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Fanzines et revues d'étude sur la BD

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526 PHENIX 2ème partie le Mar 2 Déc - 0:44

Raymond

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Admin
Raymond a écrit:Thierry Martens semble en effet souffler le chaud puis le froid, mais ces voltefaces reflètent assez bien l'intérêt de la première période de Haga. Vers la fin de la rubrique "et les fanzines", avec l'apparition de la 2ème période de Haga, ses critiques deviennent plus élogieuses.

Martens procède de même avec Phénix, dont la qualité n'a pas été constante. Je me rends compte à cet égard que je suis resté très laconique en évoquant ce fanzine. C'est une histoire qui a duré plus de 10 ans.

Il faut que je me rattrape.  Wink

Phénix a donc été créé en 1966 par un groupe dissident du CELEG, emmené par Claude Moliterni, Pierre Couperie, Edouard François et Claude Le Gallo. Le premier numéro était un peu mince (30 pages), mais il frappait d'emblée par la qualité de sa maquette et la variété de son contenu. On y trouve en effet des articles sur Alain Saint-Ogan, Little Nemo et Scarlett Dream, ainsi un joli petit dossier sur les différentes BD de Milton Caniff.



Par la suite, et contrairement en effet à Giff-Wiff, qui se concentrait presque exclusivement sur les classiques américains des années 30, Phénix s'est intéressé très vite à la BD contemporaine, non seulement d'origine franco-belge, mais aussi italienne, anglaise ou américaine (entre autre les comic-books ou l'underground). Il publiait également de nombreux articles en lien avec l'actualité (rapports de congrès ou d'expo) ainsi que des rééditions de BD rares (c'est ainsi que j'ai découvert le Rayon U), et cet éclectisme a d'emblée donné à la revue une grande ampleur.

Plusieurs numéros de Phénix m'ont durablement impressionné, et ils restent aujourd'hui encore des références de qualité. Je vais rapidement les énumérer.

Le N°3 est une sorte de "spécial Alex Raymond", avec plus de 26 pages qui présentent les diverses séries de ce dessinateur. On n'a pas mieux fait depuis (en français) sur cet auteur. Par ailleurs, il contient des articles plus courts sur "QRN sur Bretzelburg", Antonio Rubino, Lucky Luke, la dynastie Offenstadt et le "ballon dans la figuration narrative", ainsi qu'une réédition d'un épisode des Pionniers de l'Espérance. Dans ce numéro, il n'y a vraiment rien à jeter !   Cool



Le N°6 m'a également laissé un grand souvenir. Ce "Spécial Aviation" réalisait en effet un tour d'horizon assez large du sujet, en évoquant aussi bien les BD classiques américaines que les grandes séries franco-belge ou certains dessinateurs italiens comme Kurt Caesar (que l'on appelait encore à cette époque "Caesar Away"). Ce dossier de plus de 60 pages contenait entre autre des interview de Jean-Michel Charlier ou Vic Hubinon avec Albert Weinberg, et proposait au final un épisode complet de Bob l'aviateur. Petit bonus (sans lien avec le sujet principal), des pages du Rayon U qui (à l'époque) étaient introuvables.



Le N° 24 proposait un très long article racontant l'histoire de la presse underground qui, aujourd'hui encore, reste une référence sur ce sujet. On y trouve sinon un article intéressant sur le Fantôme du Bengale, mais aussi (et hélas) de nombreuses pages sur le congrès de Lucca N° 8. Signalons que ce genre d'article sans intérêt remplit (à des degrés divers) de nombreux numéros de Phénix, et que ce "remplissage" a pour conséquence que tous les numéros ne sont pas également intéressants.   Neutral



D'autres numéros peuvent encore être signalés, comme le N° 27 qui contient une bonne interview de Jacques Martin, mais je ne vais pas trop allonger la liste pour cette première période.

