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Alix et les Druides

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26 Re: Alix et les Druides le Jeu 7 Juin - 7:51

Tarmac

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grand maître
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AJAX a écrit:
En tout cas, je m'amuse de la proximité du nom de la druidesse Melléda avec celui de Velléda, la prophétesse germanique sur qui s'appuya le rebelle batave Civilis, un siècle plus tard.
En la matière, je pense que P Weber joue sur cette symbolique, la coïncidence, sinon la proximité comme tu le soulignes est trop frappante.
Jacky-Charles établit d'ailleurs un lien intéressant avec cette Velléda qui sous la plume de Chateaubriand est une druidesse de l'île de Sena, justement.
Jacky-Charles a écrit:
Melléda et l’île de Séna : une ancêtre de Velléda ?
Melléda est un personnage imaginaire, mais elle me fait penser, en tant que « maître des maîtres », au « chef » des druides dont parlait César et que j’ai évoqué ci-dessus. Son nom me paraît inspiré de celui de Velléda.
Il y a eu deux Velléda, l’une historique, l’autre romanesque.
La Velléda historique vivait à la fin du 1er siècle de notre ère, sous le règne de Vespasien ; c’était une Germaine, prêtresse et prophétesse du peuple des Bructères, qui la tenaient pour une presque déesse ; elle attisa une révolte contre Rome, mais finit par être capturée ; elle mourut à Rome.
L’autre Velléda est sortie de la plume de mon discret voisin de Saint-Malo, Chateaubriand, qui en fait l’une des héroïnes des Martyrs (1809). Sa trouvaille est d’en avoir fait une druidesse, et autrement plus gironde que Melléda : « Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité. Elle portait une faucille d’or suspendue à une ceinture d’airain, et elle était couronnée d’une branche de chêne ; sa démarche était fière et sauvage.» A la fois druidesse, prêtresse et vestale du temple de l’île de Séna (Sein), elle prône la révolte contre « le joug romain que portaient avec impatience les habitants de l’Armorique qui avaient conservé leurs mœurs primitives » et elle se prépare à pratiquer elle-mêmeun sacrifice humain « le vêtement en désordre, la tête échevelée, tenant un poignard à la main, et une torche flamboyante sous ses pieds. » Or, nous sommes à la fin du III° siècle de notre ère : Chateaubriand inaugure les anachronismes créant le mythe d’une Bretagne résistant tardivement à Rome, et qui serviront jusqu’à Astérix.

27 Re: Alix et les Druides le Jeu 7 Juin - 9:10

AJAX

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docteur honoris causa
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Bien vu Tarmac. Je n'avais plus souvenance de cette remarque Jacky-Charles.

Celle à laquelle je pensais, la Velléda historique, vivait sur les bords de la Lippe, affluent du Rhin. Elle n'était pas druidesse celte mais prophétesse bructère (tribu germanique qui participa à la révolte d'Arminius et au massacre de la forêt de Teutobourg en +9) et âme d'une révolte menée par le batave Civilis en +70 visant à créer une confédération germanique à laquelle se rallièrent certains chefs gaulois comme les Lingons Julius Sabinus et Julius Classicus.

Le contexte était la succession de Néron, quand s'opposèrent Vitellius (proconsul de Germanie inférieure), Othon et Galba. Ce fut finalement Vespasien qui l'emporta (69-70).
Au cours de cette guerre, les Bataves massacrèrent la Leg. V "Alaudae" (les fameuses "Alouettes") stationnée à Xanten, laquelle y laissa la moitié de son effectif et aussi son aigle.

Capturée en 77, Velléda fut emmenée à Rome où elle vécut paisiblement le reste de son âge.

L'héroïne des MARTYRS de Chateaubriand vit beaucoup plus tard, au IIIe s.; c'est un personnage de fiction tout comme la Melléda de LA CITE ENGLOUTIE.

Je ne puis m'empêcher de penser que cette révolte de Civilis où s'allient Gaulois et Germains a pu partiellement suggérer à Jacques Martin cette uchronie que fut LES LEGIONS PERDUES. Le roi germain Kilperic étant une sorte de condensé de Vercingétorix et de Civilis. Dans cet album, le personnage d'une prophétesse est gommé (nous sommes en 1965, et les personnages féminins ne sont toujours pas en odeur de sainteté chez TINTIN; Martin y reviendra deux ans plus tard avec LE DERNIER SPARTIATE et la reine Adréa - on sait que ses sentiments pour Alix firent scandale dans les sacristies).

