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76 Re: Je viens de lire le Lun 24 Oct - 10:05

Raymond

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J'ai bien aimé le nouvel album de Patrick Prugne, intitulé Frenchman.



Située dans l'Amérique des pionniers, cette histoire ressemble davantage à une BD historique qu'à un western. Elle ressemble aux romans de Fenimore Cooper, qui évoquent les premiers contacts entre les émigrants européens et les tribus indiennes. L'intrigue se situe en 1803 et raconte les aventures d'un jeune normand qui est enrôlé de force dans l'armée de Napoléon. Il se retrouve stationné en Louisiane et doit s'enfuir pour rester en vie. En compagnie d'un vieux trappeur, il voyage le long du Mississippi et découvre les mystères de cette nature sauvage.



L'histoire est assez classique, mais elle est bien sentie. En fait, le charme principal de l'album provient de son dessin. Patrick Prugne utilise une technique inhabituelle, en mélangeant le dessin au trait (pour les silhouettes qui sont tracées au crayon) et les couleurs directes, qui sont appliquées avec délicatesse grâce à l'aquarelle. Le résultat est particulièrement séduisant.



Je ne vous en raconterai pas plus, car c'est un album à découvrir par le charme de ses images. Ne le manquez pas ! C'est une des bonnes lectures de cet automne. Cool


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77 Re: Je viens de lire le Lun 31 Oct - 14:32

Raymond

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Pendant mon week-end dans le Jura, je n'avais emporté avec moi qu'un seul bouquin  (afin de ne pas être distrait par d'autres envies). C'est un gros pavé que j'ai emprunté à la bibliothèque de Lausanne, intitulé "Trop n'est pas assez", dessiné par Ulli Lust, qui recueille partout des critiques élogieuses, et dont vous avez peut être entendu parler.




Ce livre de 400 pages nous ramène au début des années 60, à l'époque des punks. L'auteur est alors une adolescente qui vit à Vienne et qui traverse une phase de révolte contre ses parents et contre la société. Elle part à l'aventure avec une amie et traverse l'Italie en faisant du stop, en faisant la manche et en dormant n'importe où. Après toute une série de mésaventures avec les "machos" italiens (c'est à vous décourager d'être punk  Very Happy ), elle finit par rentrer chez ses parents pour mettre fin à certaines "galères".

Résumée comme cela, l'intrigue ne parait pas très passionnante et encore moins originale. L'intérêt du livre provient donc d'autre chose, et d'abord de la faculté d'Ulli Lust à créer un ton et un style personnel. Il y a aussi le charme d'une certaine honnêteté, car la dessinatrice ne cache aucun de ces détails peu glorieux qu'on ne raconte généralement pas. Par ailleurs, elle évite le spectaculaire et se garde bien "d'en rajouter" pour corser son histoire. Et puis, il y a le style assez revêche du dessin, un peu "griffé", apparemment peu appliqué, qui ne cherche pas à faire joli mais qui crée à merveille une ambiance juste.



Dessinée dans un style réaliste, cette BD aurait été plate ou vulgaire. Présentée avec un graphisme caricatural, cette histoire s'étoffe et prend de la sève. Le dessin est véritablement une "écriture" et il donne une certaine originalité au récit. C'est un livre que l'on lit (et pas que l'on "regarde") et dont le charme n'est probablement pas transposable dans un autre "média".

Arrivé au bout de ce bouquin, j'étais plutôt content de moi car j'avais un peu peur de l'épaisseur du volume. En fait, je n'avais pas l'impression d'avoir perdu mon temps et je ne me suis pas ennuyé. Bien sûr, c'est de la BD pour adulte, et un livre réservé aux personnes qui aiment les oeuvres honnêtes et "différentes". Ce récit raconte un moment de vie, et il le fait d'une manière à la fois sincère et intelligente. Il permet aussi de découvrir un nouvel "auteur qui compte".

Voilà ! Je n'ai pas de conclusion très intelligente à rajouter ... si ce n'est que même si "Trop n'est pas assez" semble au départ bien rébarbatif, c'est un livre qui vaut la peine d'être lu.  Wink



Dernière édition par Raymond le Dim 13 Déc - 11:22, édité 1 fois


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78 viens de lire le Dim 13 Nov - 18:38

Raymond

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La meilleure BD du week end, ce n'est pas Alix (hélas) ni même le dernier album de Cosey, mais plutôt ce livre surprenant qui est dessiné par un auteur inconnu, intitulé le Carnet de Roger.



Cela vous est-il déjà arrivé d'avoir envie d'explorer le passé de vos grands-parents. Pour ma part, j'en ai rêvé mais ... je n'ai jamais osé y consacrer le moindre effort. Florent Silloray, lui, n'a pas hésité lorsque, peu après la mort de son grand-père, il a retrouvé un carnet de notes relatant la captivité de ce dernier en Allemagne, pendant la guerre de 39-45.

L'album raconte d'abord le voyage (et le travail d'investigations) entrepris par le dessinateur pour retrouver les lieux de captivité de Roger, son grand-père, et cette première partie est présentée comme une BD ordinaire en couleur. Il met aussi en image le carnet journalier de son aïeul, et cette deuxième partie du livre est illustrée au moyen d'une bichromie qui évoque les vieilles photos brunies du passé.



L'histoire racontée est toute simple. Il n'y a pas de coups de théâtre ni le moindre suspense, et le récit a surtout la force authentique de la chose vécue. Le dessin reproduit avec réalisme la vie ordinaire d'un soldat de l'époque, puis son quotidien laborieux lorsqu'il est prisonnier dans un stalag. Comme bien souvent, la réalité est plus passionnante que la fiction.



