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176 Re: Je viens de lire le Lun 5 Mai - 19:38

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Une interview de Paco Roca à propos de cet album.  study 


http://www.bodoi.info/paco-roca-espagnol-en-lutte/

177 Re: Je viens de lire le Dim 11 Mai - 17:48

Raymond

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Il n'y avait pas de grande nouveauté en matière de BD, ce week-end. C'était donc le bon moment pour s'attaquer à la suite de la Vie de Mizuki.   Very Happy 



Après un premier tome consacré à l'Enfance, puis un second volume consacré à la Deuxième Guerre Mondiale, cette troisième partie raconte la vie de Mizuki comme auteur de manga. C'est l'occasion pour lui de nous raconter la dureté de la vie pour les mangakas qui, au cours des années 50, ne mangeaient pas toujours à leur faim. C'est aussi l'opportunité de croquer quelques uns de ses célèbres confrères qui ont travaillé pour la revue Garo. C'est ainsi que l'on découvre un portrait hilarant de Sanpei Shirato, l'auteur justement célèbre de Kamui Den.



Mizuki a aussi travaillé avec Yoshiharu Tsuge, l'auteur de l'Homme sans talent (un manga pénible à lire mais très estimé par les critiques). Ce personnage timide nous apparait un peu à l'image de son oeuvre, aussi dépressif qu'original.



Dans ce troisième volume, Mizuki raconte longuement comment s'est faite sa carrière, ainsi que son mariage (arrangé par les parents), ses mésaventures et ses tocades. Le début du livre est plutôt consacré aux soucis d'argent, mais l'auteur se réveille ensuite, et Mizuki nous parle alors de ce qui l'inspire.



On découvre dans ce livre un mélange de rêve et de réalité, qui provient de la passion de Mizuki pour les "yokai", sortes de fantômes qui hantent la vie des japonais. Cet intérêt se révèle dans son oeuvre, avec la création de Kitaro le repoussant, un manga qui est devenu sa série vedette, mais il s'est aussi manifesté dans sa vie entière. C'est ainsi que Mizuki a fait de nombreux voyages dans diverses régions primitives qui pratiquaient des religions animistes, à la recherche de démons ou de fantômes. Il nous raconte ses aventures et ses voyages avec un mélange de sincérité et de dérision.



Il y a tout cela, et bien d'autres choses encore, dans cette Vie de Mizuki, qui nous fait découvrir un auteur attachant et original. Ce livre donne envie de découvrir un peu plus son oeuvre.

En tout cas, Mizuki fait partie des tout grands.

Et voilà ! C'était la BD du week-end !   Very Happy


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178 Re: Je viens de lire le Dim 8 Juin - 17:38

Raymond

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C'était le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, et les émissions se sont multipliées à la TV sur ce sujet. Pour ma part, je me suis surtout intéressé à cette BD qui raconte la bataille d'Omaha Beach. Elle vient de sortir et ses auteurs sont Jean-David Morvan et Dominique Bertail.



Ce petit livre, au format dit "à l'italienne", aborde cette page d'histoire d'une manière originale. Plutôt que de raconter à nouveau les préparatifs et les événements du débarquement lui-même, les auteurs s'intéressent à l'histoire de Robert Capa, le photographe dont les clichés pris pendant la bataille ont pu être admirés par le monde entier. Sa biographie est mal connue, et le fait de se focaliser sur un personnage donne aux scènes de bataille un aspect "vécu" qui les rend plus intéressantes.



Le récit est bien sûr très documenté et il permet de découvrir ce débarquement avec un autre regard que celui de Spielberg. Face à l'horreur du combat, le photographe se borne à essayer de survivre. Et puis, quand il le peut, il prend quelques photos.



S'inspirant manifestement des photos de Robert Capa, le dessin de Bertail se montre précis et évocateur. Le choix de la monochromie (discrètement bleutée) donne à ses images un style sobre. Le dessinateur reste en fait au service du récit.



C'est en fait un joli petit livre, et une BD tout à fait réussie, qui ne se contente pas de paraphraser les films consacrés à ce sujet. C'était aussi la bonne lecture du week-end !   Wink


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179 Re: Je viens de lire le Lun 9 Juin - 10:03

Raymond

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Raymond a écrit:C'était le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, et les émissions se sont multipliées à la TV sur ce sujet. Pour ma part, je me suis surtout intéressé à cette BD qui raconte la bataille d'Omaha Beach. Elle vient de sortir et ses auteurs sont Jean-David Morvan et Dominique Bertail.



Ce petit livre, au format dit "à l'italienne", aborde cette page d'histoire d'une manière originale. Plutôt que de raconter à nouveau les préparatifs et les événements du débarquement lui-même, les auteurs s'intéressent à l'histoire de Robert Capa, le photographe dont les clichés pris pendant la bataille ont pu être admirés par le monde entier. Sa biographie est mal connue, et le fait de se focaliser sur un personnage donne aux scènes de bataille un aspect "vécu" qui les rend plus intéressantes.



Le récit est bien sûr très documenté et il permet de découvrir ce débarquement avec un autre regard que celui de Spielberg. Face à l'horreur du combat, le photographe se borne à essayer de survivre. Et puis, quand il le peut, il prend quelques photos.



S'inspirant manifestement des photos de Robert Capa, le dessin de Bertail se montre précis et évocateur. Le choix de la monochromie (discrètement bleutée) donne à ses images un style sobre. Le dessinateur reste en fait au service du récit.



C'est en fait un joli petit livre, et une BD tout à fait réussie, qui ne se contente pas de paraphraser les films consacrés à ce sujet. C'était aussi la bonne lecture du week-end !   Wink

Actua BD consacre un petit article à "Omaha Beach, 5 juin 1944" !

http://www.actuabd.com/Le-Debarquement-d-Omaha-Beach-dans

Une interview sur le même sujet dans Actua BD!

http://www.actuabd.com/Thierry-Tinlot-Omaha-Beach-le-6


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180 Re: Je viens de lire le Dim 18 Jan - 16:17

Raymond

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J'ai découvert hier en librairie le nouvel album de Nicoby et Aeschimann, consacré à la révolution du journal Pilote. Je me suis bien sûr précipité dessus ! Very Happy



Rappelons que Nicoby avait déjà publié des reportages en BD consacrés au professeur Choron et au dessinateur Fournier, et je les avais beaucoup appréciés. Je m'attendais donc à un nouvel ouvrage de qualité, consacré de plus à un sujet qui me passionne .... mais il et clair que j'en attendais un peu trop !   Neutral

Que s'est-il vraiment passé lors de cette fameuse réunion de mai 68, lorsque Goscinny s'est fait agresser (verbalement bien sûr) par un groupe de dessinateurs contestataires, stimulés par le contexte politique révolutionnaire ? Il existe de nombreux récits divergents, provenant parfois de témoins de l'événement, et malheureusement beaucoup plus souvent d'auteurs qui n'ont fait qu'entendre des récits indirects. Un livre expose à merveille cette diversité d'avis, c'est celui de José-Louis Bocquet intitulé "Goscinny et moi". Il nous révèle une partie de la vérité, tout en laissant certains détails dans l'ombre. Il est probable que nous n'en saurons jamais plus.



