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Les proies du volcan

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1Les proies du volcan Empty Les proies du volcan le Jeu 25 Juin - 10:18

Raymond

Raymond
Admin
Au départ, il y a un scénario que Jacques Martin avait écrit à l'intention de Paul Cuvelier. C'est une aventure de Corentin qui s'intitule l'Ogre Rouge et Cuvelier en a dessiné 8 planches, de manière partielle (il n'a fait par endroit qu'un crayonné rapide) en 1973, avant de renoncer totalement à la BD. Elle montre Corentin et Kim qui sont déposés sur les rivages d'une île, après que leur bateau ait été saisi par des mutins.


Les proies du volcan Corent10

Quinze ans après, Jacques Martin reprend ce scénario pour faire les Proies du volcan. Alix et Enak remplacent Kim et Corentin, et le récit démarre de la même manière.

Les proies du volcan Corent11

En relisant le synopsis de 1973 (il est publié dans la monographie de Philippe Godin consacrée à Paul Cuvelier), on peut se rendre qu'à quelques détails près, il s'agit vraiment de la même histoire. Il me semble malheureusement que ce "collage" dans l'univers d'Alix entraîne quelques invraisemblances. Où se trouve en effet cette fameuse île volcanique, recouverte d'une végétation équatoriale, peuplée de d'homme de race causasienne et visitée par des marchands phéniciens. Je n'en connais aucune qui puisse correspondre dans le monde méditerranéen.

Dans le monde de Corentin, on imaginerait facilement une île proche de l'Indonésie. Pour ce qui concerne Alix, cela pose plus de problèmes car il est rarement parti dans ces contrées, sauf lors de son voyage en Chine. Comme le récit s'intercale entre le Spectre de Carthage et les Proies du Volcan, et il m'est difficile de concevoir une expédition aussi lointaine entre les deux. Partant de tout cela, je conclus que cette île ne peut pas exister.

Une fois passé ce petit obstacle, les Proies du Volcan me parait être un excellent récit, à la fois cohérent et dynamique. Alix et Enak font d'abord connaissance avec une jeune indigène nommée Malua et il se développe une intéressante relation triangulaire. Malua et Enak apparaissent comme des rivaux et Alix doit même décliner une proposition de mariage.

Les proies du volcan Corent12

Alix et Enak entrent en contact avec la peuplade de l'île et constatent l'existence de sacrifices humains, proches du culte de Moloch. Ils découvrent également la présence de marchands phéniciens qui exploitent les supersititions et qui font du traffic d'esclaves. La fin du récit raconte leur afrontement, puis leur départ sur un radeau au grand désespoir de Malua. Dans l'Ogre rouge, la jeune fille se faisait tuer par un amoureux jaloux mais Jacques Martin se montre moins cruel dans les Proies du Volcan. J'aime beaucoup ces dernières images chargées de tendresse.

Les proies du volcan Corent13

On découvre ainsi chez Alix quelques sentiments de regrets. Ses relations avec les femmes sont bien compliquées. Wink

Au total, c'est un excellent album, même si il me parait "hors norme", c'est à dire moins réaliste. Je suis curieux de découvrir ce que va être l'opinion de Jacky-Charles, qui a préparé une petite étude sur cette histoire.



Dernière édition par Raymond le Jeu 23 Oct - 13:33, édité 1 fois


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2Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Jeu 25 Juin - 13:51

Laurent

Laurent
alixophile
alixophile
Pourquoi cette île ne serait-elle pas une des Canaries ? Ce sont des îles volcaniques, peuplées de berbères, proches de la Méditerranée.
La même localisation conviendrait d'ailleurs à l'île maudite de l'album du même nom.

3Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Jeu 25 Juin - 15:49

Raymond

Raymond
Admin
C'est une bonne idée, puisque les îles Canaries étaient connues pendant l'Antiquité. Les phéniciens ont navigué jusqu'à cet archipel. Je me demande toutefois quelles étaient les peuplades qui y vivaient. De plus, il me semble que la végétation que dessine Jacques Martin (luxuriante et de type équatorial) est bien différente de la flore actuelle des Canaries.

J'admets ne jamais avoir visité ces îles, alors je laisse les autres en juger. Wink


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4Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Jeu 25 Juin - 22:18

Jacky-Charles


docteur honoris causa
docteur honoris causa
Je vois que Raymond m'a préparé du travail, mais je crois comprendre pourquoi : en cette période où nous attendons tous les grandes vacances, un petit tour dans une région ensoleillée ne serait pas mal.
Mais il faut se méfier de certains lieux en apparence paradisiaques, leur aspect est parfois trompeur...
Parés pour le voyage sous les tropiques ? En avant !


LES PROIES DU VOLCAN


Quatorzième aventure d’Alix




Le résumé

En route pour l’Inde, où César les envoie rencontrer l’empereur Karnishah en vue de conclure une alliance contre les Parthes, Alix et Enak sont débarqués de force sur une terre inconnue, à la suite d’une révolte de l’équipage du vaisseau sur lequel ils ont embarqué. Tandis qu’ils construisent péniblement un radeau pour repartir, ils recueillent Malua, une jeune indigène apeurée qui craint que ses compatriotes la donnent en pâture à leur dieu volcan. Pour la remercier des services qu’elle leur a rendus, ils cherchent à entrer en contact avec sa tribu pour en apprendre davantage…


Quand cela se passe-t-il ?

Nous sommes toujours dans la période comprise entre -52 et -44, où se situent la quasi-totalité des aventures d’Alix, et puisqu’il est encore question de César.


Où cela se passe-t-il ?

Quelque part dans l’océan Indien, Alix et Enak s’étant embarqués pour l’Inde, où ils n’arriveront jamais, du moins dans cette histoire-ci. Le nom de la terre tropicale, d’après sa végétation luxuriante, où ils abordent, n’est pas précisé, et rien ne nous dit qu'il s'agisse d'une île.
Quelle terre ? Elle doit répondre à deux critères : être occupée par un peuple encore assez primitif, et comporter un volcan en éruption. Nous avons le choix entre l’actuelle Indonésie, où les volcans en état de marche ne manquent pas, la Grande Comore, dont le mont Kartala est toujours actif, et la Réunion, mais cette dernière, comme tout l’archipel des Mascareignes, était alors inhabitée. Par ailleurs, le physique des habitants rappelle plus les Indiens que les Malais ou les Africains.
Il s'agit plutôt d’un lieu imaginaire, composé par l’auteur d’après plusieurs caractéristiques des terres précitées.


Comment est racontée l’histoire ?

Certains ont pu dire que cette histoire « manquait de colonnes », mais cette terre sauvage est décrite d’autant plus somptueusement, « en l’état de nature », qu’il n’y a là ni temples, ni palais, ni forteresses. Tout cela est avantageusement remplacé par les arbres et les plantes ; en revanche, les animaux sont peu présents sur la terre, mais en mer, les impressionnants requins sont bien là. Le volcan est, lui aussi, magnifiquement représenté : on croirait voir la lave exploser et couler ! Tout cela est l’occasion d’une débauche de couleurs qui contrastent avec la simplicité des personnages. Ce prodigieux foisonnement n’est pas gratuit : il rend encore plus modestes les humains livrés à eux-mêmes. En réalité, l’endroit n’a rien de paradisiaque !
Le scénario est, pour cette fois, relativement linéaire. Entre l’arrivée et le départ d’Alix, il n’y a qu’un problème annexe à résoudre : que deviennent les jeunes gens enlevés à leur tribu ? Les effectifs de protagonistes étant, par la force des choses, réduits, il n’y a pas d’affrontement à grand spectacle entre eux. Les combats se déroulent à armes égales entre des indigènes peu agressifs et des Phéniciens trop peu nombreux pour être réellement dangereux. C’est plus l’occasion de voir l’énergie d’Alix l’emporter sur des adversaires décontenancés par son intervention inattendue, avec l’aide imprévue du volcan dont une coulée de lave anéantit un navire ennemi.
En fait, l’intérêt de l’histoire réside plutôt dans les rapports complexes entre les personnages, comment Malua vient troubler la complicité entre Alix et Enak, et comment Alix se positionne lorsque, dans la tribu, le pouvoir est en jeu.
Cette histoire avait été esquissée par Paul Cuvelier sous le titre « L’ogre rouge », mettant en scène Corentin et Kim. Nous avons pu en voir les premières pages sur le blog. Cet album n’avait pas été terminé et Jacques Martin avait repris son scénario pour en faire une aventure d’Alix.


Les routes de l’Inde et de la Chine

Donc, au début de cette histoire, nous rencontrons Alix en route pour l’Inde. Pour eux comme pour leurs contemporains, l’Inde est une étape sur la fameuse route maritime de la soie.
Où en est ce pays, qu’Alexandre n’a fait qu’effleurer, et dont le grand empereur-moine, de la dynastie des Maurya, Açoka, a disparu en -226 ? Açoka a fait construire 84 000 temples bouddhistes, ce qui ne l’a pas empêché de favoriser aussi le brahmanisme dont il est issu. A cette époque, les artistes indiens s’ouvrent à l’art des autres pays : Perse, Égypte, Grèce, et emploient enfin la pierre, selon leur image et leur imagination. Mais l’empire Maurya sombre après la mort d’Açoka.
Vers -170, des Scythes nomades, chassés du désert de Gobi par les Huns, eux-mêmes dérangés par Qin Chi Huangdi, le fondateur de l’empire chinois, émigrent vers le Turkestan, la Bactriane ( Afghanistan ) et la Parthie ( Iran ), mettant ainsi fin aux dernières monarchies grecques de la région, tout en s’hellénisant au passage. Ils en profitèrent pour entrer en Inde, dont la conquête fut l’œuvre d’une tribu qui prit le pas sur les autres, les Kouchanes. Ce sont eux qui règnent au moment de notre histoire. Plus tard, Alix a pu rencontrer certains d'entre eux, restés nomades, du côté de Khorsabad.
Cela n’empêcha pas le commerce, déjà florissant, et l’Inde resta l’escale centrale entre le monde méditerranéen et l’extrême orient, même si les commerçants préfèraient la route terrestre, moins risquée. L'étape indienne a une importance considérable, car tout le fret maritime embarque et débarque en Inde. Ainsi, personne ne fait la route en entier, les marins se relayant selon les régions et la saison.
En effet, un marin grec contemporain d‘Alix, Hippalos, découvrit le phénomène régulier de la mousson, que les navigateurs de l’océan Indien connaissaient depuis longtemps, mais gardaient jalousement secret. La mousson d’été, humide, pousse les navires vers l’est pendant six mois, d’avril à octobre, tandis que la mousson d’hiver, sèche, les ramène vers l’occident pendant les six autres mois, d’octobre à avril. Les convois ( à cause des pirates, on ne navigue jamais isolément ), qui ne naviguent qu’aux allures portantes, partent de la mer Rouge, font escale en Arabie, et atteignent la région de Bombay après une navigation de trois mois. D’autres prennent alors le relais, d’abord jusqu’à Ceylan et au golfe du Bengale, pendant encore trois mois, ensuite de là vers la Malaisie, Sumatra, Java, les Célèbes, l’Indochine, et Canton, parfois jusqu’à la Corée et le Japon, pour six nouveaux mois.On peut ainsi calculer la durée réelle du voyage qu'Alix effectuera plus tard en Chine : six mois juqu'en Inde, puis six mois d'attente pour attendre que le régime des vents permette de repartir vers l'Orient, et encore six mois de voyage, total, dix-huit mois ; nous voilà en Chine, où il faut rester au minimum un an, toujours à cause des vents, à moins de repartir tout de suite, et de nouveau dix-huit mois pour le retour, au total quatre ans.
Au cours de ces voyages, s’échangent les produits du monde méditerranéen : l’ambre, le corail, l’amiante, la pourpre, les tissus, la vaisselle de bronze, sans oublier les esclaves innombrables, tandis que viennent de Chine, d’Inde et de Perse : la soie, bien sûr, mais aussi d’autres tissus somptueux, des diamants, des épices, des bois précieux, du camphre, de l’ivoire, de l’or. Ni les marais, ni les forêts vierges de Malaisie ou d’Indonésie n’arrêtent les chercheurs d’or qui tentent d’entrer en relations avec les indigènes. Nos Phéniciens sont peut-être de ceux-là.


5Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Jeu 25 Juin - 22:21

Jacky-Charles


docteur honoris causa
docteur honoris causa
Une réinvention du monde

Alix et Enak abandonnés sur une terre déserte - ou qu’ils croient telle - n’ont rien de plus pressé que de chercher à s’en aller, ce qui est bien naturel. Les premières pages, avant l’arrivée de Malua, pourraient nous suggérer que nous avons affaire à une simple robinsonnade. Nos héros commencent par s’installer, prévoyant qu’ils risquent d’être là pour longtemps, puis entament la construction de leur moyen d’évasion, le radeau.
Saisissant contraste entre le monde paradisiaque - à nos yeux - dans lequel ils évoluent, et le travail de forçat auquel ils sont contraints de se livrer : dans cette courte séquence, ils doivent tout réinventer et leur ingéniosité est mise à rude épreuve. Bien qu’ils disposent de quelques outils mis à leur disposition par les mutins, ils ne travaillent pas sur un chantier naval d’Ostie ou du Pirée, et ils souffrent d’autant plus que, jusqu’à présent, les travaux manuels n’étaient pas leur occupation de prédilection. Et pourtant, ils avancent, preuve que leur apprentissage est rapide et leur permet de faire des progrès significatifs !
Un moment étonnant, et inhabituel dans les aventures d’Alix, est le désespoir de celui-ci. Habitué à l’action et à l’occupation de l’espace, le voici confiné dans un lieu inconnu, à la fois vaste et limité, exécutant des tâches de survie dont il ne voit pas l’issue favorable. Il parviendra à repartir, sous l’impulsion d’Enak, qui est pour une fois l’élément moteur, car il ne voit pas comment s’en sortir sans Alix, et en attendant la rencontre avec Malua, qui va lui offrir une autre motivation.



Alix et le pouvoir

Autre moment particulier de ce récit, celui au cours duquel Alix révèle à la tribu que son vieux chef lui avait menti. Les jeunes gens qui partaient avec le sorcier n’étaient donc pas exigés par le dieu volcan, mais par des trafiquants d’esclaves. Les indigènes pouvaient-ils d’ailleurs comprendre ce que signifiait cette notion d’esclavage ? Quoi qu’il en soit, ils n’attendaient ni ne demandaient sans doute pas ces révélations, en particulier que le chef participait à l’organisation du trafic ; le sorcier, lui, est mort et ne contredira ni n’accusera plus personne. Le chef ayant « oublié », la tribu aurait fort bien pu continuer à vivre comme par le passé, les Phéniciens en moins.
Mais Alix aime les situations claires, en particulier quand cela concerne le pouvoir, où il veut que chacun soit placé face à ses responsabilités ; s’il en était de même à Rome, qu'il connaît trop bien, ce serait parfait, mais n’exigeons pas trop…
La conclusion de cet épisode peut nous paraître étonnante : le chef est prêt à renoncer à son pouvoir, qu’un autre est tout aussi prêt à reprendre, et Alix rend ce pouvoir à son titulaire. Est-il donc si conservateur ? Ou bien a-t-il eu plutôt une juste évaluation de l’enjeu, qui à ce moment consistait à éviter une possible guerre civile au sein de la tribu, entre les partisans de l’ancien chef et ceux de la nouvelle génération, représentée par Karikuora ? Ce dernier pouvait accéder au commandement par une succession normale, ce qui se passe, en fait, grâce à l'intervention d'Alix. Les difficultés seront peut-être pour plus tard, mais Alix sera parti depuis longtemps.


Le jeu de la séduction

Jusqu’à présent, les femmes n’avaient pas beaucoup de chance avec Alix, reines ou bergères, elles ne voyaient que son indifférence répondre à leurs tentatives de séduction, sachant que Lidia Octavia est un cas à part : personnage historique réel, on sait qu'elle ne sera pas pour Alix en définitive ; on pourrait en dire autant de Cléopâtre, mais c'est elle qui a l'initiative, car elle joue dans une autre catégorie.
Ici, Alix pourrait se contenter d’être lui-même, d’autant plus qu’Enak est très présent, et pour cause, mais il prend vite une autre attitude avec Malua qu’il trouve d’emblée charmante. Elle s’est mise en frais à sa manière pour rechercher d’abord une protection bien utile dans une situation dangereuse pour elle, et une possibilité de partir quand les choses auront évolué. Et si pour une fois Alix répond à ses avances, c’est peut-être aussi qu’il sort d’une période particulièrement déprimante et qu’il se trouve moins sur ses gardes ; quoi qu’il en soit, il n’est pas indifférent à la petite sauvageonne. Il la récupère blessée et elle lui rend le même service lorsqu’il se trouve en fâcheuse posture sur le volcan ; dans les deux cas, Enak collabore sans discuter. Voilà qui crée des liens, mais pas au point d'aller jusqu'à un mariage, quoi qu'en dise le chef, et c'est l'origine du quiproquo final.
L’intervention de Malua dans la vie d’Alix risque-t-elle de rompre la complicité de celui-ci avec Enak, et ce dernier, s’apercevant du danger, s’attache-t-il à écarter l’intruse ? Ou bien est-il dépité de n’avoir pas été choisi ? Jusqu’au dernier moment, Alix ne semble pas fermement décidé à emmener Malua, malgré les efforts de celle-ci, ce n’est que lorsqu’elle se précipite vers le radeau qu’il change brusquement d’avis, avant qu’Enak le dissuade de revenir et que Karikuora règle le problème assez brutalement. En définitive, Alix me paraît avoir été plus ému qu’amoureux : dans ce cas, il se serait montré plus volontaire.
Je n’épiloguerais pas sur l’épisode bien connu des dernières pages qui montrent Malua dans toute sa splendeur : c’est en effet un plaisir pour les yeux, mais cela n’ajoute pas grand-chose à l’action proprement dite, ni à sa conclusion inéluctable.


Les personnages

Un générique particulièrement économe : seulement trois personnages principaux (Alix, Enak et Malua), et un certain nombre de figurants à peine différenciés parfois, les marins, la tribu et les Phéniciens.

Alix : passé son premier mouvement d’abattement, il retrouve vite sa pugnacité habituelle et il cherche à comprendre ce qui se passe. S’il tombe vite sous le charme de Malua, ce n’est pas au point de perdre tout son sens pratique : passant outre les réticences de la jeune fille, qui ne tient pas plus que ça à retrouver les siens, il prend contact avec la tribu pour obtenir une voile destinée au radeau. De même, après les épreuves rencontrées sur le volcan et la lutte victorieuse contre les Phéniciens, il intervient vigoureusement pour mettre le chef en face de ses responsabilités. Ce n’est qu’au moment du départ qu’on le voit hésiter : emmener Malua ou pas ? Autrement dit, s’il excelle dans l’action, il est moins à l’aise quand il faut tenir compte des sentiments.

Enak : lui aussi, au contact de son aîné, a acquis du sens pratique. Depuis ses mésaventures du « Prince du Nil », on l’a vu mûrir et gagner en assurance. Ici, il redonne de l’énergie à Alix, puis se conduit courageusement face aux hommes de la tribu, puis devant les Phéniciens, sans oublier le sauvetage d’Alix en péril sur le volcan. Il ne manifeste pas d’hostilité vis-à-vis de Malua, qu’il semble plutôt considérer comme un compagnon d’équipée supplémentaire, mais dont il ne tient pas à s’encombrer pour le voyage à venir. Sauf pour affronter les épreuves, ils se montrent d’ailleurs assez indifférents l’un à l’autre. De là toute l’ambiguïté de la situation. Alix et lui ressentent-ils la même chose au moment du départ à l’égard de la jeune fille ? Mais pour une fois, c’est la logique imparable d’Enak qui l’emportera.

Malua : une trouvaille, elle reste unique dans la galerie des personnages féminins de la saga d’Alix. Malgré la situation difficile dans laquelle elle se trouve, ou à cause d’elle, elle comprend vite qu’elle n’est pas indifférente à Alix et en profite pour tenter de le suivre, où qu’il aille. En revanche, il est peu probable qu’elle ait compris quels liens unissaient Alix et Enak, et qu’on ne les brisait pas aussi facilement, ce qui lui vaut d’être finalement écartée. Elle n’aurait pourtant déparé dans l’expédition qui s’annonçait : aussi courageuse et volontaire que les garçons, toujours prête à se défendre et à attaquer lorsqu’il le faut. Elle aussi connaît un moment de désarroi quand elle apprend qu’il lui faut rejoindre la tribu plutôt que de partir, mais elle le surmonte vite. Elle tentera de jouer sur la corde sensible au moment du départ d’Alix, mais ce sera en pure perte.

Et, par ordre d’entrée en scène :

Les marins de l’ « Amphitryon » : on ne les voit que sur la première page et on ignore la raison de leur révolte ; il est curieux que des personnages en mission apparemment officielle n’aient pas choisi un navire plus sûr et se déplaçant au sein d'un convoi.

La tribu : trois personnages seulement ressortent : le chef, le sorcier ( dont on ignore les noms ) et Karikuora ; un seul autre indigène est nommé : Lirakua, le jeune garçon qui saute volontairement dans le volcan.

Le chef : soucieux, comme il se doit, de ses prérogatives ( voir comment il « taxe » Alix pour calmer le volcan et garder Malua ), il veut surtout dissimuler à la connaissance de sa tribu son accord avec les marchands d’esclaves. Il perd pied lorsque leurs captifs reviennent et qu’Alix révèle le stratagème : il a de la chance que son visiteur soit partisan de la paix. Il s’oriente vers une succession en douceur qui fera oublier sa lâcheté d’autrefois. Grâce à lui, on sait le prix d'une femme chez ces bons sauvages : au moins vingt cochons.

Le sorcier : cheville ouvrière du trafic, c’est l’intermédiaire entre la tribu et les marchands d’esclaves. Il prépare les jeunes gens à leur captivité en leur apprenant des rudiments de la langue de leurs futurs maîtres. Il périra dans le volcan qui lui servait d’alibi.

Karikuora : c’est lui qui gagne le plus dans l’histoire, puisqu’il aura non seulement Malua, mais aussi la succession du vieux chef à peu près assurée. C’est logique : il est l’un des rares jeunes adultes restant dans la tribu. Il se caractérise d’emblée comme un ambitieux qui veut la femme et la place. Alix saura le tempérer et il l’écoutera ; cette preuve de sagesse démontre qu’il fera probablement un bon chef.

Les Phéniciens : seul leur aspect physique les différencie, en dehors de cela, ils restent anonymes. Ce sont des prédateurs qui, comme le dit Alix, ne naviguent pas si loin sans raison. Ils ont trouvé un bon filon, avec des complices terrorisés et consentants. Et le volcan est un autre complice qui leur facilite bien les choses. Peu téméraires en position d’infériorité, ils cèdent la place sans admettre leur défaite. Leur froide cruauté et leur mépris de la vie humaine en fait des ennemis exemplaires.


Conclusion

Un album un peu à part dans la saga d’Alix, surtout par son décor inhabituel. Malgré l’apparente simplicité de l’histoire, on y retrouve tous les ingrédients de la série : le courage, le dévouement, la fidélité, même si, comme bien souvent dans ces récits, les sentiments doivent céder la place au réalisme.


Sources : voir les précédentes études.

La prochaine fois : “L'enfant grec”.

-oOo-

6Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 12:05

Raymond

Raymond
Admin
Bravo Jacky-Charles ! pouce

Ta remarque sur le temps qui est nécessaire pour un tel voyage m'interpelle.

J'imaginais qu'un aller-retour vers la Chine, tel qu'Alix le fait dans l'Empereur de Chine, devait prendre en gros une année. Selon toi, l'aller-retour nécessite en fait 4 ans ! confused

Je fais les comptes : Alix fait un premier voyage dans l'Océan Indien (vraisemblablement l'Indonésie) dans les Proies du Volcan, puis un deuxième en Chine. Au total, ces deux expéditions (séparées) nécessitent 8 années de vie. siffle

Comment insérer tout cela entre les années -52 à -47 ? Rolling Eyes


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7Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 14:54

Invité


Invité
Raymond a écrit:
Je fais les comptes : Alix fait un premier voyage dans l'Océan Indien (vraisemblablement l'Indonésie) dans les Proies du Volcan, puis un deuxième en Chine. Au total, ces deux expéditions (séparées) nécessitent 8 années de vie. siffle

Comment insérer tout cela entre les années -52 à -47 ? Rolling Eyes

Je crois qu'il faut considérer chaque aventure d'Alix comme étant unique et ne pas envisager la série dans sa continuité, d'ailleurs il n'y en a pas : J Martin a toujours soigneusement évité de faire un lien entre chacun de ses épisodes. C'est certain que si on "intellectualise" un peu trop, on relèvera des incohérences chronologiques, historiques ou simplement pratiques : en 4 ou 5 ans, Alix n'aurait pas pu vivre tout ce qu'il a vécu jusqu'ici, sans compter les futurs épisodes...
Le plus important, pour moi, reste le plaisir de la lecture, celui de plonger dans cet univers si particulier et se laisser guider par ce conteur hors norme qu'est J Martin Very Happy

8Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 16:12

Invité


Invité
Jean-Marc a écrit:

Le plus important, pour moi, reste le plaisir de la lecture, celui de plonger dans cet univers si particulier et se laisser guider par ce conteur hors norme qu'est J Martin Very Happy

Je partage entièrement ton avis sur ce point, Jean-Marc. pouce

9Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 16:34

Jacky-Charles


docteur honoris causa
docteur honoris causa
Jean-Marc a raison : il faut voir chaque histoire de façon indépendante, sans se soucier de leur durée apparente ni de la chronologie ; d'ailleurs, peu d'entre elles sont datées et un bon nombre ont pu se passer n'importe quand en l'absence de référence historique précise. Quelqu'un n'a-t-il pas dit sur ce forum - ou sur le précédent - qu'Alix revivait toujours les deux ou trois mêmes années ?
C'est vrai que je n'ai pas calculé la durée du voyage pour "Les proies du volcan", parce que je ne peux pas affirmer que l'arrivée se situait en Indonésie... ou ailleurs. Toutefois, l'Indonésie ( disons pour simplifier : Sumatra ) est plus proche que la Chine et on devrait s'en tirer en 6 mois aller, autant pour le retour, et un an sur place, soit au total 2 ans "seulement".
Ne pas oublier que la navigation était alors un exercice très aléatoire : on quittait rarement la côte de vue, on ne naviguait presque jamais la nuit, à cause des écueils, et encore à condition de bien connaître la position des étoiles... si elles étaient visibles, on s'arrêtait dans presque tous les ports, pour charger et décharger des marchandises. C'est ce qui explique en partie la durée des voyages, et aussi que personne ne les faisait en entier : les marins se relayaient de pays en pays, parfois de port en port, pour ne pas trop s'éloigner de chez eux ; en Méditerranée, on ne naviguait pas, ou très peu, pendant la mauvaise saison, de novembre à mars.

10Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 18:03

Invité


Invité
J'ai oublié de te féliciter pour ton superbe exposé, Jacky-Charles! Very Happy

11Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 26 Juin - 22:21

Jacky-Charles


docteur honoris causa
docteur honoris causa
Merci à vous !

12Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Mar 9 Déc - 16:59

Raymond

Raymond
Admin
Dans une interview, que Stéphane nous a récemment révélée sur Alix Mag (qui est surtout consacrée à Iorix le Grand), Jacques Martin nous fait quelques confidences sur la conclusion des Proies du Volcan.

Voilà ce qu'il dit sur la fin de l'histoire : "Vous savez, sans l'insistance d'Enak, Alix serait resté sur l'île".

Alix était donc bien amoureux ! Cet aveu met à mal sa réputation d'indifférence vis-à-vis des femmes.

La référence de cette interview :

http://alixmag.canalblog.com/archives/2014/11/28/31045351.html


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13Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Mar 9 Déc - 20:30

Ethan

Ethan
grand maître
grand maître
Raymond a écrit:Dans une interview, que Stéphane nous a récemment révélée sur Alix Mag (qui est surtout consacrée à Iorix le Grand), Jacques Martin nous fait quelques confidences sur la conclusion des Proies du Volcan.

Voilà ce qu'il dit sur la fin de l'histoire : "Vous savez, sans l'insistance d'Enak, Alix serait resté sur l'île".

Alix était donc bien amoureux ! Cet aveu met à mal sa réputation d'indifférence vis-à-vis des femmes.

La référence de cette interview :

http://alixmag.canalblog.com/archives/2014/11/28/31045351.html


Mais son amour pour Enak était plus fort !!! Embarassed

14Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Mer 10 Déc - 15:00

Erik A

Erik A
martinophile distingué
martinophile distingué
Passionnant Jacky-Charles, comme toujours... Je redécouvre du coup un album que je n'aime guère sous un éclairage très intéressant...

http://erikarnoux.blogspot.com

15Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Ven 19 Déc - 19:50

alix76

alix76
débutant
débutant
C'est mon album préféré, et aussi celui que l'on m'a offert en premier en 1983, j'avais 7 ans. Je dirais que c'est peut-être l'album le plus accessible pour les plus jeunes (l'intrigue est simple, les dialogues pas trop copieux). Un volcan c'est toujours fascinant pour les enfants et j'adorais la couverture et certaines scènes spectaculaires (la lave, les requins). Le petit côté Robinson Crusoe au démarrage me plaisait également (Avec Enak en Vendredi ?). En même temps, il y a une double lecture et un "métatexte": l'histoire d'amour volcanique entre Alix et Malua.
C'est un album que j'ai parfois associé à Indiana Jones et le Temple Maudit que j'ai vu au cinéma à la même époque avec ces scènes de lave incandescente.
Pour moi c'est un petit chef d'oeuvre qui m'a fait découvrir ensuite toute la série.

16Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Sam 20 Déc - 0:54

Raymond

Raymond
Admin
C'est au fond une bonne histoire, mais elle est tout de même bien éloignée de ce qui intéresse la plupart des amateurs d'Alix, à savoir l'histoire de l'Antiquité.  

C'est par ailleurs une vulgaire "récup", puisque ce récit était au départ destiné à Corentin.

Le relatif dédain de certains "alixophiles" n'est donc pas totalement injustifié.  Wink


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17Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Lun 21 Sep - 18:10

Inky

Inky
compagnon
compagnon
Je viens de relire cette excellente aventure un peu hors normes (et c'est aussi ce qui la rend particulièrement attachante, par effet de contraste), et j'avoue cependant que j'ai été interpellé par l'ingérence d'Alix en fin de récit dans l'avenir politique de la tribu.

Les rapports d'Alix au pouvoir ont toujours été un peu troubles. N'y est sûrement pas étranger le fait qu'il soit un héros antique... du XXème siècle ! D'où conflit permanent entre la nécessité pour J. Martin de dépeindre des mentalités d'époque crédibles... mais simultanément compatibles avec les valeurs contemporaines de son lectorat.

À l'époque où ce récit est publié, la moralité des publications pour la jeunesse reste un enjeu très surveillé par la censure, en témoigne l'épreuve de force au sujet de la poitrine de Malua. Les héros contemporains partagent donc bien souvent un côté boy-scout et des valeurs telles que compassion, courage, justice, loyauté, etc. (C'est pour ça qu'ils sont un peu chiants et qu'on leur adjoint généralement un compagnon moins politiquement correct) Ils ont en outre coutume de se révolter sans hésiter contre la cruauté et l'oppression, et ne se font généralement pas faute d'un patriotisme sans faille.

Or, même si la Seconde Guerre Mondiale ne concerne pas Alix et si de l'eau a coulé sous les ponts en 1978 lorsque paraît Les Proies du volcan, elle reste à ce moment-là un événement récent où le patriotisme s'est révélé une notion à géométrie très variable qui a déchiré le pays et reste un sujet embarrassant voire un traumatisme national.
Cela explique probablement que les héros de la jeunesse de l'époque tonitruent d'autant plus leur patriotisme sans tâche, afin de rétablir le roman national et de panser la plaie béante de l'honneur français, terni par l'épisode honteux de la collaboration.

Dans Les Proies du volcan, le vieux chef de la tribu correspond on ne peut mieux à la définition du collabo. C'est même un "Philippe Pétain bis": un chef de guerre respecté dans sa jeunesse, vaincu à plates coutures par un ennemi étranger doué d'une technologie militaire indiscutablement supérieure qui lui met en main un marché inacceptable : lui livrer ses "enfants" pour les emmener ailleurs vers l'esclavage et la mort en échange de la paix, d'une sauvegarde des apparences et de son maintien à la tête des siens.
Au bas de la page 40, le vieux chef apparaît même quasiment comme un sosie du vainqueur de Verdun, tout juste grimé par l'ajout d'un peu de pilosité supplémentaire, et le symbole de son pouvoir... est un bâton (de maréchal) !

Il me semble donc très étonnant pour ne pas dire choquant qu'après ses aveux Alix puisse le légitimer aussi facilement et de façon aussi catégorique. Je ne prétends pas savoir quelle serait "la bonne réponse" face à un dilemme aussi cruel et je me garderai bien de porter un jugement sur l'Histoire (la vraie). Il n'en reste pas moins que pour la postérité, la décision prise par Pétain est assez communément admise comme étant infamante. Les Proies du volcan prend donc des allures assez inattendues de réhabilitation, et se positionne complètement à contre-courant de l'opinion générale et du cap habituel maintenu par les héros jeunesse.

D'une façon plus générale dans la série, Alix se présente comme un gaulois romanisé donc pourrait être taxé de soumission à l'envahisseur, donc de collabo lui-même d'une certaine façon. À chacun d'en juger selon sa sensibilité. Mais dans cet épisode en particulier, le message me semble beaucoup plus précis et appuyé. C'est plus dur de faire mine de ne pas le voir.
Et je suis donc surpris que cela n'ait pas été retoqué par la censure en 1978 et ait été publié.

À moins que les pages en question aient fait partie de celles envoyées trop tard pour la censure et imprimées telles quelles, à l'instar des seins de Malua ?

18Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Lun 21 Sep - 22:56

Khyron


compagnon
compagnon
A dire vrai, il n'y avait plus guère de censure dans la France de 1978, qui n'est plus celle de 1949 (loi sur les publications destinées à la jeunesse) ni même celle de 1968 ! Autocensure au sein du journal Tintin en revanche, certainement... Ce sera encore vrai dans les années 1980, notamment dans la version publiée dans le journal de "Ténèbres sur Venise" (série "Vasco" de Gilles Chaillet) où une très courte scène d'amour de deux cases entre Vasco et Sophie Cantacuzène est très chaste, comparativement à celle de l'album !

Et même pour la signification politique, n'importe quelle planche des "Innommables" ou de la "Patrouille des libellules" (séries quasiment contemporaines de l'album) est plus caustique ou politiquement incorrecte que l'ensemble de l'album. Du reste, Martin ayant lui-même été STO, je doute qu'on puisse le taxer de sympathie maréchaliste.

19Les proies du volcan Empty Re: Les proies du volcan le Mar 22 Sep - 8:58

Raymond

Raymond
Admin
On peut bien sûr faire le lien entre le chef du village et Philippe Pétain, mais contrairement à ce dernier qui pouvait choisir une alternative en 1940 (poursuivre le combat en s'appuyant sur les colonies françaises), les indigènes de l'île n'ont guère le choix contre les phéniciens. Ils essaient simplement de survivre et le chef de cette tribu ne me semble pas vraiment coupable.  Rolling Eyes


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