Lefranc, Alix, Jhen ... et les autres
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50 ans avec Jacques Martin

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2650 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 11 Oct - 21:23

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonsoir

Mes lectures des Légions perdues et de La Griffe noire furent beaucoup plus tardives et, de mémoire ( mais sans garantie Smile )  dues au Forum !  

En 2011, un peu par hasard, en parcourant la toile, j'ai découvert Lefranc, Alix, Jhen et les autres. Et, allez savoir pourquoi (un caprice féminin certainement  Laughing ), je me suis arrêtée sur le fil : ALIX, vos 5 albums préférés. Les légions perdues y occupe la première place du podium. Cela m'a donné envie de lire cet ouvrage. Sa couverture est de plus somptueuse et très sésuisante, au point d'ailleurs que j'ai souhaité la commenter : http://lectraymond.forumactif.com/t1441-couvertures-d-albums?highlight=couvertures. J'apprécie aussi beaucoup la première page, cet orage apocalyptique sur Rome, qu'on pourrait apparenter, en tant que lointain cousin, à celui du Devin. Néanmoins, page après page, je me suis éloignée de l'intrigue. Amatrice de fantastique, je n'ai pourtant pas adhéré à l'utilisation des loups, un deus ex machina un peu trop artificiel et facile à mon regard. J'ai donc vendu l'album  Embarassed (je garde uniquement les BD qui me tiennent à cœur). Et le temps a passé. En 2013, Casterman sortit une nouvelle édition, l'édition anniversaire, avec une couverture de Marc Jailloux. Plus sage (choix n°1) ou pauvre victime du service marketing de Casterman (choix n°2), je me suis replongée dans l'histoire. Et, fait inquiétant ou normal ( deso ), mon appréciation n'a pas changé ! Je suis donc définitivement rétive à cet opus.

La lecture de La Griffe noire date de mars et avril 2019. J'étais alors à New-York pour y soigner un proche vivant outre-Atlantique. J'avais amené de nombreux ouvrages, dont Les derniers jours de Pompéi. Le nom d'un des personnages, Arbacès, a résonné à mon oreille, sans doute une réminiscence d'une discussion sur le forum : http://lectraymond.forumactif.com/t228-a-propos-d-arbaces. Et cela m'a donné envie de lire La Griffe noire. On peut sans doute trouver étonnant que j'ai mis autant de temps à lire cet opus... En fait, le coupable (car à notre époque moderne judiciarisée et trumpesque, il en faut toujours un  gourdin  ) est Maurice, le patron de la librairie parisienne Rakham, pour lequel Alix commençait vraiment avec Le Dernier Spartiate !

Voilà, voili, voilou.

Bonne soirée
Eléanore

2750 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 12 Oct - 10:09

Raymond

Raymond
Admin
C'est surprenant ! Cela pourrait signifier que Les Légions perdues seront moins appréciées dans l'avenir, si tous les adultes sont comme toi "rétifs" à cette BD. Mais j'ai de la peine à le croire. Pour moi, Les Légions perdues restent un des meilleurs albums de Jacques Martin.

Sinon, il ne faut pas avoir peur de confronter les avis. C'est aussi un des buts du sujet. Wink


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2850 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 12 Oct - 17:00

Raymond

Raymond
Admin
Mais revenons à 1966 !   Very Happy

C'est également pendant cette année-là que Le Dernier Spartiate est paru en histoire à suivre dans Tintin. Nous n'étions pas abonnés au journal, à ce moment-là, mais il y avait assez souvent des numéros qui nous passaient dans les mains. J'ai donc découvert par petits bouts la plus grande partie de cette histoire, d'une manière plutôt irrégulière.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1966-e10

Alix était déjà une série qui comptait, bien sûr, mais je n'étais curieusement pas très emballé par cette aventure. Il est bien difficile aujourd'hui d'expliquer pourquoi ? J'avais 12 ans et il y avait des petits détails qui ne me plaisaient pas trop. La longue "marche d'approche" d'Alix vers la forteresse spartiate, par exemple, ne me paraissait pas très passionnante. Cela ne "bougeait" pas assez, à mon goût, et l'histoire était un peu monotone !

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1966-e11

Et puis, il y avait le personnage d'Enak qui m'agaçait franchement. Ce garçon était vraiment un poids mort et il ne savait que geindre. Même lorsqu'Alix venait l'aider, cette andouille se mettait à brailler et il faisait tout échouer. Toute cette tendresse d'Alix et cette déchéance d'Enak, c'était vraiment nul !

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1966-e12

Certes il y avait de belles séquences, dans le Dernier Spartiate, telles que la découverte de la forteresse grâce à une splendide image générale, puis l'apparition de la belle reine Adréa, qui ébauchait une relation amoureuse avec Alix. Mais c'était un peu trop tard, et je n'étais toujours pas captivé, allez savoir pourquoi ?

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1966-e13

Et c'est ainsi que je suis (au départ) passé à côté de cette splendide histoire, qui est pourtant bien documentée et pleine de subtilité. Après cela, j'ai mis des années (j'ignore en fait combien) avant d'acheter l'album qui ne me paraissait pas être une priorité. D'ailleurs, lorsque je le reprends aujourd'hui, le livre est toujours en bon état et c'est un mauvais signe. De plus, ce n'est pas une édition originale ! C'est une réédition des années 70 et … c'est très révélateur de mon désintérêt initial.  Wink

Par contre, dès que je me suis mis à lire l'album, j'ai immédiatement été séduit par l'intelligence de l'histoire et la beauté des images. Jacques Martin pensait déjà à l'album en dessinant cette aventure, et l'affrontement des caractères se perçoit beaucoup mieux lorsqu'on lit cette BD d'une manière continue. Aujourd'hui, Le Dernier Spartiate est reconnu comme un grand classique de la BD franco-belge.

Mais j'ai mis du temps à le réaliser.  Embarassed


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2950 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 12 Oct - 18:54

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Pour en revenir aux Légions perdues, je vais aussi essayer de commenter la superbe première page.  Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio10

La première impression vient de la couleur. Le ciel est noir teinté de d'ocre. Cette couleur sombre domine la planche telle une chape de plomb pour mieux restituer la chaleur de cette nuit. Et les cartouches jaunes se marient parfaitement avec l'atmosphère.

La première bande respire l'antiquité avec une superbe insula à moins que ce ne soit un palais. Une statue à gauche semble contempler l'orage tandis que la pente de l'escalier attire notre regard vers la droite et vers la bande suivante. Le paysage urbain est reconstitué avec beaucoup de réalisme. La multitude des détails fait penser à la maquette de la Rome antique, voulue par Mussolini, et réalisée par l’archéologue Gismondi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Il_Plastico. La foudre à l'arrière plan rompt l'immobilisme de la chaleur et donne une touche dramatique. La pluie battante est représentée par de grands traits noirs penchés vers la droite.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio11

La deuxième bande introduit Alix. Et son réveil nous est conté en l'espace de trois vignettes. Le jeune gaulois passe ainsi de la position couchée à la position debout, avant de sortir sur la terrasse. Dans l'image centrale, son visage semble hébété. Le réveil est manifestement difficile ! Et la position de la main sur le front renforce cet impression d'accablement. Concernant la dernière vignette, Alix est en retrait, comme effrayé par les éléments déchainés. L'inquiétude vient de faire son entrée dans la planche. L'eau qui ruisselle de la fenêtre haute est orientée comme la pluie. Ce petit détail géométrique accroit la cohérence de la planche et sa force.

Concernant la troisième bande, la première vignette nous présente une balustrade. Nous sommes au théâtre, et l'action se déroulera au-delà de cette barrière. Notons au passage que la balustrade sert de fil conducteur dans la planche puisqu'on la retrouve dans chacune des bandes. Dans la deuxième vignette, un personnage inconnu (Agérix) saute juste au moment où la foudre frappe la ville. la posture et le décor se marient donc dans une explosion d'énergie et de dynamisme. Notons aussi que l'habillement d'Agérix ressemble beaucoup à celui d'Alix. Je soupçonne le maître d'avoir créé et utilisé cette ressemblance pour faire croire au lecteur qu'Alix a sauté par dessus la balustrade et s'est porté au secours du fuyard. Le positionnement du cartouche en bas de la vignette est tout sauf innocent   Smile . Enfin, la troisième image nous montre Agérix suspendu au-dessus du vide. Ses jambes s’agitent désespérément à la recherche d'un appui. Et l'eau qui ruisselle du toit nous fait comprendre combien précaire est sa prise. Jacques Martin utilise le bas de page pour instaurer un suspens insoutenable. Je n'ai pas les fascicules mais ne serais pas surprise si le récit de cette semaine là se terminait sur cette vignette. Quoiqu'il en soit et de mémoire, il faut tourner la page dans l'album pour connaitre le dénouement de cette situation angoissante !

Une planche remarquable. Un grand bravo au maitre clap .

Bonne journée
Eléanore

3050 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 0:18

Raymond

Raymond
Admin
Bravo ! C'est un bel exercice, tout à fait convaincant !  pouce

J'en déduis qu'il y a au moins deux planches parfaites dans les Légions perdues. L'album n'est donc pas si mauvais que ça.   Wink

Petit détail : il y avait deux pages par semaine des Légions perdues dans le journal Tintin, et ceci dès les premières planches (je l'ai vérifié). Mais il est vrai que Jacques Martin ne savait pas à quelle cadence serait publiée son histoire, et qu'il a donc inséré une case à suspense à la fin de chaque page.

Ce que j'apprécie, sinon, ce sont les couleurs de ta planche qui me paraissent plus belles que les teintes rougeâtres de l'édition originale (tu peux les voir en page précédente). Tes couleurs sont certes un peu plus pâles, mais ce détail est inévitable lors des rééditions et il ne me gêne pas trop.

Quant à l'utilisation de la maquette de Gismondi, c'est bien possible car Jacques Martin faisait un gros effort pour se documenter, mais il a laissé peu d'informations sur ses sources et il est impossible de vérifier.

N'hésite pas sinon à refaire des analyses de planches, si tu te sens inspirée. Pour ma part, j'en ferai probablement encore quelques unes mais … pas trop, car cela prend quand même pas mal de temps.  Cool


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3150 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 9:00

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonjour

Le dernier spartiate est mon Alix préféré !
Sa découverte fut tardive, elle date de 2009. A partir du début des années 2000, mes revenus me permirent d'acheter des éditions originales et je suis devenue une habituée de la librairie Rackam.
Le libraire, Maurice Forest, avait inventé un concept : la BD ancienne en état neuf. Et sa boutique respirait Baudelaire :  

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


J'aimais donc la visiter, un peu comme on parcourt les salles du Louvre ou d'Orsay. Les plus belles pièces étaient mises en valeur dans des vitrines fermées à clé. Et c'est ainsi que je fis la connaissance avec le Dernier Spartiate.
Intriguée, je discutais avec Maurice, qui en maquignon de la BD, me vanta le livre et son état. Je lus rapidement quelques pages mais le prix était si élevé (800 € de mémoire) que je n'achetais pas l'ouvrage.
Une petite visite à la FNAC me permis de finir la lecture et d'en conclure au chef d’œuvre. L'achat de l'EO se fera quelques jours plus tard chez une autre libraire, Michèle Jarrety, en banlieue parisienne, et pour un prix moindre (400 € ?).

Pourquoi ai-je donc été subjuguée par cette BD ? La réponse tient en un mot : Adréa. Pour moi, Alix n'est pas le héros de la BD. Car c'est avec une héroïne que Jacques Martin nous emmène au pays des chefs d’œuvre. Et puis quel culot ! Bien avant Gabrielle Russier (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mourir_d%27aimer_(film,_1971)), bien avant que le terme "cougar" ne soit inventé, ou bien avant que le fait n'atteigne le sommet de l’État Français, le maître ose dépeindre les sentiments d'une femme pour un homme plus jeune qu'elle.  Et pourtant, en y réfléchissant, pourquoi ce tabou ? L'Histoire fourmille d'hommes vivant (aimer est peut être trop fort) avec des "jeunettes" ! Il semblait donc que la dissymétrie soit sexuée. Et voilà qu'une reine s'éprend d'un jeune prisonnier ? Un conte de fée non ?

J'ai immensément apprécié cette femme. Reine et témoin de la fin d'un monde, elle lutte avec dignité pour sauvegarder le rêve de son peuple. Mère, elle essaye de concilier l'éducation et la protection de son fils avec ses responsabilités de suzeraine. Femme, elle ose aimer et briser l'image d'une vestale insensible prisonnière de son statut. Adréa est la mère de toutes les mères, la sœur de toutes les femmes. Et ses "transgressions" (mais je n'aime pas ce mot)  ne sont que la révolte d'une âme noble face à un quotidien qui devient écrasant à la toute fin.
Nous sommes en 1966, la BD franco-belge ignore la féminité ou la raille (Seccotine, La Castafiore) et voilà que le maître change le paradigme et donne vie à la moitié de l'humanité. Oui, Le Dernier Spartiate est un combat féministe avant l'heure, un reflet en BD du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir..

Oui, une héroïne extraordinaire qui transcende la BD et lui confère l'universalité.

La fin de l'ouvrage est aussi remarquable car l'incendie du temple de la forteresse est une superbe métaphore sur l'incendie d'une civilisation et d'un mode de vie. Un chef d’œuvre vous dis-je.  Very Happy

Cordialement
Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Dim 13 Oct - 11:29, édité 1 fois

3250 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 10:54

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Pour poursuivre mon message de ce matin, et en revenir à la relation entre Adréa et Alix, j'ai aussi beaucoup apprécié la finesse et la sensibilité des dialogues. Jacques Martin recoure fréquemment à des litotes et je ne résiste pas au plaisir de reprendre ici deux citations :
- si tu n'as pas la reconnaissance du cœur, aie au moins celle du corps (page 42)
- et je puis faire encore bien davantage : tu deviendras, si tu le veux, un prince... (page 47)

Ce scénario est d'une telle intelligence que je m'interroge. Est-ce que le maître ne se serait pas fait aider, à tout le moins relire ?

Par ailleurs, en y repensant, ma première lecture du Dernier Spartiate date probablement de 1967, avec le recueil n°70 du Journal de Tintin. Or, je ne me le rappelle pas. Peut être donc faut-il atteindre une certaine maturité pour comprendre, apprécier cette BD, et au final s'en souvenir.... ?

Bon dimanche
Eléanore

3350 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 11:56

comte lanza


alixophile
alixophile
Bonjour,
je me permets d'intervenir sur une appréciation d'Eléanore-Clo :

"J'ai immensément apprécié cette femme [la reine Adréa]. Reine et témoin de la fin d'un monde, elle lutte avec dignité pour sauvegarder le rêve de son peuple. Mère, elle essaye de concilier l'éducation et la protection de son fils avec ses responsabilités de suzeraine. Femme, elle ose aimer et briser l'image d'une vestale insensible prisonnière de son statut. Adréa est la mère de toutes les mères, la sœur de toutes les femmes. Et ses "transgressions" (mais je n'aime pas ce mot)  ne sont que la révolte d'une âme noble face à un quotidien qui devient écrasant à la toute fin.
Nous sommes en 1963, la BD franco-belge ignore la féminité ou la raille (Seccotine, La Castafiore) et voilà que le maître change le paradigme et donne vie à la moitié de l'humanité. Oui, Le Dernier Spartiate est un combat féministe avant l'heure, un reflet en BD du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir.."

Je ne suis pas sûr que J. Martin doive être classé comme féministe ou engagé dans des combats politiques ou sociétaux quelconques. Je le vois plutôt (je me trompe peut-être) comme un esprit indépendant, quelque peu aristocratique.
Pour moi, le traitement de la reine Adréa  est celui d'un personnage également exceptionnel et aristocratique, et pas d'un symbole féministe.
Par contre il est exact qu'il introduit dans la BD un personnage féminin complexe, ce qui était plutôt inédit à l'époque.

Pour revenir sur l'époque de la parution, si j'interroge mes souvenirs, je crois qu'on trouvait dans Tintin, au même moment que le Dernier Spartiate, Ric Hochet (Rapt sur le France), une aventure de Ran Tan Plan (le petit soldat de Napoléon, pas le chien de Lucky Luke !) qui se déroulait lors de la campagne de Russie) mais quoi d'autre ? Je me souviens aussi que c'était la grande époque des collections de porte clés et du succès du chanteur Antoine (O Yeah !) et il me semble qu'il y avait des allusions à tout cela, à côté du classicisme martinien.

Enfin, en lisant le Dernier spartiate, j'avais été marqué par les couleurs particulières utilisées par J. Martin (et qu'on retrouvera en partie dans le Tombeau étrusque) : je ne sais pas bien les définir, une façon de donner du velouté, d'apporter des nuances de couleur, notamment aux visages. J. Martin abandonnera par la suite cette tentative qui rapprochait la BD des procédés de la peinture.

3450 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 13:15

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Ce velouté des couleurs dont parle comte lanza me plaît également beaucoup dans ces albums et c'est une des multiples raisons pour lesquelles j'y reviens souvent.

Je reviens sur la marche d'approche d'Alix dans Le dernier Spartiate, séquence qu'enfant Raymond avait trouvée un peu longue et qu'il a ensuite apprécié comme le reste de l'album quand bien plus trad il a relu l'histoire complète et perçu ce qui faisait la valeur exceptionnelle de cette oeuvre. Je n'ai quant à moi lui Le dernier Spartiate qu'à l'âge adulte, pur hasard qui ne doit rien à une mauvaise expérience en publication de feuilleton. J'ai été frappé par cette longue séquence où monte l'attente et le suspens. Elle est en son genre unique dans les aventures d'Alix et c'est sans doute cela qui pouvait avoir surpris des enfants - je suppose que Raymond n'avait pas été le seul lecteur de douze ans à trouver que cette partie de l'histoire manquait de péripéties et on peut concevoir qu'un jeune admirateur d'Alix ait éprouvé cette impression. Il y a une véritable audace dans ce long prologue par rapport à la norme des récits d'aventures qui prédominaient alors.

http://www.marchenriarfeux.net

3550 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 13:30

Raymond

Raymond
Admin
Pour la question de ce qui était publié dans Tintin en 1966, en même temps que le Dernier Spartiate, j'ai regardé sur le site "Bandes Dessinées Oubliées" pour trouver la réponse, avec comme module de recherche Tintin + année 1966. Il y avait à la même époque "Rapt sur le France, en effet, ainsi que Rataplan (le Retraite de Rosie), mais aussi Tintin (Vol 714 pour Sidney), Capitan (le Coffret d'Ebène), Chevalier Ardent (les Loups de Rougecogne), Tounga (l'Antre de la Mort) puis Chick Bill (le Ranch Hanté), Indésirable Désiré et Dan Cooper (Panique à Cap Kennedy). C'était une belle époque.  Wink

Sinon, vous expliquez finalement très bien pourquoi un garçon de 12 ans ne pouvait pas trop aimer "le Dernier Spartiate". Il me fallait murir un peu pour apprécier la subtilité de cette histoire. Je suis un peu rassuré.  pouce

Jacques Martin est-il féministe ? Je dirais aussi que non, ne serait qu'en pensant à tous ces personnages féminins qu'il a créé qui me semblent prouver le contraire. Il y a en plus de nombreux albums (Lefranc en particulier) dans lesquels on ne trouve aucun personnage féminin significatif. Par contre, Jacques Martin est un bon conteur d'histoires et il sait créer des personnages dont on se souvient. Et enfin, c'est un esprit indépendant qui a fait preuve d'audace en créant le personnage d'Adréa et en publiant cette histoire dans le journal Tintin. Le bilan est mitigé … il faudrait une fois créer un sujet "Jacques Martin et les femmes", pour discuter de tout ça.   Idea


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3650 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 15:08

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonjour

Merci à tous pour vos contributions à l'échange. Very Happy
Je partage l'avis qui est que Jacques Martin n'est pas un féministe au plein sens du terme. Il n'a pas manifesté ni fait partie du MLF Laughing .
Néanmoins, et peut être sans qu'il l'ait totalement voulu, à titre de conséquence inattendue de la mise en scène d'un épisode de la vie d'une reine, le maître a fait œuvre de féminisme. Smile

Revenons maintenant au Dernier Spartiate et à la superbe couverture du journal Tintin dont voici la version belge.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio12

Cette couverture est vraiment un choc. Alix est cerné par un cercle de lances, brandies par des spartiates presque monochromes. Par contraste, le sol, jaune, et surtout, Alix, rose et rouge,  attirent le regard. Le bout d'épée brandi par le jeune gaulois apparait dérisoire face à la puissance militaire des grecs. Mais le regard du héros reste fier et combatif, ce que renforce sa bouche ouverte et ses dents apparentes. Au point que le lecteur peut s'interroger sur le vainqueur. Sont-ce la multitude des guerriers ou est-ce le jeune homme à terre ? Un paradoxe magnifiquement orchestré par Jacques Martin.
Autre contraste, les costumes. Ainsi, les hoplites sont habillés, protégés par un casque avec cimier et une cuirasse. Alors qu'Alix ne porte qu'un pagne et sa tête est nue.
On peut enfin noter l'aspect géométrique de la composition, le mélange harmonieux des courbes et des lignes droites, traçant un cercle et des rayons.

Une illustration magnifique cheers

Bon dimanche
Eléanore

3750 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 13 Oct - 15:42

Raymond

Raymond
Admin
Tu as raison, cette couverture du journal est encore plus séduisante que celle de l'album (qui raconte la même scène).

Bon ! Je vais tout de même me permettre d'avancer un peu dans ma chronique. Je passe donc à l'année 1967.    Cool

Cette année-là, il y avait un nom qui revenait sans cesse, qui était sur toutes les lèvres et qui était vraiment ce qui se faisait de mieux en matière de BD. Ce nom, c'était bien sûr "Astérix" !

Depuis que l'Express avait publié en 1966 son fameux numéro sur "le phénomène Astérix", la vague s'était amplifiée et ses albums envahissaient les librairies sous la forme d'énormes piles … qui disparaissaient à toute vitesse. Cette "Astérix-mania" était nettement justifiée car ses albums étaient sans aucun doute les plus drôles et les plus intelligents qu'il n'y ait jamais eu. Chaque album qui sortait alors, que ce soient "Astérix et Cléopâtre", "le Combat des Chefs", "Astérix chez les Bretons "ou "Astérix et les Normands", était un festival de gags, de malice et de bonne humeur. A cette époque, le rire était conquérant et je n'ai jamais retrouvé par la suite de tels fous rires en lisant une BD.

