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50 ans avec Jacques Martin

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25150 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 20 Jan - 19:09

Raymond

Raymond
Admin
Je pense que plus le temps passait, plus la maladie oculaire s'aggravait et moins Jacques Martin arrivait à bien contrôler visuellement les planches dessinées et encrées par ses assistants. Il possédait bien sûr un système d'agrandissement des images sur sa table de travail mais ce système n'était quand même pas parfait. Il en résultait que beaucoup de petites fautes de dessin lui restaient mal visibles et qu'il devenait à la longue moins exigeant. Quand je l'ai connu, il ne pouvait plus faire autre chose que d'accepter les travaux tels qu'ils étaient présentés et c'est probablement une des raisons de la création du comité Martin.

Mais continuons notre chronique. Nous en arrivons à 2002, année de la parution d'El Paradisio, quinzième album de Lefranc, à nouveau dessiné par Christophe Simon sur un scénario de Jacques Martin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-l10

Comme le thème central du livre semblait être l'Amazonie, j'achetais cette fois d'emblée l'album, d'abord par simple curiosité, et aussi parce qu'il n'y avait pas d'autre grande tentation ce jour-là.  Wink

C'était une BD curieuse, qui entraînait à nouveau Lefranc vers des chemins de traverse (et vers les "marottes" de Jacques Martin). Le récit commençait donc avec un meeting aérien qui rassemblait de vieux avions d'avant-guerre. Il se déroulait à Punta del Sol, une ville imaginaire au pied de la Cordillère des Andes, et comme Lefranc était capable de tout, il pilotait lui aussi un de ces vieux engins.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-l11

Petit détail anecdotique mais révélateur, sous le titre de l'album en première page, Jacques Martin dédiait son œuvre à Jean Mermoz, "dont la fierté et l courage ont enchanté ma jeunesse". On s'en serait de toute façon un peu douté.   Very Happy

Or donc, Lefranc se retrouvait aux commandes d'un vieux Messerschmitt, et il partait tout de suite survoler la Cordillère des Andes. Une panne imprévue de son appareil l'obligeait alors à se poser en catastrophe sur un replat rocheux, comme Mermoz, et c'était déjà un premier miracle ! Il y en avait ensuite un deuxième, lorsque Lefranc sautait en parachute (et sans élan) en direction d' une vallée où il se posait finalement sans dégât. Et pour bien faire, le héros était à la fin recueilli par une tribu indienne qui l'emmenait vers l'Amazonie. Une fois arrivé dans le village indien, le héros y apprenait à y vivre comme un vrai sauvage.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-l12

Jacques Martin s'était-il converti aux idées de Henri David Thoreau ? Où bien avait-il vu un documentaire filmé sur les indiens d'Amazonie ? Je ne sais pas d'où lui était venu cette étrange inspiration, mais il était bien étrange (et difficile à croire) de voir le combatif et aventureux Lefranc se convertir à une vie primitive, consacrée à la chasse et à la pêche. On peut soupçonner que l'auteur avait un jour rêvé d'expérimenter une telle vie.  

Mais ce n'est pas tout ! Là-dessus, voilà qu'apparaissaient d'étranges missionnaires, établis en pleine Amazonie dans une propriété nommée El Paradisio. Ils enlevaient les jeunes indiennes pour les faire travailler de force dans une fabrique, et le chef indien demandait à Lefranc de les délivrer.

Et en plus, pour bien faire, Axel Borg faisait lui aussi son apparition, en partie comme client de l'organisation El Paradisio, et en partie comme "ami" de Lefranc, totalement convaincu que ce dernier n'était pas mort dans son accident d'avion. Vous me suivez toujours ?   Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-l13

Je vous épargne la fin de cette histoire, qui punissait les méchants et récompensait les justes, comme il se doit.  Smile  L'intrigue était plutôt alambiquée, mais il faut avouer que j'avais déjà vu pire. En fait, je n'attendais pas trop de cet album et … je ne me formalisais pas trop de ce récit un peu folâtre. Mais j'avais lu autrefois des aventures de Lefranc qui étaient bien plus passionnantes.

C'était donc à nouveau un "petit Lefranc", sur lequel il n'y avait rien de méchant à dire, mais que j'avais aussi de la peine à prendre au sérieux. Sur la fin de sa carrière, Jacques Martin se sentait libre de raconter tout ce qui lui passait par la tête, et il fallait accepter cela.

Jacques Martin ne pouvait pas toujours écrire des albums importants.

Et Lefranc n'était plus (depuis longtemps) une de mes séries favorites. Rolling Eyes


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25250 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 21 Jan - 17:59

Raymond

Raymond
Admin
Presque en même temps qu'El Paradisio, je me souviens d'avoir acheté en 2002 le deuxième album d'Orion, qui s'intitulait le Styx. Et ce fût vraiment une tout autre lecture !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o10

J'avais superbement dédaigné cet album lors de sa sortie, en 1996, et je me demandais vraiment pourquoi ? La majeure partie de cette BD avait été dessinée par Jacques Martin lui-même et le résultat graphique était loin d'être mauvais. Certes, il y avait des pages d'une qualité inférieure qui était liée au troubles visuels de l'auteur, et Christophe Simon avait dû aider son mentor dans les 15 dernières pages du récit, mais ces défauts n'étaient pas rédhibitoires. Ils étaient au contraire émouvants car ils témoignaient des efforts désespérés du "maître" pour accomplir sa tâche aussi longtemps qu'il en était possible. Et quand je pensais à la qualité de certains albums dessinées par Moralès ou Gilles Chaillet, que j'avais achetés après la sortie du Styx, mon dédain initial s'avérait difficilement compréhensible !  Question

Ainsi donc, après tous ces ersatz plus ou moins réussis (ou ratés) d'Alix et de Lefranc, c'était un vrai plaisir que de retrouver un dessin purement martinien, à la fois ambitieux et authentique. Certes, l'histoire était épouvantablement féroce, sombre et pessimisme, mais elle avait la beauté d'une tragédie antique. Et bien que Jacques Martin ait introduit dans son récit des personnage totalement irréels, ces derniers étaient dessinés avec assez de conviction pour que le lecteur puisse croire à leur existence. Et de cette manière, malgré ses défauts graphiques et son scénario invraisemblable, cet album gardait une certaine magie.

Le récit commençait dans le temple d'Eleusis, où Orion s'endormait un beau soir d'été. Le héros était secouru en pleine nuit par un étrange pèlerin à moitié aveugle, qui se nommait Lykos et qui était l'ancien roi d'une petite ville grecque. Ce dernier racontait alors à Orion les raisons de sa déchéance. Ayant cru (à tort) que sa fille avait tenté de l'empoisonner, le roi l'avait enfermée pendant une nuit avec un lion. Il s'attendait bien sûr à ce que l'animal tue sa fille, mais au lieu de cela, le lion violait la jeune femme qui s'enfuyait ensuite pour se suicider. C'était un début de récit plutôt répugnant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o11

Ayant échoué dans son suicide et se retrouvant enceinte, Xouria (la fille de Lykos) disparaissait dans la nature. Mais elle réapparaissait des années après devant le vieux roi, entourée de sa progéniture. Ces enfants étaient des êtres à moitié lions et à moitié hommes, qui s'accouplaient entre eux pour engendrer de nouveaux monstres et la malédiction tendait ainsi à se perpétuer. Il en résultait ainsi une tribu entière d'homme-lions, dotés d'une force et d'une férocité qui en faisaient des guerriers redoutables.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o12

