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50 ans avec Jacques Martin

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150 ans avec Jacques Martin Empty 50 ans avec Jacques Martin le Mer 2 Oct - 17:47

Raymond

Raymond
Admin
Depuis la fin de notre gros sujet consacré à Cazanave, j'ai longtemps médité sur un éventuel nouveau "feuilleton" du même genre.  

Et c'est ainsi que j'ai beaucoup hésité ! J'ai d'abord eu l'idée d'un "sujet fleuve" consacré à Richard Corben mais … je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup d'amateurs de ce dessinateur dans notre forum. Qu'en dites -vous, d'ailleurs, d'un tel sujet ?  Wink

Et puis … comme nous sommes dans un forum qui est consacré à Jacques Martin, il m'est soudain apparu une sorte d'évidence. Pourquoi ne pas refaire un grand sujet consacré à l'œuvre du maître, en changeant simplement un peu mon angle d'approche ?  Idea

Et ce nouvel angle d'approche explique le titre qui peut vous paraître un peu curieux. Pourquoi 50 ans ? Eh bien, parce que le sujet raconte chronologiquement ma découverte des BD de Jacques Martin, et parce que le chiffre 50 représente approximativement le nombre de mes années de passion pour son œuvre. Je dis "approximativement", parce que si je sais très bien quand le récit va débuter (c'est en 1964) j'ignore en revanche à quelle date il va se finir. Est-ce que ca sera au moment du décès de Jacques Martin (au début 2010) ou alors tout simplement à la fin de l'année en cours (2019), au moment où j'écris ces messages ? Ce n'est pas encore très clair ! Les années 2010 ont été racontées dans le sujet consacré aux "Enfants d'Alix" et aux "martinades", et je n'aimerais pas me répéter bêtement.

En fait, si cette chronique devait s'arrêter en 2010, elle aurait pu s'intituler "46 ans", alors que si elle se terminait en 2019, cela deviendrait plutôt "55 ans". Mais comme rien n'est encore décidé, j'ai choisi "50 ans" ! C'est un titre qui sonne bien et il représente ainsi une bonne moyenne de la durée de ma passion martinophile.  Very Happy

Je vais bien sûr développer ce sujet assez lentement, en racontant année après année les événements qui ont influencé mon intérêt pour Alix ... pour Lefranc ... pour Jhen … et pour toutes les autres productions de Jacques Martin. Cela représente un vaste programme, qui devrait alimenter le sujet au moins pendant deux à trois mois. Vous êtes bien sûr invités à participer, mais … s'il vous plait : essayez de respecter un peu le fil du sujet ! Je vous remercie d'avance de ne pas insérer des messages abscons ou inopportuns en plein milieu d'une discussion. Je serais alors très capable de les supprimer, sans autre forme de procès.  gourdin

Voilà ! J'espère que tout est bien clair. Ce sera un rendez-vous (presque) quotidien avec Jacques Martin et donc … à demain !  Wink


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250 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 2 Oct - 18:54

eleanore-clo

eleanore-clo
bédéphile pointu
bédéphile pointu
Bonsoir Raymond
Je lirai fidèlement votre chronique. Very Happy
Merci pour tout ce que vous faites et pour cette vie, virtuelle peut être mais si réelle par tant de ses aspects, que vous nous offrez. pouce
Eléanore

350 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 3 Oct - 10:40

Raymond

Raymond
Admin
Merci eleanore-clo !   pouce

Et je commence !  Very Happy

Connaissez-vous l'Etivaz ? En fait, il y a bien peu de chance que vous ayez entendu parler de ce minuscule village, localisé dans les Alpes vaudoises. Mais peut-être avez vous quand même dégusté une fois son délicieux fromage, à l'appellation d'origine contrôlée. Il a une pâte dure qui ressemble à celle du Gruyère, mais sa saveur est bien plus corsée. Il est devenu depuis quelques années mon fromage préféré.

Pour trouver ce village, il faut suivre la route du col des Mosses, en partant de Château-d'Oex. La route montagnarde fait de nombreux zigzags, et puis après 15 minutes de voiture, au coin d'un virage, on découvre un arrêt de bus, entouré de quelques chalets traditionnels, ainsi que d'un hôtel et d'une épicerie. Et vous y êtes ! C'est l'Etivaz, un petit village perdu dans la montagne, qui n'a de prime abord rien de particulier.

50 ans avec Jacques Martin 1964-l10

Les habitants de la commune vivent dans de nombreuses fermes dispersées, situées dans un vallon qui prolonge le village. Et c'est là que j'ai passé de nombreuses vacances d'été et d'hiver pendant mon enfance, avec mon petit frère.

C'est aussi dans ce lieu un peu perdu que commence notre histoire !  Very Happy


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450 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 3 Oct - 13:16

Raymond

Raymond
Admin
Au début des années 60, les ouvriers qui vivaient à Genève n'avaient bien souvent pas les moyens de partir en vacances. C'était en particulier le cas de mon père, et ce dernier avait pris l'habitude de nous envoyer pendant l'été chez des paysans de montagne. C'était un service qui était offert à tous les ouvriers de la CIP, l'usine dans laquelle il travaillait, et c'est ainsi que j'ai découvert au fil des années, avec mon frère, la vie très rustique des montagnards de Champéry, de Glion ou de l'Etivaz.

Et mon histoire commence donc à l'Etivaz, en 1964, dans une ferme qui avait accueilli plusieurs enfants qui avaient entre 7 et 10 ans. Il n'existait bien sûr aucune activité organisée et nous passons nos journées autour de la ferme, en faisant ce que nous voulions. En fouinant dans mes albums, j'ai retrouvé une vieille photo des deux "loupiots" (c'est ainsi que mon père nous appelait, mon frère et moi). Elle a été prise en 1964 à l'Etivaz, et elle vous mettra un peu dans l'ambiance de l'époque.

50 ans avec Jacques Martin 1964-l11

A côté de la ferme, il y avait une écurie vide car le bétail était envoyé chaque été vers les alpages, où l'on faisait le fromage. L'endroit était assez sombre et pas très propre, mais nous y passions beaucoup de temps car c'était un terrain très propice pour divers jeux. Et c'est ainsi que pendant le premier jour des vacances de 1964, en explorant cette écurie, j'ai découvert un journal de Tintin tout humide et tout moisi, qui n'avait même pas de couverture (du moins dans mes souvenirs) et que j'ai gardé précieusement pendant tout l'été. En me remémorant de certains détails, j'en ai conclu qu'il s'agissait du Tintin N° 770 (édition française).

50 ans avec Jacques Martin 1964-j10

C'était à l'époque un véritable trésor, que j'ai lu et relu presque tous les jours que j'ai passé dans cette ferme. Il contenait en particulier une planche d'Alix qui me fascinait et, encore aujourd'hui, je me souviens de ses images avec une émotion très intense.

50 ans avec Jacques Martin 1964-j12

C'était la première page d'Alix que je découvrais, et c'était vraiment un début en fanfare. J'ai contemplé tous les jours cette page qui était un véritable mini-récit, et même une histoire presque autonome. J'en connaissais presque par cœur les récitatifs et, alors que j'ai oublié par la suite la plupart des BD que ce journal contenait, cette planche des Légions perdues est restée pour toujours dans ma mémoire. C'était vraiment une BD parfaite.  Cool

Mais intéressons nous d'abord aux autres BD que ce Tintin N° 770 contenait ! Etaient-elles insignifiantes ? Je vous montrerai tout cela demain.  Wink


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550 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 3 Oct - 18:27

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Je ne t’interromps qu’une seule fois pour te dire le plaisir que je vais avoir à lire ta prose. Une jolie gourmandise !

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650 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 3 Oct - 18:37

Raymond

Raymond
Admin
Mais ... il ne faut pas avoir peur de m'interrompre !   pirat

Je me suis peut être mal exprimé. J'ai beaucoup de plaisir si vous faites des remarques, mais je souhaite que cela reste en rapport avec le sujet, qui est l'œuvre  de Jacques Martin.

Ce forum est un lieu de discussions, et il n'est pas destiné aux monologues. Wink

Dans le sujet dédié à Cazanave, cela marchait d'ailleurs finalement très bien. Cool


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750 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 3 Oct - 18:40

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Je prends note!

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850 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 4 Oct - 16:35

Raymond

Raymond
Admin
Lorsque j'ai eu l'envie de lancer ce sujet, il y a environ 1 mois, je me suis bien sûr mis à la recherche du N° 770 du journal Tintin, que je n'avais pas relu depuis 55 ans. Heureusement, avec des sites de vente comme eBay, il est très facile de nos jours d'obtenir de tels vieux journaux.

J'attendais avec curiosité ce vieux magazine, et lorsque je l'ai enfin reçu par la poste, il y a environ deux semaines, la surprise a été énorme. Le contenu de ce Tintin ne ressemblait vraiment pas à ce que je prévoyais.

Je vous ai déjà montré la couverture du journal, dont je n'avais pas souvenir … mais il me semble que le vieux Tintin trouvé à l'Etivaz n'en avait pas. Il commence avec une "histoire vraie" de Liliane et Fred Funcken, consacrée au pape Jean XXIII qui venait alors de mourir. Je me souvenais vaguement d'avoir lu cette histoire, mais j'ignorais que cela remontait à 1964. Bon ... ce n'est au fond qu'un écart mineur.

50 ans avec Jacques Martin 1964-j13

Il y a ensuite une vieille BD de Berck et Duval, qui est une aventure de Rataplan. C'est effectivement une œuvre insignifiante, propre à être oubliée, et il n'y a donc pas non plus de surprise avec ce titre-là.

50 ans avec Jacques Martin 1964-j14

Et puis vient ensuite la première aventure de Zig, Puce et Alfred dessinée par Greg ... gasp !  scratch  De cela aussi, je n'avais aucun souvenir ... alors que j'ai pourtant dû parcourir le journal assez souvent. Je croyais que cette BD m'était restée totalement inconnue avant que j'achète l'album pendant les années 90. Grosse erreur ! Embarassed

50 ans avec Jacques Martin 1964-j15

Et puis il y a Dan Cooper, et les 3 A de Tibet, Mitteï et Duchateau, et encore Alain Landier dont je suis tout autant amnésique. Je connais bien sûr ces histoires, mais je suis tout étonné de les avoir déjà lues à l'Etivaz.  What a Face

50 ans avec Jacques Martin 1964-j16

Et il y a encore le merveilleux Pom et Teddy de François Craenhals, avec le Bouddha des Eaux. Je possède bien sûr l'album, mais comment ai-je pu oublier que j'en avais déjà vu des images  longtemps auparavant.  silent

50 ans avec Jacques Martin 1964-j18

Et puis arrive Rock Derby, dans le Défi de l'invisible. De cette BD, j'avais quelques souvenirs, et (pour une fois) il n'y a pas vraiment de surprise ... même si ce n'étaient pas les pages que j'attendais.  

50 ans avec Jacques Martin 1964-j17

Mais voici que viennent 2 pages de Michel Vaillant, dans le Retour de Steve Warson. C'est un album que j'ai lu et relu maintes fois, et je suis vraiment surpris d'apprendre que j'avais déjà contemplé ces images en 1964. Shocked

50 ans avec Jacques Martin 1964-j19

Et  puis … il y a encore le très beau Chlorophylle de Raymond Macherot ! Aucun souvenir !   pale

50 ans avec Jacques Martin 1964-j20

Et enfin ... il reste le pire ! Contrairement à ce dont je me souvenais, il n'y a pas une page des Légions perdues dans le Tintin N° 770, mais deux. Et en creusant bien dans ma mémoire, je me rappelle maintenant de l'avoir bien vue à cette époque-là. Le suspense intolérable sur la fin de l'histoire, qui a duré 2 ans jusqu'à l'achat de l'album, ne concernait pas la planche que je vous ai déjà montré (la 59ème de l'histoire), mais plutôt la suivante, qui laisse elle aussi Alix dans une situation très pénible.  

50 ans avec Jacques Martin 1964-j21

C'est donc une "cata" !  J'ai presque tout oublié de ce journal que j'ai lu et relu maintes fois ! Comme l'a chanté Boris Vian : "C'est même plus un cerveau, c'est de la sauce blanche" !  affraid

Par contre, la planche 59 des Légions perdues, je m'en souviens très bien ! Comme si c'était hier !

