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Le testament de César : les critiques

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Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Le bail se termine quand ? Very Happy

Pourquoi pas une fondation Jacques Martin avec maison d'édition inside ?

Invité


Invité
Pierre a écrit:Le bail se termine quand ? Very Happy

Je n'en sais rien Very Happy

Pierre a écrit:Pourquoi pas une fondation Jacques Martin avec maison d'édition inside ?

Une fondation Jacques Martin, ce serait très bien! Mais une maison d'édition, je ne sais pas trop si c'est faisable.

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Si j'ai bonne mémoire, le "bail" a été signé en 2005, pour une durée de 10 ans.
La question est aussi de savoir ce que vont décider les éditions casterman , Frédérique et Bruno Martin après 2015. Est ce que les séries Martin vont continuer,et si oui,lesquelles et avec quels auteurs?
Pour que continuent les nouvelles aventures de nos héros de papier, il faut que l'éditeur gagne de l'argent, sinon,ce sera la fin!

Promis, si je gagne au Loto, je créé une maison d'édition (sauf si je gagne beaucoup, j'en rachète une..) et après, j'essaie de louer les personnages de Martin!

http://alixmag.canalblog.com/

jfty

jfty
grand maître
grand maître
Si cela arrive, n'oublie pas ton bouchon Very Happy

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Superbe, ton avatar , Jifty!

http://alixmag.canalblog.com/

blandine

blandine
alixophile
alixophile
Alors, tout d'abord, bonjour à tous, j'arrive un peu après la bataille, il est vrai, pour mettre mon petit grain de sel. Donc j'ai lu ce dernier album, après avoir boudé Alix depuis un certain temps car je trouvais la qualité des derniers opus médiocre. Mais là, le titre m'a alléché, et, par ailleurs, je me suis dit qu'il était fort possible de trouver dans cet album quelques apparitions de mon toto adoré ( l'empereur Auguste). Je n'ai pas été déçue de ce point de vue, mais des autres non plus. En effet, le dessin est de qualité( à mon sens, mais je ne prétend pas être spécialiste), le scénario tient la route, et, toute l'intrigue autour du testament de César semble plausible, même si elle est fantaisiste pour un historien. De plus, la psychologie des principaux protagonistes est bien travaillée, on a pas trop d'Enak( ce qui pour moi est une qualité), et on a envie de lire cet album de bout en bout, ce qui, pour ma part, n'était plus le cas depuis bien longtemps. Ce qui est amusant, par contre, c'est qu'on nous propose depuis peu un Alix plus "séducteur" qui, même s'il reste dans les règles de la plus parfaite courtoisie, se laisse de plus en plus approcher par les femmes, ici une vestale. Ceci fait de notre héros un Fabrice Del Dongo antique, mais l'idée est assez plaisante. J'aimerai toutefois, mais ceci n'est que mon goût personnel, que les scénaristes creusent davantage la relation entre Alix et Octavia, mon autre idole.
Tout ceci pour dire qu'à mon sens, on assiste dans cet album à un certain renouveau dont je me réjouis.

Invité


Invité
Blandine, je suis très heureux de te retrouver ici parmi nous. Very Happy

Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Treblig a écrit:Blandine, je suis très heureux de te retrouver ici parmi nous. Very Happy

+ 100 pouce

Invité


Invité
Voilà un retour qui me plaît!
Bienvenue, Blandine, tu manquais au forum Very Happy

Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Oui, il est temps d'avoir une touche féminine dans notre petit groupe Very Happy

Raymond

Raymond
Admin
Bienvenue à Blandine !


_________________
Et toujours ... Le testament de César : les critiques - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Pierre a écrit:Oui, il est temps d'avoir une touche féminine dans notre petit groupe Very Happy
Absolument!
Hello Blandine Very Happy

http://alixmag.canalblog.com/

Bernard

Bernard
bédéphile pointu
bédéphile pointu
EeeeHhhhhh....comment ce que tu vas la Blandine affraid
Y avait longtemps....bienvenue à toi.

blandine

blandine
alixophile
alixophile
Je vais bien, et je suis revenue à mes premières amours, Marseille et l'enseignement. Merci à tous pour votre acceuil!

Damned

Damned
grand maître
grand maître
JYB a écrit:
Pierre a écrit:
JYB a écrit:Et je repose ma question de toujours : qu'est-ce qui justifie qu'on poursuive une série après le décès de son créateur ?
L'intérêt, les sentiments (quels qu'ils soient) que les lecteurs éprouvent envers la dite série.

Oui, c'est ce que j'avais vu ; alors je pose ma question différemment : qu'est-ce qui justifie qu'on accède aux désirs des lecteurs ?
Et je pose une autre question, connexe, que j'essaye de poser depuis mon inscription sur ce forum en mai dernier et qui est le fond de l'affaire : quel peut être le degré de vanité d'un éditeur, d'ayants-droit et d'auteurs repreneurs, pour oser prétendre qu'ils vont proposer aux lecteurs le même type d'aventures que ce qui a fait le succès populaire d'un personnage célèbre et fort ?
Et j'emploie le mot de vanité dans les deux sens connus (j'ai consulté mon dictionnaire en 9 volumes pour être sûr) :
- vanité dans le sens de : présomption, orgueil, satisfaction de soi-même. C'est le défaut au départ, quand un aréopage de personnes autorisées, ou qui se croient autorisées, disent : "On va reprendre telle série célèbre" (parmi les personnes autorisées, il y a l'éditeur qui, lui, se frotte les mains en se disant : "On est assuré de gagner plein de sous"...).
- vanité dans le sens (vieilli ou littéraire) de : fragilité, futilité et même insignifiance. C'est le défaut à l'arrivée, quand le lecteur tient l'album de la reprise entre les mains : il est souvent plus ou moins déçu, et même parfois très déçu (il suffit de lire nombre de forums sur Internet ; il suffit aussi de constater la baisse des ventes d'un album à l'autre de certaines séries ; ou de constater la disparition de certaines autres séries qui n'ont pas tenu la distance).

Ne vous etonnez pas si je reprends des interventions anciennes : ma coupure du net pendant un mois, fait que je ne découvre que maintenant vos propos.

Sur le point de la reprise d'une ancienne série par un éditeur, après le décés du créateur, ce n'est lié qu'au seul et unique fait qu'il existait à ce moment là (le décés du créateur) un marché potentiel qu'il convient d'exploiter et de faire durer.
La question s'arrête là !
Si les intéréts et les goûts des lecteurs (acheteurs) étaient pris en compte, ces mêmes éditeurs s'attacheraient à ne mettre qu'une équipe par série, en veillant à faire perdurer les qualités intrinsèques de cette série, et non à faire de la production en saupoudrant ces reprises sur plusieurs équipes disparates pour mieux faire du chiffre.

Je suis comme vous tous, attaché à mes séries cultes, mais je ne supporte pas les mauvaises reprises, et rejoints, en cela, mon ami JYB ....

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

JYB


vieux sage
vieux sage
Houlala, Damned, tu vas te faire gronder... silent Il y a maintenant un topic réservé aux récriminations concernant les reprises des séries classiques : http://lectraymond.forumactif.com/les-classiques-franco-belges-f11/reprises-des-classiques-de-la-bd-t444.htm

Pierre

Pierre
vieux sage
vieux sage
Non, on gronde pas nous, on est cool Wink
De temps en temps, on fait un peu d'ordre c'est tout morderir3

Damned

Damned
grand maître
grand maître
JYB a écrit:Houlala, Damned, tu vas te faire gronder... silent Il y a maintenant un topic réservé aux récriminations concernant les reprises des séries classiques : http://lectraymond.forumactif.com/les-classiques-franco-belges-f11/reprises-des-classiques-de-la-bd-t444.htm

I'm sorry sir !
Mais j'avais un peu perdu le fil, depuis un moment, et j'ai réagi au fur et à mesure de ma lecture de vos propos ....

