Lefranc, Alix, Jhen ... et les autres
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50 ans avec Jacques Martin

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12650 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 19 Nov - 20:57

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Toi qui fût un grand lecteur du journal Tintin, qui a été le meilleur rédacteur en chef de Tintin? Greg , Vernal ou un autre?

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12750 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 19 Nov - 21:07

Raymond

Raymond
Admin
C'est sans aucun doute Greg, car celui-ci a non seulement animé le journal, mais aussi lancé (ou relancé) toute une génération de dessinateurs de grande classe. Il a écrit avec  succès des scénarios pour Hermann, Dany, Vance, Dupa, Turk & De Groot, Derib, Auclair et même Eddy Paape et il a modernisé la revue. Avec lui, Tintin a vraiment connu une de ses meilleures périodes.


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12850 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 20 Nov - 6:12

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Greg était un homme plein d’inventivité !

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12950 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 20 Nov - 17:38

Raymond

Raymond
Admin
En 1982, il faut bien l'avouer, je m'éloignais de plus en plus de l'actualité de Jacques Martin.    deso

Il y avait en premier lieu des motifs professionnels. J'avais enfin obtenu le diplôme de médecin et je travaillais donc beaucoup dans les hôpitaux. Mes principales préoccupations concernaient surtout mon nouveau travail, tandis que mes loisirs avaient tendance à se disperser. La BD restait toujours un petit îlot dans lequel je pouvais me réfugier, mais je ne le visitais plus très souvent, en tout cas pas tous les jours. Il y avait beaucoup d'autres choses passionnantes à faire, en ce temps-là.  Wink

Il y avait ensuite un net déplacement de mes intérêts bédéphiles vers des journaux un peu plus "adultes". Par ce terme, je désigne bien sûr les mensuels de l'époque comme Pilote, A Suivre ou Métal Hurlant, qui publiaient de temps en temps des œuvres innovantes ou passionnantes. Mes BD favorites étaient alors "l'Incal Noir" de Moebius (dans Métal Hurlant), les adaptations des romans de Léo Malet par Tardi (chez A Suivre), la "Quête de l'Oiseau du Temps" de Loisel (dans Charlie), les "Passagers du Vent" de Bourgeon (dans Circus) ou les "Idées Noires" de Franquin (dans Fluide Glacial). Il y avait certes d'excellents auteurs dans Tintin, comme Cosey ou Hermann, mais il n'étaient pas toujours présents. Le journal publiait souvent des jeunes dessinateurs qui visaient un lectorat plus jeune et la concurrence devenait de plus en plus rude pour les vieux hebdomadaires.

Et enfin, il fallait également bien admettre que depuis "l'Enfant grec", Jacques Martin n'avait plus frappé un de ces "grands coups" dont il était autrefois familier. Je lisais bien sûr toujours ce qu'il publiait (et j'achetais même ses albums) mais … sans grande passion.

Et c'est un peu dans cet état d'esprit que je découvris la prépublication de l'Arme absolue dans Tintin, au printemps 1982 !

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a10

J'ai en fait peu de souvenirs de cette découverte, mais il est clair qu'il y avait de ma part bien peu d'attention. Je me souviens d'avoir été un peu intéressé par le récit lorsque Lefranc arrivait en Alsace, à Obernai, car c'était dans cette région qu'était survenue l'aventure de la "Grande Menace", mais mon espoir fût assez vite déçu. Le récit évoluait hélas au ralenti et … il n'y avait pas de véritable suspense, même si certaines images étaient jolies.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a11

Le début montrait quelques scènes d'aviation un peu "rétro" et très bien dessinées, mais cela me laissait complètement indifférent. J'ignorais alors le monde caché qui existait derrière ces images un peu ordinaires.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a12

L'arrivée inattendue d'Axel Borg au milieu de ce récit réveilla un tout petit peu d'espoir, mais l'aventure n'arrivait toujours pas à démarrer malgré cela. Lefranc se promenait, visitait un peu la région, et discutait avec beaucoup de calme avec son vieil adversaire. C'est le dernier souvenir que je gardai à l'époque de cette histoire, et la fin me parut vraiment sans importance.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a13

Eh oui … j'en arrivais à un état d'indifférence. C'est un peu à cette époque que je me mis à considérer Lefranc comme une série secondaire. Seul Alix, me semblait-il, gardait vraiment tout son intérêt.

La même année, j'achetais l'album et celui-ci se révélait tout aussi insipide, malgré ses belles images. Ce n'est que bien plus tard, au cours des années 2000, après avoir lu Avec Alix et relu l'Arme absolue, que je me mis à deviner les "clés" de cette histoire ! L'œuvre prenait alors une autre dimension.

Il y a d'abord le fait que Jacques Martin a passé toute son enfance à Obernai (on voit même dans l'album une image de la maison où il a vécu). Par ailleurs, il faut aussi se rappeler qu'il était le fils d'un aviateur décédé pendant un accident, au cours d'un vol d'essai en 1932. Jacques Martin est donc devenu orphelin à l'âge de 11 ans et, avec cette histoire, il revisite passionnément son enfance. Il imagine ainsi dans L'Arme absolue que Michel Lorrain, le fils d'un aviateur disparu pendant les années 30, mandate Lefranc pour retrouver les traces de son père. Et en dessinant cette séquence, il n'y a pas de doute que Jacques Martin donne alors ses propres traits au visage de Michel Lorrain.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a14

Et à la fin de ce récit "où il ne se passe presque rien" (c'est ce que je pensais en 1982  Wink ), Lefranc arrive finalement à retrouver la trace de Pierre Lorrain. Le reporter amène ce dernier à revoir son fils et il regarde cette première rencontre avec un regard curieusement intense. Et là aussi, il me parait certain que cette scène de retrouvailles (entre Michel Lorrain et son père) cache mal une très forte émotion.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-a15

L'Arme absolue était donc pour Jacques Martin une façon de sublimer son enfance, mais il a raconté cette histoire à sa façon habituelle : sérieuse et un peu hiératique, afin de dissimuler une émotion très contenue. Il n'y avait en fait aucune place pour du suspense ou de grandes scènes d'action dans cette aventure volontairement intimiste. Et il est par ailleurs probable qu'il existe dans cet album des références cachées ou des images à double sens, que je n'ai pas encore su repérer, et qu'il serait intéressant d'identifier. La relecture de ce vieil album possède maintenant des enjeux que je ne soupçonnais pas autrefois.   Wink

Par ailleurs, Gilles Chaillet y est au sommet de son art sur le plan graphique, et cet album m'apparait aujourd'hui beaucoup plus séduisant..

Et si je crois donc avoir maintenant compris l'essentiel … hum hum …  il m'a fallu beaucoup de temps pour découvrir les charmes cachés de cet album.   ane



Dernière édition par Raymond le Mer 20 Nov - 18:45, édité 1 fois


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13050 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 20 Nov - 18:43

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Et pour moi, c’est avec cet album que tout a commencé...

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13150 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 20 Nov - 18:46

Raymond

Raymond
Admin
Ah bon ?  icon_surprised

Cette remarque nécessiterait un peu plus de commentaires.  Wink


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13250 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 21 Nov - 18:16

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Enfant,j’étais  lecteur de Pif et si je connaissais les auteurs et les séries de cette revue, je ne connaissais pas ou peu les autres séries, à part Tintin, Astérix,les bd de  Tabary et quelques autres. Mais dans Pif, j’ai connu très tôt André Juillard, dont les aventures de Masquerouge me passionnaient , François Corteggiani qui racontait les exploits de Pastis, Pif et Marine et j’adorais Arnal.
Vers 12-13 ans,le journal de Pif me passionne de moins en moins et je relis un album de Tintin. Là, révélation , grand coup de cœur pour Hergé , je me passionne de plus en plus pour la bd et je tombe sur le catalogue des éditions Casterman (82-83). Et dans ce catalogue, je vois deux pages consacrées à Alix et Lefranc. Et dans ces 2 pages, je lis le résumé d’une histoire qui débute en 1928, un avion qui disparaît et qui continue dans les années 80. Waouh, ça me fait rêver ! J’attendrais quand même quelques mois avant de pouvoir lire cette histoire . A partir de cette lecture, qui m’a passionnée,j’ai voulu lire toutes les séries de Jacques Martin et ces lectures font parties des meilleurs moments de mon adolescence !

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13350 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 21 Nov - 18:53

Raymond

Raymond
Admin
Merci de ces explications ! Ton intérêt pour Jacques Martin a donc commencé avec une histoire assez "tranquille" de Lefranc, et ce que tu as aimé d'emblée, c'est surtout le style.    

Mais revenons à l'année 1982 ! Pendant l'automne, il y eut également dans Tintin la prépublication de l'Empereur de Chine. C'est d'ailleurs l'histoire favorite de Stéphane, si je ne me trompe. Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-e10

Cette lecture ne fût pas pour moi un événement mémorable, il faut bien le reconnaître (désolé Stéphane  deso ). Certes, j'accordais davantage d'attention à cette BD qu'à la précédente aventure de Lefranc quelques mois auparavant, mais cet "Alix en Chine" me semblait tout de même un peu bizarre, voir même assez peu crédible. Est-ce que des romains avaient réellement pu atteindre la Chine à l'époque d'Alix ? J'avais un peu de peine à le croire.    scratch   

Bien sûr, certaines images étaient magnifiques, comme par exemple celles du long voyage en bateau vers la Chine. Ce long prélude n'était pas désagréable à voir, mais je me contentais de la trame bien connue du "héros qui voyage", si j'ose dire, et il n'y avait rien de nouveau. La contemplation l'emportait ainsi sur l'action.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-e11

Et puis, dès l'arrivée dans le monde chinois, l'intérêt du récit baissait un peu. Il est vrai que les complots de cour y jouaient un grand rôle, que les conflits étaient au départ bien cachés, et qu'Alix subissait le plus souvent les événements. À la fois secret et inquiétant, l'empereur de Chine lui même m'était assez antipathique et … je devinais très vite que cette histoire allait de nouveau être terriblement pessimiste.    

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-e12

Il m'est difficile de me remémorer de toutes mes sensations à cette époque, mais j'avais clairement l'idée qu'Alix n'était pas à sa place. Il devenait rapidement un prisonnier de l'empereur, avant de se lancer dans une impossible évasion de l'empire chinois, et je ne suis pas sûr d'avoir lu attentivement cette histoire jusqu'à bout (dans le journal bien sûr). J'avais en fait repoussé tout jugement à plus tard, et je me réservais pour la parution de l'album.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1982-e13

Bref ! S'il fallait résumer mon impression à ce moment-là, je dirai simplement que la beauté de certains dessins ne suffisait pas à compenser la sévérité hiératique du récit. Eh oui … je m'étais bien éloigné de Jacques Martin en ce temps-là !

Mais pourquoi racontait-il toujours des tragédies ?  Wink


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13450 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 22 Nov - 17:27

Raymond

Raymond
Admin
En 1983, la vie était vraiment facile. J'étais salarié et célibataire, et après de longues et austères années d'études, je disposais enfin de confortables moyens financiers. Vous imaginez le tableau ! C'était plus qu'agréable. Et n'ayant plus aucun souci financier, je me suis permis d'acheter un grand nombre d'albums de BD pendant toute cette année-là. Il y avait en particulier les vieux albums Dupuis dont je rêvais depuis longtemps (j'ai un peu rattrapé mon retard), et aussi les beaux livres de la collection du Lombard, et enfin toutes les nouveautés un peu onéreuses que les éditeurs pouvaient proposer et que j'évitais auparavant. Ah là là ... je ne me suis pas privé !   Wink  

Et c'est au milieu de toute cette abondance que j'ai un jour acheté l'Empereur de Chine. Hum … il faut bien l'avouer, ce n'était vraiment qu'un album parmi d'autres. Rolling Eyes

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-e10

Je n'arrivais toujours pas à m'intéresser à cette histoire ! Mon impression n'avait en fait guère changé par rapport à l'année précédente et … je crois que j'ai finalement lu ce livre à toute vitesse, en y prêtant assez peu d'attention. Il m'est difficile aujourd'hui d'en dire plus.

Aïe ! Je crois que j'ai à nouveau désespéré Stéphane !  Wink

En fait, ce n'est que bien plus tard, au cours des années 2000, que j'ai repris cet album tout neuf, et que je l'ai relu avec bien plus d'intérêt.

Et de nos jours, ce n'est toujours pas mon histoire favorite, de loin s'en faut, mais c'est tout de même une BD de la grande époque de Jacques Martin, composée avec un grand savoir faire, et qui a beaucoup de petits plaisirs à offrir. J'y ai donc fait quelques trouvailles tardives, et aussi une amusante constatation.  Idea Figurez-vous que l'Empereur de Chine possède beaucoup de petites ressemblances avec le Lotus bleu.  

Vous pensez peut-être que c'est une galéjade de ma part, mais je persiste et signe. Et je vais bien sûr vous en faire tout de suite la démonstration.  

En fait, cette ressemblance est évidente dès le départ car à chaque fois, cette aventure chinoise commence curieusement en Inde. Pour Tintin, l'explication est évidente. Le Lotus bleu est la suite logique de l'aventure des "Cigares du Pharaon", et le héros est toujours l'hôte du maharadjah, dans une région qui est peut-être le Rajasthan.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Indes-10

Pour Alix, c'est un peu moins évident. Mais après son aventure à Babylone, il n'était pas illogique de lui faire continuer son voyage vers l'Orient. Son périple commence donc à l'île Elephanta, qui est toute proche de l'actuelle ville de Bombay. Jacques Martin nous en donne d'ailleurs une image splendide.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Indes-11

Attiré par la Chine suite à un télégramme énigmatique, Tintin prend rapidement un bateau pour la Chine. Hergé ne nous montre pas en détail ce voyage, et on voit tout de suite le reporter qui débarque à Shanghai.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Dzobar10

Jacques Martin raconte au contraire plus en détail ce long voyage, mais il aboutit finalement à la même image : Alix et Enak débarquent en Chine.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Dzobar11

Une fois arrivés en Chine, la situation est d'emblée compliquée pour les deux héros. Il apparait en effet certains mystères, ainsi que des complots que l'on comprend assez mal au départ. Tintin se fait des ennemis et les ennuis vont ne vont pas tarder.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Complo10

Il en est de même pour Alix, car les grecs qui se trouvent à la cour de l'empereur deviennent ses rivaux. De sombres conspirations se trament, et cela ne présage rien de bon !

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Complo11

Le drame est également présent, avec la maladie du fils d'un important protagoniste de l'histoire. Dans le Lotus bleu, c'est le fils de Wang-Jen-Ghié qui est devenu fou à la suite d'un empoisonnement, et cet état provoque un grand chagrin chez le vieux chinois.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Fils-m10

Dans l'Empereur de Chine, c'est le fils de l'empereur lui-même qui est gravement malade, et cet état désespéré est le véritable nœud du drame.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Fils-m11

Dans toute bonne BD, il doit y avoir un méchant qui semble tout puissant, et qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Dans Tintin, c'est bien sûr le terrible Mitsuhirato, qui va progressivement se révéler comme un adversaire féroce … et terriblement sournois.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Mzocha10

Pour Alix, c'est l'Empereur de Chine lui-même qui va être un méchant redoutable. Son comportement est tantôt énigmatique et tantôt malveillant, et sa puissance semble illimitée. Il est vraiment impossible de lui échapper.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Mzocha11

Tintin a trop peu d'alliés pour lutter contre Mitsuhirato, et il finit par se retrouver en prison. Le sort qui l'attend est terrible.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Prison10

De même, Alix est emprisonné dans des conditions innommables, et il ne semble plus avoir aucune chance de s'en sortir.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Prison11