Courageusement, Nicoby et Aeschimann ont repris l'enquête à son point de départ, en interviewant six des "témoins" de la révolution interne qu'a connu le journal Pilote après mai 1968. Ces témoins sont des auteurs célèbres : Gotlib, Claire Bretécher, Mandryka, Philippe Druillet, Fred et Giraud. Malheureusement, les souvenirs de ces dessinateurs ne sont pas toujours très vivaces, et de plus, quatre d'entre eux n'ont pas assisté à la fameuse réunion contestataire. Seuls Mandryka et Giraud ont été des acteurs de cet événement, et Jean Giraud est de plus décédé avant de pouvoir rencontrer les deux enquêteurs. Ces derniers n'ont donc recueilli que très peu d'infos.  Rolling Eyes

Un des mérite de ce livre, c'est certainement de ne s'inspirer que des témoignages qui ont pu être recueillis d'une façon directe (pour Giraud, ce n'était qu'un entretien téléphonique). Malheureusement, cette caractéristique est aussi la plus grande faiblesse de l'ouvrage, car les bonnes infos sont peu nombreuses. Les auteurs semblent d'ailleurs se rendre compte que leur propos est un peu léger, car ils multiplient les digressions, ou les gags, afin d'enrichir le contenu du récit. Le livre ne fait d'ailleurs que raconter comment les deux auteurs ont progressé dans leur enquête.



Bien sûr, la "révolution Pilote", ce n'était pas que la rencontre houleuse de mai 68, mais plutôt (et surtout) les changements spectaculaires que Goscinny a instauré dans le fonctionnement du journal. C'est à ce moment-là que la BD a commencé à devenir adulte. Gotlib, Druillet, Giraud/Moebius et quelques autres ont commencé à faire de la "BD d'auteur", plutôt que des feuilletons illustrés, et les pages d'actualités cherchaient vraiment à créer quelque chose de nouveau. Malheureusement, cette première révolution préparait aussi la fin du journal hebdomadaire, car "une fois devenus grands", les dessinateurs n'ont pas hésité à créer leurs propres journaux qui se nommaient l'Echo des Savannes, Métal Hurlant ou Fluide Glacial. Ces nouveaux titres furent un véritable choc pour René Goscinny, et Mandryka expose tout cela avec honnêteté.



Cette "révolution" de la BD est certainement un sujet passionnant, mais le livre de Nicoby et Aeschimann ne parvient que rarement à en disserter avec intelligence. Cette constatation ne résulte pas d'un manque d'idées, mais plutôt d'un concept qui structure (et limite) l'ouvrage en une série de rencontres plus ou moins intéressantes. Les dessinateurs se livrent souvent avec une certaine retenue, et l'intérêt des témoignages s'en ressent. C'est ainsi que Gotlib, un créateur pour lequel j'ai la plus grande admiration, ne semble plus avoir une grande envie de parler de cette époque.



La "Révolution Pilote" est donc un bel ouvrage, mais un tel sujet appelait une recherche sérieuse des bonnes informations. Peut être que des dessinateurs moins célèbres (ou d'autres témoins directs comme Jean-Claude Mézières) auraient apporté un peu plus d'idées intéressantes, et que cette liste de six célébrités reste insuffisante pour faire un bon livre. Cela reste bien sûr une bonne BD, mais elle ne remplacera jamais le livre de témoignages recueillis par José-Louis Bocquet, qui se révèle bien plus intéressant.

Ceci dit, ce n'est pas une raison de ne pas lire la "Révolution Pilote", qui se révèle finalement être un livre plaisant.  Wink


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181 Re: Je viens de lire le Mar 7 Avr - 11:13

Treblig


Double prix Nobel
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Raymond a écrit:J'ai découvert hier en librairie le nouvel album de Nicoby et Aeschimann, consacré à la révolution du journal Pilote. Je me suis bien sûr précipité dessus ! Very Happy



Rappelons que Nicoby avait déjà publié des reportages en BD consacrés au professeur Choron et au dessinateur Fournier, et je les avais beaucoup appréciés. Je m'attendais donc à un nouvel ouvrage de qualité, consacré de plus à un sujet qui me passionne .... mais il et clair que j'en attendais un peu trop !   Neutral

Que s'est-il vraiment passé lors de cette fameuse réunion de mai 68, lorsque Goscinny s'est fait agresser (verbalement bien sûr) par un groupe de dessinateurs contestataires, stimulés par le contexte politique révolutionnaire ? Il existe de nombreux récits divergents, provenant parfois de témoins de l'événement, et malheureusement beaucoup plus souvent d'auteurs qui n'ont fait qu'entendre des récits indirects. Un livre expose à merveille cette diversité d'avis, c'est celui de José-Louis Bocquet intitulé "Goscinny et moi". Il nous révèle une partie de la vérité, tout en laissant certains détails dans l'ombre. Il est probable que nous n'en saurons jamais plus.



Courageusement, Nicoby et Aeschimann ont repris l'enquête à son point de départ, en interviewant six des "témoins" de la révolution interne qu'a connu le journal Pilote après mai 1968. Ces témoins sont des auteurs célèbres : Gotlib, Claire Bretécher, Mandryka, Philippe Druillet, Fred et Giraud. Malheureusement, les souvenirs de ces dessinateurs ne sont pas toujours très vivaces, et de plus, quatre d'entre eux n'ont pas assisté à la fameuse réunion contestataire. Seuls Mandryka et Giraud ont été des acteurs de cet événement, et Jean Giraud est de plus décédé avant de pouvoir rencontrer les deux enquêteurs. Ces derniers n'ont donc recueilli que très peu d'infos.  Rolling Eyes

Un des mérite de ce livre, c'est certainement de ne s'inspirer que des témoignages qui ont pu être recueillis d'une façon directe (pour Giraud, ce n'était qu'un entretien téléphonique). Malheureusement, cette caractéristique est aussi la plus grande faiblesse de l'ouvrage, car les bonnes infos sont peu nombreuses. Les auteurs semblent d'ailleurs se rendre compte que leur propos est un peu léger, car ils multiplient les digressions, ou les gags, afin d'enrichir le contenu du récit. Le livre ne fait d'ailleurs que raconter comment les deux auteurs ont progressé dans leur enquête.



