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Alix et la censure

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1 Alix et la censure le Dim 3 Jan - 17:10

bruno

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grand maître
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Une anecdote se trouvant peut être ailleurs dans le blog... mais au cas où...

Lorsqu' ALIX passa des éditions du Lombard à Casterman, deux albums de Jacques Martin furent menacés d'interdiction de vente :
" A cette époque, il y avait de véritables règlements de compte entre la France et la Belgique, se souvient aujourd'hui Jacques Martin. Les Légions perdues et La Griffe noire ont été interdits à l'étalage pour ''incitation à la haine et à la violence''… On me reprochait d'avoir dessiné un cagoulard sur la couverture, et on voyait dans ces histoires des insinuations directes à la guerre d'Algérie… C'était n'importe quoi, mais ces livres, avec une telle sanction, étaient voués au tombeau ! Je m'en suis ouvert à René Goscinny, qui est allé lui-même devant la Commission, pour que soit levée la censure. Il a obtenu gain de cause, pour mon plus grand soulagement ! "

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2 Re: Alix et la censure le Dim 3 Jan - 17:11

Pierre

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vieux sage
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Oui, oui, on en a parlé je ne sais plus où ? Very Happy

3 Re: Alix et la censure le Dim 3 Jan - 18:51

Raymond

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On en a parlé, mais impossible de dire dans quel sujet.   Question

Ceci dit, la censure s'est mainte fois ridiculisée à cette époque, avec des décisions semblables.

Cela avait surtout pour effet de rendre certains albums inaccessibles. Si je n'ai pas eu de problème pour trouver un exemplaire de la Griffe Noire pendant les années 60, ce n'était pas le cas pour d'autres séries. Je me souviens par exemple que certains albums de Gil Jourdan (Popaîne et Vieux Tableaux) ou ce Buck Danny (Ciel de Corée) sont longtemps restés introuvables, en tout cas jusqu'au début des années 70.  Rolling Eyes


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4 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 9:30

AJAX

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Mmmmmouais. Mais êtes-vous bien certains que c'est lors du passage du Lombard à chez Casterman ? N'est-ce pas plutôt au moment de la première édition en album au Lombard ? A vérifier.

LA GRIFFE NOIRE : Lombard 1959 // Casterman 1965
LES LEGIONS PERDUES : Lombard néant // Casterman 1965

LA GRIFFE NOIRE évoquait une bavure de l'armée romaine (id. est française : la légion [étrangère], les Centurions [de J. Lartéguy, 1960 (*)]...). L'Algérie venait d'obtenir son indépendance (5 juillet 1962). Mais je vois moins ce que LES LEGIONS PERDUES aurait pu contenir de subversif... sauf peut-être le fait que certains Romains de la mouvance de Pompée soutenaient une rébellion... gauloise... contre Rome. Ce serait chercher un peu loin, mais soit !
... A part le fait que l'album Casterman sortit la même année et aurait donc ainsi pu faire l'objet d'une sanction collatérale.

Quelqu'un aurait-il vu où cet album aurait pu coincer ?
_________
(*) Rééd. 1964 sous le titre LA GUERRE D'ALGERIE (2 vols : 1. Les Centurions & 2. Les Prétoriens).

5 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 9:39

AJAX

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La France se voyait comme successeur de Rome en Afrique du Nord. Ense et arato ("par le glaive et la charrue") disait le maréchal Bugeaud (repris ou paraphrasé dans je ne sais plus quel album d'Alix, peut-être LE DIEU SAUVAGE). N'était-elle pas la patrie des Pères de l'Eglise à reconquérir ? Toute la littérature coloniale de l'époque en atteste... L'Atlantide de Pierre Benoit etc.

6 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 9:58

Raymond

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Admin
Ne serait-ce pas tout simplement le ton très adulte des récits de Jacques Martin qui avait été censuré à l'époque ?  Les Légions Perdues dépassaient en effet largement le niveau habituel d'intérêt des BD pour la jeunesse.

Que ne ferait-on pas pour protéger nos chères têtes blondes ? Wink


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7 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 10:37

Raymond

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Admin
J'ai retrouvé une des interviews dans lequel Jacques Martin évoque ce problème de censure :

http://erato.pagesperso-orange.fr/horspress/martin.htm

On lui faisait des reproches de "violence et incitation à la haine".  Rolling Eyes

La question se trouve tout à la fin de cet entretien assez long.


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8 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 11:25

AJAX

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Plus adulte, Jacques Martin ? Peux-tu développer, Raymond ? Very Happy

Ayant limité mes investigations à la BD historique (antiquité), je connais mal le contexte. Beaucoup de BD humoristiques bien sûr (Modeste et Pompon, Spirou, Tintin, les Schtroumpfs etc.). Mais les séries réalistes comme Buck Danny ou Blake et Mortimer sont frappées par les règles catholiques excluant les représentations féminines. Ne parlons même pas des Oncle Paul et séries assimilées. Si Jeanne d'Arc n'avait pas été canonisée en 1920, ces cons-là nous auraient bien pondu une "Jeanne d'Arc" sans Jeanne d'Arc.

Evidemment, la réaction bien-pensante aux "crime comic-books" américaines se comprend assez, sachant qu'à l'époque la BD est une sous-littérature. Voyez F. Wertham dans LES TEMPS MODERNES/118, octobre 1955. J'ai scanné les dossiers et les tiens à la disposition des curieux qui m'en feraient la demande par MP.

Dans ce sens, les initiatives de Jacques Martin prennent tout leur sens, encore qu'il n'ait jamais été très bon pour dessiner la femme (j'en parlais encore avec Marc Jailloux et Mathieu Breda le mois passé : dans LE DERNIER SPARTIATE, sa reine Adréa me rappelle le faciès hommasse d'Irène Papas). Mais il est indéniable qu'il les a sorties de l'ombre, malgré les "réactions de la rédaction" de TINTIN.

Mai 68 n'est pas loin, BARBARELLA et EPOXY (celle-ci de Cuvellier, le pote à Martin) vont s'épanouir au soleil et accoucher d'une BD plus adulte, prénommée "9e Art".

Vois-tu, Raymond, un équivalent féminisant dans les séries classiques de l'époque (Barbe-Rouge, Buck Danny, que sais-encore ? Par exemple Bob Morane, où apparaissent dans les romans, puis dans les BD de pulpeuses jeune journalistes de charme et de choc, que fraternellement le fringant commandant appelle "petite fille" et embrasse chastement sur le front à la fin de l'histoire ?
Ne croyez pas que je ramène tout au beau sexe, mais il faut bien admettre qu'à part le méchant de service - toujours plus fascinant que le héros(*) - la BD reste très conventionnelle et BCBG, sauf chez quelques éditeurs anarchistes-que-la-police-surveille.
____
(*) Comme le rappelait malicieusement Henri Vernes à son président de fan club, Jacques Dieu : "On s'amuse toujours beaucoup plus avec Satan qu'avec Dieu."

9 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 12:18

Raymond

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Admin
Il n'y a pas que la sexualité qui puisse être visée par la censure. Il y a aussi la violence, et éventuellement la politique.

Dans Alix, c'est plutôt la relative violence de certains combats (qui ne manquent pas dans les Légions perdues) et surtout l'efficacité du dessin de Jacques Martin qui a heurté les censeurs. Derrière son académisme, son graphisme est en effet très dynamique et certaines images peuvent être considérées comme terrifiantes (je pense à la vignette qui montre un barbare tenant Alix par dessus ses épaules, avant de le projeter dans le vide).

La couverture de la Griffe Noire est par ailleurs tout à fait remarquable, et elle représente un autre exemple de ce qui choquait les censeurs. Cette capacité du dessinateur à réveiller certaines craintes a probablement donné envie à certains de protéger les enfants d'un "tel spectacle" (sans compter l'éventuelle accusation supplémentaire de racisme, qui peut surgir devant cette image d'un "méchant noir" portant une cagoule).

Jacques Martin était peut être tout simplement victime de son talent !   Wink


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10 Re: Alix et la censure le Lun 4 Jan - 20:40

Pierre

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Lorsqu'Alix passa des éditions du Lombard à Casterman, deux albums de Jacques Martin furent menacés d'interdiction à l'étalage… " A cette époque, il y avait de véritables règlements de compte entre la France et la Belgique, se souvient aujourd'hui Jacques Martin. Les Légions perdues et La Griffe noire ont été interdits à l'étalage pour ''incitation à la haine et à la violence''… On me reprochait d'avoir dessiné un cagoulard sur la couverture, et on voyait dans ces histoires des insinuations directes à la guerre d'Algérie… C'était n'importe quoi, mais ces livres, avec une telle sanction, étaient voués au tombeau ! Je m'en suis ouvert à René Goscinny, qui est allé lui-même devant la Commission, pour que soit levée la censure. Il a obtenu gain de cause, pour mon plus grand soulagement ! "
Arrow http://www.elvifrance.fr/CENSURE/comicsdaily.htm

11 Re: Alix et la censure le Jeu 7 Jan - 15:30

AJAX

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Pierre a écrit:Arrow http://www.elvifrance.fr/CENSURE/comicsdaily.htm
Intéressante cette référence à la censure BD du site Elvifrance, Pierre ! Je ne connaissais pas.

Elvifrance : de MESSALINE à VENUS DE ROME
En revanche j’ai tout un box de fumetti per adulti « peplums » d’Elvifrance, dont une série qui a plusieurs fois changé de nom (et d’adresse d’éditeur) pour déjouer la vigilance de Dame Anastasie : MESSALINE – POPPEE – FULVIA et qui s’est finalement stabilisé sous le nom de VENUS DE ROME (1971-1973, 21 numéros pour ce dernier titre). Les trois premiers titres ont rarement dépassé les six numéros avant que ne tombe le couperet castrateur. Mais ici nous sommes dans les années ‘70 http://www.elvifrance.fr/Titres/Venus.htm c’est-à-dire encore dans les grandes années soixante-huitardes – soit, au cinéma, les grandes heures de gloire du porno de Jess Franco et consorts (loi Giscard). Je compte au moins 154 numéros dans l’édition italienne MESSALINA, mais je suis sans doute incomplet.
Toutefois, dans ce cas-ci, la censure vise une BD adulte et ça n’a plus rien à voir avec la BD catho des années ’50-’60… Pas le même public, pas la même époque.
Ces BD étaient très mauvaises, bâclées… mais de contenus très explicite. Je n’en ai lu qu’une poignée à l’époque où je fanzinais le film CALIGULA avec Malcolm McDowell ; mais en revanche j’en appréciais les superbes couvertures. Il me semble que Manara a dû bidouiller dans je ne sais laquelle de ces séries… ( http://www.elvifrance.fr/Hist_EF/Pourquoi.htm )

Sur la suggestion de Raymond, j’ai feuilleté cet après-midi LES LEGIONS PERDUES. En quête d’exemples de violence. A part les quatre pages gladiatoriennes, qui à mon sens n’offrent pas de quoi fouetter un chat (mais faut-il voir dans le contexte de l’époque ?). Le méchant s’assomme lui-même en chutant dans l’arène. Pas une goutte de sang ! Ca nous renvoie au cahier de charges « martinien » récemment évoqué par Marc Jailloux dans ALIX MAG, et dont j’ai traité ici : http://lectraymond.forumactif.com/t1221p90-par-dela-le-styx#70406  

A vrai dire, beaucoup moins BCBG, un petit format BD de quai de gare d’origine britannique et que j’aime beaucoup - OLAC LE GLADIATEUR (Chapelle éd., 1960-1968), a été confronté à la même problématique.
Entre deux batailles contre les Huns, les Germains, les Parthes ou les Beatles (oui, les Beatles, les Bitèles quoi), Olac - plus barbouze que gladiateur - devait bien de temps à autre descendre dans l’arène pour divertir son empereur… Il s’y battait amicalement contre ses potes, et parfois contre un vrai méchant sournois. Anticipant l’archéologie expérimentale, cette BD sans prétentions avait, d’ue certaine manière, compris l’absurdité du cliché « gladiature = boucherie sanguinaire ». Mais il lui a fallu trouver bien des astuces pour ne pas contrevenir à la loi de 1949.
J’avais eu l’occasion d’en parler avec Pierre-Léon Dupuis - son repreneur français - mais il n’a jamais évoqué de problème avec la censure (seulement avec son patron Jean Chapelle !).

Pierre a écrit:
A cette époque, il y avait de véritables règlements de compte entre la France et la Belgique, se souvient aujourd'hui Jacques Martin. Les Légions perdues et La Griffe noire ont été interdits à l'étalage pour ''incitation à la haine et à la violence''… On me reprochait d'avoir dessiné un cagoulard sur la couverture, et on voyait dans ces histoires des insinuations directes à la guerre d'Algérie…

Y’a bon Banania
Le racisme de LA GRIFFE NOIRE ? Ah oui, ce tueur africain calqué sur les Aniotos… les Hommes-Léopards ? (peut-être bien tirés de TINTIN AU CONGO, conspué de nos jours encore par les « belles consciences de gôche »). L’osