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151 Re: Je viens de lire le Dim 6 Oct - 18:13

sylvain-

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
+ 1 je confirme.

sans oublier les 2 vol parus en pleiade (il en reste encore 1 ou 2 à paraitre) on y retrouve "Les Nouvelles mille et une nuits" ainsi que le prodigieux "Voyage avec un âne dans les Cévennes" et le "Croisière à l'intérieur des terres"

152 Re: Je viens de lire le Dim 13 Oct - 17:21

Raymond

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Parfois, quand je ne sais pas quoi acheter (il y a tellement de nouveaux albums), je me tourne vers les critiques, en essayant d'attraper de bonnes idées. C'est ainsi que je me suis intéressé à Paco les mains rouges, premier tome d'un diptyque créé par Vehlmann et Sagot, qui semble ne recueillir que des louanges de la part de tous les critiques.



Commençons par le "pitch" ! Un jeune instituteur commet un crime passionnel et il est condamné au bagne à perpétuité. Dès son voyage vers la Guyane, il sent qu'il entre dans un autre monde. Une fois arrivé sur place, il subit des humiliations et doit se battre pour obtenir le respect. Il y gagne le surnom de "Paco les Mains rouges" et découvre en fait la réalité du monde carcéral, où règne la loi du plus fort. Il doit ainsi lutter pour survivre à chaque instant, dans un monde qui n'offre pas le moindre espoir.



La force de ce livre provient d'abord de son scénario impitoyable. Fabien Vehlmann s'est bien documenté et il ne nous épargne aucun détail. Il accumule les anecdotes véridiques et morbides sur les souffrances que vivaient les bagnards en Guyane. Le lecteur se sent spontanément très proche de Paco, qui découvre une misère épouvantable et qui se laisse engloutir progressivement dans ce monde inhumain.



Le style graphique est à la hauteur de cette histoire, car le dessin faussement simpliste d'Eric Sagot illustre avec nuance l'horreur des situations. Le dessinateur maîtrise aussi bien l'expression des visages que la beauté implacable des décors, et il évite surtout toute surenchère qui pourrait donner à ce récit un ton vulgaire. Ornées d'une belle bichromie aux couleurs sépia, ses images nous offrent parfois de belles séquences muettes, qui sont proches de la poésie.



Cette nouveauté est donc en effet un coup de maître, et les louanges que cette oeuvre recueille ici et là sont totalement méritées. J'attends maintenant avec impatience le deuxième tome qui va conclure cette histoire. Wink


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153 Re: Je viens de lire le Dim 13 Oct - 17:30

Raymond

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Ah oui, signalons encore les multiples critiques louangeuses que l'on trouve dans la plupart des sites Web habituels, BD Zoom, Actua BD ou Planète BD entre autres !

http://www.bedecine.fr/2013/09/coup-de-coeur-paco-les-mains-rouges-de-vehlmann-et-sagot/

http://www.actuabd.com/Paco-les-mains-rouges-T1-Par-Eric

http://bdzoom.com/66127/lart-de/%C2%AB-paco-les-mains-rouges-%C2%BB-t1-par-eric-sagot-et-fabien-vehlmann/

http://www.planetebd.com/bd/dargaud/paco-les-mains-rouges/-/20425.html

http://www.lefigaro.fr/bd/2013/10/03/03014-20131003ARTFIG00614--paco-les-mains-rouges-dans-l-enfer-de-cayenne.php

http://www.bodoi.info/critiques/2013-09-06/paco-les-mains-rouges-1/70797

http://www.toutenbd.com/article.php3?id_article=4865


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154 Re: Je viens de lire le Dim 20 Oct - 16:44

Raymond

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C'est un livre que j'ai emprunté à la bibliothèque, juste "pour voir", et voilà que je me suis retrouvé avec un épais roman américain, dense, prenant et original. Il s'intitule : "Wizzywig, portrait d'un hacker en série", et cela vient de sortir chez Dargaud.



Les hackers sont des personnages bien mystérieux, dans le fond. Pourquoi en effet ces individus passent-ils leur temps à outrepasser les règles, et à nous empoisonner la vie avec leurs virus qui se promènent partout. Ce sont aussi ces nuisibles qui, avec leur manie de briser toutes les verrouillages informatiques, sont à l'origine de la complexité de plus en plus grande du Web, et qui nous obligent à utiliser des logiciels de protection. Comment en est-on arrivé là, sur cet espace de liberté que devait être Internet ?  confused 

C'est ce sujet qu'Ed Piskor, un jeune dessinateur des USA, a décidé d'explorer en nous racontant la vie d'un hacker. Wizzywig (qui en anglais est l'abréviation de "what you see is what you get") est d'abord sorti en 2009 sous la forme d'une série de comic books. Cela parait maintenant sous la forme d'un épais "graphic novel" de 280 pages, et c'est un véritable roman fleuve en bandes dessinées !

Il raconte la vie de Kevin "Boingflop" Phenicle, un jeune surdoué maigrichon qui est rapidement fasciné par les ordinateurs. Par jeu, il se lance d'abord dans le piratage téléphonique, avant de devenir carrément un hacker, le jour où il cherche à se venger de certains camarades qui le maltraitent. Ses virus et ses incursions dans des sites ultra-protégés font alors de lui une cible pour le FBI, et il doit finalement prendre la fuite pour ne pas finir sa vie en prison.

Au départ, il y a ainsi un garçon chétif et sans protection, qui subit des mauvais traitements.



Le monde des ordinateurs devient alors un refuge, où le jeune homme peut développer toutes ses capacités.



De la passion pour l'informatique au besoin de se venger, en utilisant ses connaissances dans le monde des télécoms, il n'y a malheureusement qu'une faible distance. C'est ainsi que Kevin Boingflop Phenicle devient un hacker ... et un hors-la-loi.



Cette aventure personnelle est racontée d'une manière sociologique, en multipliant les points de vue et les témoignages (un peu à la manière de John Dos Passos). En fait, par ses transgressions, le hacker devient progressivement un révélateur du fonctionnement de notre monde contemporain. Passant continuellement du récit intimiste au roman sociologique, Ed Piskor crée ainsi un roman à plusieurs facettes, riches en personnage, parfois poignant, et souvent légèrement ironique. La multiplicité des anecdotes qu'il relate, et la véracité de certains détails (qui ont certainement dus demander un gros travail de documentation) nous donnent finalement l'agréable sentiment de comprendre ce qu'est vraiment un hacker.



Il y a tout cela, dans Wizzywig :  une description acide du monde de l'enfance, un tableau terrifiant des prisons américaines, un reportage bien documenté sur le monde des hackers et surtout, le roman émouvant d'une destinée.

C'est tout simplement un livre à lire !  :sunny


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155 Re: Je viens de lire le Dim 16 Fév - 13:05

Raymond

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Je réanime cette rubrique qui est un peu tombée en déshérence !   Very Happy 

Je viens de lire un album dont la critique parle assez peu. Ce n'est pas étonnant, car il est édité en Suisse, chez "Paquet", et il s'intitule Harpignies.



Harpignies, il y a peu de chance que vous sachiez de qui il s'agit.  Wink  C'est un peintre qui a vécu au XIXème siècle, et il était un spécialiste des natures mortes. Il était célèbre en son temps, mais avec la venue des impressionnistes, des nabis, des fauves ou des cubistes, son style classique est devenu désuet et on l'a depuis longtemps oublié. On peut encore découvrir un ou deux de ses tableaux au musée d'Orsay. Wikipédia nous dit par ailleurs tout ce qu'il faut savoir à son sujet.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Harpignies

Elric, le dessinateur de l'album, est un descendant d'Harpignies, et cette histoire présente tout naturellement de nombreuses "coïncidences" avec la réalité. Tout commence en fait avec la vente du dernier tableau du grand peintre que possède sa famille. Cette perte va créer une sensation de remord et Eric (sans "l", le héros de l'histoire) cherche à redécouvrir son ancêtre. C'est un peu ce qui est arrivé dans la réalité, mais attention, ce n'est pas une autobiographie. Harpignies est plutôt une histoire romantique, qui raconte les difficultés d'un dessinateur de notre époque, et qui s'inspire de quelques événements quotidiens des auteurs. Eric va donc essayer d'imiter son bisaïeul, mais il n'a pas assez de métier.



Eric rencontre par ailleurs une jeune fille, et tout cela est raconté d'une manière très simple. Il n'y a pas d'événement sensationnel, et le scénariste colle parfaitement au réel. Cela donne à cette histoire un peu de fraîcheur, et beaucoup d'authenticité.



Le dessin est tout aussi simple que le scénario, mais il colle assez bien à cette histoire presque naïve. L'aventure qui est contée n'est pas sensationnelle, mais elle est bien sentie, Seule la conclusion est un peu légère.

Au total, cet album n'est pas le chef d'oeuvre de l'année, mais il est bien sympathique à lire, et je vous le recommande.  Very Happy


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156 Re: Je viens de lire le Dim 16 Fév - 13:39

Damned

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grand maître
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Raymond a écrit:
Harpignies, il y a peu de chance que vous sachiez de qui il s'agit.  Wink  C'est un peintre qui a vécu au XIXème siècle, et il était un spécialiste des natures mortes. Il était célèbre en son temps, mais avec la venue des impressionnistes, des nabis, des fauves ou des cubistes, son style classique est devenu désuet et on l'a depuis longtemps oublié. On peut encore découvrir un ou deux de ses tableaux au musée d'Orsay. Wikipédia nous dit par ailleurs tout ce qu'il faut savoir à son sujet.

Henri Harpignies est originaire de Valenciennes, et, habitant la région depuis mon enfance, je suis de ceux qui connaissent son oeuvre !
Il est, bien entendu, honoré au musée de Valenciennes, qui, pourtant donne une place prédominante à Carpeaux, lui aussi artiste Valenciennois !

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

157 Re: Je viens de lire le Dim 16 Fév - 15:16

Raymond

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Alors c'est une BD qui est faite pour t'intéresser !   Very Happy 

J'ai oublié de préciser que Harpignies lui-même est un des personnages de cet album. Les auteurs racontent en parallèle l'histoire d'Eric et celle de son ancêtre, les deux découvrant progressivement au cours du récit les mondes de la peinture et de la musique.  


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158 Re: Je viens de lire le Dim 16 Fév - 15:18

Damned

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grand maître
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Raymond a écrit:Alors c'est une BD qui est faite pour t'intéresser !   Very Happy 

C'est bien ce que je pensais !.....

Raymond

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

159 Re: Je viens de lire le Dim 23 Fév - 13:19

Raymond

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Admin
Guillaume Bouzard est un dessinateur dont on ne parle pas beaucoup ici. Il fait avant tout de la BD d'humour, et vient de sortir un recueil de planches déjà publiées dans Fluide Glacial. Cela s'intitule  "Moi, Bouzard", ou plutôt Moi, BD, grâce à une astuce de mise en page.   Very Happy 



Le dessinateur y raconte tout simplement sa vie quotidienne, avec ses difficultés attendues, ses rencontres imprévues ou ses moments de solitude. Bien sûr, la dérision est premier plan, mais cela n'empêche pas les moments d'introspection.



C'est d'abord une BD dont les anecdotes sont bien senties, et dont l'humour fait souvent mouche. Les histoires sont parfois délirantes et elles révèlent un univers très personnel. Ce petit album est en fait réjouissant, surtout si on le compare à ... cette masse de livres qui s'entassent sur les rayons, qui se ressemblent tous ... et qui manquent singulièrement d'humour !   

C'est donc ma lecture du week-end ! Elle procure au lecteur un plaisir tout simple, et je vous la recommande.   Wink


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160 Re: Je viens de lire le Dim 23 Fév - 20:54

Ethan

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grand maître
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Pour l'instant, il a commencé dans le Spirou, une nouvelle série sur la coupe du monde 2014.

161 Re: Je viens de lire le Dim 9 Mar - 17:55

Raymond

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Pendant l'hiver, il y a moins de nouveautés et on rattrape les manques de l'année précédente. C'est ainsi que je me suis intéressé à Mon ami Dahmer, le livre autobiographique de Derf Backderf, qui est sorti au printemps dernier.



Est-il possible de comprendre comment on devient un tueur en série ? Cette question a hanté Derf Backderf pendant une vingtaine d'années, avant qu'il ne se décide à en faire un livre. A l'origine de cette interrogation, il y a une amitié qu'il avait développé pendant ses années de collège avec un nommé Jeffrey Dahmer. Celui-ci est devenu par la suite un des plus abominables tueurs en série qui ait existé aux USA.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_Dahmer

Au collège, en fait, Dahmer était déjà un individu bizarre. Présentant tour à tour un comportement terne et des attitudes hystériques, il était un individu hors norme, suscitant la crainte et la répulsion. Isolé, méprisé et parfois persécuté, Dahmer éprouvait un bizarre plaisir à disséquer des cadavres d'animaux ramassés sur la route. Son comportement excentrique lui valait toutefois d'avoir un club d'admirateurs, qui appréciaient de le voir transgresser les normes sociales.



Puisant dans ses souvenirs personnels, Derf Backderf accumule dans son livre les souvenirs intrigants et les anecdotes révélatrices. Pouvait-on deviner que cet individu déviant allait devenir un monstre ? Il faut bien avouer que oui, pour le lecteur, mais il est toujours difficile d'imaginer l'inimaginable. Le fait d'avoir des goûts bizarres, et une tendance nécrophile, n'étaient pas forcément synonyme d'envies de meurtre, et les bizarreries de Dahmer devaient être bien difficiles à comprendre pour ses contemporains.



L'oeuvre ne se limite toutefois pas à une collection d'anecdotes, et l'auteur crée un véritable dossier. Backderf s'intéresse en effet aux rapports de police, aux témoignages d'autres témoins et aux aveux tardifs de Dahmer pour essayer de comprendre l'origine des pulsions macabres. Il se demande surtout si quelqu'un aurait pu empêcher cette évolution meurtrière, et s'il n'aurait pas fallu chercher précocement à comprendre cet adolescent, plutôt que de le confirmer perpétuellement dans sa position marginale.



Précisons que je ne suis pas très amateur d'histoires de tueurs en série, mais j'ai admiré la force de ce livre qui nous rapporte des faits authentiques et bien documentés. L'auteur a de plus l'intelligence de ne pas nous montrer les meurtres, et il se limite à décrire l'adolescent qu'il a connu, c'est-à-dire un personnage pour qui tout était peut être encore possible. C'est par ailleurs une authentique BD qui s'appuie sur un dessin caricatural très maîtrisé, qui sait éviter la surenchère tout en restant très suggestif. Et puis c'est un album qui se lit facilement et rapidement, car les faits sont simplement exposés d'une façon chronologique, de façon factuelle et accompagnés d'une "voix off" qui précise à chaque fois les circonstances des événements.

C'est donc une excellente BD à lire !   Very Happy

Je vous la recommande !   Wink


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162 Re: Je viens de lire le Dim 9 Mar - 18:21

Raymond

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Mon ami Dahmer a bien sûr suscité une importante activité critique sur le Web !

Derf Backderf a ainsi été interviewé par Actua BD.

http://www.actuabd.com/Derf-Backderf-Mon-Ami-Dahmer-Le

Et aussi par France 24 .

http://bandedessinee.blogs.france24.com/article/2013/05/28/mon-ami-dahmer-retour-sur-la-jeunesse-dun-serial-killer-0

L'album a été chroniqué sur Comicsblog.

http://www.comicsblog.fr/15617-Mon_ami_Dahmer_la_review

Sur BDzoom (par Gilles Ratier)

http://bdzoom.com/64497/bd-de-la-semaine/%C2%AB-mon-ami-dahmer-%C2%BB-par-derf-backderf/

Et par Actua BD, entre autres ...¨

http://www.actuabd.com/Mon-ami-Dahmer-Par-Derf-Backderf

Je ne prolongerai pas indéfiniment la liste ...  Wink 

Et puis, rappelons que l'album a obtenu le Fauve d'Angoulême dans la catégorie "prix révélation" pour l'année 2014 !


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163 Re: Je viens de lire le Dim 13 Avr - 15:55

Raymond

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Connaissez-vous la série Last Man ? Pour ma part, j'avais un peu boudé jusqu'ici ce "manga à la française". Hier, cependant, j'ai eu l'envie d'essayer de lire le premier tome, tandis que je me promenais dans une librairie !



Cette BD raconte l'histoire d'un tournoi traditionnel de combats, dans un monde fictif. Un jeune garçon nommé Adrian Velba rêve d'y participer, mais il n'a que 12 ans. Il parvient tout de même à s'inscrire à la dernière minute, grâce à l'arrivée tardive d'un compétiteur inconnu nommé Richard Aldana. Ce dernier connait mal les règles et les techniques spécifiques de lutte, mais il se bat avec une conviction qui le rend redoutable.

 

Plusieurs personnages secondaires intéressants participent à cette compétition, et leurs portraits sont souvent bien trouvés. On y relève entre autres la présence de deux sosies des frères Bogdanoff, et c'est bien sûr un "private joke".



D'autres personnages entourent les combattants, et les intrigues secondaires sont nombreuses. Relevons par exemple qu'Adrian vit avec une mère ravissante, qui ne laisse pas indifférent Richard Aldana.  Very Happy 



Bien sûr, le début de cette histoire n'est pas original, mais ce respect des conventions fait partie du charme de cette BD. Les auteurs utilisent en fait un canevas bien traditionnel, qu'il faut lire "au premier degré", sans arrière pensée, et ... ça marche ! J'ai bien été séduit par cette intrigue toute simple, très conventionnelle puisqu'elle semble inspirée par certains films à succès, mais aussi assez maligne puisqu'elle y ajoute des variantes imprévues. Chaque combat contient une petite dose de suspense.  Very Happy 



Cette BD pleine de fraîcheur et de spontanéité est racontée avec une efficacité redoutable. Elle est par ailleurs publiée d'une façon rapide (au bout d'un an, nous en sommes déjà au 4ème tome), et elle renoue complètement avec le plaisir des feuilletons. Le dessin et le scénario, aussi simples que séduisants, sont dus à Bastien Vives (un auteur déjà bien connu), Mickaël Sanlaville (un illustrateur que je ne connais pas) et Balak (dessinateur de story-board), et c'est un grand succès. Ce trio est en train de renouveler la BD franco-belge.

Last Man est donc une série au style nouveau, qui renoue astucieusement avec un scénario bien classique. C'est une nouvelle oeuvre à suivre ... et il y en a déjà beaucoup ... mais c'est une bonne nouvelle pour les amoureux de la BD.   Cool


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164 Re: Je viens de lire le Ven 18 Avr - 12:20

Raymond

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Saviez-vous que les premiers soldats qui sont libéré Paris en 1944 étaient en réalité espagnols ? C'est une anecdote que j'ai découvert en lisant La Nueve, le dernier album publié par Paco Roca.



Paco Roca est un des plus intéressants auteurs espagnols actuels. J'avais déjà chroniqué un de ses albums intitulé Rides (et consacré à la maladie d'Alzheimer) dans mon blog. Ce livre avait eu un certain succès, et avait même eu droit à une adaptation filmée.

http://lecturederaymond.over-blog.com/article-29605282.html

La Nueve est le nom que portait une des compagnies de la division Leclerc en 1944. Elle était composée d'anciens soldats républicains espagnols, qui poursuivaient leur lutte contre le fascisme en combattant Hitler. Ces oubliés de l'histoire ont rarement été mentionnés dans les livres ou les reportages, et Paco Roca s'est livré à une véritable enquête pour retrouver leurs traces. C'est ainsi qu'il a fait la connaissance de Miguel Ruiz, un vieil espagnol taciturne qui vit en France, et qui se montre d'abord réticent à évoquer ses souvenirs.



On remarque au passage que les séquences contemporaines, pendant lesquelles Paco interroge Luis, sont présentées avec une coloration pâle et monochrome. Ceci contraste avec les aventures de guerre qui sont teintées de couleurs pleines. Cet effet tout simple donne beaucoup de clarté au récit, et l'ensemble se lit avec une grande facilité.



Miguel se laisse donc peu à peu amadouer, et commence à raconter son périple pendant les années de guerre. Cela commence par un exil en Afrique du Nord, où il est emprisonné pendant 3 ans par les français, puis cela se poursuit avec l'engagement des républicains espagnols dans les troupes américaines, en 1942. La guerre est présentée à travers une suite d'anecdotes, vécues au jour le jour par les combattants, et elle est racontée avec une grande sobriété, sans effet graphique ni tentative de suspense.



Ce type de récit m'a un peu rappelé La guerre d'Alan, mais le message est bien sûr complètement différent. La Nueve veut être un hommage à de véritables héros qui ont été oubliés par l'histoire, tandis que le récit d'Alan cherchait au contraire à présenter une époque héroïque de façon banale. Ces deux livres ont toutefois quelque chose en commun : ils ont la même façon de révéler une histoire passionnante, en s'intéressant d'abord à de vieilles personnes que tout le monde néglige. La vie de ces combattants espagnols est en effet une suite incroyable de péripéties.

C'est donc un très beau livre que vient de publier Paco Roca ! Il est probable qu'il ne fera pas beaucoup parler de lui, car il propose peu de pages spectaculaires, mais il plaira à tous les amateurs de "belles BD", c'est à dire de ces livres qui allient l'intelligence du récit à la séduction du dessin. A mon goût, La Nueve est déjà un des albums de l'année.  Wink 


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165 Re: Je viens de lire le Ven 18 Avr - 12:25

Treblig


Double prix Nobel
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Raymond a écrit:Connaissez-vous la série Last Man ? Pour ma part, j'avais un peu boudé jusqu'ici ce "manga à la française". Hier, cependant, j'ai eu l'envie d'essayer de lire le premier tome, tandis que je me promenais dans une librairie !



Cette BD raconte l'histoire d'un tournoi traditionnel de combats, dans un monde fictif. Un jeune garçon nommé Adrian Velba rêve d'y participer, mais il n'a que 12 ans. Il parvient tout de même à s'inscrire à la dernière minute, grâce à l'arrivée tardive d'un compétiteur inconnu nommé Richard Aldana. Ce dernier connait mal les règles et les techniques spécifiques de lutte, mais il se bat avec une conviction qui le rend redoutable.

 

Plusieurs personnages secondaires intéressants participent à cette compétition, et leurs portraits sont souvent bien trouvés. On y relève entre autres la présence de deux sosies des frères Bogdanoff, et c'est bien sûr un "private joke".



D'autres personnages entourent les combattants, et les intrigues secondaires sont nombreuses. Relevons par exemple qu'Adrian vit avec une mère ravissante, qui ne laisse pas indifférent Richard Aldana.  Very Happy 



Bien sûr, le début de cette histoire n'est pas original, mais ce respect des conventions fait partie du charme de cette BD. Les auteurs utilisent en fait un canevas bien traditionnel, qu'il faut lire "au premier degré", sans arrière pensée, et ... ça marche ! J'ai bien été séduit par cette intrigue toute simple, très conventionnelle puisqu'elle semble inspirée par certains films à succès, mais aussi assez maligne puisqu'elle y ajoute des variantes imprévues. Chaque combat contient une petite dose de suspense.  Very Happy 



Cette BD pleine de fraîcheur et de spontanéité est racontée avec une efficacité redoutable. Elle est par ailleurs publiée d'une façon rapide (au bout d'un an, nous en sommes déjà au 4ème tome), et elle renoue complètement avec le plaisir des feuilletons. Le dessin et le scénario, aussi simples que séduisants, sont dus à Bastien Vives (un auteur déjà bien connu), Mickaël Sanlaville (un illustrateur que je ne connais pas) et Balak (dessinateur de story-board), et c'est un grand succès. Ce trio est en train de renouveler la BD franco-belge.

Last Man est donc une série au style nouveau, qui renoue astucieusement avec un scénario bien classique. C'est une nouvelle oeuvre à suivre ... et il y en a déjà beaucoup ... mais c'est une bonne nouvelle pour les amoureux de la BD.   Cool



http://www.actuabd.com/Lastman-deja-plus-de-800-pages-d

166 Re: Je viens de lire le Ven 18 Avr - 14:09

Raymond

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Admin
Raymond a écrit:Saviez-vous que les premiers soldats qui sont libéré Paris en 1944 étaient en réalité espagnols ? C'est une anecdote que j'ai découvert en lisant La Nueve, le dernier album publié par Paco Roca.



Paco Roca est un des plus intéressants auteurs espagnols actuels. J'avais déjà chroniqué un de ses albums intitulé Rides (et consacré à la maladie d'Alzheimer) dans mon blog. Ce livre avait eu un certain succès, et avait même eu droit à une adaptation filmée.

http://lecturederaymond.over-blog.com/article-29605282.html

La Nueve est le nom que portait une des compagnies de la division Leclerc en 1944. Elle était composée d'anciens soldats républicains espagnols, qui poursuivaient leur lutte contre le fascisme en combattant Hitler. Ces oubliés de l'histoire ont rarement été mentionnés dans les livres ou les reportages, et Paco Roca s'est livré à une véritable enquête pour retrouver leurs traces. C'est ainsi qu'il a fait la connaissance de Miguel Ruiz, un vieil espagnol taciturne qui vit en France, et qui se montre d'abord réticent à évoquer ses souvenirs.



On remarque au passage que les séquences contemporaines, pendant lesquelles Paco interroge Luis, sont présentées avec une coloration pâle et monochrome. Ceci contraste avec les aventures de guerre qui sont teintées de couleurs pleines. Cet effet tout simple donne beaucoup de clarté au récit, et l'ensemble se lit avec une grande facilité.



Miguel se laisse donc peu à peu amadouer, et commence à raconter son périple pendant les années de guerre. Cela commence par un exil en Afrique du Nord, où il est emprisonné pendant 3 ans par les français, puis cela se poursuit avec l'engagement des républicains espagnols dans les troupes américaines, en 1942. La guerre est présentée à travers une suite d'anecdotes, vécues au jour le jour par les combattants, et elle est racontée avec une grande sobriété, sans effet graphique ni tentative de suspense.



Ce type de récit m'a un peu rappelé La guerre d'Alan, mais le message est bien sûr complètement différent. La Nueve veut être un hommage à de véritables héros qui ont été oubliés par l'histoire, tandis que le récit d'Alan cherchait au contraire à présenter une époque héroïque de façon banale. Ces deux livres ont toutefois quelque chose en commun : ils ont la même façon de révéler une histoire passionnante, en s'intéressant d'abord à de vieilles personnes que tout le monde néglige. La vie de ces combattants espagnols est en effet une suite incroyable de péripéties.

C'est donc un très beau livre que vient de publier Paco Roca ! Il est probable qu'il ne fera pas beaucoup parler de lui, car il propose peu de pages spectaculaires, mais il plaira à tous les amateurs de "belles BD", c'est à dire de ces livres qui allient l'intelligence du récit à la séduction du dessin. A mon goût, La Nueve est déjà un des albums de l'année.  Wink 

Sur le Web, il y a peu d'articles intéressants consacrés à cet album (pour l'instant).

Par contre, j'ai découvert que les planches ont été mises en ligne par Le Monde. Cela se trouve à cette adresse :

http://www.lemonde.fr/culture/visuel/2014/04/07/la-nueve-de-paco-roca_4394469_3246.html


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167 Re: Je viens de lire le Lun 21 Avr - 9:52

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Raymond a écrit:
Saviez-vous que les premiers soldats qui sont libéré Paris en 1944 étaient en réalité espagnols ? C'est une anecdote que j'ai découvert en lisant La Nueve, le dernier album publié par Paco Roca.



http://bdzoom.com/73841/bd-de-la-semaine/%c2%ab-la-nueve-%c2%bb-par-paco-roca/


http://www.franceinfo.fr/livre/bd-bande-dessinee/les-espagnols-et-leur-histoire-1386959-2014-04-20#main-content

http://www.actuabd.com/La-Nueve-Par-Paco-Roca-trad-J-M



Dernière édition par Treblig le Ven 2 Mai - 12:22, édité 1 fois

168 Re: Je viens de lire le Lun 5 Mai - 19:38

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
Une interview de Paco Roca à propos de cet album.  study 


http://www.bodoi.info/paco-roca-espagnol-en-lutte/

169 Re: Je viens de lire le Dim 11 Mai - 17:48

Raymond

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Il n'y avait pas de grande nouveauté en matière de BD, ce week-end. C'était donc le bon moment pour s'attaquer à la suite de la Vie de Mizuki.   Very Happy 



Après un premier tome consacré à l'Enfance, puis un second volume consacré à la Deuxième Guerre Mondiale, cette troisième partie raconte la vie de Mizuki comme auteur de manga. C'est l'occasion pour lui de nous raconter la dureté de la vie pour les mangakas qui, au cours des années 50, ne mangeaient pas toujours à leur faim. C'est aussi l'opportunité de croquer quelques uns de ses célèbres confrères qui ont travaillé pour la revue Garo. C'est ainsi que l'on découvre un portrait hilarant de Sanpei Shirato, l'auteur justement célèbre de Kamui Den.



Mizuki a aussi travaillé avec Yoshiharu Tsuge, l'auteur de l'Homme sans talent (un manga pénible à lire mais très estimé par les critiques). Ce personnage timide nous apparait un peu à l'image de son oeuvre, aussi dépressif qu'original.



Dans ce troisième volume, Mizuki raconte longuement comment s'est faite sa carrière, ainsi que son mariage (arrangé par les parents), ses mésaventures et ses tocades. Le début du livre est plutôt consacré aux soucis d'argent, mais l'auteur se réveille ensuite, et Mizuki nous parle alors de ce qui l'inspire.