Bien sûr, la "révolution Pilote", ce n'était pas que la rencontre houleuse de mai 68, mais plutôt (et surtout) les changements spectaculaires que Goscinny a instauré dans le fonctionnement du journal. C'est à ce moment-là que la BD a commencé à devenir adulte. Gotlib, Druillet, Giraud/Moebius et quelques autres ont commencé à faire de la "BD d'auteur", plutôt que des feuilletons illustrés, et les pages d'actualités cherchaient vraiment à créer quelque chose de nouveau. Malheureusement, cette première révolution préparait aussi la fin du journal hebdomadaire, car "une fois devenus grands", les dessinateurs n'ont pas hésité à créer leurs propres journaux qui se nommaient l'Echo des Savannes, Métal Hurlant ou Fluide Glacial. Ces nouveaux titres furent un véritable choc pour René Goscinny, et Mandryka expose tout cela avec honnêteté.



Cette "révolution" de la BD est certainement un sujet passionnant, mais le livre de Nicoby et Aeschimann ne parvient que rarement à en disserter avec intelligence. Cette constatation ne résulte pas d'un manque d'idées, mais plutôt d'un concept qui structure (et limite) l'ouvrage en une série de rencontres plus ou moins intéressantes. Les dessinateurs se livrent souvent avec une certaine retenue, et l'intérêt des témoignages s'en ressent. C'est ainsi que Gotlib, un créateur pour lequel j'ai la plus grande admiration, ne semble plus avoir une grande envie de parler de cette époque.



La "Révolution Pilote" est donc un bel ouvrage, mais un tel sujet appelait une recherche sérieuse des bonnes informations. Peut être que des dessinateurs moins célèbres (ou d'autres témoins directs comme Jean-Claude Mézières) auraient apporté un peu plus d'idées intéressantes, et que cette liste de six célébrités reste insuffisante pour faire un bon livre. Cela reste bien sûr une bonne BD, mais elle ne remplacera jamais le livre de témoignages recueillis par José-Louis Bocquet, qui se révèle bien plus intéressant.

Ceci dit, ce n'est pas une raison de ne pas lire la "Révolution Pilote", qui se révèle finalement être un livre plaisant.  Wink

Les auteurs en parlent ici .

182 Re: Je viens de lire le Dim 12 Avr - 15:47

Raymond

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De Scott McCloud, on ne connaissait jusqu'ici que son génial album théorique sur la BD (l'Art Invisible), et  il était donc difficile de se faire une idée sur son oeuvre propre. On savait qu'il avait dessiné des histoires de super-héros mais ...  rien de plus. La sortie en français de son premier "graphic novel", intitulé "le sculpteur", était donc un événement que la critique et les fans de l'auteur ne devaient pas rater.



On se demandait bien sûr d'abord à quel style de BD ce théoricien hors pair allait se consacrer. Serait-ce vers une fiction légèrement infantile ou romantique (et pour tout âge), ou vers un thème plus réaliste et adulte, éventuellement analytique ou autobiographique. Son roman est maintenant arrivé sur les rayons des librairies, et nous découvrons un volumineux pavé de presque 500 pages, sobre et élégant, dessiné dans un style économe et orné d'une délicate bichromie bleutée. Le contenu est fictionnel (c'est l'histoire d'un sculpteur qui veut à tout prix faire carrière) mais McCloud nous avait déjà prévenu qu'un graphisme abstrait ou caricatural était toujours propice à la réflexion. Le trait est plutôt proche de la caricature et on peut en déduire cette romance sur l'art a bien l'ambition d'être un peu plus qu'un simple divertissement.



Le "pitch" est assez simple. David Smith, jeune sculpteur vivant à New-York, se voit proposer un pacte "faustien" qui devrait lui permettre de réaliser son rêve d'enfance : sculpter ce qu'il souhaite à mains nues. En échange de ce don surnaturel, il accepte de n'avoir plus que 200 jours à vivre, délai en principe suffisant pour élaborer une oeuvre durable et étincelante. Il se lance aussitôt avec ivresse dans la création de sculptures spectaculaires.



Mais tout comme Faust, David Smith rencontre un obstacle qu'il n'avait pas prévu : il tombe amoureux. Et ainsi, tandis que sa carrière de sculpteur prend son élan, ses raisons de vivre (et de mourir) se transforment complètement. Que signifie finalement le mot "réussir" ?



A l'évidence, cette histoire de "super-sculpteur" (on n'est pas loin du super-héros Wink ) cache une méditation sur l'art et les aléas d'une carrière d'artiste, mais Scott McCloud peaufine en premier lieu son récit. David Smith passe donc par les différentes étapes qui mènent à la célébrité, et l'auteur ne se prive pas d'égratigner au passage le rôle des critiques. Il découvre par ailleurs les mystères des relations sentimentales, et l'accélération des événements va l'amener à découvrir certaines vérités.



Construite en partie comme un thriller, l'intrigue entretient un savant suspense. David Smith sera t-il sauvé ou condamné, comme l'avait été Faust? Il faut arriver au bout des 500 pages pour le savoir et, il faut bien l'admettre, c'est par moments un peu long. La conclusion est toutefois somptueuse, et finalement ... on sait pas qui sont les vainqueurs ou les vaincus. Cette interrogation finale (artistique et philosophique) n'est au fond pas décevante.

Avec ce roman, Scott McCloud a en fait réussi son examen de scénariste efficace et il publie ce qui semble être un futur "classique" de la BD. Il me parait en effet probable que l'on reparlera souvent de ce "Sculpteur", qui traverse toutes les épreuves d'une vie d'artiste, et qui s'interroge sur le sens de ses choix. C'est en tout cas un beau livre à lire, et aussi un des albums de l'année.  Wink


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183 Re: Je viens de lire le Lun 13 Avr - 10:54

Raymond

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Diverses analyses et critiques sur le Web font déjà l'éloge du "Sculpteur". Nul doute qu'il y en aura bientôt beaucoup d'autres.   Very Happy

http://www.liberation.fr/culture/2015/03/24/scott-mccloud-impression-faust_1227553

https://www.actualitte.com/interviews/scott-mccloud-je-voulais-faire-le-sculpteur-tout-seul-tout-maitriser-2288.htm

http://www.planetebd.com/comics/rue-de-sevres/le-sculpteur/-/25582.html

http://www.actuabd.com/Le-Sculpteur-Scott-McCloud

http://www.auracan.com/albums/2194-le-sculpteur-par-scott-mc-cloud.html

http://bdzoom.com/85293/bd-de-la-semaine/%C2%AB%C2%A0le-sculpteur%C2%A0%C2%BB-par-scott-mccloud/

http://www.senscritique.com/bd/Le_Sculpteur/critique/49536644


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184 Re: Je viens de lire le Dim 17 Mai - 19:17

Raymond

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Admin
Il y a un mot dont j'ai toujours de la peine à me rappeler : celui qui désigne un texte dont l'ordre des lettres reste toujours le même, quelque soit le sens de la lecture (depuis la gauche ou depuis la droite). On appelle cela un "palindrome", et cela peut être un mot simple (comme par exemple "kayak") aussi bien qu'une phrase entière (comme par exemple "Esope reste ici et se repose"). Cela peut aussi être une oeuvre, et c'est ainsi par exemple que l'album de BD Nogegon de François Schuiten est un palindrome dessiné, mais ... ne commençons pas à parler de cet auteur. On n'en finirait pas.  Wink

Tout ceci pour dire qu'il est apparu cette année un nouveau palindrome prenant la forme d'une bande dessinée. C'est un diptyque qui s'intitule la Vierge et la Putain, et qui a été créé par Nicolas Juncker. Ce sont en fait deux petits albums de BD regroupés dans un coffret, qui sont construits d'une manière parfaitement symétrique, et qui sont édités par Treizeétrange.



La vierge, c'est la reine d'Angleterre Elisabeth II "Tudor", la fille du roi Henri VIII que l'on a effectivement surnommé la "reine vierge". La putain, c'est sa cousine Marie Stuart, reine très catholique d'Ecosse et grande rivale d'Elisabeth (qui appartenait au camp de la Réforme). L'une (Mary Stuart) était belle, brillante et amoureuse, tandis que l'autre (Elisabeth II) était froide, sage et calculatrice. Ces deux reines se sont affrontées pendant toute leur vie, et elles ont en fait connu des destinées totalement inverses.

Née reine d'Ecosse, Mary Stuart devient à 16 ans aussi reine de France, par mariage. Elle est alors éblouissante et règne avec grâce sur toute la cour. C'est ainsi que commence son histoire, et voici comment se présente la page 2 de l'album "Mary Stuart".



Elisabeth II, pour sa part, est considérée au départ comme une bâtarde (sa mère ayant été décapitée). Elle passe une partie de sa jeunesse quasi emprisonnée, et ce n'est qu'après les décès de son frère Edward et de sa sœur Mary Tudor qu'elle devient par défaut reine d'Angleterre. Elle reste longtemps sous la menace de ses ennemis (qui veulent mettre sur le trône d'Angleterre la catholique Mary Stuart) et ce n'est qu'après avoir lutté toute sa vie qu'elle finit par triompher. Voici comment est dessinée l'avant dernière page du deuxième album intitulé "Elisabeth Tudor".



Vous avez remarqué que ces deux pages présentent une symétrie presque parfaite ?

C'est la grande idée de Nicolas Juncker ! La biographie de ces deux reines démontre en effet d'étonnantes similitudes, mais aussi une évolution totalement inverse (ascendante pour l'une et descendante pour l'autre), qui représente presque un palindrome vivant. L'une (Mary Stuart) connait une jeunesse brillante et presque triomphale, puis elle subit un certain nombre d'épreuves, et finit par perdre son trône, et passe les 15 dernières années de sa vie en prison avant d'être décapitée. L'autre (Elisabeth Tudor) passe presque toute sa jeunesse sous la menace, exilée dans un château comparable à une prison, avant d'être réhabilitée du titre de fille d'Henri VIII et de devenir reine, puis d'acquérir progressivement une certaine puissance politique et d'être reconnue comme la véritable souveraine de l'Angleterre.

Sur la fin du règne d'Elisabeth, quelques notables sont décapités, en particulier le duc d'Essex, et voici comment se présente une des dernières pages de l'album "Elisabeth Tudor".



En faisant ceci, elle suit l'exemple de Mary Stuart, tandis que celle-ci régnait sans partage sur la cour d'Ecosse. Cette dernière n'hésitait pas pendant sa jeunesse à occire d'éventuels contestataires, et voici une des premières pages de l'album "Mary Stuart", construite en symétrie de la page 98 de l'autre livre.



C'est ainsi qu'à chaque moment de la vie d'une reine correspond une étape inversement symétrique chez sa rivale, et c'est pourquoi l'auteur a construit avec malice les deux albums comme un véritable palindrome dessiné. On remarque d'ailleurs dans la pagination des livres un deuxième chiffre, mis entre parenthèses, qui indique la page correspondante de l'autre album. Et c'est ainsi finalement que cette oeuvre stimule des lectures multiples. On commence en effet par lire la biographie d'une reine, puis on lit la seconde, avant de prendre les deux livres en main et de s'amuser à comparer les planches symétriques construites par l'auteur.

Précisons encore que l'intérêt de ces deux livres ne se limite pas à la découverte de leur exercice de style. Les biographies des deux reines sont très bien racontées, et l'utilisation d'un dessin caricatural n'enlève aucun attrait à cette BD. Ce choix graphique apporte au contraire la distance inhérente à ce genre de récit, et on y découvre un plaisir d'intellectuel autant qu'une épopée historique.

En fait, cet essai graphique se révèle être un coup de maître. Non seulement l'hypothèse du palindrome est stimulante, mais elle permet de regarder avec objectivité les trajectoires de deux personnages historiques. La réalité est parfois plus intéressante que la fiction, et le regard neutre de l'auteur sur la vie épique des deux reines apporte une fraîcheur bienvenue. Leurs biographies sont certes passionnantes (je ne connaissais pas pour ma part celle de Mary Stuart) mais il est encore plus intéressant d'essayer de les comprendre. Au delà d'un exercice de style, Nicolas Juncker dessine d'abord une BD historique, qui essaie d'expliquer les singularités d'une époque, et il y parvient brillamment.

Je ne connaissais pas jusqu'ici Nicolas Juncker, qui semble avoir déjà plusieurs albums derrière lui, mais c'est certainement un auteur à découvrir. Very Happy


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185 Re: Je viens de lire le Dim 16 Aoû - 19:12

Raymond

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Pendant l'été, j'essaie toujours de rattraper un peu le retard, et de retrouver les bons albums que j'ai ignorés pendant la haute saison. C'est ainsi que je me suis intéressé à la biographie imaginaire de Rembrandt, racontée et dessinée par un auteur néerlandais nommé Typex.



Ce "biopic" est une biographie romancée de la vie du peintre, qui raconte une suite d'anecdotes souvent inventées. Et oui, inventées ! Car si l'on sait en fait pas mal de choses sur la vie de Rembrandt, sur son caractère et ses œuvres, sa famille ou les endroits où il a vécu, il reste tout de même beaucoup d'aspects que l'on ignore sur l'homme lui-même. Les biographes restent ainsi souvent prudents sur sa vie intime. Avec audace, Typex choisit justement de raconter ce que l'on ne sait pas : sa vie familiale, ses relations avec ses clients, ses crises de colère, ses accès de concupiscence ou ses moments de faiblesse. Il nous fait ainsi découvrir un personnage plein d'humanité, à la fois intelligent et primitif, tantôt génial et tantôt ridicule, tour à tour admirable ou haïssable.



Cette observation "quotidienne" de la vie de l'artiste s'associe à une restitution bien sentie de la vie en Hollande au XVIIème siècle. Grâce à un dessin au style parfois touffu, Typex multiplie les séquences muettes ou les images descriptives. il nous fait visiter les rues d'Amsterdam ou les intérieurs des maisons bourgeoises, et dessine sans hésitation des scènes qui semblent très véridiques.



Typex joue aussi avec la couleur. Alors que certains chapitres séduisent l'œil grâce à leur mélange de teintes harmonieuses, le dessinateur passe ensuite brusquement à un style monochrome, proche du lavis, afin de styliser un paysage hollandais ou une scène de la vie quotidienne. Ces images réveillent parfois des souvenirs, et on s'interroge sur leurs ressemblances avec ces nombreux dessins à la plume ou ces bistres avec lavis que nous a laissé le grand peintre. Qui dessine donc cette biographie ? Est-ce Typex, ou est-ce Rembrandt lui-même ?



Cette biographie est en fait une oeuvre très personnelle, qui ne ressemble à aucune des nombreuses BD que j'ai pu lire, aussi bien sur le plan pictural que narratif. Sa lecture est au départ un peu déroutante, mais l'oeuvre séduit rapidement par son dynamisme, par la crédibilité de ses personnages, et par la richesse de ses aspects graphiques. Cette "vie inventée" de Rembrandt est par ailleurs d'une troublante vraisemblance, et l'auteur réalise ainsi une description intelligente d'un grand peintre dont on connait les nombreux autoportraits un peu pessimistes, mais dont on méconnait le tempérament vigoureux et la vie passionnée.

Ce n'est certes pas la BD de l'année (restons raisonnables  Wink ), mais c'est en tout cas un des livres que les bédéphiles cultivés ne devraient pas manquer.


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186 Re: Je viens de lire le Lun 17 Aoû - 13:38

Raymond

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Cet album de Typex a recueilli de bonnes critiques un peu partout. En voici quelques exemples :

http://www.actuabd.com/Rembrandt-un-oeil-et-un-livre

http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/bande-dessinee/le-cote-obscur-de-rembrandt-raconte-dans-une-bande-dessinee-134843

http://www.marianne.net/rembrandt-cote-ombres-100235591.html

http://flandres-hollande.hautetfort.com/archive/2015/06/04/rembrandt-au-typex-5634338.html


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187 Re: Je viens de lire le Dim 23 Aoû - 12:10

Raymond

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Je rattrape toujours mon retard, et je me suis intéressé hier à Martin Bonheur, un album plutôt inhabituel et charmeur écrit par Jérôme Félix et dessiné par Louis.



Connaissez-vous Tessa ? C'est une BD de science-fiction éditée chez Soleil, qui met en scène une jeune fille devenue une héroïne intergalactique. Cela ressemble un peu à la série "Sillage" et cette BD me fait penser à ces dessins animés japonais, remplis de bagarres improbables et d'exploits surhumains. Il semble toutefois que Louis (le dessinateur de cette série) ait eu envie de changer de registre, puisqu'il publie maintenant cette petite histoire provinciale et parsemée de bons sentiments.

Le récit nous fait découvrir une station balnéaire de Normandie, après la saison d'été, quand il n'y reste plus que les villageois du lieu. Ils sont tous vieux et retraités, et ils s'ennuient tous un peu, sauf Martin Bonheur, un mystérieux jeune homme qui vit à la petite semaine et qui semble se satisfaire de travaux insignifiants. Tout citadin normalement constitué fuirait ce village dénué d'animation, mais Martin y trouve son plein équilibre.



C'est alors qu'arrive Agathe, une jeune femme qui souhaite s'isoler pour écrire un roman, et qui cherche par ailleurs à retrouver son père. Elle fait rapidement connaissance avec les principaux habitants, et s'intéresse d'abord à un vieil écrivain un peu donneur de leçons. Elle rencontre aussi (évidemment) Martin, qui la laisse beaucoup plus perplexe.   Wink



Vous l'avez déjà deviné, Martin Bonheur nous raconte encore une fois le roman  du "gars qui rencontre la fille". Cette idée n'est bien sûr pas très originale, mais le scénariste y ajoute tout de même quelques petits mystères bienvenus, en particulier un livre formidablement écrit dont l'auteur n'est pas celui que l'on croyait. Par ailleurs, le récit accumule les petits événements ordinaires, ceux qui abondent dans notre vie de tous les jours, et ce choix narratif donne à cette histoire à l'eau de rose un ton tout à fait crédible.



Je ne vous raconterai bien sûr pas la fin qui est prévisible, mais qui réserve aussi de petites surprises. J'ai en tout cas été charmé par cette BD apparemment lisse et infantile, et qui nous permet de retrouver la vérité de certains petits bonheurs.

Dans une interview donnée à Actua BD, Louis reconnaissait que cette BD était assez proche du genre de Jérôme K Bloche. En fait, cette oeuvre n'a rien d'un récit policier, et le ton calme et légèrement nostalgique du récit, les cadrages gracieux des images, ou les couleurs veloutées du dessin, lui donnent un charme tout à fait singulier. Louis et Jérôme Félix ont réellement découvert leur propre style, et on peut espérer qu'ils continuent dans cette voie


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188 Re: Je viens de lire le Lun 24 Aoû - 9:33

Raymond

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Admin
Il y a pas mal de critiques sur cet album, généralement toutes favorables.

En voici quelques unes :

http://www.planetebd.com/bd/bamboo/martin-bonheur/-/26072.html

http://www.sceneario.com/bande-dessinee/martin-bonheur/martin-bonheur/23070.html

http://publikart.net/martin-bonheur-bd/

http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/2972612/coup-de-foudre-a-veules#.VdrHvZc70Yc

http://www.vivre-a-chalon.com/lire_BD-_-Une-bien-belle-histoire...-Martin-Bonheur-_,2303df1a5f9e54009db1a8b1256a4ac3b8ffd670.html

http://www.ligneclaire.info/louis-felix-24837.html


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189 Re: Je viens de lire le Mer 26 Aoû - 13:34

eleanore-clo

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lecteur émérite
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Bonjour

Martin Bonheur est une BD surprenante.

