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Les enfants du bunker

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126 Re: Les enfants du bunker le Dim 8 Mai - 19:03

daniel s

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alixophile
alixophile
en parallèle de mon message si dessus, je tiens à préciser, notamment vis à vis de michel jacquemart qui participe à ce forum, et dont j'ai pu constater en dédicace qu'il était un charmant garçon, que je suis désolé de n'être pas systématiquement dythérambique, et de donner mon avis même s'il est négatif. Au reste, comme vous avez pu le lire, j'ai une opinion finalement positive de cet album, même si je reste très mitigé quant à son appartenance à la série Lefranc

127 Re: Les enfants du bunker le Mar 10 Mai - 22:44

Raymond

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Admin
C'est vrai que l'on a tendance à être plus exigeant pour une série classique, qui a jadis été portée à un très haut niveau de qualité par Jacques Martin, que pour une nouvelle BD dessinée par un nouvel auteur.

Sinon, personne n'a jusqu'ici évoqué l'apparition de Jacques Martin lui-même dans cet album, puisque le père de Lefranc a son visage.



Jacques Martin en tant que père de Lefranc ... il n'y a rien à redire. Wink


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128 Re: Les enfants du bunker le Mer 11 Mai - 9:06

Raymond

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Admin
J'oubliais : d'après l'interview de Michel Jacquemart (ICI), l'idée de faire apparaître Jacques Martin est venue d'Alain Maury.


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129 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 9:30

Damned

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grand maître
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Raymond a écrit:J'oubliais : d'après l'interview de Michel Jacquemart (ICI), l'idée de faire apparaître Jacques Martin est venue d'Alain Maury.

Bizarre ?
Autant les clichés sous forme d'apparition de Jacques Martin dans les personnages d'un album m'avaient sauté aux yeux jusqu'à présent, autant là j'ai glissé sur ces images sans penser à lui.
Des photos de Jacques Martin, je retiens un visage ferme, voire d'apparence sévère, mais pas "torturé" comme dans cet album, ce qui m'a empèché de le reconnaître .....

Raymond Damned

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130 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 12:05

Lion de Lisbonne

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grand maître
grand maître
Alixmag:

Lefranc et Jeanjean en tête des ventesTiré à 50000 exemplaires , l'album se place en tête des ventes selon Bdzoom.

http://www.bdzoom.com/spip.php?article5004

131 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 15:34

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Je pense que c'est mérité.

132 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 17:04

stephane

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vieux sage
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Damned a écrit:
Raymond a écrit:J'oubliais : d'après l'interview de Michel Jacquemart (ICI), l'idée de faire apparaître Jacques Martin est venue d'Alain Maury.

Bizarre ?
Autant les clichés sous forme d'apparition de Jacques Martin dans les personnages d'un album m'avaient sauté aux yeux jusqu'à présent, autant là j'ai glissé sur ces images sans penser à lui.
Des photos de Jacques Martin, je retiens un visage ferme, voire d'apparence sévère, mais pas "torturé" comme dans cet album, ce qui m'a empèché de le reconnaître .....

Raymond Damned

moi non plus ça m'avait pas effleuré l'esprit...

http://alixmag.canalblog.com/

133 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 18:15

Raymond

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Admin
En ce qui me concerne, la citation graphique m'a semblé d'emblée évidente, même si la ressemblance n'est que superficielle. Cool


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134 Re: Les enfants du bunker le Jeu 12 Mai - 20:14

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Pareil pour moi Wink

135 Re: Les enfants du bunker le Dim 15 Mai - 23:31

Raymond

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Admin
stephane a écrit:L'inconscient collectif est un sujet qui interesse Michel Jacquemart. Dans le livre d'interview de Jean Pleyers sur sa série Giovani, dans le chapitre "vision d'autres mondes", Jacquemart pose cette question à Pleyers:
"On peut penser, comme l'a suggéré Karl G. Jung, que ces "obervations" correspondent à des universaux de l'inconscient collectif, ce qui expliquerait leur inconscient dans l'histoire."

Avec Pleyers, il parle evidemment des ovnis, mais cela peut aussi s'adapter à ce groupe de scouts.
Pour revenir à ces hallucinations collectives, il faut relever que Michel Jacquemart essaie de les expliquer directement pendant son récit.

En relisant l'album, je remarque certains dialogues auxquels je n'avais pas trop prêté attention.


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136 Re: Les enfants du bunker le Mar 31 Mai - 14:53

Pierre

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vieux sage
vieux sage

137 Re: Les enfants du bunker le Mar 31 Mai - 16:53

Raymond

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Admin
Il y a en effet des propos qui ont l'air informés, mais ils méritent d'être vérifiés !

Un petit extrait, en passant :

Après discussion avec Alain Maury ce WE :
Alain Maury va continuer à dessiner Lefranc, sur scénario de Thierry Robberecht, qui devient apparemment LE scénariste de la série : il a fait déjà trois scénarios qui ont été acceptés par l'éditeur.
Régric continue la série en parallèle... sur scénario de Robberecht, donc.
André Taymans devrait dessiner encore au moins 1 Lefranc.


Info ou intox ? Rolling Eyes

Sinon, les commentaires sur le dernier album sont plutôt bons !


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138 Re: Les enfants du bunker le Mer 1 Juin - 22:50

Michel Jacquemart

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bédéphile pointu
bédéphile pointu
Ce nom me disait vaguement quelque chose... Cet album, que l'on m'avait donné chez Casterman, est scénarisé par Robberecht...... Une BD faite pour un groupe politique européen...



J'ai rarement lu un tel ramassis de clichés éculés ! C'est vraiment lourdingue et désobligeant pour les Chinois... De plus, le dessin est moche.

J'aime l'Asie et je déplore que l'on véhicule ce genre d'images caricaturales... Je ne comprends pas qu'une grande maison d'édition se compromette dans ce genre d'entreprise.

C'est désolant que l'on confie la destinée de Lefranc à quelqu'un qui a pondu un aussi triste torchon...

139 Re: Les enfants du bunker le Dim 26 Juin - 22:21

Patrick Essa


alixophile
alixophile
Je viens -seulement!- de lire ce dernier tome des aventures de Lefranc et là franchement je dois signifier que j'ai été enthousiasmé par la qualité du scénario de cette hîstoire. De très loin le meilleur Lefranc depuis l'arme absolue et vraiment pas loin de l'inoubliable repère du loup! Félicitations à son auteur qui manifestement était en grande forme. Le seul scénariste digne du maitre il me semble.Respect.

http://www.dégustateurs.com

140 Re: Les enfants du bunker le Ven 23 Sep - 22:38

polilit

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compagnon
compagnon
Cette histoire est intéressante, bien qu'un peu anachronique à mon avis, dans le ton psychologisant assez éloigné des opinions des éducateurs de 1955.
De surcroit le scoutisme dépeint est defectueux par certains détails auxquels M. Jacquemart dit être sensible. 1.Le fait que les scouts portent tous un totem est la caractéristique du scoutisme belge (cf la patrouille des castors) En France la totémisation s'adressait toujours aux ainés, en raison de la difficulté des épreuves. 2.L'uniforme ne colle pas non plus: Si l'on a affaire aux scouts de France (comme le laisse à penser la croix potencée), on devrait avoir un uniforme entièrement beige (couleur adoptée au début des années 50) S'il s'agit de scouts belges dont la fleur de lys est imitée(pourquoi dans le récit?), ils devraient être entièrement bleus. 3.Le béret est la coiffure des scouts et des chefs, car le chapeau 4 bosses fut abandonné pour tous à la fin des années 40 en raison de son prix.

141 Re: Les enfants du bunker le Ven 23 Sep - 23:59

Raymond

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Admin
Mmm ... je pense que Michel Jacquemart viendra lui-mêmete répondre un de ces jours. Pour ma part, je ne suis pas spécialiste des scouts.


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142 Re: Les enfants du bunker le Mar 15 Juil - 22:07

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Comme mon article est un peu long, je me permets d'utiliser une police de caractère un peu plus grande que celle qu'on utilise d'ordinaire sur notre site afin d'être plus facilement lisible - j'ai remarqué que quand les articles sont un peu longs, la densité des caractères au format habituel fatigue un peu l'oeil, en tout cas le mien !

