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50 ans avec Jacques Martin

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10150 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 3 Nov - 20:01

marbou


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Dantec a écrit:Je ne sais pas, cher Raymond, s'il faut t'envier ou te plaindre d'avoir dû attendre 1975 pour découvrir L'ouragan de feu. Pour ma part, j'en avais découvert quelques planches dès l'été 1960, dans les Tintin que m'offrait ma grand-mère pendant les vacances - c'était la grande époque du journal, avec Craenhals (Aventure à Sarajevo), Graton (Route de nuit), Greg (Les voleurs de poupées), Macherot (Clifton à New-York), Mittéï (Disparus à Tohacoco), Weinberg (Duel dans le ciel)...
Je venais d'avoir dix ans et me souviens avoir trouvé très (trop) denses les planches de cette aventure d'un personnage qu'alors je ne connaissais pas, et auxquelles je ne comprenais pas grand-chose. Mais j'avais été particulièrement impressionné par le passage qui décrivait la crise internationale soulevée par l'invention du chimiste Pierre Le Gall (planches 42 et 43) - et puis, cela se passait en Bretagne...

...
Quelques jours plus tard, je trouvai L'ouragan de feu au pied du sapin : inutile d'ajouter que ce fut un de mes pluis beaux Noël, et que pour moi LE chef-d'oeuvre de Jacques Martin est définitivement cet album, extraordinaire tant par la qualité du dessin que par la maîtrise du récit.
Pour moi aussi, c'est mon "Martin" préféré. J'ai eu cet album très jeune, ça y est sans doute pour quelque chose... A cette époque, nous n'achetions pas Tintin régulièrement, mais nos parents nous offraient quelques albums de temps en temps, dont ceux mentionnés par Dantec. J'ai encore "Aventure à Sarajevo", dans un curieux album "Jeune Europe" jumelé tête-bêche avec une autre histoire (Strapontin il me semble). J'avais aussi Clifton à New-York, également dans un album JE jumelé, de mémoire, avec Prudence Petitpas, savoureuse héroïne de Maréchal. De bons souvenirs... Ce dernier album a dû finir aux "équevilles". J'ai ensuite racheté les petites intégrales des Clifton de Macherot et celle de Prudence Petitpas, parues dans les années 80 ou 90, déjà un peu de nostalgie à cette époque...

10250 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 4 Nov - 10:41

Raymond

Raymond
Admin
Je continue donc ma chronique et je passe à l'année 1977.   Very Happy

Cette année-là, j'étais toujours à la lutte avec mes examens propédeutiques, et cette activité était bien sûr mon souci principal. Il m'arrivait parfois le soir de ressembler à un zombie.  Wink

Je lisais bien sûr mes journaux (mais pas toujours régulièrement) et c'est ainsi que je découvris le retour de Lefranc dans Tintin, dessiné cette fois par Gilles Chaillet. Cette apparition d'un nouveau dessinateur me faisait plutôt plaisir, d'autant plus que son style était réellement d'une grande fidélité au modèle martinien.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p10

Curieusement, cet intéressant "come back" n'était pas célébré comme il se doit par une belle couverture du journal. La rédaction du journal offrait tout de même une petite présentation de Lefranc en deux pages, destinée aux jeunes lecteurs qui ne connaissaient pas le personnage.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p11

Tout comme le "Repaire du Loup", c'était une aventure un peu inhabituelle. Elle commençait avec un accident d'avion, survenant dans une région isolée qui devait être la Drôme. Lefranc arrivait tant bien que mal à s'en sortir et se retrouvait perdu avec Jeanjean dans une zone de montagne.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p12

Recueillis par une bergère énigmatique et un peu sorcière, Lefranc et Jeanjean voyaient tout à coup le ciel s'embraser à cause de l'arrivée d'une pluie de missiles. Le petit groupe se réfugiait aussitôt dans une cave assez inquiétante, qui s'enfonçait dans les profondeurs de la terre. Ce développement me plaisait car J'y retrouvais avec plaisir un thème déjà souvent exploité par Hergé ou E.P. Jacobs, à savoir l'exploration d'un souterrain dont la réalité est aussi bien matérielle que psychologique.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p13

En ressortant quelques jours plus tard, Lefranc découvrait un paysage de fin du monde, et le récit se mettait à ressembler à certains vieux romans d'anticipation, décrivant une terre post-apocalyptique, que j'avais lus autrefois. Je me souviens en particulier d'une image qui m'avait impressionné, et qui évoquait une sorte de cauchemar.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p14

Mais par la suite, le récit se tournait plutôt vers l'exploration de la sorcellerie. Cela me décevait un peu car je trouvais que "l'horreur atomique" était bien plus effrayante que les méfaits des sorcières. Tout cela commençait avec un récit de la vieille bergère, qui racontait une malédiction médiévale affectant sa famille. Cette vieille dame se révélait par la suite détentrice de sombres pouvoirs, mais cela ne m'impressionnait pas trop.   Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-p15

Cette exploration moderne de la sorcellerie était une aventure un peu "mi-figue mi raisin". Sur le moment, elle n'était pas inintéressante mais elle n'emportait pas non plus mon admiration.   Rolling Eyes

Quelques années plus tard, j'ai acheté l'album et cette seconde lecture réveilla la même impression. Les Portes de l'Enfer proposaient une histoire plutôt bonne, mais cette aventure était moins impressionnante que la Grande Menace ou l'Ouragan de Feu qui étaient de véritables et passionnants thrillers.

C'était un album divertissant, sans plus !