Raymond Damned

http://www.pbase.com/vv_eagle/legrand_raymond

Jacky-Charles


license ès BD
license ès BD
Pour respecter une coutume désormais bien établie, voici, comme annoncée un peu plus haut, l'analyse que j'ai préparée au sujet de ce "Testament de César".
Cet album nous fait vivre au sein de la société romaine de l'époque et les thèmes qu'il aborde sont nombreux : non seulement le culte de Vesta, dont il est abondamment question, mais aussi les dieux domestiques, le mariage, les funérailles, les testaments... J'en profite pour faire le point sur la manière dont les noms des personnes s'établissaient, en raison du nombre important de nouveaux personnages.
Bonne lecture, et j'attends vos commentaires.


LE TESTAMENT DE CESAR

Vingt-neuvième aventure d'Alix


Le résumé

Tandis que César, avant de partir guerroyer en Espagne contre les fils de Pompée, confie son testament à la grande prêtresse du temple de Vesta, Alix et Enak vont à Ostie accueillir un ami de Galva, Thessalos d'Epidaure. En compagnie de celui-ci, ils apprennent avec surprise que non seulement Galva a eu deux filles, mais que la cadette va épouser un jeune homme de l'importante famille Severus. Mais tout le monde ne semble pas apprécier cette union...


Quand cela se passe-t-il ?

Nous sommes en -46, sans doute en novembre ou au plus tard début décembre. En effet, nous voyons au début de l'histoire César partir pour l'Espagne afin de combattre les pompéiens révoltés ( cf. pages 3 et 9 ) et on sait qu'il arriva dans ce pays à la fin de décembre -46.


Où cela se passe-t-il ?

A part une brève visite à Ostie et une autre dans la propriété campagnarde des Severii, toute l'histoire se déroule dans la ville de Rome. Alix prend ainsi l'habitude de délaisser les grands espaces pour des aventures situées dans un cadre urbain ( Roma, Roma..., Le démon du Pharos ).


Le contexte historique

Comme je l'ai dit ci-dessus, nous sommes au début de la dernière guerre de César contre les partisans du défunt Pompée, mais dont les fils et les partisans sont toujours agissants. Après avoir remporté contre eux la victoire de Thapsus, en Afrique du nord, le 6 avril -46, et être rentré à Rome, César repartit pour gagner définitivement cette guerre qui se termina par la bataille de Munda, le 17 mars -45.
J'ai déjà raconté cet épisode de manière détaillée dans les commentaires de « L'Ibère » et j'invite le lecteur à s'y reporter. Autrement dit, ces deux récits sont étroitement liés et quasiment enchaînés : entre le début du « Testament de César » et la fin de « L'Ibère », il s'est écoulé environ quatre mois, un délai peu important pour l'époque, juste le temps nécessaire pour Alix de finir de régler ses problèmes romains et de rejoindre César en Espagne.

Ce récit aborde de nombreux sujets relatifs à la vie romaine ; vous trouverez ci-après des articles concernant les Vestales, les dieux domestiques, l'art pictural, le mariage et les funérailles à Rome, les testaments, la justice, et je terminerai par un rappel sur la formation des noms propres dans la société latine.


Vesta et les Vestales, ou le feu sacré

Il est beaucoup question de ces prêtresses dans cette histoire : elles étaient parmi les personnages les plus respectés et les figures les plus originales de la religion romaine.

Vesta est la déesse romaine qui correspond à son homologue grecque Hestia, déesse vierge du foyer et symbole de la fidélité. En Italie, on l'honore aussi comme déesse du feu et du foyer domestique.
Son culte aurait été fondé par Numa, le deuxième roi de Rome, ce qui contredit une autre légende selon laquelle la princesse albaine Rhéa Sylvia, mère de Romulus et de Rémus, était vestale. Ces deux traditions attestent néanmoins de l'ancienneté et du prestige du culte, l'époque étant confirmée par l'archéologie, mais aucun récit mythologique ne s'attache à Vesta elle-même, qui n'est représentée que par le feu sacré brûlant en permanence dans son sanctuaire, et qui vient de la Terre-mère ; on verra qu'une représentation anthropomorphe lui fut donnée ultérieurement.
Ce feu primordial et purificateur ne peut être allumé à un autre feu : les vestales le produisent en frottant rapidement l'un contre l'autre deux morceaux de bois pris sur un arbre ayant déjà donné des fruits ( arbor felix ). L'eau joue également un rôle fondamental dans le culte, elle doit être puisée par les vestales à une source vive et transporté dans un vase d'argile de forme traditionnelle ; elle sert à purifier chaque matin le sanctuaire en l'aspergeant ; d'ailleurs, la grande fête de la déesse, les Vestalia, du 7 au 15 juin, comporte essentiellement des nettoyages et des purifications.
Son temple de forme ronde symbolise l'enracinement des Romains dans leur sol. Dans le saint des saints, le Penus Vestae ( le « garde-manger » de Vesta ), étaient conservés les ingrédients nécessaires aux sacrifices publics, ainsi que divers objets anciens et sacrés, dont certains, selon la légende, auraient été apportés de Troie par Enée, l'ancêtre mythique des Romains. Ce temple était inviolable, et d'ailleurs, aucun homme n'avait le droit d'y pénétrer ; c'est la raison pour laquelle on y déposait les testaments et certains traités solennels. On voit qu'Alix s'est vraiment mis dans un mauvais cas en s'y introduisant.

Comme Vesta était une déesse vierge, les vestales devaient l'être aussi. Ces prêtresses étaient au nombre de neuf ; à leur tête se trouvait la vestalium maxima, ou virgo maxima. Considérées comme les incarnations de la déesse, elles étaient choisies par le Pontifex maximus ( César lui-même, à l'époque de ce récit ), d'abord dans les familles patriciennes, puis, faute de candidates en nombre suffisant, dans les familles plébéiennes ( quand les nobles font moins d'enfants, comme c'était alors le cas, une vestale, c'est un mariage, donc une alliance, qui disparaît ). Elles devaient avoir entre six et dix ans lors de leur entrée en fonction, être exempte de tout défaut corporel ( pas question de ne caser que les laiderons ), et que leurs parents soient encore vivants.
Le Grand Pontife établissait une liste de vingt candidates parmi lesquelles une était tirée au sort. Elle échappait alors à l'autorité paternelle et était placée sous celle du Grand Pontife. Le service des vestales durait trente années ; pendant les dix premières, elles apprenaient les règles et les cérémonies du ministère et les exerçaient pleinement pendant les dix suivantes, puis instruisaient les novices pendant les dix dernières. Elles étaient soumises au vœu de chasteté pendant tout leur temps de service auprès de la déesse ; ce temps expiré, elles pouvaient rentrer dans la société et même se marier, mais peu en profitaient.
Leur principale fonction était de surveiller jour et nuit le feu qui brûlait sur l'autel de Vesta, et dont l'extinction était considéré comme un présage funeste. Celles qui laissaient s'éteindre le feu sacré ou violaient leurs vœux de virginité étaient punies de mort par jugement du Tribunal des Pontifes, car cette souillure rejaillissait sur la Cité tout entière. Après avoir fouettée la fautive de verges, on l'habillait d'un linceul, on la plaçait dans une litière fermée et on la conduisait, en observant les cérémonies en usage pour les funérailles, au Campus scélératus, situé en dedans des murs de la Cité, près de la Porte Colline. Là, on avait préalablement creusé un petit caveau voûté renfermant un lit, une lampe allumée et une table avec quelques aliments ; le bourreau faisait descendre la coupable dans le caveau au moyen d'une échelle aussitôt retirée ; enfin, on fermait l'entrée du caveau et on la recouvrait de terre. Quant au complice de la condamnée, il était battu de verges jusqu'à ce que mort s'ensuive.
En compensation, les vestales connaissaient un prestige et des prérogatives extraordinaires ; elles étaient entretenues aux frais du Trésor Public ; même mineures, elles avaient le droit de tester ; leur témoignage était reçu en justice sans qu'elles fussent astreintes à prêter serment ; un licteur les précédait dans les rues ; les consuls et les prêteurs leur cédaient le pas et faisaient abaisser leurs faisceaux devant elles ; lorsqu'une vestale rencontrait un condamné qu'on menait au supplice, elle avait le droit de demander qu'il fût gracié, à condition de prouver que la rencontre était fortuite ( beau sujet de roman ! ).
Vesta elle-même fut quelquefois représentée comme une matrone, la tête recouverte d'un voile, vêtue de la stola, tenant à la main, selon les cas, un sceptre, un flambeau, un vase à deux anses, une corne d'abondance ou un javelot sans fer ( haste ). Les vestales, bien que vierges, étaient vêtues comme elle, c'est à dire comme une femme mariée : robe et manteau de laine blanche. Elles se déplaçaient en litière ou dans un char, avec une suite de servantes, notamment pour assister aux fêtes de Vesta et aux nombreuses cérémonies du culte public.


