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Les "livres perdus" de François Schuiten

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Raymond

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Voici un sujet auquel je pensais depuis longtemps. Il m'a semblé intéressant de le séparer du sujet principal "Schuiten", et d'en faire une petite chronique séparée, car il touche à une question bien précise.

Ce terme de "livres perdus" doit vous intriguer, et je l'ai préféré à celui de "livres oubliés", car certains d'entre eux sont loin de l'être. Il désigne tout simplement des ouvrages qui ont figuré pendant un certain temps dans la bibliographie officielle de François Schuiten (celle que l'on trouve en général sur la page de garde des albums Casterman) et qui en ont ensuite disparu pour des motifs divers (stock épuisé, désintérêt de l'auteur, ouvrages hors commerce, volonté délibérée de faire disparaître le livre etc.). Je l'ai par ailleurs étendue à la liste de toutes les livres que Schuiten a publié depuis ses débuts, qui ont souvent disparu des librairies et qui sont parfois peu connus, car la plupart d'entre eux me semblent tout à fait dignes d'intérêt.

En fait, la bibliographie de François Schuiten est très mouvante et incertaine. C'est un perpétuel "work in progress", que l'auteur n'arrête pas de modifier selon ses envies et son ambition d'organiser son oeuvre. Chaque "livre oublié" correspond donc à une situation singulière.

Comme point de départ, je vais me fonder sur la liste des ouvrages actuellement disponibles de François Schuiten, telle qu'elle se présente à la fin du tome 2 de "Revoir Paris", publié à la fin 2016. Je vais consacrer un post à tous les anciens ouvrages de Schuiten qui en sont absents et ... la liste est longue.  

Je ne suis même pas sûr que ma liste sera complète.  Wink

Et pour terminer, je me livrerai à quelques spéculations sur les "futurs livres perdus" de François Schuiten, car il n'y a pas de doute que le processus va se poursuivre.


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Raymond

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Et pour commencer, à tout seigneur tout honneur, je vais vous présenter un des joyaux de la série des Cités Obscures, et un des plus célèbres "livres perdus" de François Schuiten. Publié en 1985, il faisait au départ partie des albums officiels de l'auteur et s'intitule le Mystère d'Urbicande.



Au départ du Mystère d'Urbicande, il y a eu un texte parodique écrit par le critique Thierry Smolderen, en hommage à une BD (la Fièvre d'Urbicande, bien sûr) qu'il avait particulièrement apprécié. C'était un aimable gag de carabins, avec un texte polémique qui contestait l'existence du fameux réseau cubique, et qui était attribué à un certain professeur Régis de Brok.

L'idée de génie fût toutefois d'éditer un petit livre à partir de ce texte plein d'humour, de lui joindre quelques illustrations dessinées par un certain Robert Marie de la Barque ("barque" en flamand se dit "schuit" et au pluriel "schuiten"), et surtout d'ajouter sur certaines pages des annotations manuscrites dont l'auteur était Eugène Robik lui-même (personnage principal de la "Fièvre d'Urbicande"). Ces notes contestent bien sûr furieusement la thèse du livre (la non-existence du réseau) et c'est un magnifique exemple d'humour au second degré.



Pour des raisons probablement commerciales, ce petit livre soigneusement confectionné n'a jamais été vendu en librairie. Casterman a préféré l'offrir aux personnes qui s'abonnaient aux journal A Suivre au cours de l'année 1985, et l'album est devenu ensuite introuvable. Avec le succès grandissant de la série, cet ouvrage est rapidement devenu très recherché ... et très coûteux.



Il y eu ensuite des conséquences que n'avaient pas vraiment prévu les auteurs, lorsque les admirateurs de la série jouèrent à croire à l'existence du "monde obscur". Cet admirable contrefaçon qu'était le Mystère d'Urbicande devint progressivement une preuve de l'existence de ce monde parallèle au nôtre, et une pièce qu'il fallait absolument posséder. Il y en a eu de nombreuses autres par la suite, d'ailleurs, car la légende faisait que commencer.   Very Happy

Pour ce qui concerne l'existence officielle de ce livre, Casterman a continué de le signaler jusqu'en 1990, puis le Mystère d'Urbicande a disparu de la liste des œuvres de François Schuiten. Schuiten et Peeters ont essayé de pallier ce manque, en intégrant la plupart de ses dessins dans les rééditions tardives de la "Fièvre d'Urbicande", dans un autre article écrit par Benoit Peeters (et attribué au professeur Isidore Louis   Wink ), mais ce n'est hélas plus aussi drôle que ce petit album plein de malice et de gags percutants.

Actuellement, il cote plusieurs centaines d'euros.  affraid

Mais les curieux qui voudraient voir plus d'images de ce livre pourront se rendre sur cette page du site "Alta Plana", qui propose des scans de la totalité de l'ouvrage :

https://www.altaplana.be/albums/le_mystere_d_urbicande



Dernière édition par Raymond le Dim 19 Mar - 16:23, édité 1 fois


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Raymond

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En fait, "le Mystère d'Urbicande" a tout simplement disparu de la bibliographie de Schuiten parce qu'il n'a jamais été prévu de le commercialiser. Mais il existe sinon bien d'autres cas de figure. Passons maintenant à un exemple d'ouvrage qui n'a été réédité que dans une intégrale, et dont l'édition originale est épuisée depuis longtemps.

D'une manière générale, les portfolios ne sont bien sûr pas des albums, et je n'en ferai pas la liste complète dans ce sujet. Je mentionnerai tout de même ici le portfolio "Express", édité à l'origine par Magic Strip en 1981, tout simplement parce cet ouvrage a fait longtemps partie de la bibliographie officielle de Schuiten (aussi bien dans les albums Casterman que ceux des Humanoïdes Associés).



C'est un ensemble de 8 images qui forment une suite narrative. C'est donc quasiment une vraie BD. Elle se passe dans un train, et elle est en fait très proche de l'ambiance de l'album "Le Rail", créé par Schuiten et Claude Renard.

Voici les première image de ce PF.

   

Le train continue son parcours à travers la campagne, et les deux passagers se comportent d'une manière de plus en plus "coquine".

   

C'est donc une vraie BD, qui a été créée avec la collaboration de Claude Renard, a une époque où Schuiten n'avait pas encore vraiment choisi sa voie. Lorsqu'une vingtaine d'année plus tard, il a été décidé de regrouper tous les travaux de Schuiten et Renard dans une intégrale intitulée "Métamorphoses", ce portfolio y a tout naturellement trouvé sa place.

Il a aussi été réédité sous la forme d'une petite enveloppe de 8 cartes postales, et c'est ainsi que je le possède. Il a également été repris dans "Quai des Bulles", un album collectif consacré aux trains dans la BD.



