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Noël noir

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176 Re: Noël noir le Sam 11 Sep - 20:04

jfty

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grand maître
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confiance, je suis sur que Michel ne laissera pas si facilement sa prestation sunny

177 Re: Noël noir le Sam 11 Sep - 22:49

Laurent

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alixophile
alixophile
Toutes mes félicitations à Michel.

178 Re: Noël noir le Mar 14 Sep - 8:37

Damned

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grand maître
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JYB a écrit:(...) Il y a des fois où j'ai l'impression que le monde marche sur la tête...(....)
Je crois bien que c'est comme cela que tout marche aujourd'hui !
Ce que tu décris dans ton intervention ne démontre simplement qu'un manque de bon sens professionnel (ou de bons sens tout court) dans la démarche des éditeurs ! En agissant ainsi, il scient proprement la branche sur laquelle ils sont assis !
Personnellement la notion intimiste des 2 albums incriminés ne m'est apprue à aucun moment, et, surtout pour "Noël noir" j'aurais pu dire que c'était du plus pur "Jacques Martin" !!!!!
Ne serait ce que dans "Alix", des moments intimistes du genre sont légions (c'est le cas de le dire) !
Or Jacques Martin, lui même, disait que Lefranc n'était autre que le pendant contemporain d'Alix !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

179 Re: Noël noir le Mar 14 Sep - 11:07

Pierre

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vieux sage
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Noël Noir est - dans l'absolu - un excellent album avec ou sans Lefranc, ce qui me laisse à penser que l'éditeur a peut-être aussi pensé la même chose, ce qui a motivé sa conduite.

180 Re: Noël noir le Mar 14 Sep - 21:28

Invité


Invité
Ce prix est la meilleur chose qui pouvait arriver à Michel et surtout à nous ! Comme on ne prête qu'aux riches, je suis quasiment certain de voir l'un ou l'autre de ses scénarios repris dans l'univers Martin par la suite, même si je regretterai toujours le refus de la suite du Repaire du loup. Et le fait qu'il ait choisi le blog officiel Alixmag pour nous remercier est de très bonne augure !
Michel Jacquemart fait honneur à Jacques Martin et à Lefranc. On s'en rendra compte de nouveau dans le prochain album : Les enfants du bunker Very Happy

181 Re: Noël noir le Mar 14 Sep - 22:24

Pierre

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vieux sage
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182 Re: Noël noir le Mer 15 Sep - 10:34

Invité


Invité
Pierre a écrit:Noël Noir est - dans l'absolu - un excellent album avec ou sans Lefranc, ce qui me laisse à penser que l'éditeur a peut-être aussi pensé la même chose, ce qui a motivé sa conduite.

Désolé, Pierre, mais je n'ai pas compris le sens de ton intervention Embarassed

183 Re: Noël noir le Mer 15 Sep - 11:06

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Je veux dire que cet album aurait été tout aussi excellent sans Lefranc. Bref, un excellent album de bd qui ferait d'ailleurs un excellent film.

Par conséquent, l'éditeur, tout en pensant que c'était très bon, aurait peut-être préféré que l'histoire soit plus centré sur Lefranc. Bon je m'exprime pas très bien mais je me comprends Wink

Pour le retour du loup, la messe n'est pas dite je pense.

184 Re: Noël noir le Mer 15 Sep - 11:17

Damned

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grand maître
grand maître
Pierre a écrit:Je veux dire que cet album aurait été tout aussi excellent sans Lefranc. Bref, un excellent album de bd qui ferait d'ailleurs un excellent film.

Par conséquent, l'éditeur, tout en pensant que c'était très bon, aurait peut-être préféré que l'histoire soit plus centré sur Lefranc. Bon je m'exprime pas très bien mais je me comprends

Pour le retour du loup, la messe n'est pas dite je pense.

Je pense que Pierre veut nous dire qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un héros déjà connu, pour que le scénario vaille le déplacement, et qu'il aurait pu être un "one-shot" d'un autre personnage qui aurait tenu le rôle de Lefranc !
Pour ma part, c'est un "album de Lefranc" que j'ai d'abord acheté, avant d'en découvrir, par la suite, la grande qualité et son intensité !
Pas sûr que je l'aurais acheté dans un autre cas, malgré ma connaissance de cet univers : J'aurais eu peur de tomber sur un "nanar" exploitant le filon d'une catastrophe minière, avec tout ce que ça sous entend de lieux communs !
Là, la surprise fut immense !.......

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

185 Re: Noël noir le Mer 15 Sep - 11:23

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Oui merci Damned, c'est ce que je voulais dire; et ta précision est également la bienvenue : moi non plus je n'aurais pas pris si ce n'était pas une série "aimée" Wink

186 Re: Noël noir le Mer 15 Sep - 11:32

Invité


Invité
Oui, c'est vrai, je suis d'accord avec vous 2.
En tous cas, ce prix est exceptionnel : je crois, mais je peux me tromper, que ce n'est que la deuxième fois fois qu'une BD de l'univers Martin reçoit un prix, la première étant Le cheval de Troie (BD d'or à Grenoble).
Jacques Martin s'est vu décerner quelques prix prestigieux, soit pour une série (comme à Angoulême), soit pour l'ensemble de son oeuvre, comme le Grand prix St Michel en 2003.

187 Re: Noël noir le Jeu 16 Sep - 16:25

Michel Jacquemart

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bédéphile pointu
bédéphile pointu


Merci Jean-Marc ! Merci Pierre ! Merci Damned ! Merci JYB ! Merci Lion ! Merci jfty ! Merci Catallaxie ! Merci Treblig ! Merci Stéphane ! Merci Jacky-Charles ! Merci Laurent ! Merci Olrik !

Merci à tous !

Merci pour votre soutien ! Merci pour vos compliments ! Merci pour vos encouragements !

Je suis un peu désolé de m'exprimer si tardivement sur ce forum, mais ces derniers temps ont été assez festifs et les moments où j'étais en état de répondre ont été comptés... Je ne vous pas oubliés dans mon petit "speech" lors de la remise des prix, et sur Alix Mag, mais au moment de m'exprimer sur le forum, le fait de devoir rechercher le mot de passe me semblait une épreuve insurmontable... Par deux fois, je me suis assoupi béatement à l'aube, devant l'écran, heureux d'avoir lu vos messages, de retour des festivités avec mes collègues, juste avant de vite retourner au festival drunken

188 Re: Noël noir le Jeu 16 Sep - 16:55

Invité


Invité
Merci à toi, surtout !
En attendant le prochain Lefranc Very Happy

189 Re: Noël noir le Jeu 16 Sep - 17:10

Michel Jacquemart

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bédéphile pointu
bédéphile pointu
Jean-Marc a écrit:J'espère que Michel nous l'enverra ici!
J'ai trouvé ceci : http://jjprocureur.canalblog.com/archives/2010/09/10/19034170.html

Et ceci : http://www.actuabd.com/Saint-Gilles-couronne-Andre-Paul
(Je regrette un peu que l'on ait pas écrit dans cet article que l'album est dessiné par Régric et que ce prix est aussi un hommage à Jacques Martin, créateur de Lefranc... 'Faut dire aussi qu'ils ont carrément passé sous silence le prix du meilleur album francophone : CHRISTOPHE BLAIN & ABEL LANZAC, pour la série QUAI D’ORSAY, chez Dargaud !!!)

190 Re: Noël noir le Jeu 16 Sep - 18:15

Lion de Lisbonne

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grand maître
grand maître
Jean-Marc a écrit:Merci à toi, surtout !
En attendant le prochain Lefranc Very Happy
pouce Very Happy

191 Re: Noël noir le Mar 15 Fév - 9:35

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel

192 Re: Noël noir le Lun 2 Mai - 15:30

BERENICE21

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compagnon
compagnon
A tout hasard, je poste ce lien, où Regric parle de Noël noir. Bon, il est vraisemblable que ce lien figure ailleurs sur le forum. Si c'est le cas, toutes mes excuses. Il est difficile de faire le tour de tous les messages ! Mais peut-être serait-il opportun de réunir les liens vidéo sous une même rubrique

https://www.dailymotion.com/video/xbsvf4_lefranc-noel-noir-vu-par-regric_creation Idea

http://christophe-lefevre21.blogs.allocine.fr/

193 Re: Noël noir le Lun 2 Mai - 17:57

Damned

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grand maître
grand maître
BERENICE21 a écrit:A tout hasard, je poste ce lien, où Regric parle de Noël noir. Bon, il est vraisemblable que ce lien figure ailleurs sur le forum. Si c'est le cas, toutes mes excuses. Il est difficile de faire le tour de tous les messages ! Mais peut-être serait-il opportun de réunir les liens vidéo sous une même rubrique

https://www.dailymotion.com/video/xbsvf4_lefranc-noel-noir-vu-par-regric_creation Idea

Au moins je peux mettre un visage sur le nom de Régric !
Il m'a semblé reconnaitre le chateau de Buc, où j'exposai en 2009 !
Vidéo riche d'enseignements pour cet album que je considère comme un des meilleurs de l'époque "post-martinienne" !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

194 Re: Noël noir le Lun 2 Mai - 18:29

stephane

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vieux sage
vieux sage
BERENICE21 a écrit:A tout hasard, je poste ce lien, où Regric parle de Noël noir. Bon, il est vraisemblable que ce lien figure ailleurs sur le forum. Si c'est le cas, toutes mes excuses. Il est difficile de faire le tour de tous les messages ! Mais peut-être serait-il opportun de réunir les liens vidéo sous une même rubrique

https://www.dailymotion.com/video/xbsvf4_lefranc-noel-noir-vu-par-regric_creation Idea

J'ai mis toutes les vidéos que nous avons réalisé (+ d'autres) dans une rubrique vidéo, à gauche .

http://alixmag.canalblog.com/

http://alixmag.canalblog.com/

195 Re: Noël noir le Ven 23 Sep - 22:14

polilit

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compagnon
compagnon
Nouvellement arrivé sur ce forum, bien que féru de la série Lefranc depuis bien des années (j'ai rencontré Jacques Martin lors d'une dédicace à Strasbourg), j'ai lu en détail les informations dispensées par les uns et les autres sur les tribulations de cette histoire. Elle est effectivement de grande qualité dans son ensemble. Cependant il me semble qu'une erreur grossière n'a pas été évoquée. J'entends bien les préocupations d'authenticité de M. Jacquemart concernant la publicité sur les murs, ou bien les lampadaires. Mais qu'en est il de la représentation du curé et de l'eglise du village? Rappelons nous que l'histoire se situe au moins dix ans avant le concile Vatican II. A l'époque le port de la soutane est obligatoire pour les prètres (obligation levée en 1963 il me semble, et encore, en dehors des offices). Le curé devrait porter une soutane avec un surplis et une chasuble. L'étole n'est pas visible à l'époque, puisque croisée et portée sous la chasuble. De plus s'agissant d'une messe de requiem, il devrait porter des ornements noirs. L'autel n'est pas du tout conforme aux règles de l'époque non plus (chandeliers, canons d'autel, tabernacle) L'erreur se reproduit à la fin de l'album dans la scène du cimetière. La silhouette du prètre est au mieux des années 70, au pire compltement comtemporaine. (du reste la silhouette de la religieuse dans "le maître de l'atome" souffre des mêmes travers.) Je comprends le discours de purisme de M. Jacquemart, mais ce détail (?)lui a semble t'il échappé.

196 Re: Noël noir le Ven 23 Sep - 22:20

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Bienvenue et merci pour cette intervention très pertinente.

197 Re: Noël noir le Ven 23 Sep - 22:20

JYB


vieux sage
vieux sage
Pour se faire pardonner, Michel récitera deux Avés et un Pater...

198 Re: Noël noir le Ven 23 Sep - 22:22

Pierre

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vieux sage
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Je pense que Michel doit être peu sensibilisé à ce genre de choses Very Happy ... mais je me trompe peut être Wink

199 Re: Noël noir le Dim 20 Juil - 21:16

Draculea

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grand maître
grand maître
Ayant lu Noël noir ce week-end, je ne regrette pas d'avoir suivi le conseil de Damned qui m'avait
recommandé cet album avec enthousiasme, et je comprends qu'il ait été récompensé !
J'ai pour cette publication adopté à nouveau la taille 16 après avoir essayé le double interligne à la taille standard, pour des raisons de lisibilité en raison de la longueur de ma contribution.

Je viens donc mettre mes pas dans ceux d'entre nous qui l'ont déjà commenté pour dire combien que l'ai trouvé exceptionnel. Son originalité, la manière dont il aborde le sujet difficile dont il traite, sans jamais tomber dans les travers de quelque manichéisme que ce soit, ne limitant aucun des personnages à une seule dimension humaine, sociale et psychologique, son intensité dramatique et l'art subtil avec lequel le récit entrecroise les destins individuels et collectifs en les reliant à l'histoire, les surprises qui nous sont réservées à chaque instant, déjouant nos attentes et les hypothèses successives, comme par
exemple celle selon laquelle Mirko Grabowsky serait un agent du Komintern ; tout ceci fait de cet album
une oeuvre rare dans le domaine de la bande dessinée qui compte pourtant de très nombreuses
réussites.
Bien qu'un différent ait, si j'ai bien compris, fini par diviser après coup les deux auteurs, je tiens à dire
combien le fruit de leur collaboration m'impressionne, tant le dessin de Régric et le scénario de Michel
Jacquemart savent composer la matière noire de cet album unique.
Au terrible drame que nous racontent Michel Jacquemart correspond en effet une dramaturgie visuelle
presque monochrome, avec selon les planches une dramaturgie des bruns, des noirs et des gris, que
seules animent quelques lueurs fouillant obstinément les ténèbres, celles des lampes, du feu et du
pendentif phosphorescent de Luciana, jeune femme d'origine solaire aux cheveux ardents et véritable
figure de lumière plongée dans la double obscurité de la mine, de l'histoire et de sa propre complexité
fracassée, jusque à sa consummation finale en compagnie de Pietro.


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Seules quelques cases italiennes intensément lumineuses apportent le contrepoint d'un passé et d'un espoir inaccessibles - j'ai aimé que dans la rapide évocation de son bonheur fugace avec Angelo, la robe de Luciana, alors innocente jeune fille en fleur, soit couleur de "vie en rose", si l'on excepte les deux planches conclusives situées avant l'épilogue.


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Mais dans ces deux planches, le bleu pâle n'éclaire qu'un cimetière contenant la tombe de l'ingénieur Dayère et celle des malheureux époux désaccordés qu'auront été jusque au bout Luciana et Pietro. C'est ce même bleu pâle qui accompagne le voyage de Renard et de Lefranc sur fond de guerre d'Algérie, autre sombre drame individuel et collectif auquel prendra part bien malgré lui Lefranc rappelé comme réserviste.


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Mais en dehors de ces quelques instants de luminosité plus éclatante, que ce soit nuit ou jour, l'album est une seule coulée d'obscurité presque totale. Le récit ne commence-t-il pas dans les petites heures hivernales d'un matin noir d'encre et ne se déroule-t-il pas pour l'essentiel dans les profondeurs de la mine ?
Noël noir est en effet un Voyage au centre de la terre dont le propos n'est cependant pas l'exploration d'un imaginaire émerveillé des profondeurs, mais celle d'une catastrophe multiple  : celle de la mine en feu et des mineurs pris au piège, celle des individus placés au coeur de la terrible aventure, principalement Luciana, Mirko, Pietro, l'ingénieur Dayère et Lefranc, ainsi que, dans une moindre mesure quoique l'un d'entre eux y perde la vie, Antonio et Joseph - mais ces deux personnages, en dépit de la chute mortelle de Joseph, ne sont pas l'objet d'une étude intérieure aussi précise que celle des autres ou ne connaissent pas un destin dramatique de même intensité. C'est encore la catastrophe d'un ensemble de strates historiques qui, comme les différents étages de la mine, se superposent et communiquent entre elles par les puits sans fond d'un vingtième siècle ténébreux.
Cependant, ce voyage au centre de la mine est aussi un parcours intérieur au long duquel vont se révéler des vérités inattendues, dont toutes ou presque ont un lien avec l'histoire. Mirko et la désillusion stalinienne, l'ingénieur Dayère et les contradictions historiques de l'exploitation minière, particulièrement dans les années de la reconstruction, Luciana et le fascisme, Lefranc et le souvenir de son père, pilote d'essais dans le domaine de l'aéronautique militaire.
Cette odyssée de la mémoire culmine au coeur exact de l'album, à partir de la page 28, Noël noir comprenant en effet 48 pages, lorsque Luciana et Lefranc coupés de tout et seulement éclairés par la faible phosphorescence du pendentif de la jeune femme, se confient l'un à l'autre des fragments essentiels de leurs souvenirs et communiquent ainsi en profondeur par la similitude de leurs expériences, belle manière de dire qu'au-delà de l'individualité des existences et de leurs drames, des galeries psychiques n'en permettent pas moins à deux êtres aussi différent que la jeune femme et le journaliste de partager quelque chose de commun qui fait d'eux des incarnations de la condition humaine.


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Luciana et Lefranc n'en demeurent pas moins des individualités irréductibles, comme le prouve la nature personnelle des drames qu'ils se confient, même si celui de la mort d'Angelo, puis celui de la mort de Lina, croisent à leur façon celui de la mort accidentelle du père de Lefranc. Parvenus malgré eux jusque au coeur des ténèbres de la mine, les deux personnages atteignent donc bel et bien celui de leurs propres ténèbres.
Ils n'en tireront cependant pas le même "bénéfice", celui de remonter à la vie enfin éclairés sur une part d'eux-mêmes après avoir traversé la nuit. C'est qu'en effet le voyage intérieur des principaux personnages du récit épouse encore des ressorts plus secrets liés à la culpabilité. Celle de Luciana tout d'abord. Envers le mari qu'elle n'aime pas, envers la petite Laura qu'elle s'obstine à confondre avec Lina et rejette malgré elle, envers les mineurs enfin, puisque elle finit par avouer sa part de responsabilité dans l'accident qui provoque la catastrophe, la mort de nombreux mineurs, parmi lesquels Mirko, sans savoir encore qu'elle sera indirectement et involontairement à l'origine de celle de Pietro avec qui elle périra entre profondeur et surface.
A cette culpabilité s'ajoute évidemment celle de l'ingénieur Dayère, d'un autre ordre sans aucun doute, et c'est pourquoi il remonte à la surface à deux reprises, après avoir fait preuve d'un dévouement sans faille au cours de l'expédition de sauvetage. Mais l'ingénieur, coupable de complaisance envers la direction de la mine, au nom de la politique de rendement voulue par celle-ci, mais encore l'Etat et même le Parti Communiste en la personne de Maurice Thorez, comme le souligne son appel à la production placé en exergue de la passionnante préface de Camille Rigebert ; l'ingénieur ainsi écrasé entre des exigences contradictoires qui le conduisent à négliger ses devoirs tout en éprouvant une profonde et active compassion envers les mineurs pris au piège, finira par se donner la mort.
Deux autres personnages expriment leur culpabilité de manière plus oblique, mais non moins intéressante et juste du point de vue humain. Il y a d'abord Mirko qui, après avoir fait preuve d'une extrême ambiguité dans sa participation à l'expédition de sauvetage, finit par se sacrifier, une fois révélée sa véritable destinée historique, comme si, ayant par ce récit sauvé sa mémoire du malentendu politique où il se trouvait jeté, il tenait à payer ainsi la dette contractée envers les mineurs que son sabotage a directement contribué à prendre au piège. Ce n'est certainement pas par hasard qu'il exerce le métier de boutefeu tandis que l'inspiratrice de son acte n'est autre que Luciana aux cheveux de flammes.
Il y a enfin le directeur de la mine qui, bien qu'en retrait du récit principal éprouve aussi du remord envers le sort de ses personnels, ce que prouve son attitude au cours des tentatives de sauvetage et la confidence qu'il fait à Renard au sujet de Luciana et du drame de Lina et Laura, ce qui lui fait d'ailleurs cette remarque de l'inspecteur, remarque cependant teintée de circonspection : "Hum... Je vois que derrière l'administrateur se cache un homme de coeur."
Mais la culpabilité d'aucun de ces personnages n'est entièrement réductible à lui seul. Tous, y compris la petite Laura dont le docteur Pauly révèle à Lefranc que son rôle dans l'accidente qui a coûté la vie à Lina et plongé le couple Pietro-Luciana dans des ténèbres encore plus grandes ; tous sont aussi à des degrés divers des victimes. Prenons le seul cas de Laura pour exemple : la jeune femme est à la fois victime d'une époque, en l'occurrence celle du fascisme, puis du patriarcat, puis d'une condition sociale difficile qui la conduira à l'exil et au dur labeur de la mine, celle enfin des graves manquements à la sécurité comme Lefranc le lui rappelle lorsque elle s'accuse d'être seule cause de la mort des mineurs encerclés par l'incendie. La culpabilité de Luciana n'est donc pas luciférienne, comme son prénom pourrait le laisser croire, mais partiellement déterminée par ce qu'elle a subi et qui l'a conduit aux terribles décisions qu'elle regrette au coeur des ténèbres.
Là est l'immense humanité de cette fresque intime et collective. J'aime aussi la manière exceptionnellement maîtrisée dont toutes ces révélations se distribuent graduellement au fil de l'album, selon un principe narratif d'une très grande force et d'une justesse humaine bien plus grande que si chaque personnage livrait tout celui en un seul bloc. De ce point de vue, l'épilogue totalement inattendu de la page 48 est l'exemple le plus remarquable du point de vue dramatique, puisque il fait éclater la responsabilité et donc aussi la culpabilité du père de Luciana sous leur forme réelles, dans une scène qui ne manque pas de faire songer à l'ultime scène du Parrain III.
J'ai également été saisi par la manière dont Michel Jacquemart orchestre don récit comme une véritable tragédie au sens propre du terme, dans la mesure où, sans en connaître encore les conditions de réalisation concrète, nous savons dès la cinquième case de la première planche que Luciana et Pietro n'échapperont pas à ce qui se trame, si bien que leur vie prend bel et bien forme d'un destin. Or, dans cette tragédie, Michel Jacquemart distribue les rôles comme on aurait pu le faire dans la tradition du théâtre grec antique, les dieux en moins. Il y a l'héroïne centrale en la personne de Luciana, qui a indirectement quelque chose d'une Antigone impuissante - le protagoniste servant de fil conducteur et d'accompagnateur, donc de confident, en la personne de Lefranc, les héros secondaires de rang plus ou moins subalterne ou humble comme l'ingénieur, Mirko, Antonio et Joseph, le témoin qu'incarne Renard en dépit de sa situation externe d'homme qui ronge son frein, et surtout le choeur incarné par les mineurs anonymes qui interviennent à plusieurs reprises au cours du récit, sans oublier ces coryphées successifs que sont certains mineurs surveillant d'en haut les étapes de l'expédition et annonçant par exemple la remontée de l'ingénieur (page 30), celle du curé de Saumont-en-Gahelle puis de Raymond-le-Rouge, puis de l'homme inconnu qui rend l'espoir aux paroissiens en train de se battre dans l'église, (page 41).
Ces différents niveaux de récit donnent en effet à Noël noir une force exceptionnelle où le parler des mineurs, que la solution adoptée par Michel Jacquemart entre patois et français rend parfaitement compréhensible au lecteur qui ignore tout de ce dialecte, apporte même une forme de musicalité qui elle aussi n'est pas sans lien avec le théâtre tragique de la Grèce antique puisque celui-ci était autant musical que purement scénique. La parole des mineurs y trouve d'ailleurs une dignité particulière en raison de l'authenticité que Michel Jacquemart a réussi à faire vivre grâce à son patient travail de documentation et aux chaleureux conseils des personnes avec lesquelles il a dialogué. J'ai d'ailleurs trouvé magnifique le fait d'introduire l'authentique ancien mineur qu'est Antonio Vicente dans le récit, tout comme le rôle qu'il donne à Lefranc, conservant au personnage sa dimension de héros humaniste tout en le mettant sur le même plan que les autres personnages dont il partage le destin et auxquels il restera désormais lié par l'étrange fraternité des rêves.
Un dernier mot pour évoquer le lien manifeste de Noël noir avec Les Enfants du bunker sous les apparences de récits très distincts l'un de l'autre. Je suis un peu gêné de le mentionner comme une évidence qui m'a sauté aux yeux car au cours d'un chaleureux échange sur un site social, Michel Jacquemart a le premier fait clairement allusion au lien pour lui très profond entre ces deux albums, si bien que j'ai l'air de suivre ses traces en jouant au lecteur perspicace qui avait déjà remarqué la chose. Mais je suis certain que je ne suis pas le seul à avoir été frappé par les résonances entre ces deux albums. D'ailleurs la question de préséance n'a aucune importance. Ce qui compte est qu'en effet ces deux albums sont en dialogue évident d'une façon intime et splendide dont le mérite revient, non à eux qui le constatent, mais à Michel Jacquemart qui les a conçus et écrits.
J'en donne simplement quelques exemples frappant : le tressage de l'histoire individuelle et la grande histoire (qu'on distingue d'ailleurs souvent en français par l'usage du "H" majuscule, ce qui fait dire au romancier Georges Perec dans W ou le souvenir d'enfance : l'Histoire avec sa grande hache"),  la remontée de la mémoire intime et de ses traumatismes, l'intervention finale de la parole éclairante du docteur Pauly, autre coryphée, mais cette fois solitaire et s'exprimant au nom de la fillette qui ne parle plus. Et contrairement à ce qu'on pourrait craindre, ces résonances ne se répètent pas, mais se conjuguent car chaque album, au-delà de l'univers individuel et social qu'il explore  traite la question du drame intérieur de manière spécifique.
Redisant une dernière fois combien pour toutes ces raisons j'ai trouvé cet album splendide, j'ai envie d'ajouter que Noël noir est aussi une leçon des ténèbres qui ne peut qu'inspirer l'admiration et l'éblouissement en dépit ou à cause de tant de nuit superbement exprimée.

200 Re: Noël noir le Dim 27 Juil - 18:13

Draculea

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grand maître
grand maître
J'ajoute un mot à propos de Noël Noir et de mes impressions publiées ci-dessus il y a quelques jours déjà : pour dire combien je trouve belle la couverture de Régric qui saisit l'emblème central du récit, la descente de Luciana et Lefranc emportés par les eaux irrésistibles au coeur de la nuit où les secrets seront révélés. Elle possède une très grande puissance dramatique et convient admirablement à ce qui est à mes yeux l'un des éléments fondamentaux de l'histoire.

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