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Alix l'intrépide

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1 Alix l'intrépide le Ven 18 Sep - 12:44

Raymond

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Admin
Pierre me demandait l'autre jour quelles BD j'avais acquises lors de notre week-end parisien (je recherche toujours des occases à Paris) ? Vous allez être surpris car j'ai acheté (entre autres) le fac similé d'Alix l'intrépide.



Je ne l'avais pas acheté  au moment de sa sortie car je gardais l'espoir d'acquérir l'album d'époque du Lombard (les couleurs sont plus intenses que celles de la reproduction Casterman). Toutefois, après quelques essais infructueux sur les sites Web (ne parlons pas trop du pris de l'EO    ), j'ai redécouvert le fac similé à Paris en vente pour 8 euros. L'affaire m'a semblé  raisonnable, finalement

Je l'ai lu dans le train et j'ai retrouvé ces longues lectures propres aux anciens albums de BD. Quand on y pense, chaque page comporte 4 bandes qui contiennent elles-même 3 vignettes, ce qui fait donc 16 images par planche. Chaque case contient en plus un texte, et aussi bien les récitatifs que les dialogues sont bien fournis. Il y a un total d'environ 900 cases par album ... soit le double de ce que l'on a actuellement dans un album 44 pages couleur. Quelle différence !

Par rapport au récit, je suis à nouveau frappé par des ressemblances avec ce que l'on trouve dans Ben Hur. L'histoire est globalement différente, bien sûr, mais il y a de multiples séquences qui semblent  être des "réminiscences" du livre (ou du film muet de 1929 puisque que le grand film de William Wyler n'existait pas au moment où Jacques Martin a dessiné cet album). Premier exemple frappant : le début avec Alix qui se penche depuis un mur et qui fait tomber des pierres sur un général romain en train de défiler. Par la suite, on découvre aussi une galère attaquée par des pirates, l'adoption d'Alix par un patricien romain puis le décès de celui-ci, la fameuse course de char spectaculaire ... ce sont des scènes marquantes du roman de Lewis Wallace.

Qu'en pensez-vous ? Est-ce que quelqu'un a déjà interrogé Jacques Martin à ce sujet ?



Dernière édition par Raymond le Mer 10 Sep - 23:52, édité 1 fois


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2 Re: Alix l'intrépide le Ven 18 Sep - 16:04

Pierre

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vieux sage
vieux sage
Je pense que les analogies avec Ben Hur sont évidentes et il me semble avoir lu quelque part que Jacques Martin lui-même en parlait.

En tout cas bon achat ! Very Happy

3 Re: Alix l'intrépide le Ven 18 Sep - 17:49

Invité


Invité
Jacques Martin s'est certainement inspiré du livre Ben-Hur. N'oublions pas que nous sommes en 1948 et que les sources de documentation n'ont rien à voir avec ce qu'on trouve aujourd'hui. Dans "Avec Alix", J Martin explique qu'il se rendait régulièrement dans une bibliothèque de Verviers à l'époque et que sa source principale d'information était le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Charles-Victor Daremberg, qui comprenait 9 volumes. C'est là qu'il y découvrit les éléments pour reconstituer le palais du roi Sargon à Khorsabad, ainsi qu'une représentation du colosse de Rhodes et d'autres encore.
Pour le scénario de cet album, c'est vraiment particulier. Quand Leblanc lui a demandé de faire une planche par semaine après sa première planche-test qu'il avait proposée quelques semaines plus tôt et qui a d'ailleurs été publiée telle quelle, J Martin n'avait pas prévu de scénario pour la suite, persuadé qu'on ne le rappellerait plus. Il a donc du élaborer son scénario petit à petit, c'est pour ça que cet album fait un peu "feuilleton". Mais à partir du moment où Alix apprend d'Honorus Galla, son père adoptif, qu'il est le fils d'un chef gaulois, je trouve que l'histoire décolle alors vraiment

4 Re: Alix l'intrépide le Sam 19 Sep - 10:59

Raymond

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Admin
C'est vrai que Jacques Martin n'a pas eu le temps de préparer son scénario et qu'il a dû improviser. Je n'ai cependant jamais lu dans ses déclarations de référence à Ben Hur, qu'il a certainement dû lire (c'est un des best sellers de XXème siècle et je le recommande d'ailleurs à tous ceux qui ne l'ont pas lu). Il a en revanche avoué plusieurs fois son admiration pour Salammbô, autre roman historique célèbre.

L'histoire fonctionne assez bien, malgré tout et l'auteur met en place l'univers d'Alix. Il contient de petites erreurs historiques, puisque l'on découvre César en compagnie de Pompée à Rome, alors qu'il est censé se trouver en Gaule pendant ces années comprises entre -53 et -50 (la guerre n'était pas finie).


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5 Re: Alix l'intrépide le Lun 21 Sep - 11:15

Raymond

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Admin
Petite question : il existe un album grand format d'Alix l'Intrépide, édité il y a une vingtaine d'années. Qui d'entre-vous possède ce hors-série ? Est-ce que les planches sont en couleur ?


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6 Re: Alix l'intrépide le Mer 23 Sep - 16:05

Michel Jacquemart

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bédéphile pointu
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Dernière édition par Michel Jacquemart le Sam 31 Oct - 11:29, édité 1 fois

7 Re: Alix l'intrépide le Mer 23 Sep - 19:36

Raymond

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Admin
Un grand merci, Michel. Je n'ai jamais lu cette interview parue dans l'album ICARIOS mais ... je viens de le commander chez YakaBD. Il y a des coincidences, tout de même ...

Petite question oiseuse (c'est du vice ) : est-ce que Jacques Martin avait lu le roman ou vu le film muet de 1929 dans sa jeunesse, puisque le grand film en Cinémascope n'existait pas encore ?


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8 Re: Alix l'intrépide le Sam 28 Nov - 12:58

Raymond

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Admin
Dans cet album commencé dans l'urgence, on trouve peu de décors détaillés ou de grande image panoramique. On peut signaler bien sûr une grande case spectaculaire qui représente le Colosse de Rhodes, mais est-elle véridique ? Les images sont le plus souvent subordonnées à l'action et l'auteur n'a pas le temps de se consacrer aux détails. Il y a parfois quelques vignettes aux décors étonnement précis, et c'est le signe que Jacques Martin est en train de rechercher son style.



Alix l'intrépide est en fait un album séminal, à la construction hâtive et aux idées multiples. Le récit frappe par son dynamisme et son enthousiasme, mais aussi quelques inexactitudes (j'ai déjà évoqué la curieuse présence de Pompée et César ensemble au cirque Maxime). L'auteur a tout mis dans ce premier récit où il devait faire ses preuves : des personnages historiques, un héros exemplaire, un méchant à la fois dangereux et séduisant, un monde antique richement documenté, des affrontements dramatiques et un magnifique voyage à travers la Méditerrannée.



L'infatigable Jacky-Charles nous a préparé une étude de cet album et je me réjouis de découvrir ses commentaires.



Dernière édition par Raymond le Mer 10 Sep - 23:49, édité 1 fois


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9 Re: Alix l'intrépide le Sam 28 Nov - 19:25

Jacky-Charles


license ès BD
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Et voilà, c'est un retour aux sources, ou à l'origine, comme vous voudrez. Dans cette histoire, qui est la mise en place du héros et de son environnement, les thèmes sont foisonnants, ce qui explique que ces commentaires sont un peu plus copieux que d'habitude, et peut-être aussi parfois plus austères.
Je me suis entre autres amusé à reconstituer l'itinéraire de notre héros dans cette première aventure, et aussi imaginer sa vie antérieure, d'où il venait, ce qu'il avait fait avant notre rencontre...
C'est parti pour un nouveau voyage dans l'espace et dans le temps...
ALIX L'INTREPIDE


Première aventure d'Alix




Le résumé

L'histoire commence à Khorsabad, en Mésopotamie, pendant la guerre entre Rome et les Parthes. Marsalla, un général romain qui n'aurait pas dû se trouver là, découvre un jeune Gaulois, Alix, dont il tente vainement de se débarrasser. Celui-ci est ensuite recueilli par des Parthes qui poursuivent les Romains. Après les avoir quittés, Alix rencontre d'autres personnages, tantôt bienveillants, tantôt inquiétants, et finit par arriver à Rome où il retrouve Marsalla. Mais entre temps, Alix est devenu citoyen romain...


Quand cela se passe-t-il ?

L'événement historique qui ouvre les aventures d'Alix est la bataille de Carrhes, au cours de laquelle l'armée parthe de Suréna vainquit les légions romaines de Crassus ; elle eut lieu le 28 mai -53.
L'épisode suivant, Le sphinx d'or, qui enchaîne sur celui-ci, commençant en septembre -52, cette première aventure d'Alix dure environ quinze mois, mais très inégalement répartis : quelques jours ou quelques semaines au début et à la fin, entrecoupés par une séquence romaine résumée en une seule image, page 32 !


Où cela se passe-t-il ?

On se déplace beaucoup, dans ce récit, qui commence à Khorsabad, puis on traverse l'Arménie et on arrive à Trébizonde ; après un voyage maritime au cours duquel on rencontre des pirates, nous voici à Rhodes ; nouvelle croisière pour arriver à Rome ; l'histoire se poursuit à Vulsini et s'achève au pied des Alpes ( voir plus loin, le chapitre : Les lieux ).


Le contexte historique

Nous sommes à la fin de la République romaine, qui est gouvernée par le « triumvirat » Pompée-Crassus-César. Tandis que ce dernier, nommé par le Sénat proconsul des Gaules conquiert méthodiquement le pays depuis -58, à la fois pour s'assurer la gloire militaire et une fortune qui lui permettra de payer ses dettes, Pompée est le maître de Rome. Pour le « Grand Homme », comme il se fait appeler ( Pompéius Magnus ), la gloire et la fortune sont déjà là : ses campagnes en Espagne contre Sertorius, en Orient contre Mithridate et contre les pirates lui ont accordé l'une et l'autre ; ce bon stratège est très populaire, mais c'est un mauvais orateur et un piètre politique.
Quant à Crassus, on dit que c'est l'homme le plus riche du monde, sa fortune étant estimée à 170 millions de sesterces, pas tous acquis honnêtement... mais il lui manque la gloire militaire : même celle de son modeste succès contre Spartacus lui a été soufflée par Pompée, arrivé en ouvrier de la onzième heure. Alors, bien que Pompée ait signé un traité de paix avec les Parthes, dix ans plus tôt, Crassus le dénonce et se met en tête de conquérir leur royaume qui, accessoirement, contrôle l'accès de la Route de la Soie et des richesses de l'Asie qu'elle apporte. A la fin de l'année -54, le voilà à Antioche, à la tête de sept légions dont une de cavaliers Gaulois fournie par César. Pendant que Crassus perd son temps à piller le Proche-Orient, jusqu'au temple de Jérusalem, Suréna renforce l'armée Parthe.
La confrontation aura lieu à Carrhes. Je vous invite à relire le récit de la bataille, donné, schéma à l'appui, par Diégo dans son analyse de Iorix le grand, sur le site Alix l'intrépide.


Comment est racontée l'histoire

Jacques Martin a maintes fois raconté comment la première page d'Alix, fournie à l'éditeur de Tintin à titre « d'échantillon », fut publiée sans qu'il en soit prévenu et comment on lui réclama précipitamment la suite...
Il faut croire qu'il avait soigneusement préparé son affaire, accumulant références et documentation, car on ne sent guère l'improvisation.
Au début, cependant, il n'y a pas d'intrigue : Alix rencontre des Romains, des Parthes, traverse l'Arménie, comme si c'était une période d'observation, mais tout change avec l'arrivée d'Arbacès, puis de Galla, et Alix doit faire face à des enjeux de plus en plus importants, au péril de sa vie. Le scénario est serré et les rebondissements fréquents.
Si le caractère de notre héros est déjà bien fixé, et ne variera plus guère, le dessin se cherche : l'auteur n'a pas encore mis au point le style « martinien » que l'on trouvera quelques épisodes plus loin, bien que les attitudes des personnages soient déjà bien présentes. Les décors sentent parfois le dessin d'architecte et la couleur, assez neutre, ne les met pas en valeur.
Tout cela évoluera donc par la suite, mais après un départ qui aurait pu mener n'importe où, on voit le récit prendre de l'ampleur tout en conservant sa ligne directrice, et Alix, qui ne cherche d'abord qu'à sauvegarder son existence, se voit vite confronté aux exigences de la politique, et il ne s'en affranchira plus à l'avenir. Haute ou basse, la politique ? Ne cherchez pas : à Rome autrefois, comme partout aujourd'hui, il n'en existe que d'une espèce, et si les moyens diffèrent parfois, les fins, le pouvoir et la fortune, n'ont pas beaucoup changé.


Alix avant Alix : essai de biographie

Au début des aventure d'Alix, Jacques Martin dit avoir donné à son héros quinze ou seize ans. Comme il n'est pas tombé du ciel à Khorsabad, il a bien dû passer quelque part les premières années de sa vie, et il n'est certainement pas resté inactif.
Pourtant, à ce moment-là, on sait assez peu de choses sur lui et on n'en apprendra guère plus par la suite. Lorsque son portrait s'affinera, ce sera au fil de ses aventures, et il permettra de préciser certains aspects de sa personnalité, par exemple son rapport avec le pouvoir, ou ses relations, souvent controversées, avec les femmes. Mais on reviendra rarement en arrière, sur ses premières années, aussi est-il intéressant de faire le point à ce sujet.

A part son âge, que sait-on de lui ?

Il est Gaulois, il est esclave ( on verra que c'est discutable ), il sait monter à cheval et combattre ( deux talents qui ne « collent » pas tellement bien avec son statut servile ), il connaît au moins une autre langue que la sienne, certainement le grec, la langue commune de tous les gens cultivés de l'époque, ce qui lui permet de converser d'égal à égal avec Suréna, alors que son interlocuteur est général en chef et premier ministre du roi des Parthes. Drôle d'esclave, en vérité !
Par la suite, grâce à Galla, on apprend qu'il est le fils d'un chef gaulois et que ses parents ont disparu pendant la guerre des Gaules, tandis que lui-même était vendu comme esclave.
Correction un peu plus tard : nous apprenons alors la participation des siens à la légion de cavalerie gauloise sous les ordres de Crassus à Carrhes ( dans Iorix le grand ) et nous le voyons arriver à Khorsabad après avoir voyagé avec cette armée et perdu de vue le reste de sa famille ( dans C'était à Khorsabad ).
Enfin, dans plusieurs épisodes, nous constatons sa maîtrise à la conduite des chars de course, avec succès, puisqu'il gagne généralement ; à plusieurs reprises également, il se retrouve contraint de combattre comme gladiateur, toujours avec succès. Or, ces deux « métiers », difficiles et dangereux, ne s'improvisent pas et mettent du temps à s'apprendre.
Ces éléments disparates sont à peu près tout dont nous disposons pour esquisser une biographie sommaire du personnage, sans compter que certains sont contradictoires entre eux et avec les faits historiques et de société. C'est pourtant suffisant pour reconstituer sa vie en s'en tenant au plus vraisemblable.

Cette histoire commençant en -53, Alix est né en -69 ou -68 en Gaule. Rappelons que les opérations militaires de la guerre des Gaules n'ont commencé qu'en -57, Alix ayant alors 11 ou 12 ans, et ces opérations ne concernaient que la Gaule Belgique, entre Seine et Rhin, et la façade océane, pas encore l'intérieur du pays, qu'il a en fait quitté en -54, on verra comment.

Où est-il né ?

Si on s'en tient au seul critère géographique, cet album ne nous en dit rien ; fort heureusement, deux autres albums sont un peu plus bavards. Dans Le sphinx d'or, nous voyons Alix revenir au pays, alors que le siège d'Alésia se déroule non loin de là. Un peu plus tard, la localisation de ce pays, où il retrouve son cousin Vanick, est plus précise dans Vercingétorix : entre la Saône et Alésia. Ce territoire est celui des Eduens, un riche et puissant peuple Celte, allié de longue date des Romains, sauf pendant une brève période de l'année -52, lors de la campagne de Vercingétorix.
Mais les révélations de Galla nous disent tout autre chose : pour qu'un peuple Gaulois soit vaincu de la manière dont il le raconte, il aurait fallu qu'il soit Belge, Armoricain ou Aquitain, et que l'événement se soit déroulé entre -57 et -54.
Pourquoi cette dernière date ? Parce que si Alix a suivi l'armée de Crassus, avec ou sans sa famille, les légions étaient à pied d'œuvre en Orient dès l'automne -54, et on sait que Crassus perdit ensuite son temps à piller la région jusqu'en mai -53, une aubaine pour les Parthes. Or, les Eduens ne se joindront à la révolte qu'à l'été -52, après Gergovie.
Que peut-on conclure de ces indications ? Seul le critère géographique me paraît pertinent, en éliminant les peuples trop éloignés dont il n'est jamais question dans les récits : Alix est un Eduen, c'est l'hypothèse la plus vraisemblable. Ce peuple étant romanisé depuis longtemps, Alix n'aura pas beaucoup d'efforts à faire pour devenir citoyen romain par adoption.

Fils de chef Gaulois, Alix appartient donc à une famille aristocratique Celte.

Ces nobles possèdent la terre que des paysans cultivent pour eux. Autour des nobles gravitent leurs « clients », les ambactes : guerriers sans fortune, paysans ou artisans à qui le noble donne des biens ou des denrées en échange d'un service militaire. Les nobles choisissent parmi eux leur roi ou leur magistrat suprême, le vergobret ; ceux-ci sont élus et leur charge n'est pas, en principe, héréditaire.
Seuls les nobles sont assez riches pour posséder des chevaux et disposent d'assez de temps pour recevoir un entraînement militaire très poussé. Du point de vue de l'équipement, rien ne ressemble plus à un légionnaire romain qu'un guerrier gaulois, d'autant plus que les Celtes, habiles métallurgistes, approvisionnent toutes les armées ; ce sont eux qui ont inventé la cotte de mailles, que portent tous les soldats de l'époque.
On voit donc qu'Alix était bien placé pour recevoir une bonne formation aux armes et à l'équitation ; il reçut également une bonne culture générale, puisqu'on le voit s'exprimer sans difficultés en grec et en latin. A son époque, les druides n'étant déjà plus chargés de l'éducation des jeunes nobles ( voir mon commentaire sur La cité engloutie ), il est probable qu'il a disposé d'un précepteur ( grec, naturellement ), et d'un maître d'armes. Comme il devait en outre avoir quelques loisirs, je suppose qu'il ne les consacrait pas seulement à la chasse, et c'est certainement là qu'il apprit, pour s'amuser, à si bien conduire les chars et aussi à combattre comme un gladiateur. En effet, ces deux « métiers », bien que parfois occupés par des hommes libres ( voir, dans mon étude sur Les légions perdues, le chapitre : Dans l'arène ), étaient considérés comme des métiers d'esclave, déshonorants pour un citoyen de haute lignée ; mais ceux-ci se distrayaient parfois en s'entraînant et en cherchant des émotions, sûrement pas pour faire carrière, d'autant plus que l'armement et les méthodes de combat n'avaient rien à voir avec ceux des militaires.
Tout cela a donc bien occupé Alix jusqu'à son adolescence et il est en pleine possession de ses moyens lorsque nous le trouvons lancé dans ses aventures : il aurait pu avoir une moins bonne préparation à ce qu'il allait vivre !

Mais comment Alix s'est-il retrouvé en Orient ?

Il paraît difficile de retenir la version de Galla, qui est là pour renforcer l'aspect romanesque et dramatique du récit, mais qui se trouve corrigée par la suite, ainsi que l'appartenance d'Alix à un autre peuple que celui des Eduens, que rien ne vient appuyer. L'hypothèse la plus probable est que des membres de sa famille, ou de son clan, se sont engagés volontairement comme cavaliers mercenaires dans l'armée de Crassus, peut-être sur l'instigation de Galla et de César ; ce dernier devait « rembourser » Crassus, qui avait payé une partie de ses dettes, en lui fournissant un contingent de cavalerie levé en Gaule. Il n'y avait pas eu de contrainte, mais seulement l'attrait du butin. On sait que les choses, à Carrhes, se sont mal terminées pour les Gaulois comme pour les Romains, mais sans cela, il n'y aurait pas eu d'aventures d'Alix. Et voilà comment celui-ci s'est retrouvé vraisemblablement prisonnier de guerre, ce qui, à l'époque, était synonyme d'esclave, sauf si une rançon pouvait être payée.

Noble Gaulois, Alix est-il devenu un noble Romain après son adoption ?

Oui, certainement, car il appartient désormais, selon toute vraisemblance, à la classe équestre ; les chevaliers étaient ceux qui, à l'origine, devaient le service militaire à cheval, considéré à juste titre comme le plus onéreux. Pour être chevalier, il fallait posséder 400 000 sesterces de biens fonciers, comme pour les sénateurs, mais à la différence de ceux-ci, les chevaliers pouvaient librement investir et commercer, et ils ne s'en faisaient pas faute. Au fil du temps, ils obtinrent les mêmes pouvoirs que les sénateurs, et ils purent défendre leurs intérêts dans toutes les instances de la vie publique et économique. Sans cela, Galla n'aurait pas été général en Gaule, ni gouverneur à Rhodes.
Tout cela n'est pas dit, ni montré, mais peut se déduire du train de vie apparent d'Alix à Rome, ainsi que de ses relations sociales. On ne voit que sa maison familiale de Rome, mais on sait qu'il doit posséder également des biens fonciers, sans doute des fermes en Italie, et probablement aussi des parts dans des fabriques ou des navires. En tout cas, il est visiblement à l'aise, à la différence d'Enak, qui ne possède rien, sauf son titre ( discutable ) de « prince », et qui ne subsiste que grâce à la générosité de son ami.
Toutefois, Alix n'est pas patricien, contrairement à ce qui est parfois dit, tout simplement parce qu'un nom de patricien se termine obligatoirement en « ius », mais le nom en « ius » ne suffit pas pour faire un patricien : ainsi, C. Julius César et M. Licinius Crassus sont patriciens, mais C. Pompéius Magnus n'est que chevalier. Un Graccus n'est donc pas patricien ; à cette époque, il ne restait qu'une quinzaine de familles ( gens ) patriciennes, avec toutefois de nombreuses branches, soit quelques centaines de personnes seulement. Cela n'empêchait pas qu'on pouvait être noble tout en étant issu de la plèbe, comme l'étaient de nombreux chevaliers : la nobilitas s'acquérait par l'exercice de magistratures lorsqu'on était élu consul, prêteur, censeur, questeur ou édile. Il ne faut pas non plus confondre son nom avec celui de Tibérius et Caïus Gracchus, les célèbres « Gracques », qui vivaient au siècle précédent et dont le nom de famille était d'ailleurs Sempronius, Gracchus n'étant que leur surnom ( cognomen ).
Vous trouverez un commentaire sur l'adoption dans l'étude sur L'enfant grec, chapitre : Citoyens Romains.



Justice romaine

Quant à la justice romaine en matière criminelle, à laquelle Alix se trouve confronté à la fin de cette aventure, elle relevait d'un collège de magistrats et non plus, comme aux premiers temps, d'un jury populaire. Chaque type de crime avait sa procédure spécifique, mais il est peu probable qu'elle était aussi expéditive ( pour plus de détails, voir : Roma, Roma... )



Les lieux de l'aventure

Revenons au périple d'Alix et aux nombreux endroits qu'il a fréquenté au cours de celui-ci.

Khorsabad

Nommé à l'origine Dûr-Sharrukin, « forteresse de Sargon », ce n'est plus qu'un petit village de l'Irak, à 15 km à l'est de Mossoul. En -713, l'empereur assyrien Sargon II ordonna la construction d'un nouveau palais au nord de Ninive. Cette cité rectangulaire mesurait 1760 m sur 1635 m pour 300 hectares. Ses murailles étaient protégées par 157 tours et étaient percées de sept portes, correspondant aux principales routes de la région. Une terrasse pavée accueillait le palais royal et les temples, ainsi qu'une ziggourat. La cour s'y installa en -706, mais Sargon mourut au combat l'année suivante. Son fils et successeur Sénachérib revint à Ninive. La cité inachevée fut abandonnée un siècle plus tard lors de la chute de l'empire assyrien. Il est fort peu probable qu'un trésor y soit resté intact pendant six siècles, s'il s'y trouva jamais. D'ailleurs, au temps d'Alix, la cité était déjà en ruines et inoccupée. Elle fut fouillée par des archéologues français au XIX° siècle, ce qui vaut à une partie de ses statues et bas-reliefs de se trouver au Louvre... et une autre partie au fond du Tigre, où le bateau qui la transportait coula en 1855, et jamais retrouvée.

L'Arménie

De Khorsabad à Trébizonde, Alix traverse le royaume d'Arménie, qui, chose curieuse, n'est jamais nommé. En -610, les Haïkans, une tribu thraço-illyrienne, se fixe en Médie, où elle se mélange pacifiquement aux anciennes tribus autochtones, formant un État indépendant ; le nom d'Arménie n'apparaît qu'en -520. La région passe successivement sous la tutelle des Mèdes, des Perses et des Macédoniens d'Alexandre ; elle prend à cette occasion une forte teinture hellénistique qu'elle ne quittera plus. En -190, les Grecs ayant été battus par les Romains, l'Arménie redevient indépendante. En -95, son roi Tigrane le Grand fonde un vaste empire qui va du Caucase à Mossoul et de la Caspienne à Antioche. Mais Rome finit par s'inquiéter de sa puissance et, en -66, il est vaincu par les légions de Pompée ; le pays devient un protectorat romain, tout en restant gouverné par ses rois ; au siècle suivant, il sera partagé entre Rome et les Parthes. Je n'ai pas trouvé à quelles invasions et persécutions visant les Haïkans le chef Gora faisait allusion : à cette époque, le pays était en paix.

Trébizonde

C'est l'ancienne Trapézonte grecque, fondée en -756 par des colons de Milet. C'est de là que Xénophon et ses Dix-Mille aperçoivent enfin la mer après leur retraite de l'empire Perse. ( L'Anabase, -IV° siècle ). Indépendante pendant la domination Perse, elle est intégrée par Alexandre au royaume du Pont, puis annexée par Rome en tant que cité libre ; elle resta très prospère. Elle fut la capitale d'un empire grec aux XIII° et XIV° siècles. C'est aujourd'hui la ville turque de Trabzon, 200 000 habitants.

Rencontre avec les pirates

Voir l'article que j'ai consacré à cette honorable profession dans l'analyse de La chute d'Icare.



Rhodes et son colosse

Peuplée par les Doriens, l'île commerça surtout avec la Grèce et l'Égypte. Elle conclut un traité avec Rome en -164. Son école de philosophie, où étudièrent Pompée et Cicéron, était célèbre.
Le colosse fut érigé en commémoration d'un siège qui eut lieu en -305 et qui échoua. La statue, d'une hauteur de 32 m, représentait Apollon-Hélios et était considérée comme la 6° des sept merveilles du monde. C'était l'œuvre de Charès de Lindos ( autre ville de l'île ), qui se suicida en découvrant une erreur dans ses calculs ; un de ses assistants les corrigea. C'était parti pour 12 ans de travaux.
A partir de là, les historiens ne sont plus d'accord. Sur l'emplacement de la statue d'abord : elle ne pouvait se trouver dans la posture traditionnellement représentée, enjambant l'entrée du port, un pied sur chaque jetée ; l'écart, d'environ 40 m, aurait été trop grand pour sa taille ; on pense qu'elle pouvait être érigée, soit sur les hauteurs de l'île, ou en contrebas de l'Acropole, ou encore sur un côté du port, et peut-être adossée à une falaise. Sur sa composition ensuite : sur un socle de marbre, elle aurait été constituée d'un bâti de bois recouvert de plaques de bronze, mais ces matériaux semblent difficilement compatibles avec sa hauteur pour des raisons de solidité ; alors, une statue de pierre recouverte de bronze ? La représentation qu'en fait Jacques Martin est néanmoins vraisemblable.
Toujours est-il que les Rhodiens n'en profitèrent pas longtemps : terminée en -292, un séisme la jeta bas en -226. L'oracle de Delphes aurait interdit aux habitants de la relever. Ses débris restèrent sur place jusqu'en 653, date à laquelle ils furent vendus : il y avait 13 tonnes de bronze et sept tonnes de fer. Il n'en reste absolument plus rien...

Rome

Décrire en détail Rome à la fin de la République dépasserait largement le cadre de cet article. C'est l'époque où la population urbaine s'accroît considérablement sous l'effet de la transformation des structures économiques et sociales ; la petite propriété paysanne disparaît, remplacées par les grandes exploitations fondées sur le système esclavagiste. D'énormes quartiers d'habitations sont crées, avec pour corollaires : la spéculation immobilière, les effondrements et les incendies. Des architectures monumentales et de prestige transforment Rome en une capitale comparable aux grandes villes hellénistiques avec le concours d'architectes et d'artistes grecs, et comprenant notamment des nouveaux temples, des aqueducs et des magasins portuaires. La ville commence à se sentir à l'étroit dans son enceinte archaïque, dite de Servius, pourtant récemment étendue, dont le périmètre de 11 km englobe 427 ha : des faubourgs poussent à l'extérieur.

Citons deux réalisations d'importance de l'époque :

Le théâtre de Pompée : construit au Champ de Mars entre -61 et -55, c'est le premier théâtre en pierre à Rome ; pour conserver l'aspect sacré donné aux représentations théâtrales, un temple dédié à Vénus Victrix se trouve au sommet des gradins ( on les voit bien page 19 de Roma, Roma ).

Le forum de César : construit de -54 à -46 ; sur les côtés de la place s'élèvent les grandes basiliques destinées à abriter les procès, ainsi que les transactions financières et bancaires ; il sera le modèle des futurs forums impériaux.

Mais à part la demeure d'Alix et quelques rues, on voit assez peu de choses de Rome dans cet album, à l'exception du :

Cirque Maxime : siège des courses de chevaux et de chars depuis les débuts de la cité ; ses installations furent d'abord en bois, le premières structures en pierre datant du -II° siècle ; il pouvait contenir 250 000 spectateurs.

On voit aussi un amphithéâtre qui évoque le Colisée, mais celui-ci ne fut construit qu'un siècle plus tard, sous Vespasien ; son nom est d'ailleurs : l'amphithéâtre Flavien ; il pouvait contenir 60 000 spectateurs. Au temps d'Alix, les spectacles avaient lieu sur le Forum Boarium ( le forum aux bestiaux ), près du Champ de Mars, la place servant d'arène, avec des galeries de service creusées par en dessous et des gradins de bois autour pour les spectateurs. Le premier amphithéâtre en pierre de Rome ne fut construit qu'en -29. Les amphithéâtres servaient pour les spectacles de gladiateurs ( munera ), les batailles navales ( naumachies ), et les chasses aux fauves ( venationes ).



Vulsini

Cette ville se situe à 100 km au nord de Rome ; c'est aujourd'hui Bolsena, près du lac du même nom. Alix y retournera au début des Légions perdues.


Les personnages

Alix : si son aspect physique n'est pas encore celui auquel les albums suivants nous habitueront, son caractère est déjà bien affirmé et s'étoffe au fil des pages. D'abord simplement soucieux de sa survie, ce qui est légitime, il gagne en audace au fur et à mesure que les événements se précipitent à sa rencontre, et on découvre vite qu'il sait être altruiste et dévoué. Il est bientôt confronté à des questions politiques qui le dépassent un peu, mais desquelles il se tire honorablement. Dès qu'il s'agit d'action, on le sent à son affaire, mais chez lui, la réflexion approfondie entraîne parfois le doute. C'est pourquoi il tient encore aux images paternelles réconfortantes, comme Galla, Toraya, voire César, qui compensent l'inexpérience de sa jeunesse. Fort heureusement pour lui, il ne désespère jamais.

Et, par ordre d'entrée en scène :

Marsalla : voilà un général romain fort soucieux de ses intérêts et peu regardant sur le choix des moyens ; il faut dire qu'il était à bonne école : son chef Crassus ne venait-il pas de passer plusieurs mois à piller la région ? Son équipée à Khorsabad est du même ordre, tout comme elle signifie pour lui le début des ennuis : il ne va plus cesser de s'enfoncer, malgré l'alliance avec Pompée, vers une issue fatale. Pour avoir voulu s'enrichir au lieu de combattre, cet homme peu scrupuleux est devenu un perdant.

Suréna : le général des Parthes est aussi le premier ministre de son roi, Orodès II. On ne sait pas avec certitude si Suréna est son nom ou son titre : les historiens penchent plutôt pour la seconde solution, ce qui voudrait dire « général en chef ». C'est un personnage conscient de sa valeur, et on comprend pourquoi : battre l'armée romaine n'est pas à la portée de tout un chacun, mais il sait reconnaître la valeur d'autrui quand il la rencontre en la personne d'Alix, et le grand seigneur devient comme un compagnon d'armes. Orodès, jaloux de ses succès contre les Romains et les Arméniens, le fera assassiner ( voir l'album : C'était à Khorsabad ). En dehors de Jacques Martin, peu d'auteurs se sont intéressés à lui ; seul, Pierre Corneille lui a consacré sa dernière tragédie, en 1674 : ce n'est pas son chef d'œuvre, mais quel beau français !

Marcus : « le plus vaillant officier de l'invincible armée romaine » selon Arbacès, mais il ne faut jamais croire Arbacès ! Il est surtout vaillant devant des adversaires moins bien armés que lui. C'est aussi un combinard, comme son chef Marsalla, avec lequel il cherche désespérément à se sortir du guêpier où il se sont fourrés par esprit de lucre, et malgré ses efforts, il n'y réussira pas plus que lui.

Toraya : ce sympathique colosse est ému par la détresse d'Alix, qui lui rappelle son fils disparu. Il profite de cet incident pour régler quelques comptes avec son chef, n'étant pas d'accord avec sa conception de l'accueil des étrangers. N'ayant plus rien à perdre après son esclandre, il s'enfuit avec son protégé, et un séisme leur apportera une aide opportune. Par la suite, il partagera un temps le destin d'Alix et tombera, victime de son dévouement, en essayant de le tirer d'affaire une nouvelle fois. Il représente l'une de ces figures paternelles qu'Alix rencontre de temps à autre et qui viennent compenser la disparition de sa lignée naturelle.

Quintus Arenus : le proconsul de Trébizonde ne fait que passer, mais il représente bien le magistrat romain de l'époque : tout puissant et sûr de son fait, mais ne dédaignant pas à l'occasion un petit pourboire. Alix le retrouvera dans : La chute d'Icare et Roma, Roma.

Arbacès : c'est bien connu, une histoire est d'autant meilleure que le méchant est parfait ! Celui-ci commence sur un mode mineur, connaît quelques déboires avec la concurrence, et termine avec une montée en puissance tout à fait remarquable, et on n'a pas encore tout vu. Le voilà devenu l'homme de confiance de Pompée, qu'il semble connaître de longue date. On peut d'ailleurs se demander pourquoi il exerce tout d'abord ses talents si loin de son patron, mais il faut se souvenir que Pompée avait combattu en Orient contre Mithridate, de -66 à -62, pour soumettre les territoires anatoliens devenus provinces romaines ; leur complicité doit venir de là. Avide et sans scrupules, il rebondit à chaque fois qu'on le croit abattu, toujours pour retrouver sur son chemin cet Alix à qui il ne fait pas de cadeau ( il lui en a pourtant fait un d'importance : sa fameuse tunique rouge dont on peut voir le premier exemplaire page 22 ! ). Le nom d'Arbacès a déjà servi pour un autre « méchant » : le prêtre égyptien des « Derniers jours de Pompéi », roman écrit par Bulwer Lytton en 1834.

Honorus Graccus Galla : c'est, selon toute évidence, un brave homme que la seule trahison qu'il ait commise dans sa vie obsède jusqu'à la fin. Quand il a l'occasion d'offrir une compensation à celui qu'il a lésé, il n'hésite plus et donne à Alix une famille, un nom, une fortune et la considération. Ce n'est pas rien, et son souvenir servira souvent de caution à Alix par la suite. Mais il disparaît très vite, laissant Alix orphelin pour la seconde fois.

Rufus : cet agent de César est un officier dévoué et efficace, tout le contraire de Marcus quant à la mentalité. Il sait toujours ce qu'il a à faire et le fait bien sans se poser de questions.

Les personnages historiques : Pompée, César, Labiénus : à l'époque où se déroule la seconde partie de cette histoire, au milieu de l'année -52, Pompée est seul à Rome.
En effet, depuis sa nomination en -59 comme proconsul de Gaule Cisalpine, Gaule Transalpine et Illyrie, et jusqu'au passage du Rubicon le 12 janvier -49, César ne remet pas les pieds à Rome. Il risquait d'être mis en cause devant la justice pour des accusations d'illégalités commises pendant son consulat, mais la Lex Memmia interdisait toute poursuite contre un citoyen absent de Rome pour le service de la République, à condition qu'il ne revienne pas dans la ville. Les affaires de César étaient alors gérées à Rome par son secrétaire, le chevalier d'origine espagnole Lucius Cornélius Balbus.
Quant à Labiénus, adjoint de César en Gaule, il n'a pas non plus quitté ce pays ; on trouvera son portrait dans : La cité engloutie.
Alix n'aurait donc pas pu, dans la réalité, rencontrer César à Rome, mais le roman permet tout, à commencer par faire passer Pompée pour un infâme conspirateur, et ça ne s'arrangera pas dans les récits suivants. Pourtant, Pompée n'aurait pas eu besoin de jouer un tel rôle.
Pourvu de la gloire militaire à la suite de ses campagnes en Espagne contre Sertorius, en Orient contre Mithridate et contre les pirates, Pompée était riche et immensément populaire. Mais ce n'était pas un tribun, seulement, pour son malheur, un politicien maladroit, hésitant et mal conseillé. Pour l'instant, il cherchait plutôt les accommodements avec César et ne rompit réellement avec lui qu'après le coup de force du Rubicon qui allait entraîner la guerre civile.
César, lui, est un politicien dans l'âme depuis toujours. Patricien ruiné et endetté, il s'est enrichi au fil de ses campagnes, en particulier celle dans les Gaules. Il y a aussi gagné une armée puissante, entraînée, disciplinée et obéissante, et, pour lui-même, un immense prestige. Quand il faudra foncer, devant un Pompée peu sûr de lui, il foncera, et gagnera, mais son destin le rattrapera vite. Parfois débonnaire, parfois cruel, César était un personnage complexe dont c'est plutôt l'aspect positif et sympathique, soucieux du sort de Rome, qui nous est présenté ici quand il prend Alix à son service.


Conclusion : cette première aventure d'Alix est un peu l'ébauche de ce qui viendra ensuite, même si les principaux caractères, à commencer par celui du héros, y sont déjà. Plus tard, les scénarios seront plus serrés et le dessin perdra de sa rigidité. Mais tous les ingrédients y sont, de l'arrière-plan historique soigné, aux études physiques et psychologiques des personnages.


Sources : voir les précédentes études.

La prochaine fois : « Le sphinx d'or » ( Alésia et la guerre des Gaules, Alexandrie... )

-oOo-












10 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 11:52

Raymond

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Admin
Un grand merci, Jacky-Charles pour cette intelligente présentation. J'ai particulièrement apprécié tout ce que tu as écrit sur les origines d'Alix avant son apparition dans "l'Intrépide", car cela me semble s'imposer. Jacques Martin est longtemps resté évasif sur cette période de sa vie, mais il a finalement confirmé la participation d'Alix à la fameuse bataille de Carrhes, dans Iorix le Grand, avec une image assez fameuse (j'avais eu de la peine à la comprendre lors de sa parution dans le journal Tintin).



Jacques Martin ne donnait toutefois que peu d'explications sur ce que faisait Alix avant et pendant cette guerre. François Maingoval en dit un peu plus dans C'était à Khorsabad (c'est une des bonnes parties de l'album) mais il reste de nombreuses questions sans réponse.

Alix serait donc un jeune noble de la tribu des éduens, ayant reçu une éducation guerrière et partiellement romaine. Il n'a jamais été esclave, contrairement à ce qui est affirmé dans une des premières vignettes d'Alix l'intrépide :



Il y aurait ainsi quelques "erreurs" dans cette première histoire d'Alix l'intrépide.  Question  Question  Question

Il y a une autre bizarrerie à relever : c'est la conquête de Khorsabad par le général Marsalla. Comme le récit débute quelques semaines après la bataille de Carrhes, au moment de l'entrevue entre Suréna et Crassus, j'imagine mal qu'un général romain ait poursuivi le siège d'une ville en territoire ennemi alors que l'armée principale était en train de faire retraite.

Faudra t-il un jour apporter quelques corrections à Alix l'intrépide ?   Smile



Dernière édition par Raymond le Mer 10 Sep - 23:55, édité 1 fois


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11 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 17:05

jfty

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grand maître
grand maître
Il me semble que c'est exactement ce que tu es en train de faire, mon cher Raymond Laughing

12 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 17:09

Raymond

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Admin
Je parlais de corrections dans les vignettes du livre. Par exemple, écrire un "jeune gaulois" plutôt qu'un "jeune esclave". Cool


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13 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 17:55

jfty

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grand maître
grand maître
Je l'avais parfaitement compris, mais un peu d'humour ne peu pas nuire Smile ceci dit, selon toi, il faudrait rectifier les phylactères ou les explications où se trouve des erreurs ou anachronismes  Question sacré boulot en vérité, car à mon avis ce ne serait pas la seule aventure à reprendre. Avec les nouvelles découvertes faites depuis la publication de ces aventures, il faudrait peut-être changer aussi certains bâtiments ou statues dans les vignettes!Les textes ayants déjà étés épurés, pour les premières éditions, je ne vois pas la maison d'édition réitérer cette entreprise, par contre, écrire un livret(rectificatif) de complément annexe, cela serait peut-être bien venu pouce

14 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 18:03

stephane

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vieux sage
vieux sage
Une fois encore, analyse très intéressante JC!Une petite chose Raymond, ce n'est pas Maingoval qui a écrit la première partie de "C'était à KHORSABAD", quand Alix raconte à Suréna son arrivée à Khorsabad avec Claudius Marcellus Caravia, mais de Jacques Martin. On apperend aussi , chose très interessante, et surtout, à developper dans les prochaines aventures d'Alix , que notre héros à une soeur, Alexia.
Il faut savoir également qu'Alix retrouve sa mère, dans le roman "Le sortilège de Khorsabad".Elle avait été enlevé par Arbacès. Voici la bio de Myrdinna, la mère d'Alix. C'est Arbacès qui parle:
"Elle a été mon esclave, Alix! A Délos, elle avait avalé une drogue qui l'avait fait passer pour morte. Le mélange de ce breuvage et de son antidote eut des effets imprévisibles.Ta mère a sombré inexorablement dans la démaence. Je ne te connaissais pas encore quand elle est entrée en ma possession, sinon...
-Monstre!Je ne sais ce qui me retient...hurle Alix
-Elle devint de +en+ incôntrolable. Pendant son séjour à Tyr, je l'ai cédée à un aubergiste nommé Damon pour payer mes dettes de jeu. Et tu vois Alix, les gardes, les archers , les citoyens de Tye, et même les chiens et les rats: tous savent que ta mère est folle!"
Plus tard, Alix retrouve Myrdinna, qui meurt dans les bras de son fils
"Myrdinna, petite mère...C'est moi, Alix, ton fils...Myrdinna petite mère...
Mais qu'arrive t'il? Son petit Alix s'est-il blesssé. Il pleure. Allons viens chez maman, elle va poser un doux bisou sur le vilain bisou. Et parce que tu es sage, j'ai un cadeau pour toi.Regarde, une belle poupée.
-Myrdinna petite mère...
Je sais, les poupées, ce n'est pas pour les garçons mais c'est tout ce que je possède. Je l'ai gardé rien que pour mon Alix. Je lui ai tellement parlé qu'elle est devenue un peu toi, un peu moi.Maintenant, tu peux l'avoir , mais tu dois cesser de pleurer. Ecoute la, elle t'aime comme je t'aime. Et toi?
-Oh, oui, je t'aime .Maman...
-Il se fait tard. Il faut dormir.Serre-moi encore dans tes bars....Et nous dormirons...Alix...
Alix étreint sa mère.Et pour elle, qui ne l'entend plus,il retrouve le langage lointain de son enfance et chante à voix basse:
-Un matin, petit moineau, tu étendras tes ailes et tu vaicras le ciel."

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15 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 19:46

Raymond

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Admin
stephane a écrit:Une fois encore, analyse très intéressante JC! Une petite chose Raymond, ce n'est pas Maingoval qui a écrit la première partie de "C'était à KHORSABAD", quand Alix raconte à Suréna son arrivée à Khorsabad avec Claudius Marcellus Caravia, mais de Jacques Martin. On apprend aussi , chose très interessante, et surtout, à developper dans les prochaines aventures d'Alix , que notre héros à une soeur, Alexia.

J'ignorais que cela venait de Jacques Martin, mais j'aurai dû m'en douter.

Sinon, j'étais un peu déçu qu'Alix ne fasse rien pour retrouver sa soeur, quand j'ai lu "C'était à Khorsabad". Cela aurait pu être un important ressort dramatique pour la série, et c'est peut être une occasion manquée.



Dernière édition par Raymond le Lun 30 Nov - 9:33, édité 1 fois


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16 Re: Alix l'intrépide le Dim 29 Nov - 23:22

Jacky-Charles


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Pour ma part, en faisant remarquer qu'il y avait quelques différences entre certaines aventures d'Alix sur le déroulement des faits, je ne songeais pas à une rectification des textes ni des dessins, sinon, en effet, on n'en finirait plus ! Je cherchais juste à trouver le déroulement le plus logique et le plus réaliste dans une histoire foisonnante où les contradictions me paraissent mineures et n'empêchent pas de comprendre l'évolution du personnage.
A propos de ce que souligne Stéphane, je m'étais posé plusieurs fois la question de savoir si je ferais aussi une analyse des deux romans : "Le sortilège de Khorsabad" et "L'ombre de César", qui racontent des aventures inédites d'Alix ( une analyse des versions romans d' "Alix l'intrépide" et du "Sphinx d'or" ne présentant pas à mon avis d'intérêt, malgré quelques différences avec les albums ). Je ne l'avais pas envisagé tout d'abord. Cela ne me poserait pas de problèmes, mais il ne semble pas que tout le monde connaisse ces ouvrages, à la différence des albums. Qu'en pensez-vous ? Cela vous paraîtrait-il intéressant ?

17 Re: Alix l'intrépide le Lun 30 Nov - 9:03

Raymond

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Admin
Jacky-Charles a écrit:Pour ma part, en faisant remarquer qu'il y avait quelques différences entre certaines aventures d'Alix sur le déroulement des faits, je ne songeais pas à une rectification des textes ni des dessins, sinon, en effet, on n'en finirait plus ! Je cherchais juste à trouver le déroulement le plus logique et le plus réaliste dans une histoire foisonnante où les contradictions me paraissent mineures et n'empêchent pas de comprendre l'évolution du personnage.
Je fais de la "provoc", Jacky-Charles ! Wink


A propos de ce que souligne Stéphane, je m'étais posé plusieurs fois la question de savoir si je ferais aussi une analyse des deux romans : "Le sortilège de Khorsabad" et "L'ombre de César", qui racontent des aventures inédites d'Alix ( une analyse des versions romans d' "Alix l'intrépide" et du "Sphinx d'or" ne présentant pas à mon avis d'intérêt, malgré quelques différences avec les albums ). Je ne l'avais pas envisagé tout d'abord. Cela ne me poserait pas de problèmes, mais il ne semble pas que tout le monde connaisse ces ouvrages, à la différence des albums. Qu'en pensez-vous ? Cela vous paraîtrait-il intéressant ?
N'ayant pas lu ces deux livres, je pense qu'il faudrait surtout en faire un petit résumé. Sinon, je trouve l'idée excellente. pouce


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18 Re: Alix l'intrépide le Lun 30 Nov - 11:58

Jacky-Charles


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Raymond a écrit:
Jacky-Charles a écrit:Pour ma part, en faisant remarquer qu'il y avait quelques différences entre certaines aventures d'Alix sur le déroulement des faits, je ne songeais pas à une rectification des textes ni des dessins, sinon, en effet, on n'en finirait plus ! Je cherchais juste à trouver le déroulement le plus logique et le plus réaliste dans une histoire foisonnante où les contradictions me paraissent mineures et n'empêchent pas de comprendre l'évolution du personnage.
Je fais de la "provoc", Jacky-Charles ! Wink


A propos de ce que souligne Stéphane, je m'étais posé plusieurs fois la question de savoir si je ferais aussi une analyse des deux romans : "Le sortilège de Khorsabad" et "L'ombre de César", qui racontent des aventures inédites d'Alix ( une analyse des versions romans d' "Alix l'intrépide" et du "Sphinx d'or" ne présentant pas à mon avis d'intérêt, malgré quelques différences avec les albums ). Je ne l'avais pas envisagé tout d'abord. Cela ne me poserait pas de problèmes, mais il ne semble pas que tout le monde connaisse ces ouvrages, à la différence des albums. Qu'en pensez-vous ? Cela vous paraîtrait-il intéressant ?
N'ayant pas lu ces deux livres, je pense qu'il faudrait surtout en faire un petit résumé. Sinon, je trouve l'idée excellente. pouce

J'avais bien compris, mais je faisais un peu le naïf !

Pour un résumé, c'est d'accord, mais il faudrait que je les relise car ma dernière lecture date de 4 ou 5 ans, et si une analyse comme celle des albums intéresse quelqu'un, je m'y mettrai quand j'en aurai fini avec ceux-ci ( ce qui ne devrait pas tarder, j'attaque le dernier ).

19 Re: Alix l'intrépide le Lun 30 Nov - 12:27

jfty

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grand maître
grand maître
vu que tes analyses sont vraiment intéressantes et complémentaires, je suis partisan pour celles proposées sur ces semi-roman!J'avoue posséder les 4 livres mais, je n'ai lu que le tiers du premier car cela ne ma pas intérressé! j'ai trouvé cela un peu rébarbatif,de plus les dessins qui les accompagnent sont plus des crayonnés que des vignettes de bd!(sans doute logique,peut-être pour se démarquer de la bd originale!)En tout cas, cela n'a pas pris au niveau commercial.A toi de me prouver qu'ils valent le coup d'être lus cheers

20 Re: Alix l'intrépide le Lun 30 Nov - 16:44

stephane

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vieux sage
vieux sage
Pour ma part, ces histoires,( je parle des histoires inédites, et non des novelisations qui n'ont pas d'interet majeur), font partie intégrante de la série Alix, tout comme les lettres qui accompagnent les 2 odyséees d'Alix. D'ailleurs, l'ombre de César et le Sortilège de Khorasabad ne m'avaient pas du tout déplu!

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21 Re: Alix l'intrépide le Lun 30 Nov - 23:28

Jacky-Charles


license ès BD
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stephane a écrit:Pour ma part, ces histoires,( je parle des histoires inédites, et non des novelisations qui n'ont pas d'interet majeur), font partie intégrante de la série Alix, tout comme les lettres qui accompagnent les 2 odyséees d'Alix. D'ailleurs, l'ombre de César et le Sortilège de Khorasabad ne m'avaient pas du tout déplu!

Ah oui, en plus des deux romans, il y a les deux volumes de "L'Odyssée d'Alix", avec les lettres... j'avoue que je n'y pensais plus, mais c'est vrai, et il y a les deux histoires courtes qui les précèdent, tout cela mériterait une étude également, mais c'est plus difficile et plus long à faire pour des textes que pour des albums illustrés. Bon, si je suis courageux, je m'y mets à la suite, sinon j'espère que vous ne m'en voudrez pas d'un petit décalage !

22 Re: Alix l'intrépide le Jeu 9 Sep - 0:07

Lion de Lisbonne

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grand maître
grand maître
Est-ce que vous avez vu que l'éditeur Chilien de Alix s'est permis d'aggrandir une case de l'album (la deuxiéme case, page 54) Question scratch
Vous pouvez regarder au blog de Jacques Grand:

http://alixblog2archive.canalblog.com/archives/2010/09/05/18898771.html#comments

23 Re: Alix l'intrépide le Lun 16 Sep - 21:24

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel

24 Re: Alix l'intrépide le Mar 17 Sep - 18:19

Lion de Lisbonne

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grand maître
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25 Re: Alix l'intrépide le Mar 17 Sep - 18:38

stephane

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vieux sage
vieux sage
Enfin de compte, Alix est un personnage à 3 âges..... Une vingtaine d'année, un peu plus de 50 ans et 65 ans! J'y comprends plus rien, moi!!!!

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