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L'âge d'or de Cyril PEDROSA et Roxanne MOREIL

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eleanore-clo

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bédéphile pointu
bédéphile pointu
Bonjour,

L’âge d’or est coécrit par Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa, et dessiné par ce dernier. L’ouvrage comprendra deux tomes dont le dernier devrait paraitre début 2020.



Le scénario raconte l’histoire de Tilda, la princesse d’un royaume médiéval imaginaire. A la mort du roi, son père, Tilda aurait dû prendre sa succession. Mais elle est évincée de son trône par son frère cadet et doit prendre la fuite. Deux fidèles parmi les fidèles, un seigneur guerrier, Tankred, et un jeune homme issu de condition modeste, Bertil, l'accompagnent. L’intrigue prend alors la forme d’un voyage initiatique. La princesse va parcourir le royaume en proie à une révolte paysanne. Attaquée par des soldats, elle se réfugie un temps dans une communauté monastique, avant de rejoindre la ville d’Ohman où un trésor légué par son père l’attend.

Le scénario est classique et solidement charpenté. Il reprend les topiques de l’heroic-fantasy : la quête, l’épée, les combats sans fins, le monde en péril, des objets mythiques et cachés, des livres de pouvoir, etc…  En sus, les scénaristes nous offrent deux bonus ( Surprised ) ! Ils s’attardent ainsi sur un étrange phalanstère. Des femmes s’y sont regroupées, cachées du monde, et vivent suivant les principes énoncés par le philosophe français Charles Fourier (https://fr.wikipedia.org/wiki/Phalanst%C3%A8re). On peut aussi penser au modèle kibboutzique. Dans cette utopie, tous contribuent également au fonctionnement de la phalange. Et les biens y sont communs. Les auteurs décrivent avec beaucoup de sympathie un modèle.



Le deuxième bonus est bien évidemment la révolte paysanne. Celle-ci s’appuie sur un livre mythique, l’âge d’or, théorisant que tous les hommes sont égaux devant la Nature et doivent donc être égaux entre eux. Faut-il y voir un parallèle avec la révolution française qui s’est inspirée des idées des Lumières ? N’oublions pas non plus que l’âge d’or a été écrit en 2016, alors que la campagne présidentielle française débutait et que nombre de citoyens s’interrogeaient sur leur futur.



Je confie avoir beaucoup apprécié les héros.
Déjà, choisir une femme comme personnage principal n’est pas si fréquent. De plus, la personnalité de Tilda est riche, parfois pétrie de contradictions. Despote éclairée, elle souhaite améliorer la condition des plus modestes mais ne veut pas partager le pouvoir. Reine guerrière à l’image de Boadicée, elle n’hésite pas à manier l’épée, voire à tuer. Et ses mains portent la marque indélébile du sang de ses victimes.  La couverture de la BD nous dévoile les deux facettes de la princesse. Tilda porte une grande et belle robe bleue. Elle est à cheval et se tient face à une mare. Or, son reflet dévoile une cavalière en armure, une walkyrie prête au combat...
Tankred campe une figure beaucoup plus paisible, très paternelle. Il met sa force tranquille et sa loyauté indéfectible au service de la princesse.



Bertil est fort différent. Le jeune homme est de complexion fine alors que Tankred est un géant. Le premier appartient au petit peuple alors que le second est issu de la noblesse. Le damoiseau sympathise avec les idéaux révolutionnaires alors que le haut seigneur n’y voit que des excès.



Au final, les deux personnages forment un couple hétéroclite et sympathique.
Face à eux, se dresse un méchant plus vrai que nature, Vaudémont (jeu de mot sur « vos démons » ?), amoral, sanguinaire et avide du pouvoir.



Concernant la famille de Tilda, et les relations en son sein, les amoureux de la mythologie grecque ne manqueront pas d’y voir une référence à une dynastie célèbre, celle des Atrides. Les trahisons et la haine font en effet partie du quotidien.



Les dessins sont d’une grande richesse. Le réalisme n’est clairement pas la tasse de thé de Pedrosa. Les perspectives sont déformées créant une réalité fantasmagorique. Les visages sont caricaturaux (les nez notamment) pour mieux traduire les personnalités et les conditions sociales. Les décors sont extrêmement fouillés, comme si un papier peint avait été collé sur le fond de chaque vignette. Nous sommes submergés, immergés, noyés dans une œuvre d’une grande densité. D’ailleurs, chaque espace, y compris les plus petits, de la vignette est dessinée. Et les grands aplats cachent souvent des petits détails. On pense bien évidemment aux miniaturistes du moyen âge, à certains primitifs flamands comme Van Eyck, ou encore à Brueghel l’ancien (les paysages et les foules).





Les planches sont aussi très dynamiques. Une des techniques utilisées par l’auteur consiste à superposer plusieurs instants dans une même vignette. Les personnages y cheminent et sont représentés plusieurs fois, à plusieurs moments de leur parcours, au début sur la partie gauche du dessin, à mi-parcours en partie centrale et à leur arrivée sur la partie droite de l’image.



Le dessinateur recourt parfois à des vignettes immenses, certaines occupants deux pages en vis-à-vis. Ces panoramas cinémascopiques accentuent l’authenticité du royaume. On se croirait dans un cinéma, devant un écran géant !



Les couleurs sont très originales. Pedrosa a numérisé ses dessins, puis a remplacé les traits noirs par des traits de couleur, créant un effet identique à celui des fils dorés dans les tapisseries médiévales. Les fonds sont systématiquement coloriés, ce qui donne à chaque vignette un air de négatif photo. Les planches sont donc surchargées, foisonnantes. Les différentes teintes ont envahi les décors, les habits et la carnation des personnages. Que le lecteur se rassure. En fait, les couleurs sont signifiantes : le rouge pour les conflits, le jaune pour la maladie, le bleu pour la réflexion, etc. Les nuits peuvent être bordeaux, violacées ou encore outremer. La palette sert non pas à copier le réel mais à créer une ambiance, à restituer une atmosphère. Elle participe donc de l’action. Le lecteur est immergé dans une esthétique rappelant par certains côtés celles de Michel Ocelot et d’Andy Warhol.





J’ai hésité à lire ce roman graphique de plus de 200 pages… Mais, les critiques dithyrambiques de moult spécialistes et de la presse généraliste m’ont décidée. La liste des panégyriques est d’ailleurs impressionnante. En voici un extrait :
- Bdzoom, http://bdzoom.com/133063/lart-de/%C2%AB-l%E2%80%99age-d%E2%80%99or-t1-%C2%BB-par-cyril-pedrosa-et-roxanne-moreil/
- France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/cyril-pedrosa
- France Inter, https://www.franceinter.fr/livres/bande-dessinee-decouvrez-l-age-d-or-de-cyril-pedrosa-et-roxanne-moreil-en-avant-premiere
- Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/bd/2018/09/08/03014-20180908ARTFIG00013-la-case-bd-l-age-d-or-ou-l-utopie-en-majeste.php
- Libération, https://next.liberation.fr/images/2018/09/21/l-age-d-or-reves-de-gauche_1680347
- Ouest France, https://www.ouest-france.fr/culture/bande-dessinee/bande-dessinee-l-age-d-or-une-formidable-alchimie-5947806
- RTL, http://5minutes.rtl.lu/laune/actu/1233915.html
- Télérama, https://www.telerama.fr/livre/la-bedetheque-ideale-200-lage-dor,-un-conte-medieval-plein-de-souffle-et-de-lumiere,n5801131.php

Et la lecture m’a convaincue. N’hésitez donc pas ! Je suis curieuse de connaitre l’avis d’autres lectrices(eurs). En tout cas, j’ai été très heureuse de vous parler de l’âge d’or.

Bon week-end
Eléanore



Dernière édition par eleanore-clo le Lun 15 Oct - 15:03, édité 1 fois

Raymond

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ActuaBD semble être tout à fait d'accord avec toi, puisque c'est un de leur "coup de cœur de la rentrée".

http://www.actuabd.com/Coup-de-coeur-de-la-Rentree-2018-L-Age-d-or-de-Cyril-Pedrosa-et-Roxanne-Moreil

Je vais m'y intéresser. Cyril Pedrosa avait d'ailleurs déjà publié d'excellente choses auparavant.


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Raymond

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Admin
J'ai découvert ce bel album pendant ce week-end.   Very Happy

C'est un récit fantastique assez proche du conte de fée, qui propose un curieux mélange d'heroic-fantasy et de réflexion politique. Et d'une façon surprenante, ce mélange des genres reste non seulement harmonieux, mais il permet en plus à la scénariste Roxane Moreil d'écrire une histoire complètement originale.

Eleanore-clo a déjà évoqué cette intrigue, qui raconte la lutte désespérée de la princesse Tilda. Cette dernière cherche à garder le contrôle de son royaume après le décès de son père, pour défendre un idéal de justice, mais elle est très vite renversée par une conjuration menée par sa mère.



Devenue prisonnière et déportée vers une prison lointaine, elle est heureusement délivrée par deux chevaliers restés fidèles, nommés Bertil et Tankred. Elle doit tout de même continuer à fuir, avant de rassembler ses forces et ses alliés.



Au cours de sa fuite, elle découvre un curieux domaine, habité et gouverné par des femmes qui défendent une sorte d'idéal républicain. Ces idées ne manqueront pas d'influencer le jeune Bertil, qui va dès lors être attiré par une nouvelle cause, celle du peuple qui ne supporte plus le fardeau du pouvoir royal absolu.



Qui des conjurés, de la princesse ou des partisans du peuple arrivera finalement à dominer le royaume ? Sera-ce tout simplement la personne qui retrouvera "L'âge d'or", un livre aux pouvoirs mystérieux qui pourrait renverser complètement les rapports de force ? La première partie de ce roman épique se termine sur cette interrogation.

Ce livre en fait une épopée héroïque plus ou moins médiévale, mais il est raconté avec un mélange de légèreté et de féerie qui surprend agréablement. Ce choix narratif donne en tout cas à l'œuvre une touche originale, qui lui évite la vulgarité d'un simple feuilleton. Il permet de plus aux auteurs de réussir un curieux mélange des genres, en confrontant une pensée politique propre au vingtième siècle (égalité entre les hommes, ou égalité homme-femme)  avec les valeurs traditionnelles de la civilisation médiévale. Cette originalité de l'intrigue provient probablement de la scénariste, mais elle est soutenue habilement par le style élégant et gracieux de Cyril Pedrosa, qui évite les effets graphiques faciles ou les images pseudo-réalistes de l'habituel "thriller". L'action n'étouffe ainsi pas l'intelligence du récit.

Parue dans le collection "Aire libre", habituellement destinée à un large public, l'âge d'Or est à la fois une œuvre de divertissement et une BD d'auteur qui explore un genre nouveau. Il n'est pas apparu dans la liste des best sellers de ce début d'automne, mais au vu de ses qualités, il mériterait de rencontrer un large public.

Et c'est bien sûr le genre de livre que j'adore, car il mélange la tradition, la finesse et l'originalité.

En tout cas, merci à eleanore-clo de l'avoir recommandé.  pouce


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Raymond

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Admin
L'âge d'or vient de remporter un prix, celui du Landerneau BD 2018 (que je ne connais pas).

ActuaBD le signale sur cette page :

https://www.actuabd.com/L-age-d-or-est-le-Laureat-du-Prix-Landerneau-BD-2018


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