Bien que son style se distingue par une grande économie de moyens, cet album me semble être une réussite totale. Le récit lui-même nous permet de comprendre pourquoi, car l'intrigue contemporaine montre que ce livre a été réalisé autant de minutie que de patience. Et puis, il y avait à la base du projet de la probité, ainsi que de l'exigence et de l'amour, et tout ceci a permis à l'auteur de trouver la vérité d'une ambiance authentique.

Au final, c'est un album qui est destiné à tout ceux qui apprécient les émotions délicates.  Wink



Dernière édition par Raymond le Dim 13 Déc - 11:25, édité 1 fois


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79 Re: Je viens de lire le Dim 27 Nov - 11:28

Raymond

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Il faut parfois oublier ses habitudes de lecture pour redécouvrir le plaisir d'une bonne BD. C'est exactement ce qui m'est arrivé quand j'ai emprunté à la bibliothèque Atar Gull, le tout nouvel album de Brüno et Nury, par simple curiosité.



Cet album raconte l'itinéraire d'un chef africain au XVIIIème siécle, depuis le moment de sa capture qui le transforme en esclave, jusqu'à la fin de ses jours en Europe, où il a suivi son maître ruiné et malade. C'est aussi l'histoire d'une subtile vengeance, qui permet de critiquer au passage le monde impitoyable des marchands d'esclaves, la férocité des pirates de l'Atlantique et les exactions des planteurs du Nouveau Monde. Je préfère ne pas dévoiler ici les détails de cette histoire qui a l'ampleur d'un grand roman historique et la vigueur d'un bon récit d'aventures.



Illustrée d'une manière réaliste, cette histoire serait peut être restée anecdotique mais ... dessinée dans un style assez "ligne claire" (comme tous les albums de Brüno), elle acquiert du style et de l'ironie. Le dessin de la BD est aussi "une écriture", on ne le dit jamais assez, et le trait caricatural d'Atar Gull donne au conteur de cette aventure sanglante un peu de légèreté et de distance.



L'intention politique de cet album est assez évidente, mais elle est racontée de façon subtile. Elle rejoint paradoxalement le message qui était donné par la Case de l'Oncle Tom, même si le style caustique d'Atar Gull semble placer cette BD à des années-lumières des idées bien pensantes d'Harriet Beecher-Stowe. Derrière son apparence cruelle et mordante, cet album exprime tout de même un message humaniste.

Remarquons au passage que cet album a été sélectionné par les critiques de l'ACBD (c'est d'ailleurs pour cela que j'y ai prêté attention à la bibliothèque). Parfois, il faut tout de même leur faire confiance.  Wink



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80 Re: Je viens de lire le Dim 11 Déc - 19:42

Raymond

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Il faut tout de même parler ici du "pavé de la rentrée", du "chef d'oeuvre annoncé à l'avance", de l'intimidante nouveauté publiée par Casterman, bref ... de Habibi, le "BD roman fleuve" imaginé et dessiné par Craig Thompson.



J'avais adoré Blankets, l'oeuvre précédente du même auteur, mais ... j'ai tout de même eu peur devant l'épaisseur du bouquin. Que raconte t-il d'ailleurs. Il y a tout d'abord une étrange histoire d'amour entre deux enfants qui survivent ensemble dans le désert, dans des conditions plutôt humiliantes, et qui grandissent séparément (dans des conditions sordides) avant de se retrouver à l'âge adulte, marqués par la vie mais néanmoins liés par une affection sincère et définitive. Cette idylle improbable de Zam (ou Habibi, c'est à dire le "bien aimé") et Dodola est par ailleurs racontée d'une manière légèrement désordonnée, "par vagues" pourrait-on dire. D'autres histoires interfèrent avec l'intrigue principale et l'ensemble n'est pas toujours facile à apréhender. Il faut en fait "tourner" beaucoup de pages avant de comprendre où l'auteur veut en venir.  Wink



De plus, le livre ne propose pas que cette petite histoire d'amour ! En bon américain respectueux de son lecteur, Craig Thompson a décidé de nous en "donner pour notre argent" et, comme l'album fait près de 650 pages, il s'est appliqué à étoffer son contenu. Dans cete idée, Habibi est aussi un livre destiné à nous faire découvrir la culture orientale et le monde de l'islam. Dodola, l'héroine de l'histoire, devient donc une conteuse inspirée qui, telle Shéhérazade, raconte à Zam, puis à un calife, de vieilles sourates, ainsi que des histoires de la Bible et du Coran. Elle se retrouve par ailleurs prisonnière d'un harem et le récit principal adopte alors le thème d'un véritable conte des Mille et une Nuits.



De plus, comme vous pouvez le voir dans l'image ci-dessus, le traitement graphique de chaque page est très étudié. Craig Thompson insère volontiers des motifs décoratifs du Moyen-Orient au milieu d'autres pages à la structure "normale". Il alterne d'ailleurs avec habileté des styles très différents et leur confrontation donne au livre une dimension polyphonique. Des pages entières deviennent des imitations d'oeuvres illustrées coraniques et la calligraphie arabe elle-même est parfois utilisée comme un élément de décoration.



Pour couronner tout cela (pour le cas où le lecteur aurait malgré tout bien compris  Wink  ), cette BD multiplie les images symboliques, les citations de sourates et les évocations du mysticisme musulman. Par moments, on pourrait croire que l'auteur cherche à nous enseigner une certaine sagesse sacrée.

Bref, tout cela est remarquable et bien impressionnant mais ... je n'arrive pas à oublier mon sens critique. Et je me pose la question fatidique : tout cela est-il bien pertinent ? Craig Thompson a t-il vraiment bien compris tout ce qu'il expose. Noyé au milieu de cette abondance (d'images, de récits, de citations et de références) bien américaine, je reste tout de même perplexe sur la finalité d'une telle accumulation (qui est admirable, certes). L'auteur me fait penser à une espèce de prestidigitateur qui multiplie les déclarations et les effets visuels afin de mieux impressionner son public. Attention, ne vous méprenez pas sur ce que je veux dire. Ce livre est certainement très réfléchi, et cultivé, et intelligent. Mais est-il vraiment authentique, ou plutôt, est-il "bien senti" ?



J'en resterai aujourd'hui sur cette question, car ce pavé résiste à toute synthèse et défie toute les tentatives de simplification ! Au final, voilà un curieux livre, donc, qui impressionne le lecteur, certes, mais qui délivre peu d'émotions, même s'il raconte une histoire plutôt dramatique. Pourrait-on le qualifier avec cette vieille citation : "qui trop embrasse mal étreint" ?



Dernière édition par Raymond le Dim 13 Déc - 11:34, édité 1 fois


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81 Re: Je viens de lire le Sam 7 Jan - 12:54

Raymond

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Il faut que je vous parle de la première "claque" de l'année, ressentie lors de la lecture de la "Grande Guerre de Charlie". C'est une BD anglaise des années 80, scénarisée par Pat Mills et dessinée par Joe Colquhoun, qui vient d'être traduite par les éditions "ça et là".



Je dois commencer par un aveu. J'avais déjà entrevu Charley's War au début des années 80, lors de vacances que j'avais passées en Angleterre. Je m'étais alors intéressé aux BD qui paraissaient en kiosque et j'avais découvert des journaux qui s'intitulaient "2000 AD" ou "Battle Picture Weekly". J'avais plutôt été dégoûté par ces hebdomadaire mal imprimés (en noir et blanc), dont les BD de guerre ou de super-flics regorgeaient de scènes de violence. La série vedette était "Juge Dredd", et elle était entourée d'autres séries dont les images étaient tout aussi dégoulinantes d'horreurs et de bagarres.



Présentée maintenant en album, "Charley's War" a une toute autre allure. C'est une BD historique fort bien réalisée, qui raconte la bataille de la Somme en 1916, vue par le simple soldat anglais. Cette bataille a été une boucherie épouvantable, un peu comparable à celle de Verdun pour les français, et Pat Mills nous la présente sans aucune concession. Le récit est violent, bien sûr, mais sans glorification de l'héroïsme ou de l'armée. Le scénariste est fondamentalement antimilitariste et l'album diffuse un message assez comparable à celui de "C'était la Guerre des Tranchées", le chef d'oeuvre de Tardi.



Charlie Bourne est le personnage principal de la série. C'est un jeune anglais assez simple d'esprit, qui envisage toujours les choses avec optimisme et bonne volonté, même dans les pires situations. Il écrit régulièrement à ses parents en essayant de leur donner de bonnes nouvelles, tandis qu'il essaie désespérément de survivre au milieu d'un univers de boue, de bombes et de gaz toxiques. La mort est omniprésente mais il ne semble pas s'en rendre compte. La seule chose qui semble semble l'émouvoir, ce sont les chevaux dont il ne supporte pas les mauvrais traitement qu'on leur inflige.

L'innocence des lettres de Charlie représente un intelligent contrepoint à la violence et l'horreur qui imprègnent l'ensemble du récit. Cette horreur n'a été malheureusement que trop réelle, et elle a d'ailleurs bien été décrite dans quelques oeuvres célèbres (Le feu de Barbusse ou les Croix de Bois de Dorgelès) qui ont dénoncé l'absurdité de la Guerre de 14-18.

Bref, la Grande Guerre de Charlie est un petit chef d'oeuvre. La BD était déjà célèbre en Angleterre et je ne doute pas que ce sera bientôt le cas en France. Les amateurs de BD historique ne peuvent que s'y intéresser.  Wink



Dernière édition par Raymond le Dim 27 Déc - 14:41, édité 1 fois


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82 Re: Je viens de lire le Dim 15 Jan - 10:23

Raymond

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On parle beaucoup dans certains blogs de l'Art de voler et je me suis donc laissé tenter. C'est une BD espagnole qui raconte la vie du père du scénariste Antonio Altarriba. Elle est dessinée par Kim, un dessinateur satirique assez influencé par le mouvement underground, qui est peu connu chez nous.



De quoi parle cette histoire ? Eh bien, précisons d'emblée que ce titre ne concerne pas le "vol à la tire", mais plutôt le "vol dans les airs". Tout commence en effet avec l'image d'un vieil homme de 90 ans qui est hébergé dans un home. Il veut en finir avec la vie et décide de se jeter par la fenêtre. Avec un tel scénario, le récit pourrait être bien sordide, mais le scénariste essaie de sublimer ce moment et décide de montrer combien cette défenestration est l'aboutissement logique de toute une vie. "Voler" devient donc un art, somme toute comparable à l'art de vivre.



Et tandis que le vieil homme tombe du quatrième étage, il se remémore les grands moments de son existence, ce qui permet de raconter toute l'histoire de l'Espagne au XXème siècle. Cela commence avec une enfance pauvre dans une famille agricole, puis cela continue avec la Guerre Civile, le héros du livre prenant parti pour les républicains. Le personnage doit lutter pour sa survie, et il part en exil après la défaite, pour vivre dans un camp de réfugiés au sud de la France. Il se cache pendant la Deuxième Guerre Mondiale, avant de rejoindre la Résistance, puis il essaie après la guerre de vivre en France de son travail, sans grand succès. La vie devenant trop dure, il se résigne à rentrer dans son pays et à se soumettre au gouvernement de Franco.



Ayant abandonné toute illusion, le personnage se marie et fonde une famille, mais il est désenchanté et son mariage tourne mal. Le mérite du scénariste, c'est qu'il ne cherche pas à embellir la biographie de son père. Il rend toutefois hommage à son courage et postule qu'il n'a jamais oublié ses idéaux libertaires.



Le récit de cette vie humble, qui est racontée avec bienveillance, est assez prenant et on peut comprendre pourquoi ce livre a connu un grand succès en Espagne. Il a remporté plusieurs prix, dont le "Premio Nacional de Comic", et il arrive chez nous tout auréolé de son succès. Il devrait certainement plaire à tout ceux qui pensent que la BD est d'abord un merveilleux moyen de découvrir la vie et les rêves des autres.



Dernière édition par Raymond le Dim 27 Déc - 14:36, édité 1 fois


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83 paul par Michel Rabagliati le Sam 28 Jan - 19:21

Raymond

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Raymond a écrit:Connaissez-vous Bastien Vives ? D'après le marketting qui entoure Polina, son dernier album qui vient de paraître, il fait partie de ceux qui ont "la grâce". A première vue, ce mot parait bien présomptueux mais ... en y réfléchissant, il n'est pas si mal choisi. Si ce terme désigne les dessinateurs dont le talent et le style séduisent le public avec des histoires féminines, alors oui ! L'oeuvre de Bastien Vives est remplie par la grâce.



Spécialiste des récits anecdotiques et sensuels, qui s'attardent sur les rencontres amoureuses (Dans mes yeux) ou la fréquentation assidue des piscines (le Goût du Chlore), Bastien Vives nous propose ici pour la première fois un récit au long cours, à la fois lucide et documenté. Il raconte la lente ascension sociale de Polina, une petite fille russe (au début de l'album) qui passe son adolescence dans une école de danse et qui finit par devenir une artiste confirmée. Cette intrigue permet au dessinateur de multiplier les scènes de ballet. A le voir dessiner sous tous les angles les corps souples et gracieux des jeunes danseuses, on pressent qu'il dû y prendre beaucoup de plaisir.



Comme dans ses précédents livres, le dessin rapide de Vives saisit à merveille le mouvement des corps et l'ambiguité des ambiances. Procédant par accumulation de petites scènes significatives, et sans se soucier d'établir une chronologie précise, le narrateur nous fait découvrir les doutes, les enthousiasmes et les errances d'une jeune danseuse qui cherche sa voie. La présentation des personnages est souvent sommaire et les dialogues sont parfois assez brefs. En fait, pour comprendre le récit, il faut d'abord regarder le dessin.



Vous l'avez peut être compris en regardant ces images, Polina est un livre qui procède par la séduction. Que ce soit grâce à ses souples danseuses, ou à la simplicité apparente de son dessin, cette BD est éclatante de spontanéité. Le scénario progresse rapidement, sur un tempo aussi vif que celui de Polina, puis le récit fait de petits sauts dans le temps, avant de se conclure avec l'ultime rencontre de la danseuse et de son vieux professeur. Ce dernier finit pas enlever ses lunettes, et il regarde tendrement son ancienne élève. Leur conversation parait alors banale, mais elle est imprégnée d'une émotion convainquante, comme l'est d'ailleurs le récit tout entier.

Comment un jeune dessinateur peut-il parvenir de nos jours (en période de pléthore) à conquérir le grand public ? Comment est-il possible d'affirmer un style original sans bénéficier de la publicité d'un journal ou d'un grand éditeur. Il faut être en phase avec son époque, bien sûr, et puis avoir un talent fou, c'est évidemment nécessaire, mais ils sont tout de même nombreux, les artistes qui possèdent ce genre de qualité. En fait, il faut avoir en plus cette capacité de séduction qui caractérise les plus grands. Et c'est ainsi que, sans tambour ni trompette, en accumulant les albums pleins de charme, Bastien Vives prend peu à peu sa place parmi les vedettes du 9ème Art. Quand on vous disait qu'il a la grâce. Wink

Cet après-midi, j'ai retrouvé cet album de Bastien Vives bien en vue à la FNAC, sur tous les rayons.

Plus de 6 mois après sa sortie ... je me suis interrogé confused

J'en ai rapidement déduit que Polina avait dû remporter un prix. sunny

Eh bien, il s'agit du prix ACBD, décerné par les journalistes.

http://www.actuabd.com/+Angouleme-2012-Via-le-prix-ACBD+

Un petit encouragement de plus à le découvrir ! Wink


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84 Re: Je viens de lire le Sam 28 Jan - 19:30

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Pour ma part je viens de lire ces jours-ci la série Mission Kimono et je recommande particulièrement "La nuit du Caracal" qui est vraiment un excellent album Very Happy

85 Re: Je viens de lire le Sam 28 Jan - 19:49

Raymond

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Admin
C'est une histoire en 1 album, ou faut-il lire d'autres épisodes avant ?


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86 Re: Je viens de lire le Sam 28 Jan - 19:56

Pierre

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vieux sage
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Raymond a écrit:C'est une histoire en 1 album, ou faut-il lire d'autres épisodes avant ?

c'est le 6ème album du cycle 3 de Mission Kimono mais en fait on peut lire l'album précédent "Pour Sadia" et le Caracal est la conclusion de l'histoire

http://www.jybaventures.com/bd_kim3.htm#titre10

Il y a même un clin d'oeil à Buck Danny dans l'album

87 Re: Je viens de lire le Lun 19 Mar - 17:28

Raymond

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Ce week-end, je me suis laissé tenter par le "mainstream". J'ai donc acheté Asgard tome 1, la nouvelle oeuvre du tandem Ralph Meyer et Xavier Dorrison, pour laquelle les libraires (et les journaux) font une "monstre pub".



La lecture de cette histoire est plaisante. Le récit a un bon rythme, à défaut d'avoir des idées originales, et le dessin de Ralph Meyer est excellent, à la fois dynamique et lisible. Comme ce n'est que le premier album d'un dyptique, on ne peut pas émettre une opinion définitive, mais c'est tout même une lecture que je peux recommander ... à tout ceux qui aiment les vikings et la BD médiévale, bien entendu. Wink


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88 Re: Je viens de lire le Mar 20 Mar - 10:50

Raymond

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ActuaBD consacre un article détaillé à Asgard et à ses auteurs :

http://www.actuabd.com/Ralph-Meyer-Xavier-Dorison-Dans


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89 Re: Je viens de lire le Lun 9 Avr - 13:52

Raymond

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La lecture de la semaine est un livre que personne n'attendais. Il s'intitule "Deuxième génération" et est dessiné par Michel Kichka. L'auteur est un juif né en Belgique, qui connait donc fort bien la BD, et qui est parti vivre à Jérusalem où il travaille comme caricaturiste.



La "deuxième génération", ce sont les enfants des rescapés de la Shoah. Ils vivent avec le poids des souvenirs de leurs parents, et ne peuvent pas vivre normalement leurs révoltes d'enfants ou d'adolescents. Le père de Michel Kichka est en fait une sorte de tyran psychologique. Malgré son apparence effacée et sa silhouette souffreteuse, ce dernier écrase impitoyablement ses enfants (et la plupart de leurs moments de vie) par le poids et la gravité de ses souvenirs.



Face à un tel père, tout dialogue et toute révolte deviennent impossibles. Les enfants sont écrasés par les souvenirs paternels et lorsque l'un d'entre eux se suicide, c'est encore l'histoire de la shoah qui envahit la soirée de la "shiva" (la shiva étant une sorte de veillée que les juifs consacrent normalement à parler de celui qui est mort).



Le sous-titre de "Deuxième génération" est "Ce que je n'ai pas dit à mon père", et cette formule représente un excellent résumé du livre. On peut d'ailleurs voir cet album comme une forme de psychothérapie, ou plutôt comme une manière de se libérer d'une oppression paternelle devenue insupportable. Pour le lecteur occidental moyen, par contre, ce livre permet de découvrir le piège que peut devenir la Shoah, lorsque tous les événements de vie sont comparés ou mesurés par rapport à ce drame.

Il n'y a pas beaucoup d'humour dans Deuxième génération, car le sujet est trop sérieux, mais c'est tout de même un livre qui pétille d'intelligence. L'auteur expose en effet avec simplicité et avec force quelques vérités qui sont bien délicates à exprimer. Je ne sais pas s'il arrivera à faire lire un jour ce livre à son père, mais il a réussi un tour de force admirable. Ce conflit larvé me parait en effet exemplaire, et dessiné sous la forme d'une BD, le résultat n'est pas loin du petit chef d'oeuvre.

Pour conclure, je dirai que Michel Kichka peut à juste titre proposer cette histoire bien singulière au grand public. Son livre ressemble certes à un règlement de compte familial, mais ce qu'il raconte possède la force de la vérité. Et puis, chaque expérience est unique, et recèle quelque chose à nous apprendre. Et enfin, quand on y pense, ce que Michel Kichka a vécu est tout aussi triste, et a tout autant d'importance que la Shoah elle-même.



Dernière édition par Raymond le Dim 27 Déc - 14:25, édité 1 fois


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90 Re: Je viens de lire le Lun 9 Avr - 14:17

Raymond

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En passant, signalons que Kichka a été interviewé par ActuaBD.

http://www.actuabd.com/Michel-Kichka-Deuxieme-Generation

Il a également été filmé en 2008, à l'occasion d'une exposition parisienne.

http://www.lexpress.fr/culture/kichka-dessiner-peut-etre-une-therapie_725923.html


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91 Re: Je viens de lire le Dim 29 Avr - 14:34

Raymond

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Il y a des livres que l'on découvre avec retard, en raison du hasard des traductions. En effet, cela fait de nombreuses années que Robert Sikoryak se livre à la parodie graphique et au détournement d'oeuvres célèbres dans des revues telles que Raw, le New Yorker ou Drawn & Quarterly, mais ce n'est qu'au début de l'année 2012 que le public francophone peut enfin découvrir son oeuvre caustique et jubilatoire. On la trouve dans un album intitulé Masterpiece Comics.



Lorsque l'on parle de parodie et de détournement, on pense tout de suite à celles de MAD, ou à l'oeuvre de Gotlib, mais le travail de Sikoryak va encore plus loin que ses illustres prédécesseurs. Plutôt que de simplement parodier un thème ou un personnage, il reprend l'histoire d'une oeuvre classique de la littérature pour la raconter à la manière d'un vieux comic strip ou d'un vieux comic book bien connu. C'est ainsi que le récit d'Adam et Eve dans la Genèse (premier livre de la Bible) est dessiné et raconté à la manière des gags de Blondie. Plutôt que de se livrer à une longue explication, un petit extrait vous permettra mieux de comprendre comment l'histoire se présente.



En fait, les BD de Sikoryak ne sont pas de simples parodies, même si l'imitation (d'ailleurs parfaite) du style graphique de séries célèbres procède bien d'une telle logique. L'auteur se livre en plus à une véritable réécriture d'oeuvres littéraires classiques, telles que Crime et Châtiment de Dostoïesvki, les Hauts de Hurlevent d'Emily Bronte ou l'Etranger d'Albert Camus, dont les récits sont repris d'une manière assez fidèle. La parodie se déroule ainsi dans un double sens, car le fait de transformer un roman de Dostoïevski en une histoire de Batman permet de détourner (et pasticher) les deux récits à la fois.



La réussite de cet album provient du fait que les parodies ne sont pas vraiment réalisées au hasard. Sikoryak sait à merveille découvrir d'étonnantes connivences entre certains classiques de la littérature et les BD américaines modernes. C'est ainsi, par exemple, que les récits d'horreur des EC Comics pouvaient présenter pour le public du XXème siècle la même fascination morbide que les Hauts de Hurlevent avaient pour les lecteurs du XIXème siècle. Le croisement entre les deux oeuvres découle ainsi de ces étonnantes ressemblances, et même s'il y a un véritable téléscopage entre deux ouvrages aux styles bien différents, le résultat se révèle plein de sens et de bon goût.



Il existe bien peu de BD qui soient allées si loin dans le travestissement. On peut bien sûr évoquer les Exercices de style de Matt Maden, mais bien qu'elle soit réussie, l'inspiration de ce livre est assez classique (elle reprend simplement en BD les fameux "Exercices de Style" de Raymond Queneau). Avec Masterpiece Comics, Robert Sikoryak se livre à un exercice plus complexe. Ses BD sont à la fois un hommage (on sent qu'il apprécie et qu'il a bien compris les modèles) et un pastiche d'oeuvres graphiques et littéraires célèbres. Le résultat est non seulement jubilatoire, mais il démontre une fois de plus les possibilités infinies de création que peut offrir la bande dessinée.



Dernière édition par Raymond le Mar 19 Mai - 11:36, édité 1 fois


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92 Re: Je viens de lire le Dim 29 Avr - 14:43

Raymond

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En recherchant sur le Web, je remarque que quelques sites généralistes ont déjà "chroniqué" cet album. Il y a par exemple Du9 :

http://www.du9.org/chronique/masterpiece-comics/

Mais aussi BDZoom :

http://bdzoom.com/45769/comic-books/%C2%AB-masterpiece-comics-%C2%BB-par-robert-sikoryak/

De plus, Robert Sikoryak a été interviewé par ActuaBD. Vous pourrez donc tout savoir sur lui. Wink

http://www.actuabd.com/Robert-Sikoryak-auteur-de


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93 Re: Je viens de lire le Dim 17 Juin - 14:26

Raymond

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Ces derniers temps, j'ai de la peine à trouver quelque chose de nouveau. Certes, les rayons des librairies sont recouverts de beaux albums, mais ce sont souvent des imitations de divers genres, qui me laissent plutôt indifférent. Que ce soit les BD à vocation comique, les sombres polars ennuyeux, la SF spatiale et convenue, l'heroic fantasy traditionnelle ou les albums qui imitent les indépendants, il me semble que la bande dessinée tourne en rond. Les grands auteurs sont presque tous partis, et la BD manque de créateurs.

Mais de temps en temps, il y a des livres hors norme, difficiles à classer, et ils me tentent immédiatement. Cela a été le cas pour L'invention du vide, le nouvel album de Nicolas Debon



Cette couverture verticale, à elle seule, crée déjà une impression vertigineuse, et elle m'a séduit. Il faut dire que je suis un vieux lecteur des livres de Lionel Terray et Gaston Rebuffat, et que j'aime bien les récits de montagne. Je n'ai pas fait de grandes ascensions au cours de ma vie, et je me suis contenté de faire de la "montagne à vaches", comme le disent dédaigneusement quelques parisiens. Je n'ai fait que marcher, mais j'admire d'autant plus ces hommes qui mettent leur vie en jeu, et qui affrontent avec la seule force de leurs doigts les lisses parois alpines. C'est à cette race qu'appartiennent Frederick Mummery et Alexander Burgener, les deux héros de l'Invention du vide.



L'auteur raconte une histoire vraie. En 1881, Mummery, Burgener et Venetz réussissent la première ascension de l'aiguille du Grépon, un sommet particuièrement difficile dans la région de Chamonix. Nicolas Debon nous raconte toute cette expédition avec minutie et précision, en s'inspirant du propre récit de Mummery pubblié en 1895. Page après page, il nous présente leurs préparatifs, leur marche d'approche, les premières difficultés et leurs hésitations. L'auteur a certainement fait beaucoup de montagne, car il semble porté par son sujet. Certaines cases sont proches de la poésie.



La manière graphique est tout aussi séduisante que le choix du sujet. A grands coups de pinceau et en couleurs directes, le dessinateur nous restitue avec justesse cet univers rugueux (et dangereux) que peut être de la haute montagne. La mise en page est agréable et se caractérise par sa grande économie d'effets. L'image est mise au service du récit et le lecteur a vraiment l'impression d'accompagner les alpinistes au cours de leur périlleuse ascension.



Avec la simplicité de son récit et de son dessin austère, cette BD contraste avec la production courante qui privilégie les effets graphiques. Elle m'a permis de retrouver une certaine ambiance que j'ai connue pendant mon enfance (mes deux oncles étaient des alpinistes passionnés) et elle séduit grâce à son authenticité. Nicolas Debon n'est pas encore connu, mais il est devenu un auteur à suivre.



Dernière édition par Raymond le Mar 19 Mai - 11:32, édité 2 fois


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94 Re: Je viens de lire le Dim 17 Juin - 14:37

Raymond

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En me promenant sur le Web, je me rends compte que les critiques de cet album sont partout positives sur le Web.

En voici quelques exemples, avec d'abord Actua BD :

http://www.actuabd.com/L-Invention-du-vide-Par-Nicolas

Et puis Sceneario.com :

http://www.sceneario.com/bd_17835_invention_du_vide_(l_).html#Séquence_1

Et enfin Planètebd !

http://www.planetebd.com/bd/dargaud/l-invention-du-vide/-/16298.html


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95 Re: Je viens de lire le Dim 22 Juil - 13:44

Raymond

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Pendant les vacances, j'ai essayé de "rattraper le retard", en me consacrant surtout aux suites des séries classiques (que j'ai rarement le temps de lire). C'est ainsi que je me suis intéressé au tome 7 de la Complainte des Landes perdues, intitulé la Fée Sanctus.



Comme ça faisait un bon moment que je ne suivais plus la "Complainte", j'ai dû bien sûr me "farcir" les tomes 5 et 6 pour mieux comprendre l'album actuel.  Wink

C'est avant tout une histoire d'Heroic Fantasy assez classique. Le scénario de Dufaux est bien construit, même si on a de temps en temps l'impression de trop bien voir là où il veut en venir. Détail intéressant, j'ai lu récemment une interview du scénariste où il affirme qu'il veut plutôt raconter une sorte de drame shakespearien. Pour le moment, cet aspect n'est pas évident.

Cette saga propose sinon une suite d'aventures remplies de fées, de preux chevaliers et de monstres venus des profondeurs du temps. On pourrait d'ailleurs résumer la saga en la présentant comme une chronique de la lutte entre le bien et le mal, qui se passe dans un pays celtique où les personnages fantastiques sont nombreux.

Le dessin de Philippe Delaby est par ailleurs somptueux, et il est probablement la principale raison du succès de cette série.

Comme l'histoire n'est pas terminée, il est difficile d'émettre une opinion définitive. Je dirais qu'il s'agit pour l'instant d'un bon feuilleton qui, malheureusement, impose un très long temps d'attente à ses lecteurs entre chaque épisode.   Cool



Dernière édition par Raymond le Dim 27 Déc - 14:09, édité 1 fois


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96 Re: Je viens de lire le Dim 22 Juil - 20:02

Lion de Lisbonne

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Raymond a écrit:Pendant les vacances, j'ai essayé de "rattraper le retard", en me consacrant surtout aux suites des séries classiques (que j'ai rarement le temps de lire). C'est ainsi que je me suis intéressé au tome 7 de la Complainte des Landes perdues, intitulé la Fée Sanctus.



Comme ça faisait un bon moment que je ne suivais plus la "Complainte", j'ai dû bien sûr me "farcir" les tomes 5 et 6 pour mieux comprendre l'album actuel. Wink

C'est avant tout une histoire d'Heroic Fantasy assez classique. Le scénario de Dufaux est bien construit, même si on a de temps en temps l'impression de trop bien voir là où il veut en venir. Détail intéressant, j'ai lu récemment une interview du scénariste où il affirme qu'il veut plutôt raconter une sorte de drame shakespearien. Pour le moment, cet aspect n'est pas évident.

Cette saga propose sinon une suite d'aventures remplies de fées, de preux chevaliers et de monstres venus des profondeurs du temps. On pourrait d'ailleurs résumer la saga en la présentant comme une chronique de la lutte entre le bien et le mal, qui se passe dans un pays celtique où les personnages fantastiques sont nombreux.

Le dessin de Philippe Delaby est par ailleurs somptueux, et il est probablement la principale raison du succès de cette série.

Comme l'histoire n'est pas terminée, il est difficile d'émettre une opinion définitive. Je dirais qu'il s'agit pour l'instant d'un bon feuilleton qui, malheureusement, impose un très long temps d'attente à ses lecteurs entre chaque épisode. Cool
Je suis un fan de cette série, et je suis d'accord avec toi !

97 Re: Je viens de lire le Dim 12 Aoû - 14:40

Raymond

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En 2003, les éditions Vent d'Ouest éditaient un album singulier et intéressant, qui racontait la survenue de la grippe espagnole dans l'île de la Réunion en 1918. Il s'intitulait la Grippe coloniale.



Ce premier tome avait rencontré un certain succès, et il annonçait la sortie prochaine d'un second. L'attente de cette suite a cependant été interminable et, au fil des années, plus personne n'y croyait. Et puis voilà que, 9 ans après, le tome 2 de la Grippe coloniale arrive tout beau et neuf dans les bacs. C'est en soi un petit événement.



Dans le tome 1, on découvrait quatre soldats qui ont survécu à la Grande Guerre et qui rentrent dans leur pays, à savoir l'île de la Réunion. Il sont heureux d'être en vie, mais également meurtris par leurs expériences militaires et désabusés vis-à-vis de la société.



Ces soldats reviennent de l'Europe où la grippe espagnole fait des centaines de milliers de mort. Ils ramènent malheureusement avec eux le virus et l'épidémie va se propager de façon foudroyante dans l'île de la Réunion. Face à ce germe mortel, aucune protection sociale n'est efficace et la bravoure n'est plus de mise. Tout ceux qui le peuvent essaient d'abord de prendre la fuite, mais ce sera en vain.



