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Le spectre de Carthage

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1Le spectre de Carthage Empty Le spectre de Carthage le Dim 26 Déc - 23:47

Raymond

Raymond
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Le récit du Spectre de Carthage est-il un peu trop court ? Comme Jacques Martin a autrefois avoué que l’album de 44 pages ne lui permettait pas de développer ses récits avec suffisamment d’ampleur, on pourrait accueillir cette déclaration sans autre commentaire. Il me semble pourtant que ce récit minutieusement composé mérite mieux qu’un jugement lapidaire. Aujourd’hui encore, en relisant cet album qui appartient à la période de maturité, je reste ravi par la complexité de cette aventure qui échappe aux conventions habituelles.

Bien sûr, le Spectre de Carthage est d'abord un hommage à Salammbô, le fameux livre de Flaubert. Jacques Martin a souvent raconté sa fascination  pour ce roman qui est à l’origine de son intérêt pour l’Histoire Antique. Dans « le Spectre », il s’est manifestement fait plaisir en incorporant ce roman du XIXème siècle au milieu de la saga d’Alix. Cette malicieuse mise en abyme n’est cependant pas qu’un clin d’œil qu'il lance en direction des connaisseurs. Elle correspond aussi, je pense, à l’envie de réunir dans son oeuvre plusieurs éléments disparates de son monde imaginaire.

Le spectre de Carthage Spectr10

On retrouve donc dans cet album des références à de vieilles aventures et en premier, bien sûr, à l’Ile Maudite. C’est ainsi qu’Alix retrouve la maison du vieux Lydas, toujours remplie de machines étonnantes, dans une planche superbe de composition et d’équilibre. De vieilles connaissances interviennent, comme Brutus dont on découvre l’aspect mutilé et la fin inexorable, et "le Spectre" devient ainsi la conclusion tardive du Tombeau Etrusque. C’est en fait un des premiers albums dans lequel Jacques Martin recherche le plaisir du feuilleton, en utilisant des personnages qui reviennent ou qui disparaissent, en utilisant dans son récit une dimension supplémentaire qui est celle du temps. De nouveaux ennemis et alliés apparaissent, tels le dangereux Eschoum, frère du mage Rafa (allusion à la Griffe Noire) ou le tribun Corus Maler, un soldat intelligent et plein de ressources qui sauve plusieurs fois Alix. L’affrontement de ces deux protagonistes, qui prolonge la vieille rivalité entre Rome et Carthage, résume au fond la trame principale du récit.

Le spectre de Carthage Spectr11

L’intrigue du Spectre de Carthage est passablement compliquée, il faut bien l’avouer, et plusieurs lectures sont nécessaires pour en comprendre tous les détails. Elle est construite comme une intrigue policière, et on se demande qui sont ces dangereux promeneurs nocturnes qui hantent les ruines de Carthage, et pourquoi surviennent ces tentatives d’assassinat auxquelles Alix échappe par miracle. Ce dernier réagit de manière combative mais il comprend qu’à la fin tous ces mystères. Le lecteur n’y comprend pas grand-chose, lui non plus, il faut bien le dire, mais l’intérêt du récit est soutenu par le décor et la découverte de Carthage, par l’ambiance de ses rues, de ses maisons et de son port. Jacques Martin multiplie les plans généraux de cette ville qu’il dessine de jour, de nuit et au lever du soleil.

Le spectre de Carthage Spectr12

C’est peut être parce que la cité était dessinée avec parcimonie dans l’Ile Maudite que l’auteur veut rattraper une occasion manquée.  La case géante qui nous fait découvrir le palais du gouverneur n’a vraiment pas d’autre but que le plaisir de la contemplation. L’album devient une sorte de « voyage d’Alix », avant même que la collection soit créée.

Le spectre de Carthage Spectr13

Mais que raconte au fond le Spectre de Carthage. Il y a d’abord une guerre tardive que se livrent l’autorité romaine et les rebelles carthaginois pour posséder l’orichalque, ce métal légendaire qui donne une puissance redoutable à son possesseur. Il y a ensuite le piège fomenté par Brutus, qui s’est allié à Eschoum pour se venger d’Alix. On ne comprend cependant ces lignes directrices que bien plus tard, lorsque le récit arrive à sa conclusion. Ce que l’on remarque bien plus, en lisant l’album, ce sont les détails, ces merveilleux détails qui révèlent le monde antique et qui créent une atmosphère. Il y a ainsi ces ruelles de Carthage que parcourent nos héros, ces artisans que l’on voit travailler par endroit et ces personnages secondaires si bien campés, comme par exemple le sculpteur Scoras qui connait lui aussi une fin tragique.

Le spectre de Carthage Spectr14

Les événements se succèdent avec rapidité, jusqu’à ce que le tribun romain fasse emmurer les notables carthaginois dans la vieille cité. On s’attend à ce que les adversaires se révèlent et que les deux camps s’affrontent de manière spectaculaire mais la conclusion est au contraire plutôt abrupte, Eschoum s’enfuit avec l’orichalque à bord d’un bateau, tandis qu’Alix affronte une dernière fois Brutus. Sous le regard étrangement fasciné de Corus Maler, la tempête ramène avec violence le navire contre le port et une explosion finale fait disparaitre presque tous les protagonistes.

Le spectre de Carthage Spectr15


Cette fin brutale, presque expéditive, serait-elle consécutive à un manque de place au sein des traditionnelles 44 pages, ou s’agit-il d’un effet narratif bien calculé ? Comme beaucoup de lecteurs, j'aurais certes préféré suivre un peu plus l’affrontement d’Eschoum et de Corus Maler, deux personnages au caractère fascinant, mais il est probable qu'ils devaient rester secondaires dans le projet de Jacques Martin. Alix doit garder la vedette et j'incline donc à penser que cette conclusion « syncopée » est bien un choix délibéré, une rupture également destinée à surprendre le lecteur. La conclusion du récit, qui voit Alix un peu ridiculisé par un capitaine de bateau, reste d'ailleurs énigmatique.

Avec son intrigue qui entrelace plusieurs fils narratifs et sa construction qui échappe aux schémas conventionnels, le Spectre de Carthage reste donc une histoire délicieusement intrigante. Ce n'est pas le meilleur album de Jacques Martin, certes, mais je le relis avec plaisir, tout comme d'ailleurs la plupart de ces aventures qui ont été dessinées pendant les années 70 et 80. Cela fait partie de ces BD que j'ai un peu négligées lors de leur parution et dont j'ai découvert plus tardivement certaines beautés cachées. Ce sont aussi ces livres que j'ai le plus de plaisir à relire aujourd'hui.  Wink



Dernière édition par Raymond le Jeu 23 Oct - 13:49, édité 1 fois


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2Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 27 Déc - 9:00

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Martin avait le chic de donner des noms improbables à ses personnages, comme le Grec Horodès (décalqué d'Hérodès ?) dans LE DERNIER SPARTIATE, ou Garofula, Marsalla, qui sont des noms de vins. Sans oublier l'inénarrable Numa Sadulus.

Je me suis demandé s'il ne fallait pas décoder Corus Maler en lui rajoutant deux "h" qui, de toute matière, ne s'entendent pas : Chorus Mahler ?
Je laisse à plus musicologue que moi le soin d'étaler son érudition - c'est-à-dire de nous en faire aimablement profiter -, en nous disant si dans l'oeuvre de Gustav Mahler il y aurait quelque pièce avec choeurs digne de fournir un fond sonore à cette apocalyptique seconde chute de Carthage.

3Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 27 Déc - 10:27

Raymond

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Admin
Mahler ? Je n'y aurais pas pensé. Smile

Je ne sais pas quels étaient les goûts musicaux de Jacques Martin (aimait-il la musique classique ?) mais ... s'il fallait trouver un accompagnement sonore à cette histoire, j'imaginerais plutôt un opéra de Verdi, quelque chose du genre épique comme la "Force du Destin" ou "le Trouvère". Comme accompagnement musical d'un décor qui présente les ruines de Carthage, cela donnerait un bel effet. Cette histoire d'Alix est en effet un drame et certaines scènes, de même que les attitudes des personnages sont parfois théâtrales. Tous les protagonistes, à commencer par Alix mais il y a aussi Brutus, Eschoum ou Corus Maler, sont animés par une passion féroce, comme le sont généralement les personnages d'un opéra.

Au fait, comment comprend-tu ces deux dernières pages de l'album, à moitié contemplatives, dont l'ambiance reste énigmatique ?


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4Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 27 Déc - 10:50

Raymond

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Pour que tout le monde saisisse bien à quelle musique à de quelle ambiance je fais allusion, voici l'ouverture du Trouvère que vous pouvez écouter ! Wink



Cela donne envie de relire le Spectre de Carthage. Very Happy


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5Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Mar 28 Déc - 11:10

Raymond

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Je me rend compte que je n'ai pas évoqué jusqu'à présent le personnage de Samtho, cette jeune fille facilement séduite par Alix. C'est un gros oubli de ma part. Cette intrigue amoureuse est assez courte, mais elle occupe une place centrale dans cette aventure.

Le spectre de Carthage Spectr16

Samtho n'est pas la première femme à être victime de son amour pour Alix, mais elle est une des plus touchantes. Jacques Martin en profite pour inverser les rapports amoureux que l'on trouve dans Salammbô (car Matho est victime de sa passion pour la prêtresse dans le roman) et il y a là, bien sûr, une superbe ironie.



Dernière édition par Raymond le Jeu 23 Oct - 13:50, édité 1 fois


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6Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Mar 28 Déc - 11:17

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grand maître
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Je n'ai pas fait de statistiques sur les femmes d'Alix, mais il en va d'elles comme de toutes celles qui apparaissent dans les séries récurrentes : de James Bond à Bob Morane, elles meurent ou disparaissent une manière ou d'une autre à la fin de l'histoire.

7Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Mar 28 Déc - 11:45

Raymond

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Admin
Il y a tout de même une exception qui est Lidia, la soeur d'Octave. Non seulement elle réapparait (dans Roma Roma), mais Alix lui fait explicitement la cour.

Bien sûr, Lidia (ou Octavia) est un personnage historique et Jacques Martin ne peut pas la faire disparaître comme ça ! Very Happy


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8Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 16:23

AJAX

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grand maître
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Mais si, Raymond !
Un personnage historique peut très bien disparaître "comme ça".
Je me rappelle que dans les années '50, Cuvelier - ce grand érotomane, le père d'Epoxy - a dessiné une ILIADE où la Belle Hélène avait été oubliée, et les Funcken une sédition Nika sans l'impératrice THEODORA, simplement parce que le journal TINTIN n'admettait pas les putes dans leurs BD - les putes ou les femmes, dans leur esprit c'était pareil. Talibans avant l'heure, ces mecs-là! (Merde, j'ai peut être choqué le commissaire politique de ce site, celui qui voulait me botter le cul...).

Jacques Martin s'est battu contre ce tabou.

Mais trêve de considérations sexistes (pardonnez moi d'être hétéro!).
Je vois dans LES ORACLES de notre ami Marc Jailloux, Cléon "le démagogue" se suicider en 431, alors qu'il mourut en brave sous les murs d'Amphipolis en 422 (et Brasidas y mourut aussi, au cours de la même bataille). La BD n'est pas l'Histoire, hélas ! morderir3

9Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 18:04

Lion de Lisbonne

Lion de Lisbonne
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Raymond a écrit:Il y a tout de même une exception qui est Lidia, la soeur d'Octave. Non seulement elle réapparait (dans Roma Roma), mais Alix lui fait explicitement la cour.

Bien sûr, Lidia (ou Octavia) est un personnage historique et Jacques Martin ne peut pas la faire disparaître comme ça ! Very Happy
Hera, de "Le Dieu Sauvage" retourne (vraiment très triste Sad ) chez son people à la fin de l'album Wink

10Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 19:23

Raymond

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Admin
Effectivement, Hera ne meurt pas, mais c'est tout de même assez triste pour elle. Wink

Sinon, ces BD sur "l'Iliade" par Cuvelier (qui a été rééditée d'ailleurs) ou la "sédition Nika" par Funcken (je ne connaissais pas cette anecdote sur Theodora) sont de simples récits de 4 pages scénarisés par Yves Duval pendant les années 50. C'était du travail assez vite fait et qui n'était pas destiné à durer. Ces petits récit n'ont jamais été un modèle de rigueur historique et je ne les situe pas au même niveau que les albums d'Alix. Rolling Eyes


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11Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 20:10

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grand maître
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Effrayé, Justinien pensait à se tirer. Son épouse Théodora a animé la répression (30.000 citoyens de Byzance massacrés dans l'hippodrome par les mercenaires goths du général Mundus).
Sacrée drôlesse que Théodora, elle-même ancienne prostituée qui, une fois au pouvoir, est devenue bigote, faisant enfermer dans un couvent ses anciennes consoeurs sous prétexte de sauver leurs âmes (beaucoup préfèrèrent se suicider plutôt que d'y rester, si j'en crois Gibbon).

Théodora était monophysite, tandis que son époux Justinien était catholique ultra. Pas triste. Mais je ne vous exposerai pas la nuance, histoire de ne pas étaler mon érudition... d'ailleurs toute relative (comme disait d'autre, le politrouk).

Beaucoup d'amateurs de BD n'y connaissent rien, en matière d'Histoire, mais sont prets à tout avaler. Pour ma part, j'ai aimé la sublime Gianna Maria Canale dans ce rôle, in THEODORA IMPERATRICE DI BISANZIO de Riccardo Freda (1953). Je lui ai même consacré un numéro de mon fanzine, KOLOSSAL. J'ai donc lu pas mal de choses à son sujet. A mes yeux, l'oeuvre de Liliane et Fred Funcken, plus didactique, vaut largement celle de Jacques Martin en matière de vulgarisation de l'Antiquité. Même si elle n'a pas obtenu la même reconnaissance du public... peut-être bien - comme tu le sous-entends, Raymond - parce qu'elle était, euh, plus sèche...
Question d'époque. Shocked

12Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 20:31

Raymond

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Attention ! Je ne dédaigne pas l'oeuvre de Liliane et Fred Funcken qui est aujourd'hui méconnue par la nouvelle génération. Je leur avait même consacré un billet dans mon blog (c'est ici). Il faut toutefois bien admettre que ces courts récits de quatre pages, réalisés à la petite semaine pour le journal Tintin, n'avaient pas le même niveau de finition que les grandes histoires destinées à être recueillies en album.