Des dieux dans la domus : les Lares et les Pénates

Chez les Romains, comme chez tous les peuples de l'Antiquité, tout était sacré. Il y avait des dieux partout : sur les montagnes et dans les vallées, dans les rochers et les sources, dans les arbres et les plantes, etc. Et, bien sûr, dans tous les bâtiments et autres ouvrages humains. On n'entreprenait rien, ni guerres, ni labours, ni construction, sans commencer par un sacrifice destiné à apaiser et à rendre favorables les dieux que l'on serait amené à côtoyer dans ces opérations et que l'on risquerait, sait-on jamais, d'importuner sans le vouloir, car on ne savait jamais à l'avance ceux auxquels on aurait affaire. Aussi, les sacrifices et les rites ratissaient large : plus on avait de dieux dans sa manche, mieux c'était. D'où la propension des Romains à accueillir dans leur panthéon des dieux d'un peu partout : d'Etrurie et de Grèce, d'Égypte et de Perse... C'est ainsi que Jupiter et Minerve voisinaient en bonne intelligence avec Isis et Mithra. Il y avait même dans le lot, pour plus de prudence, un « dieu inconnu ». D'où aussi, après quelques malentendus, le succès du christianisme : en regroupant toutes les divinités en un seul « dieu unique », ainsi que le comprirent certains dévots avides de simplification, leur vie en était réellement facilitée. Les Romains avaient donc leurs dieux domestiques, ce qui n'avait rien d'étonnant.

Les Lares étaient à l'origine les âmes des ancêtres morts, appelés aussi Mânes ou Parentes. Les Lares n'ont pas de mythologie, ils sont les protecteurs d'un lieu, de ceux qui l'habitent ou le fréquentent, et que l'on vient saluer quand on arrive chez soi, qui est aussi chez eux, dans leur chapelle domestique, le laraire ou lararium, où ils sont souvent représentés par des statuettes sous la forme de jeunes gens à la tunique retroussée, tenant un rhyton ( corne à boire ) et esquissant un pas de danse.
On les honorait lors des fêtes familiales et c'est à eux que le jeune homme accédant au statut d'adulte, au cours de sa dix-septième année, offrait, lors de la prise de la toge virile, sa bulla, bulle d'or ou de cuir contenant des amulettes protectrices qu'il portait suspendue au cou depuis son enfance.
Il existait aussi des Lares « de plein air » : comme nous avons des calvaires aux carrefours de nos routes de campagne pour nous protéger du diable, on trouvait des lararium aux carrefours romains pour se protéger des mauvais génies, et on y déposait des offrandes lors de la fête des Compitalia. Les Lares devenaient alors les divinités protectrices des champs.
L'État possédait aussi ses Lares qu'on vénérait sur le Forum et il existait des Lares protégeant spécialement les marins et les voyageurs en mer.

Les Pénates, à la différence des Lares qui étaient de simples esprits, étaient de véritables divinités qui veillaient sur les familles, mais aussi sur l'État. Le choix de tel dieu ( Jupiter, Apollon, etc. ) comme Pénates ( le mot est toujours pluriel, car il y avait toujours plusieurs divinités associées ), s'explique généralement par l'Histoire ou les préférences du maître de maison ou du chef d'État.
Il existait à Rome un double culte public des Pénates, l'un rendu dans le sanctuaire de Vesta sur le Forum, l'autre dans le sanctuaire de la Vélia. Selon la légende, les premières représentations des Pénates romains auraient été apportées par les Troyens d'Enée.
Dans les domus, où ils protégeaient les provisions, ils étaient vénérés dans la même chapelle que les Lares, avec lesquelles on finit par les confondre souvent.


Un mariage à la manière romaine

Le mariage romain n'est pas un contrat : il ne fait intervenir ni prêtre, ni notaire, ni officier d'Etat-civil ; il naît seulement de la libre volonté des deux époux, et seulement d'eux.
Il était souvent précédé par des fiançailles ( sponsalia ), pacte conclu, non pas par les fiancés eux-mêmes, mais par leurs parents respectifs. C'était donc une promesse d'union, faite par le père de chaque fiancé envers l'autre, mais sans créer d'obligation de se marier. On précisait alors les biens que chaque futur époux amènerait dans la corbeille de noces, et parfois aussi, le mariage étant avant tout destiné à la procréation d'une descendance « officielle », et pour réserver sa précieuse semence à sa femme, que le mari ne prendrait ni concubine, ni mignon.
La rupture des fiançailles sans raison valable pouvait entraîner une amende. Sans contrat, le mariage implique un consentement continu ; dès que la convergence des volontés cesse, le mariage disparaît ; sa dissolubilité possible en permanence est une de ses caractéristiques essentielles.
Les condition sont peu nombreuses : l'âge légal est fixé entre 12 et 14 ans, il faut être citoyen, être libre ( donc pas esclave ) et sans consanguinité ( tabou de l'inceste ). Certaines lois ont posé des prescriptions restrictives contre les mésalliances, les mariages « indigènes » ( pour les magistrats exerçant à l'étranger ), contre le célibat ( obligation de se marier ), contre les mariages stériles ( obligation de divorcer et de se remarier ). La non observation de ces prescriptions n'entraîne pas la nullité du mariage, mais peut soumettre les époux à des déchéances telle que la dégradation civique.
Le mariage est la source exclusive de la famille légitime et établit la filiation paternelle. Pour l'épouse, ou bien elle entre dans la famille de son mari, perdant ainsi tout lien de parenté avec sa famille naturelle, ce qui lui permet d'hériter de son mari au même titre que leurs enfants, ou bien elle conserve ses liens de parenté avec sa famille d'origine, les époux devenant alors des « étrangers patrimoniaux » qui font biens à part et ne peuvent hériter l'un de l'autre ( il faudra attendre le Code de Justinien, au VI° siècle, pour reconnaître un droit de succession légitime entre conjoints, mais en dernière position, situation qui durera jusqu'en... 1957 ! )

Les cérémonies du mariage sont placées sous le patronage de Junon Pronuba. La chevelure de la mariée est coiffée en six tresses, comme celle des Vestales le jour de leur choix. Sa tête est recouverte d'un voile orangé ( flammeum ) et couronnée de fleurs. Elle porte une tunique blanche retenue à la taille par une ceinture, symbole de sa virginité, qui sera dénouée à la fin de la cérémonie. Ses chaussures sont elles aussi jaune-orangé.
La cérémonie commence dans la maison du père de la jeune fille, où se réunissent les invités, parents et amis. Les mains droites des deux époux sont jointes par une femme mariée, et un sacrifice, sans victime animale, est accompli sur l'autel domestique ; puis un banquet est offert à l'assistance par le marié.
Ensuite, la mariée est « arrachée » à sa mère avec une violence simulant un enlèvement, et accompagnée par un cortège de jeunes filles et de jeunes garçons portant des torches jusqu'au domicile du mari. Des joueurs de flûte se joignent au cortège, et on récite des vers de circonstance, c'est à dire plutôt lestes. Les jeunes gens jettent des noix aux enfants ( comme nos dragées ), parce que la noix est symbole de fécondité.
A son arrivé à la maison de son mari, la mariée est soulevée dans les bras de ce dernier pour en franchir le seuil, car il existe à Rome un très fort tabou concernant les seuils. Le marié présente alors à sa femme l'eau et le feu, qu'elle doit toucher, symbole de son autorité de maîtresse de maison sur son nouveau foyer. La mariée remet une pièce d'un as à son mari, une aux Lares domestiques et en fait tinter une troisième au carrefour le plus proche, gestes exprimant son incorporation à son ménage, à sa maison et à son quartier. Elle est ensuite accompagnée jusqu'à la chambre nuptiale, où la rejoint son mari après que des matrones ont dénoué sa ceinture. Devant la porte de la chambre, des jeunes gens chantent un chant nuptial invoquant le dieu Hymen ( épithalame ). Dès le lendemain de la cérémonie, la jeune femme assure ses fonctions de « mater familias ».


