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La conjuration de Baal

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151 Re: La conjuration de Baal le Dim 27 Nov - 22:18

Patrick Essa


alixophile
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J'ai apprécié cet opus car l'histoire est bien menée et le dessin ciselé. Bien entendu il manque les géniales scènes tragiques que JM orchestraient avec un sens aigu de la dramatisation. On passe donc de la tragédie classique au polar antique et on perd quelque peu les vertiges que nous procuraient les scènes construites selon une dramaturgie de sentiments contradictoires. Et puis Alix avait-il tué froidement jusque là? Un fait qui m'a surpris.

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152 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 6:01

stephane

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vieux sage
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Mais Arbacès n'est peut-être pas mort, car la chronologie de cette aventure se passe avant La chute d'Icare.D'où la disparition du corps.

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153 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 8:34

Raymond

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Il est plus que probable qu'il ne soit pas mort, puisque son corps disparait "mystérieusement". Wink

Quant à ce qui concerne la chronologie des histoires d'Alix, j'ai bien du mal à avaler que l'histoire se passe juste après le Dieu Sauvage. En fait, je ne sais pas où placer cette histoire. Rolling Eyes


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154 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 14:30

Lion de Lisbonne

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grand maître
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Raymond a écrit:Il est plus que probable qu'il ne soit pas mort, puisque son corps disparait "mystérieusement". Wink

Quant à ce qui concerne la chronologie des histoires d'Alix, j'ai bien du mal à avaler que l'histoire se passe juste après le Dieu Sauvage. En fait, je ne sais pas où placer cette histoire. Rolling Eyes
Oui, cette histoire se passe jusqu'après "Le Dieu Sauvage" ; c'est Michel Lafon que l'a dit. Wink

155 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 15:42

Jacky-Charles


license ès BD
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La chronologie de cette histoire n'est pas trop difficile à établir. Je me suis reporté à la mienne, qui est publiée ici-même sous le titre "Chronologie d'Alix" en même temps que celle établie par Raymond, qui diffère un peu, mais chacun peut prendre celle qui lui convient.
Tout d'abord, dater "La conjuration de Baal" est simple, puisqu'on y voit un évènement historique connu : la fuite de Pompée, qui part de Rome pour échapper à César, après que ce dernier ait franchi le Rubicon ( 12 janvier -49 ) : nous sommes donc au premier trimestre -49 ( je n'ai pas trouvé la date exacte de cette fuite dans ma documentation, mais elle existe sûrement : avis aux connaisseurs. ).
"Le dieu sauvage" se situe juste avant, comme l'auteur l'a dit, ce qui permet de placer les deux albums au début de ce que j'appelle la 2° période, ou période "césarienne".
La dernière apparition d'Arbacés est dans "C'était à Khorsabad", qu'il faut donc encore situer avant ces deux histoires, et sans rapport avec l'ordre de publication. J'espère que tout le monde pourra s'y retrouver, mais en tout cas, il faut souhaiter que, pour la cohérence, les futurs scénaristes lisent attentivement les albums déjà parus !

156 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 16:25

Raymond

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Admin
Je crois que les albums de la période classique ont bien été relus, mais les autres ... j'ai un doute.

Il y a un bon exemple, qui est la maison d'Alix. Elle a été dessinée d'une manière très précise dans le Fils de Spartacus et on ne retrouve pas la même représentation dans la Conjuration de Baal.


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157 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 18:08

stephane

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vieux sage
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Raymond a écrit:Je crois que les albums de la période classique ont bien été relus, mais les autres ... j'ai un doute..
Et c'est une erreur, car ils comptent autant que les autres. Tout comme les lettres des odyssées d'Alix et les romans écrits par Hammerstein et Jacques Martin.

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158 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 22:00

Patrick Essa


alixophile
alixophile
stephane a écrit:Mais Arbacès n'est peut-être pas mort, car la chronologie de cette aventure se passe avant La chute d'Icare.D'où la disparition du corps.
Soit. Mais cela ne change que fort peu l'affaire car Alix frappe pour tuer. Et cela est vraiment nouveau il me semble.

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159 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 22:02

Patrick Essa


alixophile
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Par ailleurs il me semble que nos critiques sont toujours plus vives à l'endroit des suites martiniennes que des autres albums en général. Nous sommes trop "fans" du maître je pense....

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160 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 22:55

Raymond

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Complètement d'accord avec Patrick Essa ! Les grands albums classiques de Jacques Martin avaient atteint un tel niveau de qualité que nous exigeons peut être l'impossible pour les dessinateurs qui reprennent la série.

Sinon, je reviens sur mon exemple de la maison d'Alix. Christophe Simon semble avoir regardé les images du Fils de Spartacus, mais il ne les reprend pas de façon précise.

Par exemple, voici la rue qui monte vers la maison d'Alix, sur les pentes du Janicule.

Dans le Fils de Spartacus :



et dans la "conjuration" :



Dernière édition par Raymond le Sam 22 Aoû - 19:38, édité 1 fois


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161 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 22:59

Lion de Lisbonne

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Je suis d'accord avec vous Exclamation Bien sur Exclamation Cool

162 Re: La conjuration de Baal le Lun 28 Nov - 23:29

Lion de Lisbonne

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grand maître
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Patrick Essa a écrit:
stephane a écrit:Mais Arbacès n'est peut-être pas mort, car la chronologie de cette aventure se passe avant La chute d'Icare.D'où la disparition du corps.
Soit. Mais cela ne change que fort peu l'affaire car Alix frappe pour tuer. Et cela est vraiment nouveau il me semble.
( je n'ais pas lu l'album encore ; je salive Exclamation )
Si Alix frappe pour tuer, c'est vraiment nouveau !
Je ne sais pas ce que s'est passé ; pour le moment, avant lire l'album je ne peux pas être sur de rien.
Je me souviens bien d'un album de Jeremiah, où Kurdy, implacable, tue un mechant qui qui était inconsciente sur le sol.
Je comprends le choix et la pensée de Kurdy : S'il restait vivant il saurait toujours trouver des façons de faire du mal aux autres.
Après "La Chute d'Icare", et ce voyage par bateau Twisted Evil , "La Conjuration de Baal" sera la fin de l'innocence d'Alix Question

163 Re: La conjuration de Baal le Mar 29 Nov - 21:52

Patrick Essa


alixophile
alixophile
Il est assez étonnant de constater que sur l'ensemble des suites de l'oeuvre martienne - en dehors des scénarii de Jacquemart - le climat des histoires est moins lourd et intense. Les ambiances créées sans l'adjonction de fenêtres narratives dynamisent l'action tout en édulcorant la puissance d'un verbe capable autrefois d initier les sensations. Il me manque surtout cette prose subtile et ombrageuse qui posait les bases d'une vie antique rude, guerrière et sans fard.Michel Lafon écrit avec une belle élégance mais son style manque de brutalité, de fureur et de feu...