A part cela, l'impératrice Theodora est un personnage aujourd'hui peu connu, et il y aurait de belles BD à faire sur Byzance (à part les les albums des Timour et de Vasco, je n'en connais pas). Je me demande si le péplum de Ricardo Freda respectait de façon scrupuleuse la vérité historique (en fait, j'ai même de gros doutes Smile ).


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13Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Ven 28 Jan - 21:43

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grand maître
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On ne va pas insister sur les courts récits historiques de 4 p. dans TINTIN (copies des HISTOIRES DE L'ONCLE PAUL dans SPIROU). A part la Vierge Marie, je n'y ai jamais rencontré que la maman de Coriolan et celle de Brutus. Ce n'est évidemment pas ainsi que le libertaire que je suis (ni le gamin que j'étais en ces temps-là) voit la femme, en général. Mais ceci n'engage que moi.

Georges Marchal, alors jeune premier français à l'époque, incarnait Justinien (j'avoue que Orson Welles dans EIN KAMPF UM ROM, de Siodmak, 1968, m'a davantage convaincu, dans le rôle de cette grosse brute chrétienne), mais Justinien a bien dû être jeune un jour, comme moi-même ai dû l'être... dans une autre vie. Quand à Théodora-Gianna Maria Canale (ex miss Italie, Mme Freda à la ville [en fait, ils n'étaient pas mariés, comme me l'a lui même expliqué Freda, plusieurs fois rencontré]), elle ne pouvait évidemment avoir un mauvais rôle. Ce film n'était pas nécessairement anhistorique, mais romantique. Néanmoins, difficile d'accepter le happy-end, quand le général Bélisaire vient sauver Théodora, l'arrache aux griffes de ses ennemis. Dejean a écrit trois romans sur Bélisaire qui suggère qu'officiellement ennemi de Théodora, il était secrètement son allié. Les romans sont sympas, mais je n'en crois pas un mot, étant plutôt influencé - je le revendique - par LE COMTE BELISAIRE de Robert Graves, qui concorde mieux avec mes lectures historiques/classiques.

Le propre des romans/BD/films est de créer des zones d'ombre où engouffrer la «fiction» historique. Ca ne me gêne pas vraiment [quoique !...] que dans LES ORACLES, Cléon soit présenté comme un traître. Que l'on défende l'oligarchie comme la démocratie (ou Pétain ou de Gaulle) chacun défend plus ou moins honnêtement sa conception du patriotisme. Je comprends cela. Ce qui me gêne, c'est que Cléon-le-Corroyeur - déjà connoté "démagogue" du temps de ma studieuse enfance, merci Aristophane! - soit présenté comme empoisonneur des eaux de la ville (et, démasqué, se suicide). Alors qu'en réalité il est mort neuf ans plus tard, les armes à la main et à la tête de ses soldats... luttant pour sa patrie, Athènes.
Bon, c'est une BD, pas l'Histoire. Mais en ces temps où tout fout le camp... Very Happy

14Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Sam 29 Jan - 12:08

Raymond

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On s'éloigne beaucoup du sujet initial, Ajax ! Rolling Eyes

Pour les Oracles, il y a déjà un sujet dédié et tu peux y faire tes remarques (Jacky-Charles a d'ailleurs déjà apporté quelques précisions). Pour le péplum, on pourrait ouvrir un sujet qui soit spécialement consacré à ce genre d'oeuvres puisque tu aimes en causer. Je ne suis pas un expert de ces films mais j'en ai tout de même vu un certain nombre dans ma jeunesse. Wink

Le seul péplum ayant un lien avec cet album d'Alix serait "Carthage en flammes", un film plein de rebondissement mais assez éloigné de la vérité historique. Mes souvenirs sont plutôt lointains (je l'ai vu à la TV à la fin des années 60) mais tu dois sûrement bien le connaître. Smile


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15Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Sam 29 Jan - 12:56

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Raymond a écrit:Je me demande si le péplum de Ricardo Freda respectait de façon scrupuleuse la vérité historique (en fait, j'ai même de gros doutes Smile ).

Oui, sorry, je déborde. En fait je répondais à ta remarque ci-dessus. Et puis je me suis mis à gamberger sur Théodora... incorrigible bavard que je suis.

CARTHAGE EN FLAMMES (1959) de Carmine Gallone (le réalisateur du mussolinien SCIPION L'AFRICAIN, en 1937). Avec toute une brochette d'acteurs français comme Pierre Brasseur (à côté de ses pompes, car il n'a pas cette voix théâtrale qui sied aux péplums) et Daniel Gélin. Et l'exquise Anne Heywood qui refusa de tourner nue la scène où elle devait être offerte à Moloch (on la gratifia d'un voile noir transparent pour satisfaire à sa pudeur, ce qui la rapproche du texte de Flaubert, sauf qu'elle était un peu trop âgée pour passer pour un enfant Twisted Evil ). Qu'est-ce que j'ai pu fantasmer à propos d'une de ses interview où j'avais cru comprendre qu'elle avait chargé sa secrétaire de tourner la scène nue à sa place. Mais j'avais mal lu (c'est ladite secrétaire qui avait eu l'idée du voile noir). En fait, c'est plutôt SALAMMBO qu'il faudrait rattacher au SPECTRE DE CARTHAGE.

Il y en a eu plusieurs versions, surtout au temps du muet. J'en retiendrai deux, celle de Pierre Marodon, en 1925, et celle de Sergio Grieco, en 1959 (avec Jacques Sernas et Jeanne Valérie). J'étais en train de préparer un post là-dessus, à propos de BEN HUR et de SALAMMBO (car Martin a vu et adoré la SALAMMBO de 1925, dont les images subliminales ont hanté sa lecture du roman de Flaubert). Mais c'est sur mon PC de travail, je dois transférer avec ma clé USB. Je ferai cela sans doute tantôt. Donc je créerai une nouvelle page "péplum". Sous Martin ou sous Alix ? Cool

16Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Sam 29 Jan - 18:18

Raymond

Raymond
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La discussion sur les péplums continue ICI. Cool


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17Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Dim 22 Fév - 12:33

Fildefer

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Raymond a écrit:Avec son intrigue qui entrelace plusieurs fils narratifs et sa construction qui échappe aux schémas conventionnels, le Spectre de Carthage reste donc une histoire délicieusement intrigante. Ce n'est pas le meilleur album de Jacques Martin, certes, mais je le relis avec plaisir, tout comme d'ailleurs la plupart de ces aventures qui ont été dessinées pendant les années 70 et 80. Cela fait partie de ces BD que j'ai un peu négligées lors de leur parution et dont j'ai découvert plus tardivement certaines beautés cachées. Ce sont aussi ces livres que j'ai le plus de plaisir à relire aujourd'hui.  Wink

Je viens de relire "Le Spectre de Carthage" et, en effet, je partage les conclusions de ton excellente analyse. Analyse agrémentée de quelques vignettes judicieusement choisies pour refléter le degré de maturité graphique qui caractérise les albums de Jacques Martin à cette époque (1970-1980).
Si je possédais un scan, j'y ajouterais volontiers une case horizontale (tirée de la planche 20, page 22) sur laquelle je me suis longuement attardé. Elle offre un panorama superbe d'un paysage méditerranéen semi-aride, avec un olivier séculaire au premier plan, à l'ombre duquel se tient un légionnaire romain. A l'horizon, on distingue la mer au loin, et des collines à l'extrême arrière plan.
Une autre bande horizontale est l'objet de mon admiration : celle de la page 29 (planche 27) avec sa colonne d'archers berbères au premier plan, puis de vétérans, face à la porte des griffons et ses remparts en ruines.
Sans parler des multiples cases au format du tiers d'un strip horizontal, fourmillant néanmoins de détails et multipliant les mouvements de "caméra" de Jacques Martin, fort habile dans la mise en scène et le découpage. La planche 21 (page 23) me semble caractéristiques de ces planches "superbes de composition et d'équilibre" dont tu parlais à propos d'une autre.

Enfin, il convient de souligner, mais ceci n'est pas propre à ce récit, c'est la merveilleuse adéquation de la langue de Jacques Martin et des belles images qu'il renouvelle tout au long de l'intrigue. Une langue plate et terne ne conviendrait pas à un récit épique. Des formules outracières et un ton emphatique pas davantage. Le ton est exactement celui qui convient, et les phrases ont dû être minutieusement ciselées pour répondre aux nécessités de la narration et renforcer l'impact de certaines vignettes. Du grand art.

J'ai apprécié l'hommage tout en finesse envers le Salamboo de Flaubert.

Les multiples degrés de lecture (la référence au roman de Flaubert devait échapper à un grand nombre de lecteurs du journal Tintin, sauf aux lycéens de 14 ans révolus ou à leurs parents) contribuent à faire de ces bandes dessinées des chefs d'oeuvre s'adressant à un très large public, et dont une seule lecture ne suffit pas pour en saisir toutes les richesses.

Un point d'interrogation subsiste, parmi d'autres : la nature mystérieuse de l'orichalque, provenant ici de météorites et qui semble irradier, provoquer des brûlures (d'où la nécessité de le transporter dans des coffres enduits de plomb) et même déclencher des explosions, au point de pouvoir conférer aux puniques une puissance qu'un simple alliage zinc-cuivre ne suffirait à donner.

18Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Dim 22 Fév - 18:33

Raymond

Raymond
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Fildefer a écrit: (...)
Si je possédais un scan, j'y ajouterais volontiers une case horizontale (tirée de la planche 20, page 22) sur laquelle je me suis longuement attardé. Elle offre un panorama superbe d'un paysage méditerranéen semi-aride, avec un olivier séculaire au premier plan, à l'ombre duquel se tient un légionnaire romain. A l'horizon, on distingue la mer au loin, et des collines à l'extrême arrière plan.
Une autre bande horizontale est l'objet de mon admiration : celle de la page 29 (planche 27) avec sa colonne d'archers berbères au premier plan, puis de vétérans, face à la porte des griffons et ses remparts en ruines.
Sans parler des multiples cases au format du tiers d'un strip horizontal, fourmillant néanmoins de détails et multipliant les mouvements de "caméra" de Jacques Martin, fort habile dans la mise en scène et le découpage. La planche 21 (page 23) me semble caractéristiques de ces planches "superbes de composition et d'équilibre" dont tu parlais à propos d'une autre.
(...)

La première image que tu mentionnes ne m'a pas beaucoup impressionné, mais en revanche, la deuxième case, avec sa colonne de soldats en mouvement, est en effet magnifique. C'est un véritable tableau, qui mérite d'être exposé tout seul, pour le simple plaisir des yeux.

Le spectre de Carthage Bellec10

On pourrait en faire une sérigraphie.  Idea


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19Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 23 Fév - 11:38

jfty

jfty
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Mais combien de vignettes pourraient être retranscrites en sérigraphies, elles me semblent innombrables , voire les couvertures ou les culs de lampe Question

20Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 23 Fév - 19:49

Raymond

Raymond
Admin
On pourrait faire un sujet qui soit dédié à cette question ! Wink


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21Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Lun 23 Fév - 20:24

Fildefer

Fildefer
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jfty a écrit:Mais combien de vignettes pourraient être retranscrites en sérigraphies, elles me semblent innombrables , voire les couvertures ou les culs de lampe Question
Assurément.

Raymond a écrit:On pourrait faire un sujet qui soit dédié à cette question !  Wink
Pourquoi pas ? J'imagine qu'un tel sujet donnerait lieu à une galerie virtuelle qui s'enrichirait rapidement. La première vignette, sans avoir besoin d'ouvrir un quelconque album, serait d'ailleurs toute trouvée avec la fameuse case d'Alix sur les hauteurs, contemplant la rade de Pompéi, case tirée de "La Griffe Noire" et qui illumine ce forum. Wink

22Le spectre de Carthage Empty Re: Le spectre de Carthage le Mar 18 Sep - 13:04

khephren


martinophile distingué
martinophile distingué
Auteur de l’article : Diego Jiménez

Le Spectre de Carthage  constitue le point culminant de l’antagonisme entre Alix et la culture phénicienne. Dans La Giffre Noire, il empêche la vengeance d’Icara, cité martyr rasée par Rome sans raison aucune. Dans L’île Maudite et les Proies du Volcan, il empêche le développement du commerce phénicien dans l’Atlantique. Carthage semble décidée à lui rendre la monnaie de sa pièce.
Alix et Enak sont donc attirés à Carthage par le Sénat de cette ville qui a engagé un sculpteur pour leur ériger une statue. Il s’avère assez vite qu’il s’agissait en fait d’un complot ourdi par un certain Eschnoum, le frère du mage Raffa, pour se venger d’eux. Après avoir échappé à une tentative d’empoisonnement, Alix fait la rencontre de Corus Maler, le tribun romain qui commande la garnison locale. A la suite de plusieurs péripéties, nos héros vont devoir déjouer la conspiration d’Eschnoum qui a pour but de faire sortir de Carthage une importante quantité d’orichalque, un matériau explosif d’une puissance prodigieuse qui pourrait servir ses noirs desseins de vengeance.

Personnages

Eschoum
Apparemment cet homme est le frère de Raffa et possède les mêmes pouvoirs hypnotiques que ce dernier quoique moins efficaces. Il est apparemment venu à Carthage avec son frère dont on ignore le devenir, mort de vieillesse ?
Son nom est celui du dieu de la médecine à Carthage, que les Romains nommeront par la suite Esculape. Il est à la tête de la société secrète qui se cache dans les ruines de Carthage et attend son heure pour libérer la terrifiante puissance de l’orichalque sur Rome. A la fin de l’album, il disparaît dans une explosion colossale dans le port de Carthage. On ne sait pas s’il a survécu mais ça me semble peu probable. Avec Brutus, il est l’incarnation de ces cultures détruites par l’expansion romaine et qui crient vengeance.



Corus Maller
Si Eschoum est l’incarnation de la vengeance de Carthage, Corus Maler est celle de l’impérialisme romain qui n’admet aucune rébellion. Il témoigne dans sa lutte contre la société secrète des carthaginois d’un acharnement qui confine à mon avis à la folie furieuse et la haine. Preuve en est cette vignette où il préfère affronter le déluge et une mort certaine plutôt que de manquer le spectacle de la fin des ennemis de Rome. Il semble connaître le secret de l’orichalque depuis le début, ce qui lui donne tout au long de l’album une longueur d’avance sur Alix avec lequel il a l’attitude d’un mentor.

Lorsque j’ai lu cette bande dessinée pour la première fois, je pensais qu’il était mort dans l’explosion. Cependant une lettre lui est adressée dans l’Odyssée d’Alix 2 et il est même promu Sénateur dans le récent Roma Roma. Personnellement j’aurais préféré qu’il soit mort car il est pour moi l’alter ego d’Eschoum : un fou dangereux.


Brutus

Un autre ennemi irascible de Rome. Il apparaît d’abord comme l’antagoniste majeur du Tombeau Etrusque. A cette époque, chef temporel de la secte des adorateurs de Moloch et prétendant au trône d’Etrurie, il comptait profiter du chaos de la guerre civile pour restaurer le monarchie étrusque. A Rome la monarchie a été abolie en 509 av J.C par la déposition de Tarquin le Superbe, assassiné plus tard à Gabies.
Dans ce dernier tome, Brutus était un chef de bande brutal qui cultivait vraisemblablement une foi simulée en Moloch comme le montre ses échanges avec le grand prêtre de ce dieu. Il ne semble pas non plus haïr Rome mais davantage chercher le pouvoir. Dans Le Spectre de Carthage, Brutus a été défiguré par un aigle. Il hait Rome plus que tout et réaffirme jusqu’à son dernier souffle sa foi en Moloch et sa haine de Alix. C’est ce sentiment qui le pousse sans doute à s’infliger la souffrance inutile de porter l’orichalque à main nue alors qu’il pouvait très bien être porté dans un récipient. Je pense qu’il a perdu la raison car il ne cherche plus rien pour lui-même que la souffrance de Rome.



Samthô

Alix rencontrera-t-il un jour une femme, personnages historiques mis à part, qui partagera sa vie plus d’un jour ou deux avant de mourir ? Grande question.
Samthô est la jeune prêtresse de Tanit, la déesse de la Lune vénérée par les carthaginois qui composent la société secrète d’Eschoum. Par amour pour Alix qu’elle a soigné et sans doute un peu plus encore, elle vole le manteau de Tanit de façon à lui garantir la libre sortie des ruines mais ce geste blasphématoire n’est finalement d’aucune utilité à notre héros et Samthô meurt de façon aussi tragique que vaine. Alix est un héros assez spécial, il ne peut finalement que former un couple avec son ami Enak.
Samtho, comme c’est bien mis en évidence par le rappel de l’intrigue du roman Salammbô de Flaubert (1862), reproduit l’histoire de la prêtresse de Tanit amoureuse de Mathô, le chef des mercenaires en guerre contre Carthage.
Après le vol du Zaïmf, le voile de Tanit, par Spendius, Salammbô se rend au camp des mercenaires et se donne à Mathô pour reprendre le voile. Lorsque Mathô est vaincu et tué, elle meurt foudroyée de douleur.

Alix et Enak
J’aime beaucoup cette représentation du début de l’album où nos amis prennent la pose de Castor et Pollux. Pour une fois, ils vivent leurs aventures en parallèle. Pendant d’Alix s’engouffre dans les souterrains et les bras de la jolie Samthô, Enak découvre un morceau d’orichalque qui les mettra sur la piste menant à Eschoum. Ces deux là se complètent finalement assez bien dans cet album où ils semblent partager la même fascination mêlée de peur pour Carthage. Mais ne nous y trompons pas : Alix n’est pas le personnage central de ce choc frontal de Carthage contre Rome. Les deux antagonistes sont en fait ces fous dangereux de Corus Maler et Eschoum qui ont le bon goût de mourir ensemble. Alix est trop humain pour condamner la vengeance d’une cité martyre. Quant à Enak, pareil à un Castor mortel, il suit la destinée de son immortel jumeau.





Carthage



Là où les Romains passent, il y a toujours un avant glorieux mais pas forcément un après très réjouissant


La tradition littéraire situe la fondation de Carthage en 814 av J.C. Le poète latin Virgile (70-19 av J.C) qui écrit huit siècles après les faits, conte dans L’Enéide l’histoire de la ville. La princesse Elyssa ou Didon pour les latins se serait enfuie de Tyr à la suite de l’assassinat de son mari et se serait rendue en Tunisie actuelle avec une poignée de notables et de vierges de Chypre. Sur place, le roi Labras accepte de lui donner autant de terre que peut en contenir la peau d’un porc. Didon découpe alors la peau en lamelles de telle façon qu’elle recouvre un espace suffisant pour permettre la fondation d’une citadelle qui sera l’embryon de la ville.
Salluste cite par la suite l’aventure des frères Philène qui longèrent la côte libyque pour déterminer les frontières de leur ville par rapport à la cité grecque de Cyrène.
Vers 650 av J.C, Carthage s’affranchit du tribut que les colonies phéniciennes devaient payer à la cité-mère de Tyr et commence à s’étendre en Méditerranée.