En 1973, un changement majeur survient, avec la mensualisation de la revue, mais j'en parlerai un peu plus tard, après une petite pause.   Wink

On pourrait en fait résumer l'histoire de Phénix en 3 périodes. Il y eu d'abord la période "fanzine", du N° 1 au N° 29 (de 1966 à 1973), pendant laquelle la publication était trimestrielle. Dès septembre 1973 apparu la période "kiosque", car c'est là que l'on trouvait la revue (éditée par Dargaud) chaque mois. Cette seconde période a duré 1 an, du N° 30 au N° 41, avant que Phénix ne disparaisse provisoirement pour cause de vente insuffisante. Vint enfin la période "fanzine, le retour" de fin 1974 à début 1977, pendant laquelle le fanzine reprit sa formule originale (jusqu'au N° 48).

Le passage à une parution mensuelle provenait probablement de diverses envies, entre autre de publier davantage de BD. Ce ne fut cependant pas une grande réussite, même si de bonnes séries ont été publiées dans Phénix, en particulier le Ulysse de Lob et Pichard. Il faut reconnaître que l'identité de ce titre provenait d'abord de son activité critique, et que la mensualisation eut comme effet regrettable de diminuer les textes d'analyse au profit de la prépublication de BD de qualité inégale. Mais voyons plus en détail ce que contenait un numéro de cette époque, comme par exemple le 32.



Ce numéro contient d'abord des BD à suivre qui paraissaient mensuellement. Ce sont "Anita" de Crepax, "Mort Cinder" de Breccia, "Ulysse" de Lob et Pichard, "Vuzz" de Druillet et quelques pages de Mandryka et Blanc-Dumont. Les articles contiennent l'analyse d'un album d'images de Guy Pellaert, une petite critique de "Adieu Brindavoine", des pages d'échos de Filippini et Numa Sadoul, une analyse de Félix le Chat par Edouard François et un panorama succinct de de la BD hollandaise par Filippini. En théorie, tout cela aurait dû former un ensemble intéressant, mais voilà ... allez savoir pourquoi ... l'activité analytique était plutôt légère ... et cela laissait une impression de vacuité. On avait en fait l'impression de ne pas vraiment "en avoir pour son argent". Il était en tout cas certain que Phénix était incapable de rivaliser avec Pilote ou Charlie mensuel, les grands mensuels de cette époque auxquels il se confrontait.

La disparition du mensuel ne fut donc pas étonnante, et Phénix reprit ainsi sa forme originelle trimestrielles. Les BD disparurent, et on retrouva des sommaires riches en analyses et en interviews. Tous les numéros de la troisième période sont en fait excellents (parfois supérieurs à ceux de la première période) mais, curieusement, l'élan paraissait brisé. On ne trouvait d'ailleurs pas facilement le journal en librairie, et la revue semblait s'éclipser en douceur.



Le fanzine s'arrêta tout seul en 1977, semble t-il sans drame ni crise particulière. Il est vrai que Claude Moliterni commençait son oeuvre propre, que Filippini et Numa Sadoul travaillaient pour Glénat, et que Pierre Couperie allait commencer l'enseignement de la BD. Ils allaient donc continuer en quelque sorte le même travail, mais sur d'autres supports. Phénix avait maintenant joué son rôle historique, et l'on passa sans regret à autre chose.  

La BD avait dès lors acquis une certaine reconnaissance.  Cool


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A paraître en février 2015 (et sans doute disponible au prochain Festival d'Angoulême). bounce


528 OMISSIONS ET REPENTIRS (6) le Dim 7 Déc - 11:30

Raymond

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En 1975, Thierry Martens dans sa chronique constatait que l'élan des fanzines était en train de ralentir. Certains journaux disparaissaient tels que Robidule, Krukuk, Buck ou Submarine, et le ton général était bien pessimiste. D'autres titres importants se maintenaient toutefois, et de nouvelles revues prometteuses apparaissent comme  Hop ou le le Collectionneur de BD. C'est à ce moment-là qu'apparu aussi Bizu, un petit fanzine décrit comme sympathique, mais au contenu un peu maigre. Il était dirigé par José-Louis Bocquet, qui a fait une belle carrière ensuite dans le monde de la BD.



Je ne possède pas les premiers numéros de cette revue qui proposait un mélange d'interviews (Fournier, Walthéry etc..) et de BD de jeunes auteurs. A la même époque apparu également Tonic, un autre titre amateur lui aussi chroniqué dans la rubrique "et les fanzines", et il était animé par Manuel Baudez.  C'était au départ un fanzine ronéotypé qui eu 21 numéros. Thierry Martens décrit Tonic comme une revue "sympa mais encore bien creuse".

Les deux fanzines vivotèrent pendant quelques années, puis en 1978, Tonic absorba Bizu. La revue fut dès lors bien imprimée sur du beau papier, et le contenu devint beaucoup plus consistant. C'est ainsi que le numéro 7-8  proposait d'intelligentes interviews de Wasterlain et Will et un mini dossier sur la BD en Belgique. Il atteignait dès lors le niveau des meilleurs fanzines.



Dans son dernier numéro (N° 9/10 en 1979),  Tonic interroge Lucques et Robert Gigi, rédige un dossier intéressant sur le "coulisses de la BD", et publie des BD de Sokal et Ferrandez (2 auteurs qui ont fait depuis une belle carrière). C'est un excellent numéro que je garde soigneusement dans ma collection.  Cool



Ce fût le chant du cygne de Tonic qui aurait mérité de continuer plus longtemps. La même année, Baudez publia Cauchemarrant, le fameux album de Franquin, puis il disparut du monde de la BD. José-Louis Bocquet, de son côté, est devenu journaliste et scénariste de BD, puis écrivain à succès. La BD mène à tout !  Very Happy


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529 OMISSIONS ET REPENTIRS (7) le Dim 7 Déc - 20:15

Raymond

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A la fin des années 70, Glénat était l'heureux éditeur de deux revues critiques : les Cahiers de la Bande Dessinée et Schtroumpfanzine. Cela ne suffisait toutefois pas à ses ambitions, et c'est ainsi que sorti la revue Carton, sous-intitulée les "Cahiers du dessin d'humour".



L'idée qui avait donné naissance à ce nouveau journal relevait de l'évidence. Les bédéphiles sont des amateurs naturels de dessin caricatural, et les dessinateurs de presse sont en quelque sorte les petits cousins des auteurs de BD. De plus, certains dessinateurs comme Sempé, Cabu ou Mordillo sont également des auteurs de BD à part entière, et la frontière entre les deux métiers est assez ténue. Il semblait donc inévitable que les amateurs de BD s'intéressent également aux dessinateurs de presse.



Comme l'indiquait son sous-titre, Carton était un petit frère de Schtroumpf, dont il reprenait non seulement les ambitions, mais aussi la maquette et la structure. Ces petites monographies cherchaient à distinguer les dessinateurs de presse qui sortaient de l'ordinaire, et le choix des auteurs ne portait d'ailleurs à aucune contestation : Sempé, Chaval, Dubout, Mordillo ou Samivel étaient à la fois assez connus et assez talentueux pour soutenir l'intérêt d'une étude. Chaque numéro était impeccablement imprimé et illustré, et visait à devenir la référence dans le domaine. Le contenu éditorial était à la hauteur des ambitions et proposait une longue interview, des articles analytiques, des illustrations bien choisies et une bibliographie assez complète. La formule avait été bien rodée, et Carton ne pouvait pas décevoir.



Le succès resta toutefois mitigé, et la revue s'arrêta après une dizaine de numéros. Peut être que les bédéphiles ne s'intéressaient pas tant que cela au dessin pur, après tout, ou que les dessinateurs choisis n'étaient pas assez connus du grand public. Il y avait aussi, il faut le dire, une grande quantité de publications pendant les années 70 qui touchaient  à la BD, et il était difficile de tout acheter, Carton disparut donc après 10 numéros qui étaient tous impeccables, mais peut être pas tous indispensables.

Pour ma part, je ne possède que la moitié (environ) des numéros, mais ce sont ceux qui présentent les dessinateurs que j'apprécie : Sempé, Dubout, Samivel, Cabu et Chaval. Eh oui, il n'était pas possible de tout acheter !  Wink


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Fildefer

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Ce n'est pas Glénat également qui a édité la revue humoristique "adulte", "Le canard sauvage" ?

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Tout à fait.

532 OMISSIONS ET REPENTIRS (8) le Sam 13 Déc - 12:48

Raymond

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Le début des années 80 a également été riche en fanzines de toute sorte, y compris ceux qui avaient la vocation de revues d'étude. Il est impossible de tous les citer (et de tous les connaître) mais j'ai envie de compléter un peu la liste des présentations faites dans les premières pages de ce sujet.

Je n'ai par exemple pas discuté de Synopsis, un excellent fanzine lancé par Frédéric Niffle en 1983, parce que je ne le connaissais pas encore. La trajectoire de cette revue a été assez courte (5 numéros jusqu'en 1987) mais certains numéros sont assez remarquables. Par ailleurs, Frédéric Niffle a fait depuis lors une belle carrière dans le milieu de la BD.  Wink

Je connais surtout le N° 3 de Synopsis, dont Bertrand m'a envoyé jadis des photocopies. Intitulé "la mort de l'aventure", il se consacre à un projet qui n'a jamais vu le jour, et aussi à l'histoire de Spirou au début des années 80. C'était une époque particulière du journal, qui a vu la publication des "hauts de page" de Yann et Conrad, ainsi que l'arrivée d'une nouvelle génération de dessinateurs comme Frank Pé, Hislaire, Geerts et quelques autres ... l'hebdomadaire étant dirigé par Alain de Kuyssche.



Dans un dossier d'une vingtaine de pages, impeccablement imprimées et illustrées, Frédéric Niffle interviewe Alain de Kuyssche,, Bernard Hislaire, Cossu,  Yves Schlirf, Geerts et Philippe Berthet. Ces entretiens évoquent le projet d'un journal mensuel de BD (intitulé "l'Aventure") qui ne s'est jamais concrétisé, mais aussi (et surtout), ils racontent surtout leur manière de voir le journal Spirou à cette époque. C'est passionnant, et on se rend compte que cette époque n'était pas simple pour tout le monde.

Il n'y a sinon eu que 5 numéros de Synopsis, tous très bien réalisés et documentés (il y en a un qui est d'ailleurs consacré à Schuiten), puis Frédéric Niffle s'est lancé dans l'édition de BD. Ce dernier raconte d'ailleurs tout cela sur cette page du webzine Auracan.

http://www.auracan.com/Interviews/Niffle.html

Synopsis est un fanzine dont il faut se souvenir !  Wink


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Raymond

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Il existe une véritable dynastie des fanzines BD dans le canton de Genève. Je vous ai déjà parlé de Copyright et de Krukuk, qui ont tous deux assez rapidement disparu, mais je pourrais aussi énumérer les autres titres qui leur ont succédé. Il y a par exemple Document BD qui paru à la fin des années 70, et qui reste légèrement connu depuis que ses rédacteurs ont consacré un de leur numéro à Jacques Martin.   Wink



Intéressons-nous aux noms des rédacteurs du journal ! On les trouve en deuxième page !



On y trouve Pierre-Yves Jetzer, le rédac-chef de Copyright,  Jean-Pierre Sculati, le futur créateur de Champagne, excellent fanzine auquel le rédacteur en chef Claudius Puskas allait lui aussi collaborer. Document BD allait connaître 7 numéros jusqu'en 1982, avant que la même équipe décide de créer Bonté Divine.

Examinons maintenant en détail Bonté Divine, un excellent fanzine genevois qui est paru de 1983 à 1987. Dominique Ernst en était l'éditeur, tandis que Claudius Puskas et Jean-Pierre Sculati participaient à sa rédaction. Cette revue a connu 8 numéros, chacun d'entre eux étant consacré à un auteur plus ou moins connu. Je n'en connais hélas que le numéro 1, qui est dédié au très méconnu Jean-Paul Dethorey, et à son scénariste Giroud.



Bonté Divine est encore une revue ronéotypée et agrafée (avec une couverture imprimée en offset) mais le travail y est fait avec soin. La mise en page est aérée et facilement lisible, tandis que l'édition des dessins et des planches est irréprochable. Le numéro contient bien sûr des BD d'amateurs et des news, mais la majeure partie du journal (25 pages sur 40) est consacrée au dossier principal. Celui-ci comporte essentiellement une longue interview des deux auteurs de "Louis la Guigne", en détaillant bien sûr attentivement toute leur carrière, et avec ce numéro, le lecteur a vraiment fait connaissance avec Jean-Paul Dethorey. Le travail rédactionnel est à la hauteur des attentes.

Par la suite, Bonté Divine s'est consacré à Juillard, à Corteggiani, à Rosinski ou à Tome et Janry, et cela confirme que la revue s'intéressait essentiellement au "mainstream". C'était en fait un fanzine de bon goût, qui s'est progressivement essoufflé au cours des années 80, en même temps que ses principaux rédacteurs avançaient en âge.  Mais ceci est un travers habituel des fanzines. Wink



Dernière édition par Raymond le Dim 21 Déc - 10:47, édité 1 fois


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Raymond

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Tiens ! Il y a eu deux fanzines différents portant le titre de Bananas, avec 30 ans d'écart !  

Y a t-il un lien entre eux ?


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Sans doute, car Bananas a connu plusieurs vies...heureusement, cette revue continue pour le moment à nous fixer un rendez-vous annuel. Cool

Raymond

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En effet, Bananas a eu plusieurs vies. Il y a eu en fait 3 époques, et la première version de ce fanzine (de 1981) n'avait pas été créée par Evariste Blanchet, mais par le tout jeune José-Louis Bocquet.

On trouve un bon résumé de cette histoire dans cet article d'Actua BD :

http://www.actuabd.com/Bananas-en-guerre-critique-contre-Soleil

Et également sur cette page :

http://par-la-bande.blogspot.ch/2010/10/bananas-critix-les-revues-devariste.html


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538 OMISSIONS ET REPENTIRS (10) le Dim 21 Déc - 16:18

Raymond

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Revenons aux années 80 !  Very Happy

Pendant ces années-là, il existait à Angoulême un prix du meilleur fanzine et il récompensait surtout les revues critiques comme Sapristi, Hop ou PLG (alors qu'aujourd'hui, ce sont plutôt les revues de BD alternative qui sont distinguées). Parmi les titres qui figurent dans le palmarès des années 80, on découvre la revue Dommage, qui a été récompensée en 1983. Ce fanzine était dirigé par Gilles Ratier.



Dommage a en fait été publié de 1981 à 1985, et cette revue a connu 12 numéros. Comme beaucoup d'autres titres de la même époque, ce fanzine associait les interviews de dessinateurs et les BD de jeunes auteurs. A première vue, le titre n'avait rien d'exceptionnel, et la récompense obtenue à Angoulême était peut être due aux qualités techniques de l'édition. Ce journal utilisait en effet du beau papier et l'impression était véritablement d'un niveau professionnel. Par ailleurs, les jeunes dessinateurs qui y étaient publiés ont souvent fait une belle carrière, puisqu'on trouve par exemple au sommaire les noms de "Dan" (ou plutôt Danard) et de Michel Plessix.

Pour ma part, j'ai acquis récemment le N° 11 (dont vous voyez ci-dessus la couverture) et j'ai été plutôt déçu. Ce journal ne contient pratiquement que des BD d'un intérêt très variable, et la partie rédactionnelle reste extrêmement maigre. Il n'y a en effet pas d'interview ni d'étude d'auteur, et les textes proposent seulement quelques pages de "news".

Cette déception a peut être une explication. Il semble bien que Dommage avait perdu en fin de carrière toute vocation à "étudier" la BD, et que la revue a donc évolué au cours du temps. En regardant par exemple dans le BDM la liste des premiers numéros, on découvre que la recherche "critique" avait alors une place. C'est ainsi que le numéro 1 contenait un dossier sur Bourgeon, le N° 2 sur Malo Louarn, le N° 3 sur Jean-Claude Servais, le N° 4 sur Gal, le N° 5 sur Auclair, etc ... Comme Gal et Malo Louarn ont rarement été étudié, ces interviews de Dommage restent intéressants.

Dommage est donc un fanzine valable, mais une sélection soigneuse de ses numéros semble s'imposer.  Rolling Eyes



Dernière édition par Raymond le Ven 2 Jan - 10:23, édité 3 fois


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Raymond

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Petite remarque au passage, Wikipédia nous donne la liste des fanzines qui ont été primés à Angoulême. D'une manière révélatrice, ce prix est devenu aujourd'hui le "Prix de la bande dessinée alternative" (exit donc la critique !  Rolling Eyes ).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_bande_dessin%C3%A9e_alternative


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Passons maintenant à un autre fanzine des années 80 qu'il ne faut pas oublier. Il est peut être plus intéressant que Dommage, même s'il n'a jamais été primé à Angoulême, et il se nomme Dynamick.  



Fondé en 1985 par Eddy Simon, un passionné de BD qui fut aussi cofondateur de Sapristi, Dynamick a fait une carrière assez courte. Il n'y a eu en effet que 7 numéros publiés de 1985 à 1987 mais, selon le BDM, ce titre reste un des meilleurs fanzines des années 80. Je ne connais pour ma part (grâce à Bertrand Labévue qui m'en a envoyé de nombreux scans) que le N° 6, consacré en grande partie à Bernard Hislaire.



Bien imprimé, contenant des BD d'un bon niveau, et bénéficiant d'une présentation très professionnelle, Dynamick m'apparait aujourd'hui presque sans reproche, Les entretiens du N° 6 (avec Bernard Hislaire et Victor de la Fuente) sont malicieux et intelligents, et le fanzine dans son ensemble n'est ... au fond ... pas très éloigné de Sapristi.  Wink

Il aurait donc été dommage de le négliger.

Eddy Simon a fait par la suite une carrière éclectique. Tour à tour journaliste, écrivain, animateur ou scénariste de BD, ses activités sont cependant restées centrées autour du récit en image. Wikipédia lui consacre une notice qui résume bien sa trajectoire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eddy_Simon


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Raymond

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Mmm ... si j'ai bien compris, cette revue (Désiré) n'a pas un lien très étroit avec la BD ! Rolling Eyes


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C'est à la lisière de la bande dessinée car, si tu regardes le titre, le mot "illustrés" y figurait en premier. Wink

Raymond

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On m'avait questionné en page 6 sur Frilouz, mais je ne l'avais jamais lu. J'ai depuis corrigé cette lacune !  Wink





Edité en Bretagne de 1982 à1984, Frilouz avait pour seule ambition de publier de jeunes (et moins jeunes) auteurs régionaux. Ce fanzine n'a en fait jamais été une revue d'étude, et ses rédacteurs cherchaient seulement à faire un journal de BD bien vivant. A la fois alerte et sympathique cette revue publiait bien sûr de nombreux dessinateurs méconnus, mais on y trouvait parfois des vedettes comme François Bourgeon, ou des auteurs travaillant déjà dans Spirou, comme Malo Louarn, Hiettre et Gégé. La lecture du Frilouz N° 2 (que je possède) est en fait très agréable, et les BD (de type traditionnel) sont souvent d'un excellent niveau. Le rédactionnel reste assez maigre, mais les sujets sont bien choisis et jamais ennuyeux

Frilouz avait vraiment tout pour plaire ... mais malheureusement, la revue ne s'est pas beaucoup vendue. Elle n'a ainsi connu que 9 numéros, et son impact est resté essentiellement régional. Il est vrai que pendant les années 80, la presse BD commençait à rencontrer des problèmes, et que le magazine n'était plus une solution d'avenir. Certains des "petits jeunes" publiés par Frilouz ont néanmoins fait une belle carrière, comme par exemple Schwartz ou Michel Plessis, et rien qu'à ce titre, le fanzine mérite de rester dans les mémoires.


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Raymond a écrit:



Ce fanzine n'a en fait jamais été une revue d'étude, et ses rédacteurs cherchaient seulement à faire un journal de BD bien vivant.

Par conséquent, ce titre ne devrait logiquement pas être classé ici, mais, figurer plutôt à la rubrique "journaux de bandes dessinées". Wink

Raymond

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Peut être, mais on a déjà parlé de Frilouz dans ce sujet (en page 7 ou 8 ).


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547 OMISSIONS ET REPENTIRS (13) le Ven 26 Déc - 12:34

Raymond

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Passons maintenant aux années 90, pour lesquelles il me semble avoir été assez complet. Il reste cependant un ou deux fanzines régionaux sur lesquels j'avais fait l'impasse. C'est le cas par exemple de Polemicker, un fanzine girondin créé en 1990.



Editée à Gradignan (près de Bordeaux), cette revue a connu 9 numéros de 1990 à 1993. Elle était animée par une jeune équipe, et les noms des rédacteurs restent aujourd'hui peu connus. Le contenu proposait avant tout des interviews et des textes critiques, au ton assez sérieux, et il n'y avait (du moins au départ) pas d'oeuvre de jeunes auteurs. Bien sûr, chaque numéro était en grande partie consacré à un dessinateur plutôt connu (Dodier dans le N°1, Loisel dans le N°3, Boucq dans le N°4  etc...) et celui-ci était longuement interviewé (il n'y avait pas de véritable bibliographie). Le reste du rédactionnel était tout aussi intéressant et le fanzine ne dédaignait pas (comme son titre l'indique) de lancer certaines polémiques. C'est ainsi que le N° 2 (dont vous voyez la couverture ci-dessus) attaque férocement Numa Sadoul, qui venait de reprendre la direction des Cahiers de la BD, en supprimant tout ce qui faisait son intérêt. Je ne sais pas si ce dernier a donné une réponse.  Smile

En 1993, la même équipe a changé d'orientation et elle a fondé les éditions du Cycliste. J'avoue ne pas bien connaître ce qu'ils ont publiés !  deso

Concluons en admettant que Polemicker n'a pas été une revue très importante, mais elle était animée par une passion qui était bien sympathique. A ce sujet, il n'y a pas beaucoup de fanzines qui ont pris franchement position par rapport à la fin des Cahiers de la BD ...


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Raymond

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Parmi les recalés de ma première sélection des années 90, il y a aussi Black Out, un joli fanzine provenant de la région de Toulouse.



Edité par l'association Potzrebie (à Balma), Black Out a connu 10 numéros de 1994 à 1998. Plutôt spécialisé dans le genre fantastique, ce fanzine proposait un classique mélange d'interviews (de dessinateurs connus) et de BD de jeunes auteurs. Le rédactionnel proposait aussi des critiques d'albums, et parfois des dossiers un peu plus consistants, comme par exemple sur Nexus dans le N° 10.



Je n'ai découvert que très tardivement (grâce à eBay, en fait) ce fanzine dont la diffusion devait être très régionale. Le contenu de la revue est très honorable, même si les BD de jeunes auteurs sont loin d'être toujours passionnantes. La présentation et la qualité d'impression sont soignées et ... il n'y manque en fait qu'un petit quelque chose de plus incisif, pour que certains numéros attirent un peu mieux l'attention.

Il y avait en tout cas beaucoup de fans de BD pendant ces années-là, dans le Sud-Ouest de la France !   Very Happy


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549 OMISSIONS ET REPENTIRS (15) le Jeu 1 Jan - 19:26

Raymond

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Passons maintenant à un véritable repentir, en parlant de Bananas, que j'ai injustement dédaigné dans mes premiers commentaires.  Embarassed



Cette revue a une longue histoire, puisque la première version de Bananas date de 1981. Elle n'avait alors pas grand chose à voir avec le fanzine actuel, et se présentait comme un grand journal de 16 pages. Les rédacteurs en chef étaient Luc Thebault et José-Louis Bocquet, et le contenu proposait beaucoup de BD. On y trouvait en particulier les premières planches de Freddy Lombard par Chaland (ça c'est la classe !) ainsi que divers RC de Tito ou Goossens. Cette première époque n'a toutefois connu que 3 numéros.



Après une longue interruption, le titre réapparait en 1995, cette fois-ci sous l'égide d'Evariste Blanchet qui en devient le principal rédacteur (Luc Thebault restant le directeur de publication). Notons que la réapparition de ce fanzine faisait suite à la disparition de Critix (première série), et qu'après 4 numéros, la publication de Bananas s'est à nouveau arrêtée (Evariste Blanchet retournant alors vers une deuxième version de Critix). Le contenu de ce Bananas 2ème période est détaillé dans une page de "Bande dessinées oubliées".

http://www.bdoubliees.com/bananas/annees/1995.htm

En analysant le sommaire, on y remarque des rééditions de BD classiques américaines, comme Johnny Hazard, mais aussi des œuvres de jeunes dessinateurs qui ont fait depuis une belle carrière comme Fabrice Neaud, Xavier Mussat ou Vincent Sardon. Evariste Blanchet signe par ailleurs la majeure partie du rédactionnel, qui propose diverses critiques ainsi que des brèves. Je n'ai jamais eu l'occasion de lire ces numéros des années 90, qui paraissent plutôt équilibrés.



Après son arrêt en 1995, Bananas connait une longue éclipse, puisque le titre ne réapparait qu'en 2005, avec une nouvelle numérotation. Cette troisième époque se présente comme une publication mixte. On découvre au premier abord un journal traditionnel, de petite taille et en noir et blanc (sur papier ordinaire), contenant divers textes critiques, mais celui-ci encarte un luxueux cahier de BD imprimées en couleurs sur du beau papier lisse. Si on analyse le N°1, on note le choix éclectique des sujets, avec des interviews de Xavier Mussat (devenu relativement célèbre entretemps), Tébo et José-Louis Bocquet, qui sont accompagnés de quelques critiques d'albums bien choisies. Le "cahier BD" est tout aussi élégant, en proposant des œuvres de Bottaro, Jean-Pierre Duffour, Fabrice Neaud, Ulf K (un auteur allemand) ou Nosal & Torcelly. Il faut le reconnaître, cet ensemble avait une certaine classe.



Deux numéros ont été publiés selon cette formule, mais le coût d'un exemplaire était assez élevé, et la revue s'est en conséquence mal vendue. Bananas est à nouveau entré dans une période de retrait, jusqu'à la publication du N° 3 en 2011. Cette fois-ci, la revue (à petit tirage) s'était amincie, et se consacrait uniquement à l'étude de la BD. On y trouvait un choix toujours aussi éclectique d'articles ("Hugo Pratt à Londres", "Sibylline retrouvée", "les débuts d'Archie Cash"), accompagnés d'interviews (Georges Pichard) et d'études plus austères("Bandes composées", analyse très érudite sur les diverses constructions de la planche).



Depuis lors, Bananas est publié avec une fréquence annuelle, et sa maquette n'a plus changé. La revue se distingue par simplicité de sa présentation, le choix varié et équilibré de ses sujets, la clarté de son écriture et l'érudition de ses analyses. De nombreux amateurs souhaitent que ce fanzine poursuive dans la même ligne.

Chose curieuse, ce fanzine dont l'existence a longtemps été instable et précaire, reste aujourd'hui une des seules revues d'étude encore publiée. C'est certainement une juste revanche pour Evariste Blanchet, dont les ambitions et l'obstination ont peut être trouvé maintenant une petite récompense.  Wink


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Totoche Tannenen

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grand maître
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Tind n'est pas un fanzine mais une luxueuse revue, parisienne et quadrimestrielle, vendue au prix de 14.90 €.
Tind s'intéresse à la typographie et au graphisme sous toutes ses formes, dont la bande dessinée, donc.
On y trouve quelques articles de fond et des interviews (Guerre et comics, Arthur de Pin's, Pia Guerra dans le n°2 que je possède).
Certains articles et interviews, comme celles de Simon Roussin et de Nicolas Bannister, sont accessibles en ligne sur le site de la revue : https://tind.fr/

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