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164 Re: La conjuration de Baal le Mar 29 Nov - 22:37

Raymond

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Admin
Effectivement, les récitatifs jouent un rôle important en BD. Non seulement ils précisent le sens de la suite d'images, mais ils lui ajoutent en plus "une petite musique", qui permet à l'auteur de créer des effets de style. La mode semble être actuellement de supprimer les récitatifs, ce qui est une "amputation" bien regrettable (et parfois dommageable).


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165 Re: La conjuration de Baal le Jeu 1 Déc - 10:11

Pierre

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vieux sage
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J'ai lu hier soir ce nouvel album qui a un bon rythme, globalement un bon dessin mais le scénario est très moyen à mes yeux. Cependant, il se lit sans déplaisir. Au total, un rendez-vous sympathique avec Alix mais sans plus. A noter plus de scènes de combats que d'habitude mais bon...

166 Re: La conjuration de Baal le Dim 4 Déc - 13:16

Lion de Lisbonne

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grand maître
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L'album est arrivé chez moi, bien comme le dernier Thorgal, "Le Bateau-Sabre" Exclamation Very Happy

167 Re: La conjuration de Baal le Dim 4 Déc - 13:44

Raymond

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Bonne lecture ! Wink


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168 Re: La conjuration de Baal le Dim 4 Déc - 15:25

Lion de Lisbonne

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grand maître
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Raymond a écrit:Bonne lecture ! Wink
Merci Raymond Exclamation Very Happy
J'espère donner mon avis, pour Alix, aujourd'hui Very Happy

169 Re: La conjuration de Baal le Dim 4 Déc - 20:54

stephane

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vieux sage
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En attendant de lire l'avis de Lion, voici une photo de Michel Lafon et Christophe Simon à Grenoble.
http://www.ledauphine.com/isere-sud/2011/12/03/les-auteurs-d-alix-a-grenoble

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170 Re: La conjuration de Baal le Mer 7 Déc - 7:51

AJAX

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Sur Boojum, interview de Michel Lafon par FAL : http://www.boojum-mag.net/f/index.php?sp=liv&livre_id=2486

171 Re: La conjuration de Baal le Ven 9 Déc - 21:45

Jacky-Charles


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Pour reprendre les bonnes habitudes, voici mon étude sur "La conjuration de Baal", un album qui souhaite renouer avec la veine héroïque des premières aventures d'Alix. La mission a-t-elle été accomplie ? Vous constaterez que j'émets quelques réserves que les interviews de Michel Lafon n'ont pas vraiment réussi à lever en totalité.

Dans la partie documentaire, avec l'aide d'historiens, je poursuis le récit de la guerre civile, omniprésente dans cette histoire, et il sera aussi question des religions à Rome ; une secte comme celle des Molochistes aurait-elle pu exister ? Eh bien... peut-être !

A vous de juger !

LA CONJURATION DE BAAL

Trentième aventure d'Alix


Le résumé

De retour de Cyrénaïque après l'épisode du « Dieu sauvage », Alix et Enak1 se reposent à Pompéi chez le magistrat de la ville, Marcus Copellius, avant de rejoindre Rome. Une nuit, un inconnu gravement blessé, et qui meurt peu après, les avertit d'un péril menaçant Rome et César, et en rapport avec Baal, ce qui leur rappelle de mauvais souvenirs. Ils se rendent alors à Rome où ils ne tardent pas en effet à retrouver leurs vieux adversaires, les Molochistes, désormais alliés à Pompée, et pas seulement eux...


Quand cela se passe-t-il ?

La scène du départ de Pompée ( pages 38 à 40 ), qui fuit Rome devant César pour rejoindre sa flotte à Brindes ( Brindisi ), puis se réfugier en Grèce, permet de dater l'action avec assez de précision, d'autant mieux que c'est la seule séquence réellement historique de cette histoire : César ayant franchi le Rubicon le 12 janvier -49, nous sommes en février ou mars de cette même année.
Par ricochet, cette histoire nous permet de dater également avec plus de certitude les deux albums qui sont déclarés la précéder immédiatement : « Le tombeau étrusque » et « Le dieu sauvage », tous deux en -50 ( voir les études correspondantes et la chronologie rectifiée ).


Où cela se passe-t-il ?

De Pompéi à Pompéi, en passant par Ostie, Rome et Capoue. La plus grande partie de l'histoire se déroule néanmoins à Rome.


Le contexte historique

Les aventures d'Alix commencent à être assez nombreuses pour que mes études se recoupent d'album en album, et je ne vois pas la nécessité de les recommencer. Ainsi, le contexte de « La conjuration de Baal » a déjà été exploré à l'occasion de précédentes histoires. Jugez-en.
Dans « L'île maudite » : les dieux de Carthage, dont Moloch-Baal.
Dans « La griffe noire » : Pompéi et le Vésuve.
Dans « Le tombeau étrusque » : encore Moloch-Baal, les guerres civiles à Rome.
Dans « Roma, Roma... » : portrait de Pompée, le Sénat et les Sénateurs.
Dans « Le testament de César » : la religion des Romains.
Vous pouvez également consulter sur le site « Alix l'intrépide » l'étude de Diégo sur « Le spectre de Carthage » où la religion punique est détaillée.

A l'occasion de ce nouvel épisode, et sans revenir sur ce qui a déjà été dit, je vous propose donc d'aborder plus en détail l'histoire de cette période particulièrement troublée, d'une part en expliquant ce qui s'est réellement passé au moment de ce récit, d'autre part en vous donnant de nouvelles précisions sur les religions à Rome.


La guerre civile, encore et toujours...

Elle a fait l'objet d'un développement dans son intégralité ( cf. « Le tombeau étrusque » ). Après un rappel de la situation politique, je me limiterai ici à la brève période comprise entre le passage du Rubicon par César et la fuite de Pompée vers Brindes. Une fois n'est pas coutume, je laisserai la parole aux historiens Jean Duché et Lucien Jerphagnon, que je me contente de citer largement ci-après.

Tout d'abord, où en sommes-nous ?

Nous sommes en -50. Toute la Gaule est occupée par les Romains. César, qui a fini de « casser du Gaulois », s'apprête à rentrer à Rome et a déjà fait des offres de service qui ne sont pas vraiment appréciées. A Rome, Pompée gouverne, plus ou moins en accord avec le Sénat qui le redoute et le méprise tout à la fois, mais qui a besoin de lui pour maintenir l'ordre, surtout depuis l'exécution de Clodius par Milon, qui s'est conclue par l'incendie de la Curie et la mise à l'écart de Milon. Tandis que Pompée réussit à se faire octroyer cinq années supplémentaires de proconsulat en Espagne avant même de s'y rendre, il s'arrange avec le Sénat pour retarder autant qu'il se pouvait le retour de César aux affaires. Voilà qui créait les conditions d'une chaude inimitié entre les deux « imperatores »...