Mais il signait quand même le retour officiel de Lefranc, qui a fait depuis lors une belle carrière.  Cool


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10350 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 5 Nov - 11:39

Raymond

Raymond
Admin
A la fin de l'année 1977, j'achetais bien sûr l'album du Spectre de Carthage, et je pus enfin m'adonner à une lecture un peu plus sérieuse.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s10

Et de cette manière, la lecture fût effectivement plus intéressante. Je considérai rapidement cette histoire comme une sorte de "thriller antique", qui montrait Alix piégé à Carthage, dans un traquenard habilement préparé. Le héros y côtoyait de multiples personnages pervers et dangereux, mais il montrait heureusement (une fois de plus) son incroyable capacité de survie.

Tous les personnages étaient impressionnants dans cette histoire, et il y avait en premier le terrible Eschoum, une sorte de mage fanatique qui complotait contre Rome. Ses sourires féroces et son aisance à s'imposer en faisaient un adversaire terrifiant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s11

Brutus était également de retour, son visage étant toujours défiguré par les griffes de l'aigle. Il avait perdu beaucoup de sa superbe mais sa haine était intacte.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s12

Même le paisible sculpteur Scoras, apparemment aimable et civilisé, était un traître à la solde d'Eschoum. Il est vrai qu'il était moins dangereux que les autres, et que son destin était dramatique, mais il n'y avait manifestement personne à qui faire confiance.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s13

Le tribun Corus Maler était pour sa part un allié d'Alix, mais son comportement restait inquiétant. Il finissait d'ailleurs par disparaître avec tous les autres personnages dans une sorte d'apocalypse finale, et le lecteur n'en était pas désolé.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s14

Seule la petite Samthô était touchante et fragile. Mais comment aurait-elle pu survivre dans un tel "nid de frelons". Elle n'était ni la première ni la dernière femme à être victime de sa fascination pour Alix, et sa mort était d'emblée prévisible

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s15

Et c'est ainsi qu'après une suite de péripéties dangereuses et mortelles, Alix et Enak se retrouvaient être les seuls survivants de cette aventure à l'atmosphère empoisonnée. Seule la beauté des images offrait un agréable contrepoint à cette intrigue vénéneuse, et pourtant captivante.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1977-s16

C'était un beau livre, somme toute, même si Jacques Martin nous racontait une fois de plus un récit totalement pessimiste. J'en garde depuis lors le souvenir d'une histoire un peu étrange, et néanmoins fascinante.

J'ai peu relu cette aventure par la suite, pour des motifs pas très nets. Cela provenait peut-être tout simplement de l'abondance croissante des nouveautés en matière de BD, qui ne me donnait plus beaucoup de temps pour relire mes vieux albums. Mais lorsque je reprends maintenant le Spectre de Carthage, et que j'en tourne les pages, c'est presque une redécouverte ... et c'est superbe.

Il faut de temps en temps relire ses classiques.   Wink


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10450 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 6 Nov - 18:43

Raymond

Raymond
Admin
L'année 1978 fût à nouveau plus calme pour moi. J'avais réussi à passer l'obstacle principal de mes études et je commençai à nouveau à mener une vie normale.

Et je m'intéressais à nouveau un peu plus au monde de la BD. L'événement  principal de cette année-là était certainement l'apparition du mensuel (A Suivre), qui était (enfin  Rolling Eyes ) une revue de BD destinée aux adultes, dans le sens noble du terme. L'axe principal choisi semblait certes au départ un peu élitaire (choix d'une publication en noir et blanc et de "romans dessinés" proches d'un niveau littéraire) mais les œuvres qui étaient publiées étaient de vraies réussites. Avec des auteurs comme Hugo Pratt, Jean-Claude Forest, Claude Auclair ou Jacques Tardi, le mensuel démontrait sa volonté d'être à la fois culturel et populaire et (A Suivre) devint dès lors mon journal favori.

Du côté de Tintin, les temps étaient difficiles car le journal perdait progressivement certains auteurs vedettes qui n'étaient pas facile de remplacer. Quelques vieux maîtres étaient cependant toujours présents et, parmi eux, il y avait bien sûr Jacques Martin qui publiait cette année-là les Proies du Volcan, sa 14ème aventure d'Alix.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-a10

Avouons-le, j'étais devenu assez exigeant en matière de BD et … cette nouvelle histoire d'Alix ne m'excitait pas vraiment. Ce que j'avais toujours aimé dans la série, à savoir le mélange de la grande et de la petite Histoire, était cette fois clairement laissé de côté. Alix et Enak étaient au début du récit débarqués dans une île perdue, loin des routes maritimes, et le thème de l'intrigue était donc celui de "Robinson Crusoé". J'avais bien aimé ce roman dans ma jeunesse, il est vrai, mais je ne souhaitais surtout pas qu'Alix expérimente ce genre de scénario. Une telle histoire l'éloignait en effet du monde dans lequel je souhaitais me retrouver, qui était celui de l'Antiquité !   Sad

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-a11

Et dès le départ, cette intrigue m'a ennuyé. Jacques Martin la racontait certes avec beaucoup d'application, et son dessin était souvent somptueux, mais l'enjeu était bien trop prévisible. Pouvait-on vraiment croire qu'Alix resterait à lamais perdu dans cette île inconnue ?

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-a12

Les deux garçons rencontraient très vite une jeune indigène nommée Malua, dont la poitrine restait constamment découverte, et le dessinateur se mit à taquiner un peu la censure. J'observais avec amusement les trucs qu'il utilisait pour cacher les seins de la jeune fille (aaah que tous ces branchages étaient bien placés !), mais tout cela était un peu puéril. Jacques Martin s'en rendit probablement compte tout seul car, à la fin de l'histoire, il décida de montrer en entier (et de face) le joli buste de la jeune sauvage. Il n'y eu bien sûr aucune protestation.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-a13

Pour animer un peu le scénario (cela devenait d'ailleurs nécessaire), l'auteur fît apparaître dans ce récit une tribu de sauvages, puis des phéniciens qui étaient aussi des marchands d'esclaves. Ces nouveaux adversaires ne furent pas très redoutables, mais cela donna tout de même à Jacques Martin l'occasion de dessiner quelques belles séquences d'action sur les pentes d'un volcan. Il était temps.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-a14

Mais quoiqu'il se passe, je ne dépassais pas le stade de la simple contemplation distraite des images et la fin de l'aventure ne me fit pas changer d'avis. Ce n'était au fond pas une mauvaise histoire, mais la trouvais un peu trop anecdotique, et surtout sans enjeu qui soit digne d'intérêt.

Par acquis de conscience, j'achetais encore l'album l'année suivante, mais cela ne m'apporta rien de plus. Il y avait tellement d'autres nouveautés intéressantes, en ce temps-là, que je n'allais pas perdre mon temps avec les Proies du Volcan.     deso

Et c'est ainsi qu'au cours des 30 années qui ont suivi, je ne l'ai presque jamais relu. En fait, je crois ne l'avoir revu cette BD en détail qu'en 2010, lorsque j'ai ouvert dans ce forum un sujet dédié aux Proies du Volcan. Il fallait bien que je relise l'histoire et …  je fus alors bien plus indulgent ! Mais si je suis honnête, je pense toujours que cet album reste assez secondaire.

Est-ce que les martinophiles vont protester ?  Very Happy


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10550 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 6 Nov - 20:19

marbou


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Cette aventure, Les proies du volcan, était initialement destinée à Paul Cuvelier pour en faire un Corentin. Je pense que ce scénario (de qui au fait ? Greg ?) convenait mieux à Cuvelier, qui en avait dessiné quelques pages que l'on peut voir dans l'ouvrage de Philippe Goddin qui lui est consacré.

10650 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 6 Nov - 20:54

Raymond

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Le scénario était écrit par Jacques Martin, justement, et c'est pour cette raison qu'il n'a pas hésité à l'utiliser pour Alix.  Wink


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10750 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 7 Nov - 10:56

Raymond

Raymond
Admin
J'ai évoqué le départ de certains auteurs du journal Tintin au milieu des années 70, mais il y avait heureusement une nouvelle génération de dessinateurs qui prenait la relève, souvent d'une façon prometteuse. Cosey ou Auclair étaient déjà devenus des vedettes, et on voyait surtout arriver d'intéressants auteurs comme Andreas, Franz, Denayer et Rosinski. Le journal restait créatif et c'est ainsi qu'apparu un jour le nom de Jean Pleyers, qui dessinait Xan sur un scénario de Jacques Martin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j10

Intitulée l'Or de la Mort, cette aventure de Xan n'était en fait pas très spectaculaire. Elle était publiée sous la forme de chapitres de 6 ou 7 pages qui paraissaient tous les un à deux mois, et elle se caractérisait avant tout comme une BD médiévale bien documentée. Le début racontait une ultime tentative de libérer Jeanne d'Arc par un groupe d'inconnus et, à cette époque, le choix de cette grande période de l'Histoire de France était plutôt original pour une BD.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j11

Xan (j'allais dire Jhen pirat ) apparaissait très vite comme la vedette de ce récit, et il ne ressemblait pas complètement à Alix ou à Lefranc. Il faisait volontiers le joli cœur avec les jeunes filles, et il avait un caractère assez spontané qui ne me déplaisait pas. La série ainsi était un peu plus "adulte" que les œuvres traditionnelles de Jacques Martin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j12

J'avais toutefois un peu de peine à suivre ce récit, dont j'oubliais l'intrigue d'un mois à l'autre, et je me contentais alors de repérer les détails intéressants de ce qui me semblait être une "œuvre de jeunesse". La plus importante découverte était bien sûr la présence du maléfique Gilles de Rais, dont je connaissais l'existence grâce à un fameux roman de J-K Huysmans, intitulé "Là-bas". D'une façon très curieuse, cet énigmatique personnage semblait être du côté des "bons", puisqu'il était l'ami de Xan, mais bien sûr, cet "alignement" n'allait pas durer très longtemps.  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j13

Cette année-là, c'était surtout le dessin que j'appréciais dans cette BD qui me semblait avoir un intérêt assez secondaire. Il n'y avait pas de doute que Pleyers était un dessinateur prometteur et ses images de château, de même que ses intérieurs médiévaux, avaient une forte puissance d'évocation.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j14

Et c'est ainsi que l'apparition de ce nouveau héros martinien fût étonnamment discrète. J'étais alors bien loin de me douter de la dimension qu'allait prendre cette série par la suite. Les vedettes étaient encore Alix et Lefranc à ce moment-là, et c'est seulement au cours des années 80 qu'allaient jaillir d'immenses surprises. Mais j'y reviendrai plus tard !  Wink

Il faut aussi reconnaître qu'à cette époque, j'étais probablement un peu blasé.   deso


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10850 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 7 Nov - 18:11

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué
Raymond a écrit:Le scénario était écrit par Jacques Martin, justement, et c'est pour cette raison qu'il n'a pas hésité à l'utiliser pour Alix.  Wink

Suite au post de Raymond, je viens de relire Les proies du volcan. C'est vrai qu'on a l'impression qu'il ne s'agit pas vraiment d'une aventure d'Alix. D'ailleurs Alix y apparaît étrangement passif : c'est Enak - à l'inverse de ce qui se passe dans les albums précédents - qui fait preuve de caractère et d'initiative.

J'ignorais que le scénario avait été écrit pour Paul Cuvelier, trop tôt disparu. Il nous reste à rêver d'une Malua dessinée par le père de Line et d'Epoxy...

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 Maluap10

10950 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 7 Nov - 23:17

Raymond

Raymond
Admin
Avec le personnage de Corentin, le récit des Proies du Volcan aurait bien sûr eu un tout autre impact. Paul Cuvelier dessinait voluptueusement ses personnages, et l'aventure aurait eu une autre signification. Wink


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11050 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 8 Nov - 19:12

Raymond

Raymond
Admin
Toujours en 1978 (c'était vraiment une année très productive), il y eut aussi la prépublication d'Opération Thor, dans Tintin !   Cool

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-l10

C'était un événement car cela faisait huit ans que Lefranc n'était pas revenu dans les pages du journal. Et le début était assez prometteur, puisque l'histoire nous montrait aussi le retour solennel d'Axel Borg. Cela faisait encore plus longtemps (depuis les années 60) que l'on n'avait pas revu ce bandit de haute volée et, à l'époque, le public n'était pas du tout blasé de ses apparitions. Bien au contraire, avec un tel personnage, on pouvait s'attendre à ce que la nouvelle aventure soit spectaculaire.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-l11

Mais le récit évoluait ensuite d'une façon surprenante. Lefranc et Jeanjean étaient prisonnier d'Axel Borg dans un sous-marin et … l'auteur racontait simplement la difficile traversée de l'Atlantique. Jacques Martin faisait bien sûr durer le suspense, mais on pouvait légitimement se demander pourquoi le pire ennemi de Lefranc voulait que ce dernier soit le témoin de son entreprise. L'auteur ne le disait pas et cette attente laissait plutôt une impression d'étrangeté. En fait, le récit n'était tout simplement pas très prenant.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-l12

Arrivé devant les côtes américaines, Lefranc s'évadait et finissait par découvrir la nature de l'entreprise d'Axel Borg. L'objectif était d'inonder le marché des Etats-Unis avec de faux billets de 100 dollars et de provoquer une crise économique. C'était certes assez ingénieux, mais l'enjeu me semblait quand même bien moins excitant que le missile atomique de la "Grande Menace", ou que la mer enflammée de "l'Ouragan de Feu". L'accident d'un camion, qui libérait une nuée de faux billets au dessus des passants d'une petite ville, déclenchait bien sûr une véritable émeute populaire mais … il n'y avait pas de danger mortel. Tout ça n'était au fond qu'une "histoire de pognon".

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-l13

En fait, l'enjeu n'était pas passionnant, puis l'histoire tournait court et l'aventure s'achevait finalement dans une relative indifférence. Bien que le scénario soit au départ intelligent, et que le dessin de Gilles Chaillet se montre parfait, le résultat n'était pas à la hauteur des attentes. C'était en tout cas la moins bonne de toutes les aventures de Lefranc qui avait été publiée jusque-là.  Neutral

La lecture de l'album l'année suivante ne faisait que confirmer cette impression. Jacques Martin pouvait parfois "manquer son coup" et, comme l'avait écrit jadis Victor Hugo, la somme de toute les qualités peut parfois être égale à zéro.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-l14

Et 40 ans après, je n'ai toujours pas changé d'opinion.  

C'était l'album des espoirs déçus.

Il faut s'attendre à tout lorsque l'on est un bédéphile forcené.  Wink



Dernière édition par Raymond le Jeu 14 Nov - 20:42, édité 1 fois


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11150 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 9 Nov - 10:50

Raymond

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Encore un petit détail pour l'année 1978 ! Lors de la parution des premières planches de l'Or de la Mort, le journal Tintin (par l'entremise d'Yves Duval) avait interviewé Jacques Martin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1978-j15

En ce temps-là, le journal était dirigé par Jean-Luc Vernal. Ce dernier était très dynamique et il essayait d'animer la revue de diverses manières. Le rédactionnel était souvent intéressant, en particulier lorsque le rédacteur présentait les dessinateurs du journal. Il est clair que je connaissais déjà depuis quelques années les discours de Jacques Martin, mais c'était toujours un plaisir que d'avoir de ses nouvelles. Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 Interv13

Détail amusant, l'interview se terminait par le fameux questionnaire de Proust, et l'auteur ne se dégonflait pas. "Qui auriez-vous aimé être ?" : Et bien, Raphael, voyons !  Wink  Et puis aussi : "Comment aimeriez-vous mourir ?"  Au sommet d'une montagne ! Il ne faut pas hésiter à voir grand.  Very Happy

Et puis, les Enfants d'Alix remarqueront également cette réponse très révélatrice à la question "Quel est le comble de la misère ?" Et que répond Jacques Martin : "Ne plus avoir d'amitié autour de soi". C'était une déclaration très lucide, je trouve.  

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 Interv14

A noter qu'Yves Duval ne posait pas une seule question sur Jhen (pardon, Xan Wink ) qui venait d'apparaître dans le journal. Ce détail confirme, si besoin en était, que cette nouvelle série ne comptait pas beaucoup à cette époque.  Rolling Eyes


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11250 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 10 Nov - 14:41

Raymond

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En cette fin des années 70, même si j'achetais régulièrement ses albums, il n'y avait pas de doute que je m'éloignais lentement de Jacques Martin. Cet éloignement concernait d'ailleurs la plupart des auteurs classiques franco-belges (Franquin, Jacobs, Peyo, Tillieux, Graton, Hubinon, Tibet etc.), qui publiaient de moins en moins de nouveautés. Les vedettes de ce temps-là se nommaient Hugo Pratt, Moebius, Jacques Tardi, Bilal, Hermann ou Didier Comès, et il y avait de nouveaux auteurs fascinants qui émergeaient comme Cosey, Yves Chaland, François Schuiten, Munoz et Sampayo, Joost Swarte, Guido Buzzelli, François Bourgeon etc. Cette multiplication des pôles d'intérêt me rendait un peu plus ... distrait, il faut l'avouer, vis-à-vis des "vieux journaux" comme Tintin ou Spirou, même si l'aventure du Trombone illustré, par exemple, avait été un grand moment de la BD.

