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Ô Alexandrie

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1 Ô Alexandrie le Dim 27 Mar - 19:29

Raymond

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Admin
Qui est le véritable dessinateur d'Ô Alexandrie ? Il y a toujours eu un certain flou sur cette question car, lors de sa parution, le dessin de l'album avait été attribué à Rafael Morales. Le grand public s'était alors réjoui de l'apparition d'un repreneur aussi talentueux et, par la suite, il a été bien déçu. En fait, si l'on se réfère à la page de titre, l'unique auteur de l'album serait Jacques Martin, Morales étant crédité de sa participation aux décors, tandis qu'une "participation" au dessin des personnages est attribuée au même Morales et à Marc Henniquiau.



Est-ce que cette présentation minimise le rôle de Rafael Morales dans l'album ? Je ne le pense pas, car il semble bien que Jacques Martin ait débuté seul cette histoire, plusieurs années avant sa finition. Il bénéficiait encore d'une vision normale et on reconnait par moment sa patte, en regardant le visage d'Alix dans les premières pages.




Pablo Morales ayant voulu assumer seul le dessin du personnage dans les albums suivants, il est maintenant assez facile de reconnaître sa participation au dessin des visages dans l'album. Les exemples sont plutôt rares, mais cette silhouette d'Alix (en bas de la planche 16) est sans doute de sa main.



Le dessin de Marc Henniquiau est moins connu, mais il semble bien que son talent ait permis une reproduction presque mimétique des visages à la manière de Jacques Martin. Rappelons que ce dernier fournissait à cette époque des crayonnés très poussés, mais l'encrage n'était pas toujours réussi avec le même bonheur par ses "élèves". Il m'est difficile de savoir à quelle page de l'album débute vraiment la participation d'Henniquiau, mais on peut admettre que la deuxième partie de l'histoire lui doit beaucoup. Ces deux cases tirées de la planche 44 reflètent probablement la qualité de son travail.



Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.



Mais que raconte cet album, qui est bien souvent dénigré aujourd'hui ? Il n'y a pas de grande aventure, il faut l'admettre, car les combats et les cavalcades sont remplacés par des intrigues de cour. Invité à Karnak par son ami Senoris, Alix se retrouve pris au piège car l'ancien vizir, qui sait comment trouver le trésor de la reine Hatshepsout, est tombé en disgrâce. Le héros devient la cible de deux clans rivaux, où l'on découvre d'un côté la fameuse Cléopâtre, et de l'autre son demi-frère Ptolémée XIII, un enfant capricieux et alcoolique. Tandis qu'Alix s'enfuit et cherche à faire libérer Senoris, Jacques Martin s'attarde avec gourmandise sur cet affrontement entre les descendants corrompus et décadents des pharaons. Cette sombre description de l'histoire des Lagides semble d'ailleurs être le véritable sujet de l'album.



L'intrigue n'est pas vraiment palpitante, même si Alix se démène et risque sa vie. On s'intéresse d'avantage aux personnages qui sont parfois de vieilles connaissances. On découvre la séduisante Cléopâtre, dont le charisme semble dominer Alix, et on retrouve l'honnête Senoris, qui est victime de son intégrité, ainsi que l'intriguant Qâa, dont les mystérieux pouvoirs vont rendre de grands services au héros du récit.



A la fin du récit, Alix retrouve Cléopâtre avec qui il noue une relation ambigüe. On se demande alors s'il faut résumer Ô Alexandrie comme une nouvelle aventure amoureuse d'Alix ?



Tel est donc cet album qui réécrit l'histoire officielle d'une manière souvent subtile. Ô Alexandrie a rapidement été catalogué comme un "album Morales" et cela explique peut être pourquoi il est aujourd'hui bien mésestimé. En le relisant aujourd'hui, je le trouve pourtant assez caractéristique de cette dernière période "martinienne" qui est brillante, et que l'on peut reconnaître par ses intrigues dramatiques, son ambiance souvent pessimiste, son contexte historique bien documenté et ses images minutieusement dessinées. J'en conclus ainsi qu'Ô Alexandrie est tout simplement le dernier album d'Alix dont le scénario et le dessin ont été bien maîtrisés par Jacques Martin. Wink


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2 Re: Ô Alexandrie le Lun 28 Mar - 23:43

Raymond

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Admin
Dans Ô Alexandrie, il vaut la peine de s'attarder ce que l'on peut considérer comme une "malice historique". Par ce terme, je désigne la manière de raconter la destruction du grand temple d'Aménophis III à Karnak, dont il ne reste aujourd'hui que deux statues gigantesques, nommés les "Colosses de Memnon".



Tous les visiteurs de Karnak se souviennent certainement ces deux sculptures monumentales qui "gardent" la route menant vers la nécropole thébaine. Ces statues sont les seuls vestiges d'un temple gigantesque qui a disparu sans que l'on sache pourquoi. Jacques Martin imagine une explication à sa manière. Smile La destruction du temple est attribuée à la cupidité des prêtres eux-mêmes, qui se sont mis à chercher un trésor. Cela se serait passé lors du règne de Ptolémée Aulète, et c'est le point de départ des malheurs de Senoris.



Cette manière d'expliquer la disparition du temple d'Aménophis III est fort peu vraisemblable, mais .... elle ne peut pas être réfutée puisque l'on ignore comment il a été détruit. Jacques Martin a dû s'amuser en imaginant cette histoire. Wink


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3 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 11:26

Bernard

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bédéphile pointu
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Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.

Petite rectification sur les premiers décors Egyptien de R. Morales, le premier album fut "Toutankhamon" (maquette à découper) en Mars 1990 et c'est là qu'il a fait ses premières armes sur l'Egypte ensuite il y a eu le Voyage d'Orion - Egypte 1 en Janvier 1992 et seulement après il y a sa participation importante à Ô Alexandrie en Septembre 1996.
Voilà qui est dit Very Happy



4 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 23:08

Vilain goton

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alixophile
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J'aime beaucoup ton analyse Raymond,surtout au sujet de de la destruction du temple,j'ai appris quelquechose,n'étant pas spécialiste de l'Egypte antique.
Il me semble aussi que cet album est le dernier à être vraiment sous la patte "Martin".Il ne m'as ni déplu,ni passionné je dois dire.On constate quand même que dans les derniers Alix,on assiste à la fin de personnages que l'on rencontrait au début de la série(Sénoris ici,Horatius dans "le cheval de troie").

5 Re: Ô Alexandrie le Ven 2 Aoû - 10:39

Treblig


Double prix Nobel
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6 Re: Ô Alexandrie le Ven 2 Aoû - 12:29

Raymond

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Admin
C'est une sérigraphie sur plexiglas, éditée à l'occasion de la sortie de l'album.

J'en parle ici dans le sujet dédié aux sérigraphies :
http://lectraymond.forumactif.com/t670p30-serigraphies-d-alix


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7 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 21:47

stavrog

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alixophile
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Ô Alexandrie est un album mésestimé. Il me semblait avoir lu quelque part que Pleyers avait été pressenti pour le dessiner avec Martin (voire tout seul). C'est regrettable, car les dessins du Cheval de Troie où l'on voit toute l'influence de Pleyers laissaient augurer le meilleur d'une collaboration du dessinateur de Jhen à la série la plus connue de J. Martin. En choisissant R. Morales comme continuateur, J. Martin, hélas, n'a pas fait le meilleur choix - mais pouvait-il le prévoir ? De même que l'évolution de sa maladie ? Et cette succession pour le moins hasardeuse a donné la lente érosion de la série, puis les expérimentations éditoriales que l'on sait - dont la moins heureuse, et c'est un euphémisme, est bien La cité engloutie, qui aurait dû inaugurer une courte série dérivée Alix vu par... (comme Une aventure de Spirou par... chez Dupuis coexiste avec la série principale) plutôt que de figurer dans la série Alix et désarçonner les lecteurs habitués du style Martin et de ses repreneurs.

