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Le Dieu Sauvage

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1 Le Dieu Sauvage le Mar 14 Avr - 16:02

Jacky-Charles


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Je viens de relire l'analyse de cet album que j'avais publiée sur le site "Alix l'intrépide", voilà déjà un certain temps. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter aujourd'hui à la partie critique. En revanche, la partie historique pourrait être plus étoffée.
Je me souviens, en effet, qu'un autre correspondant du Forum m'avait fait remarquer à l'époque que j'aurais pu être plus complet sur la Cyrénaïque, où se déroule l'histoire, et qui est une région assez mal connue.
Comme je viens de retrouver mes notes d'alors, je vous propose un petit voyage dans ce pays, ainsi qu'une excursion chez les Garamantes, dont il est également question dans cet album.

LA CYRENAÏQUE
Elle est présentée dans l'album comme un pays semi-désertique et quasiment vierge, seulement habitée par des tribus assez primitives, et que l'on colonise encore à l'époque d'Alix. Vous allez voir qu'il n'en était rien.

C'est la partie est de l'actuelle Libye, entre l'Egypte et la Grande Syrte ; on l'appelle aussi le pays de Barka ; à l'ouest, dans une région très fertile, se trouvait, selon la légende, le jardin des Hespérides.
Si le rivage de la Grande Syrte était peu peuplé, la région plus occidentale, la Tripolitaine, fut longtemps sous influence carthaginoise, mais elle ne nous intéresse pas pour l'instant.
Le Cyrénaïque était peuplée par plusieurs tribus dont je reparlerai. Elle se trouve exactement au sud du Péloponnèse, à 500 km environ. C'était donc un lieu d'émigration rêvé pour des colons Grecs, pas trop éloigné de la mère patrie et dont ils pouvaient espérer tirer un bon rapport, d'autant plus que l'oracle de Delphes, consulté, conseilla de créer un établissement permanent, ce qui fut fait au -VII° siècle.

Le fondateur de la colonie grecque fut un certain Battus, qui créa la dynastie des Battiades. La réussite ne fut pas d'emblée au rendez-vous : le premier établissement se révéla impropre à l'élevage du bétail, et l'oracle de Delphes, à nouveau sollicité, en suggéra un autre. Finalement, la colonie prospéra, grâce à plusieurs immigrations grecques successives, surtout entre -574 et -554.
Les colons grecs produisaient du blé, du vin et de l'huile, ainsi que du silphium, un arbrisseau fournissant des médicaments et des condiments dont on faisait grand cas dans l'Antiquité.
Les Grecs fondèrent de nombreuses villes, soit, d'ouest en est :
-Hespéridès, qui devint Bérénice, aujourd'hui Benghazi,
-Teucheira, qui devint Arsinoé, aujourd'hui Tankra,
-Ptolémaïs, aujourd'hui Tolmeïta, qui est le port de Barca ou Barcé, fondé en -550 à 5 lieues de la mer et qui fut la capitale au temps des Ptolémées,
-Apollonia, aujourd'hui Marsa Sausa, qui est le port de Cyrène, contruite à 4 lieues de la mer et qui donna son nom au pays.
Ces villes constituaient la Pentapole ( = 5 cités ) et il y avait aussi, toujours en allant vers l'est :
- Nausthathmus, aujourd'hui Marsa-el-Hallal,
- Darnis, aujourd'hui Derna,
-Axylis.

Les populations locales, sédentaires, cultivaient la terre avec les colons grecs, d'abord en bonne intelligence. Les principales tribus étaient :
-Les Asbystes, près de Cyrène,
-Les Auschisae, près de Barca,
-Les Cabales, près de Teucheira,
-Les Nasamones, qui nomadisaient avec leurs chevaux et leur bétail, commerçant avec l'Afrique centrale.

Le commerce de la Cyrénaïque, très actif, est attesté par les nombreuses monnaies retrouvées sur place, et concernait la Grèce, la Crète, Rhodes et l'Asie mineure ( Milet, notamment ).
Entre -550 et -450, de nombreux conflits éclatèrent, d'abord entre les Grecs ( qui n'auraient pas été de vrais Grecs sans cela ! ) puis entre Grecs et Libyens. Je n'en donne pas le détail, mais les Libyens finirent par appeler les Egyptiens au secours. La victoire favorisa l'un ou l'autre camp, alternativement, jusqu'à ce que les Perses de Cambyse mettent tout le monde d'accord en occupant les deux pays.

Avec la conquête d' Alexandre, ils passèrent ensuite dans l'orbite macédonienne, puis la royauté des Ptolémées. En -117, la Cyrénaïque fut érigée en royaume indépendant au profit d'un bâtard de Ptolémée Physos, nommé Apion ; celui-ci mourut en -95 sans héritier et légua son royaume à Rome.
Comme partout, Rome garantit les libertés et les institutions contre un tribut. Après une période d'agitation et l'intervention du général romain Lucullus ( le gastronome bien connu ), la Cyrénaïque, associée à la Crète, devint province romaine en -67. Tel est son statut au moment du récit.
Par la suite, la province resta prospère, malgré une violente révolte des Juifs en 115-117, et cela jusqu'à l'invasion arabe en 642.