On découvre dans ce livre un mélange de rêve et de réalité, qui provient de la passion de Mizuki pour les "yokai", sortes de fantômes qui hantent la vie des japonais. Cet intérêt se révèle dans son oeuvre, avec la création de Kitaro le repoussant, un manga qui est devenu sa série vedette, mais il s'est aussi manifesté dans sa vie entière. C'est ainsi que Mizuki a fait de nombreux voyages dans diverses régions primitives qui pratiquaient des religions animistes, à la recherche de démons ou de fantômes. Il nous raconte ses aventures et ses voyages avec un mélange de sincérité et de dérision.



Il y a tout cela, et bien d'autres choses encore, dans cette Vie de Mizuki, qui nous fait découvrir un auteur attachant et original. Ce livre donne envie de découvrir un peu plus son oeuvre.

En tout cas, Mizuki fait partie des tout grands.

Et voilà ! C'était la BD du week-end !   Very Happy


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170 Re: Je viens de lire le Dim 8 Juin - 17:38

Raymond

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C'était le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, et les émissions se sont multipliées à la TV sur ce sujet. Pour ma part, je me suis surtout intéressé à cette BD qui raconte la bataille d'Omaha Beach. Elle vient de sortir et ses auteurs sont Jean-David Morvan et Dominique Bertail.



Ce petit livre, au format dit "à l'italienne", aborde cette page d'histoire d'une manière originale. Plutôt que de raconter à nouveau les préparatifs et les événements du débarquement lui-même, les auteurs s'intéressent à l'histoire de Robert Capa, le photographe dont les clichés pris pendant la bataille ont pu être admirés par le monde entier. Sa biographie est mal connue, et le fait de se focaliser sur un personnage donne aux scènes de bataille un aspect "vécu" qui les rend plus intéressantes.



Le récit est bien sûr très documenté et il permet de découvrir ce débarquement avec un autre regard que celui de Spielberg. Face à l'horreur du combat, le photographe se borne à essayer de survivre. Et puis, quand il le peut, il prend quelques photos.



S'inspirant manifestement des photos de Robert Capa, le dessin de Bertail se montre précis et évocateur. Le choix de la monochromie (discrètement bleutée) donne à ses images un style sobre. Le dessinateur reste en fait au service du récit.



C'est en fait un joli petit livre, et une BD tout à fait réussie, qui ne se contente pas de paraphraser les films consacrés à ce sujet. C'était aussi la bonne lecture du week-end !   Wink


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171 Re: Je viens de lire le Lun 9 Juin - 10:03

Raymond

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Raymond a écrit:C'était le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie, et les émissions se sont multipliées à la TV sur ce sujet. Pour ma part, je me suis surtout intéressé à cette BD qui raconte la bataille d'Omaha Beach. Elle vient de sortir et ses auteurs sont Jean-David Morvan et Dominique Bertail.



Ce petit livre, au format dit "à l'italienne", aborde cette page d'histoire d'une manière originale. Plutôt que de raconter à nouveau les préparatifs et les événements du débarquement lui-même, les auteurs s'intéressent à l'histoire de Robert Capa, le photographe dont les clichés pris pendant la bataille ont pu être admirés par le monde entier. Sa biographie est mal connue, et le fait de se focaliser sur un personnage donne aux scènes de bataille un aspect "vécu" qui les rend plus intéressantes.



Le récit est bien sûr très documenté et il permet de découvrir ce débarquement avec un autre regard que celui de Spielberg. Face à l'horreur du combat, le photographe se borne à essayer de survivre. Et puis, quand il le peut, il prend quelques photos.



S'inspirant manifestement des photos de Robert Capa, le dessin de Bertail se montre précis et évocateur. Le choix de la monochromie (discrètement bleutée) donne à ses images un style sobre. Le dessinateur reste en fait au service du récit.



C'est en fait un joli petit livre, et une BD tout à fait réussie, qui ne se contente pas de paraphraser les films consacrés à ce sujet. C'était aussi la bonne lecture du week-end !   Wink

Actua BD consacre un petit article à "Omaha Beach, 5 juin 1944" !

http://www.actuabd.com/Le-Debarquement-d-Omaha-Beach-dans

Une interview sur le même sujet dans Actua BD!

http://www.actuabd.com/Thierry-Tinlot-Omaha-Beach-le-6


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172 Re: Je viens de lire le Dim 18 Jan - 16:17

Raymond

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J'ai découvert hier en librairie le nouvel album de Nicoby et Aeschimann, consacré à la révolution du journal Pilote. Je me suis bien sûr précipité dessus ! Very Happy



Rappelons que Nicoby avait déjà publié des reportages en BD consacrés au professeur Choron et au dessinateur Fournier, et je les avais beaucoup appréciés. Je m'attendais donc à un nouvel ouvrage de qualité, consacré de plus à un sujet qui me passionne .... mais il et clair que j'en attendais un peu trop !   Neutral

Que s'est-il vraiment passé lors de cette fameuse réunion de mai 68, lorsque Goscinny s'est fait agresser (verbalement bien sûr) par un groupe de dessinateurs contestataires, stimulés par le contexte politique révolutionnaire ? Il existe de nombreux récits divergents, provenant parfois de témoins de l'événement, et malheureusement beaucoup plus souvent d'auteurs qui n'ont fait qu'entendre des récits indirects. Un livre expose à merveille cette diversité d'avis, c'est celui de José-Louis Bocquet intitulé "Goscinny et moi". Il nous révèle une partie de la vérité, tout en laissant certains détails dans l'ombre. Il est probable que nous n'en saurons jamais plus.



Courageusement, Nicoby et Aeschimann ont repris l'enquête à son point de départ, en interviewant six des "témoins" de la révolution interne qu'a connu le journal Pilote après mai 1968. Ces témoins sont des auteurs célèbres : Gotlib, Claire Bretécher, Mandryka, Philippe Druillet, Fred et Giraud. Malheureusement, les souvenirs de ces dessinateurs ne sont pas toujours très vivaces, et de plus, quatre d'entre eux n'ont pas assisté à la fameuse réunion contestataire. Seuls Mandryka et Giraud ont été des acteurs de cet événement, et Jean Giraud est de plus décédé avant de pouvoir rencontrer les deux enquêteurs. Ces derniers n'ont donc recueilli que très peu d'infos.  Rolling Eyes

Un des mérite de ce livre, c'est certainement de ne s'inspirer que des témoignages qui ont pu être recueillis d'une façon directe (pour Giraud, ce n'était qu'un entretien téléphonique). Malheureusement, cette caractéristique est aussi la plus grande faiblesse de l'ouvrage, car les bonnes infos sont peu nombreuses. Les auteurs semblent d'ailleurs se rendre compte que leur propos est un peu léger, car ils multiplient les digressions, ou les gags, afin d'enrichir le contenu du récit. Le livre ne fait d'ailleurs que raconter comment les deux auteurs ont progressé dans leur enquête.



