Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Les BD qui racontent la BD

Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant

Aller en bas  Message [Page 2 sur 3]

26 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 18:18

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître
Après Madrid, le Barcelone des années 50 : Paco Roca raconte la difficulté des auteurs à échapper à l'emprise des puissants studios Bruguera pour créer leur propre revue (Tio vivo). Le dessin est très beau mais tous les personnages (réels) se ressemblent un peu et on se perd parfois, d'autant que les protagonistes (à part Francisco Ibanez et Victor Mora) ne nous sont pas forcément connus en France. Pour l'anecdote, lors de mes vacances suivantes en Espagne, je suis parti à la recherche de ces illustrés d'époque pour me faire une idée ! Instructif donc.

http://planbd.blogspot.com

27 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 18:32

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

Pour donner peut-être aux plus jeunes l'envie de créer leur BD (ou au moins d'en lire), offrez leur cette sympathique BD de Derib (Yakari, ça leur parlera certainement !) qui se propose d'expliquer comment se fabrique une histoire. Contient des clins d’œil !

http://planbd.blogspot.com

28 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 18:38

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

Le petit monde de la BD... au vitriol. Vuillemin dessine tout haut ce que tout le monde pense tout bas ! Hilarant et décapant !

http://planbd.blogspot.com

29 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 18:52

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître


Déjà, dans les années 80, Yann et Conrad racontaient l'histoire de la BD au vitriol. Et le pire c'est que c'était dans leur propre journal (Spirou) où ils s'amusaient  (pour la plus grande joie des lecteurs) à tourner en dérision la page sous-jacente réalisée par un de leurs propres confrères, s'attirant leurs foudres à tout jamais ! Leurs victimes favorites : Mittéï, Leloup, Dutilleux, Desberg, etc. C'était bête et méchant, mais qu'est-ce que c'était drôle !
Ces sales mômes jouaient vraiment avec le feu : ils ont fini par être virés à cause de leurs Innommables, décidément trop politiquement incorrect pour le journal.
Evidemment, ces deux petits livres perdent de leur intérêt sans la reproduction des pages du journal. Et comme ces Hauts de Pages sont souvent massicotés dans les reliures, il faudra retrouver les magazines d'origine !

http://planbd.blogspot.com

30 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 18:54

2J

avatar
vieux sage
vieux sage
Totoche Tannenen a écrit:
Toujours par Carlos Giménez, : la biographie de l'extravagant José "Pépé"Gonzalez, dessinateur culte de Vampirella. Une véritable déclaration d'amour à son confrère, disparu en 2009. 3 tomes parus en français. apparemment un 4e tome existe en espagnol (?).


Un cinquiéme aussi ! Wink
http://lectraymond.forumactif.com/t1035-gimenez-et-l-histoire-espagnole?highlight=gimenez
cf post 7 jap

31 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 19:06

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

Votre gamin trouve Yakari ringard et ne jure que par les mangas ? J'ai peut-être la solution avec ce petit guide amusant par Akira (on n'est pas loin de Yakari finalement) Toriyama, le créateur de Dragon Ball ! Bonne chance !



Dernière édition par Totoche Tannenen le Dim 2 Déc - 20:31, édité 1 fois

http://planbd.blogspot.com

32 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 19:13

Raymond

avatar
Admin
Eh bien, voilà une impulsion soudaine qui nous fait faire un grand pas en avant. Very Happy

Joli choix, en en tout cas !   pouce

J'avais de toute façon l'intention de parler de certains de ces livres. Mais j'avance lentement, comme tous les suisses.  Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

33 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 19:14

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

Hervé Bourhis ("Le Teckel") et Terreur graphique ont entrepris de raconter, sous forme de fiches (ce n'est pas à proprement parler une BD), toute l'histoire de la BD des origines à nos jours... rien que ça ! Amusant à feuilleter aux cabinets (ou au cabinet -n'st-ce pas, Raymond ?). Le truc à offrir à Noël un ami passionné de BD ? (il y a de fortes chances qu'il l'ait déjà !)