Et bien sûr, derrière Astérix, le journal Pilote prenait de plus en plus d'envergure, aux dépens de Spirou qui perdait un peu de son prestige (de même que quelques uns de ses meilleurs auteurs) Mon frère et moi étions partagés, car Spirou restait tout de même une référence et Pilote était un peu plus ciblé pour les ados. Le choix d'un journal devenait de plus en plus difficile car le journal Tintin était de plus en plus intéressant. Mais finalement, nous avons décidé de continuer avec Spirou.

Du côté de Jacques Martin, il y eu cette année-là la réédition de la Tiare d'Oribal (à moins que ce ne soit l'année d'avant Question ) et cet album plein d'idées renforça encore notre attirance pour l'auteur.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Tiare-10

Il y a en effet une foule de bonnes idées dans cette histoire. Bien qu'elle n'ait pas la dimension psychologique et artistique du "Dernier Spartiate", l'auteur y mélange avec habileté plusieurs ingrédients qui lui permettent de créer de multiples péripéties.

Et tout d'abord, il y a un mystère, celui de la tiare qui rend fou les imprudents qui osent essayer de la coiffer. Jacques Martin explique bien sûr cette énigme à la fin de l'histoire.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t10

Il y a aussi des péripéties qui se succèdent à chaque page. On découvre en effet des cavalcades, des combats, des poursuites et des sauts spectaculaires qui entretiennent le suspense à tous les instants. On a rarement l'occasion de reprendre son souffle.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t11

Parfois, ce sont de véritables grandes batailles que raconte Jacques Martin, et celles-ci sont expliquées avec de formidables mouvements et beaucoup de précision.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t12

Et puis il y a le méchant lui-même, à savoir Arbacès qui est en pleine forme. À la fois effrayant et fascinant, il domine toute cette histoire grâce à son énergie et sa ténacité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t13

Bien sûr, il y a moins de sujet à méditer dans cet album que dans les grandes œuvres de la "période classique", mais ce manque de profondeur était loin de déranger l'enfant que j'étais. Ce que je voulais, alors, c'était du dépaysement et de l'aventure.

Je garde donc de bons souvenirs de la Tiare d'Oribal, qui est de plus paru à une belle époque. Et peut-être que ces circonstances biaisent un peu mon jugement actuel car ... Je juge toujours que cette BD est excellente. 

Je n'ai pas abandonné mes goûts d'enfants ! Wink


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3850 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 12:16

Raymond

Raymond
Admin
Cette année-là, je continuais bien sûr à lire de temps en temps le journal Tintin, et c'est ainsi que je découvris un jour le Tombeau étrusque.   cheers

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t14

Et contrairement au "Dernier Spartiate", ce récit m'a plu d'emblée ! Jacques Martin accumule en effet dans cette aventure les bonnes idées et les détails séduisants. Et d'abord, l'aventure y reste permanente. Alix cavalcade inlassablement avec ses amis à travers l'Etrurie, poursuivi par ses ennemis ou pour sauver ses amis, et il ne s'arrête jamais. Et puis, il y a ces molochistes masqués et anonymes qui entretiennent le danger et le mystère. La tension est permanente

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t17

Par ailleurs, il y a une splendide  course de chars dans cette aventure. Je n'avais pas vu Ben Hur à cette époque, mais j'avais souvent entendu parler de la célèbre course qui était montrée dans le film. J'ignorais si j'aurais la chance de voir ce film un jour, et j'étais donc très heureux d'en découvrir au moins une imitation.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t16

Et puis, il y a la présence de Lydia, la sœur aînée d'Octave, qui apporte à cette aventure une autre dimension. Si sa relation avec Alix parait au départ amicale, la jalousie de Brutus vient assez vite en souligner la dimension amoureuse. Déjà à cette époque, j'aimais les histoires d'amour chastes.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t18

Et donc, même sans bien comprendre l'histoire (car je n'en connaissais bien sûr que des fragments), je saisissais l'essentiel de cette BD qui me plaisait totalement. Je n'ai donc pas tardé à acheter l'album lorsqu'il a été publié l'année suivante, et ceci m'a permis de mieux comprendre l'ensemble du récit. J'ai alors aussi découvert d'autres magnifiques séquences, telle que la fameuse arrivée de l'aigle qui annonce le glorieux destin d'Octave.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1967-t19

Le Tombeau étrusque est un petit chef d'œuvre, purement et simplement. Je l'avais senti dès le départ.   Wink

ET je n'ai jamais changé d'avis !



Dernière édition par Raymond le Mar 15 Oct - 17:40, édité 1 fois


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3950 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 16:13

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonjour

Le tombeau étrusque est une BD que j'ai lue, redécouverte et re-redécouverte.
Ma première lecture date de 1967 et fût celle d'une jeune fille lisant le recueil n°74 du journal de Tintin. Comme déjà confié, j'en garde le souvenir effrayant des molochistes et de leur cagoule rouge.
Ma deuxième lecture correspond à ma première année de latiniste en herbe. C'était en 1971 et je compris alors la fameuse scène de l'aigle : Jupiter envoie son messager pour  que tous comprennent qu'Octave sera le futur Auguste.
Ma troisième lecture date de mes débuts de cinéphile. Ben Hur de William Wyler était sorti dans les salles en 1960, bien trop tôt pour que je puisse le voir. En 1977, je vivais à Saint-Etienne, et le principal cinéma de la ville décida de reprogrammer le péplum. Et c'est ainsi qu'avec quelques amies, nous allâmes fêter la fin des épreuves écrites du BAC dans la salle obscure. Et bien évidemment, le modèle de la course de chars se dévoila alors à mes yeux.
Venons-en mainteant en 1984 où une jeune femme relit l'œuvre et y voit l'évidence que sa jeunesse lui avait jusqu'alors cachée. A savoir le trio amoureux Lidia, Alix, Brutus. D'ailleurs, en prenant du recul, ne peut-on qualifier d'éperdu l'amour de Brutus car il prend le risque de sacrifier ses ambitions politiques pour son aimée.
Alix comme Astérix peut donc se lire à plusieurs niveaux Very Happy .