D'un point de vue scientifique, une telle progéniture était bien sûr impossible. Seules des espèces génétiquement très proche (telles que l'âne et le cheval) peuvent produire des êtres hybrides, mais dans cette Grèce antique où les dieux prenaient parfois l'apparence des animaux, Jacques Martin s'était permis d'imaginer des êtres invraisemblables. Et il arrivait presque à nous y faire croire !   Wink

Mais l'horreur ne s'arrêtait pas là ! A la fin du "Lac sacré", la jeune Hilona avait été emmenée par des soldats spartiates. Ceux-ci avaient ensuite été attaqués et massacrés par les hommes-lion, qui avaient gardé la jeune îlote comme prisonnière. Et en découvrant les hommes lions dans leur tanière, Orion retrouvait également la jeune fille. Hélas, celle-ci était maintenant enceinte des œuvres de ses geôliers !   berk

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o13

Conduit par un désir de vengeance, Orion retournait à Athènes, accompagné d'un jeune homme-lion au visage plus ou moins félin (mais sans queue) nommé Sorg. Il y retrouvait Périclès et lui proposait une alliance avec les homme-lions, pour se venger des spartiates. Mais le stratège d'Athènes avait bien sûr ses propres vues sur la question, et Orion n'était pas au bout de ses (mauvaises) surprises !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o14

Je ne vous dévoilerai pas la fin, car j'espère un peu que vous serez un peu attiré par cet album. On le trouve actuellement sans problème sur le Web.

Bien sûr, le scénario pourrait vous apparaitre peu engageant avec ses monstres mélodramatiques, mais Jacques Martin arrive à donner une réelle tension à son récit, voir même une légère crédibilité. Et puis, il y a surtout le plaisir de retrouver un graphisme qui est finalement digne de celui du "Lac sacré". Les faiblesses de dessin, que j'ai montrées dans un post précédent, ne sont pas si fréquentes que cela et la lecture devient en fait une réelle découverte, de même qu'un ultime adieu à un grand créateur de BD.

Le déclin des grands auteurs fait aussi partie de leur histoire, et il est dommage de négliger ce moment de leur carrière. Et Jacques Martin avait lutté jusqu'au bout, d'une façon presque héroïque.

Je vous proposerai demain une dernière lecture de planche, avant de dire adieu au graphisme martinien.  Cool


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25350 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 21 Jan - 18:07

petercriss

petercriss
martinophile distingué
martinophile distingué
Cela fait 10 ans jours pour jours que le maitre MARTIN nous a quitté !!!

25450 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 21 Jan - 18:44

Raymond

Raymond
Admin
Merci de nous le rappeler !  jap


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25550 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 22 Jan - 16:45

Raymond

Raymond
Admin
Voici donc cette dernière analyse d'une planche de Jacques Martin ! J'ai choisi pour cela de commenter la planche 21 du Styx, pour diverses raisons. En premier, il y a l'évidence que c'est la première planche un peu contemplative et artistique de l'album. La première moitié de cette BD est en effet complètement dédiés au récit et Jacques Martin y construit ses pages d'une façon très traditionnelle. Les cases y ont une fonction essentiellement narrative et on n'y trouve presque pas de plans généraux, ou de véritable pause dans l'action. En second, il faut remarquer que les soucis visuels de Jacques Martin semblent encore absents dans les premières pages. Ce n'est qu'à partir de la page 20 que de petites imperfections apparaissent, d'abord de façon très sporadique, puis de plus en plus souvent.

De plus, cette vingtième planche se situe à un moment charnière du récit. Orion est en effet parti pour Athènes avec Sorg et ils viennent d'arriver devant les murs de cette grande cité. L'un et l'autre s'émerveillent (ou s'étonnent) de ce qu'ils voient et le récit se ralentit un peu, dans l'attente d'une rencontre avec Périclès. Et Jacques Martin décide alors de s'accorder un moment plus contemplatif. Il agrandit donc ses cases et remplit ses images de nombreux petits détails qui ne sont pas toujours nécessaires, mais qui embellissent les images. Il nous refait ainsi une vraie planche "martinienne", à la fois étudiée et descriptive, qui recherche des effets artistiques.

Voici d'abord à quoi elle ressemble dans sa totalité !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o15

Cette page est divisée en deux bandes, qui correspondent à des moments différents du récit. La bande du haut est purement contemplative et décrit l'aspect des rues d'Athènes. La deuxième bande est un peu plus narrative et montre d'abord le repas du soir, puis la marche du lendemain matin, lorsqu'Orion part à la recherche de Périclès.

La première image montre donc la progression des deux personnages principux à travers une rue d'Athènes. L'endroit est peuplé et Sorg ne peut s'empêcher de souligner qu'il est bruyant. Des hommes y travaillent et plusieurs femmes y circulent en portant un vase sur l'épaule ou sur la tête. Les discussions sont nombreuses et c'est un premier tableau très vivant de la vie athénienne.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o16

La deuxième case montre un spectacle tout différent. On y découvre un petit parc rempli de promeneurs, décoré par de belles statues et entouré de monuments (ou de temples) avec de belles colonnades. Le ciel aux teintes rosées indique que le soir est arrivé (les couleurs se ternissent d'ailleurs légèrement) et ce petit tableau a une ambiance un peu nostalgique. C'est le genre de moment où l'on a fini de travailler, et où l'on peut philosopher à son aise. Y a t-il une volonté de contraste car Sorg ne semble vraiment pas à son aise, et il regrette la "sauvagerie de ses cavernes" ? On devine déjà qu'il ne s'adaptera jamais à la civilisation.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o17

Après voir contemplé des paysages urbains dans le premier strip, Jacques Martin s'attarde un peu plus sur la vie athénienne dans la deuxième bande. Orion visite d'abord les parents d'un passant qu'il a rencontré en chemin, et cet épisode n'apporte en fait rien d'intéressant à l'aventure elle-même. Cette scène crée en revanche une petite pause qui permet à l'auteur de varier le rythme de son récit. Après cela, les deux dernières images montre la marche d'Orion dans la ville au petit matin. Toute la planche semble ainsi dédiée à la description de l'ambiance et de la vie athénienne.

La troisième case montre Orion et Sorg prenant le repas du soir chez une simple famille athénienne. Une vieille femme est en train de retirer la nourriture de la cheminée tandis qu'une jeune fille amène les plats. Le maître de maison s'excuse de sa pauvreté et on comprend que l'invitation résulte un peu des circonstances. Cette scène tout simple nous plonge dans l'intimité du peuple grec, et c'est un peu un moment de grâce. Toutefois, en regardant bien les personnages, on y devine les difficultés oculaires du dessinateur qui a tendance à aplatir un peu trop certains visages

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o18

Le repas se poursuit dans la quatrième image ou Sorg laisse maladroitement apparaître sa nature de fauve. "Il mange curieusement celui-là" fait remarquer l'hôte d'Orion, tandis que le héros lui répond d'une façon un peu hypocrite ("il n'a vécu jusqu'ici que dans la montagne"). On voit un peu mieux les personnages qui sont montrés en plan moyen et le visage de la jeune fille apparait ainsi assez peu féminin. C'est un autre détail qui révèle lui aussi les difficultés graphiques de Jacques Martin, mais il est discret et pas réellement gênant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o19

La promenade athénienne reprend le lendemain matin, dans la cinquième case, tandis qu'Orion passe devant les colonnes du Parthénon. On note que tous les personnages ont un visage discrètement aplati ou oblique tandis que les décors sont pour leur part tracés d'une façon impeccable. Mais en fait, ce détail peut facilement passer inaperçu si on lit rapidement la page, car l'image que je vous montre est légèrement agrandie, ce qui en souligne bien sûr les défauts. La composition générale du dessin reste par contre très élégante, et les couleurs fraiches de l'ensemble soulignent que l'on est maintenant au petit matin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o20