Dernière édition par Totoche Tannenen le Dim 2 Déc - 19:17, édité 1 fois

http://planbd.blogspot.com

34 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 19:16

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître
Raymond a écrit:Eh bien, voilà une impulsion soudaine qui nous fait faire un grand pas en avant.    Very Happy

Joli choix, en en tout cas !   pouce

J'avais de toute façon l'intention de parler de certains de ces livres. Mais j'avance lentement, comme tous les suisses.  Wink

N'hésite pas à rebondir dessus : je n'ai pas ta patience... ni -désormais- ton temps ;-)

http://planbd.blogspot.com

35 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 20:01

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

L'atelier de Franquin par Jidéhem...

http://planbd.blogspot.com

36 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 20:03

Totoche Tannenen

avatar
grand maître
grand maître

... et par Roba !

http://planbd.blogspot.com

37 Re: Les BD qui racontent la BD le Dim 2 Déc - 20:22

Raymond

avatar
Admin
J'ai déjà vu ces dernières images, mais je ne sais plus où ?

Où les as-tu trouvées ?


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

38 Re: Les BD qui racontent la BD le Lun 3 Déc - 11:28

Raymond

avatar
Admin
En tout cas, merci à Totoche pour cet apport … mais je vais reprendre tout de même mon fil là où il en était resté.   Very Happy

Je parlais donc des "BD qui racontent la BD" dans le journal Spirou et j'avais prévu encore un troisième exemple. Je vous le montre donc sans attendre, et il se trouve dans le Spirou N° 3883, qui est un "Spécial Johan et Pirlouit".



J'avais déjà décrit ce numéro dans le sujet "Spirou les numéros spéciaux", mais j'y reviens car on y trouve de belles pages dédiées à Peyo, qui ont un très net caractère autobiographique.

C'est ainsi que Wasterlain se souvient de son dur apprentissage chez Peyo, qui était un maître exigeant. Cette page (que je vous montre en entier) fait bien revivre toute une époque, et en plus c'est très drôle.   Wink



Walthéry nous donne lui aussi une page de ses souvenirs, qui est un peu brouillonne. Il est un peu moins inspiré que Wasterlain mais ce qu'il nous dit semble très sincère.



C'est tout un pan de l'histoire de la BD qui est dévoilé à travers ces deux exemples.


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

39 Re: Les BD qui racontent la BD le Mar 4 Déc - 11:42

Raymond

avatar
Admin
Au contraire du journal de Spirou, le journal Tintin (qui était bien plus sérieux) a relativement peu raconté la BD avec des bandes dessinées. En fait, un seul exemple me vient en tête, qui est celui de BD Story. C'est une rubrique du journal qui a été dessinée par Dino Attanasio au cours de l'année 1978.

BD Story se présentait sous la forme d'une courte BD de 4 à 6 pages, et c'était soit une mini-interview dessinée, soit un recueil d'anecdotes assez libres consacrée à un auteur. Ces pages étaient généralement publiées en complément d'un petit rédactionnel consacré à un dessinateur, et l'idée était alors totalement nouvelle. C'est ainsi que Dino Attanasio rendit visite à Edgar P. Jacobs cette année-là, pour avoir un petit entretien qu'il retranscrivit ensuite d'une manière graphique. Ces planches complétaient un article d'informations sur la suite des "Trois Formules du Professeur Sato", une BD que les lecteurs attendaient avec impatience et qui ne sortit que 15 ans plus tard.



Les interviews de Jacobs ne sont pas nombreuses, et le sujet en lui-même pouvait être passionnant. Attanasio a donc essayé d'aborder le sujet d'une manière assez professionnelle, en rapportant scrupuleusement les mots de Jacobs lui-même.



Mais une interview doit aussi être menée avec une certain savoir-faire. Il faut en particulier que le rédacteur sache poser les bonnes questions, afin de rendre la discussion intéressante et de stimuler certains souvenirs. A cet égard, Attanasio était malheureusement trop "respectueux" de Jacobs. Ce dernier s'exprime donc tout à son aise, mais il ne dit que ce qu'il veut et se cantonne à des banalités.



Même le récit du "making-of" de Blake et Mortimer reste assez pauvre en anecdotes. Jacobs y parle bien des incohérences de la censure, et l'intérêt se met alors à augmenter, mais l'entretien se termine peu après  et l'ensemble tourne court. Le lecteur en garde un léger sentiment de frustration.



D'autres auteurs eurent ensuite droit à une "mise en case" du même style. Il y eu ainsi des petites BD consacrées à Dany, à Denayer, à Van Hamme, puis à Franz, un peu en fonction des circonstances rédactionnelles, et la même conclusion s'imposait à chaque fois : l'idée du sujet était excellente, mais la réalisation restait inaboutie. C'est ainsi que Franz  était présenté comme un fanatique de l'équitation, ce qui est la pure et simple vérité, mais le dessinateur avait ensuite bien de la peine à en dire plus. Il essayait de s'en sortir avec quelques gags de circonstance, qui ne faisaient pas toujours mouche.



Une autre explication de cette frustration finale provenait peut-être du fait qu'Attanasio n'est pas un grand caricaturiste. Les portraits des auteurs étant peu expressifs, la BD devenait un peu anecdotique. C'est ainsi que la présentation en images de Turk et De Groot (qui étaient premiers au référendum cette année-là) ne restera pas dans les mémoires, même si la bonne volonté de l'auteur et ses traits d'humour sont sympathiques.



Un album à petit tirage, intitulé lui aussi BD Story, a tardivement recueilli toutes ces tentatives de Dino Attanasio de mettre ses confrères "en abyme". Le livre est aujourd'hui épuisé et il n'y a même pas lieu de le regretter, tant les autres "BD qui racontent la BD" sont nombreuses, et souvent mieux réussies.



Voilà ! Malgré ses faiblesses, il valait tout de même la peine de signaler cette BD singulière d'Attanasio, qui a essayé de sortir de la routine de son époque, et qui nous a laissé les tout premiers reportages en BD que je connaisse.   Cool


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

40 Re: Les BD qui racontent la BD le Mar 4 Déc - 14:03

2J

avatar
vieux sage
vieux sage

Ouvrage hors commerce cartonné, édité à 2000 exemplaires, distribué au cours du cocktail donné pour les 50 ans de Tintin à Paris et Bruxelles ;avec le Dossier de Presse (Chemise de 10 pages) :


41 Re: Les BD qui racontent la BD le Mar 4 Déc - 17:53

Raymond

avatar
Admin
Je n'ai jamais eu l'occasion de feuilleter cet album collector, qui est assez rare.

Si je ne me trompe, on y trouve une planche inédite des "Picaros" à différents stades de travail, un peu de la même manière que dans "le Musée imaginaire de Tintin" (un album bien plus facile à trouver).

Est-ce bien cela ?


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

42 Re: Les BD qui racontent la BD le Mar 4 Déc - 20:23

2J

avatar
vieux sage
vieux sage
Je ne sais plus trop...

Voilà une inédite avec une de ses colorisations :




Il vaudrait peut-être mieux mettre ce post dans "Tintin"
Non?



Dernière édition par 2J le Mar 4 Déc - 20:28, édité 1 fois (Raison : à déplacer ?)

43 Re: Les BD qui racontent la BD le Jeu 6 Déc - 13:06

Raymond

avatar
Admin
Bof ! Je vais laisser ces images comme ça !    Rolling Eyes

Revenons à notre sujet !

En fait, dans les autres journaux que Spirou, Tintin et Pilote, je ne connais pas beaucoup d'exemples de "BD qui parlent de BD". Il y a peut être  l'exception de Charlie Hebdo, qui n'est pas vraiment un journal de bandes dessinées mais qui fait travailler d'authentiques auteurs de BD. Wolinski, par exemple, a publié un album qui évoque quelques souvenirs de sa carrière, et les auteurs de l'équipe Hara-Kiri y apparaissent de temps en temps. On trouve par exemple cette petite histoire en 2 pages intitulée "Cavanna", qui raconte de manière attendrie quelques anecdotes sur la vie du fameux rédacteur en chef, et sur les débuts difficiles du dessinateur lui-même.



Et Cavanna fait la leçon à Wolinski !  S'il veut être un dessinateur, il ne doit faire plus que cela.



Ce genre de récit autobiographique est toutefois assez rare chez Wolinski, qui préfère généralement l'improvisation et la fantaisie par rapport au réalisme.


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

44 Re: Les BD qui racontent la BD le Jeu 6 Déc - 13:16

Raymond

avatar
Admin
D'une manière étonnante, Cabu a lui aussi très peu dessiné le milieu de la BD. Il était pourtant le roi du reportage en bande dessinée, mais il ne s'est presque pas intéressé à ses confrères qui l'entouraient. Il a plutôt privilégié les reportages de province ou les souvenirs de voyage, qui ont d'ailleurs été repris dans de nombreux livres.

Il existe bien quelques portraits de groupe de l'équipe Hara-Kiri, dessinés en diverses occasions, mais c'est bien peu par rapport à son immense production. Finalement, la seule BD digne de ce nom me semble être ce portrait dessiné de Cavanna, dont la figure tutélaire lui avait manifestement laissé un indélébile souvenir.



Mais si j'ai oublié quelque chose, n'hésitez pas à me le dire !  Cool


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

45 Re: Les BD qui racontent la BD le Jeu 6 Déc - 15:00

Raymond

avatar
Admin
Il existe toutefois une très belle BD qui raconte la vie au quotidien des dessinateurs de Charlie, et c'est un album qui vient de sortir cet automne. Il a été dessiné par Luz et il s'intitule Indélébiles.



Ayant échappé par miracle au massacre de janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo, Luz avait publié quelques mois après un album déchirant intitulé Catharsis, qui racontait avec sensibilité son vécu de survivant. Il ne voulait toutefois pas en rester sur cette conclusion négative, et la récente sortie d'Indélébiles nous permet maintenant de découvrir une facette plus souriante de Charlie, qui est la vie laborieuse et rigolote du dessinateur au milieu de ses confrères. Et son livre commence en fait avec la première rencontre de Luz et de Cabu, un peu due au hasard, qui permettra à Cabu d'amener un nouvel auteur à la rédaction d'un journal qui s'appelait alors encore "la Grosse Bertha".



Luz est aussitôt engagé comme dessinateur de presse et le livre raconte alors une suite ses "souvenirs indélébiles", à savoir diverses anecdotes rédactionnelles plus ou moins amusantes mais aussi les amitiés qui se sont tissées avec Cabu, Charb, ou Tignous. On découvre aussi à quel point la recherche du dessin "juste" et efficace a hanté Luz pendant toutes ces années de travail, et ce dernier ne n'oublie pas au passage de montrer à quel point Cabu était un maître inégalable en la matière.



D'autres personnages célèbres apparaissent de temps en temps, comme Wolinski ou Cavanna, mais les séquences qui m'ont le plus intéressé sont les rencontres avec Gébé. On connait mal ce poète de la bande dessinée, dont l'œuvre reste aujourd'hui inimitable, et ce livre nous le montre tel qu'il pouvait être au quotidien, à la fois lucide, pessimiste et joyeux.



Il y a aussi beaucoup d'émotion contenue dans ce livre qui évoque de nombreux artistes disparus, mais le style graphique assez sobre de Luz permet tout de même de neutraliser cet aspect affectif, et de privilégier la vie de cette chronique, ainsi que son humour. Et en refermant cet ouvrage, on se souvient plus volontiers de l'humour que du reste. Indélébiles est finalement un livre joyeux.



