Lefranc, Alix, Jhen ... et les autres
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Par delà le Styx

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91Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 6 Nov - 17:17

AJAX

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grand maître
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Draculea a écrit:
Une question pour finir : je suppose que c'est à dessein - et pas seulement à dessin - qu'à la planche 4, lorsque Alix et Enak suivent Héraklion dans Suburre, ont voir à la quatrième case un graffiti représentant un personnage armé d'un trident et accompagné de la mention "Gonus". Quelqu'un pourrait-il éclairer ce terme dont, n'étant plus un latiniste depuis fort longtemps, je suis incapable de retrouver le sens - à moins que ce ne soit un nom, peut-être de gladiateur ?


Image hébergée par servimg.com

Je devrais vérifier, mais il me semble - de mémoire ! - que Marc Jailloux a ici reproduit une partie d'un graffito assez connu représentant une paire de gladiateurs dont celui de droite se nomme tout simplement Chrysogonus.

Une paire gladiateurs hein ! Pas une paire de "gonades" !  Twisted Evil  A propos des graffitis obscènes, il y a un chapitre là-dessus dans l'excellent petit bouquin de Michel Dubuisson, Lasciva Venus, paru chez Talus d'Approche.

Les gladiateurs portaient souvent des "noms de scène" empruntés à la mythologie grecque. Ca me rappelle qu'un affranchi de Sylla portait lui aussi ce nom de Chrysogonus. Une crapule qui s'était scandaleusement enrichie pendant les proscriptions. Cicéron a prononcé contre lui son fameux Pro Roscio, mais c'est une autre histoire !

92Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 6 Nov - 17:58

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage

Merci Ajax de ces précisions : j'avais supposé qu'il pouvait s'agir d'un nom de gladiateur mais je n'en étais pas certain. Cela correspond bien en tout cas à l'esprit de cette partie de Rome où s'égare Héraklion, sorte de monde social et fantasmatique par-delà le Styx de la vie patricienne, qui a ici quelque chose d'un labyrinthe infernal où le malheureux enfant reçoit les communications d'un monde mort, à travers les lettres d'Astyanax.
Merci également pour la référence à cet ouvrage de Michel Dubuisson qui doit être extrêmement intéressant. Il se trouve qu'une de amies a travaillé il y a quelques années déjà sur un sujet voisin : les injures et mots vulgaires en vigueur à l'époque impériale. J'avais beaucoup apprécié cette étude et celle de Michel Dubuisson devrait également beaucoup me plaire. Very Happy

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93Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 6 Nov - 18:28

AJAX

AJAX
grand maître
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Voilà, j'ai vérifié. Il s'agit en fait d'Antigonus, et tu trouveras la scène dans son ensemble p. 339 du bouquin d'Eric Teyssier, La mort en face. Le Dossier Gladiateurs (Actes Sud, 2009). Me disais bien que j'avais déjà vu ça quelque part.
Le graffito a été trouvé à Rome, sur le Palatin, au Paedagogium. Le rétiaire Antigonus, 20 combats, 6 couronnes, affronte le secutor Superbus. Entre les deux, le doctor arbitre le combat.

94Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 6 Nov - 18:38

Draculea

Draculea
vieux sage
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Merci de ces précisions. J'irai consulter l'ouvrage la semaine prochaine en bibliothèque. Il ne manquera certainement pas d'être au catalogue de la BM de Lyon qui est très riche dans tous les domaines qu'elle aborde.

http://www.marchenriarfeux.net

95Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 11:06

Erik A

Erik A
martinophile distingué
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Marc est sidérant quand on se rappelle qu'il n'a pas tellement d'albums derrière lui à ce stade de sa carrière. Certes, il fait parfois des fautes de dessin et des erreurs de proportions de ses personnages surprenantes anatomiquement causant, mais je suis totalement scié par son encrage Martinien qui montre qu'il a tout compris des "tics" graphiques et des gimmicks du Maître, sur les visages, les yeux et la bouche ainsi que la forme très caractéristiques des têtes que Martin dessinait...

Du très beau travail qui ne peut aller qu'en s'améliorant.

http://erikarnoux.blogspot.com

96Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 11:20

AJAX

AJAX
grand maître
grand maître

Puisque tu es dans le graphisme, Erik, peut-être pourras-tu nous renseigner. Je n'y connais rien, n'étant pas dessinateur mais il me semble que Martin avait des exigences très précises en matière de trait. Il préférait la plume au rotring, si j'ai bien retenu ses explications...

Or il me semble que le trait de Marc est plus fin, manque d'épaisseur si tu vois ce que je veux dire. Que peux-tu dire à ce sujet ?

97Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 16:04

Erik A

Erik A
martinophile distingué
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C'est très subjectif tout ça. Et je crains ne pas pouvoir être juge et partie sous peine d'en prendre plein la poire, le jour où moi je... Mais voilà. Martin, on le sait tous, a fait une carrière pleine de rigueur et d'exigence(s). Les dessinateurs qui ont été dans ses traces n'ont pas toujours eu la même d'entrée (après, au fil du temps, évidemment), pour un tas de raisons: la première étant selon moi que Martin travailla uniquement (si on excepte Juillard) avec des débutants qu'il formait lui-même et jamais avec des pros déjà d'un très bon niveau et aguerris. Sans doute pour garder sa suprématie artistique et sa tutelle et ne pas se trouver face à un dessinateur qui aurait déjà une vraie expérience et des albums derrière lui. Il se souvenait aussi de ce que lui même pensait d'Hergé quand il travaillait sous sa tutelle. Est-ce nécessaire d'en dire plus ?...

Ces garçons, à commencer par mon ami Gilles Chaillet, ont donc été obligés de se former sur le tas, sur des séries très abouties comme Alix et Lefranc, demandant un niveau d'exigence incroyable, ce qui était un challenge énorme et très ardu. Songez que quand Gilles attaque son premier Lefranc, il a fait un tas de dessins, bien sûr, mais jamais une page personnelle publiée, il travaillait au studio Dargaud et s'occupait d'ailleurs - vous le savez sans doute - du merchandising "Idefix"... C'est bien loin du style Martin.Ceci dit, depuis tout petit, il s'inspirait de Alix, déjà...

Bref. Martin a "grandi" avec la plume et le pinceau. Le Rotring est un outil très sec et à pointe, qui ne permet pas les pleins et les déliés, à moins de les faire de manière artificielle, comme moi-même, débutant, je l'ai fait des années durant. Quand martin passe au Rapidograph Variant (plus communément "Rotring", donc) il découvre l'engin et l'adopte, mais son encrage ne prend un coup, devenant bien plus grinçant et sec,  à partir du Prince du Nil, je crois... Regardez les pages. En noir et blanc. C'est très différent de iorix, par exemple...

Et Martin adopte ce trait ensuite, probablement parce que c'est nouveau, et que le Rotring qui a une cartouche d'encre de Chine à l'intérieur est moins contraignant que la plume, qui nécessite un encrier et de recharger sans cesse.

Maintenant le dessin de Jailloux. Marc, je l'ai croisé en 2002 dans un salon dans le nord de la France, à Coudekerque et il débutait à peine. Il en est à son troisième Alix après avoir dessiné un Orion... Il ne lui manque pas grand chose, peut-être un peu plus de rigueur dans les personnages, anatomiquement causant. Je suis épaté par le trait de Marc sur les personnages qu'il a vraiment Martinisé. Sans trahir un secret, je lui ai montré des encrages sur des essais Martin (de moi) et il a été de très bon conseil en m'expliquant là où je péchais précisément sur le côté "encrage à la Martin". C’est en ça que je dis qu'il a tout pigé des gimmicks et des astuces de traits de JM. Ce que j'ai encore un peu de mal à trouver...

Je pense être un peu plus costaud sur l'anatomie et la mise en page, mais j'ai pas mal d'années de plus et d'albums aussi... C'est bien là que je m'aperçois à quel point Marc a une marge de manœuvre et donc de progression pour nous épater dans les années à venir. .



Dernière édition par Erik A le Sam 7 Nov - 17:12, édité 4 fois

http://erikarnoux.blogspot.com

98Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 16:59

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grand maître
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Merci pour ces précisions, Erik.

99Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 17:14

AJAX

AJAX
grand maître
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Merci pour ces précision éclairantes, Erik. Quand je travaillais sur les VOYAGES avec Martin (mais pas comme dessinateur, évidemment), il m'a exposé ce que tu viens de rappeler. Mais cela ne me concernait que de très loin, à l'époque.