Les funérailles à Rome

Sauf s'il s'agit de funérailles publiques qu'accorde le Sénat, et qui concernent également la communauté civique, les funérailles restent familiales. Les rites funéraires purifient et protègent l'entourage du mort, fixent ce dernier dans sa tombe et l'introduisent parmi les dieux Mânes. Si ces rites sont absents ou mal accomplis, le mort devient malfaisant et tourmente les vivants. Il convient de restreindre et de combattre la pollution que constitue un mort, son contact et sa vue : la famille en deuil est mise en marge de la communauté civique, la souillure ne devant pas se propager. La maison est signalée aux passants par des branches de sapin ou de cyprès, ou le son d'une flûte.

On étend le mourant à même le sol, au contact de la terre mère qui le recevra, ses proches recueillent son dernier soupir, lui ferment les yeux et l'appellent à plusieurs reprises. Pour la toilette funèbre, le défunt est lavé à l'eau chaude, parfumé, revêtu de vêtements solennels avec les insignes qu'il portait de son vivant, et le « denier de Charon » est déposé dans sa bouche. On l'expose alors dans l'atrium, les pieds tournés vers la porte ( il en partira « les pieds devant » ), entouré de fleurs, de parfums et de torches. Les femmes de la maison et des pleureuses professionnelles entament des lamentations, les hommes se couvrent la tête, ne se rasent pas, portent des vêtements sombres et ne peuvent exercer de fonctions publiques. Ce deuil dure de trois à sept jours et se termine par une veillée funèbre ; si le défunt habitait une insula ( immeuble collectif ), et non pas une domus particulière, il a lieu dans une nécropole publique, mais dans tous les cas, des entreprises de pompes funèbres, dont le personnel devenu professionnellement impur vit à l'écart de la communauté, peut prendre en charge l'organisation des funérailles.
Pour les familles aristocratiques, c'est l'occasion d'étaler éclat et lignage en une démonstration de puissance. Le corps est déposé dans un cercueil ouvert placé sur un brancard et un cortège l'accompagne jusqu'au lieu de sépulture à l'extérieur de la ville, car il est interdit d'ensevelir un mort à l'intérieur du pomerium, l'enceinte sacrée de Rome.
En tête viennent les joueurs de trompettes, de cors et de flûtes ; suivent les pleureuses et les « imagines majorum », images de cire des grands ancêtres de la famille, portées par des serviteurs. Enfin, le cercueil est porté par des proches du mort, précédant la famille et les amis vêtus de noir.
Pour les grands personnages, le cortège s'arrête au Forum ou un membre de la famille prononce une laudatio ( oraison funèbre ), qui peut être anodine, mais aussi constituer une véritable proclamation politique.
Selon l'époque, a lieu ensuite l'inhumation ou l'incinération qui se déroule sur un bûcher dans l'enclos de l'ustrina. Pour l'inhumation, il est interdit de mettre de l'or dans la fosse, afin d'éviter les tentations de pillage. Si le défunt est incinéré, un doigt est néanmoins prélevé et enterré à part. Une fois le bûcher éteint, les ossements et les cendres sont recueillis et déposés dans une urne rangée dans le tombeau familial sur lequel on jette une poignée de terre : la sépulture devient alors « loca religiosus ».
On ne sait pas exactement pourquoi les deux rites de sépulture se sont succédés ou ont coexisté. Ce pourrait être le témoignage de la double origine de la population de l'Italie antique : les indigènes sédentaires auraient pratiqué l'incinération, et les envahisseurs indo-européens, nomades, auraient pratiqué l'inhumation. Cela pourrait aussi refléter deux conceptions différentes de la vie dans l'au-delà : l'inhumation rend le corps à la terre d'où il vient, tandis que l'incinération libère l'âme qui regagne le ciel d'où elle vient.
Enfin, un repas est partagé sur la tombe, une partie étant réservée au mort. Au retour, les assistants se purifient par l'eau, les objets qui ont touché le mort sont brûlés, et la maison est balayée rituellement ; des cérémonies de purification ont encore lieu pendant neuf jours. C'est alors que les grandes familles offrent parfois au peuple romain des jeux funèbres en l'honneur du défunt ; c'est à cette occasion que fut donné le premier combat de gladiateurs ( -264 ).
Les monuments rappellent aux vivants la mémoire et le statut social du défunt et de sa famille : il peuvent comporter un autel, ou une décoration particulière, avec une grande variété de tailles ou de formes. Ils peuvent être érigés dans la propriété familiale, mais plus généralement alignés le long des routes partant de Rome ( voir notamment : « L'Odyssée d'Alix, T. 2, page 11 ). Pour les petites gens, parfois liées à des collèges funéraires ( sortes de mutuelles ) qui organisent les obsèques, il existe des tombes collectives ( columbaria ).

Pour les Romains, l'au-delà est un monde effrayant, et seule vaut la vie terrestre, d'où le succès à Rome des rites initiatiques de préparation tels que les « mystères d'Eleusis ». A la différence des Grecs, ils n'ont qu'une représentation très vague de l'au-delà : le monde souterrain est triste et décoloré, et les morts y mènent une existence diminuée qui leur fait jalouser les vivants.
Les morts sont donc l'objet d'un culte, au point de les confondre parfois avec les Lares : les Mânes, les âmes des défunts, sont les « dieux bienveillants », appellation flatteuse pour dissuades les morts de venir tourmenter les vivants.
Il y a deux fêtes des morts dans l'année : les « Parentalia », en février, marqué par des rituels de purification et un repas destiné aux morts, et les « Lemuria », qui a lieu en mai, et au cours de laquelle on chasse les lémures, esprits des morts qui reviennent hanter la maison qu'ils ont habité de leur vivant, mais à qui on fait aussi des offrandes sur leurs tombeaux.


Le testament et les successions

« Par ce testament, nous confions à des témoins, dans le respect des solennités fixées par notre droit, notre volonté, afin que celle-ci survive après notre mort. »

A Rome, dans les successions, le testament est prioritaire. La loi n'intervient que par défaut, pour fixer l'ordre des héritiers en l'absence de testament. Celui-ci est d'abord oral, exprimé devant témoins, puis il devient écrit et scellé.
Ses dispositions doivent être extrêmement détaillées pour ne pas laisser subsister d'ambiguïtés : en effet, le choix de l'auteur peut écarter des descendants directs au profit d'autres héritiers. Les descendants directs, en l'absence de testament, peuvent bénéficier des dispositions légales qui, au contraire, respectent l'ordre de parenté, les plus proches excluant les plus éloignés.
Contrairement à ce qui se passe en Grèce, hommes et femmes sont sur un pied d'égalité. A défaut de descendants directs, héritent les autres membres de la famille, ou d'autres proches jusqu'au sixième degré. Sinon, les biens sont considérés comme vacants et le premier venu pourrait s'en emparer ; mais ils ne seront pas perdus pour tout le monde : le « trésor du peuple » ( autrement dit, le Trésor Public ) y veillera.