Pour des raisons scénaristiques, Martin avait le chic pour inventer des situations inspirées - de loin - de l'Histoire, mais qui lui laissaient toute license pour mener la sienne. En général, il était plutôt porté pour la re-création de mondes perdus, d'utopiques résurgences de l'Egypte (LE SPHINX D'OR, L'ILE MAUDITE, LE PRINCE DU NIL), de la Grèce classique (LE DERNIER SPARTIATE), de Carthage (L'ILE MAUDITE, LE SPECTRE DE CARTHAGE), de la Mésopotamie (LA TIARE D'ORIBAL), qu'il situe aux confins du monde romain ou dans des lieux souterrains. Des poches spatio-temporelles.



Dernière édition par AJAX le Jeu 7 Juin - 19:37, édité 1 fois

28 Re: Alix et les Druides le Jeu 7 Juin - 12:34

Tarmac

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AJAX a écrit:
Je ne puis m'empêcher de penser que cette révolte de Civilis où s'allient Gaulois et Germains a pu partiellement suggérer à Jacques Martin cette uchronie que fut LES LEGIONS PERDUES. Le roi germain Kilperic étant une sorte de condensé de Vercingétorix et de Civilis.
pouce
On se rejoint Ajax, en ce sens que j'avais également formulé ce type d'hypothèse au post 80 "Des légions perdues" avec l'anéantissement d'une légion et cinq cohortes sous les ordres de Titurius Sabinus et Aurunculeius Cotta dans les environs d'Atuatuca par les Eburons d'Ambiorix .
Je referme la parenthèse car nous nous écartons du sujet .

29 Re: Alix et les Druides le Jeu 7 Juin - 19:16

Tarmac

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grand maître
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Avant d'aborder Britannia et pour clore ce chapitre sur les druides de "La cité engloutie", je reprendrai la métaphore parlante de P Weber sur le retour à la Grande forêt qui préfigure sinon l'effacement du moins l'extinction de ces personnages qui formaient l'armature spirituelle et intellectuelle de la Gaule.

Pour pousser la symbolique jusqu'au bout, j'y verrais d'un côté avec Alix, l'assimilationisme et l'acculturation à la romanisation, son mode de vie, son administration, ses flux commerciaux et de l'autre avec Cormac, l'exil, la fuite, la fin de la civilisation de la Tène.
Désormais la romanisation accélérée, l'instauration et la diffusion de la religion romaine dans toute la Gaule auront raison des derniers philosophes.
L'auteur romain Pomponius Mela que nous évoquions ci-dessus à propos de "l'Insula Sena" affirme que les druides, vers la fin du Ier siècle de notre ère, retirés dans les forêts, instruisaient encore dans la clandestinité les enfants de la noblesse.
Pour finir, les édits de Tibère et de Claude marginalisant le druidisme en l'assimilant aux "mathematici orientaux" (mages et magiciens : Le mage Rafa de "La griffe noire" est très certainement d'ailleurs l'un deux ou du moins un équivalent) scellent encore un peu plus le destin de ces philosophes.

30 Re: Alix et les Druides le Jeu 7 Juin - 19:28

Raymond

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Admin
Tu arrives à donner de l'intérêt à un album qui n'en a pas beaucoup ! pouce


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31 Re: Alix et les Druides le Ven 8 Juin - 20:03

stephane

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vieux sage
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Je ne suis pas d'accord avec toi Raymond.Certes, le dessin est raté, Alix et les autres personnages  sont souvent laids , avec mais le scénario de La cité engloutie est tout de même bien plaisant, il se dégage de cet album une atmosphère bien particulière, même si la fin est un peu ...rapide.
Certaine planches sont aussi magnifiques , comme celle ci-dessous, sans le personnage d'Alix.
Très intéressant sujet Tarmac!

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32 Re: Alix et les Druides le Dim 17 Juin - 21:18

Tarmac

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grand maître
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"Britannia" est le dernier album qui met aux prises Alix avec les druides. Au début de l'aventure, le clergé druidique qui est établi sur l'île de Mona délibère pour retarder l'expédition de César et contrecarrer les visées expansionnistes de Cassinos. Comme pour "La cité engloutie" avec l'île de Sena et la Gallicène Melléda, on y apprend que Britannia y abrite le sanctuaire des druides sur l'île de Mona. Avant d'aller plus loin, quelques remarques préalables s'imposent à propos de cette île légendaire.
Dans son livre V-Chap XIII  de "La guerre des Gaules" César nous dit : " A mi-chemin (entre l'île de Bretagne et l'Hibernie) est établie l'île qu'on appelle Mona; il y a aussi, dit-on, plusieurs autres îles plus petites, voisines de la Bretagne, à propos desquelles certains auteurs affirment que la nuit y règne pendant trente jours de suite, au moment du solstice d'hiver".
L'île d'Anglesey, appelée l'île de Mona à l'époque romaine, est plus particulièrement connue au Ier siècle de notre ère comme l'un des hauts lieux de la résistance des Celtes bretons face à l'Exercitus romain. Tacite, dans Annales, XIV,29 dit : "L'île de Mona, déjà forte par sa population, était encore le repaire des transfuges..." Aux yeux de Rome, l'île de Mona apparaissait donc comme le symbole de la sédition et de la fermentation anti-romaine, attribuées notamment aux druides.
En 61 ap JC, Néron donne l'ordre de prendre ce repaire et d'éliminer les agitateurs (= les druides) . Tacite, contemporain de Néron, nous rapportent les faits : " Le gouverneur militaire Paulinius Suetonius prépare soigneusement l'assaut et fait construire des navires dont la carène fut assez plate pour aborder sur une plage basse et sans rives certaines... L'ennemi bordait le rivage: A travers ses bataillons épais et hérissés de fer, courraient, semblables aux furies, des femmes échevelées, en vêtements lugubres, agitant des torches ardentes, et des druides, rangés à l'entour, levaient les mains vers le ciel avec d'horribles prières..." Le temple est détruit et tous les druides sont exterminés. Pour fermer la parenthèse, l'île de Mona constituait au demeurant le symbole même de la celticité hostile à Rome, et c'est dans ce cadre géographique périphérique avec le personnage de Brecca, druidesse de Mona, que se déroule l'aventure de "Britannia" si ce n'est que l'île de Mona, ici, n'est pas le déterminant de l'expédition, César intervient pour isoler la Gaule de ses alliés Britons et couper les sources logistiques d'approvisionnements en monnaies et armes (p4). (p25) César avoue à Alix que le mobile de l'expédition, est d'amasser du butin , notamment des perles des côtes d'Hibernie (Irlande) et de l'or des régions du nord.
Après cette digression sur l'île sanctuaire de Mona, revenons-en à nos personnages de légende. La question des mebres de la classe sacerdotale, dans cet album, est abordée sous trois strates :
- Les druides sous l'angle des généralités (p21-22) que nous avons déjà traitées ci-dessus et sur lesquelles nous ne reviendrons pas.
- Les druides de Mona et son émissaire emblématique Brecca.
- Le druide Aegerax de la tribu du chef Cassinos.
Les druides de Mona : Ceux-ci fonctionnent en assemblée constituante, au début de l'aventure, on les voit délibérer sur des questions de politiques extérieures et de diplomatie, pour réguler et encadrer le conflit qui s'annonce entre Cassinos et César et qui risque de faire courir un grave danger à Britannia.

Conscients des visées bellicistes et expansionnistes de Cassinos, ils envoient deux émissaires pour prévenir César (p18-19-20) du danger. Ceux-ci ayant été éliminés, le grand prêtre décide de missionner Brecca (p23) le personnage principal qui nous intéresse.
Que sait-on de Brecca ?
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Brecca est une druidesse en devenir qui suit l'enseignement de 20 ans que tous les druides doivent suivre. Elle est la fille de Divicios un equites retenu en otage par César. Elle sauve Alix et Enak cernés par les troupes de Cassinos, lorsque ceux-ci essayent de rejoindre les forces romaines restées sur la côte pour briser l'encerclement des légions de César (p31-32). Brecca permet ainsi à Alix et Enak de déjouer le piège de Viridoros aux ordres de Cassinos. Ce faisant, elle sauve Mancios prince des Trinovantes, tribu en guerre contre Cassinos.
Dans la réalité, que sait-on au juste réellement des druidesses, si tant est qu'il y en ait eu, qui aient suivi le véritable enseignement des philosophes pythagoriciens. On n'en sait trop rien. Brecca est donc très certainement l'équivalent des mages, une sorte de Pythie, une cartomancienne, une voyante qui commencent à proliférer au Ier siècle de notre ère et se sont définitivement substituées aux philosophes effacés, disparus dans la forêt hercynienne.
Reste à présent à étudier le cas du druide Aegerax de la civitas de Cassinos. La véritable tribu de ce prince rebelle reste indéterminée, d'après les indications géographiques données par Mancios (p7), Cassinos est le roi d'un puissant clan du nord de la grande rivière (Tamise), peut-être les Icènes si l'on se réfère à l'implantation géographique des peuples celtes. Cassinos est un personnage fictif, il représente dans les faits le personnage historique de Cassivellaunos qui apparaît dans les commentaires sur la guerre des Gaules, comme étant le chef d'une coalition des armées brittoniques opposées à César.
Pour en revenir au druide Aegerax, celui-ci est une caricature du méchant et du complotiste. On y apprend de Mancios (p10) "Aegerax est un renégat, le seul survivant des druides de la tribu de Cassinos. Il a préféré ramper devant ce dernier plutôt que de partager le sort de ses frères".
" />
Là encore pour rétablir les faits, on se situe dans l'uchronie. Dans la société celtique où le spirituel, la religiosité encadrent le temporel, jamais un roi, un prince, un equites, quelque grand fût-il, ne se serait permis d'assassiner un druide, qui était le personnage sacré par excellence de la société. C'eut été un sacrilège puni de la peine de mort par la justice rendue, faut-il encore le rappeler, par les druides eux-mêmes.
Lors de la célébration de Lug (p39 40 41) Aegerax est démasqué et se parjure en donnant les précieux renseignements à Alix pour sauver sa vie. Telles sont donc les caractéristiques de ce druide, davantage politique que prêtre et qui ressemble en somme étrangement à Ansila que nous avions étudié dans "Le sphinx d'or".
:)

33 Re: Alix et les Druides le Dim 17 Juin - 23:45

AJAX

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Et pour conforter Tarmac, regardez également ici : http://lectraymond.forumactif.com/t1032p200-britannia#55352

34 Re: Alix et les Druides le Lun 18 Juin - 10:05

Raymond

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Admin
En tout cas. merci pour cette présentation sympathique des druides ! Elle donne même envie de relire "la Cité engloutie", ce que je n'ai jamais fait.  (*)

Je persiste néanmoins à percevoir chez eux un rôle essentiellement religieux, même si l'enseignement et le maintien des traditions faisait aussi partie de leurs tâches courantes. D'ailleurs, si j'ai bien compris, les druides ne se marient pas (comme les religieux du Moyen-Âge) ce qui signifie que cette fonction entraîne des obligations particulières sur le plan moral et social.   Rolling Eyes


(*) Peut-être au fait qu'il n'y a pas de mauvais album d'Alix ?   Wink


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35 Re: Alix et les Druides le Lun 18 Juin - 11:56

Tarmac

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grand maître
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[quote="Raymond"]
Je persiste néanmoins à percevoir chez eux un rôle essentiellement religieux, même si l'enseignement et le maintien des traditions faisait aussi partie de leurs tâches courantes. D'ailleurs, si j'ai bien compris, les druides ne se marient pas (comme les religieux du Moyen-Âge) ce qui signifie que cette fonction entraîne des obligations particulières sur le plan moral et social.   Rolling Eyes
[/quote]
Je pense qu'il ne faut pas réduire le Druide à sa fonction intrinsèquement religieuse auquel cas il s'agit d'un Vatès, mais garder plutôt une vue globalisée sur l'étendue de leurs fonctions, ils étaient les dépositaires, les garants de la société. Je les perçois davantage comme des intellectuels qui agissaient en étroite symbiose avec l'aristocratie guerrière des "Equites", mieux : Ils l'encadraient et la structuraient.

[quote="Raymond"]
En tout cas. merci pour cette présentation sympathique des druides ! Elle donne même envie de relire "la Cité engloutie", ce que je n'ai jamais fait. (*)
(*) Peut-être au fait qu'il n'y a pas de mauvais album d'Alix ?
[/quote]

Ma présentation se veut objective et didactique, si elle est sympathique, tant mieux ! cheers
En définitive, c'est ce forum autour duquel on peut échanger nos propos martiniens qui est sympathique.
Je me répète, il n'y a pas de mauvais albums d'Alix, même le trait de Ferry, je le trouve bon, et proche des standards de Rosinski et de Thorgal, regardez-bien, simplement il ne correspond pas à la doxa que l'on se fait de l'univers martinien. Reconnaissons aussi, que nous les lecteurs d'Alix, sommes assez exigeants.

[quote="Ajax"]
Et pour conforter Tarmac, regardez également ici : http://lectraymond.forumactif.com/t1032p200-britannia#55352
[/quote]
Merci, Ajax pouce

36 Re: Alix et les Druides le Ven 22 Juin - 21:31

Tarmac

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Le dernier cas druidique qui nous intéresse en l'espèce est le mage Rafa de "La griffe noire". Rafa appartient à tout le moins à la dernière catégorie sacerdotale qui n'est autre abstraction faite des bardes, que celle des devins, des mages, ces fameux "mathematici orientaux" dénoncés par les édits de Tibère et de Claude qui criminalisaient définitivement les philosophes. On entre ici dans la dernière typologie, à la périphérie du monde sacerdotal, celle des devins qui s'occupent de la partie pratique, divinatoire et surtout magique pour ce qui concerne Rafa.
Rafa apparaît ainsi comme le tenant d'une secte orientale punique, secte secrète et clandestine. En cela, il correspond en tout point aux druides du Ier siècle de notre ère. A ce moment là, rappelons-le, les druides avaient déserté depuis longtemps le champ spirituel qui était le leur, réfugiés dans les forêts, disparus et proscrits de la scène publique. Ne restaient donc en substance que les bardes, les devins et les sorciers. Rafa est donc l'un d'eux. Mais que sait-on au surplus de Rafa?
" />
Ces informations éparses, complémentaires, nous les obtenons à travers les récits de Marcus (p18) et du procurateur Gallas (p21 22 23). Marcus vétéran et ancien officier, compagnon d'armes de Gallas nous apprend (p18) que Rafa, un grand prêtre, dirige une secte carthaginoise, adorant le dieu Baal et qu'il est le maître d'oeuvre de la vengeance d'Icara. Cette vengeance s'échine ainsi à supprimer impitoyablement et un à un, les cinq officiers romains qui étaient en poste au moment des faits. Le vieux Gallas, ancien commandant des VIème et VIIème légions d'Utique relate les événements dramatiques d'Icara. En résumé, sans redonner ces détails, pour que vous relisiez "La griffe noire", la destruction d'Icara relève d'une terrible méprise de l'armée romaine, elle fait l'objet de la haine et de la vengeance du mage. Jacques Martin ne donne aucun autre détail sur ce personnage énigmatique et maléfique, ce qui contribue à accentuer encore un peu plus son côté et sa dimension ésotérique.

En définitive et là encore, les pouvoirs essentiellement occultes et hypnotique du mage véhiculent davantage l'image d'un sorcier que celle d'un grand prêtre. Son visage, ses yeux, sa couleur de peau trahissent par ailleurs, probablement, des origines indo-européennes, voire celtiques, il ne faut pas oublier que deux, trois siècles plus tôt, des mercenaires celtes, gaulois, sont venus combattre en nombre, comme mercenaires au profit de la célèbre cité punique contre Rome. On peut très bien formuler l'hypothèse que Rafa est un descendant de ces mercenaires qui avaient importé avec eux leur celticité, leurs compétences "d'equites" mais par surcroît leurs divinités, leurs cultes. Rafa en serait par voie de conséquence le lointain dérivé, le produit de ses ancêtres.

37 Re: Alix et les Druides le Sam 23 Juin - 9:06

Raymond

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Admin
Rafa me semble être totalement en dehors de la civilisation celte. Il vient d'Afrique du Nord.

Peut-on encore parler d'un druide ?


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38 Re: Alix et les Druides le Sam 23 Juin - 9:24

Tarmac

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grand maître
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La question posée sous cet angle mérite une réponse sans ambiguïté, et celle-ci est non, Rafa originaire de cette province punique n'est pas Celte, et encore moins un druide, il est un mage et c'est cette dernière catégorie de personnage qui a commencé à proliférer dans tout l'empire. Par extension, et de ce point de vue, on peut dire que Rafa est au mieux un prolongement, un équivalent de ces derniers druides du Ier siècle qui avait quitté la sphère spirituelle et s'adonnaient à la divination et à la magie dans la clandestinité.

39 Re: Alix et les Druides le Sam 23 Juin - 10:06

AJAX

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Quant à savoir si Rafa émanait de la culture druidique, je partage le scepticisme de Raymond; même s'il est vrai que les auteurs Grecs ont essayé de relier les druides à d'autres courants philosophiques tels, je crois, les pythagoriciens.
Je tiens néanmoins à féliciter Tarmac pour cette belle exégèse. Il est allé au bout de sa logique.

Plus prosaïquement, je pense qu'au moment où Jacques Martin a conçu LA GRIFFE NOIRE, son héros de papier - Alix - n'a pas encore franchi le cap des dix ans et la vision de l'Antiquité du Maître ne s'est pas encore égarée sur ces atterrages.
Il ne faut pas trop espérer trouver ici une vision plausible de l'Antiquité :
1) les Druides ne seront massacrés/expulsés de Mona qu'à l'époque de Claude, soit plus d'un siècle après Alix qui vit théoriquement en -50.
2) on ne sait pas trop en quelles circonstances les anciens officiers responsables des malheurs d'Icara combattaient en Afrique. Carthage a été rasée (gratis) en -146, mais il y a eu d'autres combats plus récents, notamment contre Jugurtha (Marius et Sylla) qui s'achève en -105. Si ces officiers avaient 20 ans en 105, on peut les concevoir septuagénaires en 50. Mais il ne faut pas trop se tracasser avec la chronologie quand il s'agit d'une série fictionnelle avec un héros récurrent comme Alix. En tant que fan, j'ai mis du temps à m'en apercevoir, et davantage encore à l'admettre; mais maintenant telle est ma position.

Je conclurais en rendant hommage à Madame Anastasie qui, à mon avis, a vu juste quand elle a soupçonné dans cette bavure romaine en Afrique une référence à la Guerre d'Algérie (celle qui ne disait pas son nom). Martin s'en est toujours défendu, et c'est normal: l'auteur-Dieu se défend toujours des théories de ses exégètes (je suis bien placé pour le savoir). Mais les événements d'Algérie étaient dans l'air du temps, et il était impensable de ne pas en être influencé, consciemment ou pas. Cela dit, de là à retirer les albums des vitrines des libraires, il y a une marge !

40 Re: Alix et les Druides le Sam 23 Juin - 10:07

AJAX

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docteur honoris causa
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Pendant que je finissais mon message, Tarmac répondait dans le même sens. Nous nous sommes croisés. Dont acte.

41 Re: Alix et les Druides le Sam 23 Juin - 11:00

Tarmac

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Merci Ajax pour tes précisions, je tiens à préciser que le topic n'est pas terminé, loin s'en faut, il reste à défricher toutes les divinités celtiques et les différents cultes entrevus dans "Le sphinx d'or" "Le tombeau étrusque" avec les sacrifices humains, "La cité engloutie" et "Brittania". Autant dire que nous avons de la substantifique moelle à travailler, n'hésitez pas à donner vos avis et à rendre ce topic collaboratif et vivant .

42 Re: Alix et les Druides le Mar 3 Juil - 18:14

Tarmac

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grand maître
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Les religions gauloises sont indissociablement liées avec les druides, détenteurs du spirituel et de sa matérialité, comme nous l'avons vu plus haut.
Dans son livre (VI - ChapXVII) César nous dit à propos de ces religions :"Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Ses statues sont les plus nombreuses. Ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs sur les routes, comme le plus capable de faire gagner de l'argent et prospérer le commerce. Après lui, ils adorent Appolon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations : Apollon chasse les maladies, Minerve enseigne les éléments des travaux et des médecins, Jupiter exerce son empire sur les hôtes des cieux, Mars gouverne les guerres. Quand ils ont résolu de livrer bataille, ils font voeu en général de lui donner ce qu'ils auront pris à la guerre; après la victoire, ils lui immolent le butin vivant et entassent le reste en un seul endroit. Dans beaucoup d'Etats, on peut voir, en des lieux consacrés, des tertres élevés avec ces dépouilles. Il n'est guère arrivé qu'un homme osât, au mépris de la religion, cacher chez lui son butin ou toucher à ces dépôts : Un tel crime est puni de plus cruel supplice au milieu des tortures "

La butte aux esprits de "La cité engloutie" qui abrite la sépulture des plus grands dignitaires, en est un exemple possible.


César nous brosse ainsi un schéma simplifié, une interprétation romaine du panthéon celtique, adapté à la vision romaine de ses contemporains. Sans entrer dans l'exégèse de ces divinités gauloises qui nous entraîneraient dans de trop longues digressions, nous en resterons au schéma simple de César et aux correspondances celtiques : Mercure, le dieu multifonction peut être associé à Lug (Britannia p39) , Jupiter le dieu druide à Dagda, Mars en tant que Dieu-roi à Nuada, Mars en tant que guerrier à Ogme, Apollon le dieu-médecin à Diancecht, Apollon en tant que dieu de la jeunesse à Mac Oc, et enfin Minerve la divinité féminine à Brigit. Voici donc le décor simplifié des divinités gauloises vu sous le prisme romain de "La guerre des Gaules".

Force est de constater que si les druides sont les grands absents des aventures d'Alix, les religions gauloises et leurs divinités le sont tout autant.
La première divinité clairement identifiée qui apparaît est Teutates dans "La cité engloutie" (p10). Teutates est un équivalent, un surnom de Jupiter (Dagda), il évoque la guerre, le feu, ici l'allusion de Patrick Weber au feu du ciel, à l'orage, mais Teutates évoque plus encore la "Touta" ce que César appelait la "civitas" la communauté ethnique guerrière, les "Quirites".
La deuxième divinité apparaît sous les traits de Taranis lorsque la Gallicène Melléda implore (p47) le dieu de la foudre et du tonnerre. Taranis est ici l'équivalent du Jupiter de César, sous l'aspect terrifiant du tonnerre. Dans la symbolique, Taranis pourrait être assimilée à la partie militaire de la souveraineté guerrière, "les milites gaulois".
Un commentaire s'impose sur cette image p47 sur Imbolc qui n'est pas une divinité comme pourrait le suggérer cette image, mais une fête celtique. On ne sait donc trop pourquoi Melléda invoque Imbolc parmi les dieux de Taranis et Teutates. Imbolc est une fête célébrée à la fin de l'hiver, au début du mois d'anagantios selon le calendrier de Coligny dans la mythologie celtique. Ce qui au passage, permet de dater plus précisément la chronologie des événements de "La cité engloutie" entre février et mars -51 av JC pour affiner la chronologie déjà très pertinente de Jacky-Charles.
La fête d'Imbolc (p43-44) pourrait avoir pour fondement un culte lié à la fécondité. Elle annonce le retour du printemps, le renouveau après les jours sombres de l'année, les Gaulois y célébraient également la période de l'agnelage, ce moment où les brebis allaitaient leurs agneaux. De nos jours, la Chandeleur serait une survivance de cette fête christianisée, la fête de la purification de la vierge.
Les autres divinités apparaissent dans "Britannia" à travers Manannan (p17) et Lug (p39). Manannan dans la mythologie est le dieu-guerrier souverain de l'autre monde, le Sidh. Sil le Sidh se situe sous terre, on y accède par delà les eaux (mers,lacs,fleuves); Manannan conduit son char sur les flots et dans les plaines, et son bateau se manoeuvre seul. C'est la raison pour laquelle on en fait parfois un dieu marin protecteur des navigateurs, ou au contraire, naufrageurs de navires. Il est le père de Niamh et aurait donné son nom à l'île de Man que nous avions étudiée plus haut.
Lug quant à lui est le dieu majeur de la mythologie celtique.


Image "Britannia" (p39)
Lug apparaît en père de la création. Sa fête était célébrée au jour de la Lugnasad, le 1er août. Ce qui permet également de dater approximativement l'aventure d'Alix, la deuxième expédition (1er août -54 av JC) ce qui pose ici un problème avec les événements postérieurs à la bataille de Carrhes qui préfigurent les aventures de "L'intrépide" de juin -53 av JC (nous en avions déjà discuté dans le topic dédié à "Britannia"). Dans les religions gauloises, Lug a pour emblème la lance, la harpe, le sanglier et la fronde. L'importance de Lug en Gaule et dans les régions anciennement celtes est attestée par un certain nombre de toponymes dont les plus connus sont Lugdunum (Lyon - cf Les voyages d'Alix) ou Laon en pagus Rèmes.
Sans être trop entré dans les détails, telles sont donc les trop rares divinités gauloises inventoriées dans les aventures d'Alix.

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