Il exista une école philosophique de Cyrène qui fut fondée par Aristippe, disciple de Socrate, mais l'influence de ce dernier fut restreinte. Cette école s'occupa surtout de la personne morale de l'homme, et proclama que toute sagesse consiste à rechercher le plaisir et à éviter la peine, recommandait la tempérance et la modération pour éluder les conséquences pénibles des excès. Elle accorda une large part aux plaisirs de l'esprit à côté des plaisirs du corps : "posséder et n'être pas possédé". Cette école fut éclipsée par l'épicurisme.

On voit donc qu'il s'agit d'un pays ayant déjà une longue histoire, propère et civilisé, ayant donné aussi bien des négociants et des guerriers que des penseurs, et en contact permanent avec ses voisins. On retrouve dans ce récit un rapprochement entre deux périodes historiques séparées par pas moins de 6 siècles !

LES GARAMANTES
Dans l'album, on les rencontre sous le nom de Garmantes et présentés comme un peuple africain. En fait, ils vivaient au sud de la Libye, près du massif du Fezzan, nommé Phazanie à l'époque.
Leur nom signifie "les gens des maisons", en berbère ancien. Les nomades de la région désignaient donc ainsi des sédentaires. Ils étaient prospères, grâce au commerce trans-saharien entre les pays méditerranéens et ceux de la savane africaine, vers le fleuve Niger et Gao. Carthage était leur principal débouché, pour l'ivoire, les métaux précieux et les esclaves. Ils constituaient également la cavalerie carthaginoise, étant éleveurs de chevaux et conducteurs de chars à 4 chevaux. Ils cultivaient des céréales, des légumes, des dattiers, des figuiers et la vigne. Il fallait 30 jours de caravane ( puis seulement 20 jours par une meilleure route ) pour aller de leur capitale, Garama, à Leptis Magna, sur la côte, près de Tripoli.

Je ne donne pas habituellement d'informations sur des évènements postérieurs à l'époque d'Alix, mais ceux-ci me paraissent intéressants. En -20, le proconsul romain Cornélius Balbus partit à la conquête du pays des Garamantes et s'empara de Garama, aujourd'hui : Germa. Il s'ensuivit une révolte, puis la paix, mais en 70, les Garamantes aidèrent les habitants d'Oea ( Tripoli ) à piller Leptis Magna. La Pax Romana ne s'étendra sur la région que sous le règne de Septime Sévère ( 193-211 ) qui était né à Leptis Magna en 146.
Les routes devenant enfin sûres, le commerce se développa et ce fut l'apogée des Garamantes, qui se convertirent au christianisme en 569.
Auparavant, sous Domitien, entre 83 et 92, un émule d'Alix, Julius Maternus, accompagna le roi des Garamantes au pays d'Agysiarba ( situé entre Aïr, Tchad et Tibesti ), "où abondent les rhinocéros". Son voyage dura 4 mois et 14 jours.

Que reste-t-il des Garamantes ? Outre Garama, l'ancienne capitale, avec son mausolée romain datant du règne de Domitien, les vestiges sont nombreux. Les nécropoles de l'oued El-Agial comptent 60 000 sépultures, dont des pyramides en argile ou revêtues de pierres, et on y a retrouvé des objets en verre venant de Gaule, d'Italie et de Syrie. Près de là, Ziuchecra est le plus ancien site d'habitat, avec 300 maisons. A Ganiat Gebril du I° au III ° siècle, on trouve des ateliers de céramiques, de forgerons, de vanniers et de tisserands.

Dans l'Antiquité, le pays des Garamantes était célèbre pour ses gemmes, escarboucles et amazonites, mais les "émeraudes des Garamantes", chères à Théodore Monod, restent du domaine de la légende.

Dans "Don Quichotte", Cervantès donne à un roi des Garamantes le nom de Pentapolin, manifestement inspiré de la Pentapole de Cyrénaïque ; il n'était pas le premier à prendre Le Pirée pour un homme !

Et voilà ! A vous de commenter !

2 Re: Le Dieu Sauvage le Jeu 16 Avr - 1:02

Raymond

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Admin
Il y aurait beaucoup de choses à dire, et il est un peu tard ... siffle Je vais être relativement court .

Tout d'abord, un immense merci pour ces précisions sur le contexte historique. Je ne connaissais rien sur les Garamantes mais Jacques Martin s'était manifestement bien documenté avant de s'attaquer à ce récit. J'avais toujours été perplexe sur ce Massina qui règne en Cyrrhénaique et qui est indépendant des romains, mais ce que tu décris concorde assez bien avec l'univers que nous montre le Dieu Sauvage.