Mais il y a le petit peuple chinois, qui se révèle souvent courageux et toujours plein de ressources. Et c'est ainsi que Tintin va s'évader grâce à ses amis. Il traverse également les barrages japonais grâce à des alliés de circonstance.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Petite13

Alix, lui aussi, va s'évader grâce à l'intervention d'un obscur serviteur. Par la suite, il se cache avec Enak, grâce à l'aide d'une famille de pêcheurs.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Petite14

Puis le dénouement s'approche, et les héros se retrouvent à nouveau emprisonnés. Tintin est prisonnier de Mitsuhirato et ce dernier va le faire décapiter (ainsi que ses amis) d'un grand coup de sabre.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Sabre-11

Alix est lui aussi refait prisonnier par l'empereur. Ce dernier semble vouloir gracier Alix, mais Enak doit quand même être décapité, pour accompagner dans la mort le fils de l'empereur.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Sabre-12

Et c'est alors qu'il y a un grand coup de théâtre ! Le sabre du fou est détruit par un cou de feu, et les gentils chinois délivrent Tintin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Coup-t10

Pour Enak, c'est un peu différent. Le sabre s'abat vers sa tête, mais il ne tranche finalement qu'une mèche de cheveux. L'empereur voulait surtout sauver les apparences.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Coup-t11

Et c'est la fin de l'aventure. Tintin repart en bateau vers l'Europe, entouré d'une tristesse générale. Tchang est en larmes en voyant s'éloigner son bateau.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Fin-tr10

De même Alix quitte la Chine avec l'âme traversée par un grand chagrin. Presque tous les chinois qui l'ont aidé pendant cette aventure ont été exécutés par l'empereur. On ne voit pas ses larmes dans la case finale (qui ne montre qu'un bateau), mais ses dernières paroles sont terriblement éloquentes.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Fin-tr11

CQFD !    pirat

Bien sûr, les deux récits suivent une trame très différente, mais il y a au final beaucoup de détails qui se ressemblent !   Wink

Ce billet est dédié à Stéphane !    Very Happy



Dernière édition par Raymond le Ven 22 Nov - 17:40, édité 1 fois


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13550 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 22 Nov - 17:39

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Merci Raymond et quelle belle démonstration ! Je n’avais jamais fait de parallèle entre ces 2 grandes oeuvres, mais c’est très amusant et finement observé !
Et L’empereur de Chine reste mon album préféré des aventures d’Alix😊

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13650 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 22 Nov - 17:56

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué
pouce  La démonstration est éloquente!

Il va falloir que je relise aussi L'empereur de Chine, qui m'a toujours semblé un Alix "hors-sol", comme Les proies du volcan - comme si le scénario avait été écrit pour un autre héros, sans avoir imaginé un instant que ce héros pouvait être... Tintin!

13750 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 22 Nov - 19:02

Draculea

Draculea
vieux sage
vieux sage
Je suis passionné par ton analyse comparée des deux oeuvres qui est extrêmement réussie et convaincante ! Ton intuition me semble vraiment très juste ! Bravo cher Raymond pour ce rapprochement magnifique, outre le plaisir de lire cette biographie d'un lecteur de Jacques Martin au fil de ses épisodes ! Very Happy

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13850 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 22 Nov - 19:17

2J

2J
membre de l'académie
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50 ans avec Jacques Martin - Page 6 Tzolz251
pouce

13950 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 23 Nov - 10:22

Raymond

Raymond
Admin
En février 1983, la mort d'Hergé fût un énorme événement dans le monde de la BD et de multiples hommages lui furent rendus !

Le journal Tintin sortit bien sûr un numéro spécial hors-série, qui était dédié au "père" de la BD franco-belge. J'appréciai bien sûr beaucoup ce numéro commémoratif qui était riche en articles intéressants, en photographies et en hommages de divers dessinateurs.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-h10

Jacques Martin participa à ce numéro, mais il ne faisait que reprendre son dessin déjà publié pour les 50 ans de Tintin, et répondait aussi aux questions d'un intervieweur. C'était bien peu et il n'y avait en fait pas beaucoup de dessins mémorables dans ce journal, mis-à-part l'hommage révélateur rendu par Uderzo.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-h11

L'hommage du journal Tintin était bien fait, mais le numéro spécial d'(A Suivre) fût vraiment plus intéressant. C'était un Spécial Hergé riche en travaux inédits, auquel participèrent de multiples dessinateurs et critiques de la nouvelle génération. Il était d'une telle qualité que Casterman décida après cela de le rééditer en album !

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a10

Presque tous les hommages étaient originaux et bien tournés. Certains d'entre eux, comme par exemple la BD de Derib, étaient essentiellement émus.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a11

D'autres BD, comme par exemple celle de Tardi, étaient beaucoup plus caricaturales..

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a12

Et puis, il y avait une troisième catégorie de dessinateurs, à laquelle appartenant Schuiten, qui réutilisaient leur propre monde, en y intégrant Tintin d'une manière ironique.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a13

C'est dans cette dernière catégorie que se plaçait l'hommage de Jacques Martin, qui publiait d'ailleurs pour la première fois une BD dans A Suivre. Et pour la circonstance, il imaginait une rencontre entre Alix et Rastapopoulos, ce dernier ayant fait un voyage dans le temps et se retrouvant dans le monde de l'Antiquité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a14

C'était bien sûr très ironique, et aussi très inhabituel de la part de Jacques Martin qui se risquait rarement à faire ainsi de l'humour. Cette BD humoristique est en fait un exemple presque unique de la part du maître (si l'on ne tient pas compte de son travail aux studios Hergé) et elle a rarement été rééditée. On la trouve (en couleurs) dans l'album Images d'Alix, un livre qui est épuisé depuis  bien longtemps, et j'ignore si elle a été publiée autre part.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a15

Et aujourd'hui, je ne sais que penser de cet hommage un peu bizarre et très caustique. Je crois qu'il y a surtout une certaine tendresse de la part de Jacques Martin envers son maître en matière de bandes dessinées, mais elle est bien dissimulée.  Wink


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14050 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 23 Nov - 13:15

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
On voit dans cet hommage que Jacques Martin maîtrise complètement le style d’Hergé...
Ces 2 pages sont publiées en noir et blanc dans Avec Alix 3.

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14150 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 24 Nov - 10:20

Raymond

Raymond
Admin
Merci pour l'info !  pouce

En 1983, il y eut aussi l'apparition dans le mensuel Circus d'une nouvelle série qui se nommait Arno.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-p10

Juillard n'était pas encore une vedette de la BD, en ce temps-là, mais c'était un dessinateur qui montait, grâce aux deux premiers épisodes des "7 Vies de l'Epervier" qui avaient rencontré un joli succès. Son association avec Jacques Martin était plutôt intrigante, car ils n'évoluaient habituellement pas dans le même monde. Les premières pages que je découvris dans Circus paraissaient très ordinaires, mais c'était quand même une BD historique, un domaine qui m'intéressait toujours. Celle-ci se plaçait au temps de Napoléon ce qui n'était pas très courant à l'époque, et je lus donc cette oeuvre avec une certaine attention.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a16

Les premières pages n'étaient pas impressionnantes mais je remarquais que le dessin de Juillard s'améliorait nettement au cours du temps. Il y avait peut-être en cela l'influence de Jacques Martin, mais c'était certainement aussi un choix conscient du dessinateur qui épurait son dessin au fil des pages. Les images devenaient même parfois superbes et il y avait de temps en temps des beaux paysages vénitiens, qui témoignaient d'un travail de grande qualité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a17

Le scénario était sinon un feuilleton assez typique, comportant beaucoup de rebondissements, qui racontait la lutte d'Arno (devenu l'ami de Napoléon) contre une organisation secrète nommée le "Pique Rouge". Cette première histoire ne me passionnait pas trop, et j'appréciais surtout les images qui, à la fin de l'histoire, semblaient annoncer les futures grandes œuvres de Juillard. Mais on reparlera de celles-ci plus tard !   Wink  

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1983-a18

Les choses étaient en train de changer, dans le monde martinien, et je ne m'en rendais pas encore compte.  Very Happy


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14250 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 25 Nov - 9:49

Raymond

Raymond
Admin
En 1984, il y eut en effet quelques événements, et d'abord dans ma vie privée. C'est en effet cette année-là que je me suis mis en ménage avec Josiane.

J'ai retrouvé une photo toute jaunie de cette époque !

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-c10

Telle était l'ambiance en ce moment-là !   sunny   

Je lui bien sûr  fait quelques concessions, et j'ai en particulier cessé d'acheter les hebdomadaires Tintin et Spirou. Elle trouvait que j'accumulais beaucoup trop de papier et qu'il y avait peu de place, et elle a pas mal supporté. J'ai ainsi continué à acheter les mensuels A Suivre, Pilote ou Fluide Glacial, qui étaient moins fréquents et un peu plus "adultes" (et qui n'ont en fait pas duré très longtemps).

Elle a vraiment été une brave épouse, en tolérant ma "collectionnite" d'albums de BD (elle acceptait les "beaux livres"). Elle mérite donc que je lui rende un petit hommage dans cette chronique. king


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14350 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 25 Nov - 12:06

Draculea

Draculea
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vieux sage
Lefranc fait une belle rencontre ? Non, il s'agit de notre ami Raymond ! C'est une émouvante photographie ! Very Happy Et une bien belle histoire ! cheers

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14450 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 25 Nov - 23:35

stephane

stephane
vieux sage
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Oh! Des jeunes tourtereaux !

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14550 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 26 Nov - 13:21

2J

2J
membre de l'académie
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Un jeune et beau médecin suisse...
Non , ce n'est pas...
Victor Frankenstein ,originaire de Genève.
Durant ses études, il fait des recherches qui l'amènent à créer la vie : une créature sans nom faite de plusieurs morceaux de cadavres humains et animaux et à l'allure repoussante. La créature et le créateur entretiennent alors une relation tumultueuse qui conduire à la mort d'une partie de l'entourage de Victor puis à son propre décès prématuré.
Lorsque le capitaine R. Walton recueille Frankenstein sur son navire, il le décrit comme un « être fort curieux : ses yeux ont habituellement une expression égarée, même un air de folie, mais à certains moments, lorsqu'on s'occupe de lui ou qu'on lui rend le plus petit service, toute sa physionomie semble s'éclairer d'un rayon de bonté et de douceur que je n'ai encore jamais vu chez un être humain. »
Victor Frankenstein est un jeune homme sensible, passionné par la bande dessinée, qui se met en tête que de vouloir savoir d'où venait « l'essence même de la vie » et crée une créature hideuse qui le dégoûte. Créature qui, rejetée, sombre dans la haine et cause mort et désespoir par vengeance, et Victor que de ressentir remords et anxiété lorsqu'il devine la culpabilité de sa création. Il finira cependant par lui-même s'orienter vers la haine et la vengeance lorsque le monstre lui prendra en plus son meilleur ami et sa fiancée, le poursuivant à travers terres et mers, mais sans que le dénouement ne laisse une des deux parties gagnante.
lol!
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14650 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 26 Nov - 13:42

Raymond

Raymond
Admin
Eh bien … non je ne suis pas Frankenstein, mais il est vrai que je suis parfois séduit par des livres aux senteurs un peu sulfureuses.

C'est justement de ça que je vais vous parler aujourd'hui.   Wink

Nous en étions donc à 1984 ! Je m'intéressais toujours à la bande dessinée, mais il faut avouer que je ne me préoccupais plus beaucoup de Jacques Martin. L'essentiel de son œuvre me semblait en fait appartenir au passé. Je sais aujourd'hui que cette impression était complètement erronée, mais c'était bien ce que je pensais à ce moment-là.    Neutral  

Et c'est alors qu'un événement changea tout ça, pendant un samedi de l'année 1984, après la fermeture des magasins à Lausanne. En Suisse, les magasins fermaient à 17h00 le samedi, suite à divers arrangements avec les syndicats, et il fallait s'y faire. C'était bien trop tôt pour ceux qui travaillaient mais c'était comme ça !  Bref, je me promenais donc à Lausanne après 17 heures, et je regardais distraitement les vitrines. Il se passa un certain temps jusqu'à ce que j'arrive devant une librairie qui affichait les dernières nouveautés en matière de BD. Et alors ... je découvris avec stupeur un nouvel album dans cette vitrine !  

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Cette "nouvelle" série signée par Jean Pleyers et Jacques Martin s'intitulait Jhen, et cela ne pouvait être que la suite de Xan.  Suspect Je ne m'y attendais pas ! L'œuvre appartenait un peu au passé mais je m'en souvenais bien. Le titre Barbe Bleue faisait évidemment référence à Gilles de Rais, qui avait autrefois porté ce surnom, et il évoquait aussi les pratiques perverses et les infanticides détestables commis par le fameux connétable. Jacques Martin avait semble t-il décidé de raconter sa vie d'une façon explicite et c'était d'une audace incroyable (Xan était quand même une BD pour les jeunes).  Et puis, la couverture géniale de l'album, qui montrait l'inquiétant Gilles de Sillé en train de faire la chasse à de nouvelles victimes, évoquait d'une façon sobre et effrayante les événements scandaleux de cette histoire.  

Je n'en revenais pas de cette audace ! La surprise était totale. 

J'avais envie de lire cet album sans plus attendre mais le magasin était fermé. pleure Et puis, avec mon travail à l'hôpital et les gardes, il me fallut attendre plusieurs jours avant de pouvoir l'acheter. Oh rage et désespoir ! Pourquoi fallait-il supporter une telle attente ?  

Et l'attente fût effectivement assez longue (d'un point de vue psychologique bien sûr Wink ) avant de découvrir cette histoire qui n'avait pas été prépubliée en Suisse.

Heureusement, l'album m'était pas décevant ! Jacques Martin évitait bien sûr de dessiner des scènes trop scabreuses, mais il racontait sans détour la tactique perverse utilisée par Gilles de Rais pour corrompre les enfants, avant de les trucider. Il y avait d'abord le sinistre Gilles de Sillé qui se promenait dans les campagnes. Il tendait une bourse pleine d'argent pour obtenir les services des jeunes jouvençaux, et parvenait assez facilement à ses fins.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-b11

Les pratiques pédophile de Gilles de Rais n'étaient pas montrées, et le récit passait tout de suite aux lendemains de ces sinistres orgies. Les serviteurs du connétables enterraient les restes des enfants après que les corps aient été brûlés et qu'une immonde fumée noire soit sortie du château de Machecoul. Le lecteur comprenait alors sans peine tout ce qui s'était passé.

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Bien sûr, Jhen se révoltait contre ces crimes infâmes et n'hésitait pas à accuser le seigneur des lieux. C'était une belle audace.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-b13

Mais en guise de châtiment, Gilles de Rais faisait enfermer Jhen dans les oubliettes qui contenaient justement les restes noircis des jeunes garçons. C'était une horreur totale !

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-b14

Après cela, Jhen s'évadait, puis il affrontait Gilles de Rais en combat singulier, et l'histoire aurait pu s'arrêter là. Lors d'un combat armé, le grand seigneur était plus fort que le jeune architecte. L'affrontement tournait donc rapidement à l'avantage de "barbe Bleue", mais ce dernier renonçait curieusement de mettre à mort son adversaire. Au contraire, une fois que Jhen fût un peu ridiculisé par le sort des armes, le connétable éclatait de rire et pardonnait son ami pour son incartade.

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Une curieuse amitié était née, que Jhen semblait assumer plus ou moins bien. Comment cela était-il possible ? J'avais de la peine à le comprendre, même si Jacques Martin montrait tout de même les cauchemars qui assaillaient de temps en temps le héros de la série. Jhen avait lui aussi une double face, et seuls les auteurs de la série pouvaient en prédire les conséquences.

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Barbe Bleue était donc un récit inquiétant, qui montrait sans pitié la destruction des corps et la corruption des âmes, et ce processus délétère atteignait même (en partie) le héros de la série. Ce livre était réellement une fleur vénéneuse, mais cette BD était également belle car Jean Pleyers y dessinait comme d'habitude un Moyen-Âge à la fois vivant et contrasté, parfois paisible et souvent effroyable. Les paysages historiques et les beaux costumes y alternaient avec des images de cauchemar, et cette œuvre équivoque réveillait chez le lecteur aussi bien la crainte (d'apprécier de telles horreurs) que le plaisir (de voir de si belles images).

Il était en tout cas certain que Jacques Martin avait complètement traité le sujet, sans aucune vulgarité et même avec une certaine élégance. Le portrait de cet inquiétant seigneur médiéval était réaliste, très lié au contexte historique et non exempt de considérations morales. Tel était Gilles de Rais, pouvait-on dire, et il en restait l'envie de creuser un peu plus cette histoire, pour mieux comprendre comment un tel monstre avait pu exister.

Il était également certain que c'était une BD destinée aux adultes, et que le contraste existant entre sa forme (très classique) et son contenu (sulfureux et même scandaleux) lui donnait une véritable séduction.

En fait, cet album était tout simplement un petit chef d'œuvre !

Jacques Martin avait de nouveau frappé un grand coup !  sunny


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14750 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 27 Nov - 16:17

Raymond

Raymond
Admin
En même temps que Barbe Bleue, Casterman avait publié un deuxième album de Jhen, qui s'intitulait les Ecorcheurs. Je me dépêchai donc d'aller acheter l'autre tome de cette superbe nouvelle série !  Wink

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Cette histoire précédait chronologiquement celle de "Barbe-Bleue", et elle racontait l'aide que Jhen apportait aux habitants d'un bourg médiéval pour lutter contre les sinistres "écorcheurs". Ces mercenaires désœuvrés (et non payés) avaient effectivement été un des gros drames de la Guerre de Cent Ans, car leurs pillages avaient probablement provoqué plus de misères que la guerre elle-même. Jacques Martin continuait ainsi à nous raconter les sombres facettes du Moyen Âge, et cet nouvel album était en fait aussi sombre que celui sur Gilles de Rais.

L'intrigue principale racontait surtout les différentes étapes d'un terrible combat mené par les villageois pour défendre leurs maisons et leurs familles. Au départ, Jhen faisait le tour des murailles du bourg, afin d'en déceler (et d'en corriger) les faiblesses.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-z10

Puis arrivaient les écorcheurs qui essayaient diverses tactiques pour conquérir les lieux. Après une brève négociation, ainsi que quelques ruses inefficaces (attaques nocturnes), les écorcheurs choisissaient de partir à l'assaut, précédés par une pluie de projectiles enflammés.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-z11

Pleyers dessinait tout cela d'une façon superbe ! Que ce soit en dessinant de larges illustrations, ou en composant de courtes séquences d'images, son dessin précis et détaillé restituait à merveille cet affrontement désespéré.

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Plusieurs intrigues parallèles venaient s'immiscer dans cette bataille. Il y avait en particulier l'amour très sincère du moine Parfait, un ami de Jhen, envers une jeune fille vivant dans la forêt. Parfait prenait des risques insensés pour la protéger mais … les histoires d'amour se finissent presque toujours mal, en particulier chez Jacques Martin.   Wink

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Après plusieurs semaines d'affrontement, Gilles de Rais en personne venait à la rescousse de son ami Jhen, et ses troupes écrasaient l'armée des écorcheurs. La bataille finale se déroulait sans pitié.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-z15

Et Jhen se retrouvait à nouveau en compagnie de Gilles de Rais, à sa grande joie, mais aussi pour son plus grand malheur !   Wink

Tout cela était superbe et captivant ! Ce deuxième album était en fait encore meilleur que "Barbe-Bleue" !  

J'étais totalement conquis !  sunny

Et après ces deux livres, il y avait une évidence qui s'imposait : "JACK MARTIN IS BACK !"   Smile

Et bien sûr, depuis lors, Jhen (dessiné par Pleyers) est vraiment resté une série qui compte.  Cool


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14850 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 28 Nov - 14:51

Raymond

Raymond
Admin
Arrêtons-nous un petit moment sur les Ecorcheurs, qui est une BD médiévale de grande classe ! Elle contient des planches très inhabituelles auxquelles nous allons nous intéresser.   Very Happy

A cette époque, Jacques Martin essayait parfois divers arrangements de cases pour améliorer la lisibilité de ses planches. Et dans "les Ecorcheurs", il construit pour la première fois une inattendue "suite de colonnes", en lieu et place des traditionnelles bandes d'images. Trois planches utilisent ce type de construction, et elles se placent au milieu de l'histoire (planches 28 à 30). Cette longue séquence raconte une tentative de trouer un mur de la ville, qui est faite pendant la nuit par les Ecorcheurs.

Rappelons d'abord que Jacques Martin ne fournissait pas seulement un scénario à Jean Pleyers, mais également des crayonnés rapides de chaque case qui représentaient de véritables story-board de cette BD. Jean Pleyers était ensuite responsable du dessin, mais il ne modifiait jamais la mise en scène qui avait été préalablement choisie par le scénariste.

Voyons d'abord la planche 28 ci-dessous, qui est divisée en deux parties. Dans la bande du haut, construite de façon traditionnelle, Jhen et Parfait prennent des dispositions pour protéger deux femmes qui sont considérées comme des sorcières par la population du bourg. C'est d'ailleurs à ce moment-là que commence le drame pour Parfait, car il va bientôt perdre sa bien-aimée.

La partie inférieure de la planches est plus originale, car on y découvre cinq images d'une impressionnante verticalité, qui racontent une tentative d'infiltration dans les remparts. En plus de l'effet vertigineux qui est créé par la hauteur impressionnante des murs, Jacques Martin choisit de faire un mouvement de "zoom" progressif sur les combattants, qui préparent un grand assaut sur les remparts.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-p10

La planche 29 montre ensuite l'assaut lui-même des Ecorcheurs, précédé par une canonnade qui crée une brèche dans le mur. On y découvre cette fois de très longues cases verticales qui occupent toute la hauteur de la planche, et qui renforcent encore plus l'impression de hauteur des remparts. Ce ne sont cependant pas des images que l'on contemple vraiment car elles accordent une place prédominante à l'action. Ce choix se remarque facilement avec la grosse colonne de feu dans la première case (qui correspond au coup de canon), les nuages envahissants de fumée dans les cases suivantes, les gros plans acrobatiques centrés les combattants, ou les grandes onomatopées qui ajoutent un bel effet sonore à toute la séquence. C'est bel et bien une scène de bruit et de fureur, qui raconte avec efficacité une courte et terrible bataille.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-p11

Le plus intéressant dans ces deux planches, c'est bien sûr que leur construction n'est pas guidée par un choix esthétique. Jacques Martin n'a pas choisi ces longues cases verticales à cause de leur originalité, et il cherchait surtout le moyen le plus efficace de raconter son histoire. Entre la recherche esthétique des images et le souci de clarté du récit, l'auteur a privilégié la narration et la compréhension de sa BD par le lecteur !

C'est bien sûr très efficace et le lecteur est véritablement happé par cette histoire sanglante et dramatique. Le maître était alors au sommet de son art.   Very Happy


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14950 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 29 Nov - 16:28

Raymond

Raymond
Admin
Quelques mois plus tard apparaissait le nouvel album de Lefranc intitulé la Crypte. Cette nouveauté fût cependant bien plus anecdotique que les deux albums de Jhen.  Rolling Eyes

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Il faut dire qu'il n'y avait pas eu d'aventure fracassante de Lefranc depuis une quinzaine d'années, et je ne m'étais donc pas jeté sur cette nouveauté. En fait, j'ai dû acheter cet album 3 ou 4 ans après, je ne sais plus exactement, mais … je vais quand même commenter tout de suite cette première impression de lecture. On n'en est pas à une année près.  Wink

Le récit de la Crypte se passait donc dans un petit état indépendant de la côte italienne qui se nommait San Larco. Ce petit port méditerranéen était une sorte de synthèse entre Monaco et San Remo, et c'était ce genre de lieu où les riches viennent profiter d'une fiscalité assez douce et d'une législation arrangeante. La découverte d'une belle crypte médiévale au milieu d'un chantier venait toutefois contrarier les projets immobiliers du financier Arnold Fischer, un milliardaire qui avait déjà affronté Lefranc dans l'Ouragan de Feu. Le souci de certains habitants de préserver de cette crypte allait ensuite déclencher un conflit majeur au sein de la petite cité.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-l11

Lefranc était bien sûr appelé par les partisans du sauvetage de cette crypte, tandis qu'Arnold Fischer faisait appel de son côté à Axel Borg. Curieusement, ce dernier n'acceptait pas d'emblée le mandat du milliardaire et décidait de jouer la partie en solo. C'était assez bien vu, mais quand même un peu décevant de la part du grand méchant de la série.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-l12

Et voilà ! Après seulement une vingtaine de pages, je concluais déjà que tout cela "ne cassait pas trois pattes à un canard". Le récit était en fait peu spectaculaire, même si le conflit finissait par entraîner un coup d'état et un début de dictature. L'idée de départ était intelligente mais j'avais ensuite de la peine à me passionner pour cette histoire un peu conventionnelle et minimaliste. Le final était de plus assez décevant, car les méchants militaires (et milliardaires) étaient vaincus presque sans combattre. Certes, il y avait quelques morts à la fin de l'aventure, mais tout semblait bien trop facile pour le héros du récit.

50 ans avec Jacques Martin - Page 6 1984-l13

J'oubliais donc bien vite cette histoire qui était plutôt ordinaire, et ce n'est qu'à partir des années 2000 que je me mis à réévaluer certains albums de Lefranc que j'avais longtemps méprisés. La crypte fût alors une bonne surprise, car même s'il n'y avait pas d'événement fantastique ni de grande catastrophe dans cet opus, l'album avait un scénario bien conçu et le dessin de Gilles Chaillet y était excellent. Ce n'était pas un chef d'œuvre, bien sûr, mais c'était tout de même un album agréable à relire.

On est parfois trop exigeant en première lecture !   Wink


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15050 ans avec Jacques Martin - Page 6 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 30 Nov - 8:33

Tarmac

Tarmac
grand maître
grand maître
Point de vue que je partage vis-à-vis du cycle "L'oasis" "L'arme absolue" "La crypte". Heureusement "L'apocalypse" allait rehausser considérablement le niveau et inverser la tendance pour malheureusement retomber avec un minimaliste Lefranc "La cible" de moindre intérêt. Il y a parfois des cycles longs sur la durée difficilement explicables.

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