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La tour de Babel

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1La tour de Babel Empty La tour de Babel le Sam 29 Aoû - 13:02

Raymond

Raymond
Admin
Les récentes remarques de Magic m'ont incité à relire cet album, ce qui a d'ailleurs été un plaisir.

Contrairement aux albums de la grande époque (en gros ceux qui vont de la Griffe Noire jusqu'au Prince du Nil), j'ai pas lu souvent les histoires plus récentes. C'est dû au fait qu'il y avait  beaucoup d'autres albums de BD à découvrir et que je j'avais moins le temps de relire. Maintenant, cela me donne l'opportunité de redécouvrir des détails ou des séquences qui étaient complètement oubliés.

J'ai tout de suite aimé la Tour de Babel qui se présente comme un somptueux voyage à travers le Moyen Orient à l'époque de Jules César. J'avais été frappé par ses images, son ambiance mystérieuse et surtout la triste fin d'Oribal, mais l'intrigue m'a toujours semblée anecdotique. Alix est appelé en Orient pour venir en aide à Oribal et nous découvrons sa "marche d'approche" qui passe par Jerusalem, Gaugameles et Babylone. Il délivre de l'esclavage une mystérieuse jeune fille (Mara) dotée de pouvoirs surnaturels puis découvre à Babylone qu'Oribal a été décapité. Il n'essayera même pas de le venger et il y a finalement peu d'événement spctaculaire. L'intérêt de l'histoire, c'est plutôt de découvrir en même temps qu'Alix le charme de quelques sites célèbres, tels que Jerusalem.

La tour de Babel Tourba10

On ne sait pas exactement ce qui restait de Babylone à l'époque d'Alix mais il est vraisemblable que la ville était encore habitée. Jacques Martin n'hésite à nous dessiner une cité magnifique, qui contient toujours une des 7 Merveilles du Monde, à savoir les fameux jardins suspendus.

La tour de Babel Tourba11

Cet album a été analysé en détail par Diego et je ne m'étendrai pas plus. Je conseille à ceux qui n'auraient pas lu son texte de le découvrir sur le site Alix l'intrépide .

Venons en aux remarques de Magic sur certains événements surnaturels difficilement crédibles que l'on trouve dans la Tour de Babel. Ils proviennent principalement des pouvoirs de la jeune Mara qui se montre capable de voir à distance, d'allumer ou d'éteindre un feu avec son seul regard, et de paralyser les mouvements de ses adversaires (elle empêche ainsi Adrocles d'assommer Alix lors de leur affrontement final). Cela ne m'avait pas frappé car de tels personnages étaient déjà apparus dans de précédents albums d'Alix. L'exemple le plus fameux est bien sûr le mage Rafa dans la Griffe Noire, qui accomplit des choses totalement irréalistes. Il me semble en fait que ce type de surnaturel devient presque "une règle" dans la série. Il y en a de multiples exemples.

En fait, malgré ces quelques phénomènes fantastiques, l'histoire de la Tour de Babel me semble présenter une grande vraisemblance, grâce à la modestie de l'intrigue, au réalisme du dessin et au respect minutieux de certains faits historiques. Je m'arrête à ce stade pour attendre vos réactions. Wink



Dernière édition par Raymond le Dim 25 Mai - 16:51, édité 1 fois


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2La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Dim 30 Aoû - 17:55

Raymond

Raymond
Admin
Pas de remarque, alors je continue. study

La Tour de Babel n'est pas un album très réputé, et je me demande si cela ne provient de son intrigue que certains pourraient considérer comme inachevée. En lançant une recherche sur le Web, je n'ai d'ailleurs trouvé aucune critique de cet album, alors que celles-ci ne manquent pas pour les autres livres de Jacques Martin. Cette histoire n'attire vraiment pas les commentaires.

Quand j'y repense, il doit y avoir une frustration qui tient au récit lui-même. Il est probable qu'elle est liée à une intrigue entièrement dominée par un sentiment d'attente, et que cette attente n'est jamais satisfaite. On espère revoir Oribal mais il meurt avant qu'Alix ne le rejoigne (il ne reste que sa tête dans un sac et on ne la voit pas). Alix attend l'attaque des pillards pendant le voyage mais ils restent à distance. On pense qu'Alix va combattre ce mystérieux adversaire mais leur affrontement tourne court. Il n'y a pas de vainqueur ni de vaincu et Alix semble avoir fait ce voyage pour rien. Tout ça pour ça, en quelque sorte. Wink

Il y a peut être dans ce "voyage sans aventure" un jeu avec les codes, une oeuvre équivalente à ce qu'avait réussi Hergé en créant les Bijoux de la Castafiore. Cette BD respecte entièrement les règles créées par Jacques Martin, que ce soit pour la contruction du récit, le style du dessin, le respect de l'histoire ou l'incorporation d'éléments fantastiques, mais elle ne ressemble pas à une véritable aventure d'Alix. Je ne dirais pas qu'il ne se passe rien, mais il y manque les combats ou les péripéties qu'affronte habituellement le héros. Alix semble être un spectateur des événements. Il voyage, il parle, il contemple, il attend et l'intérêt se détourne vers les lieux qu'il visite. Le moment le plus fascinant du récit, ce n'est pas la mort d'Oribal, mais bien la découverte de la Tour de Babel, ou plutôt des deux tours puisque Jacques Martin nous présente un deuxième site à l'extérieur de Babylone qui pourrait être à l'origine du mythe. Je me rappelle que le livre avait été accueilli avec réserve au moment de sa sortie à cause de cette vacuité de l'intrigue. Je pense aujourd'hui que beaucoup de lecteurs ne sont pas allés plus loin que cette première impression.

Cette quasi-absence d'intrigue permet cependant à Jacques Martin de nous raconter un beau voyage de Jerusalem à Babylone. Le récit donne également une image plus nuancée d'Alix qui doit affronter les déceptions de la politique (puisque Oribal a été un piètre souverain). Il y a aussi cet Adrocles qui est un personnage difficilement classable et que l'on arrive pas à détester. Et puis, je pense que c'est surtout une oeuvre avec laquelle Jacques Martin s'est fait plaisir, parce qu'il y a dessiné des lieux légendaires tels que Babylone ou Jerusalem, et qu'il y a apporté sa propre griffe. C'est en tout cas une histoire que j'aime bien relire. Very Happy


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3La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Dim 17 Jan - 17:53

Raymond

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Admin
Jacky-Charles a écrit:
Une précision encore : je n'ai jamais dit que "La tour de Babel" ne me passionnait pas : au contraire, c'est une histoire sans grands faits d'armes au cours de laquelle nos héros se montrent plus humains et attachants, presque banals. J'ai simplement dit que j'aurais été très embarrassé pour en faire l'analyse parce qu'il aurait été difficile de faire coller l'histoire avec une quelconque réalité malgré le réalisme apparent.

Je rebondis sur cette remarque pour relancer la discussion sur cet album. Very Happy

Je pense que tu es gêné par ce curieux itinéraire, qui montre Alix et ses compagnons partir vers le Nord, au lieu de se rendre directement vers Babylone à travers le désert. J'ai moi aussi été surpris par cet immense détour, puisque l'on voit même les personnages naviguer sur le Tigre, un fleuve qui se trouve à l'est de Babylone.

Plaisir du tourisme ? Wink


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4La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Dim 17 Jan - 17:58

Raymond

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Admin
Je me permets de copier ici une carte établie par César sur son forum. Voilà comment il reconstitue le parcours suivi par Alix et ses compagnons.

La tour de Babel Tourdebabelitinraire


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5La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Dim 17 Jan - 18:54

jfty

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grand maître
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Par cette aventure,il me semble que J.Martin ai voulu devancer l'histoire en racontant les périples d'un roi ayant voulu changer les mentalités d'un pays tant, au niveau religieux que culturel!( se reporter à l'histoire de Constantin!) siffle

6La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Lun 18 Jan - 12:23

Raymond

Raymond
Admin
De quel Constantin parles-tu ? Est-ce le roi de Grèce ?

Sinon, tu as raison de te référer aux mésaventures d'un souverain du XXème siècle, en évoquant le destin tragique d'Oribal. Je pense toutefois que Jacques Martin s'est surtout souvenu des expériences du shah d'Iran. La tour de Babel Icon_wink


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7La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Lun 18 Jan - 18:39

Jacky-Charles


license ès BD
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Raymond a écrit:
Jacky-Charles a écrit:
Une précision encore : je n'ai jamais dit que "La tour de Babel" ne me passionnait pas : au contraire, c'est une histoire sans grands faits d'armes au cours de laquelle nos héros se montrent plus humains et attachants, presque banals. J'ai simplement dit que j'aurais été très embarrassé pour en faire l'analyse parce qu'il aurait été difficile de faire coller l'histoire avec une quelconque réalité malgré le réalisme apparent.

Je rebondis sur cette remarque pour relancer la discussion sur cet album. Very Happy

Je pense que tu es gêné par ce curieux itinéraire, qui montre Alix et ses compagnons partir vers le Nord, au lieu de se rendre directement vers Babylone à travers le désert. J'ai moi aussi été surpris par cet immense détour, puisque l'on voit même les personnages naviguer sur le Tigre, un fleuve qui se trouve à l'est de Babylone.

Plaisir du tourisme ? Wink

En effet, cet itinéraire bizarre et peu logique m'avait déconcerté et j'aurais été très embarrassé d'avoir à le commenter, mais ce n'est pas seulement pour ça.

Je me suis reporté à ma Bible habituelle, c'est à dire "Avec Alix" ( pages 149 et suivantes ) pour revoir ce qu'en disait Jacques Martin lui-même.

"Alix et ses compagnons suivent la route des caravanes."
Soit, mais elles ne vont pas au plus court !

"Le scénario de "La tour de Babel" avait été conçu avant la chute du Shah d'Iran ( 1979 ), et pourtant il est étonnant de constater à quel point le sort de ce monarque est semblable à celui d'Oribal."
La comparaison est juste, mais le scénario ne s'inspire donc pas de cet évènement contemporain.

"Zür-Bakal étant située quelque part du côté de Persépolis, on peut vraiment dire que, pour une fois, la réalité a pris modèle sur la fiction !"
C'est la seule indication géographique que nous donne l'auteur au sujet de l'Etat d'Oribal. Moi, je veux bien , mais imaginer un Etat indépendant au beau milieu de la Perse ( puis du royaume séleucide, puis du royaume des Parthes... ), et plus encore à côté de la capitale, me paraît difficile à croire.
Les Empires de cette époque étaient bien des sortes de fédérations aux liens assez lâches, les satrapes étaient des rois plutôt autonomes ( c'est pour ça que le roi supérieur s'était appelé le Roi des rois ), mais rien de tout cela n'est dit, et cela ne correspond pas non plus avec l'itinéraire d'Alix dans "La tiare d'Oribal".

"Oribal a été séduit par la civilisation gréco-latine et il veut en importer les bienfaits dans son pays."
La plupart des Etats de la région étaient hellénisés depuis le passage d'Alexandre, deux siècles et demi plus tôt, et aucun ne s'était montré hostile à ce mode de civilisation, les conflits portant essentiellement sur le contrôle des territoires et la circulation des biens qui en découle.

Admettons donc que Zür-Bakal se trouve au milieu de la Perse, puisque Jacques Martin le dit, mais cela ne donne pas toutes les réponses !
Débat à suivre !

8La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Mar 19 Jan - 10:45

Raymond

Raymond
Admin
Le détour est en partie expliqué dans l'album. Il y a même une vignette dans laquelle Hiram Khal montre le trajet qu'il entend suivre (je ne peux malheureusement pas la scanner en ce moment Sad ). Ce qui m'étonne, toutefois, c'est qu'Alix et ses compagnons se rendent jusqu'aux rives du Tigre pour redescendre vers le sud en bateau. Pourquoi ne naviguent-ils pas d'emblée sur l'Euphrate ?


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9La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Mer 9 Juin - 10:40

Raymond

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Admin
Michel Jacquemart a écrit:Il y a un autre album "atypique" de Jacques Martin, et qui suscite aussi des avis assez opposés : La Tour de Babel. Il y a certaines similitudes dans la construction de ces deux albums : ce sont des non-aventures, où le héros est surtout un témoin. Dans les deux cas, le héros ne comprend que partiellement les tenants et aboutissants de l'histoire... Dans les deux cas, l'aventure avorte en cours de route et assez précipitamment. On y retrouve les 2 lignes décrites par Raymond... Dans la Tour de Babel, en parallèle avec la progression d'Alix et ses compagnons vers Zür-Bakal qu'il n'atteindra jamais, on a les 2 autres récits parallèles: d'une part l'évocation historique de la trajectoire d'Alexandre, et d'autre part l'évolution tragique du règne d'Oribal qui a voulu suivre le rêve d'Alexandre... Un rêve inachevé, fracassé, dont il ne reste que des ruines, comme Babylone, qui retourne peu à peu au sable du désert et cette tour de Babel, qui bientôt s'écroulera comme les rêves de ces hommes qui ont voulu bâtir de grandes choses... C'est aussi une histoire triste et mystérieuse, pleine de rêves, de magie et de constat d'échec... Jacques Martin cite la Tour de Babel parmi les 4 albums d'Alix dont il est le plus satisfait...
Complètement d'accord avec toi ! Je profite d'ailleurs de cette occasion pour mettre une copie de ton post dans le sujet "Tour de Babel" ... dont je n'ai jamais réussi faire "décoller" la discussion, hélas. La tour de Babel Icon_sad


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10La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Lun 9 Nov - 15:15

Invité


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Projet de couverture pour cet album.


La tour de Babel Martin13

11La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Jeu 12 Mai - 12:26

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Une planche de la prochaine vente COUTEAU-BEGARIE qui aura lieu le 28 mai.


La tour de Babel Martin25

12La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Mar 18 Sep - 13:29

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martinophile distingué
martinophile distingué
Auteur de l’article : Diego Jiménez

La trame :

Je n’en dirai que quelques mots pour remettre les évènements dans leur contexte et parce que je n’entends dispenser le lecteur de cet article d’avoir à faire l’acquisition de cet album par un résumé par trop exhaustif.
Je me limiterai donc à ceci : Alix et Enak sont invités à se rendre à Jérusalem pour y rencontrer un inconnu et sont guidés jusque-là par un romain qui a peut-être été mandaté par le légat commandant la garnison d’Athènes après les événements de « l’Enfant Grec »

Les lieux :

On voyage essentiellement en Mésopotamie dans ce volume, ce qui nous permet de découvrir essentiellement la ville de Babylone mais pas seulement. Jérusalem : L’aventure de nos amis commence dans cette cité qui évoque beaucoup de souvenirs pour toute personne issue de la culture judéo-chrétienne européenne.
Au détour des conversations nos amis côtoient divers monuments comme le grand temple et la fontaine de Salomon.
A l’époque où nos personnages voyagent, le temple de Jérusalem est encore debout, aujourd’hui il n’en reste plus que le « Mur des Lamentations », lieu saint du Judaïsme.

Ce temple a été détruit à plusieurs reprises notamment sous Nabuchodonosor II, roi de Babylone et reconstruit dans des dimensions assez modestes par la famille des Macchabées qui renverse la dynastie séleucide de Syrie au 8e siècle av J.C. Contrairement à ce qui est dit dans « La Tour de Babel », l’occupation romaine ne provoque pas de dégâts matériels importants jusqu’en 70 ap J.C, date de la destruction du temple par Titus. Le territoire de Judée est conquis en 63 av J.C par Pompée le Grand qui signe son plus grand « coup » en battant dans la même guerre et la même année Mithridate VI, roi du Pont, Tigrane le Grand roi d’Arménie, Antiochos III de Syrie et la dynastie asmonéenne de Judée.
La Judée devient protectorat romain jusqu’à ce que le fils du Procurateur Antipatros soit nommé roi en 39 av J.C sous le nom de Hérode le Grand. C’est sous son règne que sera reconstruit le grand temple de façon somptueuse, la fontaine réservoir, un hippodrome et même un amphithéâtre.

Le désert : Je me demande pourquoi j’ai mis ça là moi… Alix et Enak suivent Hiram Khal dans un périple qui doit les conduire à Babylone. Ayant rencontré des difficultés avec des bandes de nomades, ils sont obligés d’obliquer vers le Nord pour emprunter la route d’Alexandre le Grand, ce qui me permet d’introduire un autre lieu « Arbélès »

Bataille d’Arbélès ou de Gaugamélès : Je mets cela dans les lieux car Hiram Khal nous livre un récit assez vivant de cette bataille lorsqu’il s’arrête pour honorer la mémoire d’Alexandre le Grand. Ce lieu se trouve à une centaine de kilomètres de la ville d’Arbil en Irak actuelle.
Cette bataille a lieu le 1e octobre 331 av J.C et oppose les troupes d’Alexandre le Grand à celles de Darios III qui avait essuyé plusieurs défaites contre le Macédonien.
Selon Virgile, bon courtisan, les troupes perses comptaient un million d’hommes et celles d’Alexandre 30.000, on peut toujours rêver…
On pense aujourd’hui que les Perses étaient autour de 250.000 et les Grecs 47.000 dont 7.000 cavaliers. Comme on a pu le voir dans le récent film d’Oliver Stone, les Perses commirent l’erreur d’engager toute leur cavalerie contre le flanc gauche de l’armée macédonienne, ce qui occasionna l’enfoncement de leur centre par la cavalerie macédonienne et la fuite de Darios qui entraîna celle de son armée. Les Macédoniens perdirent moins de 500 hommes et les Perses entre 40 et 90.000 soldats.

Zür Bakal : Malgré toutes mes recherches, je n’ai absolument rien trouvé sur cette ville. J’en conclus donc que Jacques Martin l’a inventée pour les besoins de l’intrigue de « La Tiare d’Oribal » et en a fait le modèle-type d’une capitale mésopotamienne au Ier siècle av J.C. Elle est assez souvent représentée dans les récits d’Hiram Khal et Adroclès, son architecture est semblable à celle des cités perses achéménides telles que Persépolis ou Suse. Dans « La Tiare d’Oribal » cette ville apparaissait comme une sorte de copie de Babylone avec ses jardins suspendus dans lesquels se promène Arbacès. Peut-être était-ce là l’intention initiale de Jacques Martin.

Mésopotamie : A cette époque la Mésopotamie est entièrement dominée par l’empire des Parthes dont le souverain est Orodès II (55-37 av JC) dont le règne est marqué par le transfert de la capitale à Ctésiphon, ville que les Romains ne pourront piller que sous Trajan, de façon très éphémère d’ailleurs. A cette époque, toutes les villes que traversent nos personnages sont sous domination parthe, ceux-ci ont même poussé leurs raids jusqu’à Jérusalem et Antioche. Il est donc assez étrange que nos amis n’en croisent pas un seul sur leur route.

Babylone : Il reste à peu près autant de vestiges de Babylone à l’heure actuelle que de pierres du palais des Tuileries à Paris. Tout au plus a-t-on encore quelques murailles avec des sphinx de profil.
Aussi les scientifiques ont-ils procédé à des reconstitutions.

Cette ville forme une cité-état en 1894 av J.C sous l’influence du roi Hammourabi, s’écroule trois siècles plus tard. Une dynastie néo-babylonienne voit le jour en 625 av J.C avec Nabuchodonosor mais est renversée par les Perses dès 539 av J.C. C’est dans cet intervalle que sont édifiés les principaux temples et les jardins suspendus.
En 485 av J.C Xerxès Ier rase les principaux temples et la ziggourat plus connue sous le nom de Tour de Babel. La ville est annexée par Alexandre le Grand mais sa population est très vite transférée vers une nouvelle capitale, Séleucie du Tigre. A l’époque où Alix la visite, la ville a largement entamé son déclin.

La tour de Babel ou Ziggourat d’Etemenanki : Elle a été construite entre 4000 et 600 av J.C, détruite au moins une fois, reconstruite par Nabuchodonosor II au VIIe siècle av J.C et démolie par Xerxès Ier en 485 av J.C. Autant dire qu’à l’époque où Alix est à Babylone, la ziggourat n’existe plus depuis des lustres. C’était sans doute une grande construction pyramidale en briques coiffée d’un autel dédié au dieu Mardouk à qui était dédié une statue d’or également fondue sous Xerxès pour des motifs financiers. On pense qu’elle mesurait 90 mètres de haut pour 102 mètres de côté.
Dans l’Ancien Testament la Tour de Babel s’élevait jusqu’au ciel et était l’œuvre du roi Nemrod. Pour les empêcher de l’atteindre, Yahvé introduisit la diversité des langues parmi les ouvriers et les dispersa aux quatre coins de la Terre d’où le nom de Babel : En hébreu Babhel signifie « porte du ciel » et balal « confusion ».

Les personnages :

Alix : Egal à lui-même, il n’est pas spécialement magnifié dans ce tome qui n’est pas centré sur lui. Appelé à la rescousse par Oribal, il s’embarque donc dans une nouvelle aventure avec Hiram Khal, Enak puis Marah qui devait le conduire jusqu’à Zür Bakal mais sa route s’arrêtera à Babylone car la tête de celui qu’il devait sauver est déjà tombée. Détail notable, il ne fait pas preuve de manichéisme dans ce tome et même s’il refuse de serrer la main d’Adroclès, il lui dit au revoir car il a une certaine estime pour cet homme.
Il perd un ami mais y gagne sans doute en maturité.

Enak : Son rôle personnel est assez faible dans ce tome où il suit une fois de plus Alix comme son ombre, partage les mêmes sentiments que lui et professe les mêmes idéaux.
Il se révèle toutefois un homme d’action lorsque durant l’attaque du village il désarçonne un des brigands qui monté sur un dromadaire allait tuer Alix.
Les deux garçons sont de plus en plus proches, ils se tiennent même la main.

Hiram Khal : Un personnage qui fait très « couleur locale ». On ne sait pas exactement quelle est sa fonction auprès d’Oribal mais il est en tout cas son homme de confiance. Homme d’une grande subtilité, il attire Alix à Jérusalem puis lui dévoile discrètement sa mission, un agent secret de l’époque en somme. Il fait preuve de moins de subtilité en témoignant de façon trop voyante son admiration pour Alexandre le Grand devant ses compagnons.
On apprend à la fin du volume qu’il était amoureux de Marah et dans « L’Odyssée d’Alix I », une lettre lui est adressée. Il s’est apparemment installé comme marchand à Babylone.

Marah : Parfois je me demande pourquoi les personnages féminins d’Alix ont presque tous une durée de vie si limitée. Marah est l’archétype de la femme dans le monde antique : vivant dans une société profondément misogyne, elle a dû survivre par elle-même et apprendre la magie pour éviter de finir esclave ou prostituée. Avec Raffa et Eschum, c’est le troisième personnage d’Alix à avoir des pouvoirs magiques, elle les utilise de la même façon qu’eux : pour contrôler la volonté d’autrui. C’est probablement elle qui empêche Adroclès de tuer Alix. Sa mort par une piqûre de serpent n’est pas forcément très utile mais je suppose qu’elle s’inscrit dans la logique de l’oeuvre.

Oribal : Alix l’avait quitté en lui prédisant qu’il serait un grand roi. Notre héros semble souffrir de myopie dans ses prédictions. Oribal n’intervient pas dans ce volume, il est mentionné par Adroclès de façon assez sévère et par Hiram Khal qui cherche manifestement à lui trouver des excuses.
Globalement on peut en retenir qu’il a fait preuve d’une incompétence politique dont l’Histoire offre malheureusement trop d’exemples et a témoigné d’une réelle volonté suicidaire en tant que gouvernant. Admirateur de la civilisation greco-romaine, il tente de l’imiter ; rêvant de ressembler à Alexandre, il lui fait ériger des statues ; souverain d’un royaume monothéiste (zoroastrisme), il fait construire un temple à Apollon ; en manque d’argent il fait appel à l’armée et s’en retrouve prisonnier. Son attitude a tout de celle d’un despote incompétent. Il m’a un peu fait penser à l’empereur Caligula qui loin d’être fou pour les historiens sérieux, a tenté au contraire d’importer à Rome une conception orientale de la monarchie. Là c’est le contraire : Oribal tente d’importer une conception occidentale de la monarchie en Mésopotamie, c’était suicidaire de sa part et il finit de la même façon que Caligula, Alix n’arrivant pas assez tôt pour lui permettre de mettre les voiles. L’auteur nous livrera d’ailleurs sa conclusion sur ce personnage de manière assez frappante : à l’endroit où Adroclès a enseveli sa tête, surgit une nuée de serpents venimeux comme si la Terre elle-même refusait de le recevoir dignement.

Adroclès : Jacques Martin avait manifestement besoin de renouveler son répertoire par l’introduction d’un « méchant » de long terme qui attire plus la sympathie du lecteur que le fourbe Arbacès récemment revenu d’entre les morts dans « La Chute d’Icare ». Adroclès était apparemment ce personnage-là, frère d’Arbacès, il est aussi intelligent que celui-ci mais au contraire de son frère il n’est pas foncièrement mauvais ni sanguinaire et n’a pas l’ambition de devenir un chef d’Etat. Il ne cherche pas à venger ce dernier dont il désapprouvait les actes mais à libérer le peuple de Zur Bakal de l’oppression de l’armée et de la tyrannie. Il défend pour cela devant Alix la nécessité de l’assassinat politique. Personnage d’une surprenante modernité, on le retrouvera dans « Le Cheval de Troie » où il incarne également la figure du mercenaire raffiné et comploteur professionnel. Il me fait un peu penser à Axel Borg de la série « Lefranc ». On ne sait pas ce qui lui est arrivé à son retour à Zur Bakal mais l’odyssée d’Alix I nous apprend que Karidal, un proche d’Oribal, a repris les rênes du gouvernement, on peut donc supposer que la rébellion a été étouffée.

Les costumes, détails anthropologiques, culturels… :

La religion : Il n’aura pas échappé au lecteur que Oribal est renversé par une révolte fomentée par le clergé. Dans les sociétés polythéistes antiques le clergé est peu nombreux, souvent vénal et dispersé, son pouvoir de contrôle social est assez faible. A Rome la charge de grand pontife était élective c’est-à-dire achetable et était donnée uniquement à un laïc, ce qui limitait le risque de dérive fanatique. Or la région dans laquelle nous nous trouvons, à savoir la Perse est caractérisée par une religion monothéiste : le zoroastrisme. Je n’en traiterai que dans les grandes lignes. C’est une religion issue du mazdéisme fondée par le prophète Zoroastre (ou Zarathoustra) qui a vécu entre 630 et 550 av J.C. La doctrine est consignée dans le livre saint de l’Avesna. En substance, le zoroastrisme reconnaît un seul dieu, Ahura Mazda, créateur du monde et quelques divinités secondaires qui ne doivent pas être vénérées. Le diable est représenté par la figure d’Arhiman, fils d’Ahura Mazda ayant opté pour le mal. Cette religion se base sur la vénération du feu et compte encore quelques centaines de milliers d’adeptes en Inde du Nord à l’heure actuelle. Elle est devenue religion d’Etat de l’empire perse dès ses premiers souverains. L’opposition du clergé à Oribal revêt donc une dimension de guerre sainte, de lutte contre le paganisme incarné dans les dieux greco-romains. Je me demande d’ailleurs si Jacques Martin n’a pas fait un parallèle avec le renversement du Shah d’Iran par une révolution islamique en 1979 qui lui reprochait d’être trop occidentalisé.

Costumes : Il n’y a pas de différences fondamentales entre les habits des habitants de Jérusalem et de Babylone. Ils proviennent tous de la même aire culturelle. C’est d’ailleurs tout à fait logique car le peuple hébreu fut déporté à Babylone sous Nabuchodonosor II (diaspora) où il perpétua le culte de Yahvé et fut en contact avec les civilisations mésopotamiennes.

Controverses :

La mort d’Alexandre : De temps à autre il me semble que Jacques Martin prend plaisir à exposer des thèses personnelles. C’est ce qu’il fait par la bouche d’Hiram Khal qui accuse explicitement les Carthaginois d’être les auteurs de l’assassinat d’Alexandre le Grand si assassinat il y a eu. La plupart des historiens ont été très prudents, plus qu’Oliver Stone, en ce qui concerne la thèse de l’empoisonnement d’Alexandre. La formulation suivante se retrouve assez souvent « il mourut d’une fièvre due semble-t-il à de trop fréquentes libations », autrement dit à l’abus d’alcool. Dans la mesure où il est notoire qu’il a brûlé Persépolis dans un excès d’ivresse c’est assez probable. Sans être quelque chose de rare à cette époque, l’assassinat politique n’était pas monnaie courante et surtout le coupable était vite démasqué.
Ainsi on est absolument certains que l’eunuque Baalgoas (apparu dans « Orion ») a fait tuer les deux prédécesseurs de Darios III. On est également certain que la mère d’Alexandre, Olympiade, a commandité le meurtre de Philippe II et que Ravaillac n’a pas agi seul.
Cependant un historien écrit toujours « peut-être » quand il est absolument certain d’un fait. Pour Alexandre nous n’avons absolument aucun coupable désigné à part l’alcool. Il est possible qu’il ait été empoisonné bien sûr, de nombreux ambassadeurs étaient présents à sa cour, mais il avait des goûteurs et d’autre part je ne suis pas persuadé que les puissances de l’époque aient eu une vision aussi panoramique des relations internationales et de leur intérêt. Les Romains aussi étaient menacés, comme les souverains indiens et certains généraux.
J’ajoute qu’à cette époque Carthage est enlisée dans une guerre contre les cités grecques de Sicile qui lui ont infligé une cuisante défaite en 480 av J.C mais elle continue la lutte jusqu’en 276 av J.C. Alexandre n’est donc pas forcément son principal souci. Toujours est-il qu’Alexandre aurait dit en mourant « Héraclès », ce que ses généraux auraient interprété comme la promesse de laisser son héritage « au plus fort » ou « au meilleur » d’où les guerres des diadoques.

Repères historiques :

Vers 2200 av J.C : Mention de Babylone dans plusieurs textes et du temple de Mardouk.

1894 av J.C : Fondation de la première dynastie babylonienne sous Hammourabi

1595 av J.C : Invasion de Babylone par les Hittites

625 – 539 av J.C : Dynastie néo babylonienne

Vers 600 av J.C : Construction des jardins suspendus par Nabuchodonosor II pour son épouse Amyitis, princesse Mède.

16 Mars 597 av J.C : Prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II. Destruction du Temple, le roi Joachim et son peuple sont emmenés en captivité à Babylone.

539 av J.C : Babylone annexée par le Perse Cyrus le Grand.

482 av J.C : La ziggourat (tour de Babel) et le temple de Mardouk sont rasés sur ordre de Xerxès Ier.

330 av J.C : Alexandre le Grand prend Babylone.

IIIe siècle av J.C : « Transfert » de la plus grande partie de la population vers Séleucie du Tigre, nouvelle capitale.

62 av J.C : Pompée le Grand défait Mithridate VI, Antiochos III, Tigrane d’Arménie et la dynastie asmonéenne de Jérusalem. La Judée devient protectorat romain.

53 av J.C : Bataille de Carrhes. Annihilation de l’armée de Caius Licinius Crassus par les Parthes. L’empire des Arsacides s’étend sur l’ensemble de l’ancien empire Perse.

39 av J.C : Hérode le Grand, fils du procurateur Antipatros devient roi de Judée.

70 ap J.C : Destruction totale du temple de Jérusalem par le général Titus, futur empereur, beau-frère de Vespasien.

VIIe siècle ap J.C : Babylone est conquise par les Arabes qui détruisent les derniers vestiges païens.

Sachant que Alix débute ses aventures au lendemain de la bataille de Carrhes, nous sommes probablement un peu après 53 av J.C. A cette époque il est impossible de confirmer l’existence des jardins suspendus mais la tour de Babel a déjà été détruite.

13La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Mar 18 Sep - 13:44

Raymond

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Merci pour le travail ! pouce


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14La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Ven 23 Aoû - 11:25

Khyron


compagnon
compagnon
J'ai toujours eu une affection particulière pour cette histoire que j'ai découverte tard (j'étais en 6e à l'époque). C'est un album probablement sous-estimé, pour la principale raison, déjà évoquée dans les précédents messages, que l'histoire semble s'interrompre en cours de route et n'aboutir nulle part. En fait, l'album m'apparaît comme un contrepoint total de "La tiare d'Oribal" et plus globalement de l'univers des premiers Alix (les quatre premiers, jusqu'à "La griffe noire" qui marque le début d'un nouveau cycle plus proprement martinien et plus indépendant vis-à-vis des contraintes posées par le journal Tintin et Hergé lui-même).    

Il ne peut donc être lu et apprécié que dans le cadre d'une mise en abîme du personnage d'Alix et de son univers.

Dans les quatre premiers albums, la civilisation romaine est présentée sous un jour assez triomphaliste. Elle incarne le progrès technique et culturel, et c'est pourquoi Alix se met librement à son service, c'est à dire aussi à celui de César qui l'incarne au plus haut degré. Cette civilisation comporte certes de tristes sires qu'il faut neutraliser (Marsalla, Marcus et quelques autres) mais enfin, elle reste un modèle de civilisation pour le monde. Ceux qui s'opposent à elle sont des malfaisants (les Phéniciens de "L'île maudite" qui pratiquent des sacrifices humains), des intrigants sans scrupules (Albéric et Ansila dans "Le sphinx d'or" qui pratiquent aussi un sacrifice humain "politique", celui de Vanik), des manipulateurs/usurpateurs corrompus (Arbacès, et c'est tout dire !) ou dans le meilleur des cas, des hommes honnêtes mais qui ne comprennent pas ce que Rome représente (Vercingétorix dans "Le sphinx d'or", Suréna dans "Alix l'intrépide"). A noter que la vision d'une défaite gauloise glorieuse mais nécessaire à l'accomplissement du destin de la France était archi-dominante au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle ; c'est l'opinion de Napoléon III dans sa biographie consacrée à César, et de Jacques Bainville dans son histoire de France parue dans l'entre-deux guerres, l'école de la République des années 1890 à 1940 s'alignant en gros sur cette vision.              

Dans cette logique sans doute intériorisée par Martin quand il crée Alix en 1948, il est bien normal et légitime qu'Oribal ait voulu "hélleno-romaniser" son royaume, d'autant qu'il avait été élevé à Rome et protégé par Rome. Que fera d'autre Vanik à son niveau dans "Les légions perdues" et "Vercingétorix" ?

Seulement, ici, cette mécanique s'enraye. Oribal a-t-il été trop pressé ? S'est-il heurté à trop fort ou trop rusé pour lui (le clergé de son royaume, ses propres militaires sans scrupules, Adroclès) ? Quoi qu'il en soit, quelles qu'aient pu être ses intentions, son règne aboutit à une catastrophe sanglante et épouvantable, et même Alix n'y peut rien, sauf donner à la tête d'Oribal un enterrement correct mais bien dérisoire. Du reste, Alix très troublé par ces horreurs n'arrive pas à se défendre d'une certaine estime pour Adroclès qui a largement provoqué la chute et la mort de son ami !

"La tour de Babel" est d'après moi une réflexion sur l'échec issu de la vanité (ou au moins de la présomption) humaine : celle d'Oribal évidemment, mais aussi des bâtisseurs depuis longtemps disparus d'une Babylone en décadence, et probablement d'un Alexandre le Grand dont il ne reste rien de l'ouvrage politique trois siècles après sa mort. Le contraste est flagrant avec l'apologie de la civilisation gréco-romaine évoquée plus haut, un Alix sûr à ses débuts de la légitimité historique de la cité qu'il sert.

Voilà pour le fond.

Sur la forme, le graphisme martinien est ici à son point de maturité, la composition des planches et des cases basée sur un principe proche de la profondeur de champ cinématographique (voir le positionnement des personnages dans la très belle planche ci-dessus) et utilisant la perspective à la perfection est un délice pour l'oeil ; on pourra discuter l'historicité du contexte et de certains costumes (l'armée d'Alexandre me paraît plus équipée à la mode de la guerre du Péloponnèse que de celle d'Alexandre) mais c'est peu de choses dans le cadre d'un récit aussi bien mené !        

Au total, un de mes Alix préférés, même si je conçois tout à fait la déception de celles et ceux qui s'attendaient à un récit épique que les premières planches pouvaient laisser supposer...

15La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Ven 23 Aoû - 18:31

Raymond

Raymond
Admin
J'aime bien aussi cet album, d'ailleurs je l'ai déjà écrit ci-dessus.  Wink

Voilà, voilà ! Je ne sais pas si j'ose … mais … on pourrait (comme l'Ecclésiaste) résumer ton billet ainsi : "Vanité des vanité, tout est vanité !"   Smile

Et au fond, tu as bien raison. Au fil des années, il y a eu une évolution très frappante vers le pessimisme de la part de Jacques Martin. Je ne sais d'ailleurs pas vraiment comment l'expliquer.

Remarquons d'emblée que les aventures d'Alix se sont toujours terminées d'une façon très sombre, ou en tout cas très dramatique. On peut facilement l'expliquer par la volonté de l'auteur d'éviter le banal, et de terminer ses histoires d'une manière théâtrale. C'est ainsi qu'il y a toujours des morts, des destructions, voir même des explosions (de palais ou d'îles) à la fin des aventures d'Alix. Mais il y avait quand même au départ "les bons" (Alix, Enak, ses alliés, Jules César etc.) contre les méchants, et les bons finissaient par gagner. Le monde était donc présenté avec un certain optimiste.

Avec le Dieu Sauvage et Iorix le Grand, les choses commencent à évoluer. On ne sait plus vraiment qui sont les bons et les méchants, mais Alix combat pour le maintien de la justice et il finit par vaincre. Il y a encore un certain espoir.

Et c'est avec le Prince du Nil qu'apparait soudain une véritable fêlure. Enak se laisse corrompre et il devient infidèle en amitié. Alix est malmené et entouré de personnages dangereux, qui ne suivent que leurs propres intérêts et il n'y a plus de "parti du bien". L'histoire se termine à nouveau avec une destruction finale, qui laisse à Alix un sentiment amer.

Et dès lors, le monde qui entoure Alix devient assez sombre. Les romains ne représentent plus l'ordre ni la civilisation, et Alix ne défend plus que ses propres idées. Le héros devient de plus en plus passif, même s'il voyage beaucoup, et il s'accommode tant bien que mal de la morosité ambiante. Dans la Tour de Babel, son ami est devenu un détestable dictateur et Alix se rend rapidement compte que sa quête est devenue totalement vaine. Il y a bien sûr ce petit moment d'humanité bienvenue, lorsque Alix manifeste son estime envers Adrocles, mais c'est bien peu de chose. La noirceur du monde l'emporte, avec cette dernière image qui montre le jaillissement d'un faisceau de serpents à la surface du sol, qui apparait aussi désespérante qu'inexplicable.

Il semble logique d'en déduire que c'est la vision du monde de Jacques Martin qui a en fait évolué, et qu'elle se répercute dans les fictions qu'il imagine. Remarquons au passage que si l'auteur ne croit plus qu'un parti puisse représenter le bien, en guise de compensation, il montre dès lors un héros qui devient esthète, qui s'exasie devant la beauté de certains paysages, ou devant la majesté de certains monuments. La quête du beau remplace la recherche du bien, mais cette quête reste bien fragile. Les monuments se détruisent, et les civilisations disparaissent. La recherche du beau ne serait-elle pas futile ? "Vanité des vanités …" mais je ne vais pas encore le répéter.  Wink

Comment expliquer cette évolution pessimiste de Jacques Martin, à votre avis  ?   Cool


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16La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Ven 23 Aoû - 19:16

stephane

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vieux sage
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Je pense qu'il l'a toujours été. Des relations très difficiles avec sa mère, la perte de son père alors qu'il était encore un enfant, sa difficulté pour devenir artiste contre l'avis de sa famille, une mauvaise orientation scolaire , la guerre , ses lectures etc...Mais c'est là que l'on se forge, vers 16, 17 ans...
A ce propos, je vous conseille de (re)-lire cet article que j'avais écrit voici quelques années.
http://alixmag.canalblog.com/archives/2014/02/03/29112417.html

http://alixmag.canalblog.com/

17La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 9:18

Raymond

Raymond
Admin
Oui, peut-être que Jacques Martin a toujours été pessimiste, c'est possible, mais ne trouves-tu pas qu'il y a un net changement entre ses débuts (les années 50) et ce qu'il produit ensuite pendant les années 80 ?

Et puis, sinon ... quelqu'un a t-l une autre idée ? Wink


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18La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 11:02

stephane

stephane
vieux sage
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Jusqu’au début des années 70, il est aux Studios Hergé,il collabore avec Hergé  sur les scénarios de Tintin,entre 1950 et 1970, c’est aussi la grande effervescence au journal Tintin, il y a peut-être une émulation entre eux. Et Martin n’a pas encore 50 ans.
Après 72, il se retrouve seul à l’arrière boutique de son magasin de sport ou dans son atelier, il n’écrit que pour lui. D’ou peut être ce pessimisme qu’il va développer un peu plus dans ses histoires.
Mais ceci est une analyse tout à fait personnelle.

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19La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 12:21

eleanore-clo

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Bonjour
Jacques Martin tenait un magasin de sport ? Je pensais qu'il vivait de sa "plume" ?
Cordialement

20La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 14:13

stephane

stephane
vieux sage
vieux sage
Si bien sûr, il vivait complètement de sa plume !
En quittant le Studio Hergé, Martin s’est offert un magasin de sport qu’il a tenu quelques années. C’est d’ailleurs dans ce magasin que Pleyers s’est présenté à lui sur les conseils de Cuvelier.

Vous trouverez en cliquant sur le lien une curiosité, le sac du magasin Marinor
http://alixmag.canalblog.com/archives/2013/11/02/28345978.html

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21La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 14:46

eleanore-clo

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Merci pour ces informations Very Happy

22La tour de Babel Empty La tour de Babel le Sam 24 Aoû - 19:25

Khyron


compagnon
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Raymond a écrit:Oui, peut-être que Jacques Martin a toujours été pessimiste, c'est possible, mais ne trouves-tu pas qu'il y a un net changement entre ses débuts (les années 50) et ce qu'il produit ensuite pendant les années 80 ?

Et puis, sinon ... quelqu'un a t-l une autre idée ?  Wink

Je pense que c'est aussi générationnel. Après tout, on ne peut blâmer les gens nés entre 1904 (date de naissance de Jacobs, par exemple) et 1945 d'avoir développé un pessimisme profond quant à l'avenir de l'humanité en général : toute leur jeunesse a été marquée par les deux conflits mondiaux et la crise des années 30, et plus encore par leurs conséquences au quotidien : deuils, veuvages, traumatismes physiques, mentaux, sociaux… La liste est sans fin, même pour des pays comme la France ou la Belgique qui ont moins souffert en termes relatifs que l'Europe centrale et orientale. Le dynamisme économique de l'après-guerre et la soif de mieux-être des années 50-60 ont je pense permis à ces personnes dans un premier temps de surmonter ce contexte de départ. Néanmoins, l'âge venant et l'horizon économique, social, et même écologique s'obscurcissant à nouveau à partir du milieu des années 70, cette vision issue de leur jeunesse a souvent repris le dessus.

Si on y ajoute des données personnelles et familiales difficiles (mais ne découlent-elles pas largement de l'environnement cité plus haut ?), le pessimisme foncier de Martin n'est pas tellement étonnant.

23La tour de Babel Empty Re: La tour de Babel le Dim 25 Aoû - 15:23

Raymond

Raymond
Admin
Oui, bien sûr, le "spectacle du monde" qui s'offrait au jeune Jacques Martin pendant les années 30, ainsi que la Deuxième Guerre Mondiale, pouvaient justifier un certain pessimisme.

Mais ceci n'a pas empêché les premiers albums d'Alix de défendre la vision traditionnelle d'un Empire Romain ayant le rôle d'un défenseur de la civilisation et de l'ordre. Il y avait au début le bien contre le mal, et le héros finissait pas gagner. Jules César, en particulier, est au départ présenté comme un héros positif (par exemple dans les Légions perdues), et il apparait alors comme un défenseur de la justice.

Et il y a eu clairement une évolution dans la manière de Jacques Martin de présenter l'Empire Romain à ses lecteurs. Peu à peu, le tableau se noircit. On découvre ainsi à partir du Fils de Spartacus un monde romain nettement décadent, dominé par la soif du pouvoir et la quête de l'agent, dans lequel Alix essaie vainement de trouver des alliés pour défendre la loi et la justice. Jules César lui même devient progressivement un personnage critiquable, en particulier à partir de l'album Vercingétorix

Je pense pour ma part que cette évolution vers vision pessimiste du monde a une explication "historique" (ceux qui connaissent ma passion pour l'histoire ne seront pas surpris Wink ). En fait, je crois que cette modification de la série va tout simplement de pair avec l'évolution du monde européen, qui est lui aussi devenu plus défaitiste au fil des décennies.

Pendant les années 50, il y avait bien sûr des craintes, qui provenaient en partie des menaces du monde communiste (la guerre froide) et surtout de la peur de la bombe atomique. Mais c'était une peur toute simple, assez concrète, focalisée sur les "méchants" susceptibles de déclencher une nouvelle guerre atomique. Sur le fond toutefois, dans mes souvenirs, nos parents gardaient un certain optimisme. Si je me réfère à ce que j'ai vécu dans ma famille, même s'ils étaient pauvres, mes parents croyaient au progrès. De plus, ils ont bénéficié d'une croissance économique qui leur a progressivement permis d'obtenir tout un tas de choses dont ils rêvaient : la voiture qui leur permettait de voyager, des appareils électro-ménagers qui leur permettaient de se simplifier la vie, ou la télévision que leur offrait de nouveaux divertissements. Et la morale de tout cela, c'est que si l'on était courageux et travailleur, on pouvait tout espérer de la vie.

Les choses ont progressivement changé dès les années 60. Cela s'est fait d'abord d'une manière assez discrète, avec les prévisions du fameux "club de Rome", qui entrevoyait les conséquences négatives de la surpopulation, de la croissance à tout prix ou de la pollution. Ces idées sont d'ailleurs à l'origine du mouvement écologiste. Puis il y a eu la crise industrielle qui a commencé en Europe dès les années 70 (c'était la fin des "30 glorieuses"), et qui a mis à mal le modèle économique européen (apparition d'un chômage "structurel") et les croyances au progrès du citoyen moyen.

"L'ennemi" s'est mis à changer. Et pour définir ce nouvel ennemi, j'ai envie de reprendre le fameux gag que génial Walt Kelly a introduit une fois dans un strip de "Pogo" (c'était il est vrai à l'époque du fameux sénateur McCarthy). Peut-être que vous ne le connaissez pas, et je le trouve philosophiquement génial :  "We have met the enemy, ans he is us". Eh oui ! "L'ennemi", si on peut utiliser ce mot, est devenu la nature humaine.

La tour de Babel Pogo-t10

Je ne crois pas que Jacques Martin était écologiste, mais il n'y a pas de doute que les constats amers qui se sont imposés aux européens pendant les années 70 et 80 aient pu influencer ses jugements sur le monde actuel. Comme beaucoup de gens, il se rend compte que l'avidité de l'homme pour les richesses et le pouvoir dévore tout l'univers et que les perspectives deviennent pessimistes pour le futur. La carrière de Jules César devient dès lors un exemple parmi d'autres de cette voracité, qui concerne autant les puissances occidentales que de l'Empire Romain. Et c'est ainsi que pendant ce que j'appellerai la "deuxième période" d'Alix, la civilisation n'est plus un idéal de vie. Le pessimisme règne désormais chez Jacques Martin, aussi bien dans sa vision du monde que dans son œuvre.

L'univers d'Alix est nourri par les pensées de son créateur, et l'évolution pessimiste de Jacques Martin résultait tout simplement de certaines constatations très lucides sur le monde qui l'entoure.

Telle est du moins la thèse que je soutiendrai.  

Mais ceci n'empêche pas que l'on trouve d'autres explications.  Wink


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