Lefranc, Alix, Jhen ... et les autres
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

Le Deal du moment : -33%
Ecran PC XIAOMI – 24″ – MI MONITOR 1C
Voir le deal
99.99 €

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

50 ans avec Jacques Martin

Aller à la page : Précédent  1 ... 5 ... 7, 8, 9 ... 14  Suivant

Aller en bas  Message [Page 8 sur 14]

17650 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 13 Déc - 8:32

Raymond

Raymond
Admin
Les gens célèbres se retrouvent souvent caricaturés par les humoristes. C'est peut-être même grâce à cela que l'on peut les considérer comme célèbres.   Wink

Pour ce qui concerne Jacques Martin, il a bien sûr été croqué par quelques-uns de ses confrères mais je ne connais pas tous les dessins qui le concernent. Un des premiers portraits dessinés que je connaisse est apparu dans une aventure de Vasco publiée en 1987, qui s'intitule Ténèbres sur Venise.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1987-v11

Gilles Chaillet y dessine un fameux peintre de la Renaissance italienne qui se nomme "Giacomo Martini", et il a évidemment les traits de Jacques Martin !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1987-v12

C'était un hommage de l'élève à son maître et il était tout à fait dans l'esprit du regretté Gilles Chaillet : à la fois sympathique et plein d'humour. Il y a eu par la suite d'autres mises en abyme du même genre, mais elles n'étaient pas forcément aussi cordiales. J'y reviendrai plus tard.  Cool


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

17750 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 14 Déc - 10:17

Raymond

Raymond
Admin
C'est aussi en 1987 que j'ai appris que Jacques Martin vivait en Suisse, près de Lausanne. Il avait déménagé l'année précédente à cause du fisc belge (qui appliquait un taux d'imposition vraiment confiscatoire) et il racontait tout cela dans un article de l'Illustré, qui est un équivalent de "Paris Match" pour les suisses romands.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1987-i10

Voici les 2 pages de cette interview :

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1987-i11

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1987-i12

Notons au passage que cette nouvelle avait été télédiffusée l'année précédente dans le téléjournal suisse … mais que je ne l'avais pas vue passer. Il faut dire que j'étais alors très occupé par mes petits soucis quotidiens professionnels et familiaux.

Ce petit film est toujours visible dans les archives de la TSR, à cette adresse :

https://www.rts.ch/archives/tv/information/3469149-jacques-martin.html

On y voit Jacques Martin qui est encore dans la force de l'âge et qui travaille sur le Cheval de Troie. C'est un document intéressant, mais je suppose que la plupart d'entre vous le connaissent déjà ! Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

17850 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 15 Déc - 17:02

Raymond

Raymond
Admin
Mais passons à l'année suivante !  Very Happy

En 1988, les choses étaient en train d'évoluer et, il faut bien le dire, j'étais à nouveau en train de m'éloigner de Jacques Martin.  deso

Cette évolution n'était pas dû à un affaiblissement de la production du maître, loin de là, mais plutôt à un afflux de nouveautés qui étaient en train de renouveler le monde de la littérature dessinée. Le phénomène le plus marquant de cette année-là était sans aucun doute Maus, un impressionnant "graphic novel" d'Art Spiegelman qui était en même temps une intelligente biographie familiale. Ce livre était un succès mondial (il avait même remporté le prix Pulitzer) et il montrait d'une façon définitive, si c'était encore nécessaire, que la bande dessinée pouvait être conçue les adultes. Il prouvait aussi que le "réalisme" d'une histoire ne dépendait pas du tout d'un style graphique, mais plutôt du sérieux et de l'intelligence de son propos.

A côté de Maus, il y avait aussi de véritables "œuvres cultes" qui venaient d'apparaître dans le monde des comic-books, comme par exemple Batman : Darknight de Frank Miller ou les Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. Même si ces titres appartenaient au genre "super-héros", j'avais été fasciné par leur complexité et leur intelligence. La BD ne se limitait ainsi plus au monde franco-belge mais la francophonie publiait tout de même de nombreuses bandes dessinées remarquables, comme les Carnets d'Orient de Ferrandez, C'était la Guerre des Tranchées de Tardi ou le Voyage en Italie de Cosey. Il y avait en plus une véritable abondance de nouveautés qui entraînait un effet de dispersion, et les vieux auteurs classiques étaient tout doucement en train de passer à l'arrière-plan.

Mais que devenait Jacques Martin ? Eh bien, il publiait cette année-là le Cheval de Troie et j'achetais bien sûr ce livre sans hésiter. Alix restait pour moi une série à suivre, même si je ne la lisais plus avec la même intensité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c11

On sait aujourd'hui que cet album proposait tout simplement la dernière aventure d'Alix entièrement dessinée par Jacques Martin. Je ne me rendais pas compte de la chance que j'avais. Aïe … si j'avais su ?    pale  

Ce qui est certain, c'est qu'au moment de sa sortie, le Cheval de Troie m'était surtout apparu comme un magnifique voyage autour du Péloponnèse, au temps des romains. Ce n'était certes pas la première histoire d'Alix qui se déroulait en Grèce, mais "Le Dernier Spartiate" n'avait pas de localisation précise, tandis que "l'Enfant grec" se limitait à une découverte d'Athènes. Jacques Martin avait donc encore à nous faire découvrir la péninsule hellénique. Et puis l'itinéraire qu'il nous proposait (Olympie, Delphes, Corinthe, Epidaure) était le parcours typique que pouvait proposer une honnête agence de voyage à des touristes. J'appréciais donc sans réserve ce "tourisme antique", pourrait-on dire, qui revisitait avec un nouveau regard des lieux que j'avais déjà vu. Et la visite commençait à Olympie, où Alix venait de remporter un concours sportif. Le fameux Temple et la statue de Zeus y étaient impeccablement reconstitués.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c12

Une invitation imprévue du général Horatius donnait ensuite à Alix le motif de partir en voyage. Son bateau remontait d'abord vers le golfe de Corinthe, puis il s'arrêtait au port de Cirrha. Alix ne pouvait alors s'empêcher de faire un peu de tourisme et d'aller découvrir Delphes, ainsi que sa célèbre pythie. En tant que lecteur, je n'avais bien sûr aucune objection contre une telle perte de temps.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c13

Après cela, le voyage se poursuivait avec la traversée de l'isthme de Corinthe. A l'époque romaine, le fameux canal n'existait pas encore et les bateaux étaient hissés sur un "Diolcos" (chemin dallé bordé d'ornières) pour franchir la bande terrestre, avant d'être remis en mer. La scène était spectaculaire et c'était par ailleurs un détail historique que je ne connaissais pas. Il y avait donc toujours quelque chose à apprendre dans Alix.   study

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c14

La navigation se poursuivait ensuite jusqu'à Epidaure, où Alix devait retrouver Horatius. Dans cette ville, Jacques Martin négligeait la visite du fameux amphithéâtre et dirigeait son personnage vers le sanctuaire, qui est un peu moins connu et qui ne manque pas d'attrait. Et c'est alors seulement que l'intrigue véritable commençait !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c15

Disons-le tout net, l'aventure elle-même, qui mettait en scène une secte de fanatiques voulant récupérer le vieux Cheval de Troie, m'intéressait peu. On peut même dire que je me souciais comme d'une guigne du vieux cheval en bois qui avait permis la conquête de Troie et qui devait avoir plus de 1000 ans. C'était une invention qui me paraissait hautement improbable mais l'affrontement d'Horatius avec sa belle sœur Hermia, par contre, était bien plus intéressant. Comment une harpie moche et vindicative comme Hermia faisait-elle pour arriver toujours à ses fins ? C'était le genre de mystère que je me serais plu à explorer, mais Jacques Martin ne s'y intéressait hélas pas beaucoup. Hermia était surtout une redoutable "méchante" et cela lui suffisait pour son intrigue, qui voulait en fait raconter la fin dramatique d'Horatius.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c16

Le dénouement de leur conflit ne manquait d'ailleurs pas de grandeur car dans un accès de rage, Horatius mettait lui même le feu au temple qui devait abriter son mariage. Alix, Enak et Héraklion arrivaient tout juste à échapper à ce brasier tandis que le général romain et ses ennemis périssaient dans les flammes. Le tourisme pouvait donc parfois préparer des drames ...

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1988-c17

A l'époque, je n'étais pas du tout déçu de ce beau voyage, mais il me semblait que l'intrigue était paradoxalement un peu légère. La contemplation l'avait une fois de plus emporté sur l'action, même si le drame final ne manquait pas d'une certaine ampleur. Alix était une série qui vieillissait bien ... mais elle vieillissait.

Et aujourd'hui ? Eh bien, je n'ai pas vraiment changé d'avis. deso Le cheval de Troie est une belle BD, mais je ne la conseillerais pas aux lecteurs qui veulent découvrir Alix. C'est une œuvre pessimiste et esthétique qui reflète bien le tempérament de son auteur, et qui est faite pour les amateurs de voyage et les fans d'Histoire. Les amateurs d'Alix y savoureront par ailleurs une véritable recherche culturelle, un graphisme très classique et surtout une évolution très théâtrale de la série.

Cette dernière appréciation vous paraîtra peut être un peu ambiguë, mais c'est véritablement ce que j'aime dans cette deuxième période de la série.  Wink



Dernière édition par Raymond le Lun 16 Déc - 0:09, édité 1 fois


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

17950 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 15 Déc - 22:40

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Merci pour ce document sur le cheval de Troie😊

http://alixmag.canalblog.com/

18050 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 16 Déc - 6:35

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Le Cheval de Troie est un Alix qui m'avait fasciné : la beauté des cases aux décors si riches que je me croyais transporté dans la Grèce de cette époque et les fouillait en détail afin de m'incorporer à la foule des personnages, notamment dans les premières pages ; la beauté de la mis en couleur qui faisait vivre la lumière des heures, de la limpidité matinale prometteuse de chaleur au crépuscule soyeux, en passant par la dure luminosité d'après-midi peu à peu dorée ; la lenteur cérémonielle de cette histoire qui s'acheminait vers sa conclusion terrible comme si tout déjà était joué d'avance selon le principe d'une tragédie fastueuse, bref, si ce récit n'est pas de même nature que les grands albums classiques de la période située autour des Légions perdues, il n'en reste pas moins que cette aventure grecque reste pour moi un grand objet de fascination. Merci d'en avoir évoqué la singularité avec tant de détail.

http://www.marchenriarfeux.net

18150 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 16 Déc - 9:36

Raymond

Raymond
Admin
Tu fais bien d'insister sur la beauté de l'album, car c'est en effet ce qui ressort le plus aujourd'hui, en dehors du drame final. La Grèce de Jacques Martin est vraiment superbe et c''est cela qui m'a donné le plus de plaisir lors de ma relecture. Very Happy


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18250 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 16 Déc - 11:36

Raymond

Raymond
Admin
L'année suivante (en 1989), il y eut la 11ème aventure de Lefranc, intitulée La cible !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-c10

Soyons honnête ! Au moment de sa sortie, je ne fis pas grand cas de ce nouvel album. Je vous l'ai déjà dit, je n'étais plus un très grand fan de Lefranc pendant les années 80, et je me contentai donc de parcourir l'ouvrage d'une manière dubitative. Cette nouveauté me semblait finalement bien ordinaire et après l'avoir simplement feuilletée, je la reposai sur son rayonnage. Je préférais attendre la bonne occasion et ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que j'achetais ce livre à un prix réduit. Eh oui … j'étais un vrai chineur. Wink

Sinon, je ne sais plus quand exactement j'ai lu ce livre et il est préférable d'en parler tout de suite. Cela reviendra au même. Je me souviens en tout cas que cette première lecture avait éveillé un relatif sentiment d'indifférence.   Rolling Eyes

Le début de l'histoire se passait à Lausanne, et ce détail avait bien sûr capté mon attention. C'était les lieux où Jacques Martin vivait depuis 2 à 3 ans et le dessinateur avait reproduit avec une précision presque photographique le port d'Ouchy et la façade de l'hôtel Beau-Rivage. Ce n'était pas désagréable.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-c11

Mais le récit était plutôt un vrai thriller et Lefranc partait assez vite au Canada. Il s'attaquait cette fois à une entreprise internationale corrompue et malhonnête et cette dernière ne lésinait pas sur les moyens pour faire disparaître un reporter qui devenait gênant. Attentats et poursuites en voiture se succédaient sans s'arrêter mais … bizarrement, je n'étais pas captivé par cette BD! En fait, je n'arrivais pas à rentrer dans le récit.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-c12

Axel Borg faisait ensuite son apparition, et il choisissait d'abandonner Lefranc sur une île perdue du Pacifique.  Un missile atomique allait exploser quelques jours plus tard sur cette île et Lefranc devenait donc "la cible" d'un exercice militaire. C'était une idée plutôt spectaculaire mais à l'époque, il faut bien l'avouer ... cette péripétie ne m'avait pas ému plus que cela.  deso

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-c13

Quand je relis aujourd'hui cet album, je dois aussi convenir que le suspense final est bien construit. Comment l'auteur va t-il faire pour sauver Lefranc de ce piège inextricable ? Jacques Martin l'imagine d'une manière assez réaliste, mais à l'époque … bon, je n'insisterai pas trop.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-c14

Était-ce moi qui était peu réceptif ? C'est probablement en partie le cas, mais il y avait aussi le fait que la Cible était une BD très traditionnelle et sans grande surprise. Le thriller était un genre très répandu dans la production BD de l'époque, et les auteurs de certains "best sellers" comme XIII ou Largo Winch utilisaient un ton plus efficace, un rythme plus trépidant et des effets graphiques plus spectaculaires que ceux qui étaient déployés par Jacques Martin dans son Lefranc. La concurrence était devenue très rude et Lefranc avait peu évolué depuis une vingtaine d'années. En fait, il me semblait que cette série vieillissait bien plus mal qu'Alix.

Aujourd'hui, je suis un peu moins critique et je pense que la Cible est plutôt un bon album, mais qu'il ne faut pas avoir trop d'exigences. En fait, il faut y accepter le style très traditionnel qui est propre à Jacques Martin.  

Par ailleurs, pour ce qui concerne Lefranc, il faut admettre qu'il y a eu bien pire par la suite ! Mais j'y reviendrai bientôt !    Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18350 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 17 Déc - 13:00

Raymond

Raymond
Admin
En fait, on pourrait dire que tout l'intérêt que j'avais perdu pour Lefranc s'était alors reporté sur Jhen.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a10

Paru à peu près en même temps que "la Cible", l'Alchimiste était à nouveau une superbe histoire médiévale que j'achetais d'ailleurs sans attendre. Gilles de Rais en était cette fois absent, mais d'autres fascinants personnages y faisaient leur apparition. Il y avait en premier l'ambigu Francesco Prélati, un abbé qui était à moitié alchimiste et à moitié fripon, et qui allait plus tard devenir le complice récurrent des méfaits de connétable. Et puis, il y avait aussi un jeune et touchant peintre nommé "Rafael", presque identique à son illustre homonyme historique (qui a en fait vécu 50 ans plus tard) et qui était en quelque sorte le "jeune premier" du récit. Cet adolescent doué attirait spontanément l'attention et l'admiration autour de lui, mais sa beauté lui attirait aussi bien des malheurs, ce thème formant d'ailleurs la principale trame narrative de cette BD.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a11

Face à l'admirable Rafael, il y avait en effet l'épouvantable père Palefroid, un religieux fanatique qui s'intéressait au jeune novice d'une façon paradoxale. Il lui vouait en effet une véritable passion, d'une nature toutefois inquiétante, que l'on pourrait même qualifier de sadomasochiste. Et probablement entraîné par un désir sexuel inassouvi, Palefroid s'acharnait avec férocité sur le jeune peintre, les règles monastiques lui donnant malheureusement de nombreux prétextes pour le martyriser. Jhen ne pouvait rester indifférent à cette maltraitance, et il décidait de s'enfuir en Italie avec le jeune adolescent.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a12

Plus le méchant est réussi et meilleure sera l'histoire ! Cet aphorisme s'appliquait à merveille au scénario de l'Alchimiste, car le récit de Jacques Martin nous racontait la fuite interminable de Jhen et Rafael, qui étaient poursuivis par la passion dévorante et insatiable d'un moine véritablement pervers. Heureusement, cette angoissante échappée les faisait également traverser la merveilleuse Italie du Quattrocento, dont Jean Pleyers dessinait avec gourmandise et générosité les paysages et les sites célèbres. Le Ponte Vecchio de Florence, par exemple, ne m'avait jamais paru aussi beau que dans ces images.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a13

La peinture était elle aussi omniprésente dans ce récit ! En dehors de Rafael, manifestement promis à la célébrité, Jhen rencontrait aussi de nombreux artistes travaillant pour divers ateliers. Il se rendait en particulier dans le fameux monastère de Fiesole pour y rencontrer Fra Angelico (dont le nom était légèrement modifié) et l'album était donc un véritable hommage à cet âge d'or de la peinture italienne.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a14

Et puis, l'album racontait surtout cet éternel affrontement qui existe (malgré tout) entre l'art et la religion, et Jacques Martin l'illustrait d'une manière judicieuse en montrant les attaques du sinistre père Palefroid. Ce dernier faisait en effet à Florence des prêches qui n'étaient pas loin de rappeler les sermons du terrible Savonarole, un autre fanatique qui allait devenir le maître impitoyable de la cité à la fin du Quattrocento. La beauté est parfois inquiétante, mais la foi est malheureusement bien proche du fanatisme.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1989-a15

Tel était donc cet album surprenant et érudit, qui continuait de maintenir les aventures de Jhen à un haut niveau ! J'appréciais bien sûr sans réserve cette histoire enflammée et intelligente, qui montrait que Jacques Martin restait animé par une véritable passion. Face à un XXème siècle (et un Lefranc) un peu décevant, les drames de l'Histoire offraient une grande réserve de scénarios et de découvertes artistiques, et Jhen représentait à ce moment-là le meilleur de sa production.

Le père d'Alix était donc plus que jamais le maître de la bande dessinée historique. Et il n'avait pas fini de nous étonner.  Cool


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18450 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 17 Déc - 19:24

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Vraiment je suis frappé de lac coïncidence de nos lectures : j'ai eu les mêmes sentiment exactement face à ces deux albums si dissemblables, l'un, le Lefranc, dont en dépit de la peinture réussie de la riviera de Lausanne par le palace du prologue et de la conclusion, j'ai toujours trouvé l'histoire très disparate ; l'autre le Jhen, lumineux, fascinant et subtil. Et quelle beauté dans ce voyage toscan ! L'arrivée sur Florence au début de l'album est prodigieuse !



50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Jhen10

http://www.marchenriarfeux.net

18550 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 17 Déc - 22:45

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Quelle belle planche !

http://alixmag.canalblog.com/

18650 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 18 Déc - 18:12

Raymond

Raymond
Admin
Et nous arrivons à 1990 !   Cool

Cette année-là, il y eut de gros changements dans ma vie. Je terminais en effet ma carrière de médecin hospitaliser et j'installais mon cabinet médical dans la campagne, à une dizaine de kilomètres de Lausanne. Il me fallut déménager tous mes bouquins et ce fût vraiment terrible. Cela pèse lourd les BD et … il y en avait déjà beaucoup, sans compter le reste de mes bouquins qui n'étaient pas légers non plus !

Tout cela se passait pendant l'été et comme il y avait beaucoup à faire, les vacances se réduisaient à quelques jours. Nous n'avions pas d'idée précise sur un endroit où aller … mais je pensais qu'il fallait à tout prix faire un petit voyage, pour nous changer les idées. Et tout-à-coup … l'inspiration jaillit :  Idea

Riquewihr !    cheers

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v10

J'avais toujours rêvé d'aller visiter l'Alsace et … de voyager avec Lefranc sur les traces de la "Grande Menace". C'était en fait un vieux projet de "voyage iconophile" mais … je n'osais pas trop raconter cela à mon épouse. J'empruntai donc un Guide Vert et je constatai avec plaisir que Riquewihr était une destination très élégante, et très "fashionable". L'occasion était ainsi toute trouvée et la décision fût rapidement prise ! J'annonçais sans tarder à Josiane que nous allions passer une petite semaine en Alsace.  Wink  

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v11

Et ce furent de très belles vacances !  sunny

Riquewihr était réellement un beau lieu de villégiature, et le vieux bourg était idéal pour se changer les idées. Détail curieux : j'étais alors convaincu que Jacques Martin avait dessiné de nombreuses cases qui montraient cet endroit (je n'avais pas vérifié dans l'album avant de partir) et je fus fort surpris de découvrir à mon retour que ce n'était pas le cas. La seule belle image de Riquewihr dans l'album de BD était le fameux dessin montrant l'arrivée de Lefranc en voiture (vous le voyez ci-dessus) et tout le reste était dans mon imagination. La subjectivité nous joue parfois bien des tours.  Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v12

Et bien sûr, tout près de Riquewihr, il y avait le château du Haut-Koenigsbourg qui était une destination idéale pour une visite en famille.   Smile

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v13

Josiane n'était pas au courant (et je n'avais bien sûr pas emmené mon album Wink ) mais tout se passait normalement. Le château était il est vrai très spectaculaire et les enfants étaient ravis. J'essayais bien de retrouver ici ou là quelques images du livre, mais là aussi la mémoire visuelle me jouait quelques tours. J'avais presque partout une impression de "déjà vu", alors que les plans généraux sur le château sont en fait très rares dans l'album.  Embarassed

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v14

Aujourd'hui, je pense que mon cerveau avait "complété" certaines images partielles du château dessinées par Jacques Martin. L'esprit humain a des pouvoirs parfois étonnants !  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v15

Il y eut sinon d'autres tours en voiture à partir de Riquewihr. il y avait bien sûr la route des vins d'Alsace, mais je tenais encore plus à suivre en voiture la "Route des Crêtes", qui relie tous les sommets des Vosges (les fameux "Ballons"). Cette route domine la vallée du Rhin, et je me souvenais bien sûr que Lefranc y était passé, au début de l'album.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v16

Et vous ne serez pas étonné de savoir que là aussi, il me semblait reconnaître certains lieux … alors qu'ils n'avaient pas été dessinés dans l'album".  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v17

Le pouvoir de la bande dessinée est parfois stupéfiant !   Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-v18

Mais je suppose que je ne suis pas le seul à avoir fait ce petit voyage "martinophile".  

J'ai gardé depuis des souvenirs très vifs de cet premier séjour en Alsace (il y en eut d'autres par la suite). Et je terminerai en vous confiant un petit détail piquant : aujourd'hui encore, Josiane ignore que cette année-là, derrière le voyage touristique ... il y avait aussi un voyage imaginaire.  sunny



Dernière édition par Raymond le Mer 18 Déc - 18:19, édité 1 fois


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18750 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 19 Déc - 14:33

Raymond

Raymond
Admin
Et puis, pendant l'automne 1990, il apparut en librairie une nouvelle série qui s'appelait Orion !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l10

Au départ, je n'étais pas vraiment excité par la découverte de cet album mais il m'intriguait tout de même. En fait, Le Lac sacré devait être une belle aventure d'Alix et ... Jacques Martin ne l'avait finalement jamais mise en œuvre. Avait-il maintenant décidé de recycler cette intrigue ?

Et puis, je notais aussi que l'album n'était pas édité par Casterman. C'était ainsi la première infidélité que Jacques Martin faisait à cet éditeur depuis plus de 25 ans, et c'était assez curieux. Y avait t-il eu des bisbilles entre l'auteur et l'éditeur ?

Une chose était en tout cas certaine : Jacques Martin avait maintes fois clamé son envie de dessiner une BD qui mettrait en images la Grèce antique plutôt que Rome, et il était maintenant passé aux actes. Mais qu'allait devenir Alix ? Orion allait-il désormais le remplacer ?

Telles étaient les idées qui me venaient en tête lorsque j'ouvris pour la première fois cet album ? Et aussitôt, une évidence me sauta aux yeux : la première page était magnifique !  sunny

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l11

Tout commençait avec un magnifique paysage lacustre. Au bord du lac se trouvait un vieux temple grec dont quelques colonnes s'étaient déjà écroulées. L'image se distinguait par sa belle profondeur grâce à un grand arbre qui occupait le premier plan et à une falaise presque verticale plus en arrière, qui faisait face au vieux temple. Il restait au milieu de l'image une petite trouée qui permettait de voir l'horizon où le ciel s'éclaircissait progressivement. Cela passait donc au petit matin, et trois hommes semblaient contempler paisiblement le petit lac. C'était un moment de paix et de sérénité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l13

Avec la case suivante, la suite d'images créait un mouvement de zoom qui se focalisait sur le jeune grec assis sur un rocher. Ce dernier semblait pêcher au fond de l'eau et ce gros plan permettait d'emblée de penser qu'il était Orion. La deuxième case prolongeait encore cet effet de zoom pour se concentrer sur le bras du personnage. Orion agitait l'eau qui se trouvait devant lui et il éprouvait manifestement une certaine impatience. La fin du strip confirmait cette déduction car Orion s'adressait rudement à ses deux compagnons. "Il n'y a plus à batifoler" s'exclamait-il, et c'est ainsi que l'aventure commençait !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l16

Dans la troisième bande de la planche, les trois guerriers grecs étaient sur le point de partir et Jacques Martin nous les montrait malicieusement vus de dos. Orion était en train de lacer ses sandales tandis qu'une énigme apparaissait à l'horizon. Il y avait au loin un village où une méchante affaire semblait se préparer. Orion s'élançait aussitôt vers l'avant ("j'arrive" disait-il) tandis que ses deux amis étaient encore interrogatifs, et je ressentais moi aussi un irrésistible besoin d'aller … à la page suivante.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l15

En tournant la page, je savais déjà que j'allais acheter cet album sans attendre et que je m'étais fait attraper. Cette BD semblait plus que passionnante.  Wink

Et l'essentiel était dit ! Le maître avant encore frappé.   sunny


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18850 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 20 Déc - 15:33

Raymond

Raymond
Admin
Bien sûr, je ne me contenterai pas de commenter cette première planche du Lac sacré, même si elle est splendide. L'album entier est admirable, et on y retrouve au fond toutes les caractéristiques de la deuxième période d'Alix. Wink

Il y a d'abord le contexte historique de cet album, qui est assez complexe. Il faut connaître un peu la Guerre du Péloponnèse pour tout comprendre et c'est pour cette raison que j'avais abordé l'œuvre sous cet angle-là dans mon blog, il y a une dizaine d'années. Je ne vais pas me répéter ici car vous pouvez aujourd'hui encore lire ce texte, qui se trouve sur cette page :  Wink

http://lecturederaymond.over-blog.com/article-23123416.html

On peut résumer tout cela en remarquant que Jacques Martin raconte cette aventure grecque avec une grande précision historique. Toutes les réflexions stratégiques de Périclès (le maître d'Athènes à cette époque) sont scrupuleusement exactes, tandis que les agissements du général Brasidias révèlent bien les mœurs spartiates. Orion est de son côté un guerrier que l'on pourrait considérer comme libre. Il s'engage dans un premier temps aux côtés des athéniens avant de rompre tristement avec Périclès (qu'il considérait comme un ami) à la fin du récit, et la conclusion est assez amère.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l17

En fait, comme dans les dernières aventures d'Alix, l'ambiance de cette BD est globalement très pessimiste. Tout le monde trahit tout le monde et, à la fin de l'aventure, Orion quitte Athènes avec le cœur lourd de chagrin. Seule la rencontre amoureuse du héros avec la belle Hilona éclaire un peu ce récit. Jacques Martin semble d'ailleurs s'adoucir un peu en présence de cette cette jeune fille, et certaines cases révèlent même une légère tendresse.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l18

Et puis, comme d'habitude, l'album rend hommage à certains monuments historiques qui restent bien connus aujourd'hui. Le fameux Parthénon est ainsi longuement visité et commenté, et Orion déclare même être un admirateur du sculpteur Phidias.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l19

La construction des planches tend sinon à se simplifier à la fin de carrière de Jacques Martin, mais ceci ne l'empêche pas d'imaginer parfois des agencements originaux. C'est ainsi que pour accentuer l'impression de chute dans un précipice, pour des spartiates qui poursuivent Orion, il n'hésite pas à verticaliser radicalement la dernière case de sa planche. L'effet est assez spectaculaire.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l20

Le Lac sacré est donc un album parfaitement maîtrisé, comme le sont d'ailleurs toutes les aventures d'Alix dessinées pendant les années 80. Le thème de la Guerre du Péloponnèse inspire véritablement l'auteur qui imagine un scénario relativement complexe mais aussi totalement crédible. Et comme il s'agit du dernier album qui ait été complètement dessiné par Jacques Martin, on peut légitimement considérer cette BD comme une espèce du chant du cygne.

Orion est hélas le chef d'œuvre final de l'œuvre de Jacques Martin, et c'est une bonne raison pour vous parler encore demain du Lac sacré. Il y aura un nouveau commentaire de planche qui mettra (je l'espère) en relief une autre caractéristique séduisante de cette BD.   Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

18950 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 21 Déc - 16:45

Raymond

Raymond
Admin
Le Lac sacré se termine en fait avec le départ d'Orion. Il quitte Athènes déçu et amer de l'attitude de Périclès et la dernière page raconte sa rencontre inattendue avec deux célèbres athéniens. Voici d'abord une vue d'ensemble de la dernière planche.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l21

La construction de la page est très classique, avec trois bandes de dimensions égales, et elle ne nécessite pas vraiment de commentaires. Je remarquerai simplement que chaque bande correspond à un épisode précis de la rencontre, car il y a d'abord le premier contact, puis une courte conversation qui s'engage et enfin le départ des deux athéniens vers la ville.

La première bande comporte une seule grande image, ce qui permet à Jacques Martin de bien situer l'événement. Les murs d'Athènes sont encore proches et l'on voit au loin la vieille ville sur une colline entourée de remparts. Au premier plan et allongé sous un arbre se trouve un homme à la barbe blanche qui est accompagné d'un jeune éphèbe. Le vieil homme apostrophe d'emblée Orion qui vient de prononcer un discours plein de colère contre les athéniens.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l22

Le vieil homme se nomme Socrate tandis que l'adolescent qui l'accompagne est le célèbre Alcibiade, un futur héros controversé de la Guerre du Péloponnèse. Une brève conversation s'engage et aussi bien Socrate qu'Alcibiade avancent des réponses un peu moralistes ("la direction d'un état exige parfois des décisions difficiles") aux commentaires désabusés d'Orion. Ce dernier se sent certainement encore un peu plus isolé mais Socrate lui offre une fleur.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l23

Socrate fait un beau geste mais, disons-le tout net, il ressemble plutôt à un vieux paillard et il a un nez d'ivrogne (Jacques Martin n'hésitera d'ailleurs pas à le montrer ivre dans un album ultérieur de la série). Et ainsi, même si ses propos paraissent très raisonnables, son image mythique de grand philosophe est malicieusement écornée par les dessins de cette BD. A ses côtés, le personnage d'Alcibiade nous apparait un peu plus conforme à sa réputation de beauté et d'intelligence, mais on peut quand même s'interroger sur le type de relation qu'il entretient avec Socrate.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l25

Et c'est à ce stade que je me suis interrogé sur le rôle que Jacques Martin donne à ces deux personnages historiques. Idea Le père d'Alix avait volontiers sur l'histoire un regard un peu iconoclaste, et il a souvent montré dans son oeuvre (par exemple avec la série "Kéos") qu'il aimait réinterpréter certaines données traditionnelles. Son regard sur Socrate est en tout cas ambigu, et il s'éloigne de l'image habituelle du personnage qui est celle d'une légende de la philosophie. Les historiens se demandent d'ailleurs encore aujourd'hui pourquoi un tribunal athénien l'a condamné à mort et les interprétations de cet événement sont très diverses. Les motifs invoqués par ses accusateurs étaient l'impiété et la corruption de la jeunesse et … je me suis tout d'un coup demandé si Jacques Martin ne prenait pas à la lettre cette condamnation prononcée par un tribunal ?  

Et oui ! Il est vrai que notre regard moderne sur Socrate provient avant tout des livres de Platon, Xénophon et Aristote, et que ces ouvrages sont très laudatifs. Mais il existe d'autres témoignages contemporains (par exemple ceux d'Aristophane) qui sont bien moins élogieux sur le personnage. Et j'ai la forte impression qu'avec l'appui de ces sources historiques contradictoires, Jacques Martin prend un malin plaisir à détruire l'image du philosophe modèle. Socrate n'était qu'un homme, après tout, et sa morale était simplement celle des grecs de son temps.

Et puis, il ne fait pas de doute que "le maître" n'avait pas peur de la polémique.   Wink

Sinon, la troisième bande montre pour finir le retour de Socrate et Alcibiade vers la cité. A l'horizon, on découvre Orion qui contemple une dernière fois Athènes et Socrate ne peut s'empêcher de faire un dernier commentaire ironique. On avait déjà deviné, de toute façon, qu'Orion affronterait à nouveau Périclès dans un futur proche.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-l28

Voilà ! Cette ultime séquence du Lac sacré est non seulement intéressante, mais elle n'est en plus pas gratuite. Elle permet d'abord à l'auteur d'apporter un commentaire pessimiste sur cette aventure d'Orion. Elle introduit aussi dans la série le personnage de Socrate, qui était certainement destiné à réapparaître souvent. Elle ajoute enfin à cette fiction une petite touche historique finale car, de même que les aventures d'Alix, cette histoire d'Orion est avant tout un beau voyage au sein de la Grèce antique.

Et puis, il y a dans cette page un autre aspect que j'apprécie dans les dernières œuvres de Jacques Martin : une volonté de se distancier de certaines légendes de l'Histoire et de choisir des interprétations plus rationnelles. Bien sûr, les théories de Jacques Martin ne sont pas toujours justes (pour Socrate … cela peut se discuter), mais elles bousculent certaines habitudes de lecture et renouvellent l'interprétation de certains événements historiques. Et j'aime beaucoup ça.  Very Happy

Et enfin, derrière le désenchantement que peut engendrer un récit comme le Lac sacré, il restera toujours l'éternel plaisir de la rencontre entre la petite et la grande Histoire. Et de cela, je ne me lasserai jamais.  sunny


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19050 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 22 Déc - 10:55

Raymond

Raymond
Admin
Pendant l'automne 1990, il y eut aussi la sortie d'un nouveau Jhen qui s'intitulait le Secret des Templiers.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s10

Contrairement à d'autres albums de cette série, je n'ai pas un grand souvenir de sa première lecture. Il est vrai que ce n'est pas un récit très spectaculaire. Le Secret des Templiers raconte surtout une chasse au trésor, mais il contient aussi une partie un peu didactique qui rappelle au lecteur toute l'histoire de l'ordre des Templiers. Je crois qu'initialement, je n'ai que médiocrement apprécié ce scénario, en particulier la curieuse conclusion qui définit une sorte de syncrétisme religieux.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s11

L'intérêt de cet album me semble aujourd'hui surtout visuel. Il est clair que Jean Pleyers était à l'époque au sommet de ses possibilités et qu'il nous offrait de magnifiques petits tableaux que l'on ne se lassait pas de contempler. Il y avait d'abord le vieil ermitage au bord d'un petit lac, dans lequel Jhen et ses amis allaient découvrir un mystérieux tunnel.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s12

Il y avait aussi un grand monastère qui n'était pas très éloigné, et dont le prieur détenait de mystérieux secrets. Le travail de copiste et d'enlumineur effectué par les moines était là aussi présenté avec une grande minutie par le dessinateur.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s13

La chasse au trésor était en elle-même assez classique. Jhen et ses amis finissaient par découvrir une grande salle remplie d'or et de joyaux, mais ils devaient affronter trois malandrins qui ne reculaient devant aucun moyen pour conquérir le trésor. Cette partie du récit était moyennement passionnante, à mon avis.   Rolling Eyes

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s14

Heureusement, Gilles de Rais et le Dauphin Louis intervenaient également dans ce récit. Le Dauphin cherchait manifestement à piéger l'impétueux connétable, qui décidait finalement de partir lui aussi à la chasse au trésor. Leur affrontement ne manquait pas d'intérêt.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1990-s15

Tout cela produisait un album qui n'était pas inintéressant, certes, mais qui n'était pas mémorable non plus. Ce n'est qu'en le relisant une quinzaine d'années plus tard que je lui ai trouvé un très grand charme. Et aujourd'hui, il m'apparait même comme étant un des meilleurs opus de la série.

En fait, Jhen propose des albums qui sont très agréables à relire, car leur beauté graphique prend alors une place prépondérante.

Il ne faut pas hésiter à relire Jhen ! Very Happy


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19150 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 23 Déc - 10:22

Raymond

Raymond
Admin
Parlons maintenant des années 90, qui furent une période de grands bouleversements dans l'oeuvre de Jacques Martin. Deux causes principales expliquent ces changements.

Il y eut d'abord un probable conflit entre l'auteur et les éditions Casterman. Je n'en parlerai  pas trop, car il n'y a jamais eu de déclaration nette de Jacques Martin sur ce sujet, mais il est facile de constater qu'il ne publia aucun album chez cet éditeur pendant 5 ans. Orion et Kéos furent donc publiés chez de petits éditeurs, puis Martin fonda les éditions Orix, et ce n'est qu'à partir de 1996 que réapparurent Alix, Lefranc ou Jhen, brièvement chez Casterman (était-ce pour satisfaire un contrat ?) et ensuite chez Dargaud. Puis à partir de l'année 2000, les trois séries principales de Jacques Martin réapparurent à nouveau chez leur éditeur habituel. Un arrangement avait donc été trouvé.

Il y eut ensuite une maladie oculaire (la dégénérescence maculaire) qui priva progressivement Jacques Martin de la possibilité de maîtriser son dessin. C'est ainsi qu'il dessina encore les 3/4 d'un album d'Orion et quelques pages d'Alix avant d'arrêter définitivement ce travail. Le maître dut ensuite se réorganiser et il lui fallut plusieurs années avant de trouver des solutions de remplacement. En conséquence, il ne publia pas de nouvelles aventures d'Alix, Lefranc et Jhen pendant 6 ans.

Tout cela marquait la fin d'une ère martinienne que l'on pourrait qualifier de "classique", On pourrait la définir avant tout par la maîtrise totale qu'avait l'auteur sur toutes les œuvres qu'il publiait. Jacques Martin dut ensuite se fier à ses successeurs, d'abord pour la qualité des dessins, puis plus tardivement pour l'intérêt des scénarios. Dans ce sujet, je ne décrirai bien sûr que les œuvres sur lesquelles il a réellement travaillé comme un auteur, et j'entends par là des BD pour lesquelles Jacques Martin a écrit les textes et les dialogues, en dessinant une sorte de story board (ou de mise en page) que ses dessinateurs reprenaient d'une façon assez exacte. Cette méthode de travail a duré jusqu'en 2006-2007, date à laquelle parut la Momie Bleue qui est (à ma connaissance) la dernière œuvre sur laquelle Jacques Martin a vraiment travaillé. Après cela, il n'a aura plus que des synopsis (comme celui des Helvètes) qui n'ont que très rarement été repris en album.

Mais alors, de quoi vais-je parler maintenant ? Hé hé hé, vous le verrez bien ! Mais je vous assure que mon feuilleton est loin d'être fini !   Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19250 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 23 Déc - 12:15

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Ouf!😊

http://alixmag.canalblog.com/

19350 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 24 Déc - 11:05

Raymond

Raymond
Admin
Or donc, pendant les années 90, j'étais encore un peu impécunieux et mon budget bande dessinée était très maigre. Je me débrouillais tant bien que mal pour "chiner" avec ce que j'avais et … je fréquentais donc souvent certaines librairies et certains marchés qui vendaient des BD d'occasion. Mais il n'y avait pas souvent des choses intéressantes.

Le meilleur moment de l'année, c'était en fait les soldes du mois de janvier. Certes, les vraies librairies (généralistes ou spécialisées) ne soldaient pas leurs BD, mais il y avait alors des grandes surfaces, en particulier les succursales lausannoises de Manor (la fameuse "Placette") ou de Jelmoli, qui présentaient des choix extrêmement variés de bandes dessinés sur leurs rayons. Ces grands magasins soldaient en janvier aussi bien les BD que les vêtements ou les parfums, et ils offraient parfois des affaires extraordinaires (je crois d'ailleurs  que les libraires de ces magasins n'étaient pas toujours très futés  Wink ).

Et donc, ces soldes étaient une vraie caverne d'Ali Baba pour les bédéphiles fauchés. J'y ai vraiment fait de belles trouvailles pendant les années 90. Après cela, la FNAC est arrivée pendant les années 2000. Les grandes surfaces ont alors renoncé à proposer un grand choix album de BD car elles n'étaient plus concurrentielles. Et le temps des belles soldes a définitivement disparu.

Mais revenons à notre véritable sujet ! C'était en janvier 1991 (ou 1990, je ne suis pas sûr) et je faisais les soldes du mois de janvier. Et tout à coup, je suis tombé sur une vraie splendeur.  Shocked

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Avec-a10

Avec Alix était déjà à ce moment-là une monographie mythique. Ce livre de Thierry Groensteen était paru en 1985 mais son prix était alors trop dissuasif. J'avais complètement renoncé à l'acquérir et cette découverte aux soldes était vraiment une énorme surprise.

J'ai ainsi pu acheter à "vil prix" ce livre qui était une véritable bible pour les martinophiles, et sa lecture ne m'a jamais déçu. Thierry Groensteen avait eu l'intelligence de donner la parole à Jacques Martin et de publier ses propos presque tels quels. Le texte était donc écrit à la première personne et il aurait pu en fait s'intituler "Jacques Martin par lui même". Le maître y racontait en détail son enfance, ses débuts dans la BD, sa carrière aux studios Hergé et la création de ses différentes séries et c'était une véritable mine d'informations, que je consulte encore de temps en temps aujourd'hui.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1991-a10

L'iconographie était également très bien choisie. Certes, elle présentait surtout des images extraites des albums, mais vous savez comme moi que ces cases d'Alix ou de Lefranc isolées et agrandies peuvent être de véritables petits tableaux. Et puis, il y avait en plus des images rarissimes, telles que cette pseudo-sculpture d'Enak et Alix exécutée par Scoras (que l'on peut voir travailler dans le Spectre de Carthage  Wink ). J'ai toujours adoré cette mise en abyme !  

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1991-a11

Tous les albums publiés jusqu'en 1984 étaient donc analysés par l'auteur lui-même, et ce livre était vraiment devenu la référence absolue. De plus, il y avait quelques chapitres biographiques qui permettaient de mieux comprendre la carrière de Jacques Martin … ou certaines de ses œuvres. Les photographies du maître étaient un appoint aussi intéressant que surprenant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1991-a12

Il y a eu deux rééditions successives et mises à jour de cet album, mais je n'ai jamais ressenti le besoin de les acquérir. Presque toutes les grandes œuvres classiques de Jacques Martin (sauf Arno) sont analysés dans la première édition et elle suffit donc à mon bonheur … quoique ! Si je trouvais une fois une édition plus récente à prix cassé, je ne m'en priverais certainement pas.  Cool

Il y a de temps en temps de gros plaisirs, dans la vie d'un collectionneur !  Very Happy


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19450 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 25 Déc - 19:28

Raymond

Raymond
Admin
Et c'est tout ce que je peux dire pour l'année 1991 ! Il faut dire que Jacques Martin ne publia aucun album cette année-là, pour les raisons bien sûr que j'ai déjà mentionnées plus haut. Cela faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu de pause semblable mais … cela ne m'affecta pas vraiment. En fait, une fois de plus, j'étais en train de m'éloigner gentiment et sûrement de l'univers martinien.   Wink

Si je ne lisais plus tellement les œuvres du maître, je suivais par contre attentivement les nouveautés du journal (A Suivre), qui publiait alors le meilleur de la BD franco-belge. A cette époque, j'étais particulièrement fasciné par la "trinité" Bourgeon-Juillard-Schuiten, qui dominait (c'était en tout cas mon impression) l'actualité bédéphile. Le premier venait en effet de terminer sa magnifique trilogie des "Compagnons du Crépuscule" (dans (A Suivre) justement), le second avait été l'admirable dessinateur des "Sept Vies de l'Epervier" (on ne parlait plus du tout d'Arno), et le troisième avait bouleversé mon univers de bibliophile en présentant à Sierre sa fameuse exposition du "Musée des Ombres" (j'en ai longuement parlé dans le sujet consacré à Schuiten). Hypnotisé par ces belles réussites, je recherchais surtout les œuvres de ces trois dessinateurs et .. les "vieux classiques" étaient tout simplement passés à l'arrière plan.  

Mais Jacques Martin fit rapidement sa réapparition, et d'une manière curieuse. Cela se passait pendant l'automne 1992, au festival de Sierre. Cet événement était alors pour les amateurs suisses de BD ce qu'Angoulême devait être pour les bédéphiles français : le rendez-vous annuel immanquable ! Je fréquentais donc régulièrement cette manifestation qui faisait un bien curieux mélange, en associant à la fois une fête foraine pour le peuple et des manifestations de grand intérêt pour les amateurs de bandes dessinées. De nombreux valaisans fréquentaient bien sûr cette "fête locale", où l'on pouvait boire du vin blanc, manger des raclettes et suivre les "24 Heures de la trottinette" (une compétition un peu analogue, toutes proportions gardées, aux 24 Heures du Mans Wink ), et cet amalgame entre culture et fête populaire donnait à Sierre un charme unique.

Et donc pendant l'automne 1992, à Sierre, en me promenant dans la zone réservée aux petits éditeurs, j'eus soudain la grande surprise de découvrir Jacques Martin en personne, assis derrière un petit stand. Il venait de fonder les éditions ORIX, et présentait aux promeneurs les albums des Voyages d'Orion, qui étaient sa dernière nouveauté. Je n'ai pas à l'époque photographié cet événement, mais ce que j'ai vu ressemblait à peu près à ça (la photo provient d'un autre festival mais elle date de la même époque).

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Martin14

Je m'approchais du stand et je fus surpris par les albums présentés, car il n'y avait pas de la bande dessinée. Bien sûr, tout le monde sait aujourd'hui à quoi ressemblent les albums d'Orion, mais à l'époque ... j'étais vraiment désappointé.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Voyage13                                      50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Voyage14

Je feuilletai brièvement l'album consacré à la Grèce, tandis que Jacques Martin discutait avec un autre client. Les dessins étaient assez beaux mais ce n'était pas ce que j'attendais. Et comme il n'y avait aucun album de BD sur ce stand, je décidai très vite de me pas me mêler à la conversation. J'aurais facilement pu le faire mais … je ne voulais pas me sentir obligé d'acheter un "Voyage d'Orion" !  Embarassed

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Voyage15

Je m'éclipsai donc assez discrètement, après deux ou trois compliments de circonstance. Quand j'y pense aujourd'hui, je me dis que c'était assez bête, mais c'est vraiment comme cela que ça s'est passé.

C'était une belle occasion perdue. Heureusement, il y a eu une deuxième chance beaucoup plus tard !   Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19550 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 26 Déc - 12:35

Raymond

Raymond
Admin
En 1992, il y eut aussi la publication d'Osiris, le premier album d'une nouvelle série intitulée Keos.
Smile
50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k10

Créée par le tandem Jacques Martin et Jean Pleyers, la sortie de ce livre semblait concrétiser une rupture (temporaire ou non) avec Jhen et avec les éditions Casterman. L'album était cette fois publié par un petit éditeur (Bagheera) et il racontait une histoire de l'Antiquité égyptienne se passant au temps de Ramsès II. Il mettait aussi en scène quelques personnages bibliques légendaires comme Moïse, et je me souviens d'avoir longtemps feuilleté en librairie cette création étonnante. L'album semblait très beau mais … je n'étais pas d'emblée convaincu et je décidai donc de prendre un petit délai de réflexion. Mon budget était limité et il n'y avait de plus pas d'urgence à faire un achat.  

Mais quelques mois après (je ne sais plus si c'était en 1992 ou 1993), il y eut une grosse surprise car ce livre se retrouva très vite en vente chez des soldeurs. En fait, l'éditeur Bagheera avait fait faillite et on liquidait tout simplement ses stocks. Ce n'était pas un bon signe et j'achetais sans attendre cet album (toujours la "chine"  Smile  ) avant qu'il ne disparaisse. Et puis, c'était quand même une œuvre de Jacques Martin.

Et ce fût une magnifique découverte !  sunny

Jacques Martin avait toujours éprouvé un certain attrait pour l'Egypte ancienne, et de même qu'Orion avait concrétisé une envie de dessiner la Grèce, Keos lui permettait d'explorer l'Egypte ancienne avec ses coutumes, sa religion et ses guerres. Et le début d'Osiris était ainsi très académique car le livre racontait avec beaucoup de détails une splendide cérémonie funèbre. En la circonstance, le scénariste y faisait preuve d'une très belle érudition.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k11

Ces cérémonies et ces interminables défilés permettaient en tout cas à Jean Pleyers de dessiner de beaux tableaux antiques, et surtout de somptueux décors. Certaines images étaient réellement une fête pour l'œil !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k12

Mais la partie la plus intéressante de cette histoire concernait les récits bibliques. Moïse était en effet un des protagonistes importants de cette BD et Jacques Martin s'amusait manifestement à réécrire à sa façon l'Histoire de la Bible. Et si Moïse apparaissait bien comme une sorte de prophète, en étant nanti de certains pouvoirs surnaturels, il était aussi un personnage calculateur. Il pouvait même occasionnellement être un peu filou car il essayait manifestement (avec son frère Aaron) de manipuler le jeune Keos pour parvenir à ses fins !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k13

Et ce jeu du scénariste avec l'Histoire était fascinant. Bien sûr, les récits du Pentateuque sont riches en légendes et en arrangements symboliques, et le maître prenait en conséquence une intelligente distance pour essayer de rétablir … non pas la vérité (personne ne la connait vraiment) mais plutôt un certain réalisme dans les récits, fondé sur les connaissances archéologiques et historiques actuelles. Mais curieusement, Jacques Martin et Jean Pleyers tombaient aussi dans le mysticisme, en donnant par exemple à Osiris la dimension d'un Dieu capable de s'opposer à Iahvé (le Dieu des juifs) et de se manifester physiquement. Les apparitions d'Osiris produisaient d'étranges scènes, bien éloignées de la vérité historique. Elles tendaient même à imposer une sorte de syncrétisme religieux, une idée nébuleuse que j'avais déjà constaté dans le Secret des Templiers. Était-ce cela les croyances de Jacques Martin ?

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k14

Ces petites dérives mystiques mises à part, l'album était une magnifique reconstitution de l'Egypte au temps de Ramsès II, et aussi la belle aventure d'un jeune égyptien (Keos bien sûr) qui devenait l'ami et le confident d'un nouveau pharaon. Une relation amoureuse semblait par ailleurs s'ébaucher entre Keos et une jeune égyptienne et ce premier volume n'était donc que le début d'une longue saga. Les possibilités narratives de la BD historique semblaient infinies.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1992-k15

Cette nouvelle série était donc une très belle idée et aussi une réussite presque complète ! Malgré ses petits défauts, elle m'avait captivé. 

Et une fois de plus, le maître n'avait pas fini de nous étonner.  Very Happy


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19650 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 27 Déc - 9:34

Raymond

Raymond
Admin
Et on arrive à 1993 ...     Cool

C'était quand même une curieuse époque ! Jacques Martin était toujours dans la force de l'âge mais Alix, Lefranc et Jhen n'avaient plus de nouveaux albums (ils semblaient être partis à la retraite). Le maître publiait par ailleurs de nouvelles séries chez des petits éditeurs et on entendait de plus d'étranges rumeurs sur ses capacités à dessiner. Le grand public s'interrogeait vraiment sur son futur.

C'est alors que Jacques Martin donna une petite interview à La Lettre de Dargaud, dans laquelle il ne faisait pas de cachotterie. Il s'expliquait en particulier très franchement sur sa maladie oculaire et affirmait sa volonté de continuer à faire des BD. C'était une mise au point plutôt rassurante !


50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Jacque1450 ans avec Jacques Martin - Page 8 Jacque13


Ce n'était pas encore le temps de la retraite !  Very Happy


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19750 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 28 Déc - 12:12

Raymond

Raymond
Admin
Je chinais beaucoup à cette époque, je l'ai déjà dit, et cette activité m'a valu parfois d'avoir de très belles surprises !   Very Happy  

Une de mes librairies préférées des années 90, pour la "chine", se nommait "Chlorophylle", et elle se trouvait à Genève dans un vieil immeuble. Je ne pouvais bien sûr pas y aller souvent (puisque je vivais près de Lausanne) et je prenais donc toujours avec moi une somme bien rondelette avant d'y aller car je savais qu'il y aurait beaucoup d'achats. Ce magasin possédais en effet un énorme stock de BD d'occasion, qui occupait tout le premier étage, et j'aurais pu y passer des heures (j'étais obligé bien sûr de faire assez vite cependant à cause de mon épouse  Wink ).

Bref, j'ai passé beaucoup de temps à l'époque dans cette librairie qui n'existe plus depuis longtemps. Et un beau jour de l'année 1993, j'y ai découvert un incroyable stock de vieux fanzines. Les vieux membres du forum connaissent ma passion pour les fanzines (il y a un vieux sujet qui en témoigne), et essayez donc d'imaginer ma tête quand j'ai découvert sur place des piles de vieux journaux invendus qui s'intitulaient Hop, Bédésup, Curiosity Magazine ou Haga. C'étaient des raretés incroyables et je ne savais vraiment pas que choisir. J'ai donc passé un long moment à feuilleter tout ça et dans ce gros tas de magazines rares, j'ai ouvert par curiosité une revue qui n'avait à priori rien d'engageant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-c10

La couverture n'est pas terrible, n'est-ce pas ? Mais si j'avais ouvert ce "Curiosity Magazine", c'est parce que la revue rééditait dans chaque numéro de vieilles BD des années 40 et 50 (comme le "Félix" de Tillieux). J'adorais ces vieilleries et à l'intérieur de ce numéro, il y avait effectivement de vieilles histoires de Craenhals (Karan) et de Giffey. C'était très beau, mais le plus intéressant était certainement cette bande dessinée en couleur signée par Marleb !   Shocked

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-c11

Je n'en croyais pas mes yeux. C'était une aventure d'Oeil de Perdrix, une des toutes premières BD de Jacques Martin, qui s'intitulait Œil-de-Perdrix à New-York. Il n'était pas facile à l'époque de dénicher de telles raretés (il n'y avait pas encore Internet) et ce journal coûtait par ailleurs trois fois rien. L'achat fût donc vite décidé.  

Et une fois de retour chez moi, je lus avec émotion cette petite œuvre de débutant, dans laquelle on ne trouve pas encore le vrai style du maître. Le graphisme n'était pas terrible, il fallait bien l'admettre, mais j'y retrouvais tout de même un instinct assez juste pour ce qui concernait la mise en page et la manière de conduire un récit. La BD avait de plus un certain rythme.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-c12

C'était en fait une "BD à regarder" plutôt qu'une "BD à lire". Mais l'histoire n'était pas désagréable car elle racontait une longue poursuite en train, et le récit était plein de rebondissements et d'énergie.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-c13

Quand on aime un auteur, on a toujours du plaisir à découvrir ses débuts. Cette BD permettait en tout cas de constater le saut qualitatif incroyable que Jacques Martin avait accompli en peu de temps, puisqu'Alix l'intrépide date de 1949. Il n'y a probablement pas eu plus d'un an d'écart entre son premier Alix et son travail sur Œil-de-Perdrix.

J'ai depuis conservé précieusement ce petit fanzine qui contient un véritable "incunable". Je me permets d'utiliser ce terme car, vous le savez comme moi, la plupart des premières œuvres de Jacques Martin n'ont pas été rééditées en album et restent rarissimes.

Et puis bien sûr, j'ai continué à "chiner" ainsi pendant des années, mais pas toujours avec succès.

