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Ô Alexandrie

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1 Ô Alexandrie le Dim 27 Mar - 19:29

Raymond

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Admin
Qui est le véritable dessinateur d'Ô Alexandrie ? Il y a toujours eu un certain flou sur cette question car, lors de sa parution, le dessin de l'album avait été attribué à Rafael Morales. Le grand public s'était alors réjoui de l'apparition d'un repreneur aussi talentueux et, par la suite, il a été bien déçu. En fait, si l'on se réfère à la page de titre, l'unique auteur de l'album serait Jacques Martin, Morales étant crédité de sa participation aux décors, tandis qu'une "participation" au dessin des personnages est attribuée au même Morales et à Marc Henniquiau.



Est-ce que cette présentation minimise le rôle de Rafael Morales dans l'album ? Je ne le pense pas, car il semble bien que Jacques Martin ait débuté seul cette histoire, plusieurs années avant sa finition. Il bénéficiait encore d'une vision normale et on reconnait par moment sa patte, en regardant le visage d'Alix dans les premières pages.




Pablo Morales ayant voulu assumer seul le dessin du personnage dans les albums suivants, il est maintenant assez facile de reconnaître sa participation au dessin des visages dans l'album. Les exemples sont plutôt rares, mais cette silhouette d'Alix (en bas de la planche 16) est sans doute de sa main.



Le dessin de Marc Henniquiau est moins connu, mais il semble bien que son talent ait permis une reproduction presque mimétique des visages à la manière de Jacques Martin. Rappelons que ce dernier fournissait à cette époque des crayonnés très poussés, mais l'encrage n'était pas toujours réussi avec le même bonheur par ses "élèves". Il m'est difficile de savoir à quelle page de l'album débute vraiment la participation d'Henniquiau, mais on peut admettre que la deuxième partie de l'histoire lui doit beaucoup. Ces deux cases tirées de la planche 44 reflètent probablement la qualité de son travail.



Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.



Mais que raconte cet album, qui est bien souvent dénigré aujourd'hui ? Il n'y a pas de grande aventure, il faut l'admettre, car les combats et les cavalcades sont remplacés par des intrigues de cour. Invité à Karnak par son ami Senoris, Alix se retrouve pris au piège car l'ancien vizir, qui sait comment trouver le trésor de la reine Hatshepsout, est tombé en disgrâce. Le héros devient la cible de deux clans rivaux, où l'on découvre d'un côté la fameuse Cléopâtre, et de l'autre son demi-frère Ptolémée XIII, un enfant capricieux et alcoolique. Tandis qu'Alix s'enfuit et cherche à faire libérer Senoris, Jacques Martin s'attarde avec gourmandise sur cet affrontement entre les descendants corrompus et décadents des pharaons. Cette sombre description de l'histoire des Lagides semble d'ailleurs être le véritable sujet de l'album.



L'intrigue n'est pas vraiment palpitante, même si Alix se démène et risque sa vie. On s'intéresse d'avantage aux personnages qui sont parfois de vieilles connaissances. On découvre la séduisante Cléopâtre, dont le charisme semble dominer Alix, et on retrouve l'honnête Senoris, qui est victime de son intégrité, ainsi que l'intriguant Qâa, dont les mystérieux pouvoirs vont rendre de grands services au héros du récit.



A la fin du récit, Alix retrouve Cléopâtre avec qui il noue une relation ambigüe. On se demande alors s'il faut résumer Ô Alexandrie comme une nouvelle aventure amoureuse d'Alix ?



Tel est donc cet album qui réécrit l'histoire officielle d'une manière souvent subtile. Ô Alexandrie a rapidement été catalogué comme un "album Morales" et cela explique peut être pourquoi il est aujourd'hui bien mésestimé. En le relisant aujourd'hui, je le trouve pourtant assez caractéristique de cette dernière période "martinienne" qui est brillante, et que l'on peut reconnaître par ses intrigues dramatiques, son ambiance souvent pessimiste, son contexte historique bien documenté et ses images minutieusement dessinées. J'en conclus ainsi qu'Ô Alexandrie est tout simplement le dernier album d'Alix dont le scénario et le dessin ont été bien maîtrisés par Jacques Martin. Wink


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2 Re: Ô Alexandrie le Lun 28 Mar - 23:43

Raymond

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Admin
Dans Ô Alexandrie, il vaut la peine de s'attarder ce que l'on peut considérer comme une "malice historique". Par ce terme, je désigne la manière de raconter la destruction du grand temple d'Aménophis III à Karnak, dont il ne reste aujourd'hui que deux statues gigantesques, nommés les "Colosses de Memnon".



Tous les visiteurs de Karnak se souviennent certainement ces deux sculptures monumentales qui "gardent" la route menant vers la nécropole thébaine. Ces statues sont les seuls vestiges d'un temple gigantesque qui a disparu sans que l'on sache pourquoi. Jacques Martin imagine une explication à sa manière. Smile La destruction du temple est attribuée à la cupidité des prêtres eux-mêmes, qui se sont mis à chercher un trésor. Cela se serait passé lors du règne de Ptolémée Aulète, et c'est le point de départ des malheurs de Senoris.



Cette manière d'expliquer la disparition du temple d'Aménophis III est fort peu vraisemblable, mais .... elle ne peut pas être réfutée puisque l'on ignore comment il a été détruit. Jacques Martin a dû s'amuser en imaginant cette histoire. Wink


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3 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 11:26

Bernard

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bédéphile pointu
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Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.

Petite rectification sur les premiers décors Egyptien de R. Morales, le premier album fut "Toutankhamon" (maquette à découper) en Mars 1990 et c'est là qu'il a fait ses premières armes sur l'Egypte ensuite il y a eu le Voyage d'Orion - Egypte 1 en Janvier 1992 et seulement après il y a sa participation importante à Ô Alexandrie en Septembre 1996.
Voilà qui est dit Very Happy



4 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 23:08

Vilain goton

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alixophile
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J'aime beaucoup ton analyse Raymond,surtout au sujet de de la destruction du temple,j'ai appris quelquechose,n'étant pas spécialiste de l'Egypte antique.
Il me semble aussi que cet album est le dernier à être vraiment sous la patte "Martin".Il ne m'as ni déplu,ni passionné je dois dire.On constate quand même que dans les derniers Alix,on assiste à la fin de personnages que l'on rencontrait au début de la série(Sénoris ici,Horatius dans "le cheval de troie").

5 Re: Ô Alexandrie le Ven 2 Aoû - 10:39

Treblig


Double prix Nobel
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6 Re: Ô Alexandrie le Ven 2 Aoû - 12:29

Raymond

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Admin
C'est une sérigraphie sur plexiglas, éditée à l'occasion de la sortie de l'album.