La sixième et dernière image montre Orion qui arrive sur la terrasse où s'est assis Périclès. La plupart des personnages sont vus de dos et le lecteur accorde donc la primauté au décor qui est habilement construit. Cette scène plutôt étroite nous est montrée entre deux colonnes, comme si Orion entrait dans un espace théâtral, et cela correspond assez bien aux événements de la page suivante, lorsqu'Orion cherchera à attirer l'attention du grand chef athénien. Cette dernière image est assez belle car elle est intelligemment construite, avec la silhouette lointaine de Périclès que l'on arrive à deviner, avec ce grand arbre feuillu qui domine l'espace, avec l'attitude martiale d'Orion qui part littéralement au combat, et avec l'attitude bonhomme des deux athéniens au premier plan, qui ne se tracassent pas trop des "problèmes des grands". La vie quotidienne continue, en ce frais petit matin !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2002-o21

Je vous ai signalé de minimes défauts graphiques dans cette planche, car je pensais à la maladie qui accablait déjà Jacques Martin, mais l'impression qui prédomine est tout de même l'admiration car Jacques Martin nous a dessiné un splendide "impromptu" sur la vie athénienne (au temps de Périclès). Orion se promène simplement dans la ville et ceci permet au dessinateur de croquer quelques anecdotes, de varier les plans, d'insister sur certains paysages et de nous entraîner dans un beau voyage dans le temps. L'auteur a maintes fois insisté sur son admiration pour la Grèce antique et on devine qu'il s'est d'abord fait plaisir avec cette page. C'est donc un bel exercice de style que l'on peut savourer une fois de plus, mais c'est malheureusement aussi la dernière planche de toute sa carrière qui atteigne ce point de perfection. Et elle devient en quelque sorte un ultime petit plaisir que nous laisse Jacques Martin, qui témoigne encore une fois de sa maîtrise, de son exigence, de sa vaste culture et de son amour de la bande dessinée.

Il faudra désormais se contenter de contempler les images de ses suiveurs, et si certains d'entre eux (comme Marc Jailloux ou Christophe Simon) ne manquent pas de talent, leur style et leur inspiration ne sera jamais complètement identique à celle du maître. Il faudra s'y bien faire.

Mais c'est un bel adieu !


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25650 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 23 Jan - 11:58

Raymond

Raymond
Admin
J'ai toujours aimé lire les interviews, en particulier pour découvrir et mieux comprendre certains dessinateurs et scénaristes de BD que je connais mal. Et c'est pour cette raison qu'au début de l'année 2003, je décidai de m'acheter un ouvrage assez inhabituel publié par Michel-Edouard Leclerc, le fameux millionnaire qui possède la chaîne de grands magasins du même nom. Ce livre s'intitulait Itinéraires dans l'univers de la bande dessinée.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003_l10

Grand amateur de bandes dessinées, Michel Edouard Leclerc avait sillonné la France pour interviewer ses auteurs favoris, et c'est le genre de divertissement que peut en effet s'offrir un millionnaire distingué. Il faisait en tout cas preuve d'un goût très sûr dans ses choix, car on découvrait parmi les auteurs interrogés la plupart des grands dessinateurs de la nouvelle génération. C'était l'aspect le plus intéressant du livre, mais on y retrouvait également quelques "grands anciens". Et parmi eux, vous ne serez pas surpris d'apprendre qu'il y avait aussi Jacques Martin.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003_l11

J'ai relu hier soir cet entretien qui ne contient pas vraiment de révélation sensationnelle, mais qui témoigne de la vigueur et de la clarté de pensée du père d'Alix à ce moment-là. Loin de se plaindre de ses ennuis de santé, Jacques Martin manifestait au contraire un certain dynamisme en annonçant même la création d'une nouvelle série (qui était bien sûr "Loïs"). Le vieux lion avait encore toutes ses dents.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003_l13

L'iconographie qui accompagnait ce texte était par ailleurs fort bien choisie car j'y découvrais plusieurs images que je n'avais jamais vues. C'est en fait le genre de détail qui ne trompe pas. Le millionnaire amateur de BD avait réellement soigné son travail.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003_l14

J'étais à ce moment-là essentiellement passionné par la nouvelle génération d'auteurs qui était apparue avec "l'Association", et l'entretien avec Jacques Marin me remémorait surtout quelques souvenirs du passé. J'étais toutefois assez content d'avoir à nouveau de ses nouvelles. Je ne pouvais pas me départir d'une certaine admiration pour cet artisan (ou faut-il dire artiste ?) qui n'arrêtait pas de créer de nouvelles œuvres, mais je me demandais sérieusement si j'allais encore longtemps m'intéresser à ses nouveautés.

Eh oui … à ce moment-là, je ne suivais pas très attentivement les publications de Jacques Martin.  deso


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25750 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 23 Jan - 14:02

Raymond

Raymond
Admin
Le meilleur indice de cet éloignement (que je croyais alors irrémédiable), ce fût ma réaction pendant l'automne 2003 lorsque parut le nouvel album d'Alix. Cette nouveauté s'intitulait Le Fleuve de Jade.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-a10

Je feuilletais attentivement l'album et je découvris d'abord quelques belles images sur l'Egypte. Puis en tournant les pages, je tombais sur des scènes plus laides qui montraient de bizarres monstres avec des têtes de lézards. Ils me paraissaient bien peu crédibles.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-a11

Je reposai d'emblée l'album sur son rayon, et je m'intéressai bien vite à autre chose. Tout cela ne me semblait pas digne du glorieux passé d'Alix.

Je n'ai en fait acheté ce livre que bien plus tard, après avoir rejoint le forum d'Alix (qui était alors animé par Stéphane). J'y reviendrai donc un peu plus tard !  Wink


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25850 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 24 Jan - 18:29

Raymond

Raymond
Admin
A la fin de l'année 2003, il y eut aussi la sortie du premier tome de Loïs qui était dessiné par Olivier Pâques. Cet album s'intitulait le Roi-Soleil.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-l10

Lors de sa sortie, je ne m'intéressai pas vraiment à ce titre car le graphisme de l'album ressemblait plutôt à celui d'un dessinateur débutant. Je dois l'avoir acheté deux ou trois ans après, sur le marché de l'occasion, et mes souvenirs de lecture restent aujourd'hui assez flous. Je vais quand même essayer d'évoquer mes impressions de l'époque.

La série se passait donc au temps du roi Louis XIV et le récit commençait à Versailles, à une époque où le château n'était pas encore achevé. Loïs Lorcey était un jeune peintre encore au stade de l'apprentissage, que le roi prenait en sympathie et qui lui confiait la mission d'aller dessiner ce qu'il découvrait dans les nouvelles colonies américaines. Cet album racontait ainsi les périlleuses aventures d'un jeune dessinateur en Amérique du Nord. Heureusement pour lui, il maniait très bien l'épée.   Wink  

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-l11

Le premier aspect frappant de l'album était bien sûr son dessin. Les décors étaient parfaitement détaillés, voir même parfois somptueux, mais les personnages étaient par contre tracés d'une manière assez sommaire. Loïs lui-même n'était pas toujours facile à distinguer des autres protagonistes et à cet égard, le récit n'était pas parfaitement "réaliste". Il fallait admettre que c'était une BD de débutant, et même si on pouvait penser qu'Olivier Pâques allait faire des progrès par la suite, ce premier album ne méritait pas des commentaires dithyrambiques.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-l12

Le récit lui-même était plaisant à lire et Jacques Martin y montrait une bonne connaissance du XVIIème siècle. La traversée de l'Atlantique était périlleuse et mouvementée, et elle permettait à Loïs d'accomplir quelques gestes héroïques. Les batailles navales était par ailleurs bien dessinées et Olivier Pâques semblait très à l'aise avec la représentation des bateaux.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-l13

L'aventure américaine elle même se déroulait en Louisiane et les événements se succédaient d'une façon assez crédibles, même si l'apparition d'une tornade en plein milieu d'une bataille donnait un peu envie de sourire. Les soldats français y affrontaient péniblement les indiens Natchez et Loïs échappait de justesse au massacre. En dehors de ses belles capacités de survie, le héros démontrait aussi un réel talent de séducteur en terrain civilisé. Jacques Martin cherchait manifestement à donner à cette série un ton plutôt adulte.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2003-l14

Après avoir fini de lire cette histoire, je n'étais … ni déçu ni conquis, en fait. C'était une bande dessinée tout à fait honorable, mais surtout réservée aux amateurs de BD historique. Le dessin d'Olivier Pâques avait quelques défauts, mais ce n'était au fond qu'un premier album. Et puis le siècle de Louis XIV était une période historiquement passionnante, et je ressentais même une légère envie de connaître la suite de cette aventure.

Il était bien difficile de prévoir l'avenir de cette série, mais on pouvait penser que Jacques Martin n'allait pas en rester là !  

Loïs n'était pas le plus beau fleuron de sa carrière, mais c'était … eh bien … une corde de plus à son arc, pourrait-on-dire ! Very Happy


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25950 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 25 Jan - 11:41

Raymond

Raymond
Admin
En 2003-2004, à force de surfer sur le WEB et d'explorer tous les sites en lien avec la bande dessinée, je finis par découvrir les possibilités d'eBay.

A cette époque, il existait encore pas mal de vendeurs amateurs qui mettaient un point d'honneur à proposer sur ce site leurs BD à très bas prix (parfois cela démarrait à 1 euro). Bien sûr, les vendeurs et les acheteurs connaissaient généralement tous le BDM, et les enchères en subissaient l'influence. Les albums finissaient donc par se vendre à un prix qui était proche de la cote.

Mais ce n'était pas toujours le cas ! Je découvris qu'il y avait régulièrement des BD pour lesquelles aucune enchère n'était posée, pour diverses raisons (mauvais état, œuvre peu connue, ou pièce trop fréquemment vendue). Et en voyant cela, je décidai un jour de faire un essai. Je déposai donc de très petites enchères sur de très vieilles reliures de journaux qui m'intéressaient (comme Spirou, Vaillant ou Coq Hardi) et j'attendis de voir ce qui se passait. Bien sûr, il y eut des surenchères sur la plupart de mes mises (je ne mettais pas plus que 10 ou 15 euros), mais dans environ 1 cas sur 10, j'arrivais à acheter à bas prix des albums ou des recueils intéressants. Et c'est ainsi que pendant 4 ou 5 ans, je fis beaucoup d'étonnantes acquisitions, presque toujours des vieilles BD ou des reliures de journaux difficiles à trouver.

Certes, ce genre de système ne marche plus du tout aujourd'hui. La plupart des ventes démarrent maintenant "à la cote" et le véritable intérêt d'eBay est plutôt de proposer des livres et journaux qui sont épuisés en librairie. Je n'y vais d'ailleurs presque plus, excepté lors de certaines recherches très pointues. Mais il y a 15 ans, il y a eu une sorte d'âge d'or pendant lequel j'ai agréablement complété mes collections.   Wink

Et de cette manière, j'ai aussi acheté quelques œuvres de Jacques Martin ! Si mes souvenirs sont justes, c'est en 2004 que j'ai découvert sur eBay cet album assez rare, qui ne coûtait que quelques euros.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-c10

La Cité fantastique datait vraiment des débuts de Jacques Martin, lorsqu'il signait encore ses œuvres du nom de Marleb. Cette BD avait été publiée en couleurs dans Wrill, puis en noir et blanc dans quelques journaux introuvables, et un album à petit tirage avait finalement été édité en 2002. Je ne l'avais jamais vu en librairie et c'était une belle occasion.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-c11

L'aspect le plus intéressant de ce livre, c'est que son style graphique était complètement différent de celui d'Œil-de-Perdrix, dont il était pourtant contemporain. Son dessin ressemblait plutôt à celui des premières planches d'Alix l'intrépide, et ce détail montrait que Jacques Martin n'avait pas encore choisi son style à cette époque. Le futur maître faisait alors des essais dans toutes les directions.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-c12

Ce n'était bien sûr pas une BD importante, mais je trouvais intéressant d'explorer les travaux de jeunesse du maître, et d'analyser en quelque sorte sa progression. Et puis, la lecture de cette bande dessinée n'était pas désagréable. C'était le témoignage d'une époque révolue, où tout était plus facile, où les rédacteurs en chef étaient peu exigeants, et où l'imagination était sans limite.

Je l'ai déjà écrit souvent, mais il y aurait un bel album à faire, avec toutes les œuvres de jeunesse de Jacques Martin. Mais je pense que l'on va attendre encore très longtemps, hélas ! Rolling Eyes


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26050 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 26 Jan - 13:35

Draculea

Draculea
grand maître
grand maître
Je ne connaissais pas du tout cet album ! J suis ravi que tu nous le fasse découvrir car je n'aurais jamais imaginé que Jacques Martin puisse voir écrit et dessiné une telle histoire !
S'agissant de Lois, je partage entièrement ta lecture de cet album. J'ai découvert cette série tardivement et cet épisode en particulier m'a intéressé par la qualité des décors et des scènes navales, mais, hélas, j'ai été comme toi très surpris par le dessin des personnages. Ce contraste se retrouve en grande partie, peut-être un peu moins au fur et à mesure, dans les albums suivants. Et cela est d'autant plus dommage que les histoires sont plutôt intéressantes et révèlent comme tu le soulignes une excellente connaissance du siècle de Louis XIV. Mais j'imagine que tu vas analyser tes impressions des albums suivants dans de futurs billets ! Very Happy

http://www.marchenriarfeux.net

26150 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 26 Jan - 18:59

Raymond

Raymond
Admin
Je parlerai en effet du 2ème album de Loïs. Mais cela s'arrêtera ensuite car dès le tome 3, les scénarios ne sont plus écrits par Jacques Martin.    Cool   

Mais revenons à notre chronologie ! En 2004, il y eut aussi la publication de l'Ultimatum, 16ème album de Lefranc  !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l10

Le dessinateur de la série avait encore changé puisque les personnages étaient maintenant dessinés par Francis Carin. Le style graphique de ce dernier n'était pas vraiment "martinien" et ses personnages semblaient souvent provenir de sa série "Victor Sackville", mais Lefranc restait tout de même bien reconnaissable.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l11

L'album avait par contre une belle allure. L'histoire se déroulait en grande partie à Bruges et cette ville était dessinée avec une belle sensibilité. Cette excellente qualité des images provenait avant tout de la participation aux décors de Didier Desmit. Ce dernier avait longtemps dessiné les décors de Ric Hochet, et son apport expérimenté donnait à cet album une facture très classique.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l12

Spontanément séduit par cette nouveauté, j'achetais sans attendre cet album de Lefranc qui semblait enfin retrouver un très bon niveau. L'exactitude de ses décors permettait en tout cas à ce récit improbable de retrouver la crédibilité qui caractérisait les premières aventures du reporter. Jacques Martin y retrouvait par ailleurs l'inspiration des débuts, car il nous racontait à nouveau la survenue d'une "grande menace", qui s'exerçait cette fois sur le Tunnel de la Manche. De mystérieux maîtres chanteurs lançaient un ultimatum, et demandaient une énorme rançon pour ne pas le faire exploser.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l13

Certes, Lefranc se faisait une fois de plus aider par Axel Borg afin de démasquer les coupables et l'intrigue paraissait un peu alambiquée, mais c'était globalement un bel album. Le ton du récit était volontiers adulte et le rôle de Jeanjean (disparu depuis un certain temps de la série) était cette fois repris par une mignonne cousine, ce qui n'était pas désagréable. Jacques Martin cherchait manifestement à renouveler sa série.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l14

Au bilan, l'Ultimatum n'était pas un chef d'œuvre mais c'était quand même un bon Lefranc, qui faisait un peu remonter le niveau de la série. Même si les styles des deux dessinateurs étaient au départ bien différents, les personnages expressifs de Carin et les décors somptueux de Desmit formaient un ensemble assez séduisant. Jacques Martin avait peut être trouvé cette fois les bons successeurs de Gilles Chaillet ?

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2004-l15

Et aujourd'hui, cet album fait partie de ceux que j'aime assez relire, ne serait-ce que parce que ses décors précis me font agréablement voyager. C'est d'ailleurs une des caractéristiques que l'on retrouve souvent dans les bonnes bandes dessinées.

Mais Lefranc n'avait hélas pas fini de changer de dessinateur.   Rolling Eyes



Dernière édition par Raymond le Dim 26 Jan - 19:12, édité 1 fois


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26250 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 26 Jan - 19:04

jfty

jfty
grand maître
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Draculea a écrit:
Je ne connaissais pas du tout cet album ! J suis ravi que tu nous le fasse découvrir car je n'aurais jamais imaginé que Jacques Martin puisse voir écrit et dessiné une telle histoire !
S'agissant de Lois, je partage entièrement ta lecture de cet album. J'ai découvert cette série tardivement et cet épisode en particulier m'a intéressé par la qualité des décors et des scènes navales, mais, hélas, j'ai été comme toi très surpris par le dessin des personnages. Ce contraste se retrouve en grande partie, peut-être un peu moins au fur et à mesure, dans les albums suivants. Et cela est d'autant plus dommage que les histoires sont plutôt intéressantes et révèlent comme tu le soulignes une excellente connaissance du siècle de Louis XIV. Mais j'imagine que tu vas analyser tes impressions des albums suivants dans de futurs billets ! Very Happy
Je viens de poster l'histoire complète de Clark en couleur sur le sujet le correspondant dans cette section Smile

26350 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 26 Jan - 19:12

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Jacques Martin a écrit l’histoire du code noir, à découpé les premières planches,puis, Weber à repris le découpage.

http://alixmag.canalblog.com/

26450 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 27 Jan - 11:29

Raymond

Raymond
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Alors j'en tiendrai compte !   Cool

En mars 2005, Jacques Martin faisait tout-à-coup l'actualité dans Bo Doï, suite à la vente à Casterman de ses droits sur ses oeuvres.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-b10

Désireux de "relancer" à sa façon les ventes d'Alix et de Lefranc, l'éditeur avait longuement négocié avec Jacques Martin l'achat des droits de ses séries. Ce dernier avait fermement manœuvré en refusant une vente définitive, et en acceptant de céder ses droits pour une durée de 10 ans. Le mensuel Bo Doï commentait de façon plutôt caustique cette transaction, qui était tout de même considérée comme un événement.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-b11

Pour le lecteur lambda que j'étais, il n'était pas certain que cette convention allait changer grand chose. Le père d'Alix conservait un droit de regard sur les scénarios, même si son statut d'auteur devenait un peu plus trouble. Mais quand j'y pense aujourd'hui, cette prise de pouvoir par Casterman ne fût pas sans conséquence, car plusieurs histoires d'Alix que Jacques Martin avait personnellement conçues allaient être modifiées par des repreneurs. Il n'y eut pas beaucoup de vraies réussites … mais on en reparlera !



Dernière édition par Raymond le Jeu 30 Jan - 16:55, édité 1 fois


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26550 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 28 Jan - 13:35

Raymond

Raymond
Admin
En 2005, il y eut aussi la publication des Louis d'Or, le deuxième tome des aventures de Loïs !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-l10

C'est encore un album que je n'ai pas acheté tout de suite lors de sa sortie, car Loïs me semblait déjà être une série d'importance secondaire. Je l'ai en fait acheté en occasion deux ou trois ans plus tard, mais je vais quand même en parler tout de suite. Wink

Les Louis d'Or étaient essentiellement l'histoire d'un voyage en Hollande, assez comparable à ces "récits de voyages" que Jacques Martin avait souvent faits dans les aventures d'Alix ou de Lefranc. Au départ, Louis XIV confiait à Loïs la mission de transmettre un message secret au roi de Suède. Loïs et son ami de Reix embarquaient donc sur un bateau partant pour Stockholm, mais une tempête survenait dans la Mer du Nord et des naufrageurs arrivaient à faire échouer leur navire sur la côte hollandaise. Les deux émissaires français traversaient alors les Pays-Bas en dépensant les Louis d'or que leur avait confié le Roi de France. Cette monnaie inhabituelle, apparaissant dans un pays en guerre contre la France, les faisait très vite repérer par les milices locales et une poursuite s'engageait. Il en résultait bien sûr quelques péripéties, mais l'essentiel de l'intérêt de cette histoire restait tout de même la découverte des paysages hollandais, qui semblaient s'inspirer de certains tableaux d'époque.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-l11

Loïs et son compagnon arrivaient ensuite à Delft, et le dessinateur (probablement sur la demande de Jacques Martin) s'ingéniait à insérer dans ses cases quelques références visuelles aux tableaux de Vermeer. C'était le genre de détail qui me plaisait tout particulièrement, bien sûr.   Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-l12

Notons au passage que dans le sujet consacré aux "Louis d'Or", quelques unes de ces "citations" sont précisément identifiées. Vous pouvez les voir sur cette page :

http://lectraymond.forumactif.com/t146-lois-2-les-louis-d-or

Sinon, comme dans l'album précédent, les scènes maritimes prenaient une place importante. Olivier Pâques se montrait une fois de plus à l'aise avec le dessin des navires, tout comme dans celui des décors. Par contre, il n'avait pas beaucoup progressé dans la représentation des personnages.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-l13

C'était finalement une histoire agréable à lire et Jacques Martin (qui avait encore travaillé tout seul sur cet album-là) se montrait toujours digne de son rang habituel. J'espérais par contre sérieusement que le dessinateur fasse des progrès significatifs, afin de mieux définir (et aussi de varier) les traits des visages de ses personnages.

Aujourd'hui, la série semble définitivement abandonnée, et bien que j'aie eu du plaisir à la suivre, je n'arrive pas à me dire que c'est dommage. Cette BD réveillait de beaux espoirs mais ils n'ont jamais vraiment été concrétisés. Il nous reste maintenant quelques albums qui ne sont pas désagréables à lire, mais qui ne sont pas non plus sans défauts.

Et puis, par rapport à Jacques Martin, on peut relever que c'est un des derniers récits dont il a complètement maîtrisé le scénario. Mais c'est un problème dont on va discuter bientôt. Cool


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26650 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 30 Jan - 14:37

Raymond

Raymond
Admin
Et puis ... maintenant que nous en sommes à l'année 2005 ... il me faut bien parler du véritable désastre qu'a été pour moi la sortie de l'album Roma Roma.  Rolling Eyes

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-r10

Pour une fois, je n'avais pas mégotté et j'avais acheté l'album immédiatement lors de sa sortie. Je me sentais alors bienveillant et j'avais envie de retrouver ma chère série, mais la lecture de cet album fut réellement désagréable. En fait, j'ai immédiatement détesté ce "Roma Roma", qui était complètement raté. Je me suis même juré à ce moment-là que je n'achèterai plus désormais d'album d'Alix ! Eh oui !

Il s'agissait pourtant d'une bonne histoire, écrite avec talent par Jacques Martin, et ma fureur provenait surtout du dessin (et de la mise en couleur) de l'album. Le travail de Morales était vraiment indigne d'une série culte comme Alix.  Evil or Very Mad

Essayons de développer un peu plus cette mauvaise humeur !

Le récit commençait avec un horrible massacre commis dans la villa de Quintus Arenus, à Ostie. Emmené par un étrange sosie d'Alix, un groupe de bandits pénétrait dans la demeure du sénateur et l'assassinait en même temps que tous ses invités. Seule sa jeune épouse Julia arrivait à s'enfuir et jusque-là, en dehors des couleurs hideuses de l'album, je n'avais pas encore trop de récrimination à présenter. Le dessin n'était pas terrible … mais je m'y attendais.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-r11

Très vite, on comprenait que derrière ce massacre, il y avait une manœuvre politique de Pompée. Ce dernier cherchait par tous les moyens de mettre Alix en fâcheuse position, afin de faire venir Jules César à Rome pour qu'il sauve son ami. Une redoutable partie d'échec s'engageait ainsi entre les deux chefs. Pompée faisait immédiatement emprisonner Alix dans la prison Mamertine, tandis que Jules César essayait d'agir par l'intermédiaire de ses amis restés dans la cité romaine. On retrouvait en particulier le tribun Corus Maler, qui ne tardait pas à organiser l'évasion d'Alix, et une évidence apparaissait immédiatement : Morales ne savait vraiment pas dessiner des personnages reconnaissables. César avait des physionomies bizarres, souvent différentes de case en case, et le dessinateur était incapable d'illustrer cette histoire qui reposait en grande partie sur la reconnaissance des visages.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-r12

Lorsqu'il y a un tel hiatus entre le texte et le dessin, c'est très vite un sentiment d'irritation qui l'emporte et je n'ai pas tardé à détester cette histoire qui était mal fichue, et surtout mal dessinée. Le récit poursuivait sinon son cours et une fois libéré de la prison par ses amis Fulgor et Corus Maler, Alix décidait de partir à la recherche du véritable assassin. Il repartait vers la cité romaine en se déguisant en comédien et …. bien sûr, comme Morales était inconstant dans son dessin et que les personnages se grimaient mutuellement, il devenait absolument impossible de savoir "qui était qui" ? Il manquait vraiment une supervision intelligente à cette BD, qui tombait presque dans l'incohérence !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-r13

Et pourtant, Jacques Martin se donnait beaucoup de peine pour son scénario. Comme l'intrigue se situait à Rome, il faisait revenir de multiple personnages connus et prolongeait malicieusement de vieilles intrigues. Et c'est ainsi qu'Octave et Lydia faisaient leur réapparition dans le monde d'Alix. Une relation amoureuse commençait à se nouer entre Lydia et Alix (Valérie Mangin allait d'ailleurs la réutiliser intelligemment dans Alix Senator) et le scénariste faisait preuve d'une certaine audace. L'existence d'un tel marivaudage était inédite pour Alix et le scénariste introduisait avec finesse de nouvelles perspectives, que l'on pourrait considérer comme plus adultes. Hélas, le dessinateur gâchait tout cela en gribouillant une des plus mauvaises planches de l'album. C'était vraiment à pleurer !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2005-r14

Arrêtons là ce réquisitoire et essayons de trouver quelques qualités à cette œuvre ! Il y avait quand même belles idées dans Roma Roma, et elles témoignaient de la volonté de Jacques Martin de donner une nouvelle ampleur à sa série, mais la réalisation était lamentable. Cela montrait en fait que Jacques Martin ne pouvait plus contrôler le travail de ses successeurs, et que ceux-ci manquaient aussi bien de talent que d'exigence. Au fond, il valait presque mieux abandonner la série.

J'étais en tout cas réellement décidé (à ce moment-là) à boycotter les futurs albums d'Alix !    Sad  

Aujourd'hui, je suis un peu revenu de la détestation absolue que j'avais pour cet album, manifestement bâclé et négligé par son dessinateur. Et en le relisant, j'arrive presque à trouver un certain plaisir en découvrant les idées malicieuses de Jacques Martin. Toutefois, cela implique de faire un solide effort intellectuel et de ne pas accorder trop d'attention aux images. Rappelons au passage qu'une nouvelle colorisation de l'album a été effectuée il y a quelques années par Casterman, et c'était une intention louable, mais je ne pense pas qu'elle ait sauvé l'album. En fait, c'est une aventure d'Alix qu'il faudrait totalement redessiner !

Mais qui pourrait vouloir faire aujourd'hui un tel travail de singe ?  C'est bien sûr difficilement envisageable et je pense qu'il faudra accepter jusqu'à la fin certaines erreurs de casting, si j'ose employer ce terme.

"Ah Roma Roma", s'exclame Alix à la fin de cette histoire ! Ce cri possède vraiment aujourd'hui plusieurs significations.  Wink


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26750 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 30 Jan - 17:02

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué
J'admire ta fidélité à Jacques Martin scénariste. Personnellement, j'ai arrêté ma collection après avoir acheté Le repaire du loup (et pourtant j'aime bien Bob de Moor) et Les Barbares car je n'y retrouvais plus les expressions et les gestes du Lefranc et du Alix que j'avais aimés dans ma jeunesse. Je me souviens avoir eu, en lisant ces albums, le sentiment d'être trahi.

26850 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 30 Jan - 19:39

Godot

Godot
martinophile distingué
martinophile distingué
Dantec a écrit: J'admire ta fidélité à Jacques Martin scénariste. Personnellement, j'ai arrêté ma collection après avoir acheté Le repaire du loup (et pourtant j'aime bien Bob de Moor) et Les Barbares car je n'y retrouvais plus les expressions et les gestes du Lefranc et du Alix que j'avais aimés dans ma jeunesse. Je me souviens avoir eu, en lisant ces albums, le sentiment d'être trahi.

Je reconnais certaines similitudes avec cette intervention de Dantec.

Dantec a écrit:  j'ai arrêté ma collection après avoir acheté [...] Les Barbares car je n'y retrouvais plus les expressions et les gestes du [...] Alix que j'avais aimé dans ma jeunesse. [...]

Ô Alexandrie est le dernier que j'ai acheté. C'est également l'évolution du dessin qui m'a découragé. J'ai seulement lu aléatoirement 3-4 aventures d'Alix après celui-là, mais je n'ai pas vraiment accroché.

Dantec a écrit: [...] j'ai arrêté ma collection après avoir acheté Le repaire du loup (et pourtant j'aime bien Bob de Moor) [...]

Alors là, j'ai continué jusqu'à La cible. J'aime beaucoup le dessin de Gilles Chaillet et les scénarios de Jacques Martin sont très bons. Est-ce après ces quelques années d'attente que quand j'ai lu La Camarilla, je n'ai plus trop aimé et je m'en suis séparé? Là, j'ai également lu aléatoirement quelques histoires de Lefranc, mais aucune m'a vraiment emballé.

26950 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 31 Jan - 15:37

Raymond

Raymond
Admin
Il est vrai que je suis assez fidèle aux auteurs que j'aime bien. Mais parfois, il peut y avoir des crises … et c'est exactement ce qui s'est passé après "Roma Roma" !     Wink

Et nous arrivons ainsi à l'année 2006. Je m'étais alors totalement détaché de certains auteurs fétiches et j'explorais un peu tous les genres de bandes dessinées. Je m'intéressais beaucoup à la "nouvelle BD" franco-belge, mais aussi aux indépendants américains et à certains mangas d'auteurs, et encore aux vieilles BD méconnues dont parlaient certaines revues comme Hop ou le Collectionneur de BD. Et ceci me conduisait souvent sur eBay, pour essayer d'y découvrir de vieilles reliures de journaux des années 50, ou alors des albums d'auteurs oubliés comme Cazanave, Giffey ou Calvo.

Et c'est ainsi que je fis un jour l'acquisition d'une vieille reliure du journal Wrill. J'espérai avant tout obtenir des planches de le Rallic, de Gervy et de Pinchon et j'eus le plaisir d'y trouver effectivement des travaux de ces auteurs (il y avait par exemple le très rare "Bernard Chamblet en mission au Pays Jaune"). Mais j'eus en plus la surprise d'y trouver des images que je n'attendais pas.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-c10

Un auteur que je n'attendais pas ? Je suppose que vous devinez facilement qui cela pouvait être ?   Wink

Voilà une image de la BD inattendue que j'ai découverte ce jour-là  !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-c11

Eh oui ! C'était une BD de Marleb. La Cité fantastique avait été publiée dans Wrill en 1948 et je possédais déjà un album de cette œuvre de jeunesse. Mais dans sa publication originale, cette bande dessinée était ornée de belles couleurs, ce qui changeait tout. C'était une réelle surprise et ... une trouvaille splendide.  sunny

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-c12

Vous pouvez bien sûr voir toutes les pages de cette histoire dans le forum, puisque jfty les a mises en ligne ici :

http://lectraymond.forumactif.com/t227-clarck-pilote-d-essai

Pour ma part, j'ai aussi mis en ligne ce petit trésor du passé. Cela se passa un peu plus tard, en 2008, lorsque Bernard-BVH lança son blog nommé "la Cave aux Archives". J'eus alors le plaisir de mettre en ligne les images sur son site, où elles restent d'ailleurs toujours consultables aujourd'hui, à cette adresse :

http://axelborg.canalblog.com/archives/2008/11/index.html

Bref, ce fût un beau moment ! Mais ce n'était pas suffisant tout de même pour réveiller ma vieille "martinophilie". Ce changement survint en fait quelques semaines plus tard, lorsque sorti en librairie le 25ème album d'Alix !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k10

Je ne pus m'empêcher de l'ouvrir, par curiosité bien sûr, et l'ensemble paraissait un peu hétéroclite. Il y avait plusieurs styles graphiques, mais la fin de l'album était superbement dessinée.  sunny

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k11

Cet Alix si bien reconnaissable, et si "martinien", était dessiné par Christophe Simon et le temps de Rafael Morales semblait enfin révolu. On pouvait croire et espérer … à de nouvelles et belles aventures d'Alix.  

Et c'est ainsi que moins d'un an après avoir décidé d'abandonner Alix, je m'achetai malgré tout un nouvel album !    

Je vous raconterai cette lecture demain !   Wink


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27050 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 1 Fév - 15:38

Raymond

Raymond
Admin
La lecture de C'était à Khorsabad me laissa en fait une impression très mitigée. On pourrait la résumer ainsi : gros espoir au niveau du dessin (ce qui était tout de même essentiel) et gros désappointement au niveau du scénario.

Et l'explication de ces résultats contradictoires était fort simple : il y avait eu 4 auteurs pour réaliser cet album. Ils n'avaient pas vraiment bien travaillé ensemble et "Khorsabad" était le résultat d'une transition d'auteurs assez calamiteuse.

Le changement de dessinateur au milieu de l'album était assez évident. Cedric Hervan avait dessiné cette aventure jusqu'à la planche 22 (à peu près), et on découvrait ensuite l'apparition d'un graphisme plus gracieux (et de personnages très fidèles au modèle martinien) qui était celui de Christophe Simon. Je n'ai jamais compris pourquoi Cedric Hervan avait tout à coup abandonné Alix, car il avait quand même une chance incroyable de pouvoir dessiner une BD classique, mais il n'y avait pas lieu de le regretter. Il laissait la place à un artiste qui dessinait parfaitement les personnages de Jacques Martin, et les amateurs de la série pouvaient s'en féliciter.

Il était en revanche plus difficile de se prononcer sur le rôle respectif des deux scénaristes ! Le début de l'histoire était manifestement l'œuvre de Jacques Martin, qui avait cette fois décidé d'expliquer le début d'Alix l'intrépide et de raconter une sorte de suite de la Tiare d'Oribal. Cette partie "martinienne" de l'album était certainement la plus intéressante. Le dessin de Cedric Hervan n'y était pas parfait mais il restait dans l'ensemble assez correct. Quant à Jacques Martin, il s'amusait d'abord à raconter la version définitive des événements ayant précédé la première page d'Alix l'intrépide !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k12

La première moitié du récit était ensuite cohérente et bien construite, puisqu'après avoir rencontré le roi des Parthes, qui leur remettait un cadeau destiné à Jules César, Alix et Enak se rendaient à Khorsabad avec l'espoir d'y retrouver la jeune sœur du héros.  Une fois arrivés sur place, ils y découvraient un curieux grand vizir barbu, en qui Enak reconnaissait très vite leur vieil ennemi Arbacès. L'intrigue devenait ainsi un véritable prolongement de la "Tiare d'Oribal" et ce n'était pas déplaisant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k13

"L'aventure de Khorsabad" avortait toutefois spontanément au milieu de l'album, d'une façon assez étrange. Comme dans la "Tiare d'Oribal", Arbacès essayait à nouveau de détruire la ville avant de s'enfuir prématurément, mais je m'étonnai que Jacques Martin n'ait pas raconté auparavant les multiples rebondissements de son affrontement avec Alix. De son côté, le héros de l'aventure renonçait sans véritable raison à retrouver sa sœur et l'intrigue perdait alors vraiment tout son sens. Il y avait manifestement eu un "changement de cap", et c'était bien sûr dû au fait que le scénariste n'était plus le même.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k14

L'explication était en fait toute simple, et elle découlait du contrat que Jacques Martin avait signé en 2005 avec Casterman. Le père d'Alix avait alors cédé son rôle à un scénariste choisi par l'éditeur, qui était en l'occurrence François Maingoval. Ce dernier avait bouclé l'intrigue à sa manière, en abandonnant complètement les idées de départ de Jacques Martin. La deuxième partie de l'album racontait donc un assez long retour d'Alix et Enak vers Rome, en ramenant un gros vase en or offert par le Roi des Parthes. Ce vase était un objet de convoitise pour les marins du bateau du bateau et ceux-ci essayaient de s'en emparer, mais toute cette partie de l'aventure se révélait réellement sans intérêt. C'était un vrai gâchis scénaristique.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2006-k15

Après avoir déploré l'absence des dessins de Jacques Martin, il fallait maintenant accepter la disparition de son art de raconter une histoire. Le maître n'allait plus avoir d'influence significative sur sa série favorite et le pouvoir de décision était maintenant détenu par l'éditeur.

Les temps devenaient plutôt difficiles.

Mais curieusement, cela ne m'empêchait de rester optimiste car Alix avait enfin retrouvé un bon dessinateur.   Cool


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27150 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 2 Fév - 12:49

Raymond

Raymond
Admin
Et nous en venons à 2007. Au printemps de cette année-là, il y eut la sortie de la Momie bleue, 18ème album de Lefranc.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2007-m10

Cela faisait presque deux ans que Jacques Martin avait vendu ses droits, et il y avait déjà eu en 2006 la sortie du "Maître de l'Atome", une histoire sur laquelle le maître n'avait pas travaillé. Le père de Lefranc était maintenant bien éloigné de la gestion des scénarios de son personnage, mais la Momie bleue était un projet qu'il avait longuement préparé. Il avait fait un voyage en Egypte, puis il s'était documenté sur les questions de clonage génétique afin d'affermir la crédibilité de ses hypothèses, et Jacques Martin était donc le véritable auteur du projet. D'ailleurs, il avait annoncé cette aventure dans les précédents albums, puisqu'Axel Borg avait à plusieurs reprises apporté son aide au reporter afin qu'il soit le témoin de son grand projet en Egypte. Cette Momie bleue était ainsi une BD qui lui tenait vraiment à cœur.

Dès 2005, Patrick Weber avait repris en main le scénario de cette histoire, mais l'écrivain avait cette fois respecté la trame originelle. Dans un article accordé au Matin en juin 2007, Jacques Martin déclarait avoir aussi "fait un bout de découpage" et il était en fait impossible de savoir à quel endroit il s'était arrêté. Et contrairement à ce qui s'était passé pour la reprise de "Khorsabad", il n'y avait aucune rupture dans cette aventure que l'on pouvait légitimement considérer comme la dernière grande œuvre de Jacques Martin.

Ce récit commençait donc à Louxor, où l'on découvrait Lefranc en train de faire du tourisme avec Jeanjean et sa mignonne cousine Sophie. Francis Carin dessinait avec une belle application les grandes colonnes de la salle hypostyle et la belle hauteur des cases (certainement une idée de Jacques Martin) mettait bien en valeur la dimension du temple de Karnak. S'il n'y avait pas eu une pierre lancée contre Lefranc, la scène aurait presque été banale.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2007-m11

Et puis Axel Borg faisait son apparition ! Il expliquait à Lefranc son projet de redonner la vie à une momie, tout comme certains scientifiques qui espéraient à l'époque ressusciter un mammouth après avoir recueilli son ADN, et cette nouvelle utilisation du génie génétique me laissait alors bien sceptique. J'avais de la peine à adhérer complètement à l'hypothèse scientifique de cet album mais il me fallait tout de même admettre que Jacques Martin avait bien préparé son affaire. Et j'en déduisais aussi que l'enthousiasme d'Axel Borg était certainement partagé par son auteur !

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2007-m12

La découverte du corps de la momie perfusée dans une couveuse était bien sûr spectaculaire, et le scénariste faisait manifestement tout ce qu'il pouvait pour crédibiliser son histoire. C'était en tout cas un vrai récit d'anticipation, qui retrouvait enfin l'ambition des plus grandes aventures de Lefranc.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2007-m13

L'aventure commençait véritablement avec le réveil de la momie, survenu accidentellement après un court circuit d'origine criminelle. Elle s'enfuyait aussitôt du laboratoire et une grande chasse s'engageait, menée par Axel Borg bien sûr, mais aussi par Lefranc et par l'étrange M.O.R.A., une association religieuse interconfessionnelle qui n'acceptait pas les expériences scientifiques qui "donnaient la vie". Effrayée et affamée, la momie s'en prenait aux passants mais je n'irais pas trop loin dans le dévoilement de cette intrigue. Je ne croyais pas trop à cette histoire, en fait, mais il me fallait admettre qu'elle avait un certain souffle. Patrick Weber avait eu l'intelligence de ne pas abîmer le sujet, et Francis Carin se montrait à l'aise aussi bien dans le dessin des personnages que dans l'illustration des décors. On pouvait presque admettre que l'album était réussi.

50 ans avec Jacques Martin - Page 11 2007-m14

J'écris ce "presque" car je ne croyais alors pas du tout qu'une telle aventure soit possible ! Aujourd'hui, par contre, après avoir relu l'album, j'accueille avec un peu plus de bienveillance cette "fiction scientifique" qui n'est au fond pas plus sotte que celle de la "Marque Jaune", par exemple. Je lui trouve ainsi un peu plus de crédibilité qu'avant et je considère assez volontiers la Momie bleue comme une bonne histoire, même si certains détails (tels que la conclusion qui est un peu curieuse) ne me semblent pas tout-à-fait au point. C'est en fait la dernière grande BD de Jacques Martin, grâce en particulier à ses successeurs qui ont dialogué et dessiné ce récit avec beaucoup de scrupules. Et il est certain que j'ai eu du plaisir à la relire.

Cette BD est donc une de ces œuvres qui se bonifient avec le temps. Elle me parait maintenant digne des autres réussites de Jacques Martin.

Notons pour terminer que c'est le dernier Lefranc "contemporain", et aussi le dernier récit dessiné par Francis Carin. La formidable réussite du "Maître de l'Atome" avait convaincu le "Comité Martin" de recentrer les aventures de Lefranc pendant les années 50, et le dessin d'André Taymans leur était apparu plus convainquant pour ce projet.

Lefranc allait désormais être un héros "vintage", et rien ne serait plus pareil !   Rolling Eyes



Dernière édition par Raymond le Dim 2 Fév - 16:30, édité 1 fois


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27250 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 2 Fév - 13:46

Draculea

Draculea
grand maître
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J'ai moi aussi découvert cet album avec le sentiment d'une véritable exigence servie par un souffle narratif et une mise en images de grande qualité. Les décors des antiquités égyptiennes sont de toute beauté, le portrait des personnes et des lieux toujours fouillés, comme en atteste par exemple l'attaque nocturne de la momie contre deux passants, que ton montres au bas de ton message, et la mise en couleur fait sonner pleinement la puissante lumière solaire qui s'abat sur les ruines.
Les cases verticales que tu mentionnes, n'ont-elles aussi été inspirées par le souvenir de cases similaires quoique moins hautes conçues par Gilles Chaillet dans L'Oasis ? Je n'ai aucun élément de réponse définitive à ce sujet, mais on peut en faire l'hypothèse.



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27350 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 2 Fév - 16:22

Raymond

Raymond
Admin
Ces grandes cases verticales ont été utilisées à plusieurs reprises par Jacques Martin.  Elles prennent même toute la hauteur de la page dans deux planches assez fameuses d'une aventure de Jhen, qui est "les Ecorcheurs". C'est une sorte de "truc" qui lui appartient et je suis pour cette raison certain que leur présence dans la Momie bleue n'est pas due au hasard.  Wink



Dernière édition par Raymond le Lun 3 Fév - 9:52, édité 2 fois


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27450 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 3 Fév - 6:27

Draculea

Draculea
grand maître
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C'est vrai, tu as raison, j'avais oublié qu'elles apparaissent dès Les écorcheurs, donc bien avant leur usage dans L'Oasis ! C'est donc bien Jacques Martin lui-même qui en est le créateur ! My mistake ! Very Happy

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27550 ans avec Jacques Martin - Page 11 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 3 Fév - 11:31

marbou


lecteur émérite
lecteur émérite
Il me faudra relire cet épisode à l'aune de vos commentaires ; dans mon souvenir, "La momie bleue" est l'un des deux albums qui a failli me faire arrêter la série, l'autre étant "Le châtiment".
Je reconnais que le dessin des décors égyptiens y est très réussi, mais j'en aime moins les personnages. C'est cependant le scénario qui ne m'a pas plu, bien qu'étant, au moins partiellement, de Martin.

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