Comme tu sais, je suis plus doué pour dire dans quelle pissotière Marc a trouvé tel graffito de gladiateurs que pour la technique du dessinateur. Chacun son boulot ! Rolling Eyes

100Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 7 Nov - 17:28

Erik A

Erik A
martinophile distingué
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@AJAX: un dernier point dans ta question sur l’épaisseur des traits. Martin a eu plusieurs périodes graphiques assez distinctes quand on se penche sur les albums. On excepte le premier et le second qui sont d’un style très ampoulé un peu maniéré, à la limite de la gravure. Il va peu à peu (et là c'est l'influence Hargé et son travail sur les albums du patron qui l'y poussent) dégager un style davantage ligne claire, bien plus lisible, mais qu'adoptaient peu ou prou tous les auteurs du journal Tintin, il suffit de feuilleter les numéros des années 50 pour s'apercevoir de l'uniformisation du trait chez les auteurs, impressionnés par la direction artistique très orientée d'Hergé en personne, sans doute. Le lettrage, les cases, les traits...

Ensuite, la Griffe Noire marque un premier tournant avec peu à peu le style Martin qui se dégage tout au long de l'album. Il commence assez près de son encrage de l'album précédent et au fil des planches devient plus précis dans son style préfigurant la suite... Le dernier Spartiate ou encore Le Mystère Borg sont d'une précision inégalée ensuite quand à la rigueur et au réalisme des personnages et des décors... C'est l'apogée... Encrage plume.

Le Prince du Nil, on le constate marque une évolution technique due au média Rotring désormais utilisé par JM... Le trait devient nerveux, sec, grinçant.

Azara m'a dit un jour que son encrage très sec et irrégulier (moins "rond") sur Taka Takata venait des ses plumes volontairement trafiquées et "limées" avant usage, et du coup grattant sur le papier. Lui en a fait un style...

Pour Martin, c'est moins dans l'esprit. Mais il va peu à peu orienter le graphisme dans cette direction là. Regardez attentivement les pages en noir et blanc (j'en ai de toues les années et c'est assez criant). C'est évident pour un graphiste, l'encrage évolue et n'est plus aussi beau au fil des années. Comme devant une sorte de lassitude. Je m'explique: le crayon demeure élégant, mais comme souvent quand on repasse sur le dessin en l'encrant, le dessinateur n'est plis vraiment "dedans". Pour beaucoup, c'est une étape fastidieuse: le plus important a été fait et on se contente finalement de "repasser" sur un dessin déjà fait, où le plaisir a été donné d'entrée au crayon.

J'ai pas mal d'amis Auteurs qui détestent "refaire" un dessin au crayon, pour eux déjà "fini", par exemple...

http://erikarnoux.blogspot.com

101Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Dim 8 Nov - 11:39

AJAX

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grand maître
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@Erik - Merci pour ce complément d'info, que j'imprime dans mes suspens. A l'occasion je confronterai ta liste avec les albums.

Erik A a écrit:
J'ai pas mal d'amis Auteurs qui détestent "refaire" un dessin au crayon, pour eux déjà "fini", par exemple...

Je ne suis pas sûr de comprendre ta pensée. Je suppose que tu veux dire qu'il détestent devoir encrer ce qu'ils ont déjà dessiné au crayon ?

D'où l'intérêt de ces tirages de tête et autres art-books où l'on peut apprécier les crayonnés...

102Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Lun 9 Nov - 18:03

Raymond

Raymond
Admin

Une critique positive de "Par delà le Styx" sur Actua BD ! Very Happy

http://www.actuabd.com/Jacques-Martin-par-dela-le-Styx

Et une superbe interview de Marc Jailloux sur Alix Mag (par une historienne) ! pouce

http://alixmag.canalblog.com/archives/2015/11/03/32876789.html


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103Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Mer 11 Nov - 19:11

Erik A

Erik A
martinophile distingué
martinophile distingué

AJAX a écrit:@Erik - Je ne suis pas sûr de comprendre ta pensée. Je suppose que tu veux dire qu'il détestent devoir encrer ce qu'ils ont déjà dessiné au crayon ?

Oui. En fait pour pas mal, le plaisir, c'est le crayon, le dessin qui jaillit, qui naît dans la première mouture...

Encrer un dessin déjà "fait" n'a pas la même saveur. Et un de mes amis "auteur connu" dit souvent que c'est une étape où il "repasse" sur les traits et que ça l'ennuie, ayant déjà défloré son image à la naissance même d'icelle. certes c'est un peu exagéré parce que c'est moins simple que ça, mais en gros, tout est dit et il considère cette étape comme une sorte de redite. il est est vrai que ses crayons sont déjà très poussés. D'autres font volontairement des crayonnés plus jetés, précisément pour créer à l'encrage ensuite. Mais il faut être costaud pour ensuite amener le truc et les détails où on veut. Et puis de toute façon, avec le dessin numérique, "crayon" ne veut plus dire grand chose. Ajoutons que pas mal de dessinateurs ne font plus d'encrage traditionnel et laissent leurs pages au crayon désormais, probablement pour les mêmes raisons exposées plus haut. Ils les livrent telles quelles à l'éditeur qui ensuite va les scanner pour la mise en couleur, en respectant et noircissant un peu les traits. Ou encore d'autres font de la couleur directe dessus. Bref, j'espère avoir répondu.

http://erikarnoux.blogspot.com

104Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Mer 11 Nov - 19:28

AJAX

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grand maître
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Merci Erik.

Je possède l'album grand format de Marini (crayonnés / N & B) de L'AIGLE DE ROME/4 : une merveille !
En revanche, les crayonnés de Marc que j'ai pu voir notamment dans dBD, me semblaient insuffisament aboutis, et me cueillent un peu à froid. Peut-être ne finalise-t-il réellement qu'à l'encrage ?
Mais j'espère une agréable surprise dans le tirage de tête. Question

105Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Jeu 12 Nov - 11:56

AJAX

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grand maître
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Le grand théoricien du roman historique Georges Lukacs notait que le propre de ces récits romanesques était de prêter aux «héros» des sentiments identiques à ceux supposés du lectorat destinataire. Ces personnages empathiques sont le relais entre le lecteur et ce moment du Passé ressuscité par le biais de la fiction (G. Lukacs, Le roman historique (Der historiche Roman), Petite Bibliothèque Payot, n° 311, 1965).
Des personnages anachroniques, par la force des choses. L'on peut en déduire que seuls les «méchants» seraient des personnages historiquement cohérents.

Voilà qui appuie l'analyse d'André Simon mettant en évidence la personnalité «boy-scout» d'Alix, dont les aventures paraissaient dans Tintin, un magazine d'orientation catholique, en outre soumis aux impératifs de la fameuse loi sur les publications destinées à la jeunesse (A. Simon, «Fiction gallo-romaine et politique contemporaine. Analyse d'une série de bandes dessinées : Alix», Les cahiers rationalistes, n° 357, février 1980, pp. 136-162).
Susceptible de perturber les ados boutonneux des années '50, la représentation de la femme — par exemple — y était généralement proscrite; ce qui aboutissait à des situations ridicules comme une Guerre de Troie sans Hélène, même si l'Iliade était au programme scolaire, ou Salammbô, ce classique, sans la figure de la Prêtresse de Tanit !

On a fait quelques progrès depuis. Tout en étant soucieux de dessiner des albums à la portée des lecteurs de tous âges — albums que l'on pouvait laisser sur la table du salon familial — Jacques Martin n'y fut pas étranger. Avec des fortunes diverses.
Quel scandale ce fut que de suggérer qu'une reine quadragénaire pouvait s'amouracher d'un jeune homme comme Alix (Adréa, dans Le Dernier Spartiate, 1967). Il échoua à montrer les esclaves nues égyptiennes (Le Prince du Nil, 1974), rhabillées par la censure tintiniesque. Mais rusant avec la rédaction, il réussit à dévoiler les petits seins de Malua (Les Proies du Volcan, 1978).
Mai 68 étant aussi passé par là, la BD avait sur ces entrefaites acquis une certaine légitimité, et même une légitimité certaine, étant désormais reconnue comme un 9e Art (normal, puisqu'il y a neuf Muses) ! C'est que les ados d'autrefois étaient maintenant devenus adultes, et réclamaient autre chose. Depuis lors, depuis Barbarella et Epoxy, il y a des filles nues dans les situations les plus explicites à peu près dans tous les albums, tous éditeurs confondus. On ne fait plus de BD pour les ados — il est vrai que depuis Internet et les jeux vidéos, ceux-ci ne lisent plus... paraît-il. La BD, c'est pour les ados attardés que nous sommes désormais.

Jacques Martin, cependant, avait toujours tenté de défendre le créneau qui était le sien en alliant, paradoxalement, audace et retenue; en ciselant amoureusement son personnage BCBG d'Alix en dépit de son équivoque relation avec Enak, qu'il défendait non sans délectation («ce qu'ils font entre deux cases ne regarde qu'eux», «certains lecteurs m'ont écrit que...», etc.). Ce qui ne l'empêchera pas d'aller assez loin avec Jhen et les tristes exploits de Gilles de Rais, que notre Sainte Mère l'Église réprouve, naturellement...
_____

Il existe maintenant un «Comité Martin» qui veille scrupuleusement à ce que les limites fixées par Jacques Martin ne soient pas outrepassées. Non sans humour son fils Bruno caricature : «Nous ne souhaitons pas que des codes qui font références soient transformés par des artifices graphiques ou scénaristiques.
Par exemple, nous n'envisagerions pas qu'Alix ait une moue boudeuse ou qu'il s'esclaffe de rire en se tapant sur la cuisse. Je caricature..., mais cela changerait fondamentalement la psychologie des personnages»
(AlixMag', 25 septembre 2009).

À ce sujet, à l'occasion de la sortie de Par-delà le Styx, Marc Jailloux a confié à Julie Gallego, à propos d'une situation où Alix, de toute façon désarmé, tue son adversaire en renversant sur lui une colonne : «Dans un combat, Alix n'a pas besoin de transpercer un ennemi, ce n'est pas l'attitude que l'on attend de lui : il peut faire des moulinets avec ses bras, il peut y avoir beaucoup d'agitation autour de lui, les gens peuvent tomber un peu dans tous les coins, mais lui ne transpercera pas ses ennemis frontalement. Ce n'est pas le style de la série, qui est tout public; il ne doit pas y avoir d'images choquantes mises en avant. Certes, la violence peut être suggérée, mais alors plutôt en arrière-plan» (AlixMag', 3 novembre 2015).
Il ne le tue pas vraiment, mais il s'en débarrasse un peu comme on chasse une mauvaise pensée. Ça s'appelle une litote, n'est-ce pas ?

Et j'en reviens à ce que j'exposais au début de ce post : pas plus que ses lecteurs, pas plus que Bob Morane Alix n'est un tueur. Pourtant, il le faut bien... de temps en temps ! Le monde est tellement méchant. Et je me remémore les savoureuses pages de Noël Howard, réalisateur de seconde équipe pour La Terre des Pharaons d'Howard Hawks. Ancien champion d'escrime avant-guerre, il débuta au cinéma — une fois démobilisé de l'US Air Force — comme maître d'armes et cascadeur. Dans les films de cape et d'épée de l'époque, il lui incombait de se laisser battre à l'épée par des bellâtres idiots qui tenaient leur arme comme une pelle à tarte ! Dans des duels chorégraphiés où le héros se balançait au lustre, accroché d'une main, une cuisse de poulet dans la seconde et faisant de grands gestes de la troisième qui maniait la rapière etc.
Bref qui ressemblaient à tout, sauf à de vrais duels à mort. Mais quel spectacle !
Et quelle chaleur dans le moite bas-ventre des midinettes ! Errol Flynn !

Comme je fais moi-même un peu d'archéologie expérimentale, ce genre de pudeur m'amuse. D'abord dans l'Antiquité comme au Moyen Âge, on ne se bat pas sans bouclier. Bien sûr, on n'en a pas toujours sous la main (c'est le cas ici). Mais la base même de l'escrime romaine c'est d'avancer le côté gauche, celui qui tient le bouclier, et de ramener en arrière le droit qui tient le glaive, arme d'estoc (*). «Armé» un peu comme la queue du scorpion, si vous voulez. Et de planter son arme dans la poitrine de l'ennemi dès que se présente une ouverture (ou de lui trancher un tendon par-dessous le bouclier, un coup de rein et clac !).
Tout le contraire de l'escrime moderne où c'est le côté droit qui s'avance, celui qui tient l'épée... qui inspire encore cinéma et BD.

Jeux de mains, jeux de vilains. Moi, j'aurais bien aimé voir Alix enfoncer la pointe de son arme dans la gorge de Tagos... ou dans son oeil, et aller un peu touiller ce qui lui servait de cervelle. «Légionnaire, frappe au visage !», exhortait César à Pharsale. Voir celui-ci expirer dans un gargouillis hémoglobineux giclant par saccades. «Jugula !», s'enthousiasmait un texte épigraphique trouvé à Bénévent (CIL IX 1671).