Il ne faudrait pas croire que l’expansion de Carthage est le point de départ des guerres puniques car la cité fut longtemps alliée de Rome contre les Grecs. A l’époque, les îles de Sardaigne, Corse et Sicile font en effet l’objet d’une lutte d’influence entre les Etrusques, Carthage, Athènes puis Rome. Le versant oriental de la Sicile est longtemps dominé par des tyrans grecs d’origine athénienne dont Denys ou Hiéron sont sans doute les plus célèbres. Bien que vassaux d’Athènes, ces tyrans gouvernent leurs cités de façon indépendante et refusent même d’aider Athènes durant les guerres Médiques. Lorsque la puissance maritime de cette cité s’effondre vers 330 av J.C suite à son annexion à l’empire d’Alexandre, les colonies grecques ne peuvent plus attendre de secours de la métropole, qui a d’ailleurs tenté de les annexer en 411, et sont donc menacées par l’expansion romaine. En 279 av J.C, le roi Pyrrhus d’Epire intervient à la demande de Tarente contre Rome, la même année Carthage conclut un traité de défense mutuelle avec la cité latine et envoie même une flotte pour empêcher Pyrrhus de recevoir des renforts. On peut considérer que de 508 av J.C (premier traité commercial) à 275, les relations entre Rome et Carthage sont cordiales. Mais une fois Pyrrhus rentré en Epire et les Grecs sur le déclin en Méditerranée, les deux cités n’ont plus d’ennemi commun.
En 264 av J.C, le conflit éclate lorsque les carthaginois sous Hannon assiègent la ville de Messine tenue par des mercenaires en révolte et s’allient avec le tyran de Syracuse, Hiéron. Les mercenaires, qu’on appelle Mamertins, font appel à Rome. Bien que souhaitant initialement éviter la guerre, le Sénat envoie la même année le consul Appius Claudius Caudex à Messine. Les assiégeants refusent de lever le siège et c’est le début de la première guerre punique.
Après une série de victoires et de défaites non décisives, la flotte carthaginoise est finalement détruite en 241 av J.C dans les îles Aégates, privant le général Hamilcar Barca de ses lignes de communication avec la métropole alors même qu’il occupait la plus grande partie de la Sicile. Aux termes du traité qui suit, Carthage évacue la Sicile et doit payer un très lourd tribut de guerre.
Carthage se retrouve ensuite dans une situation très difficile lorsque les mercenaires recrutés par Hamilcar Barca en Sicile demandent le versement de leur solde. Compte tenu du tribut de 3200 talents dû à Rome, Carthage ne peut satisfaire à cette exigence. Les mercenaires se révoltent sous la conduite de Mathô, Spendios et Autarite. C’est la guerre inexpiable. Etrangement, Rome prend parti pour Carthage dans ce conflit qui aurait pu aboutir à l’anéantissement de sa rivale. Cette guerre est extrêmement cruelle : les mercenaires révoltés jettent 7000 prisonniers dans une fosse et supplicient les négociateurs envoyés par Hamilcar. Celui-ci fait écraser ses prisonniers par ses éléphants en signe de représailles.
Il parvient ensuite à bloquer une partie de l’armée ennemie dans le défilé de la Hache où les mercenaires sont réduits à se manger entre eux. La défaite des mercenaires devient alors évidente et Hamilcar achève sa tâche en faisant assassiner leurs généraux lors d’un banquet. Il détruit ensuite les Libyens qui s’étaient révoltés.
Dans les décennies qui suivent, les Carthaginois prennent possession du littoral ibérique jusqu’à l’Ebre.
La seconde guerre punique éclate en 219 av J.C lorsque Hannibal prend la ville de Sagonte, alliée de Rome puis pénètre en Italie par les Alpes. En 216 av J.C, on peut considérer que Rome est militairement vaincue : à la bataille de Cannae, les Romains laissent sur le terrain 60.000 morts, 80 sénateurs et un consul sans compter 10.000 prisonniers pour un total de 86.000 hommes engagés. Hannibal refuse pourtant de marcher sur l’Urbs, ce qui lui vaudra cette réplique légendaire de son lieutenant Marhabal « tu sais vaincre mais tu ne sais pas profiter de ta victoire ». Il y a de nombreuses raisons possibles à cette attitude d’Hannibal mais j’y reviendrai après.
En 202, Hannibal a dû quitter l’Italie pour revenir protéger Carthage. Il se heurte à Zama à l’armée de Scipion Emilien allié à Massinissa des Numides. C’est une défaite totale imputable à Hannibal en raison de l’ordre d’engagement des troupes dans la bataille.
La même année, Carthage doit démanteler sa flotte, évacuer les Baléares, payer un tribut sur 50 ans et renoncer à toute action militaire sans l’assentiment de Rome.

La troisième guerre punique qui éclate en 149 av J.C se distingue des précédentes en ce qu’il s’agit d’une guerre d’extermination.
Comme je l’ai dit plus haut, Carthage dut s’acquitter d’un tribut payable sur 50 ans assorti de l’interdiction de recourir à la lutte armée. En 151 av J.C, Carthage a terminé de payer ce tribut, le gouvernement de la cité estime donc avoir le droit d’engager une action armée de son propre chef. A la même époque le roi Massinissa des Numides met le siège devant quelques places fortes carthaginoises, menaçant le ravitaillement de la cité. Le Sénat romain arbitre plusieurs fois le différend en faveur des Numides. Carthage finit par envoyer une armée importante, 50.000 conscrits, contre Massinissa. En raison de l’inexpérience des troupes et de la mobilité de la cavalerie numide, c’est une défaite.
A la même époque, un homme politique romain, Caton d’Utique, conclut tous ses discours, même les vœux pour un anniversaire, par « Carthago delenda est » c'est-à-dire « il faut détruire Carthage ». En 150 av J.C, sous son influence, le Sénat romain déclare que Carthage a rompu le traité de paix, nonobstant sa durée de validité qui était écoulée, et rassemble des troupes en Sicile.
L’ultimatum lancé à Carthage est inacceptable. La ville doit être militairement démantelée puis rasée à hauteur du sol, ensuite les habitants devront émigrer dans l’arrière pays, tenu par les Numides, pour y fonder une nouvelle cité sans aucune liaison commerciale ou maritime avec le reste du monde. Cela revenait à leur promettre une existence misérable.
Après avoir envoyé des otages à Rome et retiré les ouvrages défensifs de la ville dans l’espoir d’adoucir les sanctions, le gouvernement carthaginois prend conscience de l’intransigeance romaine et organise la résistance sous Hasdrubal.
En 147, après deux ans d’un siège mené avec une incompétence dont il est peu d’exemples, Scipion Emilien est finalement mis à la tête de l’armée romaine et s’empare de la ville après une série de combats urbains extrêmement violents. La dernière poche de résistance constituée par la citadelle de Byrsa finit par tomber, tous ses défenseurs s’étant jetés dans un bûcher pour ne pas avoir à se rendre.
Carthage est alors rasée pendant dix-sept jours pleins, ses habitants déportés et son emplacement maudit avec du sel.
Au total les pertes militaires de Carthage devaient s’élever à 62.000 hommes sur 80.000 mobilisés mais le plus grave est l’extermination des habitants pendant le siège et leur dissémination après celui-ci. Des 300.000 hommes, femmes et enfants qui peuplaient la ville, une des plus grandes du monde antique, il ne reste plus rien.

Je voudrais souligner deux faits qui me semblent importants dans la destruction de Carthage :
- Elle était planifiée
- Elle allait à l’encontre de l’intérêt de Rome.

Planifiée, de quel point de vue ?
D’abord parce que Rome a déclaré la guerre sans motif valable. Comme je l’ai dit plus haut, le traité signé avec Carthage était caduc. Ensuite parce que Carthage n’était plus une puissance militaire. Sa destruction ne se justifiait que par la haine, le mot n’est pas trop fort, des Latins pour cette cité, nourrie par le ressentiment de la défaite de Canae et l’invasion d’Hannibal. La violence avec laquelle Caton d’Utique avait appelé à détruire Carthage toute sa vie durant ne laisse aucun doute sur les intentions romaines : il s’agissait de détruire la ville à la première occasion qu’elle représentât ou non une menace.

A l’encontre des intérêts romains, de quel point de vue ?

En 216 av J.C, Hannibal se retrouve en position de détruire Rome qui n’a plus d’armée à lui opposer. Or, que fait-il ? Il rallie les villes du Latium et d’Etrurie et attend que le Sénat lui fasse des offres de paix. Il n’est donc absolument pas dans une logique d’extermination, au contraire justement des Romains 60 ans plus tard. Hannibal, de l’avis même des historiens romains, voyait l’intérêt commercial du port d’Ostie et se serait sans doute contenté de voir se former en Italie une fédération de cités Etats comme il en existait en Grèce à cette époque dans laquelle le pouvoir de Rome aurait été amoindri.
Autre évènement révélateur : lors de la guerre inexpiable, Rome hésite à prendre le parti des mercenaires révoltés puis décide de soutenir Carthage qui est pourtant son ennemie. Pourquoi ? Parce que le Sénat était conscient de la richesse produite par le commerce avec Carthage et ne voulait pas voir une cité civilisée tomber aux mains de barbares.
En 150 av J.C, la situation est la même : Carthage est menacée par les Numides et risque de tomber avec à la clé des conséquences très graves pour le commerce avec l’Afrique. Le Sénat n’ignore pas cela mais il prend alors la décision inverse : il décide d’achever le travail des Numides en détruisant une grande cité commerçante car elle lui faisait de l’ombre.
Autre évènement accablant pour Rome : la ville de Corinthe est elle aussi détruite et ses habitants massacrés par les troupes romaines la même année en dépit de sa position clé dans le commerce maritime.

Le fait que Rome ait détruit ces deux cités sans en retirer aucun bénéfice économique ou commercial et même au détriment du commerce méditerranéen tendrait à prouver qu’il s’agit peut-être du premier génocide conscient de l’Histoire antique. Pour conclure je rappellerais que Rome a été une civilisation essentiellement d’occupation. Malgré sa tolérance relative pour les cultes païens, on ne peut nier que Rome a détruit des villes entières par pur impérialisme.

Mode de gouvernement

Comme la plupart des cités-Etats antiques, Carthage est d’abord gouvernée par une monarchie puis par une oligarchie au sein de laquelle s’affrontent l’aristocratie foncière et les riches commerçants.
Carthage était gouvernée par deux Suffètes élus pour un an, que les romains appelaient des rois, issus en général de la famille des Hannonides et de celle des Magonides. Ils détiennent le pouvoir exécutif mais, au contraire des consuls romains, non le pouvoir militaire.
En dessous d’eux se trouve le Sénat au sein duquel siègent des représentants élus sans doute en fonction de critères aristocratiques et/ou de fortune. Au sein du Sénat étaient choisis les membres d’une assemblée qui partageait avec lui le pouvoir législatif, la Gérousie, composée comme son nom l’indique des anciens.
Les généraux étaient élus parmi la classe aristocratique dont était issue la famille des Barcides. On ne connaît pas très bien les détails du fonctionnement de ce régime ni son degré de démocratie, Strabon et Diodore de Sicile écrivant des siècles après la destruction de Carthage.

Religion

On a beaucoup diabolisé la religion punique et particulièrement le culte rendu à Moloch. Comme je l’ai dit dans un autre article consacré aux incohérences dans Alix, les historiens du XIXe et XXe siècle ont beaucoup relativisé les dires de Strabon ou Diodore de Sicile qui parlent de sacrifices d’enfant fréquents et d’immolation par le feu. Pour Rome c’était peut-être un moyen de légitimer à posteriori la destruction sauvage de Carthage que d’en faire le lieu de l’abomination opposé à la civilisation. Toujours est-il qu’il n’y a plus vraiment de preuves à l’heure actuelle pour appuyer la thèse de sacrifices humains fréquents. Le panthéon de Carthage était dominé par Baal Hammon et Tanit, équivalent d’Astarté. Ensuite venaient Eschnoum et Melqart. La religion punique semble avoir connu une influence importante en provenance de l’Egypte et de l’Afrique qui se sont superposées aux origines tyréennes de la population. Les Romains assimilèrent par la suite Baal Hammon à Cronos en raison du mythe du Titan dévorant ses enfants puis Melqart à Hercule.
Le clergé ne semble pas avoir joué de rôle dans le déclenchement des guerres puniques.
Dans « Le Spectre de Carthage », J.Martin décrit une femme et des enfants se jetant dans les flammes en sacrifice à Moloch. C’est en fait une allusion à la prise de la citadelle de Byrsa. Le général Hasdrubal qui défendait Carthage lors de la dernière guerre punique proposa à Scipion Emilien de se rendre s’il laissait la vie aux défenseurs. Lorsqu’il passa les portes de la citadelle, sa femme aurait égorgé ses deux enfants et se serait jeté dans un brasier avec les défenseurs survivants pour ne pas avoir à se rendre. Il ne faut pas nécessairement donner un caractère religieux à un évènement à caractère symbolique et patriotique.

L’orichalque

L’orichalque est un métal ou alliage métallique qui a beaucoup fait parler de lui car on ne sait pas exactement à quel alliage les anciens se référaient en utilisant ce nom. Orichalque veut dire littéralement « cuivre des montagnes ». Rien de bien excitant me direz-vous.
Selon Corus Maler, il s’agirait d’un fragment d’une météorite tombé en Egypte et accaparé par les prêtres d’Amon puis Hamilcar Barca. Puissant explosif d’origine extraterrestre, l’orichalque a le pouvoir de raser une cité. Avouez que ça a quand même plus de gueule dit comme ça, non ?
Plus sérieusement, Hésiode le cite dans Le bouclier d’Héraclès comme un métal dont Héphaïstos se serait servi pour confectionner des protège-tibias pour le demi-dieu : « des cnémides d’orichalque éclatant ». Dans un hymne homérique, le poète aveugle gratifie Aphrodite de boucles d’oreille en orichalque.
Là où cela devient plus intéressant pour les amateurs d’ésotérisme, c’est lorsque Platon le cite dans la partie du Critias qui est consacrée à l’Atlantide :
« tous les métaux, durs ou malléables, extraits du sol par le travail de la mine, sans parler de celui dont il ne subsiste aujourd’hui que le nom, mais dont en ce temps-là il y avait plus que le nom, de cette espèce qu’on extrayait de la terre en maints endroits de l’île, l’orichalque. C'était alors le métal le plus précieux après l’or. » (114e).
Ce métal, apparemment disparu, se retrouve dans les colonnes du temple de Poséidon et sur d’autres édifices, toujours selon Platon. Evidemment, le fait qu’il s’agît d’un métal disparu et en plus atlante a fait fantasmer beaucoup de romanciers de Francis Bacon à Jacques Martin.
Toujours est-il qu’il ne faut pas oublier que Platon était un philosophe, il chercha toute sa vie un modèle idéal de cité gouvernée par un roi philosophe et des pays utopiques qui sont des allégories de la société athénienne. Dans le Timée et le Critias, Platon conte l’histoire de l’Atlantide, royaume merveilleux du roi Atlas, qui a été détruit à la suite d’une guerre contre Athènes dans les temps anciens après avoir renié les idéaux pacifiques qui avaient fait sa grandeur.
Ce dialogue n’est pas achevé, on ne connaît donc pas le destin de l’Atlantide, cependant il ne faut pas perdre de vue qu’un dialogue platonique est toujours un débat entre deux conceptions de la cité dans lequel l’une des deux triomphe sur l’autre. La victoire d’Athènes sur l’Atlantide est celle du gouvernement éclairé sur la tyrannie et non le récit d’un évènement historique avec des accents poétiques comme peut l’être un hymne homérique. L’existence de l’orichalque est subordonnée à celle de l’Atlantide.




Conséquences des guerres puniques

Les guerres puniques ont eu des conséquences politiques et militaires durables pour Rome. Les défaites répétées face à Hannibal au Tessin, La Trébie et surtout à Cannes ont constitué un traumatisme pour une société romaine sûre de sa supériorité.
Le fait qu’une armée citoyenne ait pu être écrasée par des hordes de mercenaires hétéroclites a remis en cause le système politique de Rome. Les contemporains dont l’imagination a longtemps été frappée par les éléphants armés ont souvent attribué la responsabilité de leur défaite à la présence de ces animaux. Or les Romains les avait déjà rencontrés lors de la guerre perdue face à Pyrrhus le roi d’Epire. D’autre part, il est très peu probable que plus d’une vingtaine de pachydermes ait survécu au passage des Alpes. On est même certains qu’ils n’ont pas été engagés à Canae.
Les défaites du Tessin et de la Trébie ne sont pas désastreuses, celle du lac Trasimène s’explique par la mort des consuls commandant l’armée dès le début du combat et la désorganisation de l’armée privée de ses chefs. Par contre Cannes, c’est une autre affaire…

Pour la première fois, le rapport de force est favorable aux romains (86.000 hommes dont 9000 cavaliers contre 55.000 hommes dont 8000 cavaliers). L’armée carthaginoise manque de vivres et n’a plus ou presque plus d’éléphants à engager. C’est là que vont s’affronter deux conceptions stratégiques.
Les consuls Varron et Paul Emile ont été élus dans l’année en cours, ils ont suivi une formation militaire assez courte et appliquent la tactique romaine : l’infanterie lourde au centre, l’infanterie légère sur les ailes et la cavalerie sur les flancs prête à intervenir au cas où ça tournerait mal. Leur plan consiste simplement à enfoncer le centre carthaginois avec les légionnaires lourdement équipés jusqu’à ce que leur front cède.
Hannibal, lui, n’est pas un général novice. Il répartit ses hommes en un rideau de troupes formant un front oblique. Les alliés celtes au milieu et l’infanterie lourde sur les côtés. Sur ses flancs, la cavalerie numide et celte est prête à foncer sur la cavalerie romaine superbement inactive et à la détruire avant de se rabattre sur le centre romain.
Pour cela il faut que les arrières de l’armée romaine ne soient plus protégés. En médiocres tacticiens, Paul Emile et Varron ont placé les fantassins les moins bien équipés à l’arrière garde.

La bataille se déroulera alors selon le plan d’Hannibal que les consuls suivront sans le savoir à la lettre. Les légions romaines lourdes vont tenter de briser le front des celtes alliés d’Hannibal. Ceux-ci, conformément aux ordres reçus, reculent de façon à donner une impression de faiblesse tout en n’engageant pas le combat. Les troupes de Rome s’avancent de plus en plus sans se rendre compte que l’infanterie lourde de Carthage n’a pas bougé, et pour cause ! En reculant, les celtes permettent à Hannibal d’envelopper la masse de l’ennemi à l’intérieur de ses rangs. Les vétérans de son armée peuvent alors détruire les flancs romains tandis qu’une fois la cavalerie romaine détruite, la cavalerie numide se rabat sur l’arrière garde romaine mal équipée et la harcèle jusqu’à la débandade. Complètement prisonnière dans cette nasse, l’armée romaine est laminée pendant des heures.
Bilan :
Rome : 50.000 morts dont 29 tribuns, 80 sénateurs et le consul Paul Emile. 20.000 prisonniers pour 86.000 hommes engagés.
Carthage : 6.000 tués, essentiellement les Celtes qui ont reçu tout le choc de l’infanterie romaine et sont pratiquement détruits.
C’est un désastre comme la République n’en connaîtra jamais plus et pire une humiliation militaire.




Les conséquences politiques à court terme. La démocratie et le principe du gouvernement des consuls élus est remis en cause comme jamais auparavant. Fabius Maximus Cunctator est élu dictateur par les Comices Curiates. Ce patricien romain avait toujours préconisé l’évitement de l’affrontement direct avec Hannibal et l’avait pratiquement acculé à la reddition par la famine lorsque le Sénat l’a destitué au profit de Paul Emile et Varron. Après le désastre de Cannes, il est immédiatement rappelé et recommence une dictature.
Sur le moyen terme, un homme providentiel émerge à Rome, Publius Cornelius Scipio, Scipion l’Africain. Il n’a que 24 ans lorsqu’il est nommé proconsul en Espagne puis 31 lorsqu’il est élu consul et commande seul les forces romaines qui vont défaire Hannibal à Zama. Avant 206 av J.C, la République est solide, les consuls qui se succèdent lors de la première guerre punique ne sont guère contestés. La deuxième guerre punique voit Rome recourir deux fois à la dictature puis confier deux fois le consulat à un homme qui n’avait pas l’âge requis pour l’assumer. Lorsque le frère de Scipion l’Africain, Scipion l’Asiatique, est élu consul à son tour la même année que son frère et commande l’armée avec lui, la République court un risque sérieux de voir le pouvoir confisqué par cette famille. Publius Cornélius consent à démissionner à son retour de Syrie mais le Sénat a joué un jeu dangereux en exigeant son retrait volontaire. S’il avait eu la mentalité d’un chef d’Etat, la République serait peut-être morte.

Militairement enfin, on assiste à une mutation des conceptions stratégiques. A Cannes c’est l’école militaire romaine qui est battue. Hannibal a imité Alexandre en tenant une manœuvre d’enveloppement par la cavalerie sur une armée plus nombreuse. En 202, à Zama, Scipion copie Hannibal et c’est ce qui lui permet de remporter une victoire éclatante sur des troupes carthaginoises peu expérimentées et privées de leur cavalerie numide cette fois alliée de Rome.

C’est en large partie pour exorciser définitivement le spectre de Cannes que Rome a exterminé Carthage. Jamais elle n’était passée aussi près de l’anéantissement.

Chronologie

814 av J.C : Fondation de Carthage

VIIe siècle : Indépendance de facto de Tyr

VI au IV e siècle : Expansion dans les Baléares, Corse et Sicile

264-241 av J.C : première guerre punique

240-218 av J.C : Occupation du littoral ibérique jusqu’à l’Ebre

218-202 av J.C : Seconde guerre punique

202- 151 av J.C : Remboursement du tribut à Rome. Tensions avec les Numides

150 av J.C : Opérations contre Massinissa. Défaite carthaginoise

149-146 av J.C : Troisième guerre punique. Destruction totale de la ville et des habitants.

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