Outre mon amour de l'oeuvre de Jacques Martin, Les Enfants du Bunker sont l'une des raisons pour lesquelles je me suis inscrit sur ce beau site. A l'origine, c'est, de façon inattendue une suite d'interventions élogieuses à son sujet, dans le sujet "Lefranc", de la rubrique Les autres séries en bande dessinée du forum Centaur Club dont je suis également membre, qui m'a donné envie de lire cet album, le premier depuis longtemps puisque ma connaissance des dix dernières années des aventures de Lefranc était restée très lacunaire - je n'ai lu de cette période que La Momie bleue et Londres en péril au moment de leur publication et je dois dire que ces deux albums ne m'avaient alors pas enthousiasmé. mais ce n'est pas le lieu d'en parler.

Il y a donc très peu de temps, j'ai décidé de lire Les Enfants du bunker, non seulement à cause des remarques très positives que je viens d'évoquer, mais aussi parce qu'ayant été scout dans mon enfance, le contexte de ce récit me rappelait évidemment toute une atmosphère, même mon expérience du scoutisme ne remonte pas comme celle de Jean-jean aux années cinquante, mais au tout début des années soixante dix.

Lecture faîte de cet opus 22 des aventures de Lefranc, (et donc ici tout particulièrement de Jean-jean), je dois avouer que je ne regrette pas d'avoir suivi les impressions qui m'en ton donné envie. Il est vrai que le dessin n'est pas toujours parfait, peut-être en raison des conditions de travaillé évoquées par Michel Jacquemart un peu plus haut dans la même rubrique consacrée à cet album. Je trouve comme lui que dans l'ensemble, le travail de dessin et de mise en couleur de cet album est loin d'être décevant. Certaines planches sont même très belles et certaine cases ont particulièrement retenu mon attention. Je sélectionne trois d'entre elles :




Image hébergée par servimg.com


Cette case (9 de la planche 9) m'a aussitôt attiré l'oeil lorsque j'ai tourné la page précédente. J'aime le cadrage mettant au premier plan cet oiseau qui se réjouit de la joie des jeunes scouts, le mouvement des personnages jouant à saute-mouton le long de la prairie en pente traçant une ligne oblique vers la gauche, mouvement qui a quelque chose de cinématographique et m'a rappelé la façon dont certains peintres, comme Dufy, (évidemment dans un style totalement différent), use de cette technique pour suggérer les étapes d'une action physique à travers des personnages différents alignés les uns à la suite des autres, le mouvement ascendant contraire des nuages de beau temps et la très belle luminosité matinale du ciel d'été. Cette case est à elle seule un magnifique emblème de la joie de vivre à ce moment de la vie où, malgré le poids des histoires personnelles, mes jeunes gens sont capables de s'émerveiller à l'unisson de la beauté du monde.




Image hébergée par servimg.com


Cette case (6 de la planche 26) me plaît également beaucoup. Elle fait partie des cases qui dans l'album évoquent merveilleusement l'atmosphère tout à la fois marine et champêtre du paysage de cette aventure. J'aime l'impression de profondeur de l'espace due à la contre-plongée et aux belles lignes de fuite (avec là encore un subtil dialogue des obliques jusque à l'arrière-plan et au ciel), le très bel effet de lumière solaire émergeant de l'arrière de la ligne de crête et de la toiture de la maison de Madame Archambault, et là encore le mouvement décliné en demi-cercle par les cinq scouts. J'aurais pu aussi retenir à la planche suivante les très belles cases 4, 5 et 6.





Image hébergée par servimg.com


Pour la case 7 de la planche 15 que je trouve également très réussie je respectant pas l'ordre chronologique, je la met à la fin pour cette seule raison qu'elle nous ramène au camp. Ici l'atmosphère champêtre prédomine à nouveau, avec une fois encore une belle ouverture de la profondeur entre le cadre des feuillages et par la contre-plongée qui nous conduit du chemin où stationne la voiture des policiers jusque aux bois qui s'éloignent derrière le vallonnement la prairie. On retrouve un scansion par une procession de personnages qui se poursuit par les tentes et deux silhouettes fines à l'extrémité du camp. J'aime beaucoup ce chemin campagnard avec l'auge avec son reflet de luminosité dans l'eau et sa pompe rustique, les barbelés légèrement détendus, le sol meuble sur lequel la voiture arrêtée est légèrement inclinée selon l'affaissement du terrain, l'évocation des ombres des feuillages sur la carrosserie et l'élément de mouvement supplémentaire donné par les fanions et le drapeau qui nous rappellent discrètement que nous sommes en bord de mer. L'arrivée des policiers au camp scout éveilleront un imaginaire du récit et du cinéma des années cinquante qui me plaît beaucoup et fait aussi de cette case une sorte d'emblème de tout un univers émouvant dont il reste encore aujourd'hui quelques traces malgré l'évolution des paysages.


J'ai, comme d'autres lecteurs, beaucoup aimé ce récit dont je ne crois pas qu'il soit de nature à moins intéresser les jeunes lecteurs, contrairement à ce que se demandait je crois un membre du forum de Raymond. Evoquer la question de la perte et de la mort, des angoisses et des fantasmes qui en résultent par le moyen de l'imaginaire me semble au contraire de nature à plaire à un jeune lectorat qui est désormais habitué à voir traiter ces questions dans la littérature pour la jeunesse ou la bande dessinée. Je me souviens d'un manga dont l'auteur et le titre m'échappent qui traite précisément de ces sujets et qui pour cela même plaisait beaucoup à quelques jeunes gens, filles et garçons, que je connais.

En ouvrant cette aventure qui permet de mieux connaître le personnage de Jean-jean et de le percevoir d'un autre point de vue que celui des seuls adultes, Michel Jacquemart me semble avoir trouvé une très belle idée de scénario qu'il traite à mon goût de façon délicate et subtile, en ne créant pas de nette ligne de démarcation entre la part du réel et celle de l'imaginaire, sauf dans le cas de l'adulte qu'est Lefranc et qui, sorti du coma, est capable par deux fois de distinguer le monde des songes symboliques de celui de la réalité éveillée. Preuve en est que même en rêve, il s'étonne des rencontres qu'il fait, contrairement aux enfants qui ne doutent pas de la réalité de ceux qu'ils rencontrent dans la zone du bunker. Mais précisément, Jean-jean et ses camarades sont des enfants et les présences fantasmatiques qui peuvent les accompagner dans la vie éveillée correspondent à leur âge et leur conscience de la vie. On est donc avec eux dans le genre fantastique au sens propre, tel que le définit Tzvetan Todorov, dans la mesure où l'hésitation entre l'interprétation surnaturelle et l'explication rationnelle n'est jamais complètement levée en dépit des interventions du docteur Pauly à la fin de l'album, interventions dont Michel Jacquemart, en les morcelant entre deux planches (37 et 45), permet qu'elle n'alourdissent pas le récit de considérations didactiques trop longues et tri pesantes, bien au contraire, tout en fournissant une clé d'analyse qui laisse chacun libre devant elles et donc le récit qui nous est proposé.

J'ai d'ailleurs particulièrement apprécié que Michel Jacquemart, au lieu de tomber dans le piège du freudisme obligé préfère mentionner les hypothèses de Jung au sujet des fantômes comme part de nous-même. Outre que la référence est très juste, l'usage de cette théorie convient parfaitement au ton de ce récit pudique et raffiné qui sait évoquer avec beaucoup de doigté la difficile et douloureuse question des hantises nées du deuil. A ce point de vue, d'ailleurs, le rebondissement final su souvenir de Jean-jean dans la deuxième moitié de la planche 45 introduit une ultime révélation aussi belle qu'inattendue, belle parce qu'inattendue et de surcroît très juste psychologiquement tant elle correspond à la manière dont les souvenirs de nos traumatismes entraînent une culpabilité qui occulte la vraie nature des drames vécus. Je me permets puisque nous sommes ici en territoire de fantômes et de deuil, de conseiller la lecture du très beau Traversée des ombres de Jean-Bertrand Pontalis qui traite précisément de ces sujets, l'auteur écrivant notamment : "Il nous faut croiser bien des revenants, dissoudre bien des fantômes, converser avec bien des morts, donner la parole à bien des muets, à commencer par l'infans que nous sommes encore, nous devons traverser bien des ombres pour enfin, peut-être, trouver une identité qui, si vacillante soit-elle, tienne et nous tienne."

Je trouve également très intéressant le parti-pris d'éclairer parallèlement le drame du passé de Jean-jean par celui au présent de Lefranc : les deux personnages gagnent en profondeur et consistance et la manière dont se tressent la trame de la seule biographie familiale pour l'un, de l'histoire familiale réactivée partiellement par les drames de l'histoire en marche pour l'autre, me semble très forte, déjouant le piège de ce qui, si ces éléments avaient été traités autrement, aurait paru artificiel et ne l'est justement pas. On comprend également mieux le lien entre l'enfant et l'adulte que sont respectivement Jean-jean et Lefranc, sur un mode plus intérieur et plus émouvant que celui des simples faits dont nous avions déjà connaissance avant cet album.

Le plus grand mérite de Michel Jacquemart est d'avoir, en tant que continuateur, résolu avec élégance et poésie le problème de l'exploration des lisières et des genèses des personnages d'une série dont il n'est pas le créateur, en faisant intervenir le passé dans le cadre d'une nouvelle aventure, le distillant peu à peu par petites touches successives, sans que sa présence presque constante empêche celle-ci de posséder sa propre autonomie : au contraire, le récit peut se lire selon différents angles correspondant aux différents niveaux du temps qui, plutôt que de se superposer, s'interpénètrent intimement. Toute l'histoire peut aussi bien se lire comme une aventure fantastique se déroulant au présent des événements qui jalonnent cet été singulier, qu'une distillation du passé par ce même présent devenu vacillant jusque au bout. Ou bien, on peut encore, selon les suggestions de la dernière page, imaginer un autre temps, tissé à partir du passé et du présent, celui de l'insondable énigme d'être et de l'imaginaire qui seul permet de tenter de la comprendre mieux, ou de la vivre mieux. Quoi qu'il en soit, voilà une façon très originale de traiter un tel sujet. Le fait que l'attitude psychologique des éducateurs comme le souligne Polilit ci-dessus soit peut-être un peu anachronique ne me gêne pas pour deux raisons : d'une part les recherches de Jung sur les questions traitées sont me semble-t-il contemporaines ou à peu près de l'époque des événements racontés et certains psychologues français pouvaient alors y être sensibles et en faire un usage pédagogique auprès d'adultes capable de les entendre comme c'est le cas ici ; d'autre part, il est évident que nous relisons aussi les années cinquante avec une sensibilité d'aujourd'hui, de même qu'un historien n'étudie pas une période donnée de l'histoire de la même façon et par les mêmes thèmes selon sa propre position dans le temps historique : du coup, comme le propos de Michel Jacquemart a une grande force, le léger anachronisme qu'il aurait éventuellement pu commettre ne me gêne pas. Il témoigne à sa façon de l'évolution des mentalités au sein de l'histoire de cette grande série de la bande dessinée.

Enfin, Michel Jacquemart si j'ai bien compris, craignait que le fait que Lefranc soit presque toujours absent ou plongé dans le coma nuise à ce récit. Je pense au contraire que cela permet de donner à Jean-jean une autonomie d'individu qu'il n'avait pas, en se confrontant à la véritable école du courage qui n'est pas de sauter à ski sur le toit du chalet d'Axel Borg, mais de s'affronter soi-même en rencontrant ses fantômes et leurs doubles. De faire-valoir un peu enfermé dans le cadre volontariste de la morale virile des premiers albums, Jean-jean est devenu un personnage et grâce à cela, Lefranc a lui-même gagné en profondeur. D'où la présence des deux visages au bandeau de couverture.

Je n'ai pas lu pour l'instant les autres albums dont Michel Jacquemart a écrit le scénario pour cette série, mais celui-ci m'a donné envie de les découvrir et de lui dire, même si je ne le connais absolument pas, mon admiration pour ce qu'il a fait dans ce très beau Les Enfants du bunker. Nous sommes en effet tous, dans une certaine mesure, les filles et fils d'une forteresse intérieure dont nous devons affronter les ombres et les pacifier.

Je termine en disant que du coup, j'ai acheté cette après-midi même Le Maître de l'atome que j'ai commencé de lire avec beaucoup de plaisir. Je serai donc très heureux d'en parler par la suite dans le sujet qui lui est consacré.

143 Re: Les enfants du bunker le Mer 16 Juil - 9:51

Raymond

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Admin
Intéressant billet à propos d'un album qui ne m'avait pas autant impressionné que cela. Il faut dire que Lefranc reste dans le coma pendant une bonne partie de l'histoire, et que l'aventure est donc très atypique.   Wink 

Michel Jacquemart ne vient malheureusement plus sur le forum depuis 2 ans (j'imagine qu'il est parti en Asie ?), mais il aurait été ravi de tout ce que tu as écrit. Tu as en tout cas bien deviné ce qu'il a essayé de faire : renouveler la série en donnant une certaine profondeur psychologique à ses personnages. Son scénario que je préfère est certainement Noël Noir (que je te recommande de lire si tu ne l'as pas déjà fait), mais le Maître de l'Atome est un album tout aussi bon, qui a d'ailleurs bien relancé la série auprès du grand public.

Malheureusement, Michel Jacquemart n'est pas arrivé à s'entendre avec le "comité Casterman" et il ne fournira plus d'autres scénarios. Il avait pourtant plusieurs projets en tête (voir par exemple celui-ci) et c'est un peu dommage.


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144 Re: Les enfants du bunker le Mer 16 Juil - 12:58

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Je n'ai pas lu Noël Noir que je découvrirai donc puisque tu me le conseilles. J'ai terminé ce matin Le Maître de l'atome qui m'a beaucoup plu d'une façon évidemment très différente de celle des Enfants du bunker. car il s'agit d'un Lefranc classique et donc d'un tout autre ton. Quel dommage que Michel Jacquemart ne poursuive pas sa collaboration ! C'est un excellent scénariste !

145 Re: Les enfants du bunker le Mer 16 Juil - 13:57

Damned

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grand maître
grand maître
Draculea a écrit:
Je n'ai pas lu Noël Noir que je découvrirai donc puisque tu me le conseilles. J'ai terminé ce matin Le Maître de l'atome qui m'a beaucoup plu d'une façon évidemment très différente de celle des Enfants du bunker. car il s'agit d'un Lefranc classique et donc d'un tout autre ton. Quel dommage que Michel Jacquemart ne poursuive pas sa collaboration ! C'est un excellent scénariste !

C'est mon a vis aussi, surtout depuis que j'ai lu "Noël noir" dont le contexte est un domaine que je connais bien puisque celui de mon enfance (pas de mineurs dans la famille, mais le village où j'habitais était plein de ces travailleurs du charbon, ceux ci, et leur environnement, m'étaient donc familiers).
j'ajouterai, si je n'en ai pas déjà parlé, que l'interprétation du patois régional, lu dans l'album, est des plus fidèle qui soient, bien loin du "ch'ti" caricatural de Dany Boon, petit détail qui montre à quel point le scénariste s'est investi intelligemment dans cet histoire.
Le lire à haute voix à partir de l'album, même par quelqu'un qui ne connait pas, donne une interprétation exacte du parler de l'époque ....

Raymond Damned

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146 Re: Les enfants du bunker le Jeu 17 Juil - 11:58

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Draculea a écrit:
Je n'ai pas lu Noël Noir que je découvrirai donc puisque tu me le conseilles. J'ai terminé ce matin Le Maître de l'atome qui m'a beaucoup plu d'une façon évidemment très différente de celle des Enfants du bunker. car il s'agit d'un Lefranc classique et donc d'un tout autre ton. Quel dommage que Michel Jacquemart ne poursuive pas sa collaboration ! C'est un excellent scénariste !

Je crois savoir qu'il a un projet en route. Il coule des jours heureux en Asie du Sud-Est Wink

147 Re: Les enfants du bunker le Jeu 17 Juil - 12:56

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Un projet en relation avec Lefranc ?

148 Re: Les enfants du bunker le Jeu 17 Juil - 13:12

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Je ne sais pas trop, mais un projet bd en tout cas, pour l'instant c'est top secret. Je discute avec lui de temps en temps. Il était à Bangkok lors du récent coup d'état militaire mais visiblement tout va bien pour lui. Il me parlait tranquillement alors que certains, dont j'étais, s'inquiétaient pour lui Very Happy

149 Merci ! le Sam 19 Juil - 0:05

Michel Jacquemart

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bédéphile pointu
bédéphile pointu
}

Salut! J'ai emmené Lefranc avec moi le long des berges du Mékong...
Merci pour vos aimables commentaires, qui me touchent beaucoup !
Je vais tenter de répondre aux différentes questions et remarques...

150 Re: Les enfants du bunker le Sam 19 Juil - 10:09

Raymond

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Admin
Merci de nous donner de tes nouvelles.  Very Happy 

Les aventures de Lefranc sont donc publiées en Thaïlande ?


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