L'histoire de ce livre raconte ainsi la lutte désespérée des hommes contre une épidémie foudroyante. Cette grippe est en fait un véritable cataclysme qui détruit toute l'organisation sociale, et elle révèle la vraie nature des hommes. Ce scénario m'a bien sûr rappelé l'intrigue de la Peste, le fameux roman d'Albert Camus qui montrait d'une manière semblable les efforts de quelques hommes de bonne volonté face à une maladie mortelle. Leurs efforts seront vain car les barrières sociales s'effondrent, et le le monde laisse apparaître une autre réalité.



Cet album doit beaucoup au scénario assez dense d'Apollo, mais le style graphique très grinçant de Huo-Chao-Si se révèle lui aussi à la hauteur de l'événement. On ne le dira jamais assez, le dessin doit être une écriture, et une histoire pareille serait restée assez plate avec des images réalistes. Le trait férocement caricatural du dessinateur souligne l'ironie permanente qui imprègne le scénario, et cet humour stimule presque une lecture à plusieurs niveaux.



Cette suite de la Grippe Coloniale est donc totalement réussie. A la fois drôle et intelligente, cette histoire est réalisée dans un style qui n'imite personne. L'arrivée du deuxième tome donne enfin à l'oeuvre tout son sens, et le dyptique devient d'emblée une des BD majeures de l'année. Moi qui me plaignait de l'absence de nouveauté stimulante ! L'univers de la BD n'avait pas dit son dernier mot. Wink


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98 Re: Je viens de lire le Dim 19 Aoû - 13:56

Raymond

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J'aime bien lire les albums collectifs, même si le thème de départ n'est pas forcément passionnant. Il est en effet intéressant de découvrir comment les dessinateurs (le plus souvent célèbres) se tirent d'affaire en face d'une "figure imposée", à savoir le sujet que l'éditeur leur commande. C'est ainsi que dans le recueil intitulé "Le jour où", les bédéastes doivent se dépêtrer d'une pensée très convenue. Les dessinateurs doivent en effet présenter un des événements majeurs de l'actualité de ces 25 dernières années, sélectionné par France Info.



Dans ce livre, il faut l'admettre, la sélection opérée par France Info n'est pas d'une originalité folle. Que ce soit avec la chute du mur de Berlin en 1989, la mort de Lady Di en 1997, ou l'attentat du World Trade Center du 11 septembre 2001, le choix des événements me fait d'avantage penser au "sensationalisme" de Paris Match qu'à une réflexion éclairée sur l'actualité. Heureusement, la plupart des auteurs n'hésitent pas à prendre de la distance par rapport à ces sujets "bruyants". C'est ainsi que Guy Delisle choisit de se mettre en scène et de raconter quelques anecdotes, alors que le thème qui lui est assigné est le massacre de la place Tien An men en 1989.



Même attitude chez Dupuy et Berberian, qui se sont vus assignés la tâche de raconter la mort de Mitterrand. Plutôt que de raconter les événements avec la docilité d'un journaliste, ils choisissent de mettre en scène leur héros favori, Monsieur Jean, dont le poste de TV vient de tomber en panne. Monsieur Jean ne se préocuppe que de cela, et fait par ailleurs tout son possible pour ignorer la mort de l'ex-président.



Bien sûr, tous les dessinateurs n'adoptent pas la même attitude détachée. C'est ainsi que Joe Sacco traite son sujet (les tortures de prisonniers irakiens par les américains en 2004) avec sa précision et sa quérulence habituelles. Baru, pour sa part, présente l'annulation du Service militaire obligatoire (en juin 2001) avec une simplicité réellement percutante. En fait, les regards (et l'intérêt pour ce genre d'actualité) sont très divers, parfois sérieux, parfois ironiques, et parfois poétiques, et l'ensemble de ces regards compose une belle ambiance. En fait, la somme de tout cela représente assez bien la manière de penser des français au cours des années 2000.



Voilà donc un livre destiné aux adultes, qui ne propose pas d'aventure sensationelle ni de gags retentissants, mais qui vous intéressera par sa diversité et son intelligence. La sélection des auteurs est par ailleurs redoutablement efficace. En choisissant David B, Guy Delisle, Jacques Ferrandez, Blutch, Jean-Claude Denis, Emmanuel Guibert, Etienne Davodeau ou Pascal Rabaté, l'éditeur a volontairement choisi les meilleurs auteurs contemporains. La plupart d'entre eux se tirent d'affaire avec élégance, et ce recueil n'est pas un achat que je regretterai. Cool


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99 Re: Je viens de lire le Mar 21 Aoû - 6:45

Damned

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grand maître
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J'avais entendu parler de ce livre puisque j'écoute "France info", mais je ne m'y étais pas interessé, partant du principe qu'une BD doit raconter 1 histoire et pas se substituer à un journal (ça c'est un avis tout ce qu'il y a de plus personnel)
J'ai trouvé interessant les exemples que tu nous montres, de l'esprit, de l'humour, mais je n'achèterai pas pour autant :
Quans j'achète une BD c'est pour pouvoir la lire , la relire, et la relire encore, avec toujours le même plaisir !
Or cet album peut être plaisant à lire, mais une fois lu, c'est comme un journal: après, on n'y revient plus ......

Raymond Damned

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100 Re: Je viens de lire le Mar 21 Aoû - 7:39

Raymond

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C'est une bonne question : est-ce que je vais relire ce livre ?

A priori, je ne sais pas. Au fond, il y a plusieurs histoires dans cet album que je relirais assez volontiers. Le problème, c'est surtout que ma pile de livres à lire est tellement haute qu'il me reste peu de temps pour relire. Embarassed

Sinon, cette BD documentaire est comparable à un reportage filmé. On peut avoir tout autant de plaisir à la relire qu'une fiction. Rolling Eyes

Il suffit d'aimer ce genre de BD. Wink


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