( L.J. ) « César a un nouveau porte-parole à Rome en la personne du tribun de la plèbe Scribonius Curio. Mais en dépit de ses efforts, ce dernier ne parvient pas à empêcher le Sénat de voter, en octobre -50, le remplacement de César à la tête de l'expédition des Gaules. On voit l'idée des Sénateurs : César rentrant à Rome laisserait forcément en Gaule ses soldats, qu'on préférait savoir là-bas que derrière leur inquiétant général. Voyant la manœuvre, Curion laisse le tribun de la plèbe pour l'année -49, Marc Antoine, diriger le parti césarien dans la ville et s'en va rejoindre César. Ce dernier, sans oser rentrer en Italie, s'en est rapproché : il stationne à Ravenne, en Gaule Cisalpine, à la tête d'une légion d'élite, la XIII°. L'imperator renvoie Curion porteur d'un message conciliant aux Sénateurs, le 1° janvier -49. En dépit de ce geste, et malgré Antoine, qui agite la menace du veto tribunicien, le Sénat y répond par le terrible sénatus-consulte dit « ultimum », qui vaut mobilisation générale.
Informé, César réfléchit. D'une part, il a beau jeu de se dire qu'en refusant de tenir compte du veto d'Antoine, les Sénateurs se sont mis en situation illégale. S'ils ont manifesté une audace qui ne leur ressemble guère, c'est bien parce qu'ils se sont placés frileusement sous la couverture de Pompée ! D'autre part, s'il obéit et rentre à Rome en simple civil, il a tout perdu. Son passé et son présent auront perdu tout pouvoir sur l'avenir qu'il caresse. Enfin, César sent bien que le rapport de forces ne peut que lui être favorable. Ses hommes lui sont tout dévoués, alors que les armées de la République, sous le commandement d'un chef vieillissant, sont sur la défensive. Et puis, César sait trop bien que ni Pompée ni lui-même n'ont envie de gouverner ensemble. C'est l'un ou l'autre. Autant que ce soit lui. »

Le Rubicon entre dans l'Histoire

( J. D. ) « César rassembla sa « vieille garde », les soldats de la XIII° légion, et s'adressa à eux avec ce sens du théâtre où se doivent d'exceller les grands meneurs d'hommes. « Commilitones ! Soldats, mes camarades ! » On peut être assuré que cela fut lancé d'une voix « placée dans le masque ». Il les avait conduits sur le chemin de la gloire, le suivraient-ils sur le chemin du pouvoir ? Comment auraient-ils hésité ? Ils étaient pour la plupart cisalpins, de ceux à qui César avait voulu que fut accordé le droit de cité romain et à qui le Sénat l'avait refusé. Voulaient-ils balayer ces aristocrates débauchés, pour une Italie grande, forte, populaire et « cisalpine » ? Ils le voulaient. Alors César les avertit qu'il n'avait pas de quoi les payer, et il paraît qu'ils versèrent leurs économies dans sa caisse. En fait, il était riche des trésors et des esclaves razziés en Gaule ; mais il savait que le dévouement est plus exaltant qu'une solde. Lamartine avait tort de dire que César avait conquis la Gaule avec le fer des Romains et Rome avec l'or des Gaulois : il a conquis Rome parce qu'il connaissait les hommes. Alea jacta est ! S'il ne l'a pas dit, c'était un oubli, que Suétone et Appien ont réparé. Les dés étaient jetés, mais ils étaient pipés par son génie. Le 12 janvier -49, César franchit la petite rivière qui marquait la frontière de la Gaule Cisalpine. »

La fuite de Pompée et la fortune de César

( L.J. ) « Les dieux avaient beau s'être affichés du côté de César, il n'était pas certain que tous les humains fissent de même. En franchissant la frontière, César entrait en révolte contre la légalité républicaine, et il pouvait s'attendre à une longue résistance.
A Rome, Pompée s'était quelque peu assoupi dans une trompeuse sécurité. Il affectait l'assurance : « Que je frappe seulement du pied la terre d'Italie, et il en sortira des légions ! » Là-dessus, on apprend que César avance, qu'il s'est assuré de plusieurs villes du nord. A sa fidèle XIII° légion, deux autres venant de Gaule se sont ajoutées, et il en a laissé d'autres encore au-delà des Alpes, pour observer l'Espagne. A Rome, on commence à s'inquiéter : une colonne, commandée par Antoine, a pris Arezzo, si bien qu'à présent, César contrôle les deux accès à la Ville. Puis, tout soudain, on apprend que le rebelle, renonçant apparemment à l'affrontement direct, file le long de l'Adriatique sans que rien arrête la marche de ses hommes sûrs de leur force, appuyés de cavaliers supplétifs Gaulois et Germains dont l'aspect n'a rien de rassurant. »

( J.D. ) « A Rome, l'affolement gagnait de jour en jour. Et César, plus il avançait, plus il proclamait sa modération. Il adressait au Sénat des offres de paix, offrant même, dans une lettre à Cicéron, de rentrer dans la vie privée et de laisser le champ libre à Pompée pourvu qu'il lui fût permis à lui-même de vivre en sécurité : César se présentait à l'opinion publique en agneau persécuté. Et si le Sénat avait accepté ? Mais le Sénat, prisonnier de son jeu et de l'orgueil de Pompée, était impuissant à décider pour la paix comme pour la guerre.
César approchait de Rome. Les rats du Sénat couraient dans la Ville. Que faire ? Partir et tout abandonner, les bonnes affaires, les trésors, les festins, les maîtresses ? Les défendre, et tout perdre, et en perdre la vie ? Il y avait, sans doute une troisième solution : fermer les portes et se mettre aux remparts, comme au temps d'Hannibal. Mais personne n'y songeait : le peuple aurait ouvert toutes grandes les portes à César. »

( L.J. ) « On ne sait si Pompée se résolut à frapper du pied, mais il n'en dut rien sortir d'utilisable, car il prit le parti de renoncer à défendre Rome et l'Italie. Il descendit sur Brindes avec les césariens sur les talons, et réussit à embarquer non seulement ses troupes, mais encore la majorité des Sénateurs qui l'avaient suivi. »

( J.D. ) « Ils n'étaient pas tellement nombreux, ces partisans du désespoir ; Pompée proclama qu'il tiendrait pour ennemis les sénateurs qui ne rallieraient pas son camp. C'était bien la faute à ne pas commettre. César fit savoir qu'il considèrerait tous les neutres comme des amis. Et tous les sénateurs qui jugeaient utile de ne rien faire attendirent César. Cicéron, qui méprisait les vacillations de ses collègues, mais n'était pas plus décidé, s'en alla partager son temps entre ses diverses propriétés rurales.
Laissant ses légions dans les bourgades autour de Rome, César entra dans la ville le 1° avril, sans armes. Il proclama une amnistie générale. Quelques sénateurs esquissèrent une timide résistance. Le tribun Lucius Metellus, de cette illustre famille patricienne qui s'était alliée à Sylla, osa demander avec une certaine insistance si César était en droit de puiser dans le trésor public pour la poursuite de sa guerre personnelle. César lui déclara que s'il persistait à exprimer son dissentiment, il lui ôterait la vie. « Et sachez, jeune homme, conclut-il, qu'il m'est plus désagréable de vous le dire que de le faire. »

Résumons brièvement ce qui va suivre : tandis que Pompée se réfugie en Grèce avec ses dix légions, César va traquer ses partisans en Espagne, en prenant Marseille au passage. Les deux adversaires se retrouveront face à face le 9 août -48 à Pharsale. Vaincu, Pompée s'enfuira en Égypte et son destin s'achèvera à Péluse, par le fait d'un poignard égyptien. Sur ses traces, César va débarquer à Alexandrie, mais c'est une autre histoire.


Des dieux et des hommes

La civilisation romaine était assez ouverte aux croyances différentes de celles constituant son panthéon habituel. Très progressivement, des divinités extérieures au monde romain ont été adoptées et vénérées dans celui-ci. Pourtant, la religion romaine était solidement ancrée au sein de la société et on comprendra mieux pourquoi en présentant ses principaux aspects. Mais à côté d'autres religions d'origine orientales, un culte tel que celui de Moloch-Baal avait-il quelques chances de séduire la société romaine, ou du moins quelques uns de ses éléments ? Il semble bien que oui, si l'on considère le précédent que constitua, environ 150 ans plus tôt, l'étonnant culte des Bacchants. Dans ce qui suit, je cite principalement « La civilisation romaine », de Pierre Grimal ( Champs ).

Au commencement... ou des divinités en général

La plupart des divinités ont dû commencer leur carrière modestement : ancêtres mythiques d'un groupe de chasseurs, d'une société agro-pastorale ou d'un clan de guerriers, phénomènes physiques ou météorologiques inexplicables, animaux à la force ou à l'aspect fantastiques, lieux inspirant la crainte ou l'admiration, enfin rêves des chamans, suscités par l'absorption de mélanges de plantes dont eux seuls connaissaient le secret... On était encore loin des dieux transcendants, créateurs de tous les êtres et de toutes les choses, comptables des actions bonnes ou mauvaises des hommes, mais on s'y acheminait doucement. Grottes ornées, mégalithes élevés, temples érigés au sommet de promontoires, humbles prières au cœur des forêts ou entre les dunes des déserts, sacrifices, processions, chants et danses sacrés, tout était bon aux hommes pour manifester leur attachement à la divinité qui protégeait leurs vies et leur territoire, leurs récoltes et leurs troupeaux, de génération en génération, dans une vénération d'autant plus intéressée qu'on ne savait jamais ce qui pouvait mécontenter un dieu ou le rendre favorable, car il ne répondait jamais, et pour cause, sauf dans les signes que seuls pouvaient lire les initiés. Et en réalité, c'était moins un dieu, la nature ou l'imaginaire que d'autres hommes qui manifestaient par leurs actions la décision du dieu, et c'était à eux que s'adressaient les prières et les offrandes : si je suis correct envers mon voisin, j'attends de lui qu'il soit correct avec moi, tel est le commencement et l'aboutissement de toute croyance. ( Résumé d'articles de « Science et Vie ». )

Que croyait-on à Rome ?

« Cette religion polythéiste honore plusieurs dieux dont le nombre n'est pas limité. Elle est essentiellement le fait des citoyens, c'est à dire des hommes libres ; femmes, enfants, esclaves et étrangers, n'y ont qu'une place très réduite sans en être totalement exclus.
La religion romaine n'est pas une religion révélée et n'a pas de livre sacré : les dieux romains n'ont jamais promulgué de décalogue. Les dieux sont supérieurs aux hommes, ils n'ordonnent pas aux hommes de se conduire quotidiennement de telle ou telle façon, ils imposent seulement l'accomplissement rigoureux de rituels prescrits.
A ce prix, ils promettent de maintenir leur action bienfaisante : Jupiter enverra la pluie et inspirera les magistrats de la Cité, Ops assurera l'abondance dans les champs, Cérès fera pousser le blé, Liber Pater mûrir le raisin et fermenter le vin, Mars protégera les armées, combattra du côté des Romains, enflammera le cœur des soldats. Mais surtout, cette action divine se révèlera efficace pour détourner les mille dangers qui menacent à chaque instant les activités humaines. Robigo, convenablement priée, épargnera aux blés la rouille, la déesse Fièvre assurera la bonne santé, Cloacina purifiera la ville de ses miasmes, Faunus et Palès chasseront les loups et les éloigneront des troupeaux.
Si l'on voit là l'accomplissement d'un contrat purement formel entre l'homme et les divinités, il ne faut pas s'étonner que Rome se montre d'assez bonne heure accueillante aux cultes orientaux, plus émouvants, plus susceptibles de satisfaire les besoins profonds de l'âme : le formalisme vide de la religion romaine aurait préparé la voie au christianisme. L'agrandissement de l'empire et l'accession à la citoyenneté d'un grand nombre d'étrangers aurait conduit les Romains à demander à un dieu transcendant une morale que ne leur fournissait plus la Cité. Pourtant, le sens sacré n'avait jamais fait défaut aux Romains et leur vie religieuse était infiniment plus complexe que la seule religion officielle le laisse deviner. »

D'abord un culte privé et familial

« C'est que la religion ne désigne pas d'abord le culte rendu aux divinités, mais un sentiment d'ordre instinctif que l'on se trouve en face d'un danger d'ordre surnaturel : toute action doit pouvoir se dérouler « sous d'heureux auspices ». Les Romains devinaient partout des « démons », puissances surnaturelles souvent innommées qui surgissaient de l'au-delà pour aider les hommes, et plus fréquemment pour les tourmenter. Les ancêtres de la famille eux-mêmes ne restaient pas enfermés dans leur tombeau ; à certains jours de l'année, ils en sortaient, les portes de l'enfer s'ouvraient et les vivants devaient apaiser ces « mânes », mot signifiant « les bons », parce qu'en réalité, on les savait capables d'être fort méchants.
Aux champs, c'était au paysan lui-même d'accomplir personnellement les gestes destinés à maintenir la paix avec le monde surnaturel : autour du domaine dansaient sans cesse deux dieux lares représentés sous la forme de jeunes gens aux mains pleines de fruits ; leur ronde écartait les démons maléfiques et assurait la prospérité à l'intérieur du patrimoine. On leur offrait donc chaque mois des gâteaux de farine et de miel, du lait, du vin, des fleurs, en récompense de leurs bons offices. Comme chaque lieu, la maison possédait son « genius », démon protecteur qui recevait aussi des offrandes sur l'autel domestique.
En dehors de la maison et du domaine, la présence du surnaturel n'était pas moins familière. Les arbres perdus dans les champs, les souches que la charrue évitait soigneusement d'effleurer, les friches envahies par les broussailles, les vieilles pierres à demi enterrées, placées là par des mains depuis longtemps mortes, étaient autant de sanctuaires naturels, réserves visibles de divin survivant du temps où la nature entière était en la possession indiscutée des Faunes et des Nymphes. »

Mais aussi un culte public et « citoyen »

Les cultes publics sont célébrés sous la direction des consuls et du grand pontife, avec le concours de plusieurs collèges de prêtres :

Les pontifes : ils administrent les cultes publics des dieux romains ; ils comprennent aussi les flamines attachés au culte de Jupiter, Mars et Quirinus, et les Vestales ( voir : « Le testament de César » ), attachées à l'entretien des feux sacrés de Rome dans le sanctuaire de Vesta. Ils règlent les cérémonies religieuses et veillent à l'observation des lois sacrées. Le grand pontife ( pontifex maximus), choisi chez les nobles et élu à vie, nomme les flamines et choisit les Vestales ; il est l'époux mythique de la grande vestale ; à l'époque de cette histoire, le grand pontife n'était autre que César. Les plébéiens ne sont pas admis à l'administration des cultes, aussi sont-ils plus ouverts aux dieux étrangers.

Les décemvirs : gardiens des livres sibyllins dont ils interprètent les textes pour retrouver dans la tradition une solution sacrificielle à tout problème posé par les manifestations du surnaturel. Les livres sibyllins étaient des livres prophétiques rédigés en grec que l'on ne pouvait consulter que sur l'ordre du Sénat ; on y avait recours en cas de prodiges ou de calamités publiques. Ils furent détruits en -83 dans l'incendie du temple de Jupiter Capitolin.

Les augures : ils pratiquent la divination en observant le vol et le cri des oiseaux ; les aruspices le font par l'examen des entrailles des victimes sacrifiées. Aucun acte public n'est entrepris sans qu'ils soient consultés.

Les Fétiales : hérauts sacrés, médiateurs des transitions de l'état de paix à l'état de guerre et qui marquent celle-ci en jetant un glaive dans un terrain symbolisant le territoire ennemi. Il existe aussi deux collèges de Saliens, dont l'un se consacre à Quirinus et l'autre à Mars ( on voit ce dernier à l'œuvre à la première page des « Boucliers de Mars » ).

L'apothéose des empereurs : dès la disparition d'Auguste, le Sénat lui décerne l'apothéose ( d'un mot grec signifiant : déification ). Il en sera de même pour ses successeurs, sauf Néron. L'empereur est ainsi placé au rang des dieux. Les formalités sont simples : il suffit qu'un témoin affirme avoir vu, lors des obsèques, l'âme du mort emportée par l'aigle qui figure dans la mise en scène de l'incinération impériale. Il en résulte une vénération d'autant plus compréhensible qu'on a pu voir l'empereur à l'œuvre – et ils ne furent pas tous mauvais, loin de là – à la différence des autres dieux. Cette vénération causera bien des difficultés aux adeptes des religions monothéistes, en particulier les chrétiens, et à l'exception des Juifs qui avaient obtenu un statut dérogatoire pour ne sacrifier qu'à leur Dieu unique, et n'entendaient pas partager cet avantage avec leurs concurrents.

Pietas et Fides : « Les Romains désignaient sous le nom de « pietas » l'attitude qui consistait à observer scrupuleusement non seulement les rites mais les rapports existant entre les êtres à l'intérieur même de l'univers : c'est une justice de l'immatériel, maintenant les choses spirituelles en leur place, ou les y remettant chaque fois qu'un accident a révélé quelque trouble, comme effacer une souillure, un mauvais présage ou un crime. La « pietas » se manifeste envers les dieux, les hommes et la Cité, comme par exemple dans le respect des engagements, la « fides », qui garantit la bonne foi et la bienveillance mutuelle dans la vie sociale tout entière. La « fides » garantit les rapports des êtres, aussi bien dans les contrats que dans les traités, et plus profondément encore dans le contrat implicite, défini par les différentes coutumes, qui lie par solidarité les citoyens entre eux ; la « fides » substituait aussi à la loi de la force celle de la clémence, reconnaissant le droit de tous les hommes « de bonne foi » à vivre, même si le sort des armes leur avait été contraire. »

L'affaire des Bacchants a-t-elle inspiré l'histoire de Moloch-Baal ?

Ne connaissant pas les sources auxquelles Jacques Martin a eu recours pour inventer le culte de Moloch-Baal en Italie dans « Le tombeau étrusque », je trouve une certaine ressemblance avec l'affaire que voici.
« De temps à autre, en effet, une vague de mysticisme parcourait la péninsule. On assistait au réveil des rites les plus naturalistes, on voyait se former des collèges de mystes pour célébrer en commun des cérémonies orgiastiques. Mais les autorités romaines intervenaient, et par de sévères mesures de police, faisaient tout rentrer dans l'ordre. Ce fut le cas, demeuré célèbre, de la religion dionysiaque qui, au début du -II° siècle, se répandit de façon inquiétante dans les campagnes et les villes. Les initiés se réunissaient la nuit, hommes et femmes, et s'abandonnaient aux transports des Bacchants2, allant peut-être même jusqu'à consommer des sacrifices humains. La réaction du Sénat romain fut impitoyable par une terrible répression en -186. Un sénatus-consulte défendit, sous peine de mort, de former des associations dionysiaques. Mais le culte du dieu lui-même ne fut pas interdit, à condition d'être célébré ouvertement et par un clergé soumis à la surveillance des magistrats. Ce n'était pas de la tolérance, ni le respect de la liberté de conscience, mais une élémentaire prudence devant une manifestation évidente du divin, qui n'est pas épuisée par la religion officielle. Les pratiques tolérées ne devaient pas mettre en péril l'équilibre et la discipline de la Cité tout en lui assurant le bénéfice du nouveau culte. »

L'arrivée des religions orientales : Isis, Mithra, Jésus...

« La grande masse des habitants de l'Empire cherchait ailleurs que dans les cultes officiels et la vie intellectuelle des raisons de vivre et d'espérer. C'est sur elle qu'agirent les religions orientales, c'est à dire les croyances et les pratiques originaires d'Égypte, de Syrie, d'Asie mineure, des provinces danubiennes qui promettaient aux fidèles, en récompense de leur foi, la prospérité en ce monde et le salut dans l'autre. Ces cultes, antérieurs à la conquête romaine, continuèrent leur existence dans les provinces orientales ; l'immense brassage de population dissémina les fidèles qui, en s'installant à l'étranger, apportèrent leurs dieux.

Isis l'égyptienne : arrivée à Rome au temps de Sylla, la première communauté isiaque se développa et eut bientôt son temple au Champ de Mars, en dépit des mesures prises contre elle en plusieurs circonstances ; elle fut définitivement adoptée par Rome dès le règne d'Auguste. Ses fidèles se recrutaient non seulement parmi les Égyptiens établis en Italie, mais aussi parmi les femmes, surtout les affranchies, souvent elles-mêmes d'origine orientale, qui étaient particulièrement sensibles à tout ce qui s'adressait à l'affectivité dans le culte de la déesse. Comme les mortelles, Isis avait connu la douleur de perdre celui qu'elle aimait ( Osiris ), et chaque année le pleurait avant de retrouver son corps embaumé dans le cèdre. Mère des Douleurs, elle était accueillante aux pécheresses qui connaissaient auprès d'elle les voluptés de la pénitence et de la rédemption. Ses fidèles et ses prêtres devaient demeurer purs pour avoir le droit de se présenter à la déesse. Christiane Desroches Noblecourt a fait observer que les représentations d'Isis portant son fils Horus préfigurent les Vierges à l'Enfant du Moyen-Âge3.

Mithra : ( voir aussi l'article qui lui est consacré dans : « L'ombre de César » ) le culte de ce dieu perse se développa sur les bords du Pont-Euxin avant de se répandre dans tout l'Empire ; le « Soleil-Roi » fut d'abord le protecteur des soldats, puis son culte prépara les voies au christianisme, en répandant le monothéisme et en popularisant la démonologie orientale opposant le principe du Bien représenté par Mithra aux puissances du Mal en lutte contre lui.

Et aussi : dès le -II° siècle, des croyances analogues furent déjà apportées en Italie par des Syriens, d'abord esclaves, puis qui surent se faire une place comme commerçants ; leur déesse était Atargatis, associée au dieu Hadad, ainsi que le dieu Adonis, seigneur de la vie et dieu de la végétation dont les femmes, à chaque printemps, pleuraient la mort et chantaient la résurrection.

Cybèle : le culte de cette déesse phrygienne fut introduit à Rome au temps d'Hannibal, car on estima que les divinités traditionnelles, en ces années sombres, n'étaient plus assez chargées de puissance sacrée et qu'il fallait reprendre un contact direct avec les forces orgiastiques. Ce culte était célébré par des prêtres eunuques qui, dans l'enthousiasme de leurs danses sacrées, se mutilaient à coups de fouet et de poignard et faisaient couler leur sang. On alla donc en grande pompe chercher à Pessinonte, en Phrygie, la pierre sainte qui figurait la déesse et on l'installa sur le Palatin. Pourtant, le Sénat ne permit pas que le culte barbare fut célébré dans toute sa violence ; un clergé hiérarchisé fut institué, les pratiques adoucies, les fêtes solennisées : le bénéfice du transfert se trouva ainsi acquis, sans les dangers qu'il comportait.

Le christianisme : il n'avait rien qui pût choquer la conscience religieuse des Romains. Le culte de Mithra était monothéiste, il avait sa théologie, sa morale, sa hiérarchie. Celui d'Isis imposait des pratiques ascétiques, des cérémonies, des tabous alimentaires. Pourtant, ni Mithra, ni Isis n'encoururent de persécutions. Les raisons de celles dirigées contre les chrétiens furent différentes : elles résident d'abord dans l'intolérance chrétienne, étrangère aux autres cultes orientaux. Bien souvent, ce furent les chrétiens qui se montrèrent les agresseurs, refusant d'accepter ce qui était devenu le principe essentiel de la vie politique, la divinité de l'Empereur, refusant aussi le serment militaire qui était d'essence religieuse. Lorsque les empereurs firent cesser la lutte entre le culte officiel, aux formes si variées, et le christianisme, ce fut au nom du principe qui avait autrefois animé les rédacteurs du sénatus-consulte sur les Bacchants ( voir ci-dessus ) :
« Nous avons décidé, dit le rescrit de Licinius publié en 313, qu'il convenait de placer au-dessus de tout ce qui concerne le culte de la divinité, et, pour cela, d'accorder aux chrétiens, comme à tout le monde, la libre faculté de suivre la religion qu'ils voudraient, afin que tout ce qu'il y a de divinités dans le séjour céleste pût nous être favorable et propice, à nous et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité. »
Ainsi se terminait, dans la plus pure tradition pragmatique romaine, une lutte sanglante vieille à ce moment de presque trois siècles. »


Comment est racontée l'histoire

Le principal personnage de cet épisode ( les deux héros exceptés ) est évidemment Moloch-Baal, dont il est question dès la page 4 et le cauchemar d'Enak, et jusqu'à la dernière image ; lorsqu'on ne le voit pas, on ne parle guère que de lui.
Comme on a pu le constater dans l'article ci-dessus, pas de trace de Moloch-Baal dans la religion romaine, et pas davantage dans les religions orientales arrivées à Rome. Cette divinité cruelle reste l'une des inventions les plus étonnantes de Jacques Martin, qui n'en était pourtant pas avare. Elle tire sa vraisemblance d'une minutieuse description du dieu et de son culte.
La mise en place du récit se fait assez lentement : il faut attendre la page 23 et la disparition d'Enak pour que l'action commence réellement, lorsqu'Alix va rechercher son ami ; heureusement pour eux qu'il sait où aller. Ensuite, les coups s'échangent jusqu'au dénouement, ce qui offre assez de rebondissements et de suspense pour que cette histoire soit perçue comme un très bon récit d'aventures et d'action occupant une place honorable dans la saga d'Alix.
Si on n'a lu que cette histoire, indépendamment de tous les autres albums, on peut le penser ainsi. Toutefois, le thème est identique à celui du « Tombeau étrusque » : c'est ainsi la deuxième fois que Moloch-Baal est mis en scène, ( et la troisième pour les Molochistes, après le même album et « Roma, Roma... » ).
Or, « Le tombeau étrusque » a toujours été considéré comme l'une des meilleures aventures d'Alix. Cela est dû à son thème original ( qui ne l'est donc plus ici ) et à un « méchant » d'anthologie, en l'occurrence Brutus, autrement plus prestigieux que les « troisièmes couteaux » qui dirigent ici la conjuration des Molochistes ! Pour qui a lu les deux, ce nouvel album a un petit air de déjà vu malgré une intrigue différente.
On note aussi quelques arrangements avec la trame historique : les deux « imperators » ne se sont jamais rencontrés à cette époque, contrairement à ce qu'on voit page 38 ; par ailleurs, César est arrivé ( un peu plus tard ) à Rome avec trois légions et non pas une seule ; enfin, on sait que le Vésuve, à cette époque, n'était pas en éruption, inactif depuis plusieurs siècles, et pour un siècle encore.
Mêmes mineures, ces entorses nuisent à la crédibilité de l'histoire. On sait parfaitement que les romanciers peuvent toujours s'accorder quelques facilités pour faire coller leurs fictions avec la réalité, mais il s'agit là de faits historiques parfaitement connus.
Dans un autre album d'Alix récent, on trouve aussi un chef suprême discret, secondé par un exécutant4 des plus expéditifs, cherchant à éliminer des gouvernants fort embarrassés, le tout se terminant dans les flammes : il s'agit du « Démon du Pharos ». Toutefois, il semble ne s'agir là que d'une simple coïncidence d'inspiration de deux scénaristes différents, ce qui prouve la difficulté à renouveler les thèmes et leur traitement.

Le dessin de Christophe Simon est égal à lui-même, souple et élégant ; on sent qu'il a atteint sa plénitude. Dommage que ce soit, semble-t-il, le dernier album d'Alix qu'il réalise.
Quant aux couleurs, elles sont agréables, ce qui n'a pas toujours été le cas dans des albums récents.


Les personnages

Alix : pour lui, le repos ne dure jamais bien longtemps ; à peine le voit-on chez celui qu'il prend pour un ami et un hôte attentif, et qui en réalité ne l'a sans doute invité que pour le contrôler de plus près, que le voilà replongé dans le mystère et l'angoisse. Pour s'être déjà frotté aux Molochistes, qu'il croyait désormais disparus ou ralliés, il sait que ce sont des adversaires impitoyables, et quand son meilleur ennemi s'en mêle... Cela ne l'arrête pourtant pas, et c'est sans hésiter qu'il s'enfonce dans des souterrains qui doivent lui rappeler quelque chose. On apprendra donc avec intérêt que, pour Arbacès, Alix vaut dix légions ( le regretté Galva n'en valait qu'une ). On le voit aussi, pour la première fois à ma connaissance, tuer un adversaire en duel ( ou du moins, le blesser grièvement ). Il redevient l'homme d'action qu'on avait un peu perdu de vue dans certains épisodes précédents.

Enak : après avoir joué, vainement, les pisteurs ( un talent qu'on ne lui connaissait pas encore ), le voilà revenu à son rôle presque habituel de victime ; cette fois, il n'y a pas de jeune fille à sauver des griffes des Molochistes, c'est donc lui qui s'y colle ( il n'y a d'ailleurs pas de rôle féminin important dans cette histoire ). Une fois de plus, Alix viendra à son secours, puis, tout comme lui, Enak liquidera un adversaire, mais définitivement, semble-t-il. Si son bon cœur a risqué de le perdre, il a bien profité des leçons d'armes ( d'Alix ? ), preuve qu'il s'émancipe et devient plus sûr de lui. Encore un effort !

Et, par ordre d'entrée en scène :

Marcus Copellius : le magistrat de Pompéi inspire confiance, on lui donnerait le bon Zeus sans confession. C'est pourtant un ambitieux sans scrupules qui n'hésite pas à se mettre à la tête d'une sinistre organisation ; on aurait aimé savoir comment il a connu les Molochistes. Mais il n'a ni les nerfs, ni les moyens physiques correspondant à son grandiose projet et il finira piteusement. On ignore son sort exact à la fin de l'histoire, mais on peut parier qu'il ne sera guère enviable, à moins qu'un arrangement politique ne recommande la modération.

Arbacès : le revoilà ! On l'avait laissé sur les routes de Mésopotamie ( cf. « C'était à Khorsabad » ) et après quelques mésaventures dont il s'est bien tiré, selon ce qu'il raconte à Alix, il ressurgit en Italie sous la défroque du Grand Prêtre de Moloch-Baal. Après avoir été commerçant, agent secret de Pompée, acteur, pirate et vizir ( deux fois ), c'est en effet une expérience qui lui manquait. Celle-ci lui permet de revenir au service de son maître Pompée. Passons sur ses motivations, qui n'ont rien de religieuses : lui, c'est seulement l'argent, et accessoirement le pouvoir, qui l'intéressent, avec ici en plus un peu de sauce à la vengeance. Alix et Enak ne resteront pas longtemps en son pouvoir et le premier se débarrassera de lui énergiquement. Un coup fatal, vraiment ? Mais qu'est devenu le corps ?

Tullius Scribon : ce notable s'est fait le complice des Molochistes par ambition pure. Toutefois, on le devine peureux, hésitant ( il reçoit les conjurés, mais ne reconnaît que le pouvoir légal ), plus soucieux de préserver ses biens, qui finiront en cendres, que de mener à bien le projet de la secte. C'est qu'il ne suffit pas d'avoir envie du pouvoir, il faut en avoir les moyens, et lui ne les a pas non plus. Il s'enfuira finalement avec Pompée pour se mettre provisoirement à l'abri en Grèce.

Les Molochistes : ils sont assez nombreux, mais peu individualisés. Quand ils enlèvent leurs masques, on voit que les uns sont des Latins, d'autres des Africains ( au sens actuel du terme ). Toutefois, malgré la terreur qu'ils font régner dans les campagnes seraient-ils assez forts pour prendre le pouvoir ? Ils demandent à agir davantage, et vite, mais ont-ils compris qu'ils ne sont que des auxiliaires pour Pompée ? Si celui-ci, déçu, comme il le dit, aurait voulu se débarrasser d'eux, Rome avait d'autres moyens pour se défendre. Et ceux-là, une fois capturés, auront-ils, comme leurs prédécesseurs, la possibilité de se rallier à César ?

César : même si sa présence à Rome à ce moment ne correspond pas à la trame historique, il est dépeint ici comme un homme inquiet des menaces qui planent sur la Ville, qu'il a du mal à comprendre parce qu'elles sont inhabituelles, et qui n'attend que l'arrivée de ses soldats. Dans la réalité, on aurait plutôt assisté à une véritable guerre ouverte avec les pompéiens. Ce que César dit à Pompée ( page 38 ) est néanmoins exact : les hommes de ce dernier ( avec ou sans les Molochistes ) n'auraient eu aucune chance contre les légionnaires et les mercenaires de César, surentraînés par leurs combats en Gaule.

Tiberius : ce sympathique officier appartient probablement à la noblesse romaine : une certaine distinction émane de lui. C'est un homme d'action qui intervient toujours au bon moment pour venir en aide à Alix.

Macer : l'adjoint de Tiberius doit être de plus humble extraction que son supérieur. C'est un excellent combattant, dévoué et discret, qui n'hésitera pas à se mettre en danger et à donner sa vie pour protéger celle de ses compagnons.