Mais en 1979, on retrouvait dans le journal Tintin le meilleur de Jacques Martin, avec la prépublication de l'Enfant grec. Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e10

Et bien sûr, en découvrant ce titre, mon attention s'était à nouveau recentrée sur le "maître". Ce dernier avait en effet annoncé ce titre quelques années auparavant, en détaillant sa "feuille de route" des futures aventures d'Alix, dans l'interview donnée aux Cahiers de la BD. Il avait même précisé : "c'est une histoire que je chéris depuis longtemps". C'était un récit que Jacques Martin avait longtemps médité et, en conséquence, je prendrai moi aussi un petit peu de temps pour en parler.   Wink

Le premier attrait de cette histoire, c'était bien sûr de retrouver les belles cités de l'Antiquité. Cette nouvelle aventure se déroulait à Athènes et Jacques Martin se délectait manifestement en dessinant de beaux paysages, qui étaient non seulement pleins de vieilles pierres mais aussi pleins de vie.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e11

Après leur retour de l'île volcanique, où s'était déroulée leur aventure précédente, Alix et Enak étaient devenus des esclaves. Au marché du Pirée, ils étaient acheté par un étrange personnage nommé Numa Sadulus, en qui j'avais tout de suite reconnu le portrait de Numa Sadoul, le fameux critique des Cahiers de la BD. Cet énigmatique romain était le premier intervenant important de cette intrigue très théâtrale, dans laquelle Alix n'allait occuper qu'une place finalement secondaire.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e12

Comme autre personnage étrange, il y avait ensuite Archeloüs, dont l'apparence dissimulait assez mal la jeune fille que son père avait habillée en garçon. Cette sexualité équivoque était certainement une nouvelle "malice" de Jacques Martin, et une manière acceptable pour la morale d'évoquer (dans un journal pour les jeunes) les mœurs très libres des grecs. A la fois émotive et imprévisible, cette créature ambivalente s'amourachait bien sûr d'Alix, et elle allait par la suite tout faire pour le sauver des complots qui l'entouraient.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e13

Et puis, il y avait bien sûr Herkios ! L'enfant grec, c'était lui ! Il était nimbé d'orgueil et de séduction, et tous les regards se fixaient sur lui dès qu'il entrait quelque part. Mais bien qu'il soit destiné à être une victime, Jacques Martin n'en faisait pas un portrait complaisant. Derrière sa beauté et son charisme, il y avait une nette petitesse d'esprit et aussi une antipathique arrogance.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e14

Et c'est ainsi que, progressivement, les pièces se mettaient en place. Numa Sadulus introduisait Alix et Enak dans le Proténéion comme s'ils étaient de simples pions, tandis qu'Hykarion, le père sournois d'Archeloüs/Archeloa, élaborait de malveillants projets. Cherchant à échapper à leur situation d'esclaves, Alix et Enak se retrouvaient en fuite et … l'histoire s'arrêtait là, d'une manière impromptue ! Après 27 planches, il fallait désormais attendre que Jacques Martin nous dessine la deuxième partie !

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e15

En fait, il fallut sept mois pour que cette suite soit enfin publiée dans le journal. Ce fût une longue attente. Rolling Eyes

Et voilà que moi aussi, j'ai envie de vous faire attendre un peu, avant de vous raconter la suite. Je vais donc "digresser" un peu, en parlant de Jacques Martin bien sûr, pendant quelques jours.  Wink



Dernière édition par Raymond le Lun 11 Nov - 18:52, édité 1 fois


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11350 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 11 Nov - 9:51

Raymond

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Le journal Tintin offrait souvent des bonus en ce temps-là !

C'est ainsi que dans le Tintin France N° 182, qui contenait aussi les premières pages de l'Enfant grec (sa couverture est montrée ci-dessus), il y avait aussi un joli poster incorporé dans le journal. Il s'étendait sur deux pages, et c'est le genre d'image que l'on a déjà vue une fois mais dont on se sait plus très bien d'où elle vient. Smile  

Voici une photo de ce petit poster, dont l'image a été reprise plus tard dans divers recueils.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 20191110

Pour ma part, je l'avais un peu oubliée.  Wink


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11450 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 12 Nov - 11:23

Raymond

Raymond
Admin
En 1979, le journal Tintin était dynamique et se donnait beaucoup de peine pour que le personnage d'Hergé reste constamment présent. C'est ainsi qu'il republiait de veilles aventures  de Tintin (en reprenant des planches du Petit Vingtième) et qu'il y avait chaque semaine une rubrique intitulée "les Archives de Moulinsart" qui nous révélait de vieilles œuvres oubliées ou des dessins inconnus d'Hergé. J'aimais beaucoup cette rubrique intelligente, destinée aux Tintinophiles..

Il était tout naturel dans ce contexte de célébrer le cinquantenaire de Tintin, puisque son aventure "chez les Soviets" était apparue en 1929. Jean-Luc Vernal demanda donc à une trentaine d'auteurs de dessiner quelque chose ou d'écrire un petit texte qui rendent hommage à Hergé. Tout cela fût publié dans le N° 184 du Nouveau Tintin, en mars 1979, en même temps que la prépublication de l'Enfant grec.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-h10

Pour cette occasion, Jacques Martin choisit de dessiner une intelligente et humoristique métaphore de son travail aux studios Hergé. C'était vraiment bien vu. Very Happy

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-h11

Le maître était alors en pleine forme.  Wink


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11550 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 13 Nov - 15:10

Raymond

Raymond
Admin
Mais que fait-on, lorsqu'on attend pendant des mois la suite d'une histoire dans le journal de Tintin ? Eh bien … assez souvent, on relit ce qui a déjà été publié, et on examine un peu plus les détails.  Wink  

Je vous propose donc de contempler "un peu plus en détail" une très belle case de l'Enfant grec, que j'aime beaucoup et qui se trouve dans la planche 18. Montrons-là tout de suite :

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e16

Rappelons le contexte : Numa Sadulus, un agent romain aux motivations ambiguës (on se demande si elles sont d'ordre politique ou d'ordre privé ?) cherche à tout prix à parler au jeune Herkios, "l'enfant grec" à la beauté éclatante. Il décide de le rencontrer en pleine rue, lorsque ce dernier se rend comme chaque jour au fameux Protonéion.

La case que je vous montre est une simple image intermédiaire. Elle est sans grande importance sur le plan narratif, mais elle frappe quand même l'œil lorsque l'on lit la page. L'image est en effet soigneusement élaborée et dynamique. Numa Sadulus, qui parle et qui est vu de profil, est en train de marcher de gauche à droite. Son déplacement suit le sens de la lecture, comme il en était toujours de règle chez les auteurs classiques de la BD franco-belge, et on comprend d'emblée que le point de croisement entre la route que suit l'espion romain et l'escalier descendant emprunté par Herkios va être leur point de rencontre. D'un point de vue narratif, la case est intelligemment construite.

L'action principale de cette image est toutefois banale, et Jacques Martin l'a donc rehaussée, en y ajoutant un décor assez dense et des personnages secondaires bien observés. L'escalier est ainsi entouré de plusieurs statues et d'une abondante végétation, et cette richesse du cadre autour de l'action a tendance à disperser l'attention. Elle donne aussi à cette illustration un intérêt plus contemplatif. Les silhouettes pittoresques, comme par exemple le jeune homme à la posture hautaine sur la gauche de l'image, ou les deux promeneuses abritées sous une ombrelle, ont également tendance à attirer le regard, et "l'enfant grec" lui-même parait complètement perdu dans ce décor envahissant. L'image y perd presque sa volonté narrative, et elle devient plutôt une sorte d'impromptu antique, voir même une scène de la vie ordinaire à Athènes, au temps de Jules César. C'est très beau et on contemple longuement l'image, en oubliant presque de la lire.

Cette prédominance de l'illustration sur la narration est en fait une des caractéristiques principales de l'Enfant grec. Le lecteur fait dans cette BD une sorte de voyage dans le temps, et il "contemple" une civilisation plutôt que de vraiment lire un récit. Et c'est ce même type de bande dessinée que l'on retrouve dans la plupart des œuvres de la "troisième époque" d'Alix dessinée par Jacques Martin, qui va du "Prince du Nil" jusqu'au "Cheval de Troie".

Et bien sûr, c'est la tentation permanente de toutes ces BD ! Il y a tellement de belles choses à y voir que l'on a envie de rester dans la contemplation.  Wink


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11650 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 13 Nov - 18:43

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué

Merci Raymond pour cette admirable analyse - je vais relire L'enfant grec en prenant tout mon temps (avec ces "50 ans en compagnie de JM", je m'aperçois qu'à part les premiers albums, lus pendant l'enfance et l'adolescence, je suis passé à côté de bcp de choses).

11750 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 14 Nov - 13:23

Raymond

Raymond
Admin
Il ne faut pas hésiter à relire les Alix dessinés par Jacques Martin. On y trouve souvent des choses que l'on n'avait pas remarqué plus jeune.  

Mais avançons un peu dans le temps ! Nous sommes toujours en 1979 et les sept mois ont maintenant passé.  Wink  La suite de l'Enfant grec réapparait dans le journal Tintin !

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e17

Comme il se doit, une page introductive du journal résume l'intrigue qui a précédé.  Cool

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e18

Alix et Enak sont toujours en train de s'enfuir, comme des esclaves qui se sont échappés. Mais tout le monde les pourchasse et ils ne peuvent pas se dissimuler bien longtemps.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e19

Tantôt prisonniers et tantôt fugitifs, Alix et Enak vont être les spectateurs de la tragédie qui se noue et qui va faire plusieurs victimes. Au départ du drame, il y a les manœuvres du sinistre Hykarion, qui veut à tout prix obtenir la mort de "l'enfant grec".

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e20

Les savants qui vivaient dans le Protonéion ont été empoisonnés et Herkios est accusé de ce méfait. Il va donc être jugé dans le théâtre d'Athènes, devant une assemblée de magistrats grecs et de représentants romains. Le jeune grec défend crânement son innocence et il fait même preuve d'éloquence, mais il ne pourra pas échapper à son destin.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e21

Alix vient témoigner en faveur d'Herkios et Hykarion doit le tuer avec une arme empoisonnée, mais c'est l'enfant grec qui se fait piquer. Herkios meurt devant tous les spectateurs, qui criblent ensuite de flèches le sinistre Hykarion. Le drame est consommé.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e22

A l'époque, ce beau drame n'était pas vraiment l'aventure d'Alix que j'attendais, il faut en convenir, mais malgré cela, il n'y avait pas de doute que ce récit était porté par la passion du beau et aussi par une sorte de fureur théâtrale. Cette BD historique était au fond comparable à certaines tragédies d'Eschyle ou de Sophocle et, comme pour mieux le souligner, Jacques Martin faisait intervenir dans les dernières images un mystérieux vieillard, qui interpellait les derniers témoins du drame. Proclamant d'acerbes commentaires et de solennelles sentences, ce vieillard se comportait en fait comme l'antique chœur athénien, et cette dernière scène assez étrange confirmait tout simplement la dimension littéraire de l'Enfant grec.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1979-e23

Il n'y avait ainsi plus de doute que cette étrange histoire, parue dans un journal pour les enfants, visait en réalité un public adulte et cultivé. Et Alix n'était désormais plus un héros du genre "redresseur de torts", mais plutôt un témoin, parfois passif mais toujours indigné, des nouvelles tragédies qui se déroulaient devant lui.

C'était la réponse de Jacques Martin à toux ceux qui faisaient la promotion de la BD adulte.

Alix devenait un témoin de l'Histoire plutôt qu'un aventurier, mais ce n'était pas fait pour me déplaire.  Wink


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11850 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 14 Nov - 20:27

Tarmac

Tarmac
grand maître
grand maître
A l"époque, adolescent au moment de "L'enfant grec" je n'avais pas tout à fait perçu la dimension théâtrale tragique de cet album, je n'avais pas encore la grille de lecture pour intégrer le message du Grand maître, de fait après le magistral "Spectre de Carthage" et "les proies du volcan" album sommes toutes décevant , je restais sur ma faim. "La tour de Babel", "L'empereur de Chine" ainsi que "Vercingétorix" allaient confirmer cette tendance et s'inscrire dans cette lignée. Alix devenait très adulte, Jacques Martin éduquait ses lecteurs, je grandissais avec Alix.
Merci pour ces témoignages, ça me remémore comme à nous tous d'ailleurs, la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt. Le temps passe vite

11950 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 15 Nov - 16:59

Raymond

Raymond
Admin
Ce qui est certain, c'est que j'ai beaucoup plus de plaisir à lire aujourd'hui les "albums de la maturité" (qui vont du "Prince du Nil" au "Cheval de Troie") que pendant ma jeunesse. D'une part, je fais des relectures et je m'intéresse davantage aux détails qu'à l'intrigue principale, et d'autre part j'ai moins envie de lire des BD d'aventures avec de multiples rebondissements. Et puis, j'apprécie mieux la distance un peu critique que Jacques Martin avait adoptée à la fin de sa carrière par rapport à ses personnages. Je suis plus attiré par la réflexion et la contemplation qu'auparavant, et j'ai surtout beaucoup de plaisir à relire des BD que … je n'ai pas lues très souvent, il faut l'avouer.

Mais passons aux années 80 !  Very Happy

En 1980, j'étais plus que jamais intéressé par des revues mensuelles comme A Suivre, Métal Hurlant ou Fluide Glacial, qui publiaient les BD les plus importantes du moment. Mais Tintin traversait encore une bonne période et je lisais donc cet hebdomadaire chaque semaine … mais parfois assez rapidement, il est vrai. Wink

Et c'est donc un peu "rapidement" que je fis la découverte de Jehanne de France, la deuxième aventure de Xan dessinée par Pleyers. Elle était cette fois proposée en histoire à suivre, mais je lisais toujours cette BD d'une façon assez distraite … eh oui !   deso

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-j10

Le titre de cette histoire faisait allusion aux "fausses Jeanne d'Arc" qui pullulèrent pendant quelques années après la mort de "la sainte". C'était une anecdote véridique et peu connue du XIVème siècle, et Jacques Martin la développait avec une certaine malignité. C'était pour lui une nouvelle occasion de décrire les mœurs assez féroces du Moyen-Age, et Xan ressemblait de plus en plus à une BD destinée aux adultes.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-j11

En fait, cette nouvelle BD racontait surtout le siège du château de Crousaix par l'armée de Gilles de Rais ! Cet événement militaire donnait de nouveau à Jean Pleyers l'occasion de dessiner de somptueux tableaux et il en résultait une magnifique BD historique. Que ce soient les images du château ou les scènes de bataille, Pleyers ne rechignait pas à la tâche et il offrait beaucoup de belles images à contempler. C'était déjà à cette époque une caractéristique saillante de la série.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-j12

Les mœurs scandaleuses de Gilles de Rais étaient également évoquées, mais d'une façon assez indirecte. Il y avait des enfants qui disparaissaient mystérieusement, ou de nauséabondes volutes de fumée noire qui s'échappaient d'une mystérieuse demeure, mais rien n'était explicitement désigné. Le grand procès du connétable était reporté à bien plus tard !  Wink

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-j13

Mais voilà ! Il faut bien avouer maintenant que j'ai peu de souvenirs de cette première lecture de Jehanne de France. J'en comprenais l'essentiel, certes, mais sans que cela ne me passionne vraiment. Ce n'est que bien plus tard (lors de la réédition de l'album par Casterman) que j'ai découvert les beautés et la cohérence de ces "débuts de Jhen".

Aujourd'hui, je pense que Xan (ou plutôt Jhen) n'était pas vraiment à sa place dans le journal Tintin.  Cool


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12050 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 15 Nov - 20:22

Dantec

Dantec
martinophile distingué
martinophile distingué
Je reviens un instant sur L'enfant grec, que j'ai relu à la suite du TB post 116 de Raymond. Surprise de découvrir glissé entre les pages de garde un vieil exemplaire de "L'école des lettres", une revue pédagogique qu'utilisait mon épouse lorsqu'elle enseignait les lettres classiques :

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 L_enfa12

A l'intérieur, un article signé Antoine Roux, intitulé "Une bande dessinée exemplaire", présentant un certain nombre d'analyses et d'exercices développés à partir de l'album - dans lequel il relevait deux (petites) faiblesses narratives qui ne m'avaient pas échappées :
- les deux vignettes redondantes de la page 9 montrant le Protonéion (III-2 et 4),
- la seconde vignette de la page 14 qui, avancée en fin de page précédente, aurait créé un meilleur suspense que la pique de Herkios à Enak,
mais aussi une véritable "erreur" à la dernière page (voir plus haut le post 118) qui, elle, m'avait complètement échappée, lorsque Numa Sadulus intime au vieux paysan philosophe : "Laisse-le tranquille!", alors que tout le monde sait, y compris lui, qu'Archeloüs est en réalité une fille.

Il mentionnait un autre détail qui, lui aussi, m'avait échappé, et qui témoigne du grand art de Jacques Martin : page 31, un chat noir porte-malheur traverse la route d'Enak juste avant qu'il soit arrêté dans sa fuite, faisant écho à une superstition qui existait déjà du temps des Romains :

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 L_enfa11

Oui, on n'en a jamais fini avec les grands auteurs...

12150 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 16 Nov - 8:16

Tarmac

Tarmac
grand maître
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Raymond a écrit:Ce qui est certain, c'est que j'ai beaucoup plus de plaisir à lire aujourd'hui les "albums de la maturité" (qui vont du "Prince du Nil" au "Cheval de Troie") que pendant ma jeunesse. D'une part, je fais des relectures et je m'intéresse davantage aux détails qu'à l'intrigue principale, et d'autre part j'ai moins envie de lire des BD d'aventures avec de multiples rebondissements. Et puis, j'apprécie mieux la distance un peu critique que Jacques Martin avait adoptée à la fin de sa carrière par rapport à ses personnages. Je suis plus attiré par la réflexion et la contemplation qu'auparavant, et j'ai surtout beaucoup de plaisir à relire des BD que … je n'ai pas lues très souvent, il faut l'avouer.

Avec la distanciation, les "albums de la maturité" offrent davantage de niveaux, de grilles de lecture et par surcroît d'interprétations, de réflexions possibles sur des détails, des questions sociétales que n'en ont les albums de l'âge d'or. Entre "La griffe noire" et "Le spectre de Carthage", Jacques Martin avait fait le tour justement des aventures à multiples rebondissements.
Pour ma part, c'est le contraire, j'ai plus de plaisir à me replonger dans un mythique et onirique "Iorix le Grand" ou même "Dernier spartiate" qui possèdent à mon sens une force de frappe toute autre en matière de symbologie et d'imaginaire qu'un psychologique et revisité "Vercingétorix". Le fait que certains de ces albums de l'âge de la maturité n'aient pas été lus très souvent, est par ailleurs un indice qui ne trompe pas.

12250 ans avec Jacques Martin - Page 5 Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 16 Nov - 9:55

Raymond

Raymond
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Oui, les histoires de "l'âge d'or d'Alix" (j'invente ce terme pour désigner les albums 5 à 10  Wink ) sont plus passionnantes à lire, mais je les ai tellement lues et relues que j'ouvre moins souvent ces albums, maintenant. Par contre, le Spectre de Carthage ou le Fils de Spartacus ont encore des petites choses à me faire découvrir, et c'est toujours un régal.

Mais revenons à 1980 ! Cette année-là, le journal Tintin avait fait un référendum, et les résultats avaient surtout récompensé les séries comiques (Robin Dubois, Cubitus etc.). Alix ne prenait que la neuvième place et il régressait donc un peu par rapport à son précédent classement.

Le rédacteur en chef demanda aux dessinateurs des 10 premières séries classées de faire un dessin qui commente le référendum, et voici la réponse de Jacques Martin !

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-r10

Le maître se rendait compte que l'histoire qu'il chérissait (l'Enfant grec) n'avait qu'à moitié rencontré son public, mais il prenait les choses avec philosophie.   Cool


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Raymond

Raymond
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A la fin de l'année 1980, il y eut la prépublication de l'Oasis, la septième aventure de Lefranc !

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-l10

Le sujet était assez inhabituel et je me souviens d'avoir suivi d'assez près, au moment de sa publication, cette histoire un peu revancharde. Les médias accordaient alors une grande attention aux détournements d'avion dont étaient responsables diverses factions révolutionnaires, et la relative impuissance de la police et des nations occidentales était un thème récurrent de récriminations populaires. Jacques Martin y répondit à sa façon, en imaginant une nouvelle aventure de Lefranc ! Et cette histoire raconte comment son héros harcèle les pirates d'un avion (appelons-les comme ça) en les éliminant à distance un par un, presque impunément, au moyen d'un fusil à lunettes.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-l11

Bien sûr, Lefranc ne tuait pas ses ennemis, car son fusil tirait de fines aiguilles empoissonnées contenant un puissant somnifère. Et les pirates voyaient donc leur camarades s'effondrer subitement, sans explication apparente, de manière presque surnaturelle.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-l12

L'intrigue était originale mais je ressentais tout de même une très nette réserve vis-à-vis de cette aventure de Lefranc. A l'époque, j'estimais que l'histoire était un peu trop simpliste, voir même irréaliste, et je supposais que c'était l'explication principale de mon insatisfaction. J'en tirais la conclusion que cette histoire de "sniper" était à nouveau un Lefranc de petite cuvée.

50 ans avec Jacques Martin - Page 5 1980-l13

Aujourd'hui, je formulerais différemment ma "réserve" par rapport à l'Oasis ! Je pense en fait que cette manière de combattre ne correspond vraiment pas au tempérament noble et courageux de Lefranc. Il n'y a ni noblesse ni courage à se cacher dans une anfractuosité de la montagne, et à tirer sur ses adversaires avec un fusil à lunettes, à un ou deux kilomètres de distance. Lefranc prend habituellement de grands risques pour défendre le bien et le bon droit, alors qu'il n'en prend quasiment aucun dans cette aventure. J'ai ainsi le sentiment que le vrai Lefranc ne peut pas être un sniper, et que cette façon sournoise de combattre n'est pas digne de lui.

On pourrait bien sûr considérer simplement que cette aventure est un Lefranc atypique, mais il y en a eu tellement par la suite, de ces "Lefranc atypiques" ("l'Arme absolue", "l'Apocalypse" etc.), que je ne trouve pas ce terme assez précis. L'Oasis est une histoire qui me gêne, parce que je n'imagine pas Lefranc se comporter de façon sournoise.  Jacques Martin a plusieurs fois déclaré qu'il s'identifiait à ses héros, et je me demande maintenant s'il pouvait s'y identifier dans cette situation-là.

Ceci dit, l'album ne manque pas de qualités, en particulier sur le plan graphique.

Jacques Martin était encore en pleine possession de ses moyens, et ses BD (même s'il n'en était pas le dessinateur) gardaient toujours un excellent niveau.  Cool


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