L'ensemble des 8 images du portfolio est aussi visible sur cette page du site Alta Plana :

https://www.altaplana.be/gallery/port-folio/express_-_metamorphoses



Dernière édition par Raymond le Lun 3 Avr - 11:36, édité 3 fois


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Raymond

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Comme troisième cas de figure, il faut envisager le livre que l'auteur souhaiterait voir complètement disparaître. pirat  Et ... en réfléchissant bien, il ne me semble pas exagéré d'inclure dans cette catégorie les fameux "Machinistes", une oeuvre que Schuiten a dessiné pendant ses jeunes années avec l'aide de Claude Renard. Cet album est paru en 1984 chez les Humanoïdes Associés.



Au départ, il y avait une commande faite par Just Jaeckin, le cinéaste d"Emmanuelle", qui souhaitait réaliser une adaptation filmée de Gwendoline, la BD "bondage" de John Willie (oeuvre qui avait justement été rééditée par les Humanoïdes Associés). Le projet n'était pas vraiment de faire un film "bondage" (c'est à dire avec femmes ligotées et fouettées), mais plutôt de créer un film fantastique, un peu érotique, se passant dans une cité interdite, plein d'aventures et de visions inédites, et panaché d'une petite touche de "cruauté soft". Dans cette idée, Schuiten et Renard dessinèrent une soixantaine d'images et d'esquisses qui montraient une cité mécanique froide peuplée de silhouettes féminines fragiles, mais ce travail a été finalement peu utilisé. Le film Gwendoline a été tourné en 1984, et c'est au fond un film érotique assez banal, que j'ai vu une fois un peu par hasard, à la télévision.



C'est je crois Jean-Luc Fromenthal, qui était à l'époque rédacteur en chef de Métal Hurlant, qui pris l'initiative de recueillir tous ces dessins dans un bel album. Pour que ce ne soit pas un simple art-book, on y ajouta un texte narratif écrit par Thierry Smolderen (afin d'avoir un peu de "liant" entre les images Wink ) puis on le publia dans la collection "Pied jaloux", avec une belle édition cartonnée. Le résultat ... correspondait à un récit illustré très ironique (Schuiten et Renard devenaient des personnages de l'intrigue), légèrement érotique, parfois franchement humoristique (grâce à des allusions au monde de la BD et du cinéma), et dérapant finalement vers des événements de type fantastique. Je comparerais volontiers cette intrigue avec le scénario de "Céline et Julie vont en bateau", le film culte de Jacques Rivette, pour ceux qui le connaissent.



Aujourd'hui, en regardant les dessins de ce livre, c'est plutôt "l'esprit de géométrie" (ou une "pensée d'architecte", si vous préférez) qui me semble nettement prédominer, tandis que l'érotisme est plutôt froid et distingué. Ce travail "très construit" ne me semble en fait pas très éloigné de celui des premiers albums des Cités Obscures, et quelques dessins de l'album ont d'ailleurs été repris plus tard dans le "Guide des Cités". J'imagine que dans l'esprit de Schuiten, il n'y avait rien de plus à sauver.



Alors que François Schuiten est généralement très prodigue d'explications sur ses intentions et sur le "making-of" de ses œuvres, il est toujours resté muet sur cet ouvrage un peu marginal. Y avait-il là une gêne par rapport au sujet, ou une insatisfaction par rapport au résultat ? Je le soupçonne fortement. L'album disparu ensuite de sa bibliographie officielle, à partir des années 90, et il est assez probable qu'il ne sera jamais réédité (alors que presque tout ce qu'il contient reste original).

A l'appui de cette idée, il faut relever qu'il n'a pas été repris dans l'intégrale de "Métamorphoses", où il avait en principe sa place.

Probable "livre maudit" dans l'oeuvre de François Schuiten, les Machinistes reste donc aujourd'hui une oeuvre délaissée, et aussi un peu suspecte. Mais les surprenants décalages qui existent entre le texte et les images, de même que l'humour de l'intrigue me paraissent suffisants pour lui donner tout de même un peu d'intérêt. C'est par ailleurs un livre qui ne cote pas très cher (une cinquantaine d'euros) et que je n'ai pas honte d'avoir dans ma bibliothèque.  

Il n'est donc pas perdu pour tout le monde ! king



Dernière édition par Raymond le Lun 13 Mar - 18:49, édité 1 fois


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Loup79


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Bonjour,

Je trouve fort dommage que François Schuiten délaisse ces bédés, où la qualité graphique est au rendez-vous.
Je dirais qu'il doit avoir ses propres raisons.

Je ne connaissais pas ces œuvres de Schuiten. Merci de me les faire découvrir.

(D'où connais-tu toutes ces informations ?)

Loup79

Raymond

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En fait, je suis de près l'oeuvre de Schuiten depuis ses débuts, qui datent du milieu des années 70. Cela m'a permis de voir passer tous ses albums un par un, avant que certains ne disparaissent.

Et puis, à la fin des années 90, je suis entrée en contact avec le forum des Cités obscures, où j'ai fait connaissance avec les meilleurs spécialistes qui existent pour cet auteur. Nous avons alors échangé beaucoup d'informations, qui ont bien complété mes connaissances sur le sujet.

Je raconte tout cela au début du sujet "général" qui est consacré à Schuiten.  Wink


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Raymond

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Précisons sinon que François Schuiten est un perfectionniste qui n'est jamais content du résultat final de ses travaux. Il a souvent retravaillé des œuvres en principe terminées, parfois pour en modifier de petits détails (par exemple la réédition en format "normal" de l'Echo des Cités), pour y ajouter certaines images (la deuxième édition des Murailles de Samaris comporte 3 pages supplémentaires) voir même pour en changer complètement la fin (par exemple l'Ombre d'un Homme dont la réédition de 2010 à une conclusion complètement redessinée).

Je ne serais donc pas étonné que certains livres disparaissent tout simplement à cause de cette "insatisfaction" de l'auteur sur ses œuvres.


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Loup79


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C'est un mauvais mal à mon avis, peut-être pas pour les fans, les éditeurs peuvent (à mon avis, hein!) le voir d'un mauvais œil. Et puis ça oblige les lecteurs à racheter cette nouvelle édition !

Raymond

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Passons maintenant à un autre cas de figure : celui du "livre qui n'en est probablement pas un" !   Wink

Je me suis demandé pendant un long moment si j'allais incorporer dans ma liste "Les Mystères du Calendrier", un ouvrage minuscule qui est plus proche du "para-BD" que de l'édition normale. Et puis ... en y réfléchissant bien, j'ai réalisé que ce petit opuscule imprimé contenait tout de même des textes de Benoit Peeters et des dessins de François Schuiten. C'est par ailleurs un "opus" peu connu de la série "Cités obscures", et il n'est donc pas inintéressant de le mentionner dans ce sujet.

Mais qu'est-ce donc que ce carnet dont la plupart d'entre vous n'ont probablement jamais entendu parler ? C'est en fait un minuscule livret qui accompagnait la fameuse "Montre des Cités obscures", un objet rare créé en 1990 par la librairie Papiers Gras à Genève, et qui se référait un peu à la Route d'Armilia. Il y en a eu 180 exemplaires.



Cette montre était fort jolie, et je me souviens de l'avoir vu dans la dite librairie à cette même époque. Elle était ornée de plusieurs motifs très "obscurs", tel que le cube de Robick, et elle a tout de suite séduit les collectionneurs. Le prix était évidemment prohibitif et je ne m'y suis donc pas intéressé.  Wink



Je n'avais en revanche pas fait attention aux "Mystères du Calendrier", le petit livret qui l'accompagne. Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, sur le forum des Cités obscures, que j'ai pris conscience de l'importance de cet ouvrage. Voici comment il se présente.



Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous ! Schuiten et Peeters n'étaient cependant pas du même avis, et quelques années plus tard, en rédigeant le fameux Guide des Cités, ils n'hésitèrent pas à incorporer ce petit ouvrage (attribué au professeur Pym) dans leur bibliographie, et à incorporer son contenu dans le chapitre "Armilia". Baptisé "les "Signes du temps", ce curieux ensemble de dictons et d'icônes devenait un message ésotérique destiné aux esprits éclairés. Voici un extrait de cette double page, telle qu'elle est imprimée dans le "Guide".



Formellement "adoubé" par les auteurs eux-mêmes, Les Mystères du Calendrier devint dès lors un "collector" presque indispensable, voir même une preuve de plus de l'existence des cités obscures. Wink

J'avais encore raté une belle occasion.  

Aujourd'hui, cette montre et le petit livret qui l'accompagne sont presque devenus une légende ... mais je sais qu'ils existent. A la fois inaccessibles au collectionneur lambda, et trésor de guerre que gardent dans leur coffre fort quelques "obscurophiles" chevronnés, les Mystères du Calendrier n'ont pas fini de susciter diverses interprétations.

Et puis ... pour revenir à notre sujet, il ne me semble pas incorrect d'intégrer cet étrange opuscule dans ma liste des "livres disparus" de François Schuiten.   Wink


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Raymond

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Avec L'encyclopédie des Transports présents et à venir, publiée en 1988 par Casterman, on est en face d'un cas de figure qui va souvent se répéter, celui du livre à tirage limité (800 exemplaires) qui est conçu d'emblée pour être un "collector". Il était vendu au prix de Frs. 94,- à tous ceux qui s'inscrivaient au "club A Suivre", ce qui ... par rapport aux prix des livres de l'époque, n'était pas vraiment un cadeau.

J'étais à l'époque un acheteur régulier du journal, et j'avais bien sûr remarqué la publicité qui invitait le lecteur à adhérer au club (la condition première étant d'abord de s'abonner). J'ai malheureusement dédaigné cette occasion et je l'ai plus tard bien regretté (les prix ont joyeusement "pris l'ascenseur"   Wink ).



Avec cette "encyclopédie" supposée être écrite par Axel Wappendorf, illustre personnage des Cités obscures, on retrouve à nouveau le plaisir d'une étonnante mise en abyme. Rappelons que ce personnage avait littéralement été inventé quelques mois auparavant par un spectateur d'une de ces fameuses "conférences fictions", que Schuiten et Peeters offraient périodiquement à leur lecteurs. Et voilà que ce savant créatif et un peu fantaisiste (il est un peu le professeur Tournesol des Cités obscures) devenait maintenant l'auteur d'un livre bien réel ... et au contenu étrange.



Mais que propose donc cet ouvrage rarissime et fort collectionné ? Eh bien tout simplement une liste d'inventions scientifiques et de moyens de transports peu connus,  créés dans le monde des Cités obscures, et souvent non utilisés en raison de divers défauts de fabrication. Ceci est présenté par une image dessinée par François Schuiten sur la page de droite, et par un texte rédigé par Benoit Peeters sur la page de gauche.



Cet ouvrage totalement fictif se distingue avant tout par un parfait équilibre entre l'humour satirique (au second degré) de ses textes d'une part, et l'étrangeté ainsi que l'inventivité des dessins d'autre part. C'est de plus un ouvrage rempli d'informations sur le monde des Cités obscures et, rien qu'à ce titre, il intéresse au plus au point les fans de la série.

Vous pouvez découvrir l'album en entier sur cette page d'Alta Plana :

https://www.altaplana.be/gallery/histoires/encyclopedie

Faut-il encore le répéter, ce livre est à juste titre un des albums les plus recherchés de François Schuiten et il cote d'ailleurs fort cher (500 euros actuellement sur eBay). Son prix est en grande partie justifié par sa rareté, ainsi que par son contenu original et humoristique, mais ... j'ai tout de même renoncé à l'acquérir.

On ne peut pas tout avoir !   deso

C'est ainsi que cela se passe, avec les "livres perdus" de François Schuiten. Exclamation


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Raymond

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Examinons maintenant le cas des albums collectifs ! Ceux auxquels Schuiten a participé ne sont jamais recensés dans sa bibliographie ... et on a tendance à les oublier.  Cool

Réalisé en 1989 par les élèves de l'école de l'Académie de Woluwé-Saint-Pierre, l'album "1936 Dernières Nouvelles" n'a pas vraiment impressionné le grand public. On peut même admettre que c'est un livre totalement oublié, et je suppose que vous n'êtes pas très nombreux à le connaître. C'est pourtant un recueil auquel François Schuiten a collaboré, et dans lequel il a publié une petite rareté.



Cette oeuvre rare est en fait un extrait (10 pages) du story board de "la Cité des Ombres", un projet de film qui n'a finalement pas été réalisé. On pouvait en voir jadis un extrait sur le site Urbicande.be, il y a quelques années ... lorsque ce site existait encore. Il y a aussi eu après cela un album à petit tirage (500 exemplaires) qui reprenait ce story board. Il a été publié pendant les années 90 mais je ne l'ai jamais vu ! Je ne sais donc pas à quoi il ressemble !

Voici deux images de la Cité des Ombres :



Dans "l'Aventure des images", Schuiten et Peeters décrivent cette oeuvre comme "un objet étrange, trop peu élaboré pour être publiable tel quel, trop poussé pour que nous ayons envie d'y revenir et de le mettre au net, trop proche du cinéma par ses cadres et ses contraintes pour tirer parti de toutes les possibilités de la bande dessinée". Le story board n'était en fait pas satisfaisant, et le film n'a pas été entrepris. Tout ce travail est donc parti aux oubliettes.

Pour ma part, il est difficile de proférer un jugement, mais cette oeuvre est davantage qu'une simple esquisse. Les dessins de Schuiten sont séduisants et il me plairait de découvrir une fois cette histoire en entier.

Pour les curieux, cet extrait de la Cité des ombres est visible sur le site d'Alta Plana, à cette adresse :

https://www.altaplana.be/dictionary/cite_des_ombres_la

Pour le reste, l'album "1936 Dernières Nouvelles" contient une dizaine d'œuvres de dessinateurs peu connus qui n'ont pas fait une grande carrière par la suite, et qui sont facilement oubliables. Les chineurs auront peut être l'occasion de trouver une fois ce livre dans une "boutique d'occase", comme cela m'est arrivé il y a quelques années, et c'est un achat qui ne coûte en général pas cher.  

il ne faut pas dédaigner les petits plaisirs. Smile


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Raymond

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Avec le Musée A. Desombres, édité en 1990 comme un opus officiel de la série des Cités obscures, nous sommes confrontés à un véritable mystère. Mais pourquoi une oeuvre aussi originale a t-elle été retirée du catalogue une dizaine d'années après sa parution ?





Il s'agit en fait d'un coffret dont vous voyez la couverture ci-dessus. Il contient d'une part un CD sur lequel est enregistré une sorte de "dramatique radiophonique", et d'autre part un livre d'image présenté comme le "Catalogue raisonné des œuvres et des biens ayant appartenu à Augustin Desombres". La "dramatique sonore" raconte  comment un commissaire-priseur, nommé Virgoleis Kolber, s'intéresse à l'oeuvre d'un peintre qui rencontre un succès grandissant, et qui se nomme Augustin Desombres. En visitant la maison du peintre, Kolber passe accidentellement dans le monde des Cités obscures où il rencontre Desombres et Mary von Rathen. Kolber tombe amoureux de Mary, mais il la perd rapidement après l'avoir rencontrée, à son grand désespoir.

Voici l'intérieur du coffret :





Le "catalogue raisonné", de son côté, est un véritable fac-similé de catalogue. Il présente un inventaire un peu ironique des œuvres et des biens de Desombres, et il est illustré par des photographies de Marie-Françoise Plissart, ainsi que par des "tableaux du peintre". Ces derniers sont en fait des affiches et des images plus ou moins connues de François Schuiten.





Au départ, cet opus devait recueillir les images, les sons et les scènes de la fameuse scénographie "le Musée des Ombres", mais très vite, Schuiten et Peeters se sont orientés vers la création d'une oeuvre tout à fait originale. Comme héritage du "musée", ce coffret ne garde en fait que deux caractéristiques importantes : d'une part la volonté de raconter les Cités obscures en dépassant la simple bande dessinée (avec utilisation de son et d'objets), et d'autre part le souhait de raconter l'aventure d'un "passage" de notre monde terrestre vers le "monde obscur". Seules quelques rares images isolées rappellent vraiment la belle scénographie du musée, comme par exemple ce large dessin panoramique de Calvani que l'on trouve dans le catalogue, et qui était au départ le décor de la "Découverte inattendue"..





Mais pourquoi cette oeuvre tout à fait officielle a t-elle été abandonnée par ses auteurs ? Peut être (c'est mon hypothèse) parce que le récit de la rencontre entre Mary von Rathen et un représentant de notre monde a été finalement mieux racontée dans l'Enfant penchée ? Peut être aussi (c'est l'explication que donne Thierry Bellefroid dans "l'Horloger du Rêve") parce que ce Musée A. Desombres contient des données incohérentes par rapport aux œuvres qui lui font suite ? C'est ainsi par exemple que les tableaux de Desombres dans le coffret ne sont que des dessins de Schuiten, tandis que le DVD "l'Affaire Desombres" présente de véritable tableaux peints par Martin Vaughn-James (qui est l'acteur interprétant le rôle de Desombres dans "l'Enfant penchée").

On peut raisonnablement admettre qu'un "repentir" des auteurs aurait finalement condamné cette oeuvre gigogne. Mais on peut aussi se demander si le format inhabituel de ce coffret (coûteux et peu rentable) ne l'a pas tout simplement desservi auprès de l'éditeur. J'ignore d'ailleurs si cet opus a réellement rencontré le succès qu'il méritait ?

Quelque soit l'explication finale, la disparition de ce coffret a été la première étape d'un processus de "normalisation" des Cités obscures, dont les œuvres au départ se distinguaient par leurs grandes disparités de format. En 2010, presque tous les titres avaient retrouvé la taille standard des BD classiques en couleurs. Il est donc totalement improbable que l'on réédite une fois le Musée A. Desombres (avez-vous remarqué le gag contenu dans ce titre ?) dans son état d'origine.

Aujourd'hui, ce titre est devenu un "collector" qui se vend assez cher sur Amazon ou sur eBay, et que peuvent encore assez facilement se procurer les collectionneurs tardifs. Ce n'est pas vraiment une oeuvre indispensable, il faut l'admettre, mais c'est un bel objet (un de plus) que ne manqueront pas d'acquérir les "obscurophiles éclairés".  Wink


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Merci Raymond pour ce nouveau tome présenté. L'as-tu acheté à l'époque de sa vente ?

Schuiten dessine les femmes remarquablement bien.

Raymond

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Je l'ai en effet acheté assez vite après sa sortie. Il faut dire que j'avais vu quelques mois auparavant l'expo du Musée des Ombres à Sierre, et que ce spectacle m'avait vraiment marqué. J'espérai retrouver dans le coffret les images de l'exposition et j'ai dans un premier temps été légèrement déçu ... puis je me suis tout de même passionné pour toutes les images que je ne connaissais pas.  Wink


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Raymond

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Parfois, François Schuiten n'a été qu'un scénariste, la plupart du temps d'ailleurs en compagnie de Benoit Peeters. Ce fût le cas entre autre pour l'album Dolores, une histoire initialement publiée dans A Suivre et dessinée par Anne Baltus. L'album est sorti en 1991 et il est aujourd'hui épuisé.



Bien qu'il n'appartienne pas vraiment à la série des Cités obscures, ce livre évoque à nouveau un phénomène de "passage" dans un monde parallèle, et certains fans le revendiquent (d'ailleurs assez logiquement) comme un opus supplémentaire de cette série.

Ce récit fantastique raconte l'histoire de Dolores, une vedette de cinéma qui vit dans une villa luxueuse. Elle s'intéresse à un nommé Georges Letterrier, homme falot qui est passionné par la construction de maquettes et de modèles réduits, et elle lui demande de fabriquer une miniature de sa propre maison. A la suite de cela, Dolores constate progressivement la survenue d'événements étranges, et ceux-ci se multiplient au fur et à mesure qu'avance la construction de la maquette. Finalement, Dolores réalise mais ... bien trop tard, qu'elle est devenue la prisonnière de cette villa miniature.



C'est en fait une histoire typique de Schuiten et Peeters, dont on ne sait pas s'il faut en apprécier davantage l'ingéniosité ... ou l'humour noir. Le dessin très "ligne claire" d'Anne Baltus, à la fois froid et aéré, convient à merveille à cette fable cruelle qui joue avec ses personnages, et qui mène le lecteur de surprise en surprise. Georges Letterrier montre finalement un faciès monstrueux, et c'est un peu une histoire de la "revanche des pauvres".   Wink

Notons au passage que ce récit a récemment été adaptée au cinéma, à la grande satisfaction de ses auteurs. Sinon, l'album n'a malheureusement pas rencontré un grand succès, et la dessinatrice a depuis longtemps quitté le monde de la BD.

Nul ne sait si cette oeuvre sera un jour rééditée, mais on peut pour l'instant la considérer comme un autre "album perdu" de François Schuiten, en toute honnêteté.  Wink


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Raymond

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Avec les Souvenirs de l'Eternel Présent, on se retrouve face à un autre problème (qui va d'ailleurs se répéter): celui de l'album qui a été publié une première fois, avant d'être entièrement remanié et publié sous une nouvelle forme.

Au départ, il y a eu un projet de film d'animation intitulé Taxandria, racontant une histoire de type "fantastique. Il devait être tourné par Raoul Servais et Schuiten a été sollicité en 1988 pour en créer l'univers visuel. Il dessina pour cela un grand nombre d'images très élaborées, qui devaient en principe être "animées" par le cinéaste. Par la suite, le projet se modifia pour devenir plus proche d'un film standard, et les images de Schuiten furent peu utilisées. Ce dernier les retravailla alors avec Benoit Peeters, pour en faire un récit en images. Il en résulta un livre de format inhabituel, à petit tirage et "à l'italienne", finalement publié chez Arboris en 1993.



C'était un récit avec de grandes images qui occupaient le plus souvent toute la page, et celles-ci étaient accompagnées d'un texte descriptif relativement succinct. Ce n'était pas une bande dessinée et l'ensemble ressemblait plutôt à un conte étrange pour enfants, qui se passait dans un monde imaginaire, plein de poésie et d'onirisme.



Présentons tout de même le "pitch" ! Dans une ville nommée Taxandria, anciennement détruite par un cataclysme, les lois de "l'Eternel Présent" interdisent toute allusion au passé et au futur. Un enfant chauve de 10 ans. qui se nomme Aimé, trouve cependant sur son chemin un livre qui raconte l'histoire la cité. Il se met à le lire et découvre l'histoire du cataclysme, mais les dernières pages sont malheureusement été arrachées. Aimé veut en savoir plus et part à la recherche d'informations complémentaires, mais que trouvera t-il ? Finira t-il par comprendre le mystère de l'Eternel Présent ?

A la fois hors de toute série, étrange et difficile à trouver, cette première "mouture" des Souvenirs de l'Eternel Présent avait son charme propre. Ce livre mal diffusé était bien sûr très recherché par les amateurs et les choses auraient pu rester dans cet état. Mais François Schuiten n'est jamais satisfait de ses œuvres. Et entre 2008 et 2010, lorsqu'il décida avec Benoit Peeters de reformater toutes les œuvres des Cités Obscures, il en profita pour reprendre aussi ce vieux livre, et pour en faire une BD.



Le récit de la nouvelle édition de Casterman (datant de 2009) gardait la même trame, mais il avait été profondément restructuré et complété. La fin était modifiée et mettait mieux en lien Taxandria avec le monde obscur. Les cases devenaient plus nombreuses, au nombre de deux ou trois par planche, et elles étaient incrustées de textes. Plus de 50% des images étaient par ailleurs nouvelles et les conversations étaient maintenant présentées avec des phylactères. Bref, les changements étaient tellement nombreux ... que l'on pouvait parler d'un nouvel album.



Curieusement, ce livre somptueusement retravaillé n'était pas forcément plus convainquant que sa première édition. En tant que lecteur connaissant déjà la version originale, j'eu même l'impression contraire. Le nouveau "formatage" apportait à ce livre l'allure d'une BD normale, mais l'oeuvre perdait un peu sa poésie et son étrangeté originelle. Avec sa simplicité de construction et la relative brièveté de son récit, la version originale possédait plus d'impact, même si tout n'était pas parfait. La nouvelle oeuvre estampillée "Cités Obscures" affichait plus de richesse et moins de modestie, mais il en résultait ... moins de charme.

Aujourd'hui, "l'édition Casterman" est devenue la version officielle de l'oeuvre, et l'édition Arboris mérite réellement la qualification de livre "perdu". Mais les amateurs de Schuiten ne l'ont pas encore oubliée, et je recommande à tous les curieux de la rechercher pendant que c'est encore possible, car sa lecture est devenue une délicatesse réservée aux "happy few".

Et puis, on peut prévoir que ce vieux livre sera de moins en moins facile à trouver (et à acheter) au fil du temps. N'oublions pas que les lois du marché sont impitoyables. pirat



Dernière édition par Raymond le Lun 13 Mar - 19:12, édité 1 fois


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Il y a encore d'autres cas de figure à présenter (je vous ai dit qu'il y en avait beaucoup), comme par exemple les livres qui ne sont pas "de Schuiten" mais ... "sur Schuiten".   Wink

Par ce terme, je désigne en fait tous ces livres d'interviews agrémentés d'images inédites (plus ou mois nombreuses) qui se sont accumulés au fil des années. Certains albums restent toujours disponibles (comme par exemple "The Book of Schuiten"), mais la plupart d'entre eux ont hélas disparu des librairies. Et pourtant, quelques uns d'entre eux étaient intéressants.

Dans cette catégorie, le plus beau livre d'interview de Schuiten et Peeters est sans aucun doute "Autour des Cités Obscures", publié en 1994 dans la fameuse collection Mosquito.





Comme toutes les monographies Mosquito, "Autour des Cités Obscures" proposait d'abord une très longue interview des deux auteurs, et cet entretien avait le mérite de ne pas seulement se limiter aux œuvres connues. On y évoquait aussi certains projets (comme le Guide des Cités) ou des idées inabouties (comme "Urbicande Opéra" ou les "Mystères de Pahry") qui montraient à quel point la série des Cités Obscures dépassait le cadre de la BD ou même du livre. Cela permettait aux fans de découvrir aussi l'ampleur d'un projet dont ils ne connaissaient que quelques facettes, et cette monographie a vraiment joué un rôle de révélateur. Sinon, elle contenait en plus divers inventaires et textes analytiques, ainsi qu'une bibliographie de Gilles Ratier, et tout cela donnait vraiment l'impression de faire le tour du sujet.

Et puis, ce livre avait en particulier le mérite de proposer une iconographie très riche et souvent inédite. Rempli de croquis préparatoires d'albums, de dédicaces originales, d'affiches peu connues, de story-board ou crayonnés de planches, de travaux de jeunesse, de photographies retouchées, de dessins improvisés et d'esquisses diverses, l'album se distinguait par l'originalité et la rareté de ses illustrations. Aujourd'hui encore, d'ailleurs, ce recueil reste intéressant à ce point de vue.





Plus de 20 ans après, cette monographie est bien sûr devenue incomplète, mais son interview très approfondie reste une source d'informations de premier choix. Par ailleurs, le livre est un témoignage intéressant de la ferveur créatrice des auteurs pendant les années 90, époque révolue pendant laquelle toute leur production paraissait pensée en fonction des Cités Obscures.

Malheureusement, il semble peu probable que cette monographie soit un jour rééditée par ses créateurs, et "Autour des Cités Obscures" semble destiné à devenir un "collector de plus" de François Schuiten. C'est assez dommage, au fond, car elle mérite d'être lue par tous les amateurs.

On peut en tout cas la voir comme un "livre perdu" ... un de plus. Wink


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Avec Arts et Métiers, Direction Mairie des Lilas, nous abordons une autre catégorie d'ouvrages de Schuiten : les plaquettes commémoratives.  



La conception de scénographies est une partie importante (et malheureusement périssable) de l'oeuvre de Schuiten. Après le succès du fameux "Musée des Ombres", le dessinateur a multiplié avec enthousiasme ce genre de réalisation et il possède maintenant un impressionnant curriculum dans ce domaine .

La rénovation de la station de métro parisienne des "Arts et Métiers" est un travail qui a été conçu entre 1993 et 1994, et c'est un lieu que les admirateurs de Schuiten peuvent toujours visiter aujourd'hui (il en vaut d'ailleurs la peine). Cette réalisation s'est bien sûr appuyée sur un nombre important de dessins, dont certains qui ont ensuite été repris dans le Guide des Cités, lorsque Schuiten et Peeters décidèrent que cet endroit pouvait aussi être un "lieu de passage" vers le monde des Cités Obscures.  Smile



Lors de l'inauguration officielle de cette station en 1994, un petit livre commémoratif a été imprimé et c'est un ouvrage fort rare (édité à 1050 exemplaires). Il contient plusieurs dessins bien connus, mais aussi quelques illustrations oubliées et non reprises dans les livres officiels de Schuiten. Cela explique pourquoi ce petit imprimé est maintenant très recherché.

                                                    

Je ne possède pas cet ouvrage et il m'est donc difficile de le commenter avec précision. Est-ce un livre (je crois que oui) ou un portfolio (comme l'affirme Eilko Bronsema sur son site), je n'en suis pas sûr ?  J'ai essayé de l'acheter une fois sur eBay mais ... les prix se sont tout de suite envolés à une hauteur stratosphérique. J'en ai donc fait mon deuil.  Sad


Des scans de ce livre étaient autrefois visibles sur le site de Quentin Gausset, mais ce site a disparu. Ils ont heureusement été repris ensuite par Alta Plana, sur cette page :

https://www.altaplana.be/gallery/histoires/art_metiers

De ce que j'ai pu voir sur le Web, cet ouvrage présente peu de texte. Il contient surtout des images qui, pour la plupart, ont été reprises dans d'autre œuvres de Schuiten. Son intérêt est donc limité mais ... cela reste néanmoins un opus non officiel de la série des Cités Obscures (*), qui contient quelques images inédites.

Il est évident qu'il ne sera jamais réédité et c'est donc un ouvrage perdu pour les amateurs actuels de Schuiten, à moins qu'ils ne soient très riches (et un peu forcenés).   Wink


* Pour appuyer cette affirmation, il suffit de relever que l'ouvrage aurait été imprimé sur les "Presses des Cités Obscures à Pahry".  Smile


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Comme autre domaine de publication dans lequel François Schuiten a aussi travaillé, il faut bien sûr mentionner les illustrations de romans ou de pièces de théâtre. Même s'il a créé peu de livres dans cette catégorie, ceux qui existent sont tout à fait remarquables.

Le plus beau d'entre eux est probablement Paris au XXe siècle, édition assez récente d'un roman posthume de Jules Vernes. En 1994, ce livre avait d'abord été publié dans un format standard (voisin du livre de poche) par Hachette, et l'apport de Schuiten s'y était limité à un simple dessin de couverture.



Une année plus tard, un livre beaucoup plus intéressant est apparu, sous la forme d'un fac-similé de la vieille collection Hetzel. Schuiten y a dessiné une vingtaine d'illustrations tout à fait remarquables, qui reprennent le style des dessinateurs "Hetzel" (Gustave Riou, Léon Benett et les autres) tout en suivant de très près l'intrigue de ce roman d'anticipation.



J'ai eu ce livre entre les mains à la fin des années 90, à Paris chez un soldeur de livres (l'éditeur avait-il fait faillite ?), et j'ai longuement hésité à l'acheter. Je n'avais plus beaucoup d'argent et ... je ne me sentais pas capable "d'affamer mes enfants" (je voyage en famille) pour assouvir ma passion de collectionneur. Wink  J'ai donc remis à regret ce livre sur sa pile. Bien sûr, je ne l'ai plus jamais retrouvé par la suite (cette édition est devenue très rare).

                                                               

La ville dessinée par Schuiten s'inspirait bien sûr du Paris de Jules Vernes, mais aussi un peu du Pahry des Cités Obscures, pour lequel il restait un projet inachevé. Cette vieille utopie du romancier français correspondait en fait admirablement à l'univers habituel du dessinateur, et ses dessins ont bien sûr été repris dans plusieurs œuvres ultérieures, dont le "Guide des Cités", bien sûr, mais aussi divers art-books ainsi que le catalogue de l'exposition "Revoir Paris".

                                                                      

Ces reprises se montraient fort intelligentes, mais les images n'y avaient toutefois plus le charme que leur donnait leur "écrin naturel", à savoir la couverture "Hetzel" et le texte de Jules Vernes.

Toutes les images, de même qu'un résumé du livre, peuvent être vue sur Alta Plana, ou encore mieux sur "la Page de Guy", à cette adresse :

http://faculty.georgetown.edu/spielmag/docs/litterature/ParisXXsiecle.htm

Aujourd'hui, on trouve sans trop de peine le livre au format normal, mais le fac-similé Hetzel (qui mériterait d'être réédité) est devenu très rare et fort coûteux. On peut donc le considérer comme un nouveau "livre perdu", hélas.  Sad


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Merci pour ce nouveau "livres perdus" Je suis avec intérêt ce sujet. pouce

Raymond

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Merci pour cet intérêt !   pouce

Or donc, dès les années 90, Schuiten et Peeters avaient fait toute sortes de choses: de la BD classique, des livres illustrés, des fac-similés, des scénographies, de faux-livres provenant du monde obscur, des art-books, un pseudo-journal et un faux guide de voyage, des livres d'interviews, une pièce radiophonique, des conférences, des films ... et j'en passe ! Mais avaient-ils encore exploré d'autres possibilités de création ? Cela paraissait difficile à croire, mais c'était pourtant bien le cas.  Voilà ce que le lecteur pouvait découvrir avec étonnement en 1996, lorsque paru un petit livre analytique intitulé "l'Aventure des Images".



Paru en 1996 chez les éditions "Autrement", ce livre devait être au départ une suite de réflexions sur la multiplication des supports de l'image dans notre monde contemporain. Que ce soient dans les livres, les affiches et autres imprimés, la photographie, les expositions, le cinéma, l'ordinateur, la télévision ou Internet, l'image tend en effet à devenir un moyen de communication prépondérant, et ces "nouvelles images" entrainent une véritable mutation du fonctionnement social. C'était un beau thème ... que Schuiten et Peeters explorèrent à leur façon, en parlant tout simplement de leurs expériences personnelles avec tous ces anciens et nouveaux "médias".   Wink



Gardant apparemment une structure orthodoxe, chaque chapitre du livre était bien consacré à une forme spécifique d'image (bande dessinée, scénographie, photographie, cinéma, multimédia, Internet), mais le sujet principal de discussion était toutefois l'oeuvre de Peeters et Schuiten eux-mêmes. Et comme cette oeuvre s'intitulait à ce moment-là ... "les Cités Obscures" ... Wink  ...  "l'Aventure des Images" permettait en fait aux auteurs de faire découvrir à leurs admirateurs toutes les créations connues ou moins connues de cette série. Ce fût pour moi une véritable découverte, car je ne savais jusqu'alors rien de certaines scénographies (comme les Arts et Métiers), de certains films d'animation (comme la Cité des Ombres) ou de leurs explorations sur les possibilités du numérique (comme les Quarxs).



Un premier aspect agréable de ce livre était son ton sérieux, et sa présentation objective de toutes ces œuvres plus ou moins connues. Schuiten et Peeters nous informaient enfin avec neutralité sur le "making of" de certains opus, en laissant de côté toute ironie et toute évocation d'un "passage dans un monde parallèle". Cette approche tranchait avec leurs interviews ou leurs conférences de l'époque, et l'Aventure des Images était ainsi pour l'amateur une mine d'informations précieuses et inédites. J'ai souvent relu ce livre par la suite, lorsque j'avais quelques incertitudes.



Un autre attrait du livre était sa richesse d'images, le plus souvent inédites ou peu connues. Les collectionneurs peu attirés par les textes analytiques avaient donc leur propre  motif de s'intéresser à cet ouvrage. Ils en avaient pour leur argent.



A partir des années 2000, d'autres livres vinrent compléter ou exposer d'une façon plus exhaustive les multiples scénographies ou essais cinématographiques des deux auteurs. Pour ce qui concerne Schuiten, L'Horloger du Rêve est devenu sans aucun doute la monographie actuelle de référence, mais l'Aventure des Images garde un intérêt indiscutable, car il reste un témoignage direct (et "à chaud") de la réalisation des grandes créations des années 90.

Aujourd'hui, les éditions Autrement existent toujours mais ... ce livre est depuis longtemps épuisé. Il est probable que Schuiten et Peeters ne vont pas le rééditer tel quel, car 20 ans après, ils ont beaucoup plus à dire sur le même sujet. Je doute donc que cet ouvrage richement illustré réapparaisse, mais on peut heureusement le trouver facilement sur le Web. C'est une bonne nouvelle pour les néophytes.   Cool

A long terme, toutefois, il est clair que cet ouvrage va se raréfier, avant d'être définitivement "perdu" pour le grand public. Un intéressant livre comme celui-là ... c'est bien dommage !

Dépêchez-vous de le trouver ! Wink


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La bibliographie de Schuiten est parsemée de divers catalogues d'exposition qui ont été plus ou moins bien diffusés. Le plus ancien d'entre eux s'intitule "Architectures rêvées", et il a été publié par Casterman en 1996.



Je n'ai malheureusement jamais vu ce livre qui conserve le souvenir d'une exposition assez originale, à mi-chemin entre l'architecture et la BD. Elle s'est tenue au musée des Beaux-Arts à Tournai en 1996, et s'intitulait "Architectures rêvées, de Eugen Robick à Victor Horta". Ces deux noms résument assez bien les deux visages de l'événement, qui dévoilait d'une part certaines facettes méconnues du grand architecte bruxellois, et qui permettait d'autre part à Schuiten et Peeters d'exposer leurs travaux et d'analyser quelques unes de leurs sources d'inspiration.



Dans la moitié de la manifestation qui était consacrée à Victor Horta, on découvrait des documents presque "miraculés", qui avaient échappé à l'incendie ayant détruit la plupart de ses archives. C'étaient surtout des plans et des dessins, mais aussi des extraits de correspondance qui révélaient le caractère tourmenté et parfois désespéré de l'architecte (qui n'avait pas connu que des succès). François Schuiten, de son côté, exposait plus de 60 dessins et illustrations plus ou moins connues, apparentées au monde des Cités obscures et qui allaient pour la plupart être repris dans les "Guide des Cités". La scénographie de l'exposition essayait bien sûr de souligner la filiation imaginaire qui existait entre les deux architectes (Eugen Robick et Victor Horta), les deux se distinguant par leur énergie créatrice, leurs caractères plutôt "cassants", et surtout leur conception ambitieuse de l'architecture. Benoit Peeters relevait en passant que Robick n'était au fond qu'un "Horta radicalisé" dont le pouvoir se serait étendu à l'échelle de toute une ville, passant ainsi d'une architecture totale à un urbanisme totalitaire.

Le catalogue commémoratif (que je n'ai donc pas vu) semble avoir été surtout dédié à Victor Horta, puisque François Schuiten n'y a publié que quelques images. L'auteur de BD a certes dessiné la couverture (qui montre une vue imaginaire du Musée des Beaux-Arts d'après des projets dessinés par Horta) mais il n'a sinon droit qu'à sept illustrations dans un ouvrage qui est d'avantage intéressé par l'architecture que par la fiction. Notons que Benoit Peeters y a aussi écrit un texte analytique consacré à Horta, et ce travail commun nous autorise à inclure ce catalogue dans la bibliographie des deux "bédéastes", même si cet opus reste un peu anecdotique. A l'époque, quelques fans n'hésitèrent à inclure cet ouvrage dans la série des Cités Obscures, cet univers ayant une irrésistible tendance à "phagocyter" tous les ouvrages qui l'entourent, et ce point restera bien sûr un sujet d'inépuisables discussions.  Wink

Aujourd'hui, ce livre est absolument introuvable mais je ne suis pas sûr qu'il faille vraiment le regretter. La plupart des illustrations de Schuiten qu'il contient ont été reprises dans le livre consacré à la Maison Autrique et "Architectures rêvées" ne présente finalement que peu d'images inédites. Le texte de Benoit Peeters semble bien sûr intéressant, de même que la comparaison entre Robick et Victor Horta, mais les analyses sur les sources d'inspiration des Cités obscures ne manquent pas. Il y a en effet de multiples textes critiques et livres d'images à découvrir à propos de Schuiten, et ce catalogue apparait donc comme une oeuvre plutôt mineure, dont l'acquisition n'intéressera finalement que les fanatiques soucieux d'avoir une collection complète.

La conclusion évidente de tout cela, pour le reste, c'est que cet ouvrage est bien un livre perdu. Un de plus ! Wink



Dernière édition par Raymond le Mer 29 Mar - 9:32, édité 1 fois


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Avec "De la Maison Autrique à la maison imaginaire", on retrouve le cas du livre profondément remanié quelques années plus tard et devenu obsolète. Au départ, cet ouvrage avait été publié en 1997 par l'éditeur "Lumière sur les Cités" (une appellation qui correspond peu ou prou à Schuiten et Peeters eux-mêmes  Wink ).



Construite en 1893 par Victor Horta, la Maison Autrique est un bâtiment d'apparence assez traditionnelle, qui était au départ destiné à être une habitation privée (pour la famille Autrique, bien sûr). Elle se distinguait par son style "Art Nouveau", visible en particulier sur sa façade, et l'édifice a été habité pendant quelques décennies, avant d'être partiellement transformé en magasin, puis d'être occupé par un couple d'artistes. A partir de 1993, cependant, la maison semblait vouée à l'abandon, malgré la célébrité de son constructeur.

C'est en se promenant à Bruxelles que Schuiten et Peeters découvrirent que cette maison était à vendre ! Passionnés tout deux par Horta, ils eurent l'idée de réhabiliter la construction, en association avec la commune de Schaerbeck, et il en déboucha un double projet. La Maison Autrique restaurée devait d'abord être un musée dédié aux maisons bruxelloises, mais il y avait aussi l'idée d'en faire une sorte de "porte vers l'imaginaire" ... vous voyez où je veux en venir.  Wink

Le réaménagement de l'intérieur de la maison fut donc conçu par François Schuiten comme une véritable scénographie. Chaque pièce devait avoir sa propre fonction, et le livre publié en 1997 exposait simplement le projet de ces travaux. On y trouvait un plan détaillé des emplacements à restaurer, ainsi qu'une série d'illustrations montrant l'aménagement intérieur de chaque pièce.

                                                                                


J'aimais bien ce petit livre tout plein d'espoir et d'enthousiasme, tout en me demandant si ce projet allait une fois vraiment aboutir. Mais il ne fallut en fait que sept ans pour concrétiser cette restauration et arriver au bout des travaux. De façon surprenante, l'endroit le plus attirant de la Maison Autrique était le grenier (la "porte vers l'imaginaire"), dans lequel Schuiten et Peeters installèrent quelques décors restants du "Musée des Ombres". Ce lieu devint dès lors (illico presto) un "opus supplémentaire" des Cités obscures, que tout passionné de la série se devait absolument de visiter.   Smile



Un site Web est consacré à la Maison Autrique, et il permettra aux amateurs "incapables de se déplacer" de faire une visite à minima de ses locaux restaurés.

http://www.autrique.be/fr/visite-guidee-main/visite-virtuelle-2

Il apparut ensuite très vite un nouveau livre, intitulé "La Maison Autrique, Métamorphoses d'une maison Art Nouveau", pour célébrer le succès final de l'entreprise. Edité en 2004 par les Impressions Nouvelles, cet ouvrage reprenait bien sûr tous les dessins et photos de son prédécesseur, en y ajoutant quelques textes techniques, ainsi que de nombreuses photographies de Marie-Françoise Plissart pour immortaliser les travaux de restauration.



Ce nouveau livre représentait bien sûr un compte-rendu final, et le premier album publié sept ans plus tôt devint aussitôt caduque. Il disparut assez vite de tous les catalogues et il est devenu difficile à trouver (même s'il n'est en principe pas coté). Aujourd'hui, "De la maison Autrique à la maison imaginaire" est vraiment un livre perdu.

J'ai bien sûr acheté le nouvel album qui est plus complet et j'aurai dû en principe me débarrasser du vieil ouvrage désuet, mais ... je n'arrive pas à m'y résoudre. J'aime bien ce petit livre naïf et plein d'espoir, et je crois que je ne le jetterai jamais.

C'est peut-être cela, être collectionneur.  jap


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Pour ce qui concerne le titre suivant, j'ai une grosse incertitude. Ce livre est recensé dans la Bédéthèque et il est bien connu des collectionneurs mais ... il me parait difficilement classable. En fait, il n'est pas vraiment "de Schuiten".  Rolling Eyes

Ce livre s'intitule Etranges Nouvelles et il a été publié en 1998 par les éditions Luc Pire.



Mais de quoi s'agit-il donc ? C'est un recueil de nouvelles littéraires qui ont été écrites par 13 jeunes auteurs. Ces nouvelles ont toutes pour thème commun le monde des Cités obscures et elles sont illustrées par un certain nombre de dessins tirés des albums de la même série. Schuiten en a aussi dessiné la couverture.

Malheureusement, je n'ai jamais vu cette édition qui est fort rare. Il m'est difficile de fournir un jugement catégorique, mais l'apport de Schuiten m'y semble quand même assez réduit. C'est certainement un bel hommage littéraire à l’œuvre commune de Schuiten et Peeters, et on peut éventuellement l'admettre dans la catégorie des "livres illustrés". Je me demande cependant ce qu'en pensent les grands connaisseurs de la série, qui ont probablement lu le bouquin. A l'évidence, ce n'est pas un album "de Schuiten", ni un livre "sur Schuiten".  

Les vrais fans des Cités obscures seront peut être néanmoins intéressés par ce recueil de récits apocryphes, que l'on peut d'ailleurs trouver sur certains sites de vente. Il leur faudra toutefois débourser une somme assez conséquente, car le livre est plutôt rare et ... les spéculateurs occupent maintenant le terrain.  

Mais cette dernière constatation est plutôt normale, puisque l'ouvrage n'est plus disponible en librairie. C'est indiscutablement un nouveau livre perdu.   Wink


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Me voilà enfin Raymond ;-)

Cet ouvrage de 136 pages noir et blanc aux éditions Luc Pire est le résultat d'un concours de nouvelles réservé au 10 - 16 ans. A la base il y avait un texte de Benoît Peteers et cette illustration de François Schuiten qui a servi de couverture au livre. Il reprend les meilleures histoires imaginées à partir de ces deux éléments et comporte quelques illustrations en noir et blanc piochées ici et là dans les illustrations de François. Le livre a été édité en 1998.

Je reviendrai sur le forum avec quelques autres livres perdus, que je livre à la volée : L'enfant de Phoebus (pour la sculpture du même nom), Les chevaux de lune (qui a finalement été retrouvé dans une réédition), Histoires de timbres, L'Atelier de Schuiten et Peeters, Autour des Cités Obscures, As Cidades Visiveis... et puis des choses encore plus improbables comme Correspondances (de Mary Von Rathen) et puis aussi un autre livre tellement perdu qu'en connaître seulement l'existence est déjà rare !

Théo

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