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"LE" phare : AR-MEN

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1 "LE" phare : AR-MEN le Sam 28 Juil - 10:12

2J

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grand maître
grand maître
De sa construction réélle à sa destruction mythique (dans un ouragan de feu...)

Le phare d'Ar-Men (Ar Men signifiant « le rocher » ou « la pierre » en breton) est un phare en mer construit entre 1867 et 1881 à l'extrémité de la chaussée de Sein, à la pointe ouest de la Bretagne.

Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Phare_d%27Ar-Men

-On me dit dans l'oreillette qu'ici c'est un site de BD et pas Géo !
Voilà ; voilà ; ça vient !

I : construction :


A u début du XXème siècle, il est encore des territoires qui paraissent exotiques sans pour autant être situés sous les tropiques. Notamment pour un jeune ingénieur des Ponts et chaussées qui reçoit sa première affectation pour construire un phare en Bretagne. Le climat, les éléments, la tâche et les indigènes sont rudes. Le défi imposé appartient à la catégorie de ceux qui façonnent les hommes.

Voici un nouvel exemple de titre convaincant appartenant à la collection Mirages de Delcourt, dont le format original et la pagination adaptée (ici 94 p) mettent en valeurs certains types de récit. En s’ancrant dans un quotidien et un territoire connus de tous, Trois éclats blancs possède le charme particulier des aventures humaines modernes. Celle-ci est belle même si l’identification avec le personnage est difficile, probablement du fait du recours pourtant adroit à une correspondance avec un ami pour exposer ses pensées. La conclusion, surprenante, prend le contre-pied d’une trame par ailleurs traditionnelle mais convaincante.

Le trait est clair et précis. Les couleurs rappellent le ton des aquarelles qu’on aime trouver au mur des villégiatures qui constituent un cocon de choix en période d’oisiveté estivale. On est alors surpris par l’utilisation rare mais incongrue d’inserts infographiques qui n’apporte rien de positif au climat général.

Là où la terre s’achève, le territoire est - encore - sauvage et beau. S’il vous est étranger, après la lecture de cet album, ayez le goût de l’aventure et allez le découvrir.

Par L. Cirade

II :pendant la guerre :



C ertains lieux portent dans leur conception, leur situation, un potentiel dramatique qui ne demande qu’à être révélé. Planté au large de Brest, au milieu d’une mer qui n’a pas pour vocation de ménager ses hôtes, le phare d’Armen porte en son sein cette possibilité. Alors que la deuxième guerre mondiale arrive à son crépuscule, les protagonistes, réunis là bien malgré eux, vont devoir affronter, outre la lourdeur des relations entre belligérants, leurs vieux démons. Les éléments sont en place pour que puisse se jouer un nouvel acte de la comédie humaine.

Le titre Huis clos ou l’expression « L’enfer c’est les autres » n’auraient pas dénoté avec le contenu d’Armen. Cinq hommes sont regroupés et isolés dans ce bloc de béton pour une durée supposée avoisiner une quinzaine de jours. Trois allemands parmi lesquels deux marins abjects dont la bêtise brille sous l’éclairage éphémère que leur octroie leur statut de vainqueur, ainsi qu’un officier, le lieutenant Kloetz, dont la présence en lieu et place de l’habituel sous-officier ne préfigure rien de bon. Enfin, deux autochtones, gardiens de phare dont l’un entretien un rapport maladif avec la bouteille et l’autre, Fanchec, est le narrateur. Le récit va trouver sa tension autour de l’échange surréaliste, proche du dialogue de sourd, qui va se nouer entre ce dernier et Kloetz.

Rencontre improbable entre deux hommes qui n'ont pas grand chose en commun et ne se connaissaient pas encore la veille. D’un côté un jeune lieutenant, issu de la bourgeoisie, qui s’exprime dans un français impeccable qui n’est pas sans faire écho au personnage incarné par E. Von Stroheim dans La grande illusion, même s’il ne dégage pas la même prestance que l’acteur. De l'autre, un breton enraciné dans son Finistère qui répond par le mutisme au monologue parfois grandiloquent qu'il subit, savant mélange d'introspection et interrogations mystiques. Peu importe ce silence, Kloetz poursuit inlassablement son discours au rythme des « aloum » et « extinction » qui ponctuent les nuits du phare. Les entrevues se prolongent et s’alcoolisent. Fanchec essaie bien de se murer dans ses pensées, mais peine à ne pas se laisser porter par le récit d’une existence qui est pour le moins dépaysante dans cette atmosphère pesante où la démence semble guetter son heure. Le tout va crescendo, l’inquiétude cède la place au tourment, lequel cède la sienne à l’angoisse. La tempête n’est pas loin.

Pour illustrer ce récit, l’auteur a travaillé en couleurs directes, propices à laisser s’exprimer la folie des éléments et des visages. Les faciès sont ici d’une expressivité rare que mettent en avant leurs traits grossièrement découpés et leurs yeux exorbités sur une peau au teint blafard, l’esprit du Cri de Munch n’est jamais bien loin. En la matière, le dessinateur entre dans le vif dès les premières pages de son album et a la bonne idée de ne pas céder aux sirènes de la surenchère à l’avancée de son récit, lui offrant ainsi une crédibilité fort bienvenue. Les vues d’extérieur donnent dans le grandiose, la démesure et replacent le phare dans sa petitesse et son isolement. Le rendu de l’intérieur est lugubre et vieillot, en partie grâce une décoration à l’avenant. La richesse des variations de luminosité de la surface de l’eau et les possibilités offertes par le faisceau du phare dans la nuit sont pleinement exploitées et rendent des cases de toute beauté. Manifestement, Briac s’est fait plaisir à jouer avec les couleurs, sans opter pour une dominante, mais au contraire en explorant les diverses possibilités que lui permettait cette histoire.

Ce one-shot servi par un dessin magnifique, en parfaite osmose avec son sujet et avec un goût prononcé pour la mise en scène, procure à son lecteur la sensation d’une immersion totale et le prend aux tripes. Traiter de la solitude des hommes dans leurs choix et lorsqu'ils font face à leur destin n’est pas une mince affaire. Briac, avec un récit simple et profondément humain, y parvient avec brio de l’ouverture à la fermeture du rideau.

Par F. Mayaud

III : L'enfer moderne :

Annoncé :



réalisé :

http://lectraymond.forumactif.com/t1378-emmanuel-lepage-et-ses-voyages

Ar-Men, pour tous les amateurs de la mer, ce nom est synonyme d’espoir dans la tempête. Ce fanal miraculeusement accroché à la roche tout au bout de l’île de Sein est l’exemple par excellence du phare. Il signale la côte pour éviter les naufrages, mais, surtout, symbolise l’ultime étape avant le grand large et l’inconnu. Pendant près de cent-cinquante ans, ce sont des hommes, par équipe de deux, qui ont veillé à ce que sa lanterne fonctionne coûte que coûte. Seuls à l’intérieur de leur tour, ces gardiens, plus vraiment des terriens, mais nullement des marins pour autant, faisaient face l’océan et à eux-mêmes.

Après les mers australes et la steppe radioactive, Emmanuel Lepage est resté plus près de chez lui pour raconter Ar-Men. D’un côté, il parle de sa création et de son impossible construction qui prendra finalement plus de quinze ans. De l’autre, il décrit ces étranges individus dont le métier était d’en assurer la bonne marche, quitte a y rester cloîtrés des semaines durant. Conte fait de pierres, de flammes et d’âmes, l’album se lit comme un livre d’Histoire ultra-réaliste et fantasmagorique. Personne ne côtoie Poséidon aussi longtemps sans en payer le prix ! Regardant autant vers le passé que dans le présent, le scénario entraîne le lecteur dans un voyage immobile où les coups de vent et les déferlantes font office d’épreuve et de moments de vérité. Si on vient ici dans le but échapper à quelques fantômes, le sel et l’humidité ont vite fait de vous mettre à nu. Alors, inutile de lutter, acceptez votre lot, de toute façon, la prochaine marée ou bien celle d’après, emportera tout sur son passage.

Pour les illustrations, Lepage sort une nouvelle fois le grand jeu et offre un impressionnant récital iodé. Le résultat est tout bonnement grandiose ! Grandes marines aux couleurs envoûtantes, petit détour par l’Art Nouveau le temps d’un arrêt à la légendaire cité d'Ys, des passages de BD plus classiques également maîtrisés, etc., les quatre-vingts pages se lisent d’une seule traite. Ce mélange des styles accommode parfaitement la succession des époques et des niveaux narratifs. Grandes déclarations publiques ou aveux intimistes, le dessinateur trouve immanquablement la formule pertinente pour faire passer son message.

Œuvre totalement aboutie, Ar-Men l’enfer des enfers va bien au-delà de son sujet principal. Emmanuel Lepage réalise là un véritable tour de force dessiné.
Par A. Perroud






IV : Destruction fantasmatique :

Avec des images déjà vues ailleurs ...
http://lectraymond.forumactif.com/t89p50-l-ouragan-de-feu
Aprés "délocalisation" et changement de nom (mais c'est bien lui !)



V : et pour finir :
ma mauvaise habitude de passer de 2D à 3D :






En "souvenir"  Smile

2 Re: "LE" phare : AR-MEN le Sam 28 Juil - 11:09

Raymond

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Admin
Merci pour ce joli récapitulatif !   Very Happy

Ceci dit, la question de la localisation du phare de Tergaou avait autrefois entraîné un très long débat dans notre forum. Et pour faire court, il semblait certain que ce phare ne pouvait pas être du côté de l'île de Sein. En fait, il devait être assez proche de Ploumanach ou Trégastel, sur la côte de granit rose.

Cette longue discussion se trouve dans le sujet consacré à l'Ouragan de Feu, et elle commence au post N° 10 :

http://lectraymond.forumactif.com/t89-l-ouragan-de-feu

Eh oui … nous sommes dans le forum des BD de Jacques Martin.  Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

3 Re: "LE" phare : AR-MEN le Sam 28 Juil - 14:20

2J

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grand maître
grand maître
Je l'avais bien vu , lu , et cité :
juste au dessus de la petite couv. de l'Ouragan .

4 Re: "LE" phare : AR-MEN le Mer 15 Aoû - 15:31

2J

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grand maître
grand maître

2J

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grand maître
grand maître
Petit complément :
I :
je crois bien que je n'ai pas affiché cette nouvelle couv.

où l'on voit quand même un petit peu du phare.


II :
Quelques photos spectaculaires du phare dans la tempête


III:
Le phare de CLERC (évoqué dans le sujet "Grande Menace") juste pour montrer que ce n'est pas le même :

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