Ce livre est en tout cas un beau document historique, et c'est aussi une très belle "BD qui raconte la BD".

Aucun reporter n'aurait pu mieux faire.   Cool


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

46 Re: Les BD qui racontent la BD le Ven 7 Déc - 16:46

Raymond

avatar
Admin
Abandonnons maintenant le domaine des journaux, et intéressons-nous aux éditeurs ! Il existe dans ce domaine une très belle BD de Florence Cestac qui raconte l'histoire des Editions Futuropolis. Elle a été publiée en 2007 chez … Dargaud. Eh oui, ça ne s'invente pas !   Wink



Bien sûr, Florence Cestac faisait partie des fondateurs de Futuropolis, et elle en est restée la responsable jusqu'à la fin de cette belle aventure éditoriale. Cet album est donc d'abord une sorte d'autobiographie de la dessinatrice et de l'éditrice, qui nous rapporte de multiples anecdotes croustillantes, en les mélangeant à quelques souvenirs attendris. Ce livre est de plus le témoignage d'une époque naïve et révolue, qui était dominée par une relative ignorance du monde économique ainsi que par des pratiques un peu artisanales. C'était enfin un âge d'or pour les brocanteurs et les collectionneurs, dont l'auteure nous fait un portrait assez féroce.



Futuropolis était au départ une librairie de BD, fondée par Robert Roquemartine, qu'Etienne Robial et Florence Cestac rachetèrent au début des années 70 avec deux autres amis. D'abord uniquement libraires, Robial et Cestac devinrent assez rapidement des éditeurs en publiant des dessinateurs peu connus ou oubliés (comme Calvo) pour lesquels il avaient ressenti un coup de cœur. Ne connaissant pas au départ le monde de l'édition, ils durent bien sûr affronter diverses surprises, et improviser comme ils le pouvaient.



L'album raconte donc leur difficile apprentissage d'éditeurs,  mais aussi leur étonnante progression dans le monde de la BD. Il est vrai qu'Etienne Robial était un vrai perfectionniste, et que les défis artistiques ne lui faisaient pas peur.



De nombreux dessinateurs défilèrent par la suite aux éditions Futoropolis, et ces multiples rencontres ont également permis à la dessinatrice de croquer une belle série de portraits. On découvre ainsi au fil des pages un tout jeune et incollable Jean-Pierre Dionnet, un Jacques Tardi encore inexpérimenté, un Edmond Baudoin éternellement méconnu, un Charlie Schlingo toujours déjanté, et un Robert Crumb un peu inattendu.



Et c'est en fait ce qui m'a le plus frappé dans ce livre de souvenirs : un véritable accent de vérité. Florence Cestac ne cherche pas à se donner le beau rôle, et elle raconte sur un ton égal (souvent ironique) ses succès aussi bien que ses gaffes. Son dessin caricatural arrive par ailleurs à rendre sympathiques et amusantes un certain nombre de situations ou de personnages peu amènes, et il en résulte un livre authentique, plein d'humour et de pertinence, qui ne cache rien des petits (ou grands) travers du monde de la BD.

La véritable histoire de Futuropolis est donc une des meilleures "BD qui raconte la BD" que je connaisse. C'est probablement aussi un des meilleurs livres de Florence Cestac.

Et j'ai adoré le relire tout récemment.  Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

47 Re: Les BD qui racontent la BD le Sam 8 Déc - 11:42

Raymond

avatar
Admin
A la fin de son livre, Florence Cestac (qui a démissionné finalement des éditions Futuropolis) croise un groupe de jeunes dessinateurs, qui vont devenir les dignes héritiers de la bande dessinée indépendante.



Et oui ! Ce sont Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B et les autres "associés". Ils vont imposer au petit monde de la BD un grand changement, et ils vont donner au 9e art des œuvres plus adultes.



Et parmi ces "oeuvres adultes", il y a quelques autobiographies mémorables, qui racontent en fait la naissance de la BD moderne. Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

48 Re: Les BD qui racontent la BD le Sam 8 Déc - 17:07

Raymond

avatar
Admin
L'Association a produit beaucoup de livres importants, et ils touchent un peu tous les domaines comme les reportages, la fiction, l'autobiographie ou les livres d'art et d'essai. Certains d'entre eux racontent aussi l'histoire de la BD (même si ce n'est pas toujours le sujet principal), et je ne vais m'intéresser qu'à quelques uns de ces titres célèbres.

Commençons par Lewis Trondheim, qui a dessiné au moins une quinzaine de livres autobiographiques, et qui continue à en publier de nouveaux presque chaque année. La confidence a toujours présenté un caractère spécial chez cet auteur, qui semble volontiers ne dévoiler certains détails que pour mieux cacher le reste. Cet aspect est plus qu'évident dans sa série les Petits Riens, mais on le retrouve également dans son premier livre important, qui s'intitule Approximativement et qui raconte la vie quotidienne du dessinateur au sein du studio Nawak, au début des années 90.



Approximativement est d'abord une autobiographie, bien sûr, mais lorsque l'auteur travaille dans un studio, au milieu d'autres dessinateurs qui sont parfois les plus importants de leur génération, l'histoire devient également collective. Et bien que le livre ne vise pas à raconter les débuts de l'Association, il le fait tout de même bien souvent à travers de multiples anecdotes qui concernent non seulement Lewis lui-même, mais aussi ses collègues qui se nommaient Jean-Christophe Menu, Joan Sfar, Christophe Blain, Emile Bravo, David B, Philippe Dupuy, Charles Berberian … et j'en passe. Bien souvent, les révélations sont insignifiantes, mais elles dévoilent l'ambiance d'une époque, le genre de relations qui existaient entre les auteurs, et aussi quelques détails de leur vie intime, comme le fait par exemple cette séquence qui montre une discussion banale entre J-C Menu et Lewis, dans l'atelier.



Souvent, des événements importants sont présentés à travers "le petit bout de la lorgnette". C'est par exemple le cas d'une importante réunion constitutive de l'Association, qui commença comme un simple dîner amical, et qui se poursuivi sous la forme d'une bagarre plus ou moins surréaliste entre J-C. Menu et ses associés. Complètement ivre, ce dernier agressa ses collègues avec une brosse à WC, puis l'ambiance se calma un peu, et le commentaire qui conclut la séquence annonce "qu'on a même décidé de changer la structure de l'Association pour créer une société". Comme le déclare Killofer dans la postface du livre : "plus que jamais, Lewis avance masqué".



Précisons tout de même que cette pudeur, qui ne dévoile que tardivement les choses importantes, n'est jamais la recherche d'une posture avantageuse. Bien au contraire, Lewis n'hésite pas à révéler ses hésitations et ses doutes, et à se mettre en scène dans des situations un peu ridicules. C'est ainsi que l'on peut voir ci-dessous Lewis comme un véritable râleur, tandis qu'il travaille aux côtés d'Emile Bravo et de David B.



Il est donc clair qu'Approximativement n'est pas une autobiographie sérieuse, mais ce livre met tout de même en scène de nombreux auteurs célèbres, à une époque où ils n'étaient encore que des artistes en devenir, et c'est donc bien "une BD qui raconte la BD", avec tout ce que cela implique comme liberté de ton et comme fantaisie dans la narration.

Plus qu'une autobiographie, c'est probablement d'abord un livre d'art et d'essai.

Mais ceci n'exclut pas l'humour.  Very Happy



Dernière édition par Raymond le Ven 14 Déc - 15:00, édité 1 fois


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

49 Re: Les BD qui racontent la BD le Jeu 13 Déc - 14:54

Raymond

avatar
Admin
La BD peut parfois devenir introspective et raconter l'histoire d'une bande dessinée en train de se faire. Le plus bel exemple de ce cas de figure est une autobiographie commune réalisée par Dupuy et Berberian au début de leur carrière, alors qu'ils dessinaient leur série emblématique appelée Monsieur Jean. Cette œuvre très originale s'intitule Le journal d'un album et elle a été publiée en 1994 par L'Association.



Monsieur Jean est une série attachante qui raconte la vie quotidienne d'un jeune parisien au cours des années 90. Le premier album était plutôt une suite de gags ou d'historiettes, puis le héros a évolué. La série est alors devenue la chronique d'un jeune célibataire, qui trouve peu à peu l'âme sœur et qui se retrouve avec la responsabilité d'un enfant, avec les aléas que cela peut entraîner. "Monsieur Jean" est le travail le plus célèbre de Dupuy et Berberian, et on peut admettre que c'est grâce à cette belle BD qu'ils remportèrent le Grand Prix d'Angoulême en 2008.

Le journal d'un album raconte en fait la vie des deux auteurs pendant la longue gestation du tome 3 de "Monsieur Jean", intitulé "Les femmes et les enfants d'abord".



Comparable à une autobiographie assez intime, cette BD est racontée alternativement par les deux auteurs. Elle dévoile leur vie familiale, leurs fréquentations professionnelles ainsi que leurs hésitations ou leurs doutes, bien plus souvent que les étapes de réalisation de leur BD. Et c'est de cette manière que Charles Berberian commence cette histoire, comme un écrivain qui tient son journal.



Philippe Dupuis prend ensuite le relais et décrit lui aussi sa vie intime, ses soucis quotidiens, et son angoisse face à une œuvre en train de se faire. On y retrouve en fait les confidences désenchantées, voir même le regard sévère qu'avaient déjà proposé quelques BD autobiographiques fameuses, comme celles de Lewis Trondheim, de Xavier Mussat ou de Fabrice Neaud. Le "Journal d'un album" est parfois une véritable autocritique au quotidien, en même temps qu'un journal d'auteur.



Quelques séquences montrent bien sûr la façon de travailler des deux dessinateurs, qui ne semble pas être très simple. Les remarques fusent en fait de part et d'autre, et il en résulte une double exigence qui explique un peu la belle qualité de leurs œuvres communes. Et l'on voit ainsi des planches qui passent d'un auteur à l'autre, pour y être jugées et retouchées. On découvre par ailleurs aussi la longue hésitation de Dupuy et Berberian par rapport au choix de l'éditeur, qui devait être au départ l'Association, avant qu'ils ne se tournent vers les Humanoïdes Associés, puis à nouveau vers l'Association.



Ce long cheminement d'une œuvre en gestation amène également les deux auteurs chez d'autres collègues, en particulier ceux de l'Association. Et c'est alors tout un pan de l'Histoire de la BD qui se dévoile, lorsque David B, Stanislas ou Lewis Trondheim commentent les planches d'une œuvre en train de se faire. Derrière une apparente simplicité, la BD "indépendante" était dirigée par une esthétique et des principes bien définis, et cette découverte est passionnante.



Le journal d'un album est finalement une œuvre hors norme, qui raconte la bande dessinée en train de se faire. Elle met par ailleurs en scène toute une génération d'auteurs qui étaient alors des "artistes en devenir", et qui sont aujourd'hui les ténors du monde de la BD. Et c'est de plus un livre passionnant que j'ai relu plusieurs fois avec plaisir, qui permet de mieux comprendre la BD d'aujourd'hui.

On découvre en fait beaucoup de choses, avec les "BD qui racontent la BD".  Very Happy


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

50 Re: Les BD qui racontent la BD le Ven 14 Déc - 16:18

Raymond

avatar
Admin
L'Association a connu plusieurs crises, dont celle de 2011 qui est la plus célèbre. Elle opposait Jean-Christophe Menu à ses employés (les autres associés ayant démissionné depuis longtemps) et cet interminable affrontement a fait les délices des chroniqueurs de BD, par exemple sur cette page :

https://www.actuabd.com/La-Tragedie-de-L-Association-Acte,11640

Tous ces articles ont été recensés dans notre sujet qui est dédié à l'Association. Ce fût sans aucun doute un des événements "bédéphiliques" de l'année 2011.

http://lectraymond.forumactif.com/t611-l-association?highlight=l+association

Mais la source la plus intéressante, c'est d'abord l'œuvre dessinée par la plupart des Associés (sauf Jean-Christophe Menu) qui raconte et explique tous ces événements. Ce livre est intitulé "Quoi !" et il a été publié par ... l'Association, bien sûr.   Smile



J'ai relu récemment avec plaisir cet ouvrage un peu polyphonique,qui multiplie les anecdotes et les regards différents. Son apport essentiel, toutefois, est d'abord de reprendre toute l'histoire de l'Association, dès ses débuts. C'est ainsi que David B, par exemple, s'attarde sur ses premières rencontres avec J-C Menu en 1989. Il décrit, entre autre, leur intérêt mutuel pour la littérature.



Loin de ne s'intéresser qu'aux conflits, les Associés évoquent d'abord tout ce qui les unit, ainsi que leurs expériences communes. Leur travail en groupe à l'atelier Nawak, en particulier, fût certainement une étape importante.



Les premières véritables querelles commencèrent en 2004, après que J-C Menu ait progressivement personnalisé le pouvoir à la tête de la structure éditoriale. Bien qu'il n'en aie aucun droit, il annonce alors à ses associés qu'il va désormais prendre seul toutes les décisions directoriales de l'Association. Cette réunion houleuse est directement à l'origine du départ de David B, le premier associé qui ait quitté la barque.



Joan Sfar était également présent à cette réunion, en tant que témoin, en ayant pour mission de rapporter les entretiens dans ses "carnets". Ayant ensuite reçu "l'ordre" de J-C Menu de ne pas éditer ces dessins pris sur le vif, il ne les publia qu'en 2011, dans l'album Quoi !. Il est fascinant à cet égard de découvrir l'ampleur de l'autorité que J-C Menu avait acquise à cette époque sur ses collègues.



Cette réunion de 2004 est vraiment dramatique, et Lewis Trondheim résume très bien l'ambiance avec une seule anecdote. Lorsqu'au moment de clore la réunion, Jean-Christophe Menu les invite à boire un dernier verre ... tout le monde refuse.



D'autres réunions conflictuelles eurent lieu ensuite en 2006, sans arriver à trouver un terrain d'entente. Ces échecs seront la cause des départs de Lewis Trondheim, Joan Sfar, Stanislas et Killofer la même année.



Et c'est après toute cette histoire que survient le conflit de 2011, opposant cette fois Jean-Christophe Menu aux employés de l'Association. La position des autres fondateurs était fragile, puisqu'il avaient quitté la société, mais il y avait un droit moral qu'ils conservaient en tant que fondateurs.



Placés en position d'arbitres par les employés mécontents, et priés de reprendre la tête d'une association qu'ils avaient créée, Killofer, Stanislas, Lewis Trondheim et David B n'étaient pas vraiment heureux de ce renversement inattendu du pouvoir. Killofer l'exprime très bien dans son résumé touffu et ironique.



Après une guerre, il n'y a bien souvent que des perdants !

Mais par contre, cette œuvre collective qui a été dessinée par les associés est un véritable événement. Bédéastes avant tout, Lewis Trondheim, Joan Sfar, David B, Stanislas et Killofer ont montré avec ce livre unique que la BD peut servir toutes les causes. A la fois manuel d'histoire, œuvre critique et témoignage direct, "Quoi !" est aujourd'hui la référence de base pour tout ce qui concerne l'histoire de l'Association.

Mais l'histoire n'est peut être pas finie ?   Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

Contenu sponsorisé


Revenir en haut  Message [Page 2 sur 3]

Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum