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1 Ô Alexandrie le Dim 27 Mar - 18:29

Raymond


Admin
Qui est le véritable dessinateur d'Ô Alexandrie ? Il y a toujours eu un certain flou sur cette question car, lors de sa parution, le dessin de l'album avait été attribué à Rafael Morales. Le grand public s'était alors réjoui de l'apparition d'un repreneur aussi talentueux et, par la suite, il a été bien déçu. En fait, si l'on se réfère à la page de titre, l'unique auteur de l'album serait Jacques Martin, Morales étant crédité de sa participation aux décors, tandis qu'une "participation" au dessin des personnages est attribuée au même Morales et à Marc Henniquiau.



Est-ce que cette présentation minimise le rôle de Rafael Morales dans l'album ? Je ne le pense pas, car il semble bien que Jacques Martin ait débuté seul cette histoire, plusieurs années avant sa finition. Il bénéficiait encore d'une vision normale et on reconnait par moment sa patte, en regardant le visage d'Alix dans les premières pages.




Pablo Morales ayant voulu assumer seul le dessin du personnage dans les albums suivants, il est maintenant assez facile de reconnaître sa participation au dessin des visages dans l'album. Les exemples sont plutôt rares, mais cette silhouette d'Alix (en bas de la planche 16) est sans doute de sa main.



Le dessin de Marc Henniquiau est moins connu, mais il semble bien que son talent ait permis une reproduction presque mimétique des visages à la manière de Jacques Martin. Rappelons que ce dernier fournissait à cette époque des crayonnés très poussés, mais l'encrage n'était pas toujours réussi avec le même bonheur par ses "élèves". Il m'est difficile de savoir à quelle page de l'album débute vraiment la participation d'Henniquiau, mais on peut admettre que la deuxième partie de l'histoire lui doit beaucoup. Ces deux cases tirées de la planche 44 reflètent probablement la qualité de son travail.



Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.



Mais que raconte cet album, qui est bien souvent dénigré aujourd'hui ? Il n'y a pas de grande aventure, il faut l'admettre, car les combats et les cavalcades sont remplacés par des intrigues de cour. Invité à Karnak par son ami Senoris, Alix se retrouve pris au piège car l'ancien vizir, qui sait comment trouver le trésor de la reine Hatshepsout, est tombé en disgrâce. Le héros devient la cible de deux clans rivaux, où l'on découvre d'un côté la fameuse Cléopâtre, et de l'autre son demi-frère Ptolémée XIII, un enfant capricieux et alcoolique. Tandis qu'Alix s'enfuit et cherche à faire libérer Senoris, Jacques Martin s'attarde avec gourmandise sur cet affrontement entre les descendants corrompus et décadents des pharaons. Cette sombre description de l'histoire des Lagides semble d'ailleurs être le véritable sujet de l'album.



L'intrigue n'est pas vraiment palpitante, même si Alix se démène et risque sa vie. On s'intéresse d'avantage aux personnages qui sont parfois de vieilles connaissances. On découvre la séduisante Cléopâtre, dont le charisme semble dominer Alix, et on retrouve l'honnête Senoris, qui est victime de son intégrité, ainsi que l'intriguant Qâa, dont les mystérieux pouvoirs vont rendre de grands services au héros du récit.



A la fin du récit, Alix retrouve Cléopâtre avec qui il noue une relation ambigüe. On se demande alors s'il faut résumer Ô Alexandrie comme une nouvelle aventure amoureuse d'Alix ?



Tel est donc cet album qui réécrit l'histoire officielle d'une manière souvent subtile. Ô Alexandrie a rapidement été catalogué comme un "album Morales" et cela explique peut être pourquoi il est aujourd'hui bien mésestimé. En le relisant aujourd'hui, je le trouve pourtant assez caractéristique de cette dernière période "martinienne" qui est brillante, et que l'on peut reconnaître par ses intrigues dramatiques, son ambiance souvent pessimiste, son contexte historique bien documenté et ses images minutieusement dessinées. J'en conclus ainsi qu'Ô Alexandrie est tout simplement le dernier album d'Alix dont le scénario et le dessin ont été bien maîtrisés par Jacques Martin. Wink


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2 Re: Ô Alexandrie le Lun 28 Mar - 22:43

Raymond


Admin
Dans Ô Alexandrie, il vaut la peine de s'attarder ce que l'on peut considérer comme une "malice historique". Par ce terme, je désigne la manière de raconter la destruction du grand temple d'Aménophis III à Karnak, dont il ne reste aujourd'hui que deux statues gigantesques, nommés les "Colosses de Memnon".



Tous les visiteurs de Karnak se souviennent certainement ces deux sculptures monumentales qui "gardent" la route menant vers la nécropole thébaine. Ces statues sont les seuls vestiges d'un temple gigantesque qui a disparu sans que l'on sache pourquoi. Jacques Martin imagine une explication à sa manière. Smile La destruction du temple est attribuée à la cupidité des prêtres eux-mêmes, qui se sont mis à chercher un trésor. Cela se serait passé lors du règne de Ptolémée Aulète, et c'est le point de départ des malheurs de Senoris.



Cette manière d'expliquer la disparition du temple d'Aménophis III est fort peu vraisemblable, mais .... elle ne peut pas être réfutée puisque l'on ignore comment il a été détruit. Jacques Martin a dû s'amuser en imaginant cette histoire. Wink


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3 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 10:26

Bernard


martinophile distingué
martinophile distingué
Ò Alexandrie est donc un travail d'équipe (on pourrait même dire un travail "de studio") qui a été dirigé de près par Jacques Martin. Ce dernier ne pouvait plus dessiner seul, mais il était encore au début de sa maladie visuelle. Il pouvait probablement bien contrôler la production de ses assistants et c'est ainsi que Rafael Morales dessine ses premiers décors égyptiens. D'emblée, il fait preuve d'une grande maîtrise dans cet exercice.

Petite rectification sur les premiers décors Egyptien de R. Morales, le premier album fut "Toutankhamon" (maquette à découper) en Mars 1990 et c'est là qu'il a fait ses premières armes sur l'Egypte ensuite il y a eu le Voyage d'Orion - Egypte 1 en Janvier 1992 et seulement après il y a sa participation importante à Ô Alexandrie en Septembre 1996.
Voilà qui est dit Very Happy



4 Re: Ô Alexandrie le Mar 29 Mar - 22:08

Vilain goton


alixophile
alixophile
J'aime beaucoup ton analyse Raymond,surtout au sujet de de la destruction du temple,j'ai appris quelquechose,n'étant pas spécialiste de l'Egypte antique.
Il me semble aussi que cet album est le dernier à être vraiment sous la patte "Martin".Il ne m'as ni déplu,ni passionné je dois dire.On constate quand même que dans les derniers Alix,on assiste à la fin de personnages que l'on rencontrait au début de la série(Sénoris ici,Horatius dans "le cheval de troie").

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