Pour moi, il s'agit d'un album parfait, aussi bien dans la construction du récit que dans son dessin. La première page, montrant la construction d'Apollonia est majestueuse et la dernière image nous y ramène avec habileté. C'est un moment d'une très grande poésie sunny



Jacques Martin crée une sorte de symétrie entre le début et la fin de l'histoire, et il y a là une beauté qui m'a ému. Ce qui est aussi très fort, c'est que cette illustration nous ramène au présent, car ce que connaissons aujourd'hui du monde romain ressemble à cela, c'est à dire ces vieilles pierres, et ces ruines entourées de sable. La lecture de cette BD se termine ainsi impitoyablement, et on se retrouve un peu rêveur, avec l'album entre les mains.

C'était aussi une des premières fois dans la bande dessinée où l'on montrait un personnage important (la reine Adréa) finir ses jours d'une manière aussi prosaique. C'est à la fois un moment dramatique (qui est l'ultime conclusion du Dernier Spartiate) et très réaliste qui donne de la crédibilité à l'histoire. Tous les personnages sont par ailleurs intéressants et on pourrait souhaiter retrouver une fois l'élégant Tiburce Carone, ou la troublante Héra.

Je m'arrête là pour l'instant. J'ai beaucoup rêvé sur cet album Very Happy



Dernière édition par Raymond le Ven 29 Aoû - 22:07, édité 1 fois


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3 Re: Le Dieu Sauvage le Sam 18 Avr - 14:42

Jacky-Charles


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Tu as raison, il y a en effet de quoi rêver sur cet album, peut-être plus encore que sur les autres aventures d'Alix, car Jacques Martin se permet de laisser des questions sans réponses, aux bons soins du lecteur pour se les imaginer. Par exemple, le mystère de la statue n'est jamais éclairci : d'où vient-elle réellement, comment agit-elle, de quoi est-elle faite ? Et aussi : comment les soldats de Varius Munda que l'on quitte un peu déconfits mais bien vivants dans le désert sont-ils retrouvés morts, sauf leur chef, mais pas pour longtemps, à la fin ? Ont-ils succombé à un combat que l'on ne voit pas, ou encore aux effets de la statue ? Ces énigmes m'intriguent depuis que j'ai lu l'album, mais je n'ai pas de solutions.

4 Re: Le Dieu Sauvage le Dim 19 Avr - 12:39

Jacky-Charles


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Je m'aperçois que j'ai omis de citer mes sources ; comme d'habitude, la base est le "Dictionnaire de l'Antiquité" de Jean Leclant ( PUF ), complété par les sites internet : Imago mundi et Clio, en particulier les articles de M. Gabriel Camps ( décédé en 2002 ) sur les Garamantes ; cet auteur est un spécialiste de l'Afrique du nord préhistorique et proto-historique : ancien directeur du Musée du Bardo à Alger, chercheur au CNRS, professeur à l'université de Provence ( entre autres ), il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages, dont un sur le roi berbère Massinissa, dont le nom a vraisemblablement inspiré celui de Massina.

5 Re: Le Dieu Sauvage le Mar 8 Sep - 19:04

Raymond

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Admin
Il est vrai que le rôle d'Heraklion n'est pas négligeable dans le Cheval de Troie. Toutefois, cette histoire raconte surtout la terrible fin d'Hortalus, cet honnête soldat qui avait fait son apparition dans les Légions Perdues. C'est surtout de lui que je me souviens en refermant cet album.

Sinon, le Cheval de Troie se déroule bien sûr en Grèce mais le "dernier spartiate" (j'entends par là Heraklion) n'y joue qu'un rôle assez modeste. Il me semble plutôt subir les événements ... mais il faudrait que je relise cette histoire! Ca fait longtemps que je ne l'ai pas relu. Embarassed


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6 Re: Le Dieu Sauvage le Sam 7 Jan - 12:02

Raymond

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Admin
Le Dieu sauvage est à l'honneur sur le blog de Jean-Marc. Very Happy

Il vient d'ouvrir une section consacrée à Alix. Il y a deux articles : un premier sur la chronologie d'Alix par Jacky-Charles, et un deuxième consacré à une analyse de planche, effectuée par votre serviteur. jap

Cette analyse de planche se trouve ici :

http://www.universalix.fr/?page_id=378


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7 Re: Le Dieu Sauvage le Sam 7 Jan - 14:39

stephane

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vieux sage
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Très interessantes analyses!!

http://alixmag.canalblog.com/

8 Re: Le Dieu Sauvage le Mar 10 Jan - 21:27

Pierre

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vieux sage
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J'adore ces billets de Raymond cheers

9 Re: Le Dieu Sauvage le Mer 7 Mar - 23:01

hectorvadair

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lecteur émérite
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Annonce de la série à venir in Tintin 1059 (1968)

http://www.1caseenmoins.canalblog.com

10 Re: Le Dieu Sauvage le Jeu 8 Mar - 17:38

Raymond

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Admin
Il y a beaucoup de petits "trésors" inconnus dans ces vieux journaux de Tintin. Very Happy


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11 Re: Le Dieu Sauvage le Jeu 8 Mar - 17:55

jfty

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grand maître
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4ème de couverture de 1969 et non de 1968! Smile

12 Re: Le Dieu Sauvage le Mar 16 Avr - 10:12

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Trois couvertures différentes.


D'abord, celle publiée en 1969 dans le Journal Tintin.




Puis, celle de l'album en 1970.




Enfin, celle de la réédition du 24 avril 2013 à paraître.

13 Re: Le Dieu Sauvage le Mar 16 Avr - 12:17

Raymond

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Admin
Les trois couvertures sont réussies ! Cool


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14 Re: Le Dieu Sauvage le Mer 17 Avr - 0:38

Lion de Lisbonne

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grand maître
grand maître
Raymond a écrit:Les trois couvertures sont réussies ! Cool

Je suis d'accord avec toi!
Celui que je préfère est celle qui était choisie comme définitive.
Le Dieu Sauvage est un de mes albums préférés Exclamation

15 Re: Le Dieu Sauvage le Mer 17 Avr - 10:07

Monocle

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Aussi un de mes album préférés, avec un personnage présent tout au long du récit: Le désert qui exacerbe les passions des hommes qui les protège et leur fait obstacle. Je pense que le scénario n'aurait pas aussi fort s'il se déroulait dans un autre endroit.
...Et que gloire soit rendue à ceux qui ont eu la bonne idée de conserver leurs vieux numéros du journal de Tintin pour nous en faire profiter maintenant et réveiller de vieux souvenirs.

16 Re: Le Dieu Sauvage le Sam 20 Fév - 8:40

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel

17 Re: Le Dieu Sauvage le Sam 20 Fév - 12:31

Tarmac

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grand maître
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Superbe planche pouce , cela pour dire que l'exotique et onirique "dieu sauvage" occupe définitivement une place à part dans l'oeuvre martinienne ..

18 Re: Le Dieu Sauvage le Mar 8 Mai - 13:45

Raymond

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Admin
Stéphane a remis en ligne une vieille "analyse de planche", qui avait autrefois été écrite pour le blog de Jean-Marc.

Elle se trouve à cette adresse :

http://alixmag.canalblog.com/archives/2018/05/07/36386163.html

Merci à lui ! Very Happy


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19 Re: Le Dieu Sauvage le Jeu 9 Aoû - 23:34

Jacky-Charles


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Je me suis aperçu, en recherchant d'autres analyses, que la première partie de celle-ci, initialement publiée sur le site "Alix l'intrépide", n'avait jamais été reprise ici ; la voici donc.


LE DIEU SAUVAGE

Neuvième aventure d'Alix


Le résumé

Alix, Enak et Héraklion sont invités par Horatius dans une ville romaine en cours de construction sur la côte de Cyrénaïque : Apollonia. Une fois débarqués, ils s'aperçoivent que l'invitation est un faux et s'apprêtent à repartir. Alix demande pour cela l'aide du légat Munda qui prend la chose très mal, le menace, et il est obligé de s'enfuir précipitamment du camp.
Sur le chemin du retour, il rencontre des habitants d'Apollonia qui ont déterré une statue ; celle-ci se met à faire des miracles : elle guérit des malades et les habitants en font leur dieu.
Alix a un autre sujet de préoccupation : Héraklion disparaît. Un jeune cyrénéen, Kora, lui apprend que des Grecs, amis de sa tribu révoltée contre les Romains, l'ont emmené de son plein gré vers le refuge de celle-ci. Seul le chef des Cyrénéens, Massina, prisonnier dans la ville, connaît l'endroit, mais refuse de parler pour protéger son peuple.
Pendant une fête qui se déroule ensuite à Apollonia, Munda, qui cherche à se venger d'Alix, le provoque pour l'obliger à disputer un combat inégal, en humiliant Kora et sa mère. Alix, vainqueur, obtient leur libération ainsi que celle de Massina pour retrouver Héraklion. Tous s'en vont vers le refuge de Cyrénéens, surveillés par Munda, à qui ils échappent dans le désert.
Tandis que les étranges pouvoirs de la statue provoquent des destructions dans Apollonia, Massina, reconnaissant envers Alix de l'avoir ramené chez lui, accepte de le laisser repartir malgré l'opposition de sa fille, Héra, et lui révèle que c'est sa tribu qui a dissimulé la statue près d'Apollonia  pour la détruire et se venger ainsi des Romains qui réduisent les Cyrénéens en esclavage, mais aussi la vraie raison de la disparition d'Héraklion : la tribu a recueilli sa mère, la reine Adréa, après la défaite des Spartiates et sa fuite de Grèce. Mais Adréa n'a pas supporté ces épreuves : elle est à l'agonie et a voulu revoir son fils une dernière fois, et remercier Alix de s'être occupé de lui, d'où le stratagème de la fausse invitation.
Héra provoque involontairement la mort d'Adréa en exigeant qu'elle cesse de protéger Alix, car elle ne comprend pas que la reine ait pu lui pardonner sa défaite et elle craint qu'il livre son peuple aux Romains. Alix n'attend pas qu'Héra l'abatte dans le désert, il s'enfuit et revient à Apollonia qu'il trouve en ruines, détruite par son dieu, toujours adoré par des gens délirants. Pour sauver ce qui reste, Alix jette la statue à l'eau, et, en ramenant chez lui Kora, qui l'a accompagné, il passe par le camp romain dont Munda est le seul survivant, mais pour peu de temps.
Cernés par les Cyrénéens qui les ont poursuivis, nos héros jurent à Massina de ne pas révéler le lieu de leur retraite aux Romains, ce qui leur permet de faire la paix avec Héra. Et tout le monde se détourne de la ville morte, entre la mer et le désert.