L'intrigue policière est plus un prétexte qu'autre chose. D'ailleurs, les rebondissements finaux s'accumulent un peu trop ce qui nuit à la crédibilité de l'histoire. Le comportement du père d'Agathe est aussi peu réaliste, trop entier, trop fort.
En fait, le scénariste a surtout voulu faire l'éloge du bonheur simple, du partage générationnel et de la campagne. C'est un choix naïf mais totalement conscient et pleinement assumé. L'album regorge de bons sentiments mais jamais au point que cela ne devienne sirupeux. Les personnes âgées sont mises en valeur avec une pudeur et un respect infini. Il en est de même pour la relation mère fille. Enfin, la problématique du racisme est traitée avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité. Du bel ouvrage.
J'ai moins apprécié le graphisme et surtout que le dessinateur survalorise les formes féminines au point que les habits d'Agathe semblent peints sur sa peau !
La conclusion, avec le recours au fantastique comme Deus ex machina, est bien amenée et tout à fait dans l'esprit de Jacques Martin. Publier des photos de Veules-les-roses en fin d'album fait aussi penser à l'édition de luxe du tome 3 du Combat Ordinaire de Manu Larcenet.

Je suis en tout cas, je suis très heureuse d'avoir découvert cette histoire et remercie Raymond pour son œil de lynx !

Cordialement
Eléanore-clo

190 Re: Je viens de lire le Mer 26 Aoû - 15:41

eleanore-clo

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lecteur émérite
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En y repensant, un autre élément majeur du livre est la mise en abyme du scénariste. Le fil conducteur de l'intrigue est un autre livre, le livre dans le livre en quelque sorte. Et la BD traite du sujet de l'écriture, de sa difficulté, des imposteurs, etc.
Cordialement
Eléanore-clo

191 Re: Je viens de lire le Mer 26 Aoû - 20:50

Raymond

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Admin
Effectivement. Le livre et son style littéraire sont une des énigmes que cherche à résoudre Agathe au cours sa quête. Cette mise en abyme du livre me fait penser à l'intrigue du fameux livre de Joël Dicker, intitulé "la Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" (qui a eu un énorme succès il y a deux ans). Cette réflexion sur le livre est toutefois plus discrète dans Martin Bonheur.

Pour ce qui concerne les vêtements d'Agathe qui lui "collent au corps", cette vulgarité ne m'avait pas trop frappé. Je suppose qu'en dessinant cet album, le dessinateur a gardé certains automatismes provenant de ses précédentes séries (comme Tessa) où les femmes étaient dessinées d'une manière beaucoup plus caricaturale.


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192 Re: Je viens de lire le Dim 6 Sep - 16:03

Raymond

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Admin
Il y a dans le monde de la BD un scénariste qui monte, et dont je suis de plus en plus la production. Il est le créateur (avec Darasse) de la gentille Tamara, la petite obèse que l'on voit dans le journal Spirou, et aussi de cette surprenante série intitulée Boule à Zéro, qui parle avec tendresse et humour de la maladie des enfants (j'en ai déjà parlé dans ce même sujet). Il a aussi repris avec succès une série aussi célèbre que Ric Hochet, et enfin scénarisé d'intéressants "one-shots" comme Lydie, la Peau de l'Ours ou les Folies Bergères. C'est pourquoi lorsque j'ai découvert cette nouvelle BD scénarisée par Zidrou, elle m'a tout de suite intéressé. Cet album s'intitule "Bouffon" et il est dessiné par Francis Porcel.



"Bouffon" est un conte médiéval cruel, raconté par un misérable prisonnier dans un cachot. Il nous transpose dans un monde violent et féroce, et renouvelle malicieusement le thème de "la Belle et la Bête". Le héros principal se nomme Glaviot, et cet enfant laid, affligé d'un terrible hypognathisme, grandit dans les caves du château d'un méchant seigneur.



Découvert fortuitement par le maître des lieux, ce "nabot ridicule" est offert en guise de jouet à une jeune fille capricieuse. Cette inhabituelle rencontre aboutit à une curieuse relation, qui mélange à la fois de l'affection (de Glaviot), du mépris (de la princesse) et une intimité ambiguë.



Je ne vous raconterai pas trop ce récit plein de rebondissements, qui mérite d'être découvert avec un regard neuf, et qui nous permet de retrouver le monde féroce des contes de fée. En fait, dans ce Moyen-Âge primitif où le souci primordial est de survivre, les naissances et les meurtres se succèdent d'une manière impitoyable, et la mort n'est pas toujours la pire des punitions.



Que va devenir Glaviot qui, malgré sa laideur, souhaite désespérément qu'on l'aime ? Pour le savoir, je vous conseille de lire ce récit ironique et cruel, qui m'a permis de retrouver le plaisir des contes enfantins. Zidrou aime par ailleurs surprendre ses lecteurs, et la conclusion inattendue de cette histoire n'en est pas le moindre de ses attraits.


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193 Re: Je viens de lire le Lun 28 Sep - 20:32

Raymond

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Bouffon et les scénarios de Zidrou sont analysés dans cet article d'Actua BD :

http://www.actuabd.com/Rentree-2015-le-sacre-de-Zidrou


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194 Re: Je viens de lire le Sam 26 Déc - 14:51

Raymond

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Admin
J'ai tendance à délaisser cette rubrique, hélas, mais il est vrai que cet automne a surtout été consacrée aux BD  "mainstream" (comme disent les anglo-saxons). Il y a eu en effet Alix, Lefranc, Buck Danny, Astérix, Corto Maltese, Largo Winch et j'en passe ... Perdu dans cet amas de nouveautés, j'ai assez peu exploré les nouveautés de la BD pour adultes. Il est temps que je m'y remette.  Wink

C'est ainsi que j'ai lu hier soir un livre rafraîchissant, plein de malice et de nostalgie, qui s'intitule "California Dreamin". Il est signé par Pénélope Bagieu.



California Dreamin, c'est le titre d'une chanson qui a rencontré un énorme succès au milieu des années 60, et que tout le monde reconnait instantanément (même si on n'en sait pas forcément le titre). Elle a été enregistrée par un groupe nommé "The Mamas and Papas", et elle reste emblématique du courant hippie qui est apparu en Californie pendant ces années-là.