Bien sûr, la "révolution Pilote", ce n'était pas que la rencontre houleuse de mai 68, mais plutôt (et surtout) les changements spectaculaires que Goscinny a instauré dans le fonctionnement du journal. C'est à ce moment-là que la BD a commencé à devenir adulte. Gotlib, Druillet, Giraud/Moebius et quelques autres ont commencé à faire de la "BD d'auteur", plutôt que des feuilletons illustrés, et les pages d'actualités cherchaient vraiment à créer quelque chose de nouveau. Malheureusement, cette première révolution préparait aussi la fin du journal hebdomadaire, car "une fois devenus grands", les dessinateurs n'ont pas hésité à créer leurs propres journaux qui se nommaient l'Echo des Savannes, Métal Hurlant ou Fluide Glacial. Ces nouveaux titres furent un véritable choc pour René Goscinny, et Mandryka expose tout cela avec honnêteté.



Cette "révolution" de la BD est certainement un sujet passionnant, mais le livre de Nicoby et Aeschimann ne parvient que rarement à en disserter avec intelligence. Cette constatation ne résulte pas d'un manque d'idées, mais plutôt d'un concept qui structure (et limite) l'ouvrage en une série de rencontres plus ou moins intéressantes. Les dessinateurs se livrent souvent avec une certaine retenue, et l'intérêt des témoignages s'en ressent. C'est ainsi que Gotlib, un créateur pour lequel j'ai la plus grande admiration, ne semble plus avoir une grande envie de parler de cette époque.



La "Révolution Pilote" est donc un bel ouvrage, mais un tel sujet appelait une recherche sérieuse des bonnes informations. Peut être que des dessinateurs moins célèbres (ou d'autres témoins directs comme Jean-Claude Mézières) auraient apporté un peu plus d'idées intéressantes, et que cette liste de six célébrités reste insuffisante pour faire un bon livre. Cela reste bien sûr une bonne BD, mais elle ne remplacera jamais le livre de témoignages recueillis par José-Louis Bocquet, qui se révèle bien plus intéressant.

Ceci dit, ce n'est pas une raison de ne pas lire la "Révolution Pilote", qui se révèle finalement être un livre plaisant.  Wink


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173 Re: Je viens de lire le Mar 7 Avr - 11:13

Treblig


Double prix Nobel
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Raymond a écrit:J'ai découvert hier en librairie le nouvel album de Nicoby et Aeschimann, consacré à la révolution du journal Pilote. Je me suis bien sûr précipité dessus ! Very Happy



Rappelons que Nicoby avait déjà publié des reportages en BD consacrés au professeur Choron et au dessinateur Fournier, et je les avais beaucoup appréciés. Je m'attendais donc à un nouvel ouvrage de qualité, consacré de plus à un sujet qui me passionne .... mais il et clair que j'en attendais un peu trop !   Neutral

Que s'est-il vraiment passé lors de cette fameuse réunion de mai 68, lorsque Goscinny s'est fait agresser (verbalement bien sûr) par un groupe de dessinateurs contestataires, stimulés par le contexte politique révolutionnaire ? Il existe de nombreux récits divergents, provenant parfois de témoins de l'événement, et malheureusement beaucoup plus souvent d'auteurs qui n'ont fait qu'entendre des récits indirects. Un livre expose à merveille cette diversité d'avis, c'est celui de José-Louis Bocquet intitulé "Goscinny et moi". Il nous révèle une partie de la vérité, tout en laissant certains détails dans l'ombre. Il est probable que nous n'en saurons jamais plus.



Courageusement, Nicoby et Aeschimann ont repris l'enquête à son point de départ, en interviewant six des "témoins" de la révolution interne qu'a connu le journal Pilote après mai 1968. Ces témoins sont des auteurs célèbres : Gotlib, Claire Bretécher, Mandryka, Philippe Druillet, Fred et Giraud. Malheureusement, les souvenirs de ces dessinateurs ne sont pas toujours très vivaces, et de plus, quatre d'entre eux n'ont pas assisté à la fameuse réunion contestataire. Seuls Mandryka et Giraud ont été des acteurs de cet événement, et Jean Giraud est de plus décédé avant de pouvoir rencontrer les deux enquêteurs. Ces derniers n'ont donc recueilli que très peu d'infos.  Rolling Eyes

Un des mérite de ce livre, c'est certainement de ne s'inspirer que des témoignages qui ont pu être recueillis d'une façon directe (pour Giraud, ce n'était qu'un entretien téléphonique). Malheureusement, cette caractéristique est aussi la plus grande faiblesse de l'ouvrage, car les bonnes infos sont peu nombreuses. Les auteurs semblent d'ailleurs se rendre compte que leur propos est un peu léger, car ils multiplient les digressions, ou les gags, afin d'enrichir le contenu du récit. Le livre ne fait d'ailleurs que raconter comment les deux auteurs ont progressé dans leur enquête.



Bien sûr, la "révolution Pilote", ce n'était pas que la rencontre houleuse de mai 68, mais plutôt (et surtout) les changements spectaculaires que Goscinny a instauré dans le fonctionnement du journal. C'est à ce moment-là que la BD a commencé à devenir adulte. Gotlib, Druillet, Giraud/Moebius et quelques autres ont commencé à faire de la "BD d'auteur", plutôt que des feuilletons illustrés, et les pages d'actualités cherchaient vraiment à créer quelque chose de nouveau. Malheureusement, cette première révolution préparait aussi la fin du journal hebdomadaire, car "une fois devenus grands", les dessinateurs n'ont pas hésité à créer leurs propres journaux qui se nommaient l'Echo des Savannes, Métal Hurlant ou Fluide Glacial. Ces nouveaux titres furent un véritable choc pour René Goscinny, et Mandryka expose tout cela avec honnêteté.



Cette "révolution" de la BD est certainement un sujet passionnant, mais le livre de Nicoby et Aeschimann ne parvient que rarement à en disserter avec intelligence. Cette constatation ne résulte pas d'un manque d'idées, mais plutôt d'un concept qui structure (et limite) l'ouvrage en une série de rencontres plus ou moins intéressantes. Les dessinateurs se livrent souvent avec une certaine retenue, et l'intérêt des témoignages s'en ressent. C'est ainsi que Gotlib, un créateur pour lequel j'ai la plus grande admiration, ne semble plus avoir une grande envie de parler de cette époque.



La "Révolution Pilote" est donc un bel ouvrage, mais un tel sujet appelait une recherche sérieuse des bonnes informations. Peut être que des dessinateurs moins célèbres (ou d'autres témoins directs comme Jean-Claude Mézières) auraient apporté un peu plus d'idées intéressantes, et que cette liste de six célébrités reste insuffisante pour faire un bon livre. Cela reste bien sûr une bonne BD, mais elle ne remplacera jamais le livre de témoignages recueillis par José-Louis Bocquet, qui se révèle bien plus intéressant.

Ceci dit, ce n'est pas une raison de ne pas lire la "Révolution Pilote", qui se révèle finalement être un livre plaisant.  Wink

Les auteurs en parlent ici .

174 Re: Je viens de lire le Dim 12 Avr - 15:47

Raymond

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De Scott McCloud, on ne connaissait jusqu'ici que son génial album théorique sur la BD (l'Art Invisible), et  il était donc difficile de se faire une idée sur son oeuvre propre. On savait qu'il avait dessiné des histoires de super-héros mais ...  rien de plus. La sortie en français de son premier "graphic novel", intitulé "le sculpteur", était donc un événement que la critique et les fans de l'auteur ne devaient pas rater.



On se demandait bien sûr d'abord à quel style de BD ce théoricien hors pair allait se consacrer. Serait-ce vers une fiction légèrement infantile ou romantique (et pour tout âge), ou vers un thème plus réaliste et adulte, éventuellement analytique ou autobiographique. Son roman est maintenant arrivé sur les rayons des librairies, et nous découvrons un volumineux pavé de presque 500 pages, sobre et élégant, dessiné dans un style économe et orné d'une délicate bichromie bleutée. Le contenu est fictionnel (c'est l'histoire d'un sculpteur qui veut à tout prix faire carrière) mais McCloud nous avait déjà prévenu qu'un graphisme abstrait ou caricatural était toujours propice à la réflexion. Le trait est plutôt proche de la caricature et on peut en déduire cette romance sur l'art a bien l'ambition d'être un peu plus qu'un simple divertissement.



Le "pitch" est assez simple. David Smith, jeune sculpteur vivant à New-York, se voit proposer un pacte "faustien" qui devrait lui permettre de réaliser son rêve d'enfance : sculpter ce qu'il souhaite à mains nues. En échange de ce don surnaturel, il accepte de n'avoir plus que 200 jours à vivre, délai en principe suffisant pour élaborer une oeuvre durable et étincelante. Il se lance aussitôt avec ivresse dans la création de sculptures spectaculaires.



Mais tout comme Faust, David Smith rencontre un obstacle qu'il n'avait pas prévu : il tombe amoureux. Et ainsi, tandis que sa carrière de sculpteur prend son élan, ses raisons de vivre (et de mourir) se transforment complètement. Que signifie finalement le mot "réussir" ?



A l'évidence, cette histoire de "super-sculpteur" (on n'est pas loin du super-héros Wink ) cache une méditation sur l'art et les aléas d'une carrière d'artiste, mais Scott McCloud peaufine en premier lieu son récit. David Smith passe donc par les différentes étapes qui mènent à la célébrité, et l'auteur ne se prive pas d'égratigner au passage le rôle des critiques. Il découvre par ailleurs les mystères des relations sentimentales, et l'accélération des événements va l'amener à découvrir certaines vérités.



Construite en partie comme un thriller, l'intrigue entretient un savant suspense. David Smith sera t-il sauvé ou condamné, comme l'avait été Faust? Il faut arriver au bout des 500 pages pour le savoir et, il faut bien l'admettre, c'est par moments un peu long. La conclusion est toutefois somptueuse, et finalement ... on sait pas qui sont les vainqueurs ou les vaincus. Cette interrogation finale (artistique et philosophique) n'est au fond pas décevante.

Avec ce roman, Scott McCloud a en fait réussi son examen de scénariste efficace et il publie ce qui semble être un futur "classique" de la BD. Il me parait en effet probable que l'on reparlera souvent de ce "Sculpteur", qui traverse toutes les épreuves d'une vie d'artiste, et qui s'interroge sur le sens de ses choix. C'est en tout cas un beau livre à lire, et aussi un des albums de l'année.  Wink


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175 Re: Je viens de lire le Lun 13 Avr - 10:54

Raymond

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Diverses analyses et critiques sur le Web font déjà l'éloge du "Sculpteur". Nul doute qu'il y en aura bientôt beaucoup d'autres.   Very Happy

http://www.liberation.fr/culture/2015/03/24/scott-mccloud-impression-faust_1227553

https://www.actualitte.com/interviews/scott-mccloud-je-voulais-faire-le-sculpteur-tout-seul-tout-maitriser-2288.htm

http://www.planetebd.com/comics/rue-de-sevres/le-sculpteur/-/25582.html

http://www.actuabd.com/Le-Sculpteur-Scott-McCloud

http://www.auracan.com/albums/2194-le-sculpteur-par-scott-mc-cloud.html

http://bdzoom.com/85293/bd-de-la-semaine/%C2%AB%C2%A0le-sculpteur%C2%A0%C2%BB-par-scott-mccloud/

http://www.senscritique.com/bd/Le_Sculpteur/critique/49536644


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