La justice à Rome, une fois encore

Ce n'est pas la première fois qu'Alix a affaire à un tribunal : il a déjà vécu cela, avec des fortunes diverses, dans « Alix l'intrépide » et dans « Roma, Roma... », et à ces deux occasions, j'ai consacré des commentaires à ses procès. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit alors, sauf que la justice romaine est toujours décrite comme très expéditive, ce qu'elle n'était pas : manifestement, le scénariste connaît mal le déroulement des procès et fait dans l'à peu près, peut-être pour éviter d'y consacrer trop de temps par rapport aux scènes d'action, mais c'est assez gênant.
La seule et notable différence de ce procès par rapport aux précédents, c'est qu'une Vestale est en cause. Elle est donc jugée par le tribunal des Pontifes, les quinze prêtres qui supervisaient l'ensemble des cultes romains, présidé par le « Pontifex maximus », en l'occurrence César, élu à vie dans cette fonction, et, en l'absence de celui-ci, par son remplaçant désigné. On nous dit, page 46, que ce remplaçant est Galva lui-même, ce qui signifierait qu'il serait également l'un des pontifes élus : pourquoi pas ? Le pontificat n'était pas un sacerdoce et tout un chacun pouvait y prétendre, il ne s'agissait que de faire respecter les rites ; mais on aurait aimé un brin d'explication plutôt que ce raccourci ( voir aussi la biographie de César, dans « L'Ibère » ).

La « tria nomina » des citoyens romains

Cette aventure d'Alix comporte beaucoup de nouveaux personnages, en particulier romains, et l'auteur a donné un nom à chacun, ce qui est bien normal. Si les lecteurs d'Alix sont familiarisés depuis longtemps avec la consonance des noms romains et ceux de quelques autres peuples ( et même si certains relèvent surtout de l'imagination et de la fantaisie des auteurs ), en connaissent-ils toujours l'origine et la formation ? Voici un petit voyage en onomastique, la science des noms.

Noms de noms...romains
A l'origine, comme la plupart des gens de l'Antiquité, les Romains avaient un nom unique, qui se dédoubla rapidement en prénom et nom. Ce dernier exprimait souvent la situation personnelle de l'ancêtre ; ainsi, le célèbre Caton, Marcus Porcius Cato, descendrait d'un éleveur de cochons. A partir du -III° siècle, lorsque apparut le surnom, d'abord dans les classes supérieures, ces deux noms devinrent trois : la tria nomina.
Prenons l'exemple d'un personnage bien connu : Caïus Julius César.
Caïus : prénom ou praenomen ; les prénoms romains sont en nombre limités, une petite vingtaine, dont seule la moitié est couramment usitée ( Caïus, Marcus, Lucius, Publius... ).
Julius : nom de famille ou de la gens, ou encore : nomen, gentilicium, gentilice ; à la différence des prénoms, ils sont en nombre quasiment illimité.
César : surnom ou cognomen ; à l'origine, il était personnel à l'individu dont il décrivait une particularité physique ou morale, et ne se transmettait pas, à la différence des prénoms et noms qui se transmettaient parfois de manière identique sur plusieurs générations : César portait les mêmes nom, prénom et surnom que son père et son grand père ; le surnom permit d'abord de distinguer les générations, puis il devint lui aussi héréditaire et ne servit plus qu'à distinguer les branches d'une même gens. Le choix et l'utilisation du surnom sont entièrement libres.
Toutefois, certains surnoms se rapportant à un exploit de l'individu ou à une circonstance particulière, s'ajoutaient au surnom familial et se transmettaient parfois ; par exemple, un homme qui avait servi glorieusement en Afrique pouvait être surnommé Africanus : ce fut le cas de Scipion l'Africain, qui se nommait en réalité Publius ( prénom ) Cornelius ( gentilice ) Scipio ( surnom familial ) Africanus ( parce qu'il avait vaincu les Carthaginois ). Autre cas : Cnaeus Pompéius, notre ami Pompée, ne releva pas le surnom de son père, Sextus Pompéius Strabo, mais s'accorda lui-même le surnom de Magnus ( le Grand ), en toute modestie ; et Marcus Licinius Crassus pouvait bien s'offrir une deuxième surnom amplement justifié : Dives, le « riche ». Enfin, certaines familles n'utilisèrent jamais de surnom, comme celle des Antonii, la gens de Marc Antoine.

Les noms des non-citoyens qui deviennent citoyens
Un non-citoyen romain a toujours vocation à s'intégrer dans la citoyenneté romaine. Deux groupes sont dans ce cas : les esclaves et les étrangers.
Les esclaves ne portent généralement qu'un nom, choisi par leur propriétaire, souvent d'après leur origine géographique. A leur affranchissement, ils prennent le prénom et le gentilice de leur maître devenu leur patron et dont ils demeurent les clients. Ils ajoutent alors leur nom servile comme surnom : quand Cicéron, Marcus Tullius Cicero, affranchit son secrétaire Tiron, celui-ci devint Marcus Tullius Tiro. Souvent aussi, leurs fils échangent ce surnom pour un autre moins connoté sociologiquement.
Les étrangers n'ont également qu'un nom pour la plupart ; quand ils obtiennent la citoyenneté, ils transforment ce nom en surnom, qu'ils font précéder des prénom et nom de celui auquel ils doivent cette promotion : ainsi, un Gaulois nommé Quintus Cornelius Smertullus était devenu citoyen grâce au gouverneur romain Quintus Cornelius.
On voit que le nom révèle la place et le parcours de son porteur dans la société romaine, et la structure de celle-ci.

Le cas des adoptions
L'adopté prend la tria nomina de son père adoptif à laquelle il ajoute comme surnom son ancien gentilice. Deux exemples célèbres : celui de Paul Emile, Lucius Aemilius Paullus qui, adopté par son cousin Publius Cornelius Scipio Africanus ( fils de Scipion l'Africain, déjà cité ) devint Publius Cornelius Scipio Aemilianus Africanus, plus connu sous le nom de Scipion Emilien, et aussi, bien sûr, Caïus Octavius qui, adopté par son grand oncle Caïus Julius César, devint Caïus Julius César Octavianus.

Le cas d'Alix
On sait qu'il n'était pas romain avant son adoption par Honorus Graccus Galla, il s'agit donc d'un étranger, Gaulois en l'occurrence, qui devient citoyen, plutôt que d'une adoption entre citoyens, mais du point de vue du nom, le résultat est le même. Il ne semble pas avoir relevé le cognomen Galla, auquel il n'est plus jamais fait allusion, d'autant moins que ce surnom se réfère à la Gaule et que son nom celte suffit à caractériser l'origine de notre héros. En bonne logique romaine ( qui n'est pas obligatoirement celle du roman ! ), il devrait s'appeler Honorus Graccus Alix et non pas Alix Graccus.

Le cas des femmes
Les femmes portent, y compris après leur mariage, le nomen paternel féminisé, le seul nom dont elles héritent. Ainsi, toutes les femmes de la gens Julii s'appellent Julia. Lorsqu'elles sont plusieurs dans une génération, ce gentilice est suivi par un surnom.
En ce qui concerne Galva et ses filles, nous avons appris le nom complet du père dans « Les Barbares » ( page 14 ) : Lavius Cornelius Galva ( je ne suis pas sûr que Lavius soit un prénom, mais passons ). Ses filles seraient donc respectivement Cornelia Aurélia et Cornelia Cécilia, et il est plus facile de ne les nommer que par leur surnom. Pour d'autres personnages féminins de cette histoire, nous avons Octavia Lydia ( déjà bien connue ) et Severa Sylvia ( la Vestale ).


Attention à la peinture !