Pompée : le pauvre ! Pourquoi lui donne-t-on toujours le mauvais rôle ? Et aurait-il eu besoin de faire appel à ces douteux Molochistes pour conserver le pouvoir ? On sait que cet excellent stratège militaire n'était qu'un très médiocre politique, rien à voir avec César. Le Sénat ne l'aimait pas et lui marchandait le pouvoir tout en profitant de sa protection. Ses complices masqués auraient pu être un expédient pour se maintenir, mais rien de plus : ses partisans n'étaient pas à la hauteur et tous n'eurent d'autre solution que de s'enfuir honteusement devant César.


Conclusion : cette histoire qui a ses mérites propres m'a un peu déçu parce qu'elle démarque « Le tombeau étrusque » sans parvenir à son niveau et souffre de cette comparaison. Dommage, car les adeptes de Baal sont des adversaires à la mesure d'Alix et le récit est vigoureusement mené.


Sources : pour le contexte, « Histoire de la Rome antique » de Lucien Jerphagnon ( Pluriel ), « Histoire du monde » de Jean Duché ( Flammarion ) ; pour les religions, « La civilisation romaine » de Pierre Grimal ( Champs ) ; pour l'ensemble, l'encyclopédie Quillet, la collection des « Cahiers de Science et Vie » et l'indispensable « Dictionnaire de l'Antiquité » de Jean Leclant ( PUF ).

-oOo-




172 Re: La conjuration de Baal le Sam 10 Déc - 13:29

Raymond

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Tu es bien habile, Jacky-Charles ! Wink

Situer ce récit au moment du passage du Rubicon est certainement une idée brillante. Cela pourrait presque expliquer (même si c'est de manière insatisfaisante) la rencontre de César et Pompée à Rome, puis le départ de ce dernier. Mouais ... mais cela ne marche pas !

Pourquoi ? Je le résumerai simplement avec ces deux cases de l'album.



On y découvre la marche des légions de César sur Rome se déroule alors que ce dernier se trouve déjà depuis belle lurette dans la cité (d'ailleurs il reçoit déjà Alix dans sa propriété au début du récit). Or il est bien établi que César franchit le Rubicon à la tête de ses troupes. L'aventure de la Conjuration de Baal se passe donc nécessairement à un autre moment de l'histoire. Rolling Eyes

Par ailleurs, il est manifeste que la seule affaire politique importante, au moment de cette histoire, est la conjuration des nouveaux molochistes. On n'y parle jamais de la véritable guerre civile qui commence avec la marche de César sur Rome. Donc, à mon avis, ton hypothèse ne "colle pas". Elle ne correspond ni avec les faits, ni avec l'ambiance qui règne sur Rome au moment de cette aventure.

Par ailleurs, pour ce qui concerne la datation de cette aventure, je n'oserai pas trop me prononcer. César est constamment à Rome (dans son palais) et en même temps que Pompée. Bien sûr, le scénariste nous indique que cette histoire fait suite à celle du Dieu Sauvage, mais à mon avis, on ne peut pas la dater. Par rapport au tableau que nous avions fait sur la chronologie des histoires d'Alix, je la mettrai dans la catégorie "période indéterminée".

Maintenant ... le débat est ouvert ! jap


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173 Re: La conjuration de Baal le Sam 10 Déc - 21:39

Jacky-Charles


license ès BD
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C'est que "les faits sont des choses têtues", surtout quand ils sont historiques !

Reprenons : le seul évènement historique avéré, présent dans ce récit, c'est le départ de Pompée de Rome pour Brindisium ( ce qu'Alix présume page 40, mais on sait que c'est la réalité ) ; ça, c'est du dur : cet évènement est réel et n'a eu lieu qu'une seule fois, au 1° trimestre -49. Par ailleurs, depuis leur entrevue à Lucques en avril -56, Pompée et César ne se sont plus jamais rencontrés.

Cette histoire ne peut donc pas se passer à un autre moment qu'au cours de ce 1° trimestre -49. Que, sans précision de dates, l'auteur ait imaginé un autre déroulement des faits, avec une arrivée de César à Rome sans ses soldats, et qu'il ait cotoyé Pompée pendant quelques jours, ou quelques semaines, pourquoi pas ? Que la plus grande préoccupation des hommes politiques, ce sont les Molochistes plutôt que la prise du pouvoir, pourquoi pas encore ?

C'est tout à l'honneur de l'auteur d'avoir fait que cela tienne debout, et je ne vais pas le lui reprocher, même si je continue à trouver qu'à force de bricoler la chronologie, on n'est plus dans le roman historique, mais dans la fantaisie, ou le roman tout court. A mon humble avis, on aurait pu caser les Molochistes dans cette période et se passer de César à Rome, et le récit n'en aurait pas été très différent, mais bon, ce n'est pas moi qui écrit...

Je ne comprends donc pas trop ton raisonnement : pourquoi aller chercher une période "indéterminée" alors que l'on a tout ce qu'il faut dans la période réelle, moyennant quelques aménagements de détails, ceux qui justement font l'intérêt du récit ? Le plus curieux, c'est que dans ma chronologie, "Le dieu sauvage", qui est censé précéder immédiatement cet album, se trouvait classé dans cette "période indéterminée", faute de repère historique, et qu'il peut désormais se trouver daté avec précision, puisque celui-ci en a un !

A suivre !

174 Re: La conjuration de Baal le Dim 11 Déc - 10:15

Raymond

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Admin
Quel est l'événement déterminant qui permet de dater cette histoire ? That's the question ! Rolling Eyes

Est-ce la marche des légions de César sur Rome ? Est-ce la présence simultanée de Pompée et César dans la même ville ? Est-ce la fuite de Pompée ? Est-ce l'ambiance qui imprègne toute l'histoire, celle d'une période de paix qui n'est guère troublée que par un petit complot molochiste ?

En fait, cet album est fondé sur des erreurs factuelles et on ne peut pas situer avec précision le récit dans la ohronologie de l'histoire romaine. C'est d'ailleurs une chose qui m'a beaucoup agacé en le lisant.

Pour moi, l'absence de la moindre allusion à la guerre civile dans cet album invalide l'hypothèse que l'on soit en -49. Lorsque Jules César a décidé de franchir le Rubicon, il a commis un acte d'une audace incroyable, qui était bien plus considérable qu'un complot lancé par un obscur sénateur. Comment imaginer que Pompée et Jules César n'en parlent pas lorsqu'ils se rencontrent, et que Pompée quitte Rome pour une petite affaire d'importance secondaire.

Contrairement à toi, je trouve que rien ne tient debout dans cette histoire ! Et c'est cela le vrai problème.


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175 Re: La conjuration de Baal le Dim 11 Déc - 10:24

stephane

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vieux sage
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Et n'oublions pas le bouchon de lave durcie dans le Vésuve, qui sautera le 24 août 79, soit quelques décennies après cette aventure.

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