http://plassans2009.hautetfort.com

8 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 22:29

Lion de Lisbonne

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grand maître
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stavrog a écrit:Ô Alexandrie est un album mésestimé. Il me semblait avoir lu quelque part que Pleyers avait été pressenti pour le dessiner avec Martin (voire tout seul). C'est regrettable, car les dessins du Cheval de Troie où l'on voit toute l'influence de Pleyers laissaient augurer le meilleur d'une collaboration du dessinateur de Jhen à la série la plus connue de J. Martin. En choisissant R. Morales comme continuateur, J. Martin, hélas, n'a pas fait le meilleur choix - mais pouvait-il le prévoir ? De même que l'évolution de sa maladie ? Et cette succession pour le moins hasardeuse a donné la lente érosion de la série, puis les expérimentations éditoriales que l'on sait - dont la moins heureuse, et c'est un euphémisme, est bien La cité engloutie, qui aurait dû inaugurer une courte série dérivée Alix vu par... (comme Une aventure de Spirou par... chez Dupuis coexiste avec la série principale) plutôt que de figurer dans la série Alix et désarçonner les lecteurs habitués du style Martin et de ses repreneurs.
Complètement d'accord avec toi Exclamation 

9 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Aoû - 23:08

Raymond

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C'est vrai que Pleyers a réalisé un formidable travail dans le Cheval de Troie, mais ... il n'a pas tout fait. Dessinait-il les personnages ? Ou faisait-il les crayonnés ? Je ne pense pas. Bien sûr, il aurait probablement fait mieux que Morales, mais je me demande s'il pouvait vraiment réussir une reprise d'Alix.

Par ailleurs, comme Pleyers avait une série qui marchait bien (Jhen). Il est donc assez normal que Jacques Martin aie recherché un autre dessinateur pour reprendre Alix.


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10 Re: Ô Alexandrie le Ven 16 Aoû - 8:04

stephane

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vieux sage
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J'avais poste pour les 60 ans d'Alix le test denPleyers. Très peu de différences avec l'original...
http://alix60.artblog.fr/336227/L-hommage-des-amis-d-Alix-et-de-Jacques-Martin-1/

http://alixmag.canalblog.com/

11 Re: Ô Alexandrie le Lun 19 Aoû - 11:21

Raymond

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stephane a écrit:J'avais poste pour les 60 ans d'Alix le test denPleyers. Très peu de différences avec l'original...
http://alix60.artblog.fr/336227/L-hommage-des-amis-d-Alix-et-de-Jacques-Martin-1/
Je me permettrai de reprendre ce dessin dans la section dédiée à Pleyers. Wink 


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12 Re: Ô Alexandrie le Dim 12 Oct - 12:47

Treblig


Double prix Nobel
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13 Re: Ô Alexandrie le Dim 4 Sep - 14:34

Raymond

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Admin
Un article sur Ô Alexandrie, mis en ligne il y a une dizaine d'années. L'auteur y interviewe Jacques Martin et Rafael Morales !

https://blogpasblog.wordpress.com/2015/03/07/o-alix/


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14 Re: Ô Alexandrie le Jeu 15 Sep - 10:48

AJAX

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
J’ai lu cette interviewe avec amusement, Raymond. Ca commence très fort avec l’antienne « Dion Cassius... ». Le brave Dion Cassius a, comme toujours, bon dos, mais on a perdu toute la partie de son « Histoire romaine » relative aux Ptolémées antérieurs à Ptolémée Aulète.

Toutefois Jacques Martin a raison quand il dit qu’on a conservé une description assez détaillée des deux navires géants de Ptolémée IV Philopator ; mais c’est Athénée de Naucratis qui s’y est collé, empruntant à L’HISTOIRE D’ALEXANDRIE de Callixène. En fait, donc, ledit Ptolémée se fit construire deux navires :

1) Un « 40 rames » (tesseracontère) long de 124 m, large de 17 et haut (à la poupe) de 20 m. En fait, il s’agit d’un catamaran [« deux poupes et deux proues »] constitué de deux « 20 » accolés sous un pont commun. 400 matelots, 4000 rameurs et 3000 combattants (Athénée, DEIPNOSOPHISTES (Le Banquet des Savants), V, ix, 37).

2) Un palais flottant, le thalamègue, dont question ici, catamaran également (Athénée, DEIPNOSOPHISTES (Le Banquet des Savants), V, ix, 38-39). Au paragraphe suivant, il traite d’un autre navire géant construit par Hiéron de Syracuse. Ces textes sont disponibles ici, sur l’excellent site de Philippe Remacle : http://remacle.org/bloodwolf/erudits/athenee/livre5.htm

Livre V – Chap. IX. Ptolémée Philadelphe fut plus riche que nombre de rois. Il apportait le plus grand soin[121] à se faire honneur de tout ce qu'il entreprenait, [203d] et parvint ainsi à se procurer une marine infiniment plus nombreuse que celle de tous les autres souverains. Il eut aussi les plus grands vaisseaux. Voici l’état de sa marine : Deux vaisseaux de trente files de rameurs, un de vingt, quatre de treize, deux de douze, quatorze de onze, trente de neuf, trente-sept de sept, cinq de six, dix-sept de cinq, et le double en vaisseaux depuis quatre files jusqu'à trois et demie ; sans compter ceux qu'il envoyait aux îles, dans les villes de sa domination en Lycie, et qui montaient à plus de quatre mille. [203e] Il serait inutile de parler ici du nombre considérable de livres qu'il avait rassemblés, de ses bibliothèques, des savants qu'il réunissait dans le musée, puisque ce sont des choses encore très connues ;

37. mais puisque j'ai parlé de marine, entrons dans quelques détails à ce sujet.
Les vaisseaux que Ptolémée Philopator avait fait construire, méritent aussi d'être connus. Voici donc ce que Callixène en dit, liv. I de son histoire d'Alexandrie.
Philopator fît construire un vaisseau à quarante files de rameurs,[122] long de deux cents quatre-vingts coudées, ayant de large trente-huit coudées entre les deux chemins latéraux. [203f] Jusqu'à l’acrostolion[123] il avait quarante-huit coudées, et depuis les aphlastes de la poupe jusqu'à la partie à la mer, cinquante-trois coudées. Il portait quatre gouvernails. Les rames des thranites ou des rameurs supérieurs étaient longues de trente-huit coudées : [204a] c'étaient les plus longues; mais on en avait garni de plomb le manche qui arrivait dans l'intérieur du vaisseau, ce qui le rendait faciles à manier sur les apostis[124] par le grand poids qu'elles avaient ainsi à l'intérieur.

Ce vaisseau avait, deux poupes et deux proues ; sept éperons ou rostres, dont l'un avançait au-delà des autres qui étaient moins allongés. Quelques-uns se portaient même vers les épotides. La hauteur du vaisseau était partagée en douze étages[125] (ou galeries tournantes), chacun de six cents coudées de circuit : tout y était dans la plus exacte proportion. Les ornements n’y avaient été épargnés d'aucune sorte. On voyait à la poupe et, à la proue des figures de douze coudées : [204b] du reste, il n’y avait pas de place qui ne fût couverte de différents dessins formés en cire[126] de diverses couleurs, et le contour de la partie des rames qui était dans le vaisseau, était orné de lierre et de thyrses en relief. La quantité des agrès et des ustensiles qu'exigeait ce vaisseau était immense; cependant il y en avait suffisamment à toutes les parties où les manœuvres l’exigeaient.

Ptolémée fit essayer ce vaisseau avec plus de trois mille rameurs ; quatre cents matelots exécutaient les manœuvres : outre cela ; il y avait trois mille huit cent cinquante hommes de guerre sur le pont, sans compter le nombre assez considérable de ceux qui étaient sous les gradins des rameurs, dans les différents étages, afin de pourvoir aux vivres.

[204c] Ce vaisseau avait été tiré à l'eau, de dessus un chantier où il était entré la quantité de bois qu'il fallait pour construire cinquante vaisseaux à cinq files de rameurs. C'était aux clameurs d'une foule immense, et au son des trompettes qu'on l'avait amené à l'eau; mais un Phénicien imagina ensuite le moyen de l'en retirer[127] (et de le remettre à flot). Il fit creuser près du port une fosse profonde, de la longueur du vaisseau, et poser au fond de chaque côté, à la hauteur de cinq coudées, une bâtisse de pierres très solides, faisant entrer de chaque côté de grosses poutres qui traversaient la fosse, et toutes l’une à côté de l'autre. Il laissa sous ces pièces de bois un espace vide de quatre coudées entre le lit de la fosse; [204d] puis y introduisant l'eau de la mer, il en remplit toute la capacité ; de sorte que, par ce moyen, les premiers qui se trouvaient là pouvaient, en se réunissant à nombre suffisant, y faire entrer le vaisseau. Dès qu'il y était, il fermait l'ouverture de la fosse, en retirait l'eau avec des machines, et, cela fait, le vaisseau demeurait en sûreté sur cette espèce de plate-forme que faisaient les poutres transversales.

38. Ptolémée Philopator fit aussi construire un vaisseau pour aller sur le Nil, et le nomma Thalamègue. Il avait un demi-stade de long, et trente coudées dans sa plus grande largeur. [204e] Sa hauteur, y compris celle du pavillon, était à peu près[128] de quarante coudées. Il n'avait ni la forme des vaisseaux longs, ni celle des vaisseaux ronds, mais une singulière, et propre au service que pouvait en permettre la profondeur du Nil. En effet ; le fond en était plat[129] et large; mais le vaisseau bombait dans son: corps: On en avait suffisamment élevé les plats-bords, surtout à la proue, mais de manière que le bordage eût[130] une courbure saillante et rentrante, d'une forme agréable.

Ce vaisseau avait deux proues et deux poupes, et l’on avait beaucoup élevé les accastillages d'avant et d'arrière, [204f] à cause de la houle qui est souvent très forte sur le Nil. Au centre du vaisseau, étaient les salles à manger, les chambres à coucher, et toutes les commodités dont on avait besoin. Il régnait le long de trois côtés du bordage, deux galeries l'une sur l'autre pour se promener : elles n'avaient pas moins de cinq plèthres[131] d'étendue en tournant. L'inférieure était construite en forme de péristyles

[205a] L’espace[132] cintré de la galerie supérieure était bordé partout d'une balustrade, interrompue par de petites portes.
A l'entrée du côté de la poupe, on avait élevé à la première galerie un avant-corps[133] tout ouvert en face (de la poupe). On pouvait en faire le tour. Il était orné de colonnes dans sa circonférence : quant à la partie qui faisait face à la proue, on y avait d'abord élevé un propylée fait d'ivoire, et des bois les plus précieux. Lorsqu'on l'avait passé, on voyait une espèce d’avant-scène couverte aussi par sa situation.[134] Derrière, et dans le milieu de la partie latérale, il y avait pareillement un avant-corps où l’on entrait par un vestibule à quatre portes. [205b] De droite et de gauche il y avait des fenêtres pour procurer, de la salubrité.[135] La plus grande salle était jointe à ces compartiments. Elle était formée en périptère et assez étendue pour contenir vingt lits. La plus grande partie de ses matériaux était de pièces de cèdres qu’on avait détaillées et de cyprès de Milet. Vingt portes s’ouvraient dans son contour. On les avait ornées d’un placage de thya, relevé par des ornements d’ivoire. Les têtes des clous qui en garnissaient et les boucles du heurtoir étaient de cuivre dorés au feu. [205c] Les fûts des colonnes du contour étaient de cyprès surmontés d’un chapiteau corinthien en ivoire et ornés de dorures. Les architraves étaient d'or massif. On y avait adapté une frise éclatante, ornée de figures d'ivoire, hautes de plus d'une coudée, dont le travail; quoique peu précieux en lui-même, était digne d'être, admiré par son ensemble. La plate-forme qui couvrait la salle à manger était carrée, élégamment faite de bois de cyprès. Les ornements en étaient sculptés, et recouverts d'or

A côté de cette salle, était une chambre à coucher, où il y avait sept lits. [205d] Le long de cette chambre, régnait un corridor étroit, traversant le vaisseau dans sa largeur, et séparant l'appartement des femmes. Il y avait dans cet appartement une salle à manger à neuf lits, aussi richement ornée que la grande dont on vient de parler, et à côté, une chambre à coucher à sept lits. Voilà les compartiments de tout ce qu'il y avait au premier étage.

39. Lorsqu'on avait monté l'escalier adossé à la chambre à coucher, mentionnée ci-devant, on trouvait une autre salle à cinq lits, dont la couverture était faite en losanges, et près de là: un temple de Vénus fait en dôme,[136] où il y avait en marbre une statue de cette déesse. [205e] En face, était une autre salle à manger, faite en périptère, à cinq lits, et du travail le plus riche : les colonnes en étaient de pierre des Indes. Il y avait à côté de cette salle des chambres à coucher, dont l'appareil ne cédait en rien à celui des précédentes dont j'ai parlé.

Lorsqu'on passait vers la proue, on rencontrait, au premier étage, une salle bacchique faite en périptère, et à treize lits. Le subgronde était doré en placage jusqu'au contour de l'architrave. On en avait fait la couverture d'une forme analogue au caractère de Bacchus. Du côté droit, on avait pratiqué une grotte, dont les couleurs[137] étaient nuancées avec de vraies pierres précieuses relevées par des ornements en or. [205f] On y voyait les bustes des personnes de la famille royale, faits en marbre de Paros.

[138] Sur la plate-forme de la plus grande salle à manger, on avait pratiqué l'emplacement d'un belvédère des plus agréables. Ce belvédère s'élevait à volonté comme un pavillon ; car il n'y était réellement pas bâti.[139] On tendait, pour l'élever, des cercles sur des supports éloignés à certaine distance les uns des autres, [206a] et l'on étendait par dessus une banne pourpre avec ses pendants : c'était lorsqu'on voulait se promener sur le Nil.

Après cela on trouvait un espace découvert, ayant la même forme que l'avant-corps qui était dessous. On y avait fait aboutir un escalier en vis, qui conduisait aussi à la galerie couverte. A côté était une salle à manger, à neuf lits, de structure Égyptienne; car les colonnes[140] qu'on y avait élevées étaient rondes, et formées par des tambours qui étaient alternativement blancs et noirs. [206b] Les chapiteaux de cet ordre Égyptien sont de forme ronde, et tout le contour est orné de fleurons semblables à des roses qui commencent à s'épanouir. Quant à la partie qu'on appelle le panier, on n'y voit pas de volutes ou hélices, ni de feuillages rudes comme il y en a au haut des colonnes des Grecs; mais des calices ouverts de lotus du Nil, et des dattes telles qu'on les voit lorsque le palmier commence à les pousser. Il y a aussi d'autres feuillages en sculpture qui en font les ornements. Depuis l'astragale où ces fleurons prennent naissance, et qui couronne le tambour sur lequel pose le chapiteau, cette partie de la colonne présente un entrelacement de fleurs et de feuilles de fèves d'Egypte,

[206c] C'est donc ainsi que les Égyptiens font leurs colonnes, bigarrant de même leurs murailles par l'alternative de plinthes blanches et noires. Quelquefois même ils forment cette bigarrure avec de l'albâtre.
Il y avait en outre beaucoup d'autres pièces pratiquées dans le centre même, et dans d'autres parties du vaisseau : le mât avait soixante-dix coudées[141] de haut, et portait une voile de byssus, dont les cordages latéraux étaient teints en pourpre.
Mais toutes les richesses que le Roi Philadelphe avait conservées, [206d] furent dissipées par le dernier Ptolémée, surnommé Aulète, celui qui donna lieu à la guerre que Gabinius vint faire en Egypte. Ce dernier des Ptolémées était en effet moins un homme qu'un joueur de flûte et un magicien.

Voir aussi sur le Net :
https://sites.google.com/site/navigationdanslantiquite/les-navires-dans-l-antiquite/navires-geants-hypergaleres-viking
http://www.navistory.com/pages/antiquite/hyper-galeres-hellenistiques.php


Ptolémée IV et moi on ne se quitte plus. Fin de ce mois devrait sortir une aventure de Bob Morane, LES COLOSSES DE L’OMBRE JAUNE, que j’ai co-écrit à quatre mains avec mon complice Rémy Gallart. Ca gravite autour de la bataille de Raphia, en -217, où Ptolémée IV vainquit Antiochus III, mais on n'y parlera pas du Thalamègue; et ça sortira à très petit tirage (300 ex. – collector !) chez Ananké / L’Age d’Or : http://www.bdcharleroi.com/

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