J'en parle ici dans le sujet dédié aux sérigraphies :
http://lectraymond.forumactif.com/t670p30-serigraphies-d-alix


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7 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 21:47

stavrog

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alixophile
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Ô Alexandrie est un album mésestimé. Il me semblait avoir lu quelque part que Pleyers avait été pressenti pour le dessiner avec Martin (voire tout seul). C'est regrettable, car les dessins du Cheval de Troie où l'on voit toute l'influence de Pleyers laissaient augurer le meilleur d'une collaboration du dessinateur de Jhen à la série la plus connue de J. Martin. En choisissant R. Morales comme continuateur, J. Martin, hélas, n'a pas fait le meilleur choix - mais pouvait-il le prévoir ? De même que l'évolution de sa maladie ? Et cette succession pour le moins hasardeuse a donné la lente érosion de la série, puis les expérimentations éditoriales que l'on sait - dont la moins heureuse, et c'est un euphémisme, est bien La cité engloutie, qui aurait dû inaugurer une courte série dérivée Alix vu par... (comme Une aventure de Spirou par... chez Dupuis coexiste avec la série principale) plutôt que de figurer dans la série Alix et désarçonner les lecteurs habitués du style Martin et de ses repreneurs.

http://plassans2009.hautetfort.com

8 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 22:29

Lion de Lisbonne

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grand maître
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stavrog a écrit:Ô Alexandrie est un album mésestimé. Il me semblait avoir lu quelque part que Pleyers avait été pressenti pour le dessiner avec Martin (voire tout seul). C'est regrettable, car les dessins du Cheval de Troie où l'on voit toute l'influence de Pleyers laissaient augurer le meilleur d'une collaboration du dessinateur de Jhen à la série la plus connue de J. Martin. En choisissant R. Morales comme continuateur, J. Martin, hélas, n'a pas fait le meilleur choix - mais pouvait-il le prévoir ? De même que l'évolution de sa maladie ? Et cette succession pour le moins hasardeuse a donné la lente érosion de la série, puis les expérimentations éditoriales que l'on sait - dont la moins heureuse, et c'est un euphémisme, est bien La cité engloutie, qui aurait dû inaugurer une courte série dérivée Alix vu par... (comme Une aventure de Spirou par... chez Dupuis coexiste avec la série principale) plutôt que de figurer dans la série Alix et désarçonner les lecteurs habitués du style Martin et de ses repreneurs.
Complètement d'accord avec toi Exclamation 

9 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 23:08

Raymond

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C'est vrai que Pleyers a réalisé un formidable travail dans le Cheval de Troie, mais ... il n'a pas tout fait. Dessinait-il les personnages ? Ou faisait-il les crayonnés ? Je ne pense pas. Bien sûr, il aurait probablement fait mieux que Morales, mais je me demande s'il pouvait vraiment réussir une reprise d'Alix.

Par ailleurs, comme Pleyers avait une série qui marchait bien (Jhen). Il est donc assez normal que Jacques Martin aie recherché un autre dessinateur pour reprendre Alix.


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10 Re: Ô Alexandrie le Ven 16 Aoû - 8:04

stephane

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vieux sage
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J'avais poste pour les 60 ans d'Alix le test denPleyers. Très peu de différences avec l'original...
http://alix60.artblog.fr/336227/L-hommage-des-amis-d-Alix-et-de-Jacques-Martin-1/

http://alixmag.canalblog.com/

11 Re: Ô Alexandrie le Lun 19 Aoû - 11:21

Raymond

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stephane a écrit:J'avais poste pour les 60 ans d'Alix le test denPleyers. Très peu de différences avec l'original...
http://alix60.artblog.fr/336227/L-hommage-des-amis-d-Alix-et-de-Jacques-Martin-1/
Je me permettrai de reprendre ce dessin dans la section dédiée à Pleyers. Wink 


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12 Re: Ô Alexandrie le Dim 12 Oct - 12:47

Treblig


Double prix Nobel
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13 Re: Ô Alexandrie le Dim 4 Sep - 14:34

Raymond

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Admin
Un article sur Ô Alexandrie, mis en ligne il y a une dizaine d'années. L'auteur y interviewe Jacques Martin et Rafael Morales !

https://blogpasblog.wordpress.com/2015/03/07/o-alix/


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14 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Sep - 10:48

AJAX

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docteur honoris causa
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J’ai lu cette interviewe avec amusement, Raymond. Ca commence très fort avec l’antienne « Dion Cassius... ». Le brave Dion Cassius a, comme toujours, bon dos, mais on a perdu toute la partie de son « Histoire romaine » relative aux Ptolémées antérieurs à Ptolémée Aulète.

Toutefois Jacques Martin a raison quand il dit qu’on a conservé une description assez détaillée des deux navires géants de Ptolémée IV Philopator ; mais c’est Athénée de Naucratis qui s’y est collé, empruntant à L’HISTOIRE D’ALEXANDRIE de Callixène. En fait, donc, ledit Ptolémée se fit construire deux navires :

1) Un « 40 rames » (tesseracontère) long de 124 m, large de 17 et haut (à la poupe) de 20 m. En fait, il s’agit d’un catamaran [« deux poupes et deux proues »] constitué de deux « 20 » accolés sous un pont commun. 400 matelots, 4000 rameurs et 3000 combattants (Athénée, DEIPNOSOPHISTES (Le Banquet des Savants), V, ix, 37).

2) Un palais flottant, le thalamègue, dont question ici, catamaran également (Athénée, DEIPNOSOPHISTES (Le Banquet des Savants), V, ix, 38-39). Au paragraphe suivant, il traite d’un autre navire géant construit par Hiéron de Syracuse. Ces textes sont disponibles ici, sur l’excellent site de Philippe Remacle : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/athenee/livre5.htm

Livre V – Chap. IX. Ptolémée Philadelphe fut plus riche que nombre de rois. Il apportait le plus grand soin[121] à se faire honneur de tout ce qu'il entreprenait, [203d] et parvint ainsi à se procurer une marine infiniment plus nombreuse que celle de tous les autres souverains. Il eut aussi les plus grands vaisseaux. Voici l’état de sa marine : Deux vaisseaux de trente files de rameurs, un de vingt, quatre de treize, deux de douze, quatorze de onze, trente de neuf, trente-sept de sept, cinq de six, dix-sept de cinq, et le double en vaisseaux depuis quatre files jusqu'à trois et demie ; sans compter ceux qu'il envoyait aux îles, dans les villes de sa domination en Lycie, et qui montaient à plus de quatre mille. [203e] Il serait inutile de parler ici du nombre considérable de livres qu'il avait rassemblés, de ses bibliothèques, des savants qu'il réunissait dans le musée, puisque ce sont des choses encore très connues ;

37. mais puisque j'ai parlé de marine, entrons dans quelques détails à ce sujet.
Les vaisseaux que Ptolémée Philopator avait fait construire, méritent aussi d'être connus. Voici donc ce que Callixène en dit, liv. I de son histoire d'Alexandrie.
Philopator fît construire un vaisseau à quarante files de rameurs,[122] long de deux cents quatre-vingts coudées, ayant de large trente-huit coudées entre les deux chemins latéraux. [203f] Jusqu'à l’acrostolion[123] il avait quarante-huit coudées, et depuis les aphlastes de la poupe jusqu'à la partie à la mer, cinquante-trois coudées. Il portait quatre gouvernails. Les rames des thranites ou des rameurs supérieurs étaient longues de trente-huit coudées : [204a] c'étaient les plus longues; mais on en avait garni de plomb le manche qui arrivait dans l'intérieur du vaisseau, ce qui le rendait faciles à manier sur les apostis[124] par le grand poids qu'elles avaient ainsi à l'intérieur.

Ce vaisseau avait, deux poupes et deux proues ; sept éperons ou rostres, dont l'un avançait au-delà des autres qui étaient moins allongés. Quelques-uns se portaient même vers les épotides. La hauteur du vaisseau était partagée en douze étages[125] (ou galeries tournantes), chacun de six cents coudées de circuit : tout y était dans la plus exacte proportion. Les ornements n’y avaient été épargnés d'aucune sorte. On voyait à la poupe et, à la proue des figures de douze coudées : [204b] du reste, il n’y avait pas de place qui ne fût couverte de différents dessins formés en cire[126] de diverses couleurs, et le contour de la partie des rames qui était dans le vaisseau, était orné de lierre et de thyrses en relief. La quantité des agrès et des ustensiles qu'exigeait ce vaisseau était immense; cependant il y en avait suffisamment à toutes les parties où les manœuvres l’exigeaient.

Ptolémée fit essayer ce vaisseau avec plus de trois mille rameurs ; quatre cents matelots exécutaient les manœuvres : outre cela ; il y avait trois mille huit cent cinquante hommes de guerre sur le pont, sans compter le nombre assez considérable de ceux qui étaient sous les gradins des rameurs, dans les différents étages, afin de pourvoir aux vivres.

[204c] Ce vaisseau avait été tiré à l'eau, de dessus un chantier où il était entré la quantité de bois qu'il fallait pour construire cinquante vaisseaux à cinq files de rameurs. C'était aux clameurs d'une foule immense, et au son des trompettes qu'on l'avait amené à l'eau; mais un Phénicien imagina ensuite le moyen de l'en retirer[127] (et de le remettre à flot). Il fit creuser près du port une fosse profonde, de la longueur du vaisseau, et poser au fond de chaque côté, à la hauteur de cinq coudées, une bâtisse de pierres très solides, faisant entrer de chaque côté de grosses poutres qui traversaient la fosse, et toutes l’une à côté de l'autre. Il laissa sous ces pièces de bois un espace vide de quatre coudées entre le lit de la fosse; [204d] puis y introduisant l'eau de la mer, il en remplit toute la capacité ; de sorte que, par ce moyen, les premiers qui se trouvaient là pouvaient, en se réunissant à nombre suffisant, y faire entrer le vaisseau. Dès qu'il y était, il fermait l'ouverture de la fosse, en retirait l'eau avec des machines, et, cela fait, le vaisseau demeurait en sûreté sur cette espèce de plate-forme que faisaient les poutres transversales.

38. Ptolémée Philopator fit aussi construire un vaisseau pour aller sur le Nil, et le nomma Thalamègue. Il avait un demi-stade de long, et trente coudées dans sa plus grande largeur. [204e] Sa hauteur, y compris celle du pavillon, était à peu près[128] de quarante coudées. Il n'avait ni la forme des vaisseaux longs, ni celle des vaisseaux ronds, mais une singulière, et propre au service que pouvait en permettre la profondeur du Nil. En effet ; le fond en était plat[129] et large; mais le vaisseau bombait dans son: corps: On en avait suffisamment élevé les plats-bords, surtout à la proue, mais de manière que le bordage eût[130] une courbure saillante et rentrante, d'une forme agréable.

Ce vaisseau avait deux proues et deux poupes, et l’on avait beaucoup élevé les accastillages d'avant et d'arrière, [204f] à cause de la houle qui est souvent très forte sur le Nil. Au centre du vaisseau, étaient les salles à manger, les chambres à coucher, et toutes les commodités dont on avait besoin. Il régnait le long de trois côtés du bordage, deux galeries l'une sur l'autre pour se promener : elles n'avaient pas moins de cinq plèthres[131] d'étendue en tournant. L'inférieure était construite en forme de péristyles

[205a] L’espace[132] cintré de la galerie supérieure était bordé partout d'une balustrade, interrompue par de petites portes.
A l'entrée du côté de la poupe, on avait élevé à la première galerie un avant-corps[133] tout ouvert en face (de la poupe). On pouvait en faire le tour. Il était orné de colonnes dans sa circonférence : quant à la partie qui faisait face à la proue, on y avait d'abord élevé un propylée fait d'ivoire, et des bois les plus précieux. Lorsqu'on l'avait passé, on voyait une espèce d’avant-scène couverte aussi par sa situation.[134] Derrière, et dans le milieu de la partie latérale, il y avait pareillement un avant-corps où l’on entrait par un vestibule à quatre portes. [205b] De droite et de gauche il y avait des fenêtres pour procurer, de la salubrité.[135] La plus grande salle était jointe à ces compartiments. Elle était formée en périptère et assez étendue pour contenir vingt lits. La plus grande partie de ses matériaux était de pièces de cèdres qu’on avait détaillées et de cyprès de Milet. Vingt portes s’ouvraient dans son contour. On les avait ornées d’un placage de thya, relevé par des ornements d’ivoire. Les têtes des clous qui en garnissaient et les boucles du heurtoir étaient de cuivre dorés au feu. [205c] Les fûts des colonnes du contour étaient de cyprès surmontés d’un chapiteau corinthien en ivoire et ornés de dorures. Les architraves étaient d'or massif. On y avait adapté une frise éclatante, ornée de figures d'ivoire, hautes de plus d'une coudée, dont le travail; quoique peu précieux en lui-même, était digne d'être, admiré par son ensemble. La plate-forme qui couvrait la salle à manger était carrée, élégamment faite de bois de cyprès. Les ornements en étaient sculptés, et recouverts d'or

A côté de cette salle, était une chambre à coucher, où il y avait sept lits. [205d] Le long de cette chambre, régnait un corridor étroit, traversant le vaisseau dans sa largeur, et séparant l'appartement des femmes. Il y avait dans cet appartement une salle à manger à neuf lits, aussi richement ornée que la grande dont on vient de parler, et à côté, une chambre à coucher à sept lits. Voilà les compartiments de tout ce qu'il y avait au premier étage.

39. Lorsqu'on avait monté l'escalier adossé à la chambre à coucher, mentionnée ci-devant, on trouvait une autre salle à cinq lits, dont la couverture était faite en losanges, et près de là: un temple de Vénus fait en dôme,[136] où il y avait en marbre une statue de cette déesse. [205e] En face, était une autre salle à manger, faite en périptère, à cinq lits, et du travail le plus riche : les colonnes en étaient de pierre des Indes. Il y avait à côté de cette salle des chambres à coucher, dont l'appareil ne cédait en rien à celui des précédentes dont j'ai parlé.

Lorsqu'on passait vers la proue, on rencontrait, au premier étage, une salle bacchique faite en périptère, et à treize lits. Le subgronde était doré en placage jusqu'au contour de l'architrave. On en avait fait la couverture d'une forme analogue au caractère de Bacchus. Du côté droit, on avait pratiqué une grotte, dont les couleurs[137] étaient nuancées avec de vraies pierres précieuses relevées par des ornements en or. [205f] On y voyait les bustes des personnes de la famille royale, faits en marbre de Paros.

[138] Sur la plate-forme de la plus grande salle à manger, on avait pratiqué l'emplacement d'un belvédère des plus agréables. Ce belvédère s'élevait à volonté comme un pavillon ; car il n'y était réellement pas bâti.[139] On tendait, pour l'élever, des cercles sur des supports éloignés à certaine distance les uns des autres, [206a] et l'on étendait par dessus une banne pourpre avec ses pendants : c'était lorsqu'on voulait se promener sur le Nil.

Après cela on trouvait un espace découvert, ayant la même forme que l'avant-corps qui était dessous. On y avait fait aboutir un escalier en vis, qui conduisait aussi à la galerie couverte. A côté était une salle à manger, à neuf lits, de structure Égyptienne; car les colonnes[140] qu'on y avait élevées étaient rondes, et formées par des tambours qui étaient alternativement blancs et noirs. [206b] Les chapiteaux de cet ordre Égyptien sont de forme ronde, et tout le contour est orné de fleurons semblables à des roses qui commencent à s'épanouir. Quant à la partie qu'on appelle le panier, on n'y voit pas de volutes ou hélices, ni de feuillages rudes comme il y en a au haut des colonnes des Grecs; mais des calices ouverts de lotus du Nil, et des dattes telles qu'on les voit lorsque le palmier commence à les pousser. Il y a aussi d'autres feuillages en sculpture qui en font les ornements. Depuis l'astragale où ces fleurons prennent naissance, et qui couronne le tambour sur lequel pose le chapiteau, cette partie de la colonne présente un entrelacement de fleurs et de feuilles de fèves d'Egypte,

[206c] C'est donc ainsi que les Égyptiens font leurs colonnes, bigarrant de même leurs murailles par l'alternative de plinthes blanches et noires. Quelquefois même ils forment cette bigarrure avec de l'albâtre.
Il y avait en outre beaucoup d'autres pièces pratiquées dans le centre même, et dans d'autres parties du vaisseau : le mât avait soixante-dix coudées[141] de haut, et portait une voile de byssus, dont les cordages latéraux étaient teints en pourpre.
Mais toutes les richesses que le Roi Philadelphe avait conservées, [206d] furent dissipées par le dernier Ptolémée, surnommé Aulète, celui qui donna lieu à la guerre que Gabinius vint faire en Egypte. Ce dernier des Ptolémées était en effet moins un homme qu'un joueur de flûte et un magicien.

Voir aussi sur le Net :
https://sites.google.com/site/navigationdanslantiquite/les-navires-dans-l-antiquite/navires-geants-hypergaleres-viking
http://www.navistory.com/pages/antiquite/hyper-galeres-hellenistiques.php


Ptolémée IV et moi on ne se quitte plus. Fin de ce mois devrait sortir une aventure de Bob Morane, LES COLOSSES DE L’OMBRE JAUNE, que j’ai co-écrit à quatre mains avec mon complice Rémy Gallart. Ca gravite autour de la bataille de Raphia, en -217, où Ptolémée IV vainquit Antiochus III, mais on n'y parlera pas du Thalamègue; et ça sortira à très petit tirage (300 ex. – collector !) chez Ananké / L’Age d’Or : http://www.bdcharleroi.com/

15 Re: Ô Alexandrie le Mar 18 Sep - 14:24

khephren

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lecteur émérite
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Auteur de l’article : Diego Jiménez

Paru en 1996, cet album est le premier de la seconde époque de Alix après la très longue interruption de la série après « le Cheval de Troie ». Il s’agit du premier tome d’Alix à être le fruit de la collaboration de Jacques Martin et Rafael Morales qui assume ici le rôle de dessinateur.

La trame :

Je n’en dirai que quelques mots pour remettre les évènements dans leur contexte et parce que je n’entends dispenser le lecteur de cet article d’avoir à faire l’acquisition de cet album par un résumé par trop exhaustif.

Le contexte donc. L’action se situe chronologiquement après le cheval de Troie. Invités par un personnage assez ancien, le vizir Sénoris, à se rendre en Egypte, Alix et Enak remontent le Nil jusqu’au temple funéraire de Ramsès III où ils vont faire la connaissance de Cléopâtre, reine d’Egypte et de son frère Ptolémée XIII, tous deux en quête du trésor de la reine Hatshepsout dont Sénoris connaît le secret.

Les lieux :

Bien qu’intitulé « Ô Alexandrie », cet album se déroule uniquement en Haute Egypte dans la vallée de Thèbes, Louxor et Karnak. Nous côtoyons donc essentiellement des temples funéraires dans cette grande nécropole qu’est la Haute-Egypte des pharaons.

Le temple de Ramsès III : Alix et Enak démarrent leur aventure en allant rendre visite à leur vieille connaissance Sénoris, prisonnier du temple funéraire de Ramsès III que les archéologues nomment Medinet Abou. Aujourd’hui il tient encore debout malgré les dégâtsdu temps et mesure environ 150 m de long. Sur la photographie reproduite ci-dessous on voit le « migdol » c’est-à-dire le mur d’enceinte du temple. C’est une nouveauté car peu de pharaons ont fait fortifier leur monument funéraire mais Ramsès III accéda au trône durant la période des invasions syriennes.
Du point de vue architectural pur le temple de Ramsès III adopte un plan qui deviendra le modèle de référence pour les dynasties postérieures : deux grands pylônes séparant deux cours à péristyles précédant la zone du sanctuaire.

Très près du temple de Ramsès III se dresse encore un petit temple dédié à Amon Djemé qui a donné son nom au site. Ce dernier temple a sans doute été bâti sous Hatshepsout et passe pour être le premier à avoir été dédié exclusivement au dieu Amon.

Au nord de Medinet Abou se trouvent les restes des temples funéraires des pharaons Aï et Horemhed, successeurs de Toutankhamon dont ce lieu aurait d’ailleurs dû servir à ériger son temple funéraire (je rappelle que ce pharaon a été enterré à la va vite dans une tombe qui n’avait pas été prévue pour lui). Ces deux temples sont presque invisibles à l’oeil nu car il n’en reste que les fondations. Jacques Martin nous apprend dans cet album que les prêtres du temple de Ramsès III vénéraient les chiens et que c’est le fait de manger ces animaux qui a valu aux prêtres du temple d’Aménophis III la destruction de leur temple. Je reviendrai plus bas sur la véracité de cette information.

Le temple d’Aménophis III : Un temple ? Quel temple ? Pourrait s’exclamer un touriste en entendant parler de ce monument funéraire, dernière demeure du père d’Akhenaton le pharaon hérétique.

Du temple d’Aménophis III il ne reste plus que les colosses de Memnon, appelés ainsi par les Grecs qui prétendaient que le héros Memnon tué lors de la guerre de Troie retournait chanter sur le site des statues. Le temple en lui-même date de la XVIIIe dynastie pharaonique. On ne sait pas exactement comment il a été détruit. Plusieurs hypothèses ont été avancées que je citerai par la suite. Toujours est-il que les colosses de Memnon sont tout ce qu’il en reste et mesuraient environ 20 mètres de haut quand leurs couronnes n’étaient pas tombées. Par la suite on a dit que ces statues chantaient la nuit car le vent s’engouffrant dans les fissures du granit générait un son assez mélodieux à tel point qu’elles devinrent un lieu de pèlerinage grec dès le début de notre ère et que l’empereur Septime Sévère commanda leur restauration. Sur chacun des bras de la statue étaient représentées la mère et la femme du pharaon Aménophis III.

Le temple de Deir el-Bahari :
Je cite ce temple parce que Sénoris le cite en précisant que l’on pensait que s’y trouvaient les trésors ramenés du royaume de Pount sous Hatshepsout. Il s’agit du temple funéraire de la reine et de trois autres pharaons antérieurs des XX et XXIe siècle av J.C qui se nommait en égyptien « le château des millions d’années » et a été construit sur le site dont il porte actuellement le nom, taillé à même la roche. Situé au sud de la vallée des Rois c’est un édifice remarquablement conservé comme vous pouvez le constater.

Le Pays de Pount :
Ce pays est mentionné par Sénoris qui se fait le relais du récit de Qaâ et du voyage entrepris sous Hatshepsout pour en ramener des pierreries. Bien que le Moyen-Âge ait un peu perdu le contact avec ce pays qui sera identifié sous le nom de royaume du prêtre Jean, de nombreux textes mentionnent son existence dans l’Antiquité. La plus ancienne expédition dans ce royaume remonterait à la Ve dynastie soit au XXVe siècle avant notre ère. On en trouve quelques mentions vers 2000 av J.C puis on le voit une dernière fois lors d’une expédition envoyée par Thoutmosis III au XVe siècle avant notre ère. Parfois appelé « Ta Neterou » qui signifie « Pays des dieux » les romains le situaient aux alentours de la Mer Rouge et les Hébreux dans la péninsule arabique en faisant le pays de la reine de Sabah. Aujourd’hui les historiens sont assez partagés, certains le situant au sud du Soudan, d’autres en Ethiopie ou en Somalie et les derniers sur les deux bords de la Mer Rouge. Dans l’Antiquité romaine préimpériale, la connaissance géographique de la région s’arrête malheureusement à Méroé. Il faudra attendre les voyages de Vasco de Gama pour que l’Occident redécouvre ce pays.
Toujours est-il que d’après les hiéroglyphes muraux laborieusement décryptés sur le temple de Deir el-Bahari, la nature du trésor ramené du pays de Pount sous Hatshepsout est parfaitement identifié : de l’or, de l’ivoire, du bois d’ébène, des peaux de panthère, une panthère vivante, une girafe et surtout des arbres à encens qui ont été plantés sur les terrasses du temple funéraire. Pas de pierreries donc. Les expéditions postérieures auraient servi à drainer des masses de granit pour l’édification de plusieurs statues.

Alexandrie : C’est à contrecœur que j’écris un paragraphe sur cette ville qui n’est qu’à peine effleurée dans cet album dont elle porte pourtant le nom. Mais comme c’est le titre de l’album et la capitale des Lagides je pense qu’il est assez intéressant de la revisiter.
La ville a été construite selon un plan en damier par l’architecte Deinocratès vers 331 av J.C sur les ordres d’Alexandre le Grand qui donna à la ville le nom « Alexandrie d’Egypte ». Le site en lui-même est médiocre du point de vue de l’accessibilité par la mer du fait d’une barrière de récifs se trouvant près de la côte. C’est d’ailleurs la dangerosité du site qui a été la cause de la construction du Pharos. On a eu beaucoup de mal à effectuer des fouilles de la vielle ville car la ville nouvelle a été construite avec les pierres de l’ancienne et sur le même site. La ville devient néanmoins la capitale de la dynastie lagide en 321 av J.C et sera un haut lieu culturel hellénistique dans un pays où la langue officielle devint le grec. Alexandrie n’était pas à proprement parler une ville « égyptienne » puisqu’elle a été construite sur un site vierge. Lorsqu’il la mentionne, l’historien Strabon dit qu’elle était « proche de l’Egypte » mais pas en Egypte même. Les minorités grecques et juives y formaient environ la moitié de la population qui se christianisa assez massivement par la suite. Les principaux monuments alexandrins du règne des Lagides étaient le palais royal sur la mer aperçu dans « le fleuve de Jade », la colonne de Pompée (qui était en fait dédiée à Dioclétien), la bibliothèque sur laquelle je reviendrai plus bas et le Sérapeum dédié au dieu Sérapis et entièrement détruit par un centurion chrétien favorable à un prosélytisme musclé.
En conclusion je trouve assez étonnant qu’un égyptien comme Sénoris vénère autant une ville où les « indigènes » étaient méprisés et qui était beaucoup plus grecque qu’égyptienne.

Les personnages :

Alix : Après la très longue interruption de la série en 1989 après la parution du « Cheval de Troie », je m’attendais à un certain renouvellement de la personnalité des personnages principaux et j’avoue avoir été un peu déçu en l’occurrence. Alix conserve son caractère habituel. Il est toujours prompt à venir en aide à ses amis mais aussi pragmatique par moment.
J’apprécie cependant de voir qu’il est plus que jamais un homme d’action se promenant dans des couloirs inondés avec un bâton d’orichalque à la main ou descendant une pente montagneuse en rappel. J’ai été un peu surpris par son idylle avec Cléopâtre à la fin du tome car la mise en évidence des rapports sexuels des héros m’était plus familier dans Jhen que dans Alix. Je me demande si ce n’était pas une manière de faire taire les commentaires sur sa relation avec Enak. Toujours est-il que Cléopâtre a un très bon mot pour le désigner « Courageux mais trop généreux pour être un conquérant ». En effet, s’il se frotte aux puissants de ce monde, je n’ai pas l’impression qu’Alix soit animé d’une quelconque ambition, ce qui est d’ailleurs très curieux car tous les patriciens romains avaient l’obligation de suivre un cursus honorum qui les menait au Sénat car leur rang leur faisait obligation de se mettre au service de l’Etat.

Enak : De toujours mon personnage préféré car moins « parfait » que Alix. Jacques Martin lui octroie toujours les remarques les plus magnifiquement pragmatiques de la série comme « quelle chaleur » et des commentaires assez avisés qui dénotent une certaine vanité chez ce garçon qui n’est pas tout à fait indifférent au confort matériel comme dans cette réplique (en ramassant les pierres précieuses) : « Tu oublies que je suis moi-même un prince égyptien, par ailleurs laisser une telle fortune au sable du désert est ridicule ». J’apprécie toujours autant ce côté un peu intéressé chez lui. Il fait aussi la preuve de son utilité dans cet album en résolvant avec une facilité déconcertante l’énigme de Qaâ du soleil qui se couche dans l’angle des pyramides naturelles. Qaâ dira de lui qu’il est « vaniteux mais fidèle ». Je dirais quant à moi qu’il est simplement plus humain que son compagnon.

Sénoris : En voilà un dont on parle plus souvent qu’on ne le voit. Il apparaît pour la première fois dans « le Sphynx d’or » comme chef des archers royaux puis est présenté plusieurs fois dans « l’Odyssée d’Alix I » comme vizir du palais. C’est un personnage qui est en fait victime de son intégrité mais aussi de sa curiosité. Envoyé à Thèbes pour punir les prêtres du temple de Ramsès III responsables de la destruction du temple d’Aménophis III, il commet l’erreur de prêter une oreille attentive à Qaâ qui, pour une raison inconnue, lui confie l’emplacement du trésor d’Hatshepsout sous la forme d’une énigme. Ayant refusé de livrer ce secret à ses souverains, attitude peu professionnelle de la part d’un fonctionnaire, il va croupir dans le Temple de Ramsès III. Libéré par Alix et Enak je suppose qu’il est mort d’insolation ou d’hydrocution, peut-être les deux. Il demandera aux dieux égyptiens d’épargner sa ville, ce qu’ils ne feront pas si je prends l’Histoire à témoin, la trouvant sans doute trop hellénisée.

Cléopâtre : Objectivement, je pense que cet album aurait dû s’intituler « Ô Cléopâtre » tant elle est omniprésente à chaque page. Je remarque que Jacques Martin semble reprendre le même schéma que dans « le prince du Nil » : une princesse et sa servante bedonnante aident Alix et Enak à se sortir de situations dangereuses tout en défiant un pharaon en permanence.
Ce personnage est assez réussi car il centralise bien le mélange d’influences égyptienne et grecque à l’œuvre chez elle. Je rappelle que Cléopâtre VII fut le seul souverain lagide à parler égyptien à l’exception de Ptolémée IX. Belle, vénale, courageuse et dangereuse sont sans doute les termes qui la définissent le mieux. Son frère lui sert plus ou moins de faire valoir dans cet album. J’ouvre maintenant la partie historique du personnage.
Née en 69 av J.C, elle est la fille de Ptolémée XII Aulète et de… eh bien on ne sait pas ! En tout cas elle n’est pas la fille légitime du monarque car l’historien Strabon mentionne que Ptolémée XII n’eut qu’une fille de son épouse légitime.  Plutarque dit qu’elle était la fille d’une concubine du pharaon, ce qui a donné à penser à beaucoup d’auteurs que cette dernière était indigène mais c’est là une thèse qui a pour seul fondement l’attention qu’elle a témoigné à la plèbe indigène contrairement à ses prédécesseurs. Quoiqu’il en soit, elle a 17 ans lorsque son père meurt en 51 av J.C et conformément aux coutumes égyptiennes de succession adoptées par les Lagides, elle épouse son frère et devient Cléopâtre VII. La suite de sa vie nous est surtout connu, comme pratiquement tous les personnages de l’Antiquité romaine pré-impériale, par Plutarque dans Les vies parallèles.
Ecartée du pouvoir par Ptolémée XIII, elle s’exile en 48 en Syrie où elle lève des troupes grecques contre son frère. Revenue en 47 en Egypte, elle plaide sa cause auprès de Jules César avec le succès que l’on sait et devient reine d’Egypte pour la seconde fois après avoir épousé son frère cadet, Ptolémée XIV, qui à 11 ans ne risque pas de la gêner. Elle part ensuite vivre à Rome pendant deux ans où les romains la surnomment affectueusement « le serpent d’Egypte ». Après la mort de César en 44 av J.C, elle retourne en Egypte, fait empoisonner Ptolémée XIV puis soutient alternativement les deux partis pendant la guerre civile qui oppose Octave, Antoine et Lépide aux républicains Cassius (oui je sais, il intervient dans tous mes articles) et Brutus. Une politique de double jeu qui ne plut pas à Marc Antoine apparemment car en 41 av J.C, celui-ci la somme de se rendre à Tarse pour s’expliquer de sa conduite. Comme on le sait, Marc Antoine s’éprend de la reine et s’installe avec elle à Alexandrie après lui avoir donné des jumeaux. Après une séparation due au mariage d’Antoine et d’Octavie, la soeur d’Octave, les deux amants se marient en 36 av J.C, année de la naissance de leur troisième enfant. L’année suivante, Marc Antoine part à la tête d’une expédition contre les Parthes en Syrie, expédition qui échoue lamentablement. Peut-être à cause de cet échec, le consul se coupe de Rome et du Sénat en proclamant la résurrection de l’empire d’Alexandre au profit de Césarion, le fils que Cléopâtre prétend à partir de cette époque avoir eu de Jules César. Deux ans plus tard Octave déclare la guerre à l’Egypte et l’année suivante, la bataille navale d’Actium est perdue par Marc Antoine en grande partie à cause de Cléopâtre qui prend la fuite pendant la bataille avec les 65 navires de la flotte égyptienne, faisant ainsi s’écrouler le dispositif d’Antoine (plusieurs bateaux se retournent même contre lui). Quelques mois plus tard, Marc Antoine se suicide en se croyant trahi par la reine et Cléopâtre, après avoir imploré la clémence d’Octave, s’empoisonne ou se fait mordre par un aspic (30 av J.C). Peu après Césarion qui est devenu Ptolémée XV est assassiné sur ordre d’Octave tandis que les enfants qu’elle eut d’Antoine seront élevés par Octavie avec beaucoup de soin. L’une de leurs filles épousa même le roi Juba de Maurétanie.

Ptolémée XIII : Né vers 60 av J.C, il a entre 11 et 13 ans à la mort de son père, Ptolémée XII, et lui succède en tant qu’aîné de ses enfants légitimes. On sait qu’il a été manipulé par l’eunuque Pothéinos (traduit Photin par J.Martin) et qu’à partir de 49 av J.C, il est ouvertement en conflit avec sa soeur pour la conquête du pouvoir réel en Egypte. En 48 av J.C, il bat Cléopâtre lors de la bataille de Pélusium, la forçant à se réfugier en Syrie. La même année il fait décapiter Pompée qui avait trouvé refuge en Egypte, pensant par ce geste s’attirer les faveurs de César. Après un conflit avec ce dernier il se serait noyé « accidentellement » dans le Nil en janvier 47 av J.C. Ptolémée XIII était-il comme Jacques Martin le décrit ?
Alcoolique, violent, cruel, impulsif et irraisonné, affublé d’un double menton… Honnêtement je n’en sais rien. Une chose très énervante avec l’Antiquité romaine pré-impériale est que la source unique de détails biographiques est Plutarque qui a passé sa vie à rédiger des monographies sur les personnages de son temps. Malheureusement il en a rarement écrit sur des souverains étrangers et Ptolémée XIII n’eut pas cet honneur. Donc à part ce que j’ai cité comme information historique, on ne sait rien de lui.

Ptolémée XII Aulète ou Neodyonisos : Père de Cléopâtre et Ptolémée XIII, il est représenté dans cet album comme un « ivrogne violent qui abandonne son pays après l’avoir ruiné et livré aux Romains ». Ptolémée XII dont le surnom « Aulète » signifie « joueur de flûte » règne de 80 à 58 av J.C et de 55 à 51 av J.C.
Il est le fils naturel du pharaon Ptolémée IX et le frère de Ptolémée XI qui fut égorgé dans le gymnase d’Alexandrie par la plèbe en révolte. N’étant pas reconnu par Rome comme pharaon, il autorise par sa passivité l’annexion de Chypre et de la Cyrénaïque par la République afin de se la concilier. Son attitude est sanctionnée par le peuple qui porte sa fille Bérénice IV au pouvoir et l’oblige à s’exiler à Rome. Il va alors verser d’énormes pots de vin au général Gabinius, gouverneur de Syrie et pompéien, qui va consentir à le remettre sur son trône. Après avoir fait exécuter sa fille il règnera quelques années jusqu’en 51 av J.C sous la protection d’une garnison romaine. Sa politique de pots de vin aura cependant des effets assez néfastes sur le long terme. Contrairement à ce que l’on a pu inventer par la suite, Jules César ne se rendit pas en Egypte pour régler le conflit entre Ptolémée XIII et sa soeur ni même pour s’acquitter d’une mission du Sénat mais pour des motifs personnels. Ptolémée XII avait en effet versé ses pots de vin par l’intermédiaire d’un banquier romain auquel il versait une commission. Ce banquier ayant été condamné à la prison et César ayant découvert l’affaire vit le profit qu’il pouvait en tirer et se rendit donc en Egypte pour exiger le transfert des versements effectués à Gabinius à sa personne. Donc indirectement c’est effectivement Ptolémée XII qui a ruiné l’Egypte.

Qaâ : En voilà un qui n’a pas fini de nous surprendre dans la mesure où ce frère renié de l’ancien pharaon de Sakkarah laissé éploré dans Le Prince du Nil cause volontairement la perte de Sénoris en lui révélant le secret de l’emplacement du trésor d’Hatshepsout. Il nous révèle ensuite qu’il avait connaissance depuis longtemps des caisses d’Orichalque dissimulés par les prêtres d’Amon. Il est aussi ami avec les Nubiens nomades qui se montrent plus matérialistes que lui en récupérant le trésor d’Hatshepsout. On le reverra plus tard dans le fleuve de Jade où il nous réserve encore quelques menues surprises.

Les coutumes, détails historiques, culturels, anthropologiques etc:

La fête de l’Opet : On en parle un peu dans cet album où Cléopâtre supplée son frère très occupé par un cours de noyade volontaire improvisé. Il s’agit d’une fête qui se déroulait en l’honneur du dieu Amon à Thèbes pour commémorer le nouvel an égyptien qui commençait le jour de la crue du Nil. Cette fête a été instaurée au début du Nouvel Empire lorsque après la défaite des Hyksos, l’Egypte célébra Amon dont le nom signifie « qui est caché » comme le dieu suprême. A l’occasion de cette fête le dieu Amon aidé par un prêtre caché derrière la statue reconnaissait à voix haute le pharaon comme son « fils bien aimé ». Bien que n’étant pas égyptien Alexandre le Grand participa à ce rituel et les souverains Lagides l’imitèrent.

La dynastie lagide : Je vais commencer par corriger une erreur ou liberté prise avec l’histoire par Jacques Martin dans Le Prince du Nil. Le premier souverain de cette dynastie s’appelle Ptolémée le Lagide car son père se nommait Lagos. Ce dernier n’est pas nommé pharaon par Alexandre le Grand lorsque celui-ci occupe l’Egypte pas plus qu’il n’y avait de pharaon à l’époque car l’Egypte était sous domination perse. Ptolémée le Lagide est nommé gouverneur d’Egypte en 323 av J.C par le régent Perdiccas, l’année de la mort d’Alexandre. Il ne devient pharaon qu’en 301 av J.C, lorsque les guerres des diadoques s’achèvent enfin. Il prend alors le nom de Ptolémée Sôter, le « sauveur ». A cette époque l’Egypte domine aussi la Cyrénaïque (Lybie actuelle) et Chypre mais a perdu le contrôle de la Nubie où le royaume de Napata- Méroé s’affirme. Les règnes de Ptolémée II Philadelphe et Ptolémée III Evergète sont assez brillants et voient Alexandrie devenir une grande métropole commerciale et culturelle. Mais à la fin du règne de Ptolémée VII, Alexandrie est sauvée de l’invasion du souverain séleucide de Syrie par l’intervention diplomatique du Sénat Romain. C’est le début d’une ingérence croissante de Rome dans les affaires égyptiennes tandis que les Lagides semblent tout faire pour mériter le titre de « Borgia de l’antiquité ». C’est bien simple, à partir de Ptolémée VII il n’y a pas un seul souverain qui décède de mort naturelle. Dans les décades qui suivent le règne de ce souverain, les révoltes indigènes (par opposition aux élites grecques qui dominent la vie économique et politique) se font plus violentes et fréquentes forçant plusieurs souverains à abdiquer. Ptolémée XI abdique ainsi en faveur de sa belle-mère et épouse Bérénice puis désabdique et fait tuer son épouse avant d’être lui-même égorgé par la populace dans le gymnase d’Alexandrie. J’arrête là la description purement évènementielle car j’ai déjà fait un panorama des règnes de Ptolémée XII, Ptolémée XIII et Cléopâtre dans la section des personnages.
La dynastie lagide tenta de s’adapter aux coutumes égyptiennes comme on peut le voir dans les temples d’Edfou et de Dendérah édifiés par eux.
Cependant, les souverains lagides restèrent culturellement profondément grecs comme le montrent les pièces de monnaie émises sous leur règne.

La plus grande erreur des souverains lagides fut peut-être de déclarer le grec langue officielle d’Egypte et d’interdire le démotique, égyptien oral. Cela provoqua certainement une rupture avec la population qui continua à parler le démotique et les prêtres qui célébrèrent leurs offices religieux dans la même langue que les Lagides ne comprenaient pas.