Puisqu'on voit Enak à l'œuvre, j'aborde ici un chapitre sur ce thème ; compte tenu de l'époque à laquelle se déroule cette histoire, je me limiterai aux œuvres de la période républicaine. Pour une vue d'ensemble, je vous conseille de consulter Wikipédia et plus particulièrement : « Peinture romaine » et « Art de la Rome antique » ( ce dernier plus orienté sur la sculpture ), ces sites reproduisant un certain nombre d'œuvres.

Les peintres romains, comme les sculpteurs, ont assimilé les œuvres de la Grèce antique en imitant les modèles et les techniques et en créant d'innombrables copies.
A cette époque, il existait deux types d'œuvres peintes dans le monde gréco-romain : les tableaux de chevalet, essentiellement des portraits ( tabulae, tabellae ), ceux que pratique Enak, et la peinture directement appliquée sur les murs recouverts de stucs. Le premier type, nous dit Pline l'Ancien, était le plus estimé par les artistes aussi bien que par leurs commanditaires. Hélas, il ne nous en reste rien, et si des peintures murales ont pu être préservées, ce sont les seuls vestiges d'une immense production picturale.
Les premières peintures connues en Italie datent de la fin du -VII° siècle, dans des tombes étrusques, ainsi que dans les Pouilles et en Campanie. Pline l'Ancien cite les peintres Damophilus et Gorgasus, qui décorèrent le temple romain de Cérès, Liber et Libera, fondé par Spurius Cassius Vecellius en -493.
En -304, Caïus Fabius Pictor ( = le peintre ) est connu pour la décoration du temple dédié à Salus ( dieu romain de la santé et de l'hygiène, équivalent d'Hygie chez les Grecs ), mais on ne sait pas s'il était lui-même l'auteur ou seulement le commanditaire ( c'est le plus probable ). Il s'agissait d'une peinture célébrant un événement historique, comme celle que l'on voit dans la nécropole de l'Esquilin où sont représentées des scènes des guerres samnites.
La peinture « triomphale » était celle portée dans les cortèges des triomphes, les tableaux décrivant des scènes de la campagne militaire victorieuse ou l'aspect des cités conquises.
Ce n'est que dans la première moitié du -I° siècle que se formera une véritable tradition picturale romaine, avec l'arrivée en Italie de nombreux peintres venus de Grèce, de Syrie et d'Alexandrie ( il n'y avait donc pas qu'Enak ! ). De cette époque datent les fresques avec des scènes de l'Odyssée de la maison de la via Graziosa, datées de -50/-40, sans doute copie d'un original alexandrin datant de -150.
La plus importante collection de peintures romaines se trouve dans la partie de la Campanie ensevelie par l'éruption du Vésuve en 79 : dans les villes de Pompéi et d'Herculanum, et dans les villae de Stabies, Oplontis et Boscoreale. A Rome même, les plus importantes concentrations de peintures décoratives ont été trouvées sur le Palatin et sur l'Esquilin, dont les restes souterrains de la Maison Dorée de Néron ; ces derniers inspirèrent, à la fin du XV° siècle, Raphaël et les peintres florentins travaillant à Rome : ils donnèrent aux souterrains le nom de « grottes » et qualifièrent de « grotesques » les motifs de fleurs et d'animaux dont ils firent des esquisses et des modèles pour décorer des palais « al modo antico ».
Dans la plupart des sites antiques, la peinture n'est retrouvée que sous forme de fragments de plâtre peint qui exige un gros travail de reconstitution et de restauration.

En Italie, dans le bassin méditerranéen et dans les régions du nord de l'Europe soumises à l'influence romaine, la peinture murale, en étroite relation avec l'architecture, était la principale décoration des surfaces intérieures et extérieures des maisons, des tombes et des bâtiments publics.
La peinture « d'intérieur » était complexe, comportant des programmes iconographiques de grande envergure adaptés à la fonction de l'espace et codés selon une série de conventions décoratives liées aux statuts ; il faut se rappeler que la domus romaine était un lieu semi-public, qui ne servait pas seulement de résidence à la famille, mais était aussi le siège d'activités relevant de la carrière personnelle du dominus qui y recevait ses clients ou y offrait l'hospitalité à ses familiares ou à ses proches associés.
Les espaces de circulation, vestibules, corridors, antichambres, recevaient des dessins juxtaposés les uns aux autres, dont les motifs n'avaient qu'un intérêt limité. Au contraire, les espaces voués à des activités stables, lecture, sommeil, et aux importants rituels du dîner en société, étaient décorés de compositions symétriques et de sujets dont l'organisation incitait à un regard prolongé et répété. Les décorations sont hiérarchisées par rapport aux activités qu'abrite la pièce décorée. Les espaces destinés à être vus par un public, par exemple les lieux de réception, étaient pourvues d'imposantes décorations conçues pour servir de « toiles de fond » à la présence d'une foule et le sujet intéressant y était situé au dessus du niveau de l'œil. On montrait au contraire des programmes plus raffinés dans les pièces réservées à des réceptions plus intimes.
Ces décorations utilisaient des trompe-l'œil : constructions complexes d'architectures monumentales et incrustations de marbre. Des compositions montrant l'apparence de monuments publics, basiliques ou temples, insistent sur les liens entre espace domestique et activité civique. Des dessins fondés sur la structure et la décoration de scènes de théâtre renvoient au mécénat théâtral, libéralité publique assumée par l'élite municipale. On trouve aussi des cours à portiques, souvent juxtaposées à des cours véritables, et des jardins, rendus les uns et les autres de façon illusionniste. Plusieurs propriétaires de Pompéi décorèrent leurs jardins de représentations de chasses ( venationes ) qui avaient lieu dans les amphithéâtres, pour rappeler qu'ils les avaient offertes. Des panneaux décoratifs reproduisaient des objets d'art, des scènes mythologiques, des tapisseries brodés, des statues, des candélabres, des vases, etc.

Comment les Romains appréciaient-ils cet art pictural ? Dans cette société conservatrice et traditionaliste, tout ce qui était nouveau était mal considéré. Toutefois, au contact du butin récupéré au cours des campagnes en Grèce ou dans les royaumes hellénistiques d'Asie mineure, le goût des élites et du peuple évolua sous l'influence de quelques grandes familles comme les Scipion. Ainsi, des tabellae peintes rapportées du monde grec à titre de butin furent installées à Rome et exposées en public dès le -III° siècle. Si l'art hellénistique privilégiait la beauté formelle, l'art romain adoptera un certain réalisme. Toute initiative dans le domaine artistique se cantonnera à la sphère privée : c'est le cas de l'art du portrait.
Pour les Romains, le nom du commanditaire était plus important que celui de l'artiste, et la plupart du temps, on ne connaît ni l'un ni l'autre. Les artistes n'étaient pourtant pas tous médiocres, mais avant toute réalisation plastique, le premier art était la littérature. En raison de la place occupée par la politique chez les élites, l'art oratoire était tenu pour le summum du génie, et l'éducation des jeunes Romains est d'abord un apprentissage de la langue, du discours et du raisonnement ; on construit sa carrière en sachant discourir, plaider, argumenter, haranguer. Dans ce contexte, l'artiste à un statut relativement humble : l'« artifex » est plus artisan que créateur ; la main d'œuvre était d'un coût modique, comprenant rarement le travail intellectuel de la réflexion artistique. L'avantage est que cela mettait l'art romain à la portée de tous, mais cela ne veut pas dire que les meilleurs et les plus recherchés des artistes étaient mal payés, au contraire.

En peinture, on distingue quatre styles romains.
Premier style, du -II° siècle à -80 : couleurs vives et évocation du marbre, à l'image des palais orientaux.
Deuxième style, -I° siècle : compositions en trompe l'œil.
Troisième style, de -20 à 60 : ornements figuratifs et colorés.
Quatrième style, après 60 : surcharge d'ornements et vastes décors architecturaux.
Dans tous les styles, les peintures romaines aiment représenter des paysages ruraux et montagneux, avec des temples rustiques, des bergers et des troupeaux, mais aussi des natures mortes et des scènes de la vie courante. A la différence de l'art grec et oriental, on utilise une technique perspective, mais lorsque des personnages réels sont représentés, leur taille varie en fonction de leur importance !