Bonne journée
Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Mar 15 Oct - 22:06, édité 1 fois

4050 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 17:02

2J

2J
membre de l'académie
membre de l'académie
Alix avait déjà fait une course de chars plus de 15 ans auparavant !
50 ans avec Jacques Martin - Page 2 T3610

4150 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 17:34

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Très belle et émouvante analyse de tes lectures du Tombeau étrusque eléonore-clo. Je trouve très juste ce que tu dis de Brutus. Very Happy

Ton analyse montre à quel point nous avons affaire à une oeuvre riche qui peut faire l'objet d'approches sans cesse renouvelées selon des angles inattendus et combien à chaque âge, le récit dévoile des dimensions cachées. C'est un album que j'ai également beaucoup pour toutes ces raisons et ce sentiment de cauchemar éveillé qui le parcourt presque sans relâche, même dans les scènes diurnes. Les passages situés dans les souterrains m'ont toujours enchanté par leur inquiétante beauté. Nous voyons aussi à quel point la clarté romaine s'appuie sur des bases beaucoup plus ténébreuses et comment une véritable ville intérieure cachée entretient de secrètes relations avec la réalité visible du monde familier, monde dont elle peut soudain ravager d'un coup la tranquillité limpide en ravivant par les sang la mémoire d'anciennes blessures.

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4250 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 21:07

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonsoir Draculea

Oui, les scènes souterraines sont splendides. Je me permettrais même de faire une analogie (osée) avec la psychanalyse. Jacques Martin choisit de localiser le culte de Moloch dans les souterrains cachés du tombeau étrusque. Et les aspects les plus sombres de la personnalité de Brutus et des prêtres s'y révèlent. Le tombeau est donc comme le subconscient. Il cache certains aspects de la personnalité qui ne doivent pas apparaitre au grand jour.
Bon, c'est un peu (beaucoup) tiré par les cheveux. Smile
A vous de voir !

Bonne soirée
Eléanore

4350 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 21:25

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Non je ne pense pas que ce soit tiré par les cheveux. Cela me semble au contraire très pertinent et certainement une des strates de lecture de ce bel album. Il y aurait d'ailleurs, sur différents plans d'analyse toute une étude à conduire sur les souterrains dans l'oeuvre de Jacques Martin - et de ses continuateurs ! Very Happy

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4450 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 15 Oct - 22:57

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Merci  Very Happy

Le tombeau étrusque
intègre nombre de références, plus ou moins explicites.

Raymond a ainsi identifié une autre référence au film de William Wyler, celle où Jésus donne à boire à Ben Hur. Dans la BD, Alix fait de même avec un molochiste : http://lectraymond.forumactif.com/t298-le-tombeau-etrusque.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio15 50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio16

De même, en page 64, l'éclair frappant le tumulus nous rappelle que l'arme de Jupiter est la foudre. Manifestement, le maitre des dieux s'offusque du traitement réservé à la sœur d'Octave...

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Lzogio17

Et je suis persuadée qu'un lecteur attentif trouvera d'autres références.

Une bien belle œuvre.

Eléanore

4550 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 16 Oct - 16:46

Raymond

Raymond
Admin
Merci en tout cas pour tes interventions qui commentent intelligemment mes goûts de jeune lecteur, eleanore-clo !  pouce

J'ai peut-être lu certaines BD trop vite, à l'époque !   Very Happy

Par contre, il y a d'autres BD qu'il ne faut peut être pas lire trop tard, et je vais tout de suite vous en donner un exemple.

Et je vais en même temps passer à l'année 1968, qui fût une époque de grands changements ! A cet égard, je ne m'étendrai pas sur les événements politiques fameux de cette année-là et je me limiterai plutôt à quelques détails familiaux. Le plus important pour moi cette année-là fût la décision de mon père de me mettre en internat, afin que je sois plus sérieux dans mes études. Dès lors, je dus bien sûr m'adapter à un nouveau monde. Comme l'avait annoncé mon père, j'avais fini de rigoler ! Je me mis alors à lire des livres plus sérieux, plus scolaires, voir même plus adultes, tandis que la BD et la TV furent mises de côté. Je continuais à lire un peu de BD le week-end, mais cela devint quand même un loisir très accessoire. Certains albums partirent à la cave tandis que la plupart des journaux et petits formats furent liquidés avec le vieux papier. C'était une époque radicale !

Mais un jour, quelqu'un amena un album d'Alix à l'internat ! Il passa de main en main et rencontra un succès fou. Il fût également assez rapidement en lambeaux. C'était la vieille édition Lombard de L'île maudite, que je n'avais jamais lue, et qui n'avait pas encore été rééditée par Casterman.  cheers

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-i10

Je l'ai eu assez brièvement dans mes mains, car tout le monde le voulait, mais je me souviens très bien de cette première lecture. C'était une histoire splendide. Le fait que je lisais très peu de BD en ce temps-là a d'ailleurs certainement magnifié la magie du moment.  Wink

Ce qui était splendide, d'abord, c'était d'abord le suspense haletant du récit. Il y avait en effet du mouvement, des poursuites, des péripéties innombrables et des bagarres splendides qui me plaisaient beaucoup (elles séduisaient d'ailleurs tous les collégiens de l'internat). Et puis il y avait un méchant très réussi, à savoir Arbacès, ainsi que de terrifiantes inventions scientifiques qui paraissaient presque crédibles. Je me souviens en particulier du terrible rayon lumineux qui enflammait tout sur son passage (maintenant ... j'y crois un peu moins  Wink ).

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z10

Les combats étaient nombreux et généralement très bien mis en scène. Relevons qu'à cette époque, le dessin de Jacques Martin était bien plus dynamique qu'il ne l'a été plus tard, pendant sa période classique.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z11

Arbacès et ses complices s'enfuyaient en bateau, et Alix partait aussitôt à sa poursuite. Un bref récit de navigation commençait mais, bien sûr, une tornade s'abattait sur leur navire. il n'y avait vraiment pas de temps mort.  Smile

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z12

Une fois arrivés vers la fameuse Île Maudite, Jacques Martin nous faisait découvrir (par l'entremise d'Arbacés) les inventions scientifiques incroyables que des savants grecs avaient créées. Quelques esprits chagrins (et adultes) m'expliquèrent plus tard que tout cela était invraisemblable, mais je n'en avais cure. Le merveilleux conteur qu'était Jacques Martin avait su rendre tout cela crédible.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z13

Mais la bataille reprend, et Enak est capturé. Au cours d'une sinistre et spectaculaire cérémonie, Enak doit être sacrifié au dieu Moloch, et Jacques Martin nous montre impitoyablement son calvaire. Voilà, ça c'était de la BD !

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z14

Puis la bataille finale commence, et voilà que survient un tremblement de terre ! C'est la pagaille générale !

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1968-z15

Alix et ses amis en sortent finalement vainqueurs, mais ce n'est pas fini. Tandis qu'ils sont sur le chemin du retour, dans leur navire ... l'île maudite explose ! Le bateau d'Alix arrive miraculeusement à résister à un gigantesque raz de marée. YES !  cheers

Cela ne s'arrêtait jamais !

C'est le genre d'album qu'il faut lire quand on a 14 ans.  cyclops

L'année suivante, Casterman a réédité (enfin) L'île maudite et je ne tardais pas à le réclamer à mes parents (tandis que le "Dernier Spartiate" … bof ! Smile ). Je ne sais vraiment pas combien de fois je l'ai lu par la suite, mais l'album que j'ai toujours aujourd'hui a manifestement beaucoup servi.  Wink

Et puis … voilà … lorsque beaucoup plus tard, pendant les années 2000 en fait, dans le vieux forum d'Alix dont Stéphane était le fondateur, je découvris une discussion sur le thème de "L'île maudite, un album raté"  … je n'en crus pas mes yeux !  Shocked

On trouve encore cette conversation dans notre forum, sur cette page :

http://lectraymond.forumactif.com/t166-l-ile-maudite-album-rate

Mais je n'ai jamais été convaincu. L'île maudite reste pour moi un magnifique petit péplum, qu'il faut lire au premier degré sans trop se poser de question, ou alors (éventuellement) un produit ancien à déguster comme une délicieuse petite madeleine, avec une tasse de thé, par pur plaisir.

Je n'ai pas fini de m'émerveiller du rythme trépidant de cet album, qui me laisse un souvenir assez comparable à celui de la Grande Menace.  sunny


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4650 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 17 Oct - 11:34

Raymond

Raymond
Admin
En 1969, l'envie de recevoir chaque semaine un journal de BD se fit à nouveau sentir, surtout pour mon frère qui était resté à la maison. Il n'était plus question de s'abonner à Spirou, qui avait perdu la plupart de ses séries célèbres, et le choix du journal Tintin semblait être devenu une évidence. Il y avait bien sûr Pilote qui proposait beaucoup de BD intéressantes, mais l'hebdomadaire s'aventurait de plus en plus dans le domaine des actualités et de la BD pour adultes et, à cette époque, ce contenu nous intéressait moins.

Je ne sais plus exactement quand a commencé la lecture régulière du journal Tintin, mais je me souviens qu'il y avait les dernières planches du Dieu Sauvage qui étaient vraiment parfaites. Sans connaître toute l'histoire, cette aventure captivait d'emblée mon attention.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1969-d10

J'étais impressionné en particulier par la mort de la reine Adréa, montrée avec simplicité et réalisme. Cette femme splendide et prématurément déchue avait une dimension shakespearienne, et j'admirais l'intelligence du dessinateur qui introduisait de telles scènes dans son récit.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1969-d11

Par ailleurs, il commençait à apparaître dans les histoires d'Alix des personnages récurrents (Héraklion par exemple) ainsi que des prolongement des aventures précédentes. Cette organisation romanesque donnait à la série une ampleur nouvelle.

Sinon, c'est surtout l'album qui me laissa une très grande impression, l'année suivante, et j'y reviendrai !. Du journal, je me souviens surtout de quelques séquences spectaculaires. Il y avait par exemple ce saut d'Alix du haut d'une falaise, qui est rattrapé de justesse grâce à une glissade sur une pente de sable. C'était totalement irréaliste, mais le dessin semblait tellement convaincant que j'acceptais cette péripétie sans protester.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 1969-d12

On se contentait assez facilement de petits fragments de BD de ce genre, en ce temps-là.  

C'était encore le temps des journaux ! Very Happy


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4750 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 17 Oct - 13:17

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Cette séquence est splendide et la voir ainsi fragmentée la magnifie car le lecteur est d'autant plus attentif au détail et à la composition. Quant à la couverture du numéro de Tintin, quelle merveille ! Very Happy

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4850 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 17 Oct - 17:22

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué
Je découvre cette discussion grâce à la newletter du 16 octobre, et cela est un régal. Merci à Raymond et à tous les contributeurs pour ces éclairages passionnés.
Chaque post donne envie de réagir - mais je ne voudrais pas casser le rythme du récit de Raymond.
Je soulignerai simplement que son histoire personnelle, s'agissant de sa relation avec l'oeuvre de Jacques Martin (et de la BD en général), rejoint sans doute celle des "anciens" du forum : cela a commencé par une planche ou une vignette découverte très jeune dans un "illustré" - que nous emporterons dans l'au-delà (quelle meilleure obole qu'un Tintin pour traverser le Styx?!).

Moi qui suis septuagénaire, j'ai découvert Alix avec L'île maudite, ou plus exactement avec trois vignettes de l'album qui figuraient dans un "jeu de l'oie Tintin et Milou" que ma mère m'avait obtenu en collectionnant des chèques Tintin (j'ai  vu sur la toile que ce jeu de l'oie, que j'ai conservé précieusement, vaut aujourd'hui une petite fortune!).
C'était en 1955 ou 1956, j'étais donc très jeune (j'en suis à plus de 60 ans avec Jacques Martin...) et me demandais d'où sortaient ces personnages bizarrement habillés.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 L_zyle11

J'ai commencé à en savoir plus quelques années plus tard, très précisément à Pâques 1959 (je venais d'avoir dix ans), avec le premier journal Tintin, que m'avait offert ma grand-mère (comme j'étais déjà abonné à Coeurs Vaillants, il était hors de question que mes parents m'abonnent à un second journal : cela coûtait cher, et j'avais suffisamment à faire avec les devoirs scolaires pour ne pas me farcir la tête de petits mickeys...).

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 Tintin11

Il y avait à suivre, entre autres, dans ce numéro - accrochez-vous les jeunes : nous vivions sans le savoir les décennies d'or de la BD franco-belge! -
- Tintin au Tibet (la planche 22 : "Si j'avais des rhododendrons comme ça à Moulinsart!") - que je retrouvais par ailleurs, avec un peu de décalage, dans le Elle (je crois) d'une grand-tante,
- SOS Météores,
- Le pilote sans visage,
- Jari dans la tourmente,
- Cap sur Mars,
- Le poignard magique,
- et... La griffe noire.
C'était la planche 60, avec cette dernière bande inoubliable, qui fonctionne pour moi un peu comme la planche 59 des Légions perdues pour Raymond.

50 ans avec Jacques Martin - Page 2 La_gri10

Ceci dit, même si La griffe noire reste un de mes Alix préférés, je place, moi aussi, Les légions perdues sur le haut du panier. Et je suis jaloux d'Alix dans Le dernier spartiate : tout à fait d'accord avec Eleanore-clo pour dire que le personnage d'Adréa, "héroïne extraordinaire qui transcende la BD et lui confère l'universalité", marque un tournant dans la BD franco-belge.

4950 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 17 Oct - 22:21

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Bonsoir

J'ai découvert Le Dieu Sauvage en 1969 avec le recueil n°79 du Journal de Tintin. L'éditeur devait d'ailleurs beaucoup estimé l’œuvre car il l'a choisie pour illustrer le recueil n°80.
A mon sens, Le Dieu Sauvage conclut la trilogie d'or d'Alix, commencée avec Le Dernier Spartiate et poursuivie avec Le Tombeau Étrusque. Jacky-Charles et Raymond ont d'ailleurs longuement commenté cette œuvre magnifique : http://lectraymond.forumactif.com/t76-le-dieu-sauvage.

J'ai beaucoup apprécié le travail de Jacques Martin sur Héra. Tout d'abord, la princesse est magnifiquement dessinée avec pas moins de trois ensembles (pages 32, 41 et 56 - la cape....) et de somptueux bijoux (le pectoral égyptien de la page 41). Héra à l'instar de la déesse grecque homonyme est une femme forte, colérique et ne sachant pas concilier. Elle incarne le combat indépendantiste du peuple cyrénaïque, menace Adréa et pense qu'Alix trahit la cause gauloise en fraternisant avec certains romains. Face à un héros pur et sans reproche, et donc inhumain, Héra incarne davantage la réalité, avec son caractère d'ombre et de lumière. Et que dire de son accolade en page 56 ? Toute l’ambiguïté de sa relation avec Alix tient en une vignette : est-ce la fraternité des guerriers, un faux semblant, ou l'incarnation d'un regret ?

Le Dieu Sauvage est donc le livre du non-dit. Et cet aspect du scénario se manifeste avec force dans la destruction d'Apollonia et de ses habitants. Le maître ne dit presque rien et ne nous montre que des éléments disparates : une ruine par ci (page 37), un meurtre par là (page 50). Il laisse ainsi la porte ouverte à l'imagination de la lectrice/du lecteur pour concevoir l'inconcevable. J'y vois une construction brillante. La scène d'horreur où Varius Munda se dresse devant une armée de cadavres peut ainsi être interprétée de moult façons : des légionnaires poussés à s'entretuer, des soldats mourant d'une maladie des rayons, etc. On ne sait pas et Martin ne veut pas nous le dire. Car le non-dit laisse le champ libre à toutes les supputations y compris les plus horribles...

Bref, une bien belle œuvre, qui a la beauté du diable ou plutôt celle du dieu sauvage !

Bonne soirée
Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Ven 18 Oct - 5:47, édité 1 fois

5050 ans avec Jacques Martin - Page 2 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 17 Oct - 23:01

eleanore-clo

eleanore-clo
docteur honoris causa
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En y repensant, on peut aussi opérer un rapprochement entre Héra et Héraklion : la mère d'Héra est absente à l'instar du père d'Héraklion, les deux sont enfants uniques, issus d'une dynastie royale. Le radical commun des deux prénoms n'est pas innocent...

Eléanore

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