Quand cela se passe-t-il ?

Peu de temps après « Le dernier spartiate », dans la même période historique, vers -50.


Où cela se passe-t-il ?

En Cyrénaïque. Actuellement, c'est la partie orientale de la Libye, proche de la frontière égyptienne.




Le contexte historique

A cette époque, cette côte d'Afrique du nord est loin d'être déserte. Les Libyens ont fait partie des « peuples de la mer » qui attaquèrent l'Égypte, douze siècles auparavant. De nombreux ports servent d'escales aux marins et permettent de commercer avec les habitants de l'arrière-pays. Les comptoirs fondés par les Grecs, Phéniciens, Carthaginois, et à présent les Romains, sont anciens et prospères, par exemple les cinq colonies grecques nommées le Pentapole, et dont l'une d'elle s'appelle d'ailleurs Apollonia. Mais ce n'est pas la ville qu'on voit dans cette histoire, car celle-ci fut construite au -VII° siècle.
Depuis un demi-siècle, environ, Rome occupe méthodiquement le pays, en reprenant les anciens comptoirs. Il n'est donc pas impossible que cela provoque des frictions avec les habitants, ni qu'une nouvelle colonie soit fondée sur la côte.


La Cyrénaïque

Elle est présentée dans l'album comme un pays semi-désertique et quasiment vierge, seulement habité par des tribus assez primitives, et que l'on colonise encore à l'époque d'Alix. Vous allez voir qu'il n'en était rien.

C'est la partie de l'actuelle Libye, entre l'Égypte et la Grande Syrte ; on l'appelle aussi le pays de Barka ; à l'ouest, dans une région très fertile, se trouvait, selon la légende, le jardin des Hespérides.
Si le rivage de la Grande Syrte était peu peuplé, la région la plus occidentale, la Tripolitaine, fut longtemps sous influence carthaginoise, mais elle ne nous intéresse pas pour l'instant.
La Cyrénaïque était peuplée par plusieurs tribus dont je reparlerai. Elle se trouve exactement au sud du Péloponnèse, à 500 km environ. C'était donc un lieu d'émigration rêvé pour des colons grecs, pas trop éloigné de la mère patrie, et dont ils pouvaient espérer tirer un bon rapport, d'autant plus que l'oracle de Delphes, consulté, conseilla de créer un établissement permanent, ce qui fut fait au -VII° siècle.

Le fondateur de la colonie grecque fut un certain Battus, qui créa la dynastie des Battiades. La réussite ne fut pas d'emblée au rendez-vous : le premier établissement se révéla impropre à l'élevage du bétail, et l'oracle de Delphes, à nouveau sollicité, en suggéra un autre. Finalement, la colonie prospéra, grâce à plusieurs immigrations grecques successives, surtout entre -574 et -554.
Les colons grecs produisaient du blé, du vin et de l'huile, ainsi que du silphium, un arbrisseau ( aujourd'hui disparu ) fournissant des médicaments et des condiments dont on faisait grand cas dans l'Antiquité.
Les Grecs fondèrent de nombreuses villes, soit, d'ouest en est :
Hespéridès, qui devint Bérénice, aujourd'hui Benghazi,
Teucheira, qui devint Arsinoé, aujourd'hui Tankra,
Ptolémaïs, aujourd'hui Tolmeïta, qui est le port de Barca ou Barcé, fondé en -550 à 5 lieues de la mer, et qui fut la capitale au temps des Ptolémée,
Apollonia, aujourd'hui Marsa Sausa, qui est le port de Cyrène, construite à 4 lieues de la mer et qui donna son nom au pays.
Ces villes constituaient la Pentapole ( = 5 cités ) et il y avait aussi, toujours en allant vers l'est :
Nausthathmus, aujourd'hui Marsa-el-Hallal,
Darnis, aujourd'hui Derna,
Axylis.

Les populations locales, sédentaires, cultivaient la terre avec les colons grecs, d'abord en bonne intelligence. Les principales tribus étaient :
Les Asbystes, près de Cyrène,
Les Auschisae, près de Barca,
Les Cabales, près de Teucheira,
Les Nasamones, qui nomadisaient avec leurs chevaux et leur bétail, commerçant avec l'Afrique centrale.

Le commerce de la Cyrénaïque, très actif, est attesté par de nombreuses monnaies retrouvées sur place, et concernait la Grèce, la Crète, Rhodes et l'Asie mineure ( Milet, notamment ).
Entre -550 et -450, des conflits éclatèrent, d'abord entre les Grecs ( qui n'auraient pas été de vrais Grecs sans cela ! ) puis entre Grecs et Libyens. Je n'en donne pas le détail, mais les Libyens finirent par appeler les Égyptiens au secours. La victoire favorisa l'un et l'autre camp, alternativement, jusqu'à ce que les Perses de Cambyse mettent tout le monde d'accord en occupant les deux pays.

Avec la conquête d'Alexandre, ils passèrent ensuite dans l'orbite macédonienne, puis dans celle de la royauté des Ptolémées. En -117, la Cyrénaïque fut érigée en royaume indépendant au profit d'un bâtard de Ptolémée Physos, nommé Apion ; celui-ci mourut en -95 sans héritier et légua son royaume à Rome. Comme partout, Rome garantit les libertés et les institutions contre un tribut. Après une période d'agitation et l'intervention du général romain Lucullus ( le gastronome bien connu ), la Cyrénaïque, associée à la Crète, devint province romaine en -67. Tel est son statut au moment du récit.
Par la suite, la province resta prospère, malgré une violente révolte des Juifs en -115/-117, et cela jusqu'à l'invasion arabe en -642.

Il exista une école philosophique de Cyrène qui fut fondée par Aristippe, disciple de Socrate, mais l'influence de ce dernier fut restreinte. Cette école s'occupa surtout de la personne morale de l'homme, et proclama que toute sagesse consiste à rechercher le plaisir et à éviter la peine, recommandait la tempérance et la modération pour éluder les conséquences pénibles des excès. Elle accorda une large part aux plaisirs de l'esprit à côté des plaisirs du corps : « Posséder et n'être pas possédé ». Cette école fut éclipsée par l'épicurisme.

On voit donc qu'il s'agit d'un pays ayant une longue histoire, prospère et civilisé, ayant donné aussi bien des négociants et des guerriers que des penseurs, et en contact permanent avec ses voisins. On retrouve dans ce récit un rapprochement entre deux périodes historiques séparées par pas moins de 6 siècles !    


Les Garamantes

Dans l'album, on les rencontre sous le nom de Garmantes et présentés comme un peuple africain. En fait, ils vivaient au sud de la Libye, près de massif du Fezzan, nommé Phazanie à l'époque.
Leur nom signifie « les gens des maisons », en berbère ancien. Les nomades de la région désignaient donc ainsi des sédentaires. Ils étaient prospères, grâce au commerce trans-saharien entre les pays méditerranéen et ceux de la savane africaine, vers le fleuve Niger et Gao. Carthage était leur principal débouché, pour l'ivoire, les métaux précieux et les esclaves. Ils constituaient également la cavalerie carthaginoise, étant éleveurs de chevaux et conducteurs de chars à 4 chevaux. Ils cultivaient des céréales, des légumes, des dattiers, des figuiers et de la vigne. Il fallait 30 jours de caravane ( puis seulement 20 jours par une meilleure route ) pour aller de leur capitale, Garama, à Leptis Magna, sur la côte, près de Tripoli.

Je ne donne pas habituellement d'informations sur des évènements postérieurs à l'époque d'Alix, mais ceux-ci me paraissent intéressants. En -20, le proconsul romain Cornélius Balbus partit à la conquête du pays des Garamantes et s'empara de Garama ( aujourd'hui : Germa ). Il s'ensuivit une révolte, puis la paix, mais en 70, les Garamantes aidèrent les habitants d'Oea ( Tripoli ) à piller Leptis Magna. La Pax Romana ne s'étendra sur la région que sous le règne de Septime Sévère ( 193/211 ) qui était né à Leptis Magna en 146.

Que reste-t-il des Garamantes ? Outre Garama, l'ancienne capitale, avec son mausolée romain datant du règne de Domitien, les vestiges sont nombreux. Les nécropoles de l'oued El-Agial comptent 60 000 sépultures, dont des pyramides en argile ou revêtues de pierres, et on y a retrouvé  des objets en verre venant de Gaule, d'Italie et de Syrie. Près de là, Ziuchecra est le plus ancien site d'habitat, avec 300 maisons. A Ganiat Gebril, du I° au III° siècle, on trouve des ateliers de céramique, de forgerons, de vanniers et de tisserands.

Dans l'Antiquité, le pays des Garamantes était célèbre pour ses gemmes, escarboucles et amazonites, mais les « émeraudes des Garamantes », chères à Théodore Monod, restent du domaine de la légende.

Dans « Don Quichotte », Cervantès donne à un roi des Garamantes le nom de Pentapolin, manifestement inspiré de la Pentapole de Cyrénaïque ; il n'était pas le premier, ni le dernier, à prendre le Pirée pour un homme !  


Comment est racontée l'histoire

Esthétiquement, elle est réussie ; la ville en construction est réaliste, et le désert présente des aspects variés. Les personnages principaux sont désormais bien fixés dans leur aspect physique comme dans leur caractère, tandis que les personnages secondaires ou épisodiques acquièrent une véritable individualité par des descriptions minutieuses. La première et la dernière image se répondent et bouclent l'histoire.

Deux en un

Le scénario est l'un des plus complexe des aventures d'Alix, ce qui fait la richesse particulière de ce récit ; en fait, il y a deux histoires qui se déroulent parallèlement et rebondissent l'une sur l'autre :
La construction d'Apollonia, puis sa destruction par le dieu ;
L'ultime rencontre entre Alix et Adréa.
Des personnages comme Alix ou Massina participent aux deux histoires, mais les Grecs ou Munda ne participent pas à la première, tandis que les habitants ne vont pas dans le désert. Les deux thèmes, qui auraient pu être traités indépendamment, sont fréquemment entremêlés, et l'un ne peut exister sans l'autre, d'où le renouvellement de la tension dramatique.
Ce n'est pas la seule fois que Jacques Martin nous propose une histoire où plusieurs actions se déroulent en parallèle, de manière plus ou moins rapprochée : c'était le cas dans « Les légions perdues », avec les voyages d'Alix et d'Horatius, et cela se retrouvera dans « Le cheval de Troie », avec la vengeance des hommes-chevaux et les problèmes familiaux d'Horatius.

Histoires de familles

Autre curiosité concernant les personnages ; on rencontre en effet trois couples père ou mère/fils ou fille, à savoir : Adréa et Héraklion, Kora et sa mère, Massina et Héra, qui, tous, subissent peu ou prou la même épreuve, ils se perdent, puis se retrouvent. Avec la disparition de la reine, la séparation sera définitive, mais les autres finissent par se rapprocher et trouver la paix. L'émotion se dégage de la description de leurs sentiments.



Des situations originales

A l'exception des personnages récurrents de la « famille » d'Alix, c'est la première fois que des personnages rencontrés dans une autre aventure, en l'occurrence Adréa et Astyanax, reviennent pour conclure leur histoire. Nous apprenons donc ce qui s'est passé après – et même avant - « Le dernier spartiate », et nous comprenons mieux le triste destin de la reine, qui va s'achever ici.
Ce récit se termine sans qu'Alix ait remporté une victoire significative, contrairement à l'habitude ; il retrouve Héraklion, se réconcilie avec Héra, grâce à Massina, et Munda périt par sa propre faute. Bien sûr, il débarrasse Apollonia de la statue maléfique, mais la ville est déjà détruite et tout le monde l'abandonne. Il ne résout pas le problème, faute de savoir comment faire, il se contente de la supprimer ( il y a un précédent historique : ainsi agit Alexandre lorsqu'il trancha le noeud gordien ).


Les personnages

Les Grecs

Adréa : la reine n'est plus que l'ombre d'elle-même. Son rêve a disparu sous les cendres de la citadelle, elle a accepté de se séparer de son fils pour lui sauver la vie, et Alix, qu'elle voulait revoir aussi, est plus que jamais inaccessible. On entrevoit la jeune fille pleine d'espoir qu'elle fut au moment où la vie l'abandonne. Elle n'a eu qu'un sursis.

Héraklion : il ne revoit sa mère que pour assister à sa fin, qu'il ne semblait pas soupçonner. Il est l'enjeu d'une partie de l'histoire, mais son rôle, d'ailleurs muet, est très restreint.

Astyanax : toujours fidèle et discrètement efficace, c'est lui qui invente le stratagème pour faire se rencontrer une dernière fois Adréa et son fils.

Les Cyrénéens

Massina : le prisonnier tourmenté et silencieux d'Apollonia redevient vite le chef de tribu digne et respecté lorsqu'il se retrouve dans son élément. On comprend qu'il ait pu être méfiant envers Alix qu'il soupçonne de le trahir, puis reconnaissant quand ses craintes ont disparu. C'est un homme de parole, d'abord envers Adréa, qu'il héberge par amitié, puis envers Alix, dont il admet les raisons d'agir.

Héra : pour cette fille énergique, un Romain est d'abord un ennemi qu'il faut abattre par tous les moyens. Elle ne comprend pas qu'Adréa éprouve la moindre compassion pour Alix qui a détruit son rêve et lui a pris son fils, et elle a des idées bien arrêtées sur l'éducation du garçon ; elle veut venger la reine en traquant les fugitifs, mais elle finit par se rendre aux raisons pacifiques de son père et accepte de faire la paix avec Alix.

Haron : ce guerrier a seulement eu le tort, en toute bonne foi, de suivre un moment Héra plutôt que Massina qui le lui reproche vivement, mais ne semble plus lui en tenir rigueur, car il aura encore besoin de lui.

Kora : l'enfant du désert. Ce lutin vif et espiègle, jamais en retard pour donner un renseignement utile ou participer à l'aventure, est le meilleur auxiliaire d'Alix et c'est à regret qu'il le quitte à la fin de l'histoire. C'est le rayon de soleil de ce récit grave.



Les romains

Varius Munda : ce militaire brutal n'admet que se propres plaisanteries, pas très subtiles, et n'aime pas les civils, y compris le gouverneur, à qui il refuse d'obéir en public, et encore moins Alix, un ami de César, donc un adversaire, qui ne vient que pour lui demander un service. Ce conflit avec Alix, il le perd, mais il l'arrange aussi, car il va lui permettre de remonter la piste des rebelles cyrénéens qu'il veut détruire. Sa rage le conduit à un échec mortel : ce fou furieux a mérité son sort, mais dommage qu'il y entraîne tous ses soldats.

Tiburce Carone : le gouverneur d'Apollonia reçoit aimablement Alix, mais il n'arrive pas à se faire obéir de Munda, et il ne s'accroche pas beaucoup quand les difficultés le dépassent : il ne doit pas être très énergique.

Enak : sa seule contribution à l'histoire est de « perdre » Héraklion dans une rue d'Apollonia, alors qu'il devait veiller sur lui et son imprudence le désespère.

Alix : il a fort à faire, et encore une fois, il n'a pas un instant de repos. Un moment déstabilisé par la fausse invitation, il doit ensuite affronter le légat furieux, retrouver Héraklion disparu, reconduire Massina et Kora dans leur tribu, où il entre en conflit ouvert avec Héra qui ne lui pardonne pas sa responsabilité dans les malheurs d'Adréa, qu'il ne s'attendait pas à retrouver ; il n'a d'ailleurs qu'un mot de compassion pour elle, mais seulement après sa mort : on ne connaît donc pas vraiment ses sentiments réels à son égard. Au retour, il lui faut débarrasser la cité de son dieu destructeur. Ces épreuves, qu'il affronte avec son courage coutumier, le mettent constamment en danger.

Et la statue ?

Personnage-titre de cette histoire, son mystère n'est jamais levé. Alix dit qu'elle est de style gréco-égyptien : elle n'aurait donc pas plus de deux ou trois siècles, et il ne peut pas non plus identifier l'alliage dont elle est faite. On ignore quel personnage elle représente : un dieu, un homme ? Comment est-elle tombée entre les mains des Garamantes ( ou Garmantes ), qui vivent loin dans le sud et n'ont pas de constructions pour en tester les effets ? Venue du désert, elle aboutira au fond de la mer, et elle reste une énigme absolue.
Quels sont ses effets réels sur les bâtiments d'Apollonia ? Elle s'éclaire spontanément quand elle est confinée, mais pourquoi un métal ne restituerait-il pas la lumière emmagasinée ? On sait aussi que la région est une zone sismique ( c'est ainsi que sera détruit, plus tard, le phare d'Alexandrie ) : Apollonia aurait pu n'être victime que d'une construction hâtive sur un terrain sujet à des secousses.
Quoi qu'il en soit, la technologie de l'époque ne permet pas de résoudre le problème, et Alix n'est ni un savant, ni un métallurgiste. Mais de nos jours ? Pourquoi la statue ne ressortirait-elle pas des profondeurs de la mer pour être expertisée selon des méthodes modernes, et livrer, enfin, son secret ?


Conclusion

Par la richesse de ses thèmes, cette histoire est l'une des plus fascinantes de la série. On peut faire un parallèle entre le destin d'Adréa et celui de la ville : toutes deux vont disparaître, emportées par des causes qui les dépassent. Pour Alix, le seul enjeu est de retrouver Héraklion de manière à respecter sa promesse et libérer Massina n'est qu'un moyen d'y arriver ; personne ne lui sera reconnaissant d'avoir jeté la statue à la mer. Dans ce récit, il n'y a pas de gloire à récolter, seulement la satisfaction du devoir accompli, et c'est peut-être ce qui convient le mieux à son caractère.

-oOo-

20 Re: Le Dieu Sauvage le Ven 10 Aoû - 9:12

Raymond

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Admin
Merci, Jacky-Charles !

Le Dieu sauvage est (et reste) mon album préféré, grâce à son dessin bien classique, son scénario complexe et bien mené, ses personnages attachants et passionnés, et sa dernière page construite en miroir de la page 1.

J'aime encore le relire.   Very Happy


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

21 Re: Le Dieu Sauvage le Ven 10 Aoû - 11:36

khephren

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lecteur émérite
lecteur émérite
Merci, Jacky-Charles !

Encore une analyse brillante que j'aurais plaisir à lire un fois imprimée cheers cheers

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