Alors, pourquoi mon souvenir a t-il été aussi sélectif ? Eh bien, je crois que, l'explication est toute simple. Cette page de Jacques Martin possède un impact et une force de persuasion tellement exceptionnelle qu'elle a relégué dans l'ombre toutes les autres BD. Et si cette page possède une telle puissance, capable de me faire oublier toutes les autres séries du même journal, cela veut dire que l'auteur a dessiné un véritable chef d'œuvre.

Cette planche est-elle vraiment exemplaire ? J'ose en effet l'affirmer, et je me propose même d'en faire la démonstration demain, en rédigeant une très sérieuse analyse de planche.

Et oui, j'ose tout !   Wink

A demain, donc !


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950 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 5 Oct - 15:47

Raymond

Raymond
Admin
Voilà ! Comme promis, je me lance dans une petite analyse de planche !  

Commençons d'abord par présenter la planche tout entière ! Vous remarquerez que j’ai cette fois scanné la page de l’album des Légions perdues, car je trouve que les couleurs y sont plus belles. Par ailleurs, ces teintes assez sombres évoquent mieux à mon avis l’ambiance glauque du petit jour… qui est déjà en elle même inquiétante.

50 ans avec Jacques Martin Planch16

Rappelons ensuite le contexte général du combat qui va se dérouler. Alix s’est emparé de l’épée de Brennus, un symbole historique qui serait capable de rassembler tous les gaulois dans une nouvelle guerre impitoyable contre Jules César. Garofula, l’agent de Pompée, veut reprendre cette épée mais Alix et ses amis se sont retranchés dans un vieux village fortifié. Ils ont attendu toute la nuit l’assaut de leurs ennemis, et commencent à perdre patience.

La suite au post suivant !  Wink


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1050 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Sam 5 Oct - 16:01

Raymond

Raymond
Admin
La première bande montre l’assaut brutal des adversaires d’Alix contre le petit village. Ceci est souligné par un joli mouvement horizontal de gauche à droite, qui est subtilement indiqué par l’épée du gaulois criant « à l’attaque ». Ce mouvement semble s’arrêter devant le personnage de la troisième case, qui se dresse verticalement et qui repousse les assaillants. Toute la bataille est en fait résumée dans cet unique strip !

50 ans avec Jacques Martin 1zore-10

Dans la première case, Jacques Martin choisit de dessiner des guerriers en gros plan. Les gestes du gaulois qui crie sont tracés d’une façon précise et très suggestive, et ceci me fait supposer que le dessinateur a utilisé la méthode de d’Hergé. Ce dernier faisait en effet des crayonnés d’après nature, pour bien saisir les gestes de ses personnages, avant de reprendre ses dessins sur la planche. Jacques Martin travaillait à l’époque dans le studio d’Hergé, il me semble logique d’imaginer qu’il se conformait lui aussi à cette technique.

50 ans avec Jacques Martin Case-110

La case suivante montre la ruée des assaillants, qui apparaissent comme des ombres à moitié cachées par les gros pieux du village. Le dessin reste sobre et ne contient pas de ligne de mouvement, mais le mouvement de gauche à droite est puissamment suggéré par les pointes qui semblent se dresser contre les attaquants.

50 ans avec Jacques Martin Case-210

La troisième case montre Agérix faisant face aux assaillants. Ce dessin est animé par une formidable énergie, grâce en particulier aux traits crispés du  combattant, à ses muscles qui paraissent saillants et surtout aux grandes lignes de mouvements qui tracent les grands coups d’épée que le défenseur assène à ses adversaires.

Cette case m’a toujours fasciné et les anciens membres du forum d’Alix se souviennent peut-être que cette image m’avait au début servie d’avatar. Mon admiration était presque devenue une identification.    Very Happy

50 ans avec Jacques Martin Case-310

Après avoir d’abord dessiné un schéma global de l’assaut, Jacques Martin rassemble dans la deuxième bande des scènes de combats disséminées sur les remparts. Chaque défenseur affronte une situation particulière, et l’auteur expose ainsi en détail le déroulement de la bataille. Et cette composition est très efficace car, en trois cases, Jacques Martin va habilement résumer tout le combat !

50 ans avec Jacques Martin 2zome-10

Dans cette quatrième case, l’auteur nous montre l’agressivité et la force de Porius, qui se révèle être un redoutable combattant. On retrouve de nouveau dans ce dessin cette énergie et cette force qui me semblent caractéristiques du style de Jacques Martin. L’attitude générale du personnage, les lignes de mouvement qui montrent de formidables coups de taille et d’estoc, ainsi que les débris d’une épée qui voltigent en l’air illustrent à merveille la violence de la bagarre.

50 ans avec Jacques Martin Case-410

La cinquième case continue dans le même registre. Cette fois, c’est Alix qui repousse ses adversaires grâce aux larges coups qu’il réalise avec l’épée de Brennus, tandis qu’Enak participe lui aussi au combat en lançant de grosses pierres sur ses adversaires. Le visage d’Alix est dominé par la fureur, et le dessinateur ne montre que les têtes et les armes des attaquants qui semblent complètement dominés par la haute stature du défenseur.

50 ans avec Jacques Martin Case-510

Dans les récits de batailles, les narrateurs insèrent souvent des scènes plus calmes, contenant de courts dialogues. Et au milieu de cet assaut, Jacques Martin choisit pour sa part de montrer l’isolement de Galva, qui n’est pas attaqué par les gaulois et qui exprime sa perplexité. Cette petite scène introduit une pause tout à fait réaliste dans le combat. C’est aussi un habile contrepoint par rapport aux violentes images qui entourent cette sixième case.

50 ans avec Jacques Martin Case-610

La troisième bande raconte la conclusion logique de cette bataille, qui est bien sûr perdue par les assaillants. Alix et ses amis restent maîtres du terrain, mais l’auteur va assez vite nous montrer que c’est une « victoire à la Pyrrhus ». Les dernières images de cette planche vont être très cruelles.

50 ans avec Jacques Martin 3zome-10

La septième case nous montre à nouveau Alix et Enak en train de refouler leurs adversaires, et cette redoutable efficacité des défenseurs du village est suivie d’une conséquence logique. « En arrière » crie le chef des assaillants ! Ce premier assaut semble perdu, mais la bataille n’est bien sûr pas terminée pour autant.

50 ans avec Jacques Martin Case-710

La case suivante montre un premier drame ! Le puissant et pittoresque Porius, qui était devenu un ami d’Alix, est brutalement tué par un poignard lancé par un adversaire qui faisait retraite. Jacques Martin n’utilise pas d’effet graphique pour montrer ce coup mortel, et utilise cette fois plutôt la « bande-son », si j’ose dire. « Victoi … Haah » dit le personnage, avant que son souffle soit coupé par l’arme qui lui perce le corps. Cet effet reste très sobre, mais le lecteur a totalement compris.

50 ans avec Jacques Martin Case-810

Dans la neuvième case, Alix pose l’épée de Brennus en remarquant qu’elle pèse très lourd. C’est presque un gag, car il me semblait dès le départ un peu irréaliste qu’un adolescent puisse utiliser efficacement une arme aussi grosse. Mais on accordera à Jacques Martin la liberté d’utiliser un certain degré de « licence poétique », car les aventures d’Alix ne sont dans le fond jamais très réalistes. Sinon, cet petite scène de repos aurait très bien pu conclure le combat. Mais aux yeux de Jacques Martin, elle était certainement trop banale.

50 ans avec Jacques Martin Case-910

En fait, dans la grande tradition de la B.D. franco-belge, la dernière case de la planche devait créer un suspense dont la solution n’était révélée que la semaine suivante. Jacques Martin semble se conformer à cette habitude, car il montre les visages stupéfaits d’Alix et Enak qui ont entendu un cri déchirant. Cependant, cet appel mystérieux (qui provient d’Agérix) révèle surtout un nouveau drame. C’est un deuxième ami d’Alix qui va mourir après cette bataille implacable, et la victoire du héros devient bien amère. Déjà à cette époque, Jacques Martin aimait raconter des aventures qui se terminent dans la tristesse.

50 ans avec Jacques Martin Case-111

C’est donc une histoire complète que nous raconte cette planche, où l’on trouve presque tout ce qui définit une bonne aventure. On y trouve en effet de l’action, ainsi que du suspense, des exploits, des émotions et des morts dramatiques. Le dessin de Jacques Martin se montre à la fois nerveux et réaliste, et l’auteur utilise en plus de beaux effets de mise en page, qui soulignent certains mouvements et qui donnent à l'ensemble une énergie fascinante. C’est en plus une planche que l’on peut lire et relire sans se lasser, et sans y trouver la moindre erreur. A mon avis, c’est vraiment un petit chef-d’œuvre du Neuvième Art, que le dessinateur a réalisé avec cette page mémorable.

Et c’est ainsi que je me dis que, finalement, ce n’est pas la maladie d’Alzheimer qui m’a fait oublier toutes les autres pages de ce vieux journal de Tintin. C’est plutôt ma fascination pour cette planche parfaite qui m’a fait perdre tout intérêt pour le reste du journal.   Very Happy

Le grand maître de la vérité historique m’avait stupéfié pour la première fois ! Ce n’allait bien sûr pas être la dernière.

Je ne le savais pas encore, mais j’étais (déjà à l’âge de 10 ans) presque devenu un « martinophile ».    Wink


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1150 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Dim 6 Oct - 14:46

Raymond

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Admin
A la fin des vacances, j'ai bien sûr abandonné ce vieux journal tout moisi et je suis retourné à mes occupations habituelles. Mais cette aventure d'Alix continuait à m'obséder. J'y pensais souvent et je me demandais surtout comment Alix et ses amis s'étaient échappés du piège dans lequel Garofula les avait emprisonnés.

"Suspense" me direz vous, mais lequel ? Eh bien, rappelez vous des dernières images de la deuxième planche du journal ! Alix est effectivement en mauvaise posture.

50 ans avec Jacques Martin 1964-j22

Les ennemis de César attaquent … mais que va faire Alix ? Et que va t-il se passer ? J'y ai pensé pendant deux ans, jusqu'à ce que mes parents nous achètent l'album. Et alors …  la solution trouvée par Jacques Martin m'a fort étonné.

Aujourd'hui, tout le monde connait la suite. C'est la horde du loup qu'Alix avait sauvé d'un piège, peu de temps auparavant, qui va intervenir et entourer la troupe de Garofula pour l'empêcher d'avancer. Alix est ainsi sauvé par une horde de loups. Belle idée de Jacques Martin, peut être pas très réaliste, mais tellement poétique.  Very Happy

Mais était-ce vraiment une idée de Jacques Martin ? Rappelons-nous en effet du film le Miracle des Loups, tourné par André Hunebelle et interprété entre autres par Jean Marais. Il avait été tourné en 1961 et il proposait une scène tout à fait identique. L'héroïne, une princesse poursuivie par des méchants, était sauvée miraculeusement par une horde de loups, qui faisait obstacle aux soudards déterminés à la capturer.

https://www.programme-television.org/films-telefilms/action-aventure/le-miracle-des-loups

J'imagine que certains d'entre vous connaissent ce vieux film de cape et d'épée.

Et je me demande si Jacques Martin n'a pas eu deux ans plus tard, en dessinant les Légions perdues, une petite réminiscence ?   Wink  

Mais peu importe ! Ce que je voulais surtout dire, c'est qu'il m'a fallu attendre deux ans pour connaître la fin de l'histoire. Et c'est long, deux ans, quand on est seulement âgé de 10 ans.

Mais comme on lisait surtout des journaux, à cette époque-là. on en avait l'habitude. Cool


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1250 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 7 Oct - 11:50

Raymond

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Cette longue attente de la suite d'une page, et ce suspense interminable qui conduit à imaginer toutes sortes d'hypothèses, cela me rappelle un autre souvenir qui concerne cette fois l'Ouragan de Feu !  Idea

Je ne sais plus en quelle année j'ai découvert cette planche de Lefranc dans un vieux journal. C'était peut-être même avant la fameuse page des Légions perdues. Elle montre une scène qui se situe un peu avant la fin de l'album. On y voit Lefranc suspendu à une corde au dessus de la mer en flamme, et  à la fin de la planche, le nœud qui retenait le bras de Lefranc se dénoue. Le héros tombe alors au milieu des flammes.    

Voilà cette planche !

50 ans avec Jacques Martin 196x-o10

J'ai bien dû attendre une dizaine d'années (car la réédition par Casterman de l'Ouragan de Feu n'est parue qu'en 1975) avant de connaître la solution que Jacques Martin avait trouvée pour sauver Lefranc. J'avais imaginé toutes sortes d'hypothèses peu probables, sans imaginer que le choix de Jacques Martin était bien plus simple. Lefranc tombe directement dans l'eau, et il n'a pas le temps d'être brûlé par les flammes.  Wink

Je me suis senti assez bête, en 1975, en lisant l'album. Mais pendant les 10 ans qui précédaient, je me suis interrogé sur cette case qui étaient bien angoissante, vous serez d'accord avec moi.

50 ans avec Jacques Martin 196x-o11

On savait attendre en ce temps-là !  Very Happy


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1350 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 7 Oct - 16:19

comte lanza


alixophile
alixophile
Juste un petit retour sur l'épisode des loups dans Les Légions perdues.
Raymond évoque la possibilité d'une réminiscence du Miracle des loups, film de 1961.
En fait, si réminiscence il y a eu, elle pourrait être plus ancienne (remontant à l'enfance de Jacques Martin) car la première mouture du film date de 1924 (d'après un roman de la même année) et le film ressortit en version sonorisée en 1930 (quand J. Martin avait 9 ans). Qui sait s'il a vu ce film, semble-t-il à grand spectacle, dans sa jeunesse ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Miracle_des_loups_(film,_1924)

Le scénariste du film de 1961 était l'auteur du roman paru en 1924, Henry Dupuy-Mazuel (mort en 1962 d'ailleurs).

1450 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Lun 7 Oct - 17:11

Raymond

Raymond
Admin
Oui, c'est bien sûr possible, d'autant plus que les souvenirs d'enfance laissent généralement une émotion très forte, et qu'il sont ainsi davantage susceptibles de laisser une marque dans l'inconscient.

Ceci dit, les Légions perdues ont été dessinées deux ans après la sortie du film d'André Hunebelle ... qui avait à l'époque rencontré un certain succès.  Wink


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1550 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mar 8 Oct - 17:58

Raymond

Raymond
Admin
Passons maintenant à l'année 1965 !  

Pour mon frère et moi, ce fût l'année du grand changement. Mes parents venaient de divorcer et nous sommes allés habiter chez ma mère, dans un autre quartier. Cela a entraîné tout un tas de changements, en particulier par rapport à nos amis, et … cela a aussi changé nos habitude en matière de BD.   Wink   

Jusqu'alors, nous lisions surtout le journal de Mickey et les petits formats, en grande partie parce que c'était cela qui coûtait le moins cher, et aussi parce que tout le monde lisait ça. Mais après avoir déménagé, nous nous sommes retrouvés avec des camarades ayant des habitudes différentes, qui lisaient davantage Spirou et Tintin, ainsi que les albums Dupuis et Lombard. Et après quelques échanges, nous avons découvert l'intérêt de Buck Danny, de Lucky Luke et du Spirou de Franquin, sans compter bien sûr Johan et Pirlouit et les Schtroumpfs, que nous connaissions déjà. Nous avons alors demandé à ma mère de nous acheter le journal de Spirou (à la place de Mickey), car il contenait toutes ces nouvelles BD que nous aimions. C'était un vrai renversement de nos priorités.    Cool

Et le journal de Tintin ? Eh bien, il nous paraissait nettement moins attractif à cette époque.  Certes, il y avait dans le journal Tintin lui-même, qui était notre BD fétiche, mais nous avions presque tous les albums et …. les nouveautés étaient rares. Nous n'avions pas encore "accroché" aux autres belles séries du journal (Michel Vaillant, Ric Hochet et les autres), et nous regardions assez distraitement cet hebdomadaire lorsqu'il nous passait (de temps en temps) entre les mains.

Et c'est ainsi qu'au cours de l'année 1965, nous avons découvert le Mystère Borg, sous la forme de petits fragments intermittents. C'était beau et bien dessiné, mais l'intrigue ne paraissait guère passionnante.   Wink

J'en garde le souvenir de certaines images de montagne, et surtout des descentes à ski qui étaient remarquablement bien documentées. On comprenait d'emblée que le dessinateur connaissait parfaitement la technique du ski. Les gestes des skieurs étaient toujours exacts, et certaines images réveillaient même une certaine admiration.

50 ans avec Jacques Martin 1965-m11

Le Mystère Borg est au fond une sorte de "polar de montagne", où l'auteur prend tout son temps pour introduire une ambiance très locale, et tout ça ne m'intéressait pas vraiment. Il aurait fallu qu'il y ait plus d'action et ne trouvait guère que des scènes sportives, dans cette histoire un peu trop lente pour un gamin de 11 ans.

50 ans avec Jacques Martin 1965-m14

Il y a certes une grande poursuite dans cette histoire, où l'on voit Lefranc dévaler les pentes à toute vitesse pour rattraper Axel Borg. Il y a même une séquence spectaculaire, pendant laquelle Lefranc fait un grand saut en se dirigeant vers son adversaire. Borg pointe alors le bâton de son ski vers Lefranc et … Lefranc évite tout juste d'être embroché par la pointe du baton ! L'idée est très belle ! C'est une des seules scènes qui m'avait alors impressionné.

50 ans avec Jacques Martin 1965-m13

Mais au total, sur la base de quelques extraits, cette BD me paraissait assez banale. Lorsque l'album paru quelques mois après, je n'y ai guère accordé d'attention (tout comme mon frère d'ailleurs) et ce n'est que 10 ans plus tard que j'ai redécouvert les beautés de cet album. Mais je reviendrai ultérieurement sur ce sujet … en temps voulu.   Cool

Ce qui est certain, c'est que les garçons de 11 ans peuvent être des lecteurs impitoyables. Very Happy


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1650 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 9 Oct - 6:51

Draculea

Draculea
grand maître
grand maître
Ton autobiographie d'un jeune lecteur dont les habitudes subissent une inflexion en conséquence indirecte d'un divorce est très émouvante. Very Happy

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1750 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 9 Oct - 13:43

fleng

fleng
grand maître
grand maître
Merci pour cette nouvelle rubrique Raymond!

Replacer la découverte des planches de Jacques Martin dans son contexte (âge et époque) est une très bonne idée.

pouce

1850 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 9 Oct - 14:31

Monocle

Monocle
docteur honoris causa
docteur honoris causa
Beau sujet Raymond! Nous avons a peu près le même  âge et j’ai commencé à lire le journal de Tintin a peu près à la même époque que toi. Mes parents voulaient que j'abandonne le Journal de Mickey. Je devenais trop grand pour ne lire que ça! (Il m'ont aussi mis entre les mains, en même temps Jules Verne et Flaubert que j'ai adoré) je me rappelle parfaitement du Mystère Borg. Le début et les séquences dans la neige sont celles qui m'avaient le plus frappé à l'époque et j'attendais avec impatience la suite, passionné par l'intrigue.
Paradoxalement, à cette époque, j'étais plus intéressé par Dan Cooper et Chlorophylle. Je n'aimais pas Pom et Teddy (Je disais:" Pouah! c'est pour les enfants" Very Happy )
Quant à Alix, mon souvenir le plus ancien remonte au Tombeau étrusque aux scènes de la nécropole. Curieusement, les aventures précédentes que j'avais pu lire ne m'avaient pas passionné. C'est bien plus tard que j'ai redécouvert Jacques Martin, au cours des années 80 en tombant par hasard sur "les écorcheurs" le dessin de Pleyers (Quoi? c'est le même qui publiait dans Métal Hurlant une BD sf dont j'ai oublié le nom!) et l'univers de Jhen.

1950 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 9 Oct - 14:36

eleanore-clo

eleanore-clo
bédéphile pointu
bédéphile pointu
Bonjour

Je n'ai pas une aussi bonne mémoire que Raymond  Crying or Very sad . Néanmoins et pour participer au sujet, je confie avoir découvert Alix et Lefranc dans les reliures du journal Tintin. Pour Alix, mon souvenir le plus ancien est celui de planches du Tombeau étrusque. Les adeptes de Moloch m'effrayaient. Leur cagoule semblait cacher je ne sais quelle monstruosité qui ressortait dans leurs actes  affraid . Pour Lefranc, mon premier contact fût avec l'admirable Repaire de loup. Les images sublimes de Bob de Moor me rappelaient (et m'évoquent toujours  Smile ) la montagne des vacances familiales à Bourg Saint-Maurice. Et le barrage local, celui de Tignes ressemble à celui du Val d'Annifer !  Very Happy

Cordialement
Eléanore

2050 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Mer 9 Oct - 17:48

Raymond

Raymond
Admin
Merci à tous !    Very Happy

Le but du sujet est évidemment de revoir les albums de Jacques Martin avec un autre regard que celui que nous avons maintenant. Cela permet aussi de retrouver une époque pendant laquelle la valeur d'une BD n'était pas toujours bien établie (surtout pour un enfant).

Continuons maintenant notre parcours chronologique !   pirat  

Quelques mois après la découverte du Mystère Borg (que nous avions clairement dédaigné), un camarade de mon frère nous a prêté un album qui nous a fait une bien plus forte impression. Il s'agissait cette fois de la Grande Menace, une BD qu'il était impossible de trouver à Genève à l'époque (l'album n'a été réédité qu'un an plus tard par Casterman, en 1966).

50 ans avec Jacques Martin Grande12

Cette œuvre a vraiment été une révélation, car nous avions rarement lu une bande dessinée d'un tel niveau de qualité. Tout y était fascinant, que ce soit la longue et passionnante poursuite qui introduit l'intrigue, la profusion d'idées qui renouvellent la narration, les personnages souvent haut en couleurs, l'utilisation subtile des décors alsaciens, la petite ambiance "à la Blake et Mortimer", ainsi que le rythme de l'histoire et son formidable suspense final. C'était un album presque "hypnotique", que l'on lit sans s'arrêter de la première à la dernière page, et que l'on reprend tout de suite après ... avec l'espoir découvrir de nouveaux détails.

C'était aussi une vraie BD de garçon (pourrait-on dire). En tout cas, dès ce jour-là, nous avions identifié Jacques Martin comme étant un auteur à suivre. Et nous ne l'avons plus oublié depuis lors.

Mais reprenons quelques images mémorables !

Il y a d'abord cette mystérieuse Bentley qui s'enfuit de la douane, événement qui est bien sûr le point de départ de cette intrigue. Jacques Martin ne prend presque jamais le temps d'introduire les protagonistes de cette histoire. Le récit commence avec de l'action, puis il continue avec de l'action sans jamais s'arrêter, tandis que l'explication des péripéties est souvent nimbée d'un certain mystère.  

50 ans avec Jacques Martin 1965-g10

Il y a ensuite le château de Haut-Königsbourg, un édifice encore peu connu à cette époque, qui s'est d'emblée hissé avec cet album au niveau des sites de légende. Jacques Martin le décrit avec une telle précision, et avec une telle abondance de détails, que l'on a l'impression de le visiter en même temps que Lefranc.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g11

C'est d'ailleurs au cours de la visite de ce château que Lefranc rencontre Jeanjean, habillé d'un pantalon court et d'une cape. En 1965 déjà, cette tenue paraissait vieillotte, mais elle captait par contre efficacement le regard. Et au fond, le côté "vintage" de ces tenues donnait un charme particulier à l'histoire.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g12

Et que dire de l'intérieur de la maison d'Axel Borg. J'ai dit précédemment que Jacques Martin ne prenait pas le temps de présenter ses personnages, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Axel Borg nous est révélé d'une façon progressive et malicieuse, et il se présente d'abord comme un grand seigneur. Etant enfant, je rêvais souvent de vivre dans un château avec un intérieur aussi luxueux.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g13

Et puis il y a cette image de Riquewihr, qui s'était imprimée durablement dans mon imagination. Lorsque j'ai visité ce village 30 ans plus tard, j'ai repris l'album pour comparer la BD avec la réalité. J'ai alors été très surpris de constater que Jacques Martin n'avait dessiné qu'une seule case qui décrive cet endroit. Dans mes souvenirs, il y avait une profusion de belles images.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g16

Mais il ne faut pas oublier les scènes d'action, parfois très spectaculaires. il y a par exemple cette collision en plein vol de l'avion militaire "Mistral" contre l'hélicoptère rouge des gangsters. C'est certainement un des temps forts de l'histoire, car Jacques Martin n'a jamais eu peur d'être un peu cruel.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g14

Et puis, il y a finalement cette magnifique fusée qui va menacer la capitale française. Jacques Martin prend tout son temps pour décrire sa préparation, son envol, son parcours dans la stratosphère, puis son long vol au dessus de la campagne française. Cet engin de mort était réellement fascinant, et le dessinateur n'a malheureusement pas réussi par la suite à réinventer une autre arme aussi efrayante.

50 ans avec Jacques Martin 1965-g15

"La Grande Menace était une menace", a déclaré un jour E. P. Jacobs ! C'était en tout cas un aveu lucide, venant d'un dessinateur de talent qui savait bien repérer les confrères susceptibles de l'égaler. Cela montrait aussi à quel point cet album pouvait être fascinant. Jacques Martin n'a hélas pas toujours été aussi bon par la suite, en dessinant les aventures de Lefranc.

Quant à mon frère et moi, nous étions cette fois convaincus d'avoir lu un chef d'œuvre. Et bien sûr, nous étions aussi devenus des "martinophiles".  Very Happy


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2150 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 10 Oct - 12:10

Raymond

Raymond
Admin
En 1966, nous vivions un véritable âge d'or de la bande dessinée, mais nous ne le savions pas encore.

Il y  avait d'abord chaque semaine le journal Spirou, qui était dirigé par Delporte, et qui nous permettait souvent de faire de belles découvertes. On y lisait non seulement des planches de Peyo, Franquin, Hubinon, Jijé et Morris, mais il y avait encore les meilleures histoires de Sibylline par Macherot, ainsi que l'intriguant mélange de sérieux et d'humour qui caractérisait Gil Jourdan. C'était nouveau, et nos goûts s'affinaient !

Et puis, nous commencions à découvrir le journal Pilote, qui publiait des BD attirantes comme Michel Tanguy et Barbe Rouge. Astérix, on ne connaissait pas encore très bien … mais ça n'allait pas tarder.   Wink

Et enfin, il y avait Tintin qui devenait de plus en plus intéressant, avec des séries comme Michel Vaillant (que nous commencions à aimer), Alix, Blake et Mortimer (que l'on considérait alors comme une BD pour adultes) et surtout Ric Hochet qui nous enthousiasmait dans son Rapt sur le France.

Et puis du côté de Jacques Martin, c'était encore mieux ! Il y avait enfin des albums d'Alix à nouveau disponibles en librairie, grâce aux éditions Casterman. Nous les avions vite repéré et je ne sais plus exactement à quelle date nous avons reçu les deux premiers albums. Ils étaient parus en même temps et s'intitulaient la Griffe Noire et les Légions perdues. Nous nous rendions compte qu'avec des auteurs comme Jacques Martin ou E.P. Jacobs, la BD prenait une certaine hauteur, et que ce n'était plus seulement un passe-temps infantile.

Ces deux albums, je les ai toujours et ils ne sont pas en bon état. Ils ont été lu et relus, et bien sûr triturés de toutes les manières possibles. Ils ne sont donc pas en bon état mais les cahiers tiennent encore ensemble, et les couvertures ont plus ou moins bien résisté. Quand j'y pense … on faisait vraiment du solide en ce temps-là.  Wink

50 ans avec Jacques Martin Griffe11                                    50 ans avec Jacques Martin Lzogio10

Et il y avait encore les quatrièmes plats ! Non seulement ils étaient beau, mais ils révélaient en plus tout un tas d'informations intéressantes, sur les albums que nous n'avions pas !

50 ans avec Jacques Martin Alix-410

C'était tout un monde qui s'ouvrait à nous !  Very Happy


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2250 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 10 Oct - 12:27

eleanore-clo

eleanore-clo
bédéphile pointu
bédéphile pointu
Bonjour

Rapt sur le France est le premier titre avec lequel j'ai découvert Ric Hochet. Cet univers luxueux à mille lieues de celui dans lequel je vivais, ce huit clos diabolique (même si j'ignorais à l'époque la locution), ce voyage vers le pays des rêves m'avaient beaucoup marquée !

Alix ne faisait pas alors partie de mes titres favoris et la vrai découverte, celle réservée aux œuvres qu'on apprécie, viendra plus tard avec Le Dieu sauvage. Ce mélange d'antiquité, de fantastique, les sublimes paysages de la Cyrénaïque, le drame d'Adréa et les luttes intestines pour le pouvoir, la folie de Varius Munda m'ont fait découvrir et apprécier une nouvelle BD, plus mature, plus adulte.

Bien cordialement
Eleanore

2350 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Jeu 10 Oct - 18:44

Raymond

Raymond
Admin
Le Dieu sauvage est mon titre favori pour ce qui concerne Alix, mais j'en parlerai un peu plus tard.   Wink

Sinon, Rapt sur le France m'a aussi fait rêver pendant quelques années. C'est d'ailleurs un album que je relis encore aujourd'hui avec intérêt... même si j'ai fait depuis de nombreuses croisières avec mon épouse.   Embarassed


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2450 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 11 Oct - 8:15

Draculea

Draculea
grand maître
grand maître
Et as-tu résolu des énigmes policières au cours de ce croisières, mon cher Ric Raymond ? Wink Cool

Pour ma part, comme je suis né en 1962, les premières approches ont été un peu plus tardives : au début des années 1970. Nous allions en vacances en haute Ardèche et c'est grâce à la collection inépuisable de la bibliothèque municipale d'un gros village où nous allions nous approvisionner en livre chaque dimanche que j'ai découvert ces grandes séries. Je crois que mon premier Alix a par hasard été Les légions perdues dont je me suis délecté. Je en pouvais mieux commencer ! Je me souviens aussi de ma lecture passionnée de La tiare d'Oribal dont l'histoire m'avait beaucoup impressionnée.

Quant à Ric Hochet, j'en ai beaucoup lu également à l'époque. Les tout premiers, et ceux du début des années 1970, mais pas Rapt sur le France que je 'n'avais jamais emprunté t que curieusement je n'ai lu qu'il y a tords ans quand j'ai acheté le volume de l'intégrale qui le contient ! Une fameux album !

Enfin ces années de lecture estivale ont été marquées par Michel Vaillant dont j'ai inlassablement lu et relu tous les épisodes après alors. Very Happy

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2550 ans avec Jacques Martin Empty Re: 50 ans avec Jacques Martin le Ven 11 Oct - 17:56

Raymond

Raymond
Admin
Pendant mes croisières, je lisais des romans policiers historiques, comme par exemple ceux de Steven Saylor, mais je n'arrivais pas à résoudre les énigmes. L'auteur était trop fort.     Wink

Sinon, nous avons tous des souvenirs différents mais on y retrouve cependant les mêmes séries de BD. C'est à cela que l'on reconnait les grands classiques.  

Mais reparlons un peu des Légions perdues et de la Griffe Noire. Casterman avait bien calculé son coup en commençant la collection avec ces deux titres splendides.   sunny

Les légions perdues, je connaissais bien sûr un peu, mais je n'avais vu que des fragments et j'avais encore tout à découvrir. Qui était Agérix ? Et qui étaient Porius ou Galva ? Et comment Alix avait-il fait leur connaissance ? Je me suis bien sûr régalé en découvrant celle longue histoire dans l'album, qui contient quelques scènes d'anthologie.

Et tout d'abord, il y a cette première page fabuleuse, lente et énigmatique, cette vue des toits de la cité qui nous plonge habilement dans l'atmosphère sombre et inquiétante de la Rome antique. Je ne m'attendais pas à cela, et c'était un véritable coup de maître ! Jacques Martin n'a pas souvent inventé par la suite des scènes introductives aussi étonnantes … quoique !

50 ans avec Jacques Martin Lzogio11

Alix combat dans les arènes, puis il galope vers la Gaule, puis il retrouve son cousin Vanik et s'empare de l'épée de Brennus. Les rebondissements se succèdent avec régularité mais cela n'empêche pas Jacques Martin d'intercaler de belles images, et de dessiner avec délectation la civilisation romaine. On peut relire souvent les Légions perdues, et y faire sans cesse de nouvelles découvertes !

50 ans avec Jacques Martin Lzogio12

Quant aux scènes avec les loups, elles s'appuient sur une anecdote qui parait presque convaincante, et qui surtout rend Alix cher à notre cœur. Comment ne pas aimer cet homme qui est capable d'une telle bienveillance. A l'époque, cette délivrance du loup emprisonné dans un piège m'avait beaucoup ému, et c'est je pense une idée géniale de Jacques Martin. C'est d'ailleurs le spectacle de cette scène qui fait réfléchir Porius et qui modifie ses intentions. Il va devenir un ami fidèle.

50 ans avec Jacques Martin Lzogio13

Mais je n'insisterai pas plus avec les Légions perdues, dont vous êtes tous des amateurs inconditionnels, pour parler maintenant de la Griffe Noire, que j'ai entièrement découverte avec cette réédition Casterman. Cette lecture fût une véritable révélation !

Dès la première page, j'ai en effet été émerveillé. Tel un instituteur, Jacques Martin parle avec lenteur d'une cité romaine et de la vie de ses habitants. On attendait un récit d'aventures, et l'auteur commence par nous donner un cours d'histoire ! Et loin de lui en vouloir, le jeune lecteur que j'étais a ouvert ses yeux tout grands, en admirant avec passion ce beau changement de paradigme.   I love you  

50 ans avec Jacques Martin 1966-g10

La bande dessinée était capable de cela ! Loin de n'être qu'un mode confortable de narration, elle peut aussi faire découvrir, enseigner et contempler avec érudition. Il est possible qu'aujourd'hui, à une époque totalement dominée par l'image, cette belle leçon d'histoire paraisse un peu datée, mais pendant les années 60, c'était d'une audace peu commune. Jacques Martin faisait en effet de l'art, et peu nombreux étaient ceux qui osaient considérer la BD avec un tel sérieux, et une telle hauteur.

50 ans avec Jacques Martin 1966-g11

En une seule page, j'étais à nouveau fasciné et prêt à accepter toutes les idées que pouvaient avoir un tel auteur. La Griffe Noire est bien sûr un récit passionnant, plein d'action, de suspense et de moments cruels, mais il propose aussi ces merveilleux temps de repos, ces arrêts sur images qui nous rappellent qu'Alix est un acteur de la grande Histoire. Et c'est ainsi qu'en pleine action, l'auteur n'hésite pas à nous dessiner une belle image d'une rue de Pompéi, pleine de vie et de vérité. Jean Pleyers me racontait ce printemps que lorsque Jacques Martin dessinait une bande dessinée, le processus de création devenait plus important que tout, et que le maître travaillait inlassablement sa planche jusqu'à ce qu'elle soit parfaite. Et c'est ainsi que je comprends mieux cette case ci-dessous, qui aurait pu rester intermédiaire et qui devient en fait un véritable petit tableau. L'image montre en effet un beau moment de vie dans l'antique Pompéi, où le dessinateur a accumulé les détails pittoresques. Un auteur ordinaire n'aurait montré que les éléments utiles à la narration, mais Jacques Martin agit comme un artiste. Il veut nous donner plus et il multiplie les détails qui sont tous pleins de sens. Et le résultat se rapproche du grand art.

50 ans avec Jacques Martin 1966-g12

J'ai compris tout cela dès mon enfance, et la bande dessinée a dès lors pris pour moi beaucoup plus d'importance ! Cette passion pour le Neuvième Art, je la dois à Jacques Martin bien sûr, mais aussi à Jacobs, Franquin, Hergé … et quelques autres grands classiques.  

Et cette passion ne m'a plus quitté !  Very Happy


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