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Philosophie et bande dessinée

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1 Philosophie et bande dessinée le Dim 19 Aoû - 18:18

Raymond

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Admin
Ce n'est pas le premier livre qui s'intéresse aux relations qu'entretiennent la philosophie et la BD, mais c'est la première fois que l'on demande à la BD de répondre à la question : "la vie a t-elle un sens ?" Tel est en effet le thème du dernier numéro hors-série de Philosophie magazine.



Dès que l'on prend au sérieux la bande dessinée, je ne peux pas m'empêcher de jeter un oeil là-dessus. Il y a longtemps que je ne crois plus que la BD soit un simple divertissement pour ados attardés (ou pour adultes décérébrés). Le lecteur de BD est d'abord un lecteur tout court, donc un amateur d'idées et de livres, et c'est ensuite un connaisseur qui a appris à décoder le langage des images. Le lecteur de BD est donc une sorte de spécialiste, qui utilise son savoir pour se divertir (bien souvent) mais aussi pour éprouver certaines émotions qui touchent au domaine artistique. Ceci dit, je n'étais jamais allé jusqu'à penser que la BD pouvait répondre à des questions philosophiques. Rolling Eyes


Quels sont donc les vrais liens entre la BD et la "phîlo" ? Il y a d'abord bien sûr quelques auteurs comme Goossens, ou Marc-Antoine Mathieu, qui traitent (souvent par la dérision) de questions intellectuelles ou existentielles, Ces oeuvres sont rares, mais bien souvent retentissantes. Marc-Antoine Mathieu est d'ailleurs un des dessinateurs invités de ce numéro de Philosophie magazine. Il y est tout-à-fait à sa place.



Faire de la philosophie, c'est également faire passer une oeuvre, ou un auteur, sous le crible d'un raisonnement intellectuel. A cet égard, ce dernier numéro de Philosophie magazine est un véritable festival d'analyses et de bonnes remarques. Que ce soient les Idées noires de Franquin, les BD contestataires de Crumb, les interrogations existentielles des Peanuts ou les scénarios de Goscinny, la bande dessinée est riche en oeuvres qui posent les bonnes questions, et qui stimulent la pensée. De ce côté là, ce numéro hors série propose des textes qui ne déçoivent pas le lecteur.

Il reste cependant que cette publication ne répond pas vraiment à la question de départ. La vie a t-elle un sens ? Peut être que la réponse se trouve dans la BD (tout est possible), mais la plupart des auteurs et rédacteurs de cette revue (hormis Marc Antoine Mathieu bien sûr) esquivent soigneusement cette question. Wink


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2 Re: Philosophie et bande dessinée le Dim 30 Nov - 11:02

Treblig


Double prix Nobel
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3 Re: Philosophie et bande dessinée le Dim 29 Oct - 11:27

Raymond

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Admin
J'ai désespérément essayé de m'intéresser à ce livre de BD intitulé Philocomix, qui vulgarise les thèses philosophiques de Platon, Epicure, Descartes, Kant, et de quelques autres philosophes célèbres.



L'idée de centrer la discussion autour de la recherche du bonheur était pourtant excellente, et c'est probablement d'ailleurs cette approche assez "pratique" de la philosophie qui m'a initialement attiré. Le traitement du sujet est cependant décevant. L'utilisation d'un dessin caricatural pour un discours intellectuel semblait plutôt fondée, mais le fait de réduire tous ces grands philosophes à de simples silhouettes ridicules m'a un peu dérangé. Les auteurs voulaient-ils vraiment nous faire découvrir la philosophie avec un minimum de sérieux, ou avaient-ils simplement l'intention de se moquer de toutes ces thèses existentielles ? La lecture m'a en tout cas donné l'impression d'un excessif manque de sérieux.



L'humour est vite réducteur, et s'il n'est pas déplaisant d'insérer des traits d'esprits ou des gags ou milieu d'une présentation théorique, il faut tout de même que le message principal dépasse celui des gags. De ce livre, malheureusement, on ne retient que les critiques ou quelques plaisanteries au ton péjoratif. On n'y discerne pas le moindre enthousiasme pour le travail philosophique.



Je vois donc cet album comme une "vulgarisation vulgaire", si j'ose dire, qui fait passer l'humour avant les idées, et qui ne fait pas vraiment honneur à la philosophie. Il n'y a en fait pas de grand intérêt à le découvrir, sauf si l'on a envie de se moquer des philosophes.

Encore un livre raté !  Rolling Eyes


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4 Re: Philosophie et bande dessinée le Lun 30 Oct - 8:35

Draculea

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docteur honoris causa
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Je ne connais pas cet album, mais voyant les extraits que tu en donnes, je comprends ta déception. Il me semble dommage de faire découvrir la philosophie par des dessins aussi schématiques et assez laids en définitive. Sans doute une part d'humour, y compris graphique, peut se concevoir, mais cela, j'en suis bien d'accord, ne peut constituer la seule dimension d'un texte qui veut nous faire découvrir la philosophie par d'autres voies que celle des manuels scolaires et sans doute inciter les lecteurs à l'aimer.

C'est d'autant plus dommage que plusieurs auteurs ont réussi dans ce domaine de belles choses avec des romans graphiques, je pense notamment au Sartre d'Anaïs Depommier et de Mathilde Ramadier, paru chez Dargaud en 2015 à l'occasion du 35ème anniversaire de la mort du philosophe.









L'album est vraiment bien équilibré entre l'évocation de la vie de Sartre et celle de son oeuvre, non sans humour d'ailleurs, comme dans l'exemple ci-dessous :













5 Re: Philosophie et bande dessinée le Mar 31 Oct - 10:30

Raymond

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Admin
Merci de cette référence sur Sartre ! J'avais vu passer l'album en librairie en son temps, mais il y a une telle pléthore ... qu'on ne peut pas tout lire.

Et que penses-tu de ces numéros hors-série de la revue "Philosophie" consacrés à la BD ? Il vient par exemple de sortir un numéro qui est consacré à Gaston, que l'on trouve en kiosque.



C'est le genre de philosophie qui m'intéresse ! Smile


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6 Re: Philosophie et bande dessinée le Mar 31 Oct - 17:25

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Je n'ai pas encore lu ce numéro, mais j'ai beaucoup aimé celui de l'été. Tisser le lien entre philosophie et bande dessinée est peu usité mais à mon sens important.

Je me sers souvent de la bande dessinée dans mes cours. Par exemple dans le chapitre sur l'art nous analysons parfois le découpage d'une planche en comparaison avec l'art du retable, ou bien je leur montre comment les auteurs de bande dessinée travaillent l'espace et le mouvement de façon qui parfois évoque le cinéma et aussi l'art préhistorique tel qu'on le voit à la grotte Chauvet, comment ils évoquent le son, le silence, etc.

Mais la bande dessinée se prêt bien aussi à quantité d'autres sujets : l'inconscient par exemple avec l'oeuvre de Druillet, Little Nemo bien entendu, certains Batman aussi, comme La cour des hiboux et La nuit des hiboux, l'ethnocentrisme et le relativisme culturel avec la discussion de Tintin et de Tchang dans Le lotus bleu. Et bien d'autres choses encore !

Je me sers souvent de Tintin et explique parfois la conception de la connaissance d'autrui que Maurice Merleau-Ponty présente dans la Phénoménologie de la perception, en leur faisant lire Tintin au Tibet et en leur demandant ensuite : pourquoi Tintin confond-t-il le yéti et le capitaine Haddock ? - il s'agit de la scène dans laquelle Tintin, égaré dans la tempête de neige nocturne, peu après l'arrivée dans la haute vallée où git la carcasse de l'avion, aperçoit une silhouette qui prend la fuite quand il l'interpelle ?

A ton avis ? Very Happy

7 Re: Philosophie et bande dessinée le Mar 31 Oct - 18:23

Raymond

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Admin
Mmm  ... je ne connais rien de Merleau-Ponty.   deso

Mais pour ce qui concerne cette silhouette qui s'enfuit dans la neige, je dirais que Tintin voit ... ce qu'il s'attend à voir, c'est à dire une personne connue. Il n'imagine pas une seule seconde qu'il a devant lui le yéti, et conclut que Haddock est devant lui.

Est-ce cela, la conception de la connaissance d'autrui ?


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8 Re: Philosophie et bande dessinée le Mar 31 Oct - 19:32

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Pas exactement. Mais si tu 'nas jamais eu l'occasion de lire cet auteur, il est normal que tu ne trouves pas la solution. Very Happy

Merleau Ponty explique dans un passage de la Phénoménologie de la perception que je reconnais autrui non seulement parce que son corps a même structure que le mien, mais surtout et plus encore parce que sa manière d'être au monde, c'est-à-dire sa façon de se tenir dans l'espace, de manipuler les objets, de se mouvoir, révèle en lui la conscience. Le corps humain en effet signifie des états d'âme humains qui se peignent non seulement sur le visage et les mains, lieux privilégiés de la manifestation de notre subjectivité, mais aussi dans les autres parties du corps et donnent à celui-ci un style spécifique.

Maintenant, venons-en à Haddock, ou plutôt au yéti. Pourquoi Tintin confond-t-il un animal et un homme ? Même proche de nous le yéti devrait, tout comme un gorille ou un orang outang avoir une manière d'être, sinon simiesque, en tout cas animale et non pas humaine d'être au monde. Même dans le brouillard on ne peut confondre un homme et un animal bipède.

La réponse nous est donnée à la dernière page lorsque Tchang, en réponse à une remarque de Tintin qui s'étonne de la façon dont le jeune homme parle du yéti, lui dit qu'il y a en lui quelque chose d'humain. Si le yéti possède une forme d'humanité qui se révèle dans ses soins envers Tchang, son évident amour envers lui et le regard qu'il pose sur lui, la confusion de Tintin s'explique. Voir ci-dessous la demi planche finale où se trouve cette scène. Je ne l'ai trouvée hélas qu'en anglais, ne retrouvant pas aussitôt l'album dans ma bibliothèque.

Le capitaine Haddock n'est-il d'ailleurs pas parfois lui-même dans ses colères à la frontière d'une sorte d'animalité proche de celle de l'ours mal léché, même si cela ne dure pas et il a lui aussi la générosité cachée du yéti. Il est en outre le seul personnage de bande dessinée qui se venge d'un animal par les mêmes méthodes que celles dont use cet animal, dans le célèbre passage final du Temple du soleil où le capitaine crache sur un lama ! Tiens ! Un lama ! Le capitaine en rencontre justement de tout autres dans Tintin au Tibet, plus proches du ciel, comme Foudre bénie qui entre fréquemment en lévitation.

Pour finir et revenir sur le yéti, à la dernière case de l'album, c'est avec une tristesse en effet toute humaine qu'il observe la caravane qui s'éloigne, emportant pour toujours son jeune protégé. Very Happy







9 Re: Philosophie et bande dessinée le Jeu 2 Nov - 11:45

Raymond

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Admin
C'est une belle façon d'enseigner la philosophie !   pouce

Il me semble que l'on comprend mieux ainsi.   Embarassed

Un petit croquis vaut mieux qu'un long discours. Wink


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