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Les "livres perdus" de François Schuiten

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Raymond

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Des expositions, Schuiten en a imaginé beaucoup, mais je n'arrête pas d'être surpris par la diversité et l'audace de leurs thèmes ! C'est ainsi qu'à la fin de l'année 2014, pour célébrer la sortie du tome 1 de "Revoir Paris", fût organisée à la Cité de l'Architecture une belle manifestation qui exposait les multiples utopies imaginées depuis 200 ans autour de la capitale française. Intitulée "Revoir Paris", tout comme la BD, cette expo dévoilait au grand jour les nombreux projets et esquisses que l'on pouvait retrouver dans les archives des musées français.

Un catalogue accompagnait cette exposition, et François Schuiten saisit bien sûr l'occasion pour en faire un beau livre. Il ne se cassa pas vraiment la tête pour trouver le titre de cet ouvrage qui était "Revoir Paris - L'exposition", et qui fût édité par Casterman à la fin 2014.



Cette notion d'utopie tournait beaucoup autour de l'idée d'un "futur du passé", une conception qui rejoignait bien sûr les préoccupations quotidiennes de Schuiten. De multiples illustrations, tirées entre autres de son livre "Paris au XXème siècle", ou de son projet avorté sur "le Grand Paris", trouvaient tout naturellement leur place au sein de cet événement.



Mais la majorité des images de l'exposition (et du livre) était consacrée à d'anciennes images intrigantes (telles qu'une vue panoramique de Paris à la hauteur d'un ballon libre en 1855) ou à de vieux projets architecturaux oubliés conçus par Hector Horeau, Louis Bonnier, Charles Imbert ou Le Corbusier. La vedette de cet événement n'était pas François Schuiten, mais bien la cité parisienne.



Vues à travers ce "filtre parisien", de nombreuses images des Cités obscures retrouvaient leur signification d'origine. Par ailleurs, quelques affiches récentes peu connues venaient tout de même titiller l'œil des "obscurophiles" passionnés. La fusion de l'univers de Schuiten avec les utopies parisiennes était en fait totale.



Le catalogue géant, qui accompagnait l'exposition, célébrait luxueusement cet événement culturel. Quoiqu'il fût assez éloigné de la BD, il cherchait tout de même à donner plus d'ampleur au "rêve parisien" qui était raconté dans la dernière création de Schuiten. Comme tous les livres de ce genre, il était en fait destiné aux passionnés, et aux collectionneurs avides de ne rien rater de ce que faisait leur dessinateur favori.



Publié et diffusé par Casterman, ce livre figure bien sûr actuellement dans la bibliographie officielle de Schuiten, mais je me demande pendant combien de temps il le sera encore. Plus de trente ans d'expériences bibliophiliques ont en effet montré que ce genre de catalogue n'était jamais réédité, et par ailleurs l'intérêt du sujet lui-même me semble assez limité dans le futur. Je ne crois donc pas me tromper en prédisant une disparition plus ou moins lointaine de cet ouvrage. Wink

Les collectionneurs ont heureusement encore un peu de temps devant eux.  Very Happy


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Raymond

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Avec la sortie du tome 1 de "Revoir Paris", qui accompagnait l'exposition du même nom à la Cité de l'Architecture, on peut affirmer que l'année 2014 fût vraiment pour Schuiten une célébration parisienne. Et comme s'il fallait encore renforcer cette évidence, Casterman décida de publier un troisième opus consacré au même thème. C'était un immense recueil d'images de 42 x 30 cm, à la couverture brochée et ne contenant presque pas de texte, qui s'intitulait "Des Cités obscures à la Ville lumière".



Comme son titre le suggérait, cet album semblait cette fois destiné aux amateurs des "Cités obscures", en particulier à ceux qui voulaient faire l'impasse sur l'exposition parisienne. A première vue, les images de Schuiten étaient en effet souvent identiques, et il n'était plus nécessaire de les rechercher parmi d'autres illustrations d'intérêt divergent. Mais dans un deuxième temps, il fallait bien admettre que ce n'était pas aussi simple. "Des Cités obscures à la Ville lumière" ne reprenait en effet pas tous les dessins de Schuiten du catalogue, et proposait même quelques images inédites.   Wink



La raison d'être de ce nouvel ouvrage semblait donc plutôt liée à son grand format, qui rendait justice à la finesse graphique de Schuiten. On y retrouvait ainsi quelques illustrations déjà vues de "Paris au XXIème siècle", mais aussi (et surtout) des images moins connues provenant du projet inabouti sur le "Grand Paris", ou des reproductions d'affiches récentes qui concernaient aussi la Cité lumière.



Apparemment peu nécessaire, ce grand catalogue d'images ne cherchait en fait rien de plus que la mise en valeur de quelques dessins isolés. Il ne proposait pas d'intrigue à suivre, ni d'idée maîtresse à explorer, mais simplement une découverte rétrospective de travaux graphiques plus ou moins récents.



Mais quel est l'avenir d'un tel ouvrage, qui surfait manifestement sur des circonstances favorables ? Sa taille gigantesque en faisait manifestement un "album hors collection", et sa raison d'être (un hommage au grand Paris) paraissait bien fragile par rapport aux éternelles exigences éditoriales (intérêt du public, simplicité de fabrication etc.). Est-il pensable que l'on réédite ultérieurement ce livre purement graphique, et destiné à un petit cercle d'aficionados ?

J'imagine plutôt que cette parution atypique est destinée à rester unique. Nous sommes une fois de plus en face d'un recueil certes ludique, mais d'intérêt limité, et qui a simplement bénéficié d'un contexte temporairement favorable.

Tout cela ne va pas durer, et on peut prédire que cet album disparaîtra dans un futur assez proche.

Tel est du moins mon pronostic.  jap


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Raymond

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L'année 2015 resta assez pauvre en livres, mais cela n'empêcha pas François Schuiten de se livrer à une activité incessante. C'est ainsi qu'à part son travail pour le tome 2 de "Revoir Paris", il y eut une belle scénographie à Mons, intitulée "Lumière sur les Cités", diverses conférences avec Benoit Peeters, de même qu'une participation à un curieux projet intitulé "Scan pyramids", destiné à faire avancer les connaissances sur les pyramides de Dahshur. Mais le plus grand accomplissement de cette année fût certainement l'ouverture d'un musée belge du train à l'ancienne gare de Schaerbeck, qui se nommait "Train World", Cet événement récompensait de longues années de travail, et il fût bien sûr à l'origine de diverses affiches et images de locomotives, que l'on regroupa dans un grand livre intitulé La 12 : Variations sur l'Atlantic 12, édité bien sûr par Casterman.



La Douce avait déjà révélé au grand public la passion du dessinateur pour les trains, et en particulier pour la locomotive "Type 12". Avec "Train World", Schuiten s'était lancé dans une entreprise encore plus vaste, qui rendait hommage en trois dimensions aux constructeurs de train et aux mécaniciens des chemins de fer. Cette ambitieuse scénographie emmenait les visiteurs dans une vaste rétrospective des chemins de fer belges, avant de se terminer par un petit regard sur les trains du futur.



La "Type 12" était bien sûr au centre de toutes ces spéculations, et c'est ainsi que l'album accumule les images de locomotive lancée à grande vitesse. En ville ou en pleine campagne, en noir et blanc ou en couleur, de face ou de trois quarts, en gros plan ou en vision panoramique, on retrouve presque à chaque page la même vision ... qui devient à la longue un peu monotone, il faut bien l'avouer.



On pourrait peut être considérer cette suite d'images comme un exercice de style, mais en réalité, ce n'en est pas un. Variations sur l'Atlantic 12 est plutôt une sorte de bilan graphique, qui regroupe plusieurs années de travaux et de recherches en images pour Train World. L'imagination de Schuiten s'est toutefois focalisée sur un seul type de locomotive ... vous avez bien sûr deviné laquelle.



Après ces commentaires un peu caustiques, vous aurez probablement compris que "Variations sur l'Atlantic 12" n'est pas mon album préféré. C'était toutefois l'album de François Schuiten prévu pour l'année 2015, et il fallait bien s'en contenter. Certaines images étaient très belles, et les collectionneurs n'avaient aucun reproche à formuler.



On peut maintenant se demander quel est l'avenir de ce type d'ouvrage ? L'histoire nous a montré que les "petits" recueils d'images du même genre ont souvent été incorporés ultérieurement dans un grand "art-book". Par ailleurs, les lecteurs de Schuiten ne sont pas tous des passionnés de chemin de fer, et il est probable que l'éditeur ne va probablement pas souvent rééditer ce genre d'album.

Vu de cette manière, Variations sur l'Atlantic 12 présente donc indiscutablement toutes les caractéristiques d'un futur livre perdu.

Peut-être va t-il retrouver ainsi un peu plus d'intérêt ?   Wink


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Raymond

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Le projet Trainworld s'étant concrétisé avec la création d'un grand musée, il était inévitable qu'un catalogue commémore cet événement. C'est ainsi que parut tout naturellement à la fin de l'année 2015 un ouvrage intitulé "Des machines et des hommes", dont l'éditeur était (petite surprise) l'entreprise Moulinsart.



Plus qu'un simple catalogue, "Des machines et des hommes" est d'abord une une sorte de guide, à la fois pratique, détaillé et richement illustré, qui est destiné aux visiteurs du musée. Il est par ailleurs pourvu d'un texte didactique (et légèrement lyrique), et ses pages sont de plus enrichies de nombreux dessins et de photographies de Marie-Françoise Plissard. L'ouvrage dépasse ainsi l'intérêt d'un simple guide utilitaire, et on peut le voir comme une œuvre collective qui célèbre l'époque des chemins de fer en Belgique.



L'apport de Schuiten y est multiple, même s'il est simplement remercié en fin d'ouvrage, pour son travail scénographique et sa collaboration à la préparation du catalogue. Outre son travail de concepteur de l'exposition, il est aussi l'auteur de la préface, le créateur des couvertures et le dessinateur de 5 illustrations à l'intérieur du livre.



Remarquons que les illustrations de ce guide ne sont pas toutes inédites, car on en retrouve certaines dans "l'Horloger du Rêve", mais il reste tout de même quelques dessins que l'on ne trouvera nulle part ailleurs. Les collectionneurs ne manqueront donc pas d'en tenir compte.  Wink



Avouons-le quand même, l'intérêt de ce guide reste assez mince pour ceux qui n'ont pas visité l'exposition. Il témoigne cependant d'un travail collectif qui a beaucoup occupé François Schuiten pendant plusieurs années, et ce livre concrétise aussi sa curieuse passion pour le monde des chemins de fer. "Des machines et des hommes" est donc non seulement susceptible d'intéresser les "siderodromophiles" invétérés, mais aussi (inévitablement) les collectionneurs fanatiques du dessinateur. Pour le reste du monde, ce recueil restera très anecdotique.

Pour l'instant, ce n'est pas du tout un livre perdu (on peut l'acquérir assez facilement sur le site Web du musée), mais comme beaucoup d'ouvrages de ce genre, il ne sera pas éternellement réédité ... vous voyez où je veux en venir.  Wink

C'est toujours la même chanson !  Very Happy


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Raymond

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Dans la "série des catalogues d'exposition qui sont probablement voués à disparaître", je ne manquerai pas d'y ajouter celui des "Machines à dessiner". Ce très beau livre, fort bien édité par Casterman, a été publié en 2016 en même temps que le tome 2 de "Revoir Paris".



A l'origine de cette exposition organisée dans le Musée des Arts et Métiers, il y avait la passion singulière de François Schuiten pour les machines. Elle s'était déjà révélée au début de sa carrière, avec des œuvres comme "Le Rail", ou le "Musée des Transports présents et à venir", mais l'humour, de même qu'une certaine poésie, semblaient encore y occuper une place primordiale. Avec les "Machines à dessiner", toute ambiguïté avait disparu. L'intérêt primordial du graphiste était le fonctionnement des constructions mécaniques, et les déclarations de Schuiten lui-même le confirmaient. Il suffit d'ailleurs de citer le dessinateur : "Quand on se met à dessiner une machine, on a besoin de comprendre son fonctionnement. C'est une chose que le dessin impose. Il me faut comprendre comment la machine fonctionne, comment telle ou telle pièce vient s'enchâsser. J'ai besoin de sentir quels matériaux, quel projet, quel imaginaire sont à l'œuvre dans cette machine".



Pour Schuiten, il semble y avoir derrière chaque machine une part de rêve qui, en même temps que celui du jeu de construction, est propre à réveiller le plaisir de dessiner. Et c'est ainsi qu'en visitant les caves et les archives du musée des Arts et Métiers, il lui vint l'envie d'exhumer d'anciennes mécaniques inutiles, de même que les vieux plans de certaines inventions jamais construites. Ces "machines à dessiner" étaient donc aussi bien des projets graphiques très détaillés que d'étranges engins totalement oubliés, mais propres à stimuler l'imaginaire.



Les machines conçues par Schuiten lui-même prenaient bien sûr une grande place dans cette exposition, et c'est ainsi que l'on retrouvait une nouvelle fois les illustrations du "Musée des Transports" ... presque au complet (pas totalement, hélas). Les locomotives, les rouages gigantesques ou les sphères armillaires étaient également présents, et ces images soutenaient bien la comparaison avec les archives du musée.



Curieusement, la partie littéraire du catalogue restait assez concise à propos du thème de l'exposition. Après quelques pages rédigées par un professeur de l'académie, qui présentait le concept de machines à dessiner, on retrouvait un très long entretien entre Schuiten et Peeters, qui passaient en revue la carrière du dessinateur. Les sujets de cette discussion restaient très personnels, en s'intéressant d'abord au choix résolu de la bande dessinée, mais aussi à la "dimension artisanale" de l'œuvre de Schuiten ou aux limites d'un certain réalisme dessiné. Tout cela s'écartait du véritable sujet du livre, mais c'était bien plus passionnant pour les amateurs des Cités obscures.



C'est donc un très beau livre, qui dépasse largement l'intérêt d'un simple catalogue. Il a été distribué en librairie et ce n'est que justice. Il reste actuellement facile à trouver mais ... on peut s'interroger de façon légitime sur la probabilité d'une réédition ultérieure de cet ouvrage ?

Et en fait, vous connaissez déjà ma réponse. Ce beau catalogue est probablement destiné à "se perdre".  

Et pour conclure, il n'y a pas de dilemme car c'est de toute façon une très belle pièce à ajouter dans sa bibliothèque.  Wink


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Raymond

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Toujours en 2016, et en même temps que "Revoir Paris" et les "Machines à dessiner", Casterman publiait encore un troisième album intitulé Machines à colorier, un simple recueil de dessins en noir et blanc.



Totalement dépourvu de texte, et sans explication sur l'origine des dessins présentés, ce livre était énigmatique. Recueillant des images assez hétéroclites, comme par exemple des extraits d'affiches ou des vignettes d'album des Cités obscures, ces dessins plus ou moins aboutis n'avaient pas de signification propre. Ils semblaient plutôt faits pour intriguer l'œil et manquaient un peu de "lisibilité". Certes, quelques illustrations déjà ornées de hachures (ou d'effets de noir) restaient facilement compréhensibles, mais la plupart d'entre elles étaient simplement tracées à l'encre, sans effet de volume, et sans utilisation de contrastes. Dépourvues ainsi de tout ornement, ces images ne semblaient pas destinées à être regardées, mais plutôt à être complétées.



Fallait-il prendre François Schuiten au mot, et se mettre à barbouiller de couleurs ces dessins souvent complexes ? Fallait-il plutôt réfléchir (ou disserter) sur les différentes étapes du travail du dessinateur ? L'acheteur de ce livre pouvait choisir entre une réaction intellectuelle ou une action manuelle. Vous devinerez sans difficulté ce que fût ma réaction.  Wink  Je me suis bien sûr abstenu de gribouiller (et de détériorer) ce livre d'images, même s'il semblait inachevé.  



Trop complexes pour les enfants, et trop enfantines pour les adultes, ces "Machines à colorier" n'étaient certainement pas destinées à une utilisation toute simple. Elles étaient toutefois susceptibles d'intéresser les fanatiques de Schuiten, qui pouvaient jouer à retrouver l'origine de chaque image du livre. Quant au collectionneurs, ils furent sûrement ravis d'ajouter dans leur bibliothèque cette nouvelle variation incomplète et intrigante de l'œuvre de Schuiten.

La conclusion est facile à deviner. Il est peu probable que cette fantaisie éditoriale fasse un succès commercial, et qu'elle reste longtemps disponible en librairie. De même ... on peut être pratiquement certain qu'elle ne sera jamais rééditée.

Vous voyez ce que je veux dire !  Wink



Dernière édition par Raymond le Sam 19 Aoû - 23:15, édité 1 fois


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bédéphile pointu
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Cette dernière édition est surprenante. Je n'ai jamais vu de tel dans le monde de la bédé. Peut-être du côté de l'oncle Sam avec leur comics book ?

Raymond

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Eh oui, Schuiten aime les expérimentations de toute sorte.  Wink

De nombreuses interviews témoignent d'ailleurs que Schuiten se remet sans cesse en question. Il s'intéresse constamment à de nouvelles solutions graphiques, et cette quête l'a d'ailleurs mis en contact il y a quelques années avec un certain Laurent Durieux, un créateur d'affiches et d'images publicitaires. Passionné par les connaissances techniques de ce dernier, Schuiten s'est mis à collaborer avec Durieux depuis un ou deux ans, poussé par le désir d'affiner la coloration ou l'impression de certaines de ses images. Dans le même temps, l'auteur de BD est intervenu lui aussi dans le travail du graphiste, en lui donnant par exemple des conseils sur la composition de certaines affiches.

Cette collaboration, faite d'échanges réciproques, a été le sujet d'une petite exposition qui s'est tenue dans la galerie Barbier Mathon à Paris, à la fin de l'année 2016. On y découvrait les étapes successives de la réalisation d'un certain nombre d'images, signées soit par Schuiten, soit par Durieux, soit par les deux à la fois. Cet événement à pris fin au début 2017, mais on peut toujours découvrir quelques photographies de cette expo sur le site d'Alta Plana :

https://www.altaplana.be/events/dialogues

Un luxueux catalogue de cette exposition a bien sûr été édité par la galerie, et il s'intitule "Dialogues" de François Schuiten et Laurent Durieux. Il n'y a eu que 200 exemplaires de cet ouvrage assez coûteux, qui reste en fait peu connu. Petit détail à connaître par les intéressés, on ne peut l'acheter que sur place, à la galerie Barbier Mathon.



Ce livre propose d'abord un très long "dialogue" entre François Schuiten et Laurent Durieux, qui s'étend sur une vingtaine de pages. Les deux dessinateurs y exposent avec beaucoup de science leurs approches respectives, de même que leurs conceptions et leurs connaissances sur la réalisation technique de leurs illustrations. Pour les simples bédéphiles dans mon genre, cet échange de très haut niveau est certes intéressant, mais aussi un peu ardu à suivre.

La deuxième partie du livre est plus attrayante, car elle expose des images qui sont commentées par les dessinateurs. Elle montre parfois aussi les différentes étapes de leur réalisation.



Le plus intéressant est bien sûr la comparaison des deux styles. Les dessins initiaux de Schuiten semblent par exemple assez instinctifs et spontanés, mais après le travail de finition supervisé par Laurent Durieux, ils prennent un aspect plus froid. C'est par exemple le cas de l'affiche du film "Vivement Dimanche" que vous voyez ci-dessous, qui est composée par Schuiten.



On y découvre également diverses affiches de Laurent Durieux, qui ne m'ont pas véritablement passionné, même si les interventions de François leur apporte un aspect un peu intriguant, de même que plus de dynamisme.



Au total, "Dialogues" est un ouvrage luxueux, qui s'intéresse d'abord aux aspects techniques du dessin et de l'impression des images. On y découvre en particulier la passion de Schuiten pour les affiches et la sérigraphie, ainsi que son perfectionnisme bien connu. J'ai toutefois ressenti un léger agacement devant sa fascination pour le travail de Durieux, qui me semble froid et académique, et je souhaite ardemment que, même si une évolution de son graphisme semble inévitable, Schuiten veille surtout à préserver son style et son originalité.

Ceci dit, vous avez compris que "Dialogues" est d'emblée un livre rare (200 exemplaire seulement) et qu'il est peu probable qu'il soit par la suite réédité. Il est certainement destiné à devenir un "livre perdu", et ceci assez rapidement.

Avis aux intéressés !  Wink


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Loup79


bédéphile pointu
bédéphile pointu
Tu fais comment pour avoir un avis aussi constructif sur chacun de ces livres ? Tu en as présentés combien dans ce sujet ? En tout cas merci de nous faire découvrir tout ça. J'en connaissais peu des livres présentés.

L’illustration du monsieur assis sur une chaise : peux-tu la numérisée de nouveau d'une meilleure façon ? Cette illustration est magnifique.

Loup79

Raymond

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Pour donner un "avis constructif", il suffit en principe d'avoir bien lu (voir même relu) le livre que l'on veut commenter. Comme je possède presque tous ces albums, ce point ne me pose aucune difficulté.  Wink

Je vais faire un vrai scan de cette image de Laurent Durieux. La photo était surtout destinée à montrer comment l'image était exposée à différentes étapes de sa fabrication (le livre est trop grand pour être scanné sur 2 pages à la fois). Notons au passage que le crayonné sur la page de gauche est de Schuiten.


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bédéphile pointu
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Oui, de Schuiten; mais l'illustration finale a changé. pig La composition a changé. Juste la profondeur de la pièce est restée.

Raymond

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Mais c'était justement cela l'apport de Schuiten, qui proposait des alternatives à Durieux pour la composition de ses images. Il faut savoir en fait que Durieux a d'abord crayonné son projet (ce qu'on ne voit pas ici), que Schuiten a ensuite fait des propositions pour modifier la construction du dessin, que Durieux a ensuite repris ces propositions en y ajoutant de la couleur (tout en l'adaptant à sa manière), puis qu'il a finalement mis au net l'image finale qui est celle-ci :




Précisons encore qu'il s'agit d'une affiche de film pour "le Parrain N°2". Comme ça tu comprendras mieux le dessin, qui est bien sûr signé par Durieux tout seul.  Wink


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bédéphile pointu
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Je connais pas la trilogie des "Parrain" Ce n'est pas mon style de film, même s'il est considéré comme culte par certains.

Cette composition est très particulière : si tu regardes bien, tous les éléments du décors ainsi que les personnages sont mis en évidence dans la composition. Et il y a cette ligne directive qui part du haut en gauche de l'image (la femme) et qui finit sur la partie basse de l'image (les fruits), en passant sur la main baisée du parrain.

Sinon, je pense que si Durieux a signé seul cette illustration c'est qu'il est seul à l'avoir peinte et la composition ne rentre pas en considération.

En tout cas j'aime la composition.

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