«Dur dur d'être BCBG.»
___
(*) Sébastien Lemoine, «Le glaive et le bouclier. Le duo offensif de l'armée romaine», Prétorien, n° 33, janvier-mars 2015.

106Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Jeu 12 Nov - 20:53

Raymond

Raymond
Admin

Belle discussion !   pouce

Je vais cependant me permettre de redescendre d'un cran, en donnant simplement mes premières impressions sur ce nouvel album d'Alix.   jap  

Remarquons d'emblée que Par delà le Styx prolonge la fameuse trilogie grecque (Dernier Spartiate + Dieu Sauvage + Cheval de Troie), et cette idée est excellente! Les auteurs essaient d'y répondre à certaines questions laissées en suspens dans les aventures précédentes(comment s'est construite cette citadelle grecque ? que sont devenus certains personnages comme Astyanax ? Comment va grandir Héraklion, et quel homme deviendra t-il ?) et ce choix scénaristique m'a d'emblée captivé. Il m'a non seulement permis de retrouver les meilleurs albums de la série (surtout le Dernier Spartiate) mais aussi plongé dans un monde à la fois familier et surprenant. Un des meilleurs passages du livre raconte la vie du mari de la reine Adrea (le fameux Heraklios) et cette suite de "flash back"est une trouvaille véritablement inspirée.

En fait, "Par delà le Styx" aurait pu s'intituler "Heraklios", comme le confie Marc Jailloux dans Alix Mag, et cette hésitation dans le titre est révélatrice. Cet album revisite aussi un personnage plutôt méconnu (bien qu'il soit récurrent) en lui donnant une intéressante dimension psychologique. Dans les albums dessinés par Jacques Martin, Héraklion était surtout un jeune enfant à protéger, une sorte de victime potentielle qu'il faut continuellement sauver de divers dangers, qui n'est bon qu'à se faire enlever, ou à tomber en pleine mer. Dans ce nouvel album, il change d'apparence et devient plus autonome. Il semble maintenant un peu caractériel, fait des fugues, conteste l'exemple d'Alix et se cherche manifestement un nouveau modèle.

Par delà le Styx - Page 5 Pardel10

A côté de cette intéressante exploration psychologique de quelques personnages secondaires, Par delà le Styx nous raconte aussi un épisode de la guerre entre César et les partisans de Pompée, qui aboutit à la bataille de Thapsus. Plusieurs personnages historiques évoluent devant nous, comme Marc Antoine, Caton d'Utique, le roi Juba de Numidie ou Metellus Scipion, et leurs portraits semblent toujours assez justes. Les aspects stratégiques de la bataille sont également évoqués, même si les combats eux-mêmes ne sont que brièvement montrés. Le dessinateur semble éviter les grandes scènes de bataille (qui fourmillent de personnages) mais il se montre tout de même capable de composer de belles illustrations guerrières.

Par delà le Styx - Page 5 Pardel11

J'aurai souhaité qu'il y en ait plus !  Wink

Ceci dit, cette aventure est intéressante jusqu'au bout, car elle trouve un bel équilibre entre l'investigation psychologique et l'aventure militaire, et aussi parce qu'elle fourmille de personnages qui sont bien composés. Alix, fidèle à lui-même, mène son enquête avec énergie, tandis qu'Enak est (comme d'habitude) un peu spectateur des événements. Leurs adversaires (le traître Xiphos, l'inquiétant Publius Sittius et son pugnace lieutenant Tagos) sont redoutables et bien campés, mais la grande révélation de cet épisode est certainement Astyanax qui, plus encore qu'Héraklion, endosse le rôle du "dernier spartiate". Ce général a de l'estime pour Alix et se montre toujours loyal, mais il restera jusqu'au bout l'adversaire de l'Empire Romain. Ce personnage devient de plus en plus intéressant, à mon avis, et je souhaiterais le revoir un jour ?   Wink

Par delà le Styx est donc un album réussi, qui confirme la belle impression qu'avait laissé Britannia. Marc Jailloux progresse sur le plan graphique, et Mathieu Bréda compose avec lui de beaux scénarios, qui prolongent intelligemment la saga d'Alix. On en redemande, donc !

J'en reste là pour l'instant, mais je ne vais pas tarder à relire cette histoire, dont de nombreux détails restent à découvrir, je pense.


_________________
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107Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Mar 17 Nov - 20:01

Tarmac

Tarmac
vieux sage
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C'est effectivement une très bonne idée que d'avoir fait une suite à la trilogie mythique"Dernier Spartiate""Dieu sauvage""Cheval de Troie".En cela, "Par delà le Styx" revisite notamment la génèse du "Dernier spartiate" et nous en apprend davantage sur les parents d'Heraklion, la rivalité amoureuse entre le vertueux et fidèle Astyanax et Héraklios, le père d'Héraklion. Le scénario de M Bréda donne une vraie dimension au personnage d'Héraklion, en le mettant en opposition à Alix et son parti pris pour la Rome républicaine césarienne.
"Par delà le Styx" est par surcroît une bonne idée dans la mesure où la Numidie et les Terres de Jugurtha n'ont jamais été mises à l'honneur dans une aventure d'Alix.C'est chose faite, et dans un décors très réaliste,dessiné dans le détail par Marc Jailloux.
En parlant de détails, comme pour beaucoup, j'ai apprécié certains éléments de la Domus d'Alix déjà entrevus dans les "légions perdues", la très belle terrasse et sa ballustrade qui donne une vue sur l'Urbs. Le serviteur Héliodore et sa tunique verte telle que nous l'avions également laissé dans les "Légions perdues".
Les couleurs de Robin le Gall sont d'autre part splendides et donnent un caché exotique à cette aventure. Cette aventure se situe à mi-chemin entre "Le dernier spartiate" et "Le dieu sauvage" pour les contrées géographiques très proches.
En définitive, un album très psychologique qui sort des sentiers battus et pour lequel j'ai pris énormemment de plaisir. Marc Jailloux affine encore un peu plus son dessin, que je trouve confondant avec celui du maître.Sans conteste à mes yeux, et d'ores et déjà, le meilleur album de l'ère Jailloux. Very Happy Merci à lui de nous ramener chaque fois un peu plus vers cet âge d'or d'Alix .

108Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Mar 17 Nov - 22:37

Draculea

Draculea
vieux sage
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Je souscris totalement à cet avis de Tarmac comme aux remerciements qu'il adresse à Marc Jailloux. Very Happy

http://www.marchenriarfeux.net

109Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Jeu 26 Nov - 15:02

Invité


Invité

Un entretien avec Marc Jailloux.


http://sequencebd.fr/alix-par-dela-le-styx-marc-jailloux-dessinateur-de-la-bd/

110Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 27 Nov - 19:36

Tarmac

Tarmac
vieux sage
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Merci Treblig pour ce lien très instructif pouce

111Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 27 Nov - 19:55

stephane

stephane
vieux sage
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Je viens de recevoir le tirage de tête, il est sublime.

http://alixmag.canalblog.com/

112Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Sam 28 Nov - 10:32

bruno

bruno
grand maître
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Et lourd (je me suis coltiné plusieurs cartons quand Bulle en Tête a été livré) Smile

http://www.canalbd.net

113Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Dim 29 Nov - 19:46

Tarmac

Tarmac
vieux sage
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Treblig a écrit:Un entretien avec Marc Jailloux.


http://sequencebd.fr/alix-par-dela-le-styx-marc-jailloux-dessinateur-de-la-bd/

J'aime bien la dernière séquence audio, dans laquelle Marc Jailloux plante le décors de "Par delà le Styx". C'est le premier véritable album qui revisite à cet égard,la mythologie alixienne dans son âge d'or.
Je crois et on peut le rajouter, que cet album joue sur les ressorts psychologiques des personnages et de leur enfance, qu'il s'agisse d'Heraklion ou d'Alix, qui tout deux ont grandi,sans leur père.
Je ne crois pas qu'il y ait de précédants dans les autres albums, hormis peut-être "Le prince du Nil" avec Enak,où l'on apprend l'histoire de sa famille.

114Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Mer 9 Déc - 12:59

jfty

jfty
vieux sage
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Le tirage de tête vient d'arriver, il est magnifique ! Very Happy Very Happy Very Happy

115Par delà le Styx - Page 5 Empty Re: Par delà le Styx Ven 11 Déc - 19:22

Tarmac

Tarmac
vieux sage
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Moi j'ai l"album classique "normal" et tout aussi magnifique Very Happy
Maintenant si j'avais le budget,j'aurais également opté pour la version collector

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