A l'époque, j'étais un peu enragé.  Smile


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19850 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 29 Déc - 10:54

Raymond

Raymond
Admin
Le principal événement martinien de 1993 fût certainement la sortie du 2ème tome de Keos, qui s'intitulait le Cobra !

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k10

C'était à nouveau un récit très "biblique", qui faisait directement suite au scénario d'Osiris. L'auteur s'inspirait en particulier de la fameuse anecdote des "10 plaies" (que tout le monde a probablement vue dans le fameux film des Dix Commandements) en essayant bien sûr d'y introduire une interprétation plus rationnelle. Et de même que le premier album d'Alix s'était au départ inspiré de l'intrigue de Ben Hur, Keos semblait né de l'envie de Jacques Martin de réécrire le fameux péplum de Cecil B. de Mille. Cette affirmation n'est toutefois qu'une hypothèse comme une autre, que je me permets de vous apporter.  Wink  

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k16]

Mais bizarrement, Martin et Pleyers continuaient aussi d'introduire dans leur récit des faits surnaturels et invraisemblables. C'est ainsi que le titre de l'album (le Cobra) découlait des fréquentes transformations magiques du bâton en bois de Moïse en un gigantesque et redoutable serpent, capable de tenir les ennemis à distance. Bien sûr, ce "bâton qui se transforme en serpent" a d'abord été  raconté dans le récit biblique de l'Exode, mais on peut alors se demander pourquoi Jacques Martin n'a pas entièrement rationnalisé ce récit légendaire, puisque cela semblait être son idée de départ ? Il y avait peut-être là-dedans une certaine malice de l'auteur, car Iahvé était ainsi présenté comme un dieu parmi les autres (Osiris, Ptah etc.) et toutes les religions étaient finalement mises à égalité.   Idea

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k12

La même ambiguïté recouvrait l'épisode classique du "Passage de la Mer rouge", que Cecil B. de Mille avait si spectaculairement mis en scène. Chez Jacques Martin, il n'y avait aucun événement surnaturel au départ, et il imaginait simplement que les hébreux avaient réussi à traverser un lac peu profond juste avant qu'un orage me fasse monter subitement le niveau des eaux. C'était une interprétation subtile du texte biblique, mais pourquoi l'auteur montrait-il en même temps Moïse accomplissant des exploits surnaturels ?

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k13

Il y avait donc dans cet album un intriguant mélange de réalisme et de fantastique et il fallait bien accepter ce choix du scénariste ! On y retrouvait sinon les principaux personnages du premier tome 1, comme le pharaon Meneptah ou le grand prêtre Roy, qui poursuivaient logiquement leurs mêmes objectifs. La jeune Tara était malheureusement assassinée au passage par le grand prêtre, qui devenait ainsi le grand méchant du récit. Les histoires d'amour finissent mal …. mais vous connaissez déjà le refrain.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k14

Cependant, à côté des bizarreries de l'intrigue, il y avait toujours cette formidable et séduisante reconstitution de la vie égyptienne.. Certaines images étaient époustouflantes et Jean Pleyers continuait à nous offrir de très belles miniatures de cette lointaine civilisation. C'était bien cela qui constituait le charme principal de la série.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1993-k15

A causes de ses invraisemblances, Le Cobra ne se plaçait pas à mon avis au niveau des meilleurs albums d'Alix ou de Jhen, mais c'était tout de même une superbe bande dessinée, à la fois audacieuse et bien documentée. Elle fourmillait d'idées et d'interprétations qui étaient propres à stimuler la réflexion des amateurs d'Histoire.

C'était donc une bien belle histoire et je n'ai pas changé d'idée aujourd'hui. Et c'est bien sûr le genre d'album que j'aime relire de temps en temps, avec une certaine gourmandise, même si ce n'est pas un chef d'œuvre.

Le plaisir de lire ne provient pas que de la découverte des chefs d'œuvre. Wink


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

19950 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 30 Déc - 10:45

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
La mort de la jeune reine, (ou princesse, je ne sais car je n'ai jamais lu cet album), mordue par le cobra est un petit chef d'oeuvre d'érotisme à peine voilé ! Son ultime spasme tête renversée et seins dressés (pour ne pas dire pointés) vers le ciel est des plus suggestives et des plus explicites. Adolescent une telle image m'aurait plongé dans un abîme de fascination et l'adulte que je suis reconnaît volontiers lui trouver beaucoup de charme et de piquant ! Very Happy

http://www.marchenriarfeux.net

20050 ans avec Jacques Martin - Page 8 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 30 Déc - 13:18

Raymond

Raymond
Admin
Maintenant que tu le dis … c'est effectivement le cas, mais je ne l'avais jamais vu comme cela.   Wink

Mais poursuivons notre histoire ! En 1994, l'actualité bédéphilique était toujours aussi riche et ... j'étais à nouveau en train de m'éloigner du monde de Jacques Martin, une fois de plus.  deso

Cette année-là, le journal (A Suivre) commençait un peu à péricliter, mais mes derniers auteurs favoris (Juillard, Schuiten, Bourgeon) atteignaient par contre l'apogée de leurs carrières. Des jeunes éditeurs, comme Delcourt ou Soleil, lançaient par ailleurs de nouvelles séries intéressantes et le mouvement des indépendants se mettait également à émerger. Plus que jamais, le monde de la BD se transformait. Cool

Et en 1994, Jacques Martin publiait de son côté un nouvel album d'Arno qui s'intitulait 18 Brumaire. Le dessinateur n'était malheureusement plus André Juillard, qui avait renoncé de lui-même à poursuivre la série et qui était remplacé par Jacques Denoël.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1994-a10

C'était assurément une lourde succession pour un jeune dessinateur qui n'avait pas encore fait ses preuves. Et inévitablement, l'album devenait décevant pour les admirateurs de la série. Mais le prestige d'Arno était alors immense et … j'achetais donc sans attendre cette nouveauté.

D'un point de vue historique, le sujet était plutôt bien choisi puisque le 18 Brumaire 1799 était la date du coup d'état de Napoléon Bonaparte. Ce dernier mettait fin à une République agonisante en se faisant nommer premier consul. Il allait dès lors régner sans partage sur la France pendant les 15 années suivantes.

Un tel scénario était bien sûr l'occasion de faire intervenir de nombreux personnages historiques, et Jacques Martin ne s'en privait pas. Talleyrand, Fouché et les généraux de Bonaparte jouaient un rôle important, tandis que Bernadotte était le grand méchant de service.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1994-a12

Jacques Martin mélangeait par ailleurs dans son récit l'organisation du coup d'état de Napoléon et les complots fomentés par l'omniprésent cercle du Pique Rouge. C'était assez habilement fait mais il faut quand même avouer que la grande Histoire m'intéressait bien plus que les petits tracas dont était victime Arno à cause de ses éternels adversaires.

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1994-a13

A la fin de l'aventure, Arno s'embarquait pour l'Amérique et il me restait l'impression d'avoir lu une BD d'importance mineure. Jacques Denoël avait fait de son mieux mais il n'avait pas l'envergure de son prédécesseur. Par ailleurs, son dessin souffrait d'une mise en couleur plutôt sombre et rugueuse qui ne mettait pas en valeur son trait. On pouvait bien sûr espérer que ce défaut s'améliore dans l'album suivant mais dans l'immédiat, ce n'était pas très brillant.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 8 1994-a11

C'était en fait un album de débutant (pour ce qui concerne le dessinateur) et il ne fallait pas trop en attendre. Jacques Denoël allait bien s'améliorer par la suite mais Arno avait pour le coup perdu son prestige. On peut même dire que cette série était redevenue une BD comme les autres.

Ce fait n'allait pas rester sans conséquence, car je ne me suis dès lors guère hâté d'acheter les albums suivants, lors de leur parution. Et il est probable que je n'ai pas été le seul à réagir de cette manière.  Rolling Eyes

La série avait presque perdu son public !  


_________________
Et toujours ... 50 ans avec Jacques Martin - Page 8 Charli10
http://lectraymond.forumactif.com

Contenu sponsorisé


Revenir en haut  Message [Page 8 sur 14]

Aller à la page : Précédent  1 ... 5 ... 7, 8, 9 ... 14  Suivant

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum