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Couvertures d'albums

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76 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 15:24

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
J'ignorais en effet cette anecdote, n'ayant pas ce volume de l'intégrale, mais seulement l'album recontant cette trahison. L'histoire en dit long en effet sur la modestie de Jean Graton !

77 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 18:00

marbou


alixophile
alixophile
Oui, c'est tout à l'honneur de Jean Graton.
La plupart des dessinateurs du journal Tintin, Hergé compris, admiraient le travail de Cuvelier.
Dommage que Cuvelier ne s'intéressait pas (ou peu) à la bd...

78 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 20:38

Loup79


license ès BD
license ès BD
Je suis très étonné de cette anecdote sur Graton. Il me semblait qu'il était assez carré et sûr de son travail ; il me fait penser à Uderzo avec Astérix. Je pensais que Graton avait un regard très juste, précis, un peu comme Hergé, où chaque trait était à sa place. grr2
Il me semble avoir vu un reportage sur Graton, "corrigeant" une planche d'un jeune dessinateur (il y a eu d'autres dessinateurs avec les deux auteurs actuel ?) travaillant sur la série. Et il me semblait pas que c'était un gars qui faisait les décors, mais bel et bien les personnages principaux...

79 Re: Couvertures d'albums le Mar 21 Mar - 0:25

Raymond

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Admin
Très carré, Jean Graton ? Je ne crois pas, ou en tout cas pas toujours. Il pouvait se montrer subtil, ou même humoristique, et cela se remarque parfois dans certaines histoires de Michel Vaillant.

Ce qui est certain, en revanche, c'est que Graton était exigeant sur la qualité de son travail, aussi bien avec les autres qu'avec lui-même. Ceci l'amenait à être sévère avec ses assistants, qui dessinaient essentiellement les décors et les voitures, c'est vrai, ou avec lui-même, lorsqu'il dessinait les personnages. J'ai lu moi aussi des interviews dans lesquelles Graton précisait qu'il dessinait lui même les visages et les attitudes des personnages, pour que leurs expressions soient justes, et il n'y a pas de doute qu'il le faisait bien. On s'en est d'ailleurs rendu compte bien plus tard, dans les derniers albums de la série, lorsque Graton ne dessinait plus beaucoup.

Quant à l'anecdote des chevaux, cela confirme simplement ce caractère exigeant et perfectionniste de Graton, qui cherchait toutes les solutions possibles pour améliorer son travail. Et puis, après tout, les chevaux ... ce n'était pas des personnages principaux.  Wink


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80 Re: Couvertures d'albums le Mar 21 Mar - 14:16

Raymond

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Admin
Passons à un autre dessinateur : Raymond Macherot !

On n'a jamais vraiment su s'il fallait vraiment classer ses BD animalières dans le genre comique, car c'est un peu réducteur. Beaucoup d'histoires de Chlorophylle et Sibylline contiennent des gags, bien sûr, mais certains albums (surtout de Chlorophylle) font également une belle part à l'aventure et à l'héroïsme. Quant aux dernières histoires de Sibylline, elles versent carrément dans la fantastique et me paraissent inclassables.

Dans Sibylline en danger, toutefois, on découvre un bel équilibre entre l'humour et l'héroïsme. Cet épisode appartient aux meilleures années de Macherot et la couverture en annonce bien le contenu !




Dans Chlorophylle aussi bien que dans Sibylline, le monde animalier de Macherot pastiche la civilisation occidentale du XXème siècle jusque dans les moindres détails. Avec cette couverture du second tome de Sibylline (qui correspond bien sûr à une séquence du livre), l'auteur pousse la parodie jusqu'à l'absurde. Il nous montre en effet un combat aérien entre Sibylline et Anathème, ceux-ci n'étant armés que de petites frondes, mais il est vrai que cela peut aussi faire mal. Wink

Quand on se lance dans un combat aussi improbable, il faut avant tout soigner les détails, et dans ce domaine, Macherot est sans reproche. Les mouvements aériens (de l'avion et du corbeau) sont précis, tandis que le geste de visée d'Anathème indique sans ambiguïté qu'il existe un combat. Les "aviateurs" portent un casque et des lunettes et le corbeau Flouzemaker voit ses ailes équipées de rallonges qui augmentent sa capacité de portance. Toute la scène pourrait être presque crédible.

Toutefois, cette minutie dans les détails crée aussi l'humour de l'image. Macherot n'hésite pas à "aller trop loin", et cet excès d'imitation (des combats entre les êtres humains) devient une véritable farce. On devine d'ailleurs qu'il s'est bien amusé à dessiner tout cela, car cette parodie est aussi un jeu, comparable d'ailleurs à ceux qu'imaginent les petits enfants pour ressembler aux adultes (l'imitation étant une des bases de l'apprentissage). Cette image ironique et ludique peut en fait plaire à tous les âges.

En dehors de son humour, cette image frappe aussi par son dynamisme. Les deux "véhicules aériens" sont en mouvement, tandis que les deux pilotes se fixent et se préparent à lancer des pierres. La ligne d'horizon est devenue oblique, et cette perspective accentue l'impression de déséquilibre que l'on peut ressentir en altitude.

Il est probable que cette illustration a nécessité un important travail de préparation, mais le résultat est magnifique. A la fois sauvage et humoristique, l'image donne en fait l'envie de relire cette BD qui m'avait enthousiasmé quand j'étais enfant. Macherot était un tout grand !


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81 Re: Couvertures d'albums le Mar 21 Mar - 17:44

marbou


alixophile
alixophile
Et la ligne d'horizon penchée ajoute génialement à cette composition aérienne !

82 Re: Couvertures d'albums le Mar 21 Mar - 19:00

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Oui, c'est presque vertigineux car cela donne à la fois la sensation du mouvement et de la profondeur. On a l'impression de participer au ballet aérien des deux adversaires !
Tu donnes une belle analyse de cette couverture en effet remarquable qui me donne envie de découvrir cet album que je ne connais pas ! Very Happy
J'aime beaucoup le regard inquiet du corbeau !

83 Re: Couvertures d'albums le Mer 22 Mar - 15:51

eleanore-clo

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martinophile distingué
martinophile distingué
Bonjour

Je souhaiterais vous parler des couvertures des opus ouvrant et fermant le cycle principal de la série De Cape et de Crocs.  Les couvertures sont jumelles et on retrouve le même motif, les héros, se cachant le visage derrière leurs capes. On peut noter une petite évolution car la série débute avec 2 héros, Armand le renard et Don Lope le loup, et se termine avec un troisième héros supplémentaire, Eusèbe le lapin. Les couvre-chefs sont restés les mêmes. La première couverture figure la Lune et la deuxième la Terre. On retrouve la même dominante, bleutée, nuitée et bien évidemment les étoiles sont présentes, comme le motif d'une tapisserie. On retrouve aussi la mise en scène du XVIIème siècle avec Venise d'un côté, et un galon à roues, de l'autre. Masbou joue aussi sur les angles de vision : les palais vénitiens penchent comme s'ils voulaient regarder le canal, et le vaisseau tire un bord comme un bateau à voile. Le mythe de l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, est donc ici mis en image.







La deuxième couverture peut aussi être comparée au film 2001 l'odyssée de l'espace, avec un soleil qui se lève, derrière un mystère.



Bonne journée
Eléanore-clo

84 Re: Couvertures d'albums le Jeu 23 Mar - 9:05

Raymond

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Admin
Belle comparaison entre ces deux couvertures dont la ressemblance m'avait échappé, mais il est vrai je n'ai pas lu les derniers albums de la série (je me suis un peu perdu à partir de la "période lunaire"). C'est sans aucun doute un clin d’œil que le dessinateur adresse aux vrais fans de la série.  

Je note au passage que l'on retrouve la lune et le vaisseau volant dans la couverture du tome 1. Masbou aurait-il prévu dès le départ de dessiner ces deux couvertures presque "en miroir" ?   Wink


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85 Re: Couvertures d'albums le Dim 26 Mar - 12:07

Raymond

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Admin
Avouons-le, Mitacq ne fait pas partie du peloton de dessinateurs que j'admire inconditionnellement, et dont j'achète presque tous les albums. Mais il faut reconnaitre que c'est un grand professionnel. Il est à l'aise avec toutes les techniques d'illustration, et il a en particulier dessiné d'admirables lavis pour Jacques Le Gall.

Le disparu de Ker Aven est un de ces albums dont je n'ai connu pendant longtemps que la couverture (je n'ai acheté la plupart des albums de la Patrouille des Castors qu'à l'âge adulte). Je n'en connaissais pas le récit pendant ma jeunesse, mais l'image de couverture était tout à fait propre à stimuler l'imagination !



Ce qui frappe d'abord, c'est l'admirable synergie qui existe entre le titre de l'album et l'illustration de couverture. Ce disparu, qui est bien sûr Mouche, le plus jeune membre de la patrouille des Castors, attire d'emblée le regard. Il est seul dans une clairière et son attitude laisse peu de place au doute. Il est en mauvaise posture et on remarque vite son attitude figée, son visage un peu effrayé, et ses deux bras écartés qui semblent redouter une grande menace. Le décor autour de lui est par ailleurs inquiétant, avec l'ombre d'un bras qui semble se rapprocher du garçon, et avec aussi ce grand rocher (est-ce un menhir ?) dont les contours astucieusement découpés évoquent le visage d'un monstre.

Cette image est expressive, voir même effrayante, mais le dessinateur n'utilise paradoxalement que peu d'effet. C'est une preuve du talent de Mitacq, qui dessine un décor assez sobre tout en se montrant très efficace. L'ambiance inquiétante de l'illustration ne provient que de trois ou quatre détails (en particulier l'attitude de Mouche), mais ils ont sont cernés avec habileté et précision. C'est vraiment du beau travail.

La lecture de l'album, par contre, que j'ai lue beaucoup plus tard, permet de découvrir un scénario assez bien fait (il est de Charlier) mais pas vraiment effrayant. La couverture est plus impressionnante que le récit.  Wink


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86 Re: Couvertures d'albums le Jeu 30 Mar - 19:19

Raymond

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Admin
Il me semble que l'enthousiasme pour le sujet retombe un peu. Même Sébastien a tendance à lâcher prise.  Wink

Je vais quand même présenter une autre couverture. C'est un album que j'aime bien, même s'il a été amplement critiqué (voir même détesté) sur le Web, y compris dans notre forum. Il a été publié en 2012 et s'intitule Gringos Locos.



Cet album de Yann et Schwartz raconte la folle équipée de Jijé, Franquin et Morris aux USA (et au Mexique) pendant l'année 1948. Tous les trois rêvaient d'aller faire de la BD (ou du dessin animé) dans une Californie qui était considérée comme une sorte de paradis pour les dessinateurs. Ils se sont naïvement embarqués, avec la femme et les enfants de Jijé, dans un voyage qui s'est révélé plein de surprises.

Les péripéties vécues par les trois dessinateurs ont été relatées par la suite dans de multiples interviews et, au fil des années, cette aventure est presque devenue une légende. Yann a bien sûr construit son scénario en se fondant sur les multiples anecdotes qui lui ont été racontées, par les intervenants ou par divers témoins, mais voilà ... certains événements qu'il relate dans son récit ont été ensuite contestés. Je ne m'appesantirai pas là-dessus.   Wink

La couverture de l'album nous montre au premier plan les dessinateurs dans un désert américain (on reconnait les montagnes de Monument Valley), en train de se livrer à une séance de dessin sur le vif. C'est un exercice que Jijé avait souvent imposé à ses deux élèves, pour leur faire faire des progrès, mais il est douteux que ce genre de séance soit survenu en plein désert. C'est donc un gag ! Par ailleurs, il fait chaud et le soleil doit être torride car on voit sur la route une automobile, avec l'épouse de Jijé et leurs trois enfants qui se sont abrités sous une bâche, Une grosse fumée s'échappe en plus du moteur et on devine qu'une panne de voiture est à l'origine de cette séance improvisée.

Derrière les trois dessinateurs se tiennent divers animaux : trois vautours, une mygale et un serpent à sonnettes. Les vautours salivent d'avance en pensant eu repas (les imprudents en train de se déshydrater bien sûr) qui leur est promis. Ce genre de scène me semble en fait pasticher une image classique de Walt Disney, celle qui montre le héros ou l'héroïne (comme Blanche Neige) seuls en pleine forêt, mais entourés de gentils animaux bienveillants (biches, lapins, hibou etc.). La forêt, c'est plutôt mignon, mais le désert ... ils sont vraiment "locos", ces gringos !   Very Happy

Cette exagération (manifeste) d'une histoire vraie me parait typique de l'humour que l'on trouve tout au long de l'album. L'ensemble de cette BD utilise en fait les effets de la caricature, en exagérant d'abord certains traits (ou certains faits), et en poussant certaines situations tout près de l'absurde, tout en partant de quelques éléments authentiques. C'est ainsi que Yann mélange avec ironie le réel et l'humour en racontant ses anecdotes, tandis que Schwarz illustre avec précision tous les détails fantaisistes d'une scène qui est probablement imaginée, sans que l'on puisse en être certain.

Et puis, quand on regarde un peu plus longtemps cette image, on peut y voir aussi une certaine tendresse. Ces trois dessinateurs qui se concentrent sur le motif (un oiseau mouche), qui oublient le monde qui les entoure et qui se consacrent à leur passion, sont en fait en train de devenir des maîtres, que l'on admire toujours aujourd'hui. Leur naïveté les pousse à explorer un domaine (la BD) qui va changer le monde du livre, et ils vont créer un mouvement (la fameuse école de Charlerois) qui va longtemps dominer la BD franco-belge.

Vue ainsi, cette scène devient un moment magique.

Voilà pourquoi j'aime cette couverture ... et la BD elle-même, bien sûr.   jap


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87 Re: Couvertures d'albums le Jeu 30 Mar - 19:28

eleanore-clo

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martinophile distingué
martinophile distingué
Bonsoir

Une couverture peut être aussi une parodie. Aussi, ce jour, je suis très heureuse de vous emmener en Égypte pour un voyage dans le pays des pharaons.

La couverture d'Astérix et Cléopâtre se moque de l'affiche du Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz.



Le film de la Fox sort en septembre 1963, soit 3 mois avant la parution des premières planches de la BD dans Pilote.
La filiation entre la bande dessinée et le péplum saute aux yeux. Astérix campe Rex Harrison, alias César, alors qu'Obélix se veut le reflet de Richard Burton, alias Marc Antoine. Le lien entre la couverture et l'affiche est renforcé par la couleur. Dans les deux illustrations, le rouge domine, soit comme couleur primaire, soit comme composante d'une couleur secondaire. La litière est rose sur l'album alors qu'elle est orangée sur l'affiche. On peut aussi remarqué la similitude des polices de caractères : le lettrage de CLEOPATRE notamment. Cependant, la ressemblance n'est pas totale. Ainsi, la robe de Cléopâtre est blanche dans le livre alors qu'elle est jaune dans le film. Et bien évidemment, les habits d'Astérix et Obélix sont conformes à l'esthétisme de la série, et donc quelque peu éloignés des costumes militaires revêtus par les acteurs.

Mais le génie de Goscinny ne s'est pas arrêté à une caricature de l'affiche. Avec une audace inouïe, il fait inscrire un long texte sur la couverture. Et ce texte est lui même une parodie.
Le film de la Fox fût un défi gigantesque qui amena la compagnie au bord de la faillite : un coût astronomique (équivalent à 250 millions de $ actuels), des cachets colossaux (Élisabeth Taylor percevra plus de 50 millions de $ actuels), des costumes innombrables (65 pour la seule Cléopâtre), un tournage démesuré (2 années dans deux pays différents), une durée inédite (4h pour la version non tronquée), etc... Et bien évidemment, les publicitaires vantent ce gigantisme lors de la première. Tout le monde parle du plus grand film jamais tourné. Aussi, en réaction face à cette grandiloquence, Goscinny décide de parodier le propos. Et Astérix et Cléopâtre devient la plus grande aventure qui ait jamais été dessinée ! Le scénariste nous sort alors une liste folle, superlative, des moyens mis en œuvre : 14 litres d'encre de chine, 30 pinceaux, 62 crayons à mine grasse, etc.. !



On ne peut que regretter que les dernières éditions de l'opus aient gommé cet aspect pourtant essentiel. Le gain esthétique est marginal et la perte de sens pharaonique  Laughing .

J'adore cette couverture, bien évidemment la plus grande couverture jamais imaginée  Laughing, et espère vous avoir fait partager ma passion... "Ma" prochaine publication évoquera le lien entre la BD belge d'après-guerre et la religion....

Bonne soirée
Eléanore-clo

88 Re: Couvertures d'albums le Jeu 30 Mar - 20:25

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Cette couverture est un des souvenirs émus de mon enfance. Quand j'ai lu, sans doute vers 7-8 ans, Astérix et Cléôpatre, j'ignorais tout du film de Mankiewicz. A l'époque, lisant le texte parodique, j'étais resté soufflé, étant persuadé que les dépense "pharaoniques" de fournitures étaient réelles. Je manquais singulièrement d'expérience !
Je regrette beaucoup que les dernières éditions aient altéré la beauté de l'original si parfaitement conçu, au profit d'une couverture tellement plus ordinaire et dont les tons artificiels sont sans commune mesure avec l'original. Merci chère Eléanore-clo d'avoir ranimé un beau souvenir de ma première lecture candide. Very Happy

89 Re: Couvertures d'albums le Jeu 30 Mar - 23:08

Raymond

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Admin
Il est vrai qu'à l'époque où l'album est paru, le gag de couverture était évident pour tout le monde (il suffisait d'avoir vu les affiches du film Cléopâtre ... et tous les citadins pouvaient facilement les voir). Aujourd'hui, l'affiche est plus ou moins oubliée et le clin d'œil est moins facilement compréhensible. L'humour s'est perdu et ... c'est peut être la raison de la triste "normalisation" de cette couverture de l'album.

En tout cas, le gag de la couverture originale est vraiment percutant et je te remercie de nous rappeler, avec cet exemple, le génie humoristique de Goscinny.  pouce


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90 Re: Couvertures d'albums le Dim 2 Avr - 9:23

eleanore-clo

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martinophile distingué
martinophile distingué
Bonjour

En ce dimanche de carême ( Smile ), je vous propose d'aborder le thème de la religion dans les couvertures de BD. Et je vais encore un petit peu tricher (Sébastien, pardonnez-moi, mais en cette période d'élection présidentielle, tout est possible Laughing )... Les couvertures seront extraites du Journal de Tintin et de Spirou.

Hergé fut scout et sa carrière a décollé avant guerre grâce au supplément d'un journal d'obédience catholique : Le Petit vingtième.  
A la Libération, Hergé fut recruté par Raymond Leblanc qu'on ne peut pas soupçonné d'être bigot. Néanmoins, dans sa nouvelle rédaction, l'artiste a produit de superbes couvertures d'inspiration religieuse. Les grandes fêtes telles Noël ou Pâques furent l'objet de magnifiques couvertures.

En voici deux produites pour le 25 décembre 1947 et pour le 23 décembre 1948. La première illustre la "famille" Tintin se rendant à la messe de minuit. Les personnages sont tournés vers une église que domine une étoile du berger, pour bien montrer que le cœur de l'image se situe là. De plus, une fenêtre éclairée attire le regard. Seul Tournesol, perdu dans son univers, échappe à cette règle. Ainsi que Milou (mais les chiens ne sont pas baptisés  Smile ) qui nous regarde. La couverture est tout entière blanc bleutée ce qui génère une sensation de froid, renforcée par la buée de la respiration des personnages. La deuxième couverture est plus percutante. Le choix de représenter Tintin, Haddock, les Dupont et Tournesol à genoux devant une crèche est très fort. Hergé nous invite à reconnaitre la suprématie de Jésus, et donc celle du spirituel sur le matériel. Milou et Tournseol sont cette fois-ci accrochés à la scène et rentrent dans le rang. L'arrière plan est peint avec un grand aplat jaune, presque criard tellement il est fort. Du coup, la crêche, le sapin et les personnages ressortent bien plus. Hergé a aussi dessiné une bible, à gauche de Tintin. L'étoile du Berger est aussi présent, sur le toit de la crèche. Nous avons donc là une image pieuse, du style de celles qui étaient distribuées au catéchisme. Une telle couverture serait difficilement publiable aujourd'hui tant son message est orthodoxe.



Hergé fait vivre ses héros à la campagne et ils vont donc à la messe en marchant dans la nature. Franquin est beaucoup plus urbain et a pris ses distances avec la foi comme l'a démontré son refus de faire figurer nombre d'images religieuses dans l'intégrale Rombaldi. Voici donc la couverture du Spirou du 22 décembre 1955. La scène est un nocturne mais, a contrario d'Hergé, l'église n'est plus le pôle central de l'image. La vie existe tout autour. Les appartements sont éclairés. De même, les magasins sont encore ouverts, ainsi qu'un restaurant devant lequel Franquin s'est représenté (il est juste sur le rebord du trottoir, à droite de l'enseigne suspendue et à côté de son épouse en manteau de fourrure). Un cinéma accueille des spectateurs. D'autres personnages reviennent du travail comme Yvan Delporte, le rédacteur en chef de Spirou (en bas et à gauche de la couverture, juste à côté du panneau de stationnement interdit). En fait, une foultitude de personnages peuple la couverture, chacun avec sa vie. Cela fait penser au Dénombrement de Bethléem de Brueghel. La couverture d'Hergé est contemplative, silencieuse. Celle de Franquin est dynamique. Un gamin essaye d'échapper à la main de son père, des personnes se saluent, des voitures roulent. Le Noël de Franquin est donc séculier.
L'action n'est plus située dans une campagne anonyme et donc universelle. Nous sommes ici dans un village de Belgique ou des Pays-Bas, comme en témoignent le canal et la maison à pignon.
Les deux artistes se rapprochent quant aux couleurs. Franquin comme Hergé, choisit une dominante hivernale, blanc, bleutée. Et bien évidemment, la neige est présente (le réchauffement climatique n'existe pas encore !). Enfin, l'esprit de Noël demeure. Et là-aussi, les héros, Spirou, Fantasio, flanqués de Spip, se dirigent vers l'église. L'absence du Marsupilami est d'ailleurs surprenante pour une illustration datant de 1955. Peut être Franquin a-t-il repris une idée ancienne ?



En guise cerise sur le gâteau, je vous offre ( Smile ) la couverture du Spirou du 3 décembre 1953, rarement présente sur le Net.



Voilà, j'adore ces couvertures et je suis très heureuse de vous les présenter. Elle me rappelle mon enfance, lorsque toute la famille se rendait à l'église pour la messe de minuit. Alors que les media dramatisent notre quotidien, le représentant tous les jours plus triste et laid, peut être pourrions-nous évoquer l'après-guerre, une période pas non plus facile, et néanmoins, capable d'être heureuse ?

Bon dimanche
Eléanore

91 Re: Couvertures d'albums le Dim 2 Avr - 9:48

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Magnifique comparaison ! Je connaissais les deux couvertures dues au crayon d'Hergé, mais pas celle de Franquin. Dans la couverture de ce dernier, j'aime beaucoup les réseaux de lignes entrecroiséees créés par les pas dans la neige. Very Happy

92 Re: Couvertures d'albums le Dim 2 Avr - 13:17

Raymond

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Admin
Il est vrai qu'un journal de BD n'oserait plus utiliser aujourd'hui de telles couvertures, sauf peut être à la manière d'Yves Chaland. c'est à dire avec beaucoup d'ironie. Wink

Tout comme Draculea, je préfère moi aussi les couvertures de Franquin, qui sont moins solennelles et pleines de vie. Connais-tu d'ailleurs l'album "les Noëls de Franquin" ? Si tu aimes ce genre de dessin (et de BD), tu devrais être comblée.

Ceci dit, Hergé maîtrisait lui aussi admirablement l'art de la couverture. On en trouve un certain nombre dans le gros recueil "l'Aventure du Journal Tintin", qui a paru l'année passée, et il y en a qui sont pleines de dynamisme.


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93 Re: Couvertures d'albums le Lun 3 Avr - 21:29

eleanore-clo

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martinophile distingué
martinophile distingué
Bonsoir

Je vous propose d'aborder une autre couverture, dessinée par Giraud cette fois, celle de Chihuahua Pearl.

Cette image est percutante. Chihuahua Pearl, en très gros plan, nous fixe des yeux. Son regard bleu est direct, presque insoutenable. L'héroïne nous dévisage sans vergogne. Sa bouche ouverte découvre deux rangées de dents, comme si le personnage voulait nous mordre puis nous dévorer. D'ailleurs, la blancheur des dents détonne dans la composition, et attire ainsi le regard. Le port de tête est fier, altier comme peut l'être celui d'une danseuse. Et le menton affiche une certaine rondeur mais aussi de la fermeté. Pour compléter le tout, un cigare fumant crée, s'il en était besoin, une once de masculinité, presque de provocation.

Ainsi, Giraud n'a pas cherché à dessiner la beauté ou la féminité. Aussi le rouge à lèvres est-il très discret. Le dessinateur eut pu choisir une toute autre représentation, plus joueuse, plus charmante, comme dans la deuxième vignette de cette chronique. Mais il souhaite hisser Chihuahua Pearl au rang d'une aventurière Smile, ce sur quoi le scénario de Charlier ne fait aucun doute !

La couleur de la couverture est toute entière dominée par le brun. Et le rose de la peau cède la place à un teint basané. De même les habits sont d'un orangé tirant sur le brun. Enfin, les cheveux blonds de l'héroïne deviennent châtain. Le soleil de l'Ouest tape manifestement fort !



J'adore cette couverture car elle casse une image sexiste, idéalisée, de la femme. L'héroïne n'est ni un objet de désir, ni une jolie pièce ornementale. Le dessin nous fait comprendre que Blueberry va rencontrer son égale. Et si la volonté pouvait être représentée, peut être prendrait-elle le visage de Chihuahua Pearl ?

Bonne soirée
Eléanore

94 Re: Couvertures d'albums le Lun 3 Avr - 21:58

Draculea

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Très belle analyse de cette couverture mythique. Tu soulignes les rangées de dents provocantes. Peut-être connais-tu l'origine - avouée par Gir lui-même - de cette image de l'indomptable perle ?








Il est aussi intéressant de noter que la couverture de l'épisode suivant, L'homme qui valait 500 000 $, semble un pendant masculin de celle-ci, mais Bluberry, contrairement à Chihuahua Pearl n'a rien de triomphant : au contraire, il se trouve en position défensive, menacé par des ennemis invisibles.







On peut tracer un lien symbolique entre les deux couvertures : dans un large mesure, Blueberry est une victime de Pearl qui infléchit son destin de façon dramatique et durable. L'anti héros menacé de L'homme qui valait 500 000 $ est d'avance le personnage du hors la loi qu'il deviendra deux albums plus tard. Il en a possède déjà la physionomie âpre et anxieuse. A la lumière éclatante de la couverture de Chihuahua Pearl succède la dominante terreuse qui caractérise la couverture de L'homme qui valait 500 000 $. En deux albums, Blueberry bascule du côté de l'errance qui l'emportera longtemps. Il ne manque plus que Ballade pour un cercueil pour que s'achève l'enterrement du héros initial au grand coeur devenu un personnage ambigu, parfois cynique et désespéré en qui toutefois l'aspiration à certains idéaux essentiels n'a pas disparu, comme le prouveront les trois volumes du second cycle apache de la série.

95 Re: Couvertures d'albums le Lun 3 Avr - 22:30

eleanore-clo

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martinophile distingué
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Bonsoir Draculea
Merci pour ce superbe complément  Very Happy
Je ne connaissais pas le modèle de Giraud ! Et c'est maintenant un manque réparé Very Happy .
Je n'avais pas non plus repéré que les deux couvertures faisaient une paire ! Oui. Deux visages en très gros plan !
Eléanore

96 Re: Couvertures d'albums le Mar 4 Avr - 10:40

Raymond

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Admin
Jean Giraud s'est souvent inspiré de photographies ou d'affiches pour ses couvertures d'albums (ou même tout simplement pour certaines cases d'albums).

Il y a quelques blogs sur le Web, dont celui d'Afranio (qui vient sur notre forum), qui ont recensé toutes ces "inspirations" et ressemblances. Voici une page du blog d'Afranio, montrant les ressemblances de certaines couvertures avec diverses photos :

http://blueberrybr.blogspot.ch/2013/06/inspiracoes-de-charlier-e-de-giraud.html

On y découvre que Chihuahua Pearl ressemble un peu à l'ex-épouse de Jean Giraud. Wink


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97 Re: Couvertures d'albums le Mar 4 Avr - 10:54

eleanore-clo

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martinophile distingué
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Bonjour Raymond
Merci beaucoup pour le lien Very Happy  . C'est une adresse que je ne connaissais pas.
Et merci à Afriano pour son travail de bénédictin Very Happy .
Belle journée
Eléanore

98 Re: Couvertures d'albums le Mar 4 Avr - 20:35

eleanore-clo

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martinophile distingué
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Bonjour

Cet après-midi, j'aimerais vous présenter la couverture du Bois sauvage, le premier tome de la tétralogie Le vent dans les saules, de Plessix. Le vent dans les saules est une adaptation de l'œuvre éponyme de l'écrivain britannique Kenneth Grahame.

J'adore cette illustration. Tout d'abord, il me semble que Plessix s'est inspiré du jardin aux nymphéas de Monet. On retrouve ici cette dilution des formes au profit des impressions. D'ailleurs, la couverture est toute entière basée sur des dégradés de vert, avec quelques petites touches de bleu et de blanc. Le dessinateur crée ainsi un univers à la fois fermé et infini, fermé car rien ne semble exister en dehors de la rivière, et infini car l'eau s'étend dans toutes les dimensions au point que sa frontière avec le ciel est inexistante. La barque de Rat et de Taupe est encadrée au premier plan par les nénuphars, et à l'arrière plan par des saules. Les personnages sont en quelque sorte noyés dans le vert. Mais la couleur est paisible, douce et je perçois plus un Éden qu'une prison. Comme dans les tableaux de Monet, le soleil dessine une infinité de reflets sur la rivière.

Les habits de Rat fleurent bon le Royaume-Uni et sont ceux du gentleman-farmer. Et son pantalon de golf témoigne d'une coquetterie certaine. Rat porte une ombrelle, signe d'un soleil ardent, ce que l'on pressent d'ailleurs du fait de la couleur vert-jaune des reflets. Le personnage regarde le ciel d'un air inquiet. Peut être un nuage a-t-il fait son apparition ? Taupe est habillé d'un costume bleu, parfaitement inadapté à la situation. Il est courbé sur les avirons. Cette situation est un peu étrange, presque cocasse, et son burlesque nous ramène à Trois hommes dans un bateau de Jérôme K Jérôme. Nous ne sommes donc pas loin de la Tamise et du Cookham natal de Kenneth Grahame !




Mes enfants ont étudié à Oxford. Les élèves des Colleges y font naviguer les touristes (on appelle cela le punting) sur les canaux jouxtant la Tamise, et je confie avoir chéri ces promenades lentes et paisibles. Et puis, j'adore aussi me perdre dans les jardins de Monet à Giverny. Au final, Plessix a fusionné ces deux univers dans une image de rêve. Allez, chères et chers amies(amis) du forum, je vous invite à prendre un afternoon tea....



Belle fin d'après-midi
Eléanore

99 Re: Couvertures d'albums le Mar 4 Avr - 23:20

Raymond

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Admin
Je n'avais pas trop fait attention à cette couverture (même si j'aime beaucoup l'album), mais tu as raison. Cette image est très belle, avec son côté "Partie de Campagne", ainsi que ce paysage un peu flou, et ses couleurs (presque) impressionnistes

Le style graphique de l'intérieur de l'album est toutefois un peu différent. Wink


_________________
Et toujours ...
http://lectraymond.forumactif.com

100 Re: Couvertures d'albums le Mer 5 Avr - 23:10

eleanore-clo

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martinophile distingué
martinophile distingué
Bonsoir

Je soir, je souhaite vous parler de  Gare aux gaffes du gars gonflé.
L’œuvre est une compilation de deux mini albums : Gare aux gaffes et Les gaffes d'un gars gonflé. Franquin et Jidéhem imaginent une couverture spécifique pour ce recueil. Six années séparent les trois couvertures et les cheveux de Gaston se rallongent ! Le titre est obtenu par concaténation des titres des mini-albums. Et le résultat est comique car jouant sur la répétition du phonème gue, ce qui rappelle irrésistiblement des phrases célèbres comme les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches ou archisèches, ou encore trois gros rats gris dans trois gros trous très grands.

J’adore cette image car elle rassemble beaucoup d'éléments du mythe Gaston.

Fantasio est en haut de l'escalier. Il porte une belle chemise blanche, comme il sied à un col-blanc  Laughing . Son visage dénote une vive surprise, au point qu'il se cramponne à la balustrade.

Sur l'escalier, une petite souris s'interroge elle-aussi. Franquin et Jidéhem introduisent là un élément du bestiaire fabuleux de Gaston. Peut être est-ce Cheese ? Quoiqu’il en soit le chat et la mouette ne sont plus très loins.

Gaston occupe le cœur de la couverture. Il teste une de ses inventions, le char à rampe d'escalier (copyright Eléanore  good ).
Comme à chaque essai d'un nouvel engin, Gaston est confiant et sourit. En fait, le jeune homme a toujours confiance en lui même et il ne doute jamais, c'est une constante de sa personnalité. Les échecs ne laissent aucune trace. Il me semble y voir là une grande leçon de vie. Bien évidemment, Gaston résonne toujours à court terme et ne voit jamais le problème dans sa globalité. Peut être que beaucoup de nos concitoyens pourraient se reconnaitre dans cette posture !
Et le lecteur anticipe les futurs ennuis du premier virage. Le comique nait de ce décalage entre la perception de l'inventeur et celle des gens censés, Fantasio au premier chef, mais aussi le lecteur. On se moque de Gaston car on imagine déjà la catastrophe. Et c'est là que le sourire de Gaston est indispensable. Tout autre mimique déclencherait une inquiétude (va-t-il se faire mal ?), ou de la compassion (face à l'échec de l'invention). A contrario, Franquin nous pousse à adopter une attitude bien peu charitable, car il nous pousse à rire malheur de l'autre.  
L'invention est parfaitement pensée car les deux roues latérales assurent la stabilité du char ! En fait, les inventions de Lagaffe fonctionnent toujours... sauf que les résultats ne sont jamais ceux escomptés ! Le comique nait aussi de ce décalage. Du coup, le lecteur ne peut qu'être admiratif devant l'ingéniosité de Gaston.
Finalement, Franquin est un fin psychologue. Il suscite en nous toute une gamme de sentiments à partir d'un simple dessin.
Côté graphique, les mouvements et la dynamique sont parfaits, comme dans toute l’œuvre de Franquin  Very Happy . Des traits secs, nerveux, rendent la rotation des roues, cependant que la vitesse du char est suggérée par les petits nuages. D'autres traits couronnent la tête de Fantasio pour représenter la surprise du rédacteur en chef. La porte ouverte au sommet de la cage, l'augmentation de la  hauteur des marches et les tailles respectives de Fantasio et Gaston font naitre la perspective. Du coup, le lecteur perçoit la pente vertigineuse de l'escalier.
A contrario, les couleurs laissent à désirer. Si le bleu de la cage d'escalier fait penser au ciel, on peut s'interroger sur la couleur de la moquette, bien trop criarde et détonante pour un éditeur aussi sérieux que Dupuis !







J'adore cette couverture. Derrière un dessin apparemment simple se cachent des trésors d'imagination et une analyse psychologique très fouillée.

Bonne soirée
Eléanore

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