, et j'ai bien apprécié ce choix habile.

Le style graphique est assez inhabituel pour une autobiographie. Plutôt que de choisir le traditionnel (et sérieux) noir et blanc du roman graphique, l'auteur privilégie un style vif et coloré qui se place à mi-chemin entre la caricature et la peinture. Les personnages ne sont pas rapidement identifiables (il faut faire pas mal de déductions) mais on y retrouve assez bien le regard naïf d'un enfant ainsi que ses interrogations sur le monde qui l'entoure.

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Par moments, la charge en couleurs se complexifie et le motif des images se met presque à disparaître, tellement la page est bariolée de contrastes et de couleurs. Le réalisme des situations est remplacé par une sorte de dispersion visuelle et on pourrait considérer cela comme des "moments artistiques" purs. Je ne vois pas sinon quel pourrait en être le sens ?

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Et puis, il y a les moments où l'enfant essaie de mettre en images les drames vécus par ses deux grands-pères pendant la guerre de 39-45. Le dessin devient alors simplifié, les formes prennent une apparence enfantine et les couleurs sont presque abstraites, quitte à apparaître un peu incongrues. C'est ainsi que la scène très dramatique de la pendaison de son grand-père maternel est ornée de teintes claires, presque joyeuses et sans aucun lien avec le contexte. Là encore, c'est un "choix artistique" et je m'interroge sur sa pertinence.

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Sinon, j'ai ressenti beaucoup de sympathie pour cet hommage attendri à des familles espagnoles qui se sont implantées en France pendant l'après-guerre. David Sala raconte avec simplicité et parfois beaucoup de chaleur ses souvenirs d'enfant, et c'est sans aucun doute l'aspect le plus séduisant de cet album bariolé de couleurs qui cassent parfois un peu l'ambiance. Je ne sais pas s'il faut considérer cet aspect graphique comme une maladresse ou s'il faut y voir une intervention pleine de sens. Peut-être d'ailleurs qu'il ne fait retenir ni l'une ni l'autre de ces hypothèses, et qu'il faut simplement admettre que David Sala ne peut pas dessiner autrement. Il y a là un beau sujet de discussion et je suis intéressé par vos avis.   pirat

Et pour résumer de la façon la plus simple mon impression globale sur ce livre, que j'avoue ne pas admirer, je mettrai un "généreux" EEE, essentiellement pour le récit d'une enfance ordinaire dans lequel je me suis bien retrouvé. C'est par ailleurs un album qui me parait plein de sincérité et dans lequel l'auteur a mis beaucoup de lui-même.


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464Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 9 Fév - 12:54

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Bonjour Raymond

Merci d'avoir lu Le poids des héros  bise .

Je ne partage pas totalement votre point de vue sur la puissance graphique de la BD. Le dessin est ici inspirant, infatigable, souverain. Plusieurs styles cohabitent au gré des scènes comme vous l'avez si bien démontré en mettant en parallèle le dîner familial et la pendaison. Il est vrai que la richesse foisonnante de détails colorés des vignettes peut faire peur. A titre personnel, je me suis immergée dans l'image et l'ai bue avec délice.

Un point que nous n'avons que peu mentionné est la thérapie libératoire de la BD. Sala a grandi dans l'ombre tutélaire de héros, ce qu'il résume d'ailleurs dans le titre de son ouvrage. Et son parcours vers la paternité est aussi un parcours vers la constitution du moi.

On peut aussi dire que la BD se veut intellectualiste, peut être d'ailleurs un peu trop.

En tout cas, je suis très heureuse d'avoir lu votre avis. J'hésite toujours à faire rentrer ce livre dans ma bibliothèque et votre avis m'aidera dans ma décision ! Et est-ce que d'autres membres du forum ont lu le roman graphique ? Les critiques des médias généralistes cités plus haut sont quand même unanimes et on voit que l'ouvrage sort du champ du genre "BD" pour entrer dans le champ universel de la littérature.

Eléanore

465Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 9 Fév - 13:37

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage

Je n’ai pas lu cet ouvrage mais ce que j’en découvre ici  m’intéresse vivement et vient compléter l’impression que j’ai eue en le feuilletant chez mon libraire sur sa recommandation samedi dernier. La mise  en image éveille en moi spontanément une forte adhésion. Elle m’a même fasciné.
En revanche je n’ai fait que feuilleter l’ouvrage. Je ne peux donc me prononcer davantage pour l’instant.

http://www.marchenriarfeux.net

466Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 9 Fév - 15:13

Raymond

Raymond
Admin

eleanore-clo a écrit:Bonjour Raymond

Merci d'avoir lu Le poids des héros  bise .

Je ne partage pas totalement votre point de vue sur la puissance graphique de la BD. Le dessin est ici inspirant, infatigable, souverain. Plusieurs styles cohabitent au gré des scènes comme vous l'avez si bien démontré en mettant en parallèle le dîner familial et la pendaison. Il est vrai que la richesse foisonnante de détails colorés des vignettes peut faire peur. A titre personnel, je me suis immergée dans l'image et l'ai bue avec délice.

Un point que nous n'avons que peu mentionné est la thérapie libératoire de la BD. Sala a grandi dans l'ombre tutélaire de héros, ce qu'il résume d'ailleurs dans le titre de son ouvrage. Et son parcours vers la paternité est aussi un parcours vers la constitution du moi.

On peut aussi dire que la BD se veut intellectualiste, peut être d'ailleurs un peu trop.

En tout cas, je suis très heureuse d'avoir lu votre avis. J'hésite toujours à faire rentrer ce livre dans ma bibliothèque et votre avis m'aidera dans ma décision ! Et est-ce que d'autres membres du forum ont lu le roman graphique ? Les critiques des médias généralistes cités plus haut sont quand même unanimes et on voit que l'ouvrage sort du champ du genre "BD" pour entrer dans le champ universel de la littérature.

Eléanore

En fait, il est bien difficile de choisir ce qui nous plaira à long terme. Les goûts évoluent au cours du temps. Et si je reprends maintenant les premiers albums qui ont été commentés dans ce sujet ("Je viens de lire"), dont je faisais à l'époque grand cas, je me rends compte que mon intérêt a beaucoup diminué pour certains de ces titres.

Prenons par exemple le cas de "Medz Yeghern", le tout premier livre qui a été critiqué dans ce sujet, il me semble que je ne le rachèterais pas aujourd'hui. C'est une BD qui garde une certaine valeur, bien sûr, mais je n'ai plus vraiment envie de la relire. C'est probablement une œuvre mineure.

A cet égard, le "Poids des Héros" est une BD un peu plus "immersive". On peut ouvrir ce livre et s'y plonger pour le simple plaisir images, sans forcément s'intéresser à l'histoire qui est racontée (c'est d'ailleurs un peu cela que je reproche Wink ). Et si on admet cette idée, c'est très probablement un livre que tu aurais du plaisir à relire.  Wink


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467Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 9 Fév - 16:08

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Oui. Les BD vieillissent et pas toujours comme un bon Clos de Vougeot Smile (je préfère les Bourgogne aux Bordeaux)

Ainsi, en ce moment, je me pose la question de sortir Zoo de ma bibliothèque. Le tome 3 ne fait pas débat et mon EO va rapidement prendre la direction de Aapoum Bapoum. Mais on peut trouver un intérêt aux tomes 1 et 2. J'hésite encore !

Eléanore

468Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 9 Fév - 16:30

Raymond

Raymond
Admin

Je peux comprendre cette hésitation car je ne suis pas moi non plus un fanatique de Zoo. En revanche, Frank Pé fait partie de la cinquantaine de mes auteurs favoris et dans ce cas de figure, je garde tous les albums, même ceux qui me plaisent moins.  Wink


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469Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Mer 16 Fév - 12:59

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Un ennemi du peuple est une adaptation en BD de la pièce de théâtre éponyme d'Ibsen, écrite et dessinée par Javi Rey

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L'économie d'un petit village dépend toute entière des recettes fiscales amenées par une station thermale. Or, les eaux de celles-ci sont polluées du fait de la mauvaise conception du système de captation. Tomas Stockmann, le médecin local, s'en rend compte et demande un arrêt de l'activité le temps d'une mise aux normes. Mais le maire, le propre frère du docteur, s'y oppose pour des raisons économiques. Le praticien essaie alors de dénoncer le scandale sanitaire, avec l'aide de journalistes locaux. Sauf que ceux-ci sont rapidement corrompus par une subvention municipale et qu'ils refusent toute mauvaise publicité. Et au final, Tomas se retrouve seul face à toute une bourgade, plus soucieuse de son bien être matériel que de la santé des curistes.... Il est devenu l'ennemi du peuple.

L’original de l’œuvre est un texte d'une grande modernité. L'abandon du héros fait penser au western américain de Fred Zinnemann, Le train sifflera trois fois. La pollution des eaux de la station thermale fleure bon l'écologie. Le héros préfigure les lanceurs d'alertes. Et son discours dans lequel il dénonce une majorité aveugle fait penser au wokisme. La presse navigue entre un modèle économique fragile et la recherche des scandales. Et je ne parle pas du populisme du maire qui sait habilement flatter les bas instants de ses électeurs. Bref, on retrouve tous les ingrédients de notre société  Smile

Je confie ne pas aimer cette pièce d'Ibsen, par trop négative, qui louvoie entre la comédie, le ridicule, et la dénonciation des travers humains. Elle n'en est pas moins connue, moins que Peer Gynt, mais fait partie des classiques du théâtre norvégien. Lire la BD permet donc de découvrir un auteur remarquable.

Le scénario de Javi Rey s'appuie sur le texte original. Il s'en démarque avec intelligence en évitant les longs monologues. L'auteur construit ses dialogues avec les phrases les plus percutantes des répliques. Et le titre fleure bon la Révolution Française et la loi du 22 prairial an II instituant la Terreur. Bon, au moins, le héros ne sera pas guillotiné  Twisted Evil

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Comme l'a souligné, Raymond, le dessin manque de force et de style. Adoptant un trait naïf dans des décors minimalistes, l'artiste essaie de reconstituer un décor de théâtre en BD. Sauf que le mariage est pour le moins raté. Et les couleurs sans nuances sont apposées sans vision globale.

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Au final, je ne n'ai pas été séduite. La politique éditoriale sous-tendant les parutions dans la collection Aire Libre est ambitieuse ; et prendre des risques ne paie pas toujours. Clairement, nous sommes très en dessous d'un Âge d'or (Pedrosa - Moreil) ou d'Hibakusha (Cinna Barboni).

EE

Eléanore

470Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 17 Fév - 15:46

Raymond

Raymond
Admin

Merci d'avoir fait l'effort de lire cette nouveauté qui ne m'enchantais pas vraiment.  pouce

Il me semblait en tout cas dès le premier coup d'œil que le dessin lisse et rond de Javi Rey (avec ses couleurs un peu trop sucrées) ne correspondait pas du tout à l'atmosphère dure et grinçante des pièces de théâtre d'Ibsen (un auteur que j'aime beaucoup par ailleurs). il y a probablement une faute de style dans la BD !

Ceci dit, je n'ai pas vu "Un ennemi du peuple" sur une scène de théâtre, et je ne peux pas donc juger de l'œuvre originelle. J'ai de la peine à croire que ce ne soit pas bien.

Peut-être que j'emprunterai une fois ce livre à la bibliothèque municipale, si je le trouve, mais ne me presserai pas de le chercher. Very Happy


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471Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Sam 19 Fév - 18:00

Clovis Sangrail

Clovis Sangrail
bédéphile pointu
bédéphile pointu

Je n'ai pas encore lu, mais je viens d'acheter ceci :

Je viens de lire - Page 19 9782344048887-001-T Je viens de lire - Page 19 9782344048887_pg

Pour en voir un peu plus : lien vers Glénat

Teresa Radice et Stefano Turconi sont surtout connus pour leurs créations au sein de l'univers Disney (très réussies), mais ils ont aussi développé une œuvre autonome qui vaut le détour, au style très reconnaissable, en apparence mélange de crayon à papier et d'aquarelle. Certains d'entre vous ont peut-être déjà lu les très beaux Le Port des marins perdus et Les Filles des marins perdus (également chez Glénat / Treize étrange).