Leur principale innovation en matière de gouvernement vient du contrôle absolu qu’ils ont institué sur l’activité économique du pays. La propriété foncière privée est abolie sous Ptolémée II qui met en place un système très impopulaire de sous-location des terres aux paysans qui remboursent l’Etat en nature et avec intérêt en fonction de l’ancienneté de leur statut de métayer. De plus, aucun fellah ne peut cultiver la terre sans l’autorisation du gouvernement car c’est celui-ci par l’intermédiaire de ses fonctionnaires qui lui prête les grains de blé nécessaires aux semailles. Donc la possibilité pour les cultivateurs de devenir propriétaires de leur terre disparaît virtuellement tandis que les revenus de l’Etat s’accroissent considérablement. Ce système générera de nombreuses révoltes et pour cette raison ne sera pas conservé par l’administration romaine.

Sur le plan culturel on doit à la dynastie lagide la constitution de la bibliothèque d’Alexandrie qui comprenait environ 700.000 ouvrages vers la fin de la dynastie lagide. 40.000 ouvrages furent détruits lors d’un incendie très probablement volontaire provoqué par Jules César lors de la bataille qui l’opposa à l’armée et la plèbe égyptienne dans cette même ville. Elle aurait ensuite été brûlée par l’empereur Aurélien (272), Théodose (321) et le calife Omar Ier (640).
En 2002, une bibliothèque a rouvert ses portes sur le même site avec 240.000 ouvrages.

Controverses :

Loin de moi l’idée de critiquer le travail de Jacques Martin mais l’Histoire étant une science, il est nécessaire d’établir quelques faits.

La destruction du temple d’Aménophis III : Il est vrai que l’on ne sait pas exactement comment ce temple a été détruit et pourquoi les seuls colosses de Memnon sont restés debout. Il existe cependant plusieurs hypothèses. Je tiens cependant à souligner que les vignettes scannées ci-dessous témoignent d’un certain souci historique : d’une part les colosses de Memnon sont toujours debout et d’autre part on voit des ouvriers récupérer les pierres du temple détruit, ce qui est une des hypothèses avancées par les historiens.

La première hypothèse est donc qu’une série de tremblements de terre l’a endommagé et que les pierres ont été récupérées pour construire d’autres monuments. Les partisans de cette thèse s’appuient sur le fait que l’on a retrouvé des hiéroglyphes à la signification analogue à ceux des colosses dans le temple funéraire de Mineptah (le pharaon de Kéos) construit quelques temps après.

La seconde hypothèse s’appuie sur un tremblement de terre relaté par l’historien Strabon qui aurait eu lieu en 27 av J.C soit 24 ans après l’intrigue d’Alix et aurait détruit une grande partie du temple. Maintenant on pourra demander : pourquoi les colosses sont-ils restés intacts ?
C’est justement là qu’il y a une incohérence de la part de Jacques Martin : les colosses étaient déjà endommagés durant l’Antiquité. Dès le tout début de notre ère, les colosses de Memnon devinrent un lieu de pèlerinage pour les Grecs car le vent s’engouffrant dans les fissures des statues causées par des tremblements de terre composait une sorte de chant d’où la légende du héros qui leur est attaché. Dans tous les cas, l’hypothèse de la destruction par les prêtres du temple de Ramsès III ne me semble pas la plus vraisemblable historiquement.

Le départ de Ptolémée XII pour Rome : Là aussi, Jacques Martin part d’un fait historique : l’exil de Ptolémée XII à Rome de 58 à 55 av J.C. Toutefois, le roi ne quitte pas le pays volontairement à cette date mais sous la pression de la plèbe qui se sent des envies de régicide. Le gouvernement ne revient pas à Ptolémée XIII et à sa soeur qui avait 11 ans à l’époque mais à leur soeur aînée Bérénice IV et son époux. Du reste le départ de Ptolémée XII est provisoire car comme je l’ai dit il revient trois ans après avec une milice romaine privée qui lui permet de reprendre le pouvoir et c’est à partir de ce moment-là qu’il règne avec l’appui d’une garnison de « romains goguenards ». Cléopâtre et Ptolémée XIII ne pourront donc hériter du trône que par voie testamentaire (leur autre soeur Arsinoé est ainsi écartée de la succession) et à la mort de leur père.

Repères historiques :

Vers 1450 av J.C : Troisième expédition égyptienne connue au pays de Pount d’où sont ramenés des arbres à encens (myrre) pour le temple funéraire d’Hatshepsout.

331 av J.C : Alexandre le Grand occupe l’Egypte et fonde « Alexandrie d’Egypte ».

301 av J.C : Début effectif du règne de Ptolémée le Lagide ou Ier Sôter. Début de la création de la grande bibliothèque d’Alexandrie.

A partir de cette ligne toutes les dates citées concernent Cléopâtre VII

69 av. J.-C. Naissance de Cléopâtre VII, fille naturelle de Ptolémée XII.

58 av J.C : Exil de Ptolémée XII à Rome.

58-55 av J.C : Règne de Bérénice IV, demi-soeur de Cléopâtre

55 av J.C : Retour de Ptolémée XII au pouvoir

51 av. J.-C. Mort de Ptolémée XII : Cléopâtre VII accède au trône d'Égypte avec son frère, Ptolémée XIII.

48 av. J.-C. Défaite de Cléopâtre Pélusium. Exil en Syrie.

47 av. J.-C. Arrivée de Jules César. Mort de Ptolémée XIII. Sacrée reine d'Égypte, Cléopâtre gouverne avec son frère Ptolémée XIV. Donne naissance à un fils, Césarion (futur Ptolémée XV), dont la paternité est attribuée à César.

46 av. J.-C. Maîtresse de César, elle s’installe à Rome.

44 av. J.-C. Retour en Égypte après l’assassinat de César, elle fait empoisonner son frère et place Césarion à ses côtés sur le trône.

41 av. J.-C. Rencontre avec Marc Antoine.

36 av. J.-C. Mariage avec Marc Antoine.

34 av. J.-C. Partage de l'ancien empire d'Alexandre le Grand entre Cléopâtre et ses enfants.

32 av. J.-C. Déclaration de guerre faite par Octave à l’Egypte.

31 av. J.-C. Défaite d’Actium, suicide de Marc Antoine.
30 av. J.-C. Suicide de Cléopâtre pour éviter la domination d’Octave.

27 av J.C. Tremblement de terre mentionné par Strabon qui détruit complètement ou partiellement le temple d’Aménophis III

L’action de l’album se situe donc logiquement entre 55 et 48 av J.C si on admet pour vrai le départ de Ptolémée XII pour Rome mais une datation plus précise situerait l’action entre 51 (mort de Ptolémée XII) et 48 av J.C puisque dans cet album ses enfants ont déjà disposé de l’héritage paternel.

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