Comment est racontée l'histoire

C'est le premier album d'Alix publié depuis le décès de Jacques Martin ( mais il avait été mis en chantier bien avant ) et c'est aussi le premier qui n'est dû qu'à un seul auteur depuis « Ô Alexandrie ». Marco Venanzi a assuré à la fois le scénario et le dessin, sans exploiter un synopsis préparé par Jacques Martin. Reconnaissons qu'il s'est tiré honorablement de cette redoutable épreuve, son Alix étant l'un des meilleurs sur tous les plans depuis longtemps. L'homogénéité de la conception doit y être pour quelque chose.
Le scénario est bien bouclé, et on n'y trouve pas ces raccourcis ou ces hiatus si déplaisants, qui défiguraient la continuité de l'action dans certains récits précédents ( sauf en ce qui concerne la scène du procès, voir ci-dessus ). C'est une histoire et une enquête à suspense, bien menée de bout en bout, où le mystère et l'action sont assez bien équilibrés. On a vraiment envie de savoir ce qui va se passer à la page suivante, l'interrogation en bas de page étant généralement respectée.
Pour le dessin, le style de Marco Venanzi est différent de celui de Christophe Simon, tout comme les deux sont différents de celui de Jacques Martin. Ses personnages sont peut-être un peu moins gracieux et souples que ceux de Ch. Simon, mais ils sont néanmoins vivants et restent expressifs. Les décors sont soignés mais l'auteur semble avoir voulu éviter de les surcharger, ce qui leur enlève de la précision.
Je suis assez réservé sur les couleurs, parfois un peu fades, sans la chaleur et l'éclat qui se dégageaient de celles du temps de Jacques Martin.
En conclusion, et malgré ces quelques réserves qui restent mineures, cette histoire fait passer un bon moment, avec des personnages intéressants et une intrigue efficace. La description de la société romaine et de ses coutumes est remarquablement précise et permet de bien situer l'action.

Par ailleurs, j'ai noté une erreur dans les dialogues. Page 34, lorsque Alix dit à Octave : « Toi, le futur empereur ! » ; à cette époque, il n'était pas question d'Empire, qui ne fut jamais proclamé en tant que tel, et donc encore moins d'Empereur, César lui-même n'envisageant pas d'être simplement roi, ce qui aurait été en absolue contradiction avec les traditions romaines, comme je l'ai expliqué dans sa biographie déjà citée. Dans la réalité, l'ouverture du testament de César, après sa mort, fut une surprise pour tout le monde, qui attendait Marc Antoine, mais on suppose qu'Octave était bien au courant de la décision prise par son grand oncle à son égard.


Les personnages

Alix : croyait-il n'être invité qu'à une paisible fête de famille ? Quelle erreur ! Le voilà qui se retrouve au centre d'une machination dont il ne connaît même pas le premier mot, qui ne lui sera révélé que bien plus tard. Là où il ne voyait d'abord qu'une sordide mais banale affaire criminelle, puis un complot politique classique, il devient, à son corps défendant, l'enjeu du maintien au pouvoir de son mentor César contre les Pompéiens qui n'ont pas désarmé malgré la disparition de leur grand homme. Il n'a donc plus le choix encore une fois, ayant, pour la bonne cause – du moins le croyait-il - profané le temple de Vesta, où aucun homme n'avait le droit d'entrer, et il ne peut plus se sauver qu'en remontant la filière des conjurés depuis l'exécutant jusqu'au commanditaire. Cette filière est d'ailleurs assez simple et on le voit raisonner logiquement pour la démonter. Aurait-il fait pareil s'il ne s'était pas compromis au temple ? Oui, probablement, mais l'enjeu pour lui, et le suspense pour nous, n'auraient pas été les mêmes. C'est donc contraint et forcé qu'il va de l'avant en ayant cependant bien conscience qu'il n'est qu'un pion sur un échiquier trop vaste pour lui : cruelle leçon d'une politique terrible dans une époque troublée.

Enak : si ses talents de combattant sont toujours aussi limités, il nous donne à voir ses qualités artistiques, dont il est décidément bien pourvu. Son œuvre est d'ailleurs au centre de la résolution de l'énigme. Et son œil d'artiste ne lui sert pas qu'a faire des portraits : c'est lui qui repère le sicaire qui les épie avant même toute action de sa part.

Et, par ordre d'entrée en scène :

César : il ne fait que passer, au début de l'histoire, pour remettre son testament à la Grande Prêtresse de Vesta et donner ses ultimes consignes à Galva qui n'en demandait pas tant... On peut comprendre sa préoccupation devant un conflit guerrier à l'issue incertaine ( les troupes des fils de Pompée étaient chez elles en Espagne, à la différence des légions de César ), et prendre des précautions pour assurer sa succession sans heurts en cas de malheur était la moindre des choses. Mais devant le danger représenté par les Pompéiens et les Républicains purs et durs – qui auront sa peau plus tard – une bonne petite machination sortie d'un esprit retors et destinée à faire sortir les loups du bois n'était pas une mauvaise idée. C'est pourtant au prix d'un certain mépris d'autrui, y compris de ses plus fidèles soutiens, ainsi que le comprend bien Alix ( page 34 ), que la pièce se jouera.

Thessalos d'Epidaure : ce sympathique médecin grec ( Epidaure est un des principaux sanctuaires du dieu de la médecine, Asclépios ) intervient à point nommé pour découvrir l'indice-clé – au sens propre du terme – d'une manière à laquelle Alix – ni personne d'autre – n'aurait certainement pensé. Il parvient ainsi à dénouer l'intrigue, et sa science intervient encore pour faire évader Alix.

Galva : « Le vin est déjà tiré, il me reste à le boire ». Et le pauvre homme le boira jusqu'à la lie. Il faut dire que l'aimable compagnon que l'on avait rencontré dans les premières aventures est bien loin, écrasé par des responsabilités qui le dépassent. C'est seulement un soldat, lui, comme le remarquent justement ses subordonnés ( page 31 ), pas un général et encore moins un politicien. Il obéit à César sans savoir qu'il ne connaît que la moitié de son plan, dont la partie la plus terrible reste à venir pour son malheur et celui de sa fille. Lui qui est passé par tant d'épreuves ne survivra pas à la dernière, un combat final sans gloire ni grandeur contre un adversaire de bas étage. Il ne connaîtra pas les joies de sa paternité retrouvée, ne goûtera plus le bon vin qu'il appréciait tant et ne nous fera plus profiter de sa joie de vivre. C'est une grande figure des aventures d'Alix qui s'en va et que nous regretterons.

Cécilia : la fille cadette de Galva ne fait que passer, car le mauvais sort la rattrape vite. Sa trop brève apparition lui permet néanmoins d'affirmer une vraie personnalité ; elle n'est pas entièrement obnubilée par son proche mariage, elle se permet de gourmander son père dont l'intempérance dépasse les bornes et elle n'hésite pas à rendre service à sa sœur aînée, un service qu'elle paiera de sa vie pour une affaire dont elle ignore tout. C'est vraiment l'un des sorts les plus injuste qu'on ait rencontré.

Aurélia : la fille aînée de Galva est une Vestale, c'est à dire qu'elle est entrée au temple dès l'âge de 10 ans ( page 11 ). A cet âge, a-t-elle volontairement choisi cette voie, ou n'y aurait-elle pas été poussée par ses parents nourriciers, les Severii ? En tout cas, à constater l'attirance non dissimulée qu'elle éprouve pour Alix, on peut se demander si elle ne commence pas à trouver le temps long. Et elle ne sortira du temple qu'à 40 ans, dans 20 ans environ... Que sera son chevalier devenu ? En attendant, elle joue un premier rôle dans la machination de César, sans savoir lequel et au risque de sa vie et de son honneur, bien qu'elle ait fait porter à Cécilia la plus lourde responsabilité, une maladresse qu'elle se pardonnera difficilement.

Les Severii ( Severus ) : bien qu'ils interviennent successivement, je préfère les présenter en une seule fois.
Faustine : sœur de Galva et épouse de Lucius Severus ;
Lucius Severus : avec Faustine, ils sont les parents nourriciers d'Aurélia et de Cécilia ;
Fabio Severus : neveu du précédent, fils de Félix et Lydis, fiancé de Cécilia :
Félix Severus : frère de Lucius et de Sylvia, et son épouse Lydis ;
Sylvia, la Vestale, sœur de Félix et de Lucius.
Félix est apparemment l'aîné et le chef de famille, c'est lui qui mène la barque familiale et les manigances politiques. Il est en cela aidé principalement par Sylvia, que son statut de prêtresse n'empêche pas de s'intéresser de très près à la vie politique. Les autres membres de la famille se tiennent plus en retrait que ces deux-là. Malgré la défaite de Pompée, puis de ses partisans en Afrique du nord, ils sont restés des adversaires résolus de César et sont aussi des piliers de la République traditionnelle, une République à bout de souffle, mais peu importe pour eux. Ils espèrent que César sera vaincu en Espagne, et il ne faudrait pas que dans ce cas, son successeur remette sa défaite en question et donc le retour des Pompéiens aux affaires. D'où quelques arrangements avec les traditions du temple de Vesta, où l'intrusion d'Alix représente alors bien peu de chose. Mais à la différence des futurs conjurés des Ides de Mars, ils ont le tort de sous-traiter une partie de leur complot à des hommes de main : on n'est jamais si mal servi que par les autres, surtout quand ils ne sont pas à la hauteur.

Pertinax : l'homme de main, justement, le voici. On aurait bien aimé connaître ses antécédents qui lui valent une telle mission de confiance : légionnaire déserteur, esclave fugitif, gladiateur reconverti ou simple aventurier ? Pas toujours très efficace ni discret, et quelque peu imprudent de se laisser repérer dans sa taverne favorite. Interrogé rudement par Galva, il montre ses limites et craque, et ne se rattrapera que lorsqu'il voudra faire taire Alix, son accusateur, avec pour seul résultat sa mort immédiate ( mais ne l'avait-il pas cherchée pour en finir, sachant qu'on ne lui ferait pas grâce de toute façon ? ), et aussi celle de Galva. Désespéré ou réellement courageux ? Son nom est aussi celui d'un empereur romain ( 126/193 ), successeur de Commode, qui régna 3 mois et fut assassiné par ses légionnaires qu'il avait omis de soudoyer comme il fallait.

Octavia Lydia : on ne fait que l'entrevoir et elle ne joue aucun rôle dans cette histoire, Alix lui-même ne semblant plus trop s'intéresser à elle, mais il est vrai qu'à cette époque, elle était déjà mariée. Alix aura peut-être plus de chance avec elle une prochaine fois...

Octave : Caïus Octavius, le petit-neveu de César, a pris de l'âge et de l'assurance ; né en -63, il a donc 17 ans et peut servir dans l'armée ; on dit ici que ses ennuis de santé fictifs l'ont empêché de participer à la guerre en Espagne : dans la réalité, il était vraiment malade et n'a rejoint les légions qu'après Munda ( il sera frileux et souffreteux toute sa vie... qui sera longue ). Il est d'autant plus conscient de ses responsabilités qu'il est le seul à connaître le fin mot de l'histoire et la vérité sur le faux testament destiné à piéger les Pompéiens. Il faut reconnaître qu'en compensation il se conduit courageusement – et un peu imprudemment – en faisant évader Alix : il ne pouvait pas faire moins, car ça aurait été faire vraiment trop bon marché de la vie de son ami.


Conclusion

Cette histoire de mystification tragique et de complots à rebondissements ne nous montre pas la vie politique romaine sous un jour bien reluisant. Que l'on se console en se disant qu'elle était la plupart du temps bien pire que ça. Les pièges tendus sous les pas d'Alix ne le découragent pas plus que d'habitude, et s'il montre plus d'une fois son amertume, il agit néanmoins avec efficacité. Ce récit bien mené lui permet de redevenir l'homme d'action que l'on espérait revoir depuis quelques épisodes en demi-teinte.


Sources : comme toujours, essentiellement le « Dictionnaire de l'Antiquité », de Jean Leclant ( PUF ), l'Encyclopédie Quillet et Wikipédia.


-oOo-


Raymond

Raymond
Admin
Merci beaucoup, Jacky-Charles. Tout cela est passionnant et donne envie de relire l'album. pouce

Tes réflexions sur l'usage des noms et des prénoms m'interpellent. Comme Enak est lui aussi citoyen romain, quel serait son véritable nom, à ton avis ? Wink

J'ai sinon apprécié ta présentation de la peinture romaine. Venanzi en dessine quelques exemples dans son album (en montrant l'intérieur la maison d'Octave) mais cela reste assez pauvre dans le Testament de César. La plus belle image de ces peintures d'intérieur a été faite par Jacques Martin lui-même, dans l'album Vercingétorix. Je relève aussi que l'artiste n'était pas vraiment considéré dans l'Empire Romain. Cela confirmerait encore un plus la tendance d'Enak à rester effacé dans l'entourage d'Alix. En grandissant, il ne devient pas un guerrier mais un simple artisan et il est destiné à être peu considéré. Rolling Eyes

Quand à l'amour naissant entre Alix et Aurelia, la question me semble réglée. Une telle relation est impossible ... à moins qu'Alix ne veuille risquer d'être "battu de verges jusqu'à ce que mort s'ensuive". Cool


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Et toujours ... Le testament de César : les critiques - Page 8 Charli10
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Jacky-Charles


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Merci, Raymond, cela me fait plaisir que tu aies apprécié cette étude.

Enak, citoyen romain.
Dans une autre étude publiée dans la rubrique "Alix, Enak et l'amour", j'avais émis l'hypothèse qu'Enak n'avait pu devenir citoyen romain que par adoption, toutes les autres formes d'acquisition de la citoyenneté ( magistratures, récompenses pour faits d'armes ou pour services rendus ) ne le concernant pas, vu son âge. Je ne voyais pas qui d'autre qu'Alix aurait pu l'adopter, d'autant plus qu'il avait été lui-même adopté. Après son adoption, le nom d'Alix devient logiquement Honorus Graccus Alix, et s'il fait entrer à son tour Enak dans la gens Graccii, ce dernier devrait désormais se nommer Honorus Graccus Enak Menkharâ, pour respecter les exemples donnés ci-dessus.
Curieusement, dans "Les Barbares" ( page 3 ), Enak est présenté à Carbo sous son seul nom égyptien.

Je voudrais aussi présenter mes excuses aux lecteurs de cette étude pour son aspect tassé et peu agréable ; en effet, la transmission du fichier sur le forum a écrasé toute la présentation typographique que j'avais essayé de soigner : les caractères en gras ou en italique, les interlignes, les titres centrés, ont disparu. C'est la première fois que ça m'arrive et je ne pouvais pas prévoir que le système me saboterait le travail, mais je crois qu'il n'y a rien à y faire.

Raymond

Raymond
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Il existe en dessous (à droite) de ton message un bouton "éditer" qui te permet de reprendre ton texte et de le corriger, si tu le souhaites, aprés l'avoir déjà mis en ligne. Cette reprise te permet aussi de retrouver certaines fonctions d'édition du texte (en gras, en souligné, en couleur ... etc) avec les boutons qui sont au dessus du post. Wink


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Jacky-Charles


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Merci du renseignement, j'essaierai d'être un peu plus malin la prochaine fois !

Raymond

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Il est toujours possible de le faire, si jamais. Wink


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Je ne sais si cette couve est passée, au cas où, et bien voilà et si elle est déjà passée avec toutes mes excuses :

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