Voici le pitch de l'éditeur :
Trois hommes, un Russe, un Allemand et un Italien s'échappent d'une prison à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne se connaissent pas, ne se comprennent pas et n’ont d’ailleurs rien en commun. Pourtant, pendant ce voyage sous pression, ils seront obligés de collaborer et de révéler leurs secrets… Face à l’urgence et aux dangers de la traque, le lien qui les unit les transformera et marquera leurs existences.

Ce roman graphique s'inscrit dans le lignage des grands récits humanistes italiens sur la guerre à l'est (qui fut un traumatisme national), comme ceux — vrais, merveilleux et émouvants — de Mario Rigoni Stern (un auteur que j'affectionne tout particulièrement) dont j'ai découvert en feuilletant le volume qu'une des citations apparaît en frontispice de l'histoire de Radice et Turconi.Le héros est d'ailleurs un chasseur au 6° Reggimento Alpini de la Division Tridentina, comme Rigoni Stern le fut dans la réalité.

Les dialogues sont écrits en trois langues : le français (pour l'italien de la VO), l'allemand et le russe (romanisé, pas en cyrillique), chaque personnage parlant dans sa langue, ce qui crée un effet de réel intéressant.

Chaque chapitre s'ouvre sur une citation de Tolstoï et l'ensemble de l'ouvrage est composé sous forme d'allers-retours entre la vie avant-guerre du personnage principal et sa situation de fuite actuelle, avec une mise en page, en cases et en couleurs très soignée et servant le récit avec art et efficacité.

Comme dit, je ne l'ai que feuilleté et ne pourrai pas le lire in extenso avant une petite semaine (vacances obligent), mais l'attente ne fera qu'en augmenter la saveur le moment venu. Very Happy

472Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 20 Fév - 13:04

Raymond

Raymond
Admin

J'ai feuilleté ce livre il y a 1 ou 2 semaines et je me méfie un peu.     deso

Teresa Radice et Stefano Turconi avaient fait parler d'eux il y a environ 5 ans avec un roman graphique en NB intitulé le Port des marins Perdus. Certains libraires promotionnaient le livre avec de belles pancartes et j'étais tombé dans le panneau.

Je viens de lire - Page 19 Port-m11

Le dessin se présentait uniquement sous la forme de crayonnés et l'ensemble avait une certaine allure. Tout impressionné que j'étais par l'élégance du livre, j'avais acheté l'album sans faire plus de vérifications.

Je viens de lire - Page 19 Port-m10

Et le résultat de la lecture était ... tout simplement insipide. Je n'ai d'ailleurs aucun souvenir sur cette histoire de marins qui ne véhiculait pas de message particulier. J'avais consciencieusement lu l'album jusqu'au bout (c'est ce que je fais en général) mais je n'ai jamais pu "accrocher" à cette BD. J'ai surtout eu l'impression d'avoir perdu mon temps.

Ce commentaire est bien sûr sévère et peut-être un peu injuste, mais je ne vois pas que dire d'autre aujourd'hui. Si tu as apprécié cet album, je serais heureux de savoir ce que tu as aimé.  Wink


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473Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Jeu 24 Fév - 15:53

Raymond

Raymond
Admin

Raymond a écrit:J'avais acheté un "roman graphique" en librairie il y a quelques semaines et j'ai enfin fini par le lire le week-end dernier, dans mon train qui allait vers Paris. Il s'intitule la Servante écarlate et il est dessiné par l'artiste canadienne Renée Nault.

Je viens de lire - Page 19 Servan10

C'est en fait l'adaptation en BD d'un roman de Margaret Atwood qui est paru en 1985 et qui a rencontré un grand succès à l'époque. Il n'est donc pas surprenant que soient apparus ensuite un film (de Volker Schlöndorff), un ballet, une série télévisée et maintenant une BD. C'est comme ça, l'industrie du spectacle !   Cool

Toutes ces considérations auraient normalement dû me faire reculer mais ... en le feuilletant, il m'a semblé que c'était quand même pas mal du tout ! Le dessin était à la fois sobre et efficace, sans aucune fioriture inutile (Stravinski aurait même dit "sans gras" Wink ) et l'ensemble ne manquait par ailleurs pas de style. Comme j'aime  de temps en temps faire un pas de côté, avec l'espoir d'être surpris, j'ai préféré ce petit album intriguant à certaines grosses cylindrées fortement promotionnées par les grands éditeurs. Et je ne l'ai pas regretté.

Je viens de lire - Page 19 Servan11

Mais que raconte la Servante écarlate ? C'est en fait un roman d'anticipation qui se passe dans un futur proche, au XXIème siècle, dans un monde qui est devenu complètement totalitaire. La trame de ce roman est en fait assez proche du fameux "1984" de Georges Orwell, car Margaret Atwood imagine que les USA (devenus la république de Giiead) sont complètement revenus en arrière, et qu'il s'est installé une véritable dictature qui refuse aux femmes tout droit citoyen. Ces dernières se retrouvent ainsi dans une position asservie et purement utilitaire, et elles deviennent des *Martha" (c'est à dire des femmes de ménage), des "Epouses" (qui sont cantonnées à la maison et qui n'ont pas de pouvoir) ou des "Servantes", qui portent des tenues écarlates et dont le rôle est purement dévolu à la reproduction de la race humaine. Quant aux femmes qui n'appartiennent pas à ces catégories (car trop âgées, infertiles ou inefficaces), elle sont déportées dans des "colonies" où elles doivent manipuler des déchets toxiques.

L'héroïne du livre, qui se nomme Defred, est donc une servante écarlate qui doit continuellement feindre la soumission et qui se remémore de l'époque où elle avait encore des droits. Elle pense beaucoup à sa fille dont elle a été séparée et dont elle voudrait avoir des nouvelles. Elle noue aussi de dangereuses amitiés (car elle pourrait être dénoncée) avec d'autres servantes et rêve de s'évader de ce monde dictatorial. A la longue, elle finit par découvrir certaines réalités qui se cachent derrière les apparences et qui vont la mettre en danger.

Je ne dévoilerai pas trop cette intrigue, qui est bien sûr très pessimiste, et je m'attarderai plutôt sur le style élégant de cette BD qui évite intelligemment toute surenchère inutile. L'œil est au départ frappé par la dominance de teintes grises et rouges plutôt foncées, qui révèlent l'ambiance de cette société sinistre où les hommes ne sont pas plus heureux que les femmes. Par la suite, au cours de ses promenades, Defred découvre par moments des ambiances plus légères et le dessin économe et inventif de Renée Nault devient alors franchement séduisant.

Je viens de lire - Page 19 Servan12

Cette BD est avant tout l'adaptation d'un livre à succès, mais l'étiquette de roman graphique ne me parait pas du tout usurpée. Renée Nault illustre en effet avec sensibilité et sans pathos cette dystopie inventive et cynique, qui nous fait un peu peur en imaginant un ordre social nouveau. Heureusement, un tel monde me parait aujourd'hui bien peu probable, puisque ce serait plutôt vers une dictature des femmes que nous nous dirigeons aujourd'hui.  Wink

Et s'il fallait résumer tout cela avec une note, j'accorderai volontiers un EEE à cet album élégant et bien raconté.

ActuaBD découvre à son tour ce roman graphique et Jorge Sanchez le commente en détail :

https://www.actuabd.com/La-servante-ecarlate-adaptee-en-roman-graphique-par-Renee-Nault


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474Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 27 Fév - 18:35

Raymond

Raymond
Admin

Ce week-end, mes lectures ont été avant tout occupées par l'histoire de Queenie.   Cool

Malgré ses excellentes critiques, j'hésitais depuis longtemps à acheter le beau roman graphique d'Aurélie Lévy et Elizabeth Colomba, publié l'automne passée. Et puis il y a eu la récente publication de Harlem, le nouveau diptyque de Mikaël, et j'ai eu hier l'envie de comparer ces BD qui racontent en fait la même chose ! Et comme il n'y avait hier pas de récente nouveauté qui s'imposait, j'ai acheté d'un coup ces deux albums.

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Et j'ai eu tout de suite la confirmation que ces deux livres racontent exactement la même histoire. Non seulement ce sont des biopics qui racontent l'histoire de Stéphanie St-Clair, dite Queenie, mais leur approche est de plus quasiment identique. Le récit principal se situe ainsi en 1933, au moment où Queenie affronte le gangster Dutch Schultz, tandis que le reste de sa biographie (son enfance en Martinique, son arrivée à New-York etc,) est racontée avec des élégants flash back. Certes, seule la première moitié de Harlem a été publiée pour l'instant, mais comme cet album s'en tient lui aussi et d'une façon rigoureuse à des données historiques, on peut déjà en deviner la fin.   Wink

Les récits sont donc très semblables et les principales différences entre ces albums sont d'abord d'ordre éditorial et graphique. C'est ainsi que Queenie est un épais bouquin en noir et blanc, dont le dessin est sobre, avec des mises en pages très sages qui privilégient les gros plans, tandis qu'Harlem est un album de format standard et en couleurs, dont le dessin vise un modèle "expressionniste" et des mises en pages spectaculaires, comparables à celles d'un thriller. On peut résumer tout cela en affirmant que  "Queenie" raconte assez sagement son biographie, en s'intéressant beaucoup à l'analyse psychologique des personnages, tandis qu'"Harlem" se présente plutôt comme un film spectaculaire qui privilégie les "images choc" et les effets de mise en scène.

Il y a aussi d'importantes différences par rapport à l'utilisation des textes. Ils sont souvent réduits au minimum dans Queenie, ce qui fait d'ailleurs que le livre peut se lire assez vite. Les images restent sinon surtout descriptives et leur sens est toujours facile à comprendre. Et pour bien comprendre certains événements où certains détails, il faut se référer à un petit glossaire qui s e trouve à la fin de l'album.

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Dans Harlem, les textes sont beaucoup plus abondants et même parfois presque envahissants. Ils servent non seulement à raconter l'histoire (alors que le roman graphique raconte surtout avec les images) mais aussi à expliquer le contexte historique et la vie de l'époque à New-York. C'est donc essentiellement le texte qui raconte, alors que les images forment un spectacle visuel qu'il faut parfois décrypter.

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Dans les deux albums, les flashs back se devinent essentiellement grâce à l'apparition d'un nouveau style graphique. Dans Queenie, on passe ainsi d'un noir et blanc très pur à des trames grisées et plus discrètes, tandis qu'un petit récitatif précise en quelle année se situe l'événement dont le personnage se souvient. C'est à la fois simple et très informatif.

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Dans Harlem, c'est surtout le fond coloré qui se modifie. Le récit principal est illustré avec des teintes brunes, jaunâtres ou sépia, tandis que les souvenirs de l'héroïne sont totalement silencieux et ornés de teintes bleutées. C'est très joli et cela ne raconte pas grand chose, puisqu'il n'y a pas de texte.

Je viens de lire - Page 19 Queeni19

Les deux albums sont agréables à lire, mais j'ai tout de même une petite préférence pour Queenie qui raconte avec un peu plus de hauteur (et donc moins de complaisance) cette histoire assez croustillante de la "Marraine de Harlem". Cela ne m'empêchera bien sûr pas d'acheter le deuxième tome de Harlem mais il faut reconnaître que les deux autrices ont cherché à faire mieux qu'une simple BD de divertissement.


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475Je viens de lire - Page 19 Empty Re: Je viens de lire Dim 27 Fév - 21:29

eleanore-clo

eleanore-clo
vieux sage
vieux sage

Très belle comparaison  Very Happy .  
Je confie préférer le graphisme de Mikael qui caresse les yeux.
En plus, ne trouvez-vous pas que cet artiste se bonifie, album après album ? Bootblack est mieux dessiné que Giant et Harlem franchit un nouveau cap  Smile .

Eléanore

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