Ce livre sympathique aurait aussi pu s'intituler "Comment devenir célèbre quand on est grosse et moche". Il se consacre en effet surtout à l'histoire de la "mama" Cass Elliot, la petite grosse qui faisait l'originalité du groupe, et qui avait une voix extraordinaire. Comme vous pouvez vous en douter, son accession au vedettariat ne fût pas sans obstacle.  Wink

Tout commence donc dans un famille juive au début des années 40, et on découvre d'abord la jeunesse de Cass Elliot (qui se nommait en réalité Ellen Cohen). Elle affronte dès sa plus tendre jeunesse l'ostracisme de ceux qui se considèrent comme normaux. Elle n'est pas belle, et elle est grosse, mais elle compense sa disgrâce physique par son tempérament enjoué et conquérant. Et puis, s'il faut être mise à l'écart, autant que ce soit avec une certaine classe. Cass Elliot a donc très vite décidé de jouer la vedette.



Parvenue à l'âge adulte, elle quitte sa ville natale et se rend à New-York, puis en Californie. Elle y rencontre des gens plus cultivés, mais continue à subir le même mépris vis à vis de ses particularités physiques. Elle a heureusement une voix sublime qui lui permet de s'imposer dans divers petits groupes de musiciens "folk" itinérants.

Son entrée dans le groupe "The Mamas and Papas" fût le résultat d'une lutte acharnée. Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, John Phillips, le leader et compositeur du groupe, la détestait et voulait à tout pris l'écarter. C'est en fait en "jouant les incrustes" que Cass Elliot s'est rendue peu à peu indispensable au groupe.



Mieux encore ! L'originalité de la chanson California Dreamin est entièrement due à l'apport de Cass Elliiot, qui a eu l'idée d'ajouter la "deuxième voix" en écho au thème principal. John Phillips voulait un chanson beaucoup plus traditionnelle, mais il a progressivement dû se résigner devant l'obstination de sa chanteuse.




Bref, cette irrésistible ascension d'une personne hors norme et vouée à l'ostracisme (on retrouve le thème du "brave petit tailleur") suscite immédiatement la sympathie. J'avais lu quelque part que Pénélope Bagieu avait inventé certaines situations, mais elle semble s'être soigneusement documentée. La post-face donne la liste de ses sources et j'en déduis que sa biographie doit être assez conforme aux faits. L'auteur termine par ailleurs son récit en 1966, à une époque où le groupe connaissait son apogée, et ce choix narratif donne une perspective plutôt romantique à cette biographie dessinée.

Sur le plan graphique, je ne suis pas très adepte du style "girly", mais il faut reconnaître que le dessin simple et délié de Pénélope Bagieu s'harmonise à merveille avec ce récit d'une ascension sociale. L'ensemble de la BD se distingue d'ailleurs par une certaine malice et une légèreté conquérante, et on peut aussi la considérer comme une oeuvre très féminine.

En fait, California Dreamin est pour moi une des belles lectures de cet automne, bien plus en tout cas que certains best-sellers très (trop) prévisibles, et programmés pour le grand public.

C'est un livre que je vous recommande. Wink


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195 Re: Je viens de lire le Dim 27 Déc - 14:51

Raymond

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Admin
Le Web est plein d'articles élogieux sur California Dreamin. En voici une sélection !

Cette page de France Inter permet d'entendre Pénélope Bagieu parler de son livre :

http://www.franceinter.fr/depeche-penelope-bagieu-la-bande-dessinee-mapporte-du-silence

Casemate propose également une intéressante interview

http://casemate.fr/bagieu-cass-tous-risques/

Francetvinfo met en ligne une belle critique de l'album, ainsi qu'une interview

http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/bande-dessinee/california-dreamin-penelope-bagieu-tout-au-crayon-de-papier-et-sans-gomme-228125

Planète BD publie sa critique habituelle (élogieuse, bien sûr)

http://www.planetebd.com/bd/gallimard/california-dreamin/-/27087.html

Et puis, si vous voulez voir et entendre Pénélope Bagieu, il y a ce petit film sur You Tube :

https://www.youtube.com/watch?v=WJkfO9Sw1iQ


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196 Re: Je viens de lire le Dim 21 Fév - 16:46

Raymond

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A travers mon métier, je connaissais bien la maladie et je n'avais pas envie de lire ce livre. Même le "fauve" gagné à Angoulême (prix spécial du jury) n'arrivait pas à me convaincre, car le sujet inspirait la tristesse. Il a fallu l'insistance de Totoche ("un livre qui contient beaucoup d'humour, souvent noir") pour que je me laisse finalement convaincre d'acheter ce "Carnet de santé foireuse", une BD autobiographique dessinée par Pozla.



Au départ, ce n'était qu'un carnet de dessins, que Pozla avait tracés "à vif" lors de ses séjours à l'hôpital. Ce recueil contenait des images cauchemardesques, destinées à exprimer des sensations douloureuses, et l'acte de dessiner prenait une fonction thérapeutique. Le ressenti subjectif était plus important que le travail esthétique.



C'est bien plus tard qu'un récit est venu s'intercaler entre ces images morbides. Pour transformer son carnet en une BD, il fallait une narration, et Pozla s'est mis à raconter les origines de la maladie. On apprend ainsi qu'il était "patraque des intestins" dès sa jeunesse. Les premières crises, tout alarmantes qu'elles puissent être, n'étaient que la suite d'un long processus devenu banal.



Il faudra plusieurs années (et quelques erreurs médicales) avant que l'on ne parvienne au diagnostic.    Rolling Eyes

La maladie de Crohn est une pathologie auto-immune du tube digestif, d'évolution chronique et souvent difficile à diagnostiquer. Elle entraîne de multiples complications inflammatoires, souvent douloureuses, et les personnes qui en sont atteintes peuvent être sévèrement invalidées. Ce genre de pathologie peut être désespérante, mais Pozla devine très vite que le meilleur moyen de lutter contre cette maladie, c'est d'abord de la comprendre. Ce besoin de réfléchir sur des faits concrets apparait très vite dans son livre qui explique, avec intelligence, les multiples manifestations du Crohn.



Mais comment exprimer la dimension subjective de la douleur, qui est au centre (et à l'origine) de cette oeuvre ? Pozla a trouvé une solution toute simple. Dans ce récit en noir et blanc (et au dessin caricatural), il ajoute de la couleur !



Tout cela pourrait être très lourd, mais Pozla réussit à trouver une certaine légèreté dans son histoire. Il obtient cet effet grâce à un ton constamment ironique, mais aussi en utilisant quelques trouvailles narratives. C'est ainsi que des corbeaux interviennent à de nombreuses reprises dans le récit, et leurs commentaires (toujours justes) apportent une certaine distanciation, de même qu'un humour féroce.



Curieusement, ce livre désespérant se termine malgré tout avec une note optimiste. Même si ce "happy end" n'est peut être que provisoire, j'ai apprécié cette conclusion combative et cette confiance dans les ressources de l'être humain.

J'ai lu tout cela hier soir, presque d'un seul trait, comme un bon roman !

Et quand je fais le bilan de toutes ces pages terrifiantes, de ces anecdotes pertinentes, de ces illustrations féroces qui mélangent la souffrance, l'humour, la maladie, l'intelligence et l'espoir ... une évidence s'impose !

Ce bouquin est un petit chef d'oeuvre.

Et il ne faut pas médire des BD qui remportent un "fauve" à Angoulême.  Wink


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197 Re: Je viens de lire le Dim 21 Fév - 20:26

Raymond

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Admin
En parcourant le Web, je me rends compte que l'on a beaucoup causé de cet album.   study

Il y a d'abord ActuaBD, mais c'est assez court.

http://www.actuabd.com/Carnet-de-sante-foireuse-Par-Pozla

D'une berge à l'autre en fait une critique plus détaillée, et plus élogieuse.

http://litterature-a-blog.blogspot.ch/2015/09/carnet-de-sante-foireuse-pozla.html

Mouv' en dit également du bien

http://www.mouv.fr/article-a-l-hosto-avec-le-dessinateur-pozla

Libération torche de son côté une belle critique.

http://next.liberation.fr/culture-next/2015/10/02/bd-carnet-de-sante-foireuse-tord-boyaux_1396015

Li An considère cet album comme un des meilleurs qu'il ait lu depuis longtemps.

http://www.li-an.fr/blog/bd-du-moment/carnet-de-sante-foireuse-bd-pozla-delcourt/

"Une ratiocination de moi ..." évoque un livre exutoire d'un artiste maudit par ses tripes.

http://www.cedric-villain.info/ratiocinations/index.php?post/2015/Carnet-de-sant%C3%A9-foireuse

Et puis il y a les interviews de Pozla !

Celui de la Rubrique à Barc :

http://www.anglesdevue.com/rubriqueabrac/2015/12/interview-pozla-sante-foireuse-monkey-bizness/

Celui sur Des images et des bulles (en 2 parties).

http://mathieukrim.blogspot.ch/2016/01/linterview-bd-pozla-partie-1.html
http://mathieukrim.blogspot.ch/2016/01/linterview-bd-pozla-partie-2.html

Celui du site Delcourt :

http://www.editions-delcourt.fr/actus/news/carnet-de-sante-foireuse-interview-de-pozla.html

Et encore, je n'ai pas tout mis.   Wink


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198 Re: Je viens de lire le Dim 21 Fév - 22:52

Fildefer

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grand maître
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Mais finalement, je suis convaincu que c'est toi qui en as le mieux parlé. Si j'étais éditeur, je t'embaucherais recta. pouce

199 Re: Je viens de lire le Dim 28 Fév - 18:21

Raymond

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Faut-il ouvrir un sujet dédié à Martin Veyron, qui remporta autrefois le Grand Prix d'Angoulême. J'ai longtemps hésité. En fait, je ne le vois pas comme un auteur important, même si ses marivaudages en bandes dessinées sont assez plaisants à lire. Et puis, on parle peu de lui, dans notre forum, mais ce n'est au fond que le signe d'un tempérament discret.

Après réflexion, je me contenterai pour l'instant de chroniquer ici son dernier album. Il s'intitule "Ce qu'il faut de terre à l'homme", et on verra si certains d'entre vous ont envie d'en discuter.   Wink



Ce livre marque en tout cas un véritable tournant dans la carrière de Martin Veyron. Ce dessinateur se distinguait jusqu'ici par sa légèreté insouciante, et il nous divertissait (parfois brillamment) avec ses chroniques provoquantes et immorales de notre monde contemporain. Pour la première fois, cependant, il crée une BD aux préoccupations très morales. On peut même déceler certaines intentions politiques dans ce curieux conte russe qui dénonce l'avidité moderne et le capitalisme, et qui s'inspire d'une nouvelle de Tolstoï.

 

"Ce qu'il faut de terre à l'homme", c'est probablement la quantité qui lui est nécessaire pour trouver le bonheur. Dans ce conte russe, un paysan vit effectivement sans souci sur un minuscule lopin de terre. Il se comporte ainsi de façon fort sage, jusqu'au jour où, sur conseil de son beau-frère, il décide d'investir afin de gagner plus, et de devenir riche.

Aveuglé par l'avidité, le paysan va se mettre à dos tous ses voisins, puis se lancer dans des entreprises hasardeuses ... mais je n'en dirai pas plus. La conclusion de cette nouvelle est plutôt surprenante, mais on y retrouve au fond cette férocité joyeuse que Martin Veyron a souvent déployé dans son oeuvre.



Avec cette histoire élégante et morale, dessinée d'un trait souple et narquois, Martin Veyron revient sur le devant de la scène et nous livre (probablement) une des toutes bonnes BD de l'année 2016. Il faudra d'ailleurs que je révise mon opinion au sujet de son oeuvre, dont l'ironie et l'hédonisme ont longtemps masqué certaines intentions plus philosophiques, et une morale très classique.

Voilà en tout cas un des album à lire cette année.  Cool


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200 Re: Je viens de lire le Dim 28 Fév - 19:46

Raymond

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Admin
Cet album a suscité un certaine nombre d'articles dans le Web, tous plus ou moins élogieux.

Le Télégramme est plutôt laconique, mais ses commentaires sont pertinents.

http://www.letelegramme.fr/finistere/brest/bd-des-bulles-pour-une-philosophie-de-vie-28-02-2016-10973334.php

RTL en fait un peu pius. en désignant cet album comme la "BD du mois d'octobre".

http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/ce-qu-il-faut-de-terre-a-l-homme-de-martin-veyron-est-nommee-bd-rtl-de-janvier-7781595152

L'Express accueille cet ouvrage comme "bienvenu en ces temps d'individualisme forcené".

http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2016/02/01/ce-quil-faut-de-terre-a-lhomme/

Diacritik salue ce livre dont "la modernité sonne comme un avertissement".

http://diacritik.com/2016/02/23/tolstoi-par-martin-veyron-ce-quil-faut-de-terre-a-lhomme/

PlanèteBD fait sa petite critique habituelle, la BD de Veyron étant considérée comme réussie

http://www.planetebd.com/bd/dargaud/ce-qu-il-faut-de-terre-a-l-homme/-/27894.html

La RTBF est elle aussi élogieuse

http://www.rtbf.be/culture/article/detail_ce-qu-il-faut-de-terre-a-l-homme-jacques-schrauwen?id=9209706

Et j'en passe ... Wink


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