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Couvertures d'albums

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51 Re: Couvertures d'albums le Sam 4 Mar - 18:38

Sébastien

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Bonsoir eleanore-clo,

Pour revenir sur le commentaire de la couverture de Cosey, A la recherche de Peter Pan: moi aussi j'avais envisagé ce choix pour ce sujet Very Happy et je rajouterais que c'est la plus récente qui a ma préférence, car on a l'impression que le héros pourrait descendre cette pente neigeuse à l'infini, ce coin blanc à droite paraît sans limite. Une couverture très poétique...

Quant au Repaire du Loup, il figure dans mon top 4 des Lefranc (pas compliqué puisque je me contente de posséder les tomes 1 à 4...). Mais je crois savoir que c'est un avis couramment partagé que les 4 premiers sont les meilleurs.

Et voici la couverture suivante: Trafic d'armes, tomes 4 de Jerry Spring, par le grand Jijé.



Jerry et Pancho se sont enfuis du palais du gouverneur, ils ont piqué ces chevaux qui sont sûrement surpris et excités, ils passent sous cette arche qui délimite la cour. L'occasion pour Jijé de faire valoir le charme de l'architecture, et la jolie ombre du feuillage sur l'arche. Au fond on aperçoit en partie l'entrée d'une belle église. Les deux personnages principaux sont bien entourés: devant, la foule mexicaine, à droite et à gauche, les gardes, au balcon, une jeune fille.

Encore une image très dynamique, l'action saisie sur le vif. cheers

52 Re: Couvertures d'albums le Sam 4 Mar - 21:46

Loup79


bédéphile pointu
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Ha oui, belle couverture !
Je n'ai que les intégrales de la série, je ne connais aucune couverture.

53 Re: Couvertures d'albums le Dim 5 Mar - 12:10

Raymond

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Jijé est un effet un très grand dessinateur de couvertures.

Certaines d'entre elles m'ont fait longtemps rêver. Ce fût en particulier le cas de certaines couvertures d'albums qui étaient épuisés pendant les années 60 et 70, que je rêvais de lire, et dont je ne pouvais qu'imaginer les aventures qu'ils contenaient.

J'ai ainsi longuement médité sur la couverture Baden Powell, la superbe biographie dessinée à la fin des années 40 et que je n'ai pu lire que tardivement, lors de sa réédition en album cartonné pendant les années 80.





Comme souvent chez Jijé, le dessin est bourré d'énergie. Les deux protagonistes principaux (Baden Powell et le guerrier africain qui l'affronte) sont saisis "sur le vif", et ils semblent prêts à bondir. Le cadrage privilégie cet affrontement, mais on voit tout de même un noir avec l'uniforme britannique qui esquisse un mouvement de recul devant le danger. Qui va prendre l'avantage ? Le guerrier n'a qu'un simple geste à faire pour envoyer sa lance, mais Baden Powell semble totalement prêt à éviter ce coup.

Il m'a fallu une quinzaine d'années avant de connaître l'issue de ce duel ! J'ai eu le temps d'imaginer tout un tas de scénarios, avant de me rendre compte que la scène est totalement différente à l'intérieur du livre.   Shocked



La fuite de Baden Powell ...  cela, je ne l'avais pas l'imaginé.

Les couvertures ont toujours tendance à enjoliver le récit.   Wink



Dernière édition par Raymond le Lun 6 Mar - 0:00, édité 1 fois


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54 Re: Couvertures d'albums le Dim 5 Mar - 17:06

Loup79


bédéphile pointu
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Bah imagines la vignette de Panden Powel fuyant à la place de la couverture de Powel fier. Ça aurait été impossible qu'un éditeur accepte une couverture pareille !

Moi, j'aime bien quand la couverture reprend une vignette du récit. Je trouve que les éditeurs devraient obliger les dessinateurs à faire ainsi. tongue

55 Re: Couvertures d'albums le Jeu 9 Mar - 0:18

Raymond

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Admin
Dans une page précédente, Murakami faisait l'éloge d'une couverture de William Vance, et il est vrai que ce dernier en maîtrisait bien la composition.

C'est pourquoi j'ai ressorti ce soir de ma bibliothèque les albums de Bruno Brazil, la série que je préfère chez ce dessinateur. Et je me suis retrouvé un peu dubitatif, en feuilletant ces livres un peu oubliés, avant que mon regard ne s'arrête sur la couverture de cet album maudit !





Je n'ai jamais beaucoup aimé "Quitte ou double pour Alak 6", cette histoire crépusculaire et un peu déprimante. Ce n'est pas que le scénario soit mauvais, loin de là, mais ... c'est bien avec cet album que Greg a littéralement "tué" sa série.

Faut-il rappeler que cette sombre histoire d'espionnage se termine avec un abominable massacre ? Paradoxalement, William Vance donne à la couverture une apparence lumineuse, et il l'entoure d'une blancheur impitoyable. On découvre en particulier au premier plan (et en pleine lumière) Whip Rafale, déguisée en chanteuse de cabaret, dans une robe rose éclatante. La première apparence est assez brillante mais ... à l'arrière plan, un bandeau noir entoure les autres personnages, ainsi que des événements plus sombres. En regardant bien, on y reconnait assez vite l'ombre sanglante de Tony Nomade, juste au moment où ce dernier est fauché par une rafale de mitrailleuse. Les portraits des autres "Caïmans" sont inclus dans des disques minuscules, et deviennent parfois mal visibles. On sait que certains d'entre eux (Billy Brazil et Texas Bronco) vont définitivement disparaître, et seul Bruno Brazil est facilement identifiable. Il va bientôt se retrouver seul.

Avec ses contrastes d'ombre et de couleur, on retrouve finalement assez bien l'ambiance du récit, qui hésite entre l'ironie et le drame. Au premier coup d'œil, l'image est jolie et légèrement étrange, puis elle devient plus inquiétante lorsqu'on l'examine en détail.

Ce n'est pas vraiment une très belle couverture, il faut l'admettre, mais elle est en revanche composée d'une manière intelligente. Par ailleurs, comme ce n'est pas une très belle histoire non plus ...  l'image me parait être tout à fait "de circonstance".   Wink


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56 Re: Couvertures d'albums le Ven 10 Mar - 6:25

eleanore-clo

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Bonjour

Je suis heureuse de vous proposer la couverture de Louve, le 16ème opus de la série Thorgal.

Dans La Bible et plus particulièrement dans Le livre de la Genèse (3.16), il est écrit "Tu enfanteras dans la douleur". La souffrance durant l'accouchement est devenue un châtiment, celui infligé par Dieu à Eve parce qu'elle lui avait désobéi et mangé la pomme. Et donc, l'accouchement devenait honteux. Il ne fallait plus ni en parler, ni le montrer. C'est pourquoi les œuvres d'art représentant une mise au monde sont très rares. Et comme la BD est un microcosme (un peu trop) masculin, il est miraculeux (!) qu'une telle couverture ait pu être dessinée par Rosinski et accepté par l'éditeur

La scène se passe en hiver comme en témoigne les branches dénudées de l'arbre, une saison où la vie sommeille. Et le dessinateur joue donc sur le contraste entre une saison "stérile" et Aaricia "fertile". Symboliquement, cette scène aurait dû se tenir au printemps. Aussi, une des forces de cette couverture réside dans l'opposition mort / vie.
La viking est à un moment critique de sa vie. L'humanité semble l'avoir abandonnée. Mais elle n'est pas totalement seule car une louve la regarde (le titre nous dévoile que c'est une femelle et non un mâle).  Rosinski met donc en scène une deuxième discordance, implicite celle là. Entre un animal proche, disponible (on se croirait chez Rousseau) et la société humaine qui délaisse les siens même lorsqu'ils sont dans le besoin.
Les habits d'Aaricia sont déchirés et on peut se demander si les branches ne sont pas pointues, coupantes. Un troisième contraste émerge. L'accouchement nécessiterait un minimum de confort et l'épouse de Thorgal accouche dans un lieu dur, agressif.
Les yeux de la louve sont ouverts, interrogatifs ou contemplatifs, on ne sait. A contrario, ceux d'Aaricia sont fermés. Le dessinateur nous livre ainsi une 4ème opposition.
Tous ces dissonances nous interrogent, nous perturbent et renforcent le climat de tension lié à la naissance et à sa souffrance. De plus, toutes ces oppositions vont mettre en lumière LE rapprochement, celui des deux mères.

L'éclairage de la scène vient du coin situé en haut et à droite de la couverture. Et du coup, le dégradé de luminosité part de la louve. De son côté, Aaricia baigne dans une sombreur bleue, car les branches occultent le maigre soleil hivernal. L'animal est donc source d'une lumière grisâtre et surtout de vie. Il n'est d'ailleurs nullement menaçant. Ni crocs, ni babines retroussées, ni oreilles en arrière,...   Rosinski nous laisse ainsi imaginer l'intrigue. Van Hamme et son complice vont d'ailleurs mettre en scène la confraternité entre mères comme le démontrent les superbes vignettes présentées en dessous de la couverture.  Dans la première, la louve et la femme se font face et semblent se tenir la main / patte. Dans la seconde, les propos de l'héroïne annonce clairement cette étrange similarité de destin. Dans la troisième, les deux futures mamans ont la bouche / gueule ouverte, on peut imaginer qu'elles recherchent leur souffle ou crient de douleur. Les deux langues pendent, au même instant. Et la dernière vignette est encore plus habile, car elle nous montre UNE et UNE SEULE demeure. Les deux mères partagent donc une unité de temps et de lieu. La barrière des espèces est transcendée.

Le tableau est cru et réaliste. Le ventre de la jeune viking est énorme. On devine une naissance proche et difficile. Rosinski ne vise pas à délivrer une image idyllique de l'enfantement. Tout d'abord, la future maman a la bouche ouverte. Elle est épuisée et cherche sa respiration. On retrouve d'ailleurs ce côté physique dans les 4 vignettes . On comprend à leur lecture que l'effort est intense. Mais revenons à la couverture. La main d'Aaricia tord l'étoffe sur son ventre car les contractions lui font mal. Ses seins sont lourds, ils tendent la robe et la gênent. Ses cheveux manquent de volume car la transpiration y a fait son œuvre. Les yeux de l'héroïne sont fermés. Elle n'a plus la force de s'ouvrir au monde et est toute entière prise dans sa parturition. La beauté de la jeune princesse est loin. Ses habits sont déchirés et inadaptés à cette fin de grossesse. Rosinski cherche ainsi à nous émouvoir. Il vise à créer de la compassion. Et les lectrices (lecteurs) sont invités à soutenir Aaricia car manifestement Thorgal est absent.

Voilà. J'adore cette couverture et espère vous avoir fait partager ma passion. Nous sommes ici bien loin de l'accouchement sous anesthésie péridurale. La femme y est représentée soumise à un corps qui exige. Mais, en même temps, l'illustration respire l'attente : l'attente de la naissance et l'attente de ce qui va se passer avec la louve.





"Ma" prochaine couverture sera beaucoup plus moderne, une anti-couverture.

Bien cordialement
Eléanore-clo

57 Re: Couvertures d'albums le Ven 10 Mar - 6:44

Sébastien

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Belle couverture Eleanore-Clo, et belle analyse. Pour ma part je n'ai pas beaucoup d'inspiration ce matin, alors voici pourquoi j'aime la prochaine couverture  Wink

J'ai toujours été attiré par la couverture d'Astérix chez les Belges. Cela tient sûrement au côté très convivial du banquet, la présence de nombreux personnages, la bonne cervoise, le village belge avec ses toits de chaume, le ciel gris qui donne l'ambiance.



Et il faut aussi faire ressortir la présence dans cet album d'une autre image de banquet que nous connaissons bien, clin d'oeil à l'oeuvre de Pieter Bruegel l'Ancien, Le Mariage Paysan.



58 Re: Couvertures d'albums le Ven 10 Mar - 8:58

Draculea

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Chère Eléanore-clo, quelle joie de découvrir ce matin ton analyse et ta présentation de la couverture de Louve, album que je trouve fascinant et dont en effet cette couverture peut-être classée parmi les chefs d'oeuvres de Rosinski en la matière ! Je suis heureux que tu aies fait ce choix.

Dans une autre dimension, Rosinski, dessinateur qui ne cesse de renouveler son inspiration, peut aussi proposer des couvertures délibérément habitées par le fantastique comme celle de La Bataille d'Asgard, 32° volume de la série, dans lequel Jolan affronter d'étranges armées monstrueuses au royaume d'Asgard, dans le cadre d'une lutte entre les divinités d'Asgard et de Manthor, maître de la Magie Rouge, afin de sauver Vylnia, mère de Manthor.

Nous sommes ainsi projetés dans le registre narratif et imaginaire des sagas dont cette couverture déploie magnifiquement et de façon à mes yeux très inquiétante, toute la sauvage magie. Les trois portraits des principaux protagonistes qui dominent la scène comme des auras, donnent la mesure des enjeux superposés : celui de la bataille, celui du conflit individuel dont cette bataille est une conséquence, exactement comme dans l'Iliade d'Homère, la guerre entre grecs et troyens dépend en réalité d'un affrontement entre les dieux. Il en résulte cette couverture grouillante de guerriers avec entre les visages des protagonistes majeurs qui contraignent Jolan à s'aventurer dans le royaume, et la masse des combattants, les figures cauchemardesques des géants qui font écho au visage grimaçant du maléfique Loki.



Dernière édition par Draculea le Sam 11 Mar - 10:20, édité 1 fois

59 Re: Couvertures d'albums le Ven 10 Mar - 23:53

Raymond

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Au delà de l'évolution de sa technique de peintre (qui est évidente entre ces deux albums que 20 ans séparent), il y a une chose qui n'a pas changé : Rosinski a le sens de l'image spectaculaire !   Very Happy


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60 Re: Couvertures d'albums le Sam 11 Mar - 19:01

Raymond

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Je reviens maintenant à un genre plus classique de couverture, celui des BD appartenant au genre "gros nez".  Wink

Même s'il a su faire école, Peyo n'a jamais été loué en tant que dessinateur. Ses collègues vantaient plutôt la qualité de ses scénarios et son dessin assez rond a parfois été considéré comme simpliste. Dans ses meilleures œuvres, toutefois, et en particulier dans "Johan et Pirlouit", il démontre d'étonnantes capacités d'expression. Ses personnages affichent toujours une physionomie pleine de vie, et le dessinateur sait par ailleurs à merveille donner du mouvement à ses séquences d'images. On retrouve exactement ce genre de qualités dans ses meilleures couvertures, en particulier dans le Serment des Vikings.






Ce combat acharné sur le pont d'un drakkar correspond à un des moments-clé de l'aventure. Deux flottilles de vaisseaux s'affrontent dans un combat naval sans merci, et de l'issue de la bataille dépendra le sort d'un jeune prince déshérité par un usurpateur. Au début de cet affrontement, les partisans du jeune prince (auxquels Johan et Pirlouit se sont alliés) sont en infériorité numérique. Ils attendent des renforts et le combat fait donc rage.

Dans cette belle illustration, les visages de Johan et Pirlouit affichent une formidable colère, tandis que leurs coups ont une telle violence qu'ils sont capable de renverser leurs adversaires. Les combattants d'en face font en revanche triste mine. On découvre en effet un viking étendu sur le ventre, dont le visage parait étourdi, tandis que le guerrier qui est projeté vers l'arrière (avec une jambe en l'air) a le casque enfoncé sur ses yeux. Leur défaite semble proche, même si l'on remarque au loin qu'un autre drakkar ennemi se prépare à attaquer.

Ce qui est le plus admirable, je trouve, dans cette image, c'est l'énergie que le dessinateur arrive à extérioriser avec des moyens très simples. Elle provient d'une part de la précision des gestes de tous les combattants, vainqueurs ou vaincus, et d'autre part du choix pertinent de Peyo de mettre ses personnages dans des positions extrêmes. Ce dessin n'est au fond qu'une caricature, mais l'auteur évite d'en accentuer les effets comiques. Il privilégie plutôt la violence et le mouvement et cela donne à ce combat un aspect très sérieux, presque épique, qui semble exalter l'héroïsme et l'aventure.

Bien sûr, les moments comiques ne manquent pas, dans le Serment des Vikings, mais cette histoire prend toutefois par moments la dimension d'une épopée. Je trouve donc que cette couverture résume admirablement l'album tout entier.  Very Happy


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61 Re: Couvertures d'albums le Sam 11 Mar - 20:22

Draculea

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Il se trouve que je suis en train de relire l'intégrale des aventures de Johan et Pirlouit. Et je trouve comme toi que le jugement porté sur cette oeuvre est injuste. Peyo est un très grand dessinateur et cette couverture le révèle admirablement. D'une façon générale, je trouve les couvertures de ces albums toujours pleines de vie, comme celle du Lutin du bois aux roches, dans lequel je suis actuellement plongé. On y retrouve le même dynamisme que tu signales à juste titre ! Very Happy

La succession de voûtes donne une belle profondeur à l'image et la poursuite prend ainsi toute sa vivacité, chaque personnage ayant une expression singulière qui révèle aussitôt de façon éclatante le sentiment qu'il éprouve. On a beau jeu de trouver simpliste le style de Peyo : quelle vie jusque dans les traits et les regards !



62 Re: Couvertures d'albums le Dim 12 Mar - 18:55

Draculea

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Aujourd'hui, j'ai envie de proposer à votre appréciation la couverture d'un des mes albums favoris dans la période classique des aventures de Michel Vaillant. Il s'agit de Mach 1 pour Steve Warson. Quatorzième de la série, il constitue un épisode à la fois charnière et fondamental en faisant apparaître pour la première fois le personnage du Leader, qui sera désormais l'ennemi juré et rival favori  du clan Vaillant. Selon le beau livre consacré à Jean Graton en 2015 par son fils Philippe et par Xavier Chimits, aux Editions Hors Collection, le dessinateur avait conçu le personnage du leader sur le conseil de Maurice Leblanc qui lui avait recommandé de donner à Michel Vaillant un ennemi à sa mesure, d'une puissance et d'une détermination comparables à celles des méchants de James Bond, du type du Docteur No ou de Blöfeld.

La couverture de Mach 1 ne nous dévoile encore rien du Leader. Elle se contente de faire figurer devant nous un mystérieux motard en combinaison blanche juché sur une flamboyante moto rouge, l'homme et la machine arborant pour la première fois le L noir sur fond jaune qui sera désormais l'emblème de cet anti héros magistral. La blancheur de la combinaison donne déjà au motard ce coefficient fantomatique qui ne cessera d'envelopper le monde du Leader, donnant l'impression d'un corps transparent, à quoi s'ajoute le fond du désert salé où circule le prototype piloté par Steve Warson, entre fusée, chasseur à réaction et voiture du troisième type.

La moto rouge, le prototype blanc de Warson et celui, rouge de l'écurie Leader, projeté en plein ciel par son excès même, projettent d'avance le lecteur dans un autre monde aux frontières de la science-fiction, du fantastique et de l'intrigue plus classique sur fond de vitesse et de défi. C'est bien dans zone frontière que nous nous trouvons, celle du paysage irréel où a lieu l'affrontement. On pourrait presque se croire transporté sur une autre planète. Véhicules et tenues ont quelque chose de futuriste à quoi on était extrêmement sensible à la pliure des années soixante et soixante-dix, et dont je crois que la magie continue d'opérer aujourd'hui grâce à l'exceptionnelle virtuosité de Jean Graton, sa capacité de tout dire à l'aide d'un chromatisme sobre qui enveloppe toute la scène d'une étrange luminosité d'aura inquiétante. La couleur verte du visage du motard vu à travers la vitre de protection du casque intégral évoque une origine indéfinie - d'autant plus que ses traits demeurent incertains - qui se retrouvera dans la personne du Leader, puis en 1970, trois albums plus tard, dans les étranges et effrayants pilotes mongols du Fantôme des vingt-quatre heures.

Par contraste, les motards conduits par le jeune rebelle amoureux d'Helen, la soeur de Chuck Denver, présentent non seulement des visages détaillés qui leur prête une réalité toute américaine en relation avec un vaste pan de la mythologie des chevaliers des temps modernes que sont les blousons noirs, autre Hell Angels et baroudeurs hippies amateurs de choppers et de Harley Davidson. Il y a dans ce contraste entre le motard fantomatique du premier plan et ses poursuivants beaucoup plus fouillés sur le plan graphique, une magistrale démonstration du talent de metteur en espace qu'est Jean Graton, plus encore, un conteur par la dramatisation de l'espace qui, de décors, devient substance de récit.

Quatre directions forces créées par les machines lancées à pleine vitesse scandent cet espace, lui donnant une puissance organique complexe d'une très grande énergie. Jean Graton réussit le pari de faire vivre en une seule image statique plusieurs expériences de vitesse absolue, entrecroisée les unes aux autres en une constellation de trajets fulgurants qui tout autant que ses célèbres lettrages graphiques d'onomatopées de hurlements de moteurs, impriment à l'image un mouvement de ballet fou proprement hallucinant. Même la répartition des couleurs participe de cet envol si dynamique que nous sommes emportés par lui. Il n'y pas une faute de mise en page dans cette couverture parfaite qui s'offre de surcroît le luxe de dépasser la rigueur des lignes bien tracées en ouvrant un pur paysage sensible et flou, peint à la gouache, en profondeur infinie. Regardez l'ouverture de lumière éblouissante qui s'ouvre devant le prototype rouge précipité à l'envers dans l'espace !



63 Re: Couvertures d'albums le Dim 12 Mar - 19:27

Raymond

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Admin
Belle analyse !   pouce

C'est vrai que si l'on prend en compte les machines qui se déplacent à l'arrière plan, le mouvement d'ensemble devient complexe. L'image ne donne cependant pas cette impression et elle résume assez bien le suspense final. Jean Graton a vraiment le don de simplifier les scènes d'action.

Sinon, il y a longtemps que je n'ai pas lu cet album mais je me souviens que ce Leader (de même que les aventures des personnages aux USA) avaient réellement à l'époque une dimension "mythique". Graton mélangeait de plus habilement cette mythologie moderne (mécanisation à outrance, voitures d'avant garde, grands espaces, loi du plus fort) avec quelques détails réalistes qu'il avait observé sur place, et c'est je pense ce "cocktail" assez malin (à moitié réaliste et à moitié imaginaire) qui a dû te séduire.  

Il faudrait que je le relise, car je m'intéresse le plus souvent aux 10 premiers albums de la série. J'ai peut-être tort ?


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64 Re: Couvertures d'albums le Lun 13 Mar - 6:47

eleanore-clo

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Bonjour

Aujourd'hui, je souhaite vous présenter deux couvertures un peu spéciales. Lorsque le dessinateur conçoit sa "une", il vise au beau, il essaye de créer une émotion et tend à se rapprocher d'une œuvre d'art.
Néanmoins, ce n'est pas toujours le cas. L'illustration peut avoir une autre fonction et c'est pourquoi j'ai créé de toutes pièces le néologisme anti-couverture.  

En 1967 et 1972 paraissent les deux premiers tomes des Dingodossiers de Goscinny et Gotlib. Il me semble que leurs couvertures préfigurent d'une certaine manière le mouvement de l'OuBaPo, l'Ouvroir de bande dessinée potentielle, même si ce dernier nait bien plus tard, en 1992. Certes, la BD-pour-les-potaches  Smile n'est pas très proche du surréalisme. Elle n'en explore pas moins de nouveaux territoires.
Il est extrêmement fréquent que le premier plat représente une scène de l’œuvre. C'est donc un bonus. Mais, dans notre cas, la couverture est un élément indispensable de la BD et son absence en diminuerait la force. Les Dingodossiers sont des dossiers et Gotlib a donc choisi de dessiner la chemise dans laquelle sont regroupées toutes les pièces (compromettantes bien évidemment  Laughing ) du dossier. Le philosophe américano-polonais Alfred Korzybski professe que la carte n'est pas le territoire. Selon cette théorie, la couverture des Dingodossiers ne peut pas être un (dingo)dossier. Or, le dessinateur prend l'exact contre-pied de cette affirmation avec une illustration qui est elle-même une part d'un dossier ! On retrouve ici tout le génie de Gotlib.  Et le dossier est manifestement très épais au point qu'une sangle est nécessaire pour bien le refermer, et éviter de perdre des documents. On peut noter que les coins sont soigneusement protégés par des rabats de cuir, et on devine que la couleur verte pommelée est celle d'un carton bien solide. La subtile contradiction entre le coup de tampon URGENT et la cocotte en papier témoigne d'un décalage entre le sérieux et la fantaisie, entre des délais tendus et le temps du délassement !
Il est à noter que le dessinateur s'est indirectement mis en scène par le biais de ses outils : un crayon grignoté et une plume tordue. Manifestement le stress faisait rage chez Pilote !



La couverture du tome 2 va encore plus loin dans l’absurde car les auteurs se sont mis en scène, empruntant une idée d'Hergé. Ainsi, dans le journal de Tintin du 27 octobre 1949, Hergé était en souffrance, car prisonnier de ses personnages. Ici, Goscinny et Gotlib sont eux aussi en souffrance. Mais cette fois-ci la souffrance est physique. "Nos" amis sont exténués et tirent la langue car les Dingodossiers sont lourds, très lourds. Et de plus, il faut courir pour les amener on ne sait où ? A l'imprimerie ? Dans les services de contrespionnage ?  Laughing  La couverture en devient donc une auto-publicité puisque les deux auteurs nous suggèrent que les pages seront nombreuses et consistantes. On peut ainsi jouer sur les différents sens du mot lourd. En effet, lourd peut aussi vouloir dire important !
Un autre élément remarquable de cette couverture est le recours à une mise en abyme. La couverture du tome 1 est insérée et caricaturée dans la couverture du tome 2.



Voilà, j'ai été heureuse de vous inviter à ce voyage ! La couverture du premier tome des Dingodossiers, sous un air de facilité apparente, cache une grande intelligence. Et celle du deuxième tome est vraiment hilarante !

"Ma" prochaine couverture sera double car je commenterai deux couvertures jumelles !

Belle journée

Eléanore-clo

65 Re: Couvertures d'albums le Lun 13 Mar - 13:31

Raymond

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Admin
Il faut l'avouer, au début des années 70, j'ai mis plusieurs années avant de réaliser que la couverture du tome 2 était une "mise en boîte" de l'image du tome 1. Embarassed  Lorsque j'ai réalisé cela (j'étais alors adolescent), il y a eu une petite étincelle .... Wink

Sinon, pour la couverture du tome 1, son apparence sérieuse concordait merveilleusement avec le ton faussement sérieux que recherchait Goscinny. A cet égard, cette image de dossier est une véritable trouvaille graphique. Il suffit en effet d'un ou deux petits détails pour que Gotlib lui donne une nuance comique. Je me souviens aussi des éclats de rire (les miens et ceux de mon frère) quand nous lisions ce livre à la fin des années 60 (on riait plus en ce temps-là). A cet égard, l'album a été un véritable phénomène, et il a véritablement propulsé Gotlib sur la voie de la Rubrique-à-Brac (une autre BD phénoménale).


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66 Re: Couvertures d'albums le Sam 18 Mar - 11:06

Raymond

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Admin
François Bourgeon est un auteur volontiers solitaire, qui a mené une carrière difficile et exigeante, marquée par plusieurs conflits avec ses éditeurs. Chacune de ses BD était minutieusement préparée, et il s'est rapidement imposé comme un des maîtres de la BD historique. Il s'est aussi intéressé à la science-fiction, et il a réalisé avec le Cycle de Cyann un véritable cycle romanesque, digne des meilleurs histoires de Jack Vance ou Isaac Asimov.

Le dessin très classique de Bourgeon est parfois touffu et excentrique, mais il sait dessiner des images très classiques, comme par exemple cette couverture de la Source et la Sonde, premier tome du Cycle de Cyann.



L'image nous montre une promenade nocturne de Cyann et Nacara, les deux principales héroïnes de la série. La scène se passe au tout début de l'album, et c'est en fait le moment où tout se décide. Cyann vient d'apprendre qu'elle doit mener une expédition vers une autre planète (nommée Ilo), et cette perspective l'effraie. Nacara l'encourage cependant à tenter cette aventure et les deux jeunes filles sentent que leur destin est en train de se jouer.

Le regard est d'emblée attiré par les silhouettes plantureuses des deux jeunes filles qui sont au premier plan. Leur beauté charnelle est soulignée par des vêtements légers et presque transparents.  Elles fixent toutes les deux un objet que l'on ignore, mais ce détail n'a au fond aucune importance. On est surtout frappé par leurs regards incisifs, leurs joues creuses et leur attitudes décidées, et ces remarques sont révélatrices de leurs caractères. Sous leurs tenues légères et affriolantes se cachent en fait deux femmes combatives et prêtes à tous les affrontements. Actuellement, elles semblent encore unies et regardent dans la même direction, mais le destin va très vite les séparer, et leur jouer des farces.

Le décor lacustre qui les entoure semble plus banal, mais il est minutieusement composé. Avant de commencer cette BD,  François Bourgeon et Claude Lacroix ont effectué de longs travaux préparatoires sur la planète Ohl, pour en définir avec précision la géographie, la faune et la flore. Cette image en respecte le moindre détail et en regardant plus attentivement l'image, on note que les plantes ne ressemblent pas à la végétation terrienne, et que la petite bannière qui flotte en haut à gauche affiche une écriture inconnue. Ohl est par ailleurs une planète bleue, et Bourgeon l'enveloppe ici de belles et discrètes couleurs nocturnes.

Lorsque j'ai lu pour la première fois cet album, cette ballade initiale m'avait semblé assez banale, et ayant pour principal but d'introduire l'univers de la série. Mais en la relisant aujourd'hui, en connaissant toute l'histoire, je devine que Nacara cherche déjà à se débarrasser de Cyann, en l'encourageant à partir vers d'autres planètes. Cette ballade est loin d'être amicale et les deux jeunes femmes ont commencé à s'affronter, même si Cyann ne le sait pas encore. Les détails de cette couverture avertissaient d'emblée le lecteur de la gravité de ce moment (François Bourgeon ne laisse jamais rien au hasard) mais ce n'est qu'à la fin de la lecture de toute la saga que l'on est capable de les comprendre.

Aujourd'hui, je trouve cette image splendide.  sunny



Dernière édition par Raymond le Dim 19 Mar - 10:12, édité 1 fois


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67 Re: Couvertures d'albums le Sam 18 Mar - 22:46

Loup79


bédéphile pointu
bédéphile pointu
Quelle belle couverture !
De quoi parle cette série ? J'ai toujours hésité à l'acheter car je n'accrochais pas aux dessins.

68 Re: Couvertures d'albums le Sam 18 Mar - 23:28

Raymond

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Admin
C'est une série de science-fiction qui s'étend sur 6 albums (+ 1 hors-série). Elle raconte les aventures de Cyann, une jeune aventurière qui voyage à la fois dans le temps et dans l'espace. Elle explore ainsi plusieurs planètes, toutes aussi dangereuses qu'étranges, et essaie désespérément de revenir vers son monde natal ... mais elle est prisonnière d'un labyrinthe temporel. Je me suis longtemps demandé comment cela allait se terminer. Wink

Cette série à son propre sujet dans notre forum, et j'y ai mis un petit résumé de l'intrigue.  

C'est ici :

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69 Re: Couvertures d'albums le Dim 19 Mar - 8:00

Loup79


bédéphile pointu
bédéphile pointu
Dans "les Aubes douces d'Aldalarann", les dessins évoluent dans le mieux. T'en fait d'ailleurs la remarque, sur le sujet dédié à la série. Merci de nous avoir fait découvrir cette belle couverture et cette série, Raymond. Je vais essayer de m'y intéresser.

70 Re: Couvertures d'albums le Dim 19 Mar - 16:23

Draculea

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license ès BD
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Je n'ai jamais lu cette série : ce que tu en révèles à travers l'étude très attentive de cette couverture que moi aussi je trouve très belle me donne envie de la découvrir ! Very Happy

Je proposerai aujourd'hui, une seconde couverture des aventures de Michel Vaillant, celle du tome 6, La trahison de Steve Warson. Cet opus est un tournant dans la série, car il inaugure l'approche du côté sombre du pilote américain. Certes, celui-ci s'était initialement dévoilé dans Le grand défi, sous les traits d'un champion supérieur, hautain, inabordable, écrasant Michel Vaillant de sa morgue , mais l'aventure s'était achevée par une alliance entre les deux hommes qui étaient alors devenus deux solides amis. Le pilote américain n'avait d'ailleurs pas révélé de fragilité secrète dans ce premier épisode qu trait plutôt de la rivalité entre un champion avéré et un jeune rival encore novice.







Avec La trahison de Steve Warson, Michel Vaillant va occuper une nouvelle position dans leur couple d'amis : celui du frère ainé loyal, tandis que Steve assumera pour la première fois la dimension tragique qui ne cessera dès lors de le tourmenter à intervalles réguliers. Au terme de cette aventure, Steve, contraint de trahir en raison d'un chantage dont il est victime, décidera de disparaître, le coeur bourrelé de remords. Il ne reviendra sur la scène que trois albums plus tard, en 1965, le neuvième épisode intitulé Le retour de Steve Warson, sous les traits d'un homme sans défense que Michel doit secourir. Peut-être quelqu'un d'entre nous aura envie envie de commenter la couverture de cet épisode. Je n'en dirai donc rien pour l'instant, sinon que l'attitude des personnage exprime évidemment le désarroi jeté dans leur monde par la décision narrative de Jean Graton, tout particulièrement la position de Steve qui évoque symboliquement l'idée de chute.









Par la suite, la face cachée et tragique de Steve Warson connaîtra des déclinaisons plus sombres encore, avec l'apparition de Ruth et le dévoilement de son origine. Steve sera non seulement un héros fragile, mais deviendra même un anti-héros capable d'une trahison bien plus grave et dépourvue de culpabilité en pactisant avec l'écurie du Leader, dans le 56° épisode publié en 1993 et intitulé Le maître du monde.

Malgré cela, dans l'épisode 57, daté de 1994 La piste de Jade, Michel, cette fois accompagné de Julie Wood, partira une fois de plus à son secours. Il faudra attendre le volume n° 59, La prisonnière, en 1997, pour qu'une réconciliation ait lieu autour du sauvetage de Ruth. Les deux pilotes s'affronteront cependant une nouvelle fois quelques albums plus tard, en 2003, avec L'épreuve, soixante-cinquième tome de la série. L'affrontement se poursuivra dans l'album suivant, 100.000.000 $ pour Steve Warson, en 2004.

C'est dire si La trahison de Steve Warson inaugure un pan majeur de la série, sur un mode encore proche de l'éthique des débuts, celle dans laquelle même la trahison d'un héros n'abolit pas pour autant sa grandeur dans la mesure où il en éprouve du remords et cherche ensuite à se racheter. Par la suite, l'humanisation de Steve Warson se fera dans le sens d'un réalisme psychologique plus accusé et plus amer.

L'exploitation de cette veine donner à Steve le statut de candidat régulier à la noirceur plus ou moins noble, d'une façon quelquefois un peu artificielle du fait de son systématisme. D'un autre côté, cette orientation présente l'intérêt d'introduire à travers lui une catégorie de personnage intermédiaire entre le héros et le méchant, telle que Steve Warson soit quelquefois un véritable anti-héros. Voilà bien une forme d'incarnation qu'on aurait eu du mal à imaginer du temps où la quatrième de couverture des albums célébrait une morale de la franchise et du courage.

De ce point de vue, la couverture de La trahison de Steve Warson présente un très grand intérêt, aussi bien relativement au contenu immédiat de l'album et la suite que lui donne Le retour de Steve Warson, mais aussi peut être considérée comme une sorte de pressentiment visuel de la suite du destin du personnage, bien des volumes plus tard. Le visage du pilote flotte en effet en gros plan et en surimpression d'un épisode de course acharnée, exprimant par son regard et la crispation de sa bouche une angoisse évidente qui témoigne de la souffrance que sa trahison secrète le conduit à éprouver. La blancheur de son visage fait de lui une sorte de fantôme, ce qu'il deviendra en effet pendant les trois épisodes suivant en disparaissant purement et simplement du monde habituel de Michel Vaillant, pour ne plus être que la mémoire d'un absent, une voix tronquée au téléphone au cours d'un appel aussi bref et angoissant qu'inattendu, un absent confondu avec limbes d'un monde flottant où Michel doit accepter de descendre à son tour afin de le ramener à la lumière du jour.

Cette thématique du fantôme le poursuivra d'ailleurs au cours des épisodes consacrés à Ruth, qu'il s'agisse de l'étrange destin contradictoire du père de celle-ci, le Leader, de la jeune femme elle-même, ou de Steve à chacune de ses disparitions. Quelque chose mine l'univers de Michel Vaillant à travers l'apparent héros solaire qu'incarne Steve Warson, qui se retrouvera plus tard, déplacé en direction de Michel et de Jean-Pierre, dans les albums de la "Nouvelle saison". Mais bien avant ces épisodes plus lointains ou nés d'une autre époque avec le retrait de Jean Graton, le thème du fantôme reviendra une première fois dans la série avec l'épisode 12, Les chevaliers de Königsfeld, en 1967 (la couverture présente le même fond jaune que celle du Retour de Steve Warson), mais surtout dans l'épisode 17, Le fantôme des 24 heures, en 1970, où pour la première fois, le Leader joue le rôle du fantôme.












Dans ce dernier, le fantôme flotte au-dessus de la scène, mais il est "sans visage" et menace directement Michel Vaillant, dans un instant suspendu de vision fantastique, dont on ne sait si elle relève du cauchemar, du fantasme, de la véritable apparition ou de la hantise. Bien plus tard, Le Leader étant mort depuis longtemps, dans la "Nouvelle saison", c'est Jean-Pierre qui risquera de devenir à son tour fantôme au volant de la mystérieuse limousine noire du Leader, dans Collapsus, tome 4 de celle-ci, publié en 2015.

La couverture initiale de La trahison de Steve Warson possède un élément hautement symbolique par l'existence de l'écusson représentant le visage de Michel Vaillant, en petit format couleur, selon le logo de la série à cette époque. Alors que le visage de Steve en gros plan est tourné de côté, celui de Michel nous fait face et semble en dépit de sa petite taille celui d'une divinité juvénile inébranlable et souriante, par opposition au grand portrait blanc, transparent et tourmenté de Steve. Plus tard, ce logo disparaissant, la couverture de l'album se simplifiant donnera à la présence du visage angoissé encore plus de place et de puissance dramatique.








Cette couverture met en relation très dynamique le visage de Steve avec l'épisode de course endiablée auquel il se superpose. Ce choix qui évoque beaucoup le style de nombreuses affiches de cinéma de l'époque, Une Vaillante, aux prises avec la voiture numéro 1, pilotée par Bob Cramer pour les Texas Drivers, illustre un des enjeux apparents de ce que nous raconte l'album. La couverture réunit en réalité tous les niveaux de l'histoire, y compris le plus intime, celui qui explique la trahison de Steve, sans rien nous révéler de ce secret qui ne sera révélé qu'à la toute fin de l'album. Simplement, en faisant flotter le visage de Steve au-dessus de la course, l'auteur établit subtilement un lien entre le pilote et la bataille automobile qui se livre en dessous de lui, d'autant plus qu'une partie du paysage traverse son visage.

L'esthétique de cette couverture jouant des transparences, du blanc et de l'usage intense des couleurs primaires, évoque également d'avance la couverture de Mach 1 pour Steve Warson, que j'ai déjà commentée il y a quelques temps. On remarque aussi que le fond de la piste est jaune et annonce l'usage de cette même couleur dans Le retour de Steve Warson et Les chevaliers de Königsfeld. La combinaison de Bob Cramer elle-même possède la même tonalité. Est-ce aussi une façon de souligner que dans cet album précis nous est racontée une affaire de "foies jaunes" ? Peut-être, mais l'usage du jaune est surtout lié à la puissance avec laquelle les à plats de ce jaune uni permet de produire de puissants contrastes dramatiques.

Avec cet album, le nom de Steve devient enfin un des éléments centraux du titre. Il connaîtra en effet en effet toute une série de déclinaisons, faisant de lui l'homme d'une trahison, mais aussi d'un retour, d'un exploit avec Mach 1 pour Steve Warson en 1968, d'un secret, d'un K.O., d'une opposition frontale et brutale avec son ami, dans Steve Warson contre Michel Vaillant en 1981, l'homme d'un contrat financier fabuleux dans 100.000.000 $ pour Steve Warson, sans oublier celui qui est pris dans les noeuds d'une machination galante avec Piège pour Steve Warson, dans une mini aventure de 1976. Qu sait ce que nous réserve l'avenir de la "Nouvelle saison", dans laquelle Steve semble provisoirement en très grand retrait ?

71 Re: Couvertures d'albums le Dim 19 Mar - 23:11

Raymond

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Admin
Belle couverture en effet, et tu as raison de souligner l'utilisation habile de ce visage en gros plan de Steve Warson. La tête de l'américain domine la couverture, tout comme le personnage domine le récit, mais sa transparence le transforme en ombre, et cela annonce peut être sa prochaine disparition (pour deux albums seulement bien sûr) de la série.  

Belle remarque aussi sur l'utilisation du nom de Steve Warson, qui a une résonance singulière, et qui donne au titre de l'album une vigueur inhabituelle. Il me semble toutefois que Jean Graton en a un peu abusé, de cet effet, car après "la trahison", il y a eu "le retour", puis "Mach 1" qui sonnaient encore bien. Le titre sentait déjà un peu le réchauffé avec "le secret", ou avec "KO", mais cela allait encore. Et puis, après cela, il y a eu "Steve Warson contre Michel Vaillant", qui était sensé être encore plus effrayant mais ... curieusement, cela ne me faisait plus beaucoup d'effet.  Wink

Ce qui est clair, en tous cas, c'est que l'étude des couvertures (ou des planches) de Jean Graton montre que ce dernier maîtrisait vraiment très bien la composition de ses images, même si son coup de crayon n'a jamais eu la souplesse d'un Paul Cuvelier, par exemple. (*)



* Au fait, connais-tu l'anecdote sur Paul Cuvelier que Jean Graton raconte lui-même dans la récente intégrale de Michel Vaillant ? Cela concerne justement "la Trahison de Steve Warson".  Wink


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72 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 7:00

Draculea

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license ès BD
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Ah non, je ne connais pas cette anecdote ! Cela m'intéresserait de la connaître car sil elle se trouve peut-être dans le riche ouvrage consacré à Jean Graton paru fin 2015, elle m'aura échappé. Il est vrai que si tel est le cas, je n'ai pas lu l'intégralité de livre, très beau par ailleurs. Very Happy
Il est vrai que le dessin de Jean Graton a parfois une certaine raideur, qui peut bien convenir à certains personnages ou certaines situations mais qui donne parfois un sentiment de rigidité des attitudes. Il arrive que els personnages donnent l'impression de poser.

73 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 11:01

marbou


compagnon
compagnon
J'aime beaucoup la couverture du Jerry Spring, y compris sa mise en couleur. Jijé dessinait les chevaux à merveille ; il y a beaucoup de vie dans cette image. Je n'ai pas cet album, et ne m'en souvenais plus.

Celle du "Serment des Vikings" ne me plaisait pas étant enfant, je crois que je ne comprenais pas que le premier plan était le drakkar. Nous avions une bonne partie des Johan, et j'ai encore celui-ci, La pierre de lune, et quelques autres, dans leurs éditions originales malheureusement délabrées...

J'ai toujours adoré le trompe-l'oeil du premier volume des Dingodossiers. C'est avec lui que j'ai découvert Gotlib, et simultanément mes parents avaient acheté le premier Duduche. Deux découvertes qui nous ont fait ensuite lire le journal Pilote !

Le dessin de Bourgeon est superbe (Quatre saisons sur Ilo). Je lis cette série actuellement, j'en suis au troisième, mais j'ai un peu de mal avec les mots "inventés". Mais le dessin me fait passer outre. Je vais persévérer.

74 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 11:07

marbou


compagnon
compagnon
Concernant Michel Vaillant, ces deux albums sur la trahison de Steve Warson sont pour moi les meilleurs de ceux que j'ai lus (environ les dix premiers).
En effet, le style de Graton est bien loin de celui de Cuvelier. Je suis aussi curieux de connaître l'anecdote en question, je n'ai pas souvenir de l'avoir lue ni dans l'excellent livre de Philippe Goddin, "Corentin et les chemins du merveilleux", ni dans le Schtroumpf sur Cuvelier...

75 Re: Couvertures d'albums le Lun 20 Mar - 13:29

Raymond

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Admin
Dans l'intégrale Michel Vaillant, Jean Graton a écrit une petite note d'introduction pour chaque album. Il y raconte souvent des anecdotes très révélatrices.

Pour la Trahison de Steve Warson, Graton raconte qu'il avait au départ beaucoup de peine à dessiner les scènes de chevaux. En fait, il trouvait que ses chevaux avaient l'air d'être "en bois" et il était mécontent de ses résultats. L'idée lui est alors venue d'aller trouver Paul Cuvelier avec ses planches, et ce dernier lui a crayonné rapidement des chevaux splendides. Le problème était résolu.

Mais après son retour à son atelier, Jean Graton a fait l'encrage, et le résultat l'a dépité. Comme il l'explique lui-même, "ils avaient de nouveau l'air d'être en bois".

Jean Graton était très lucide (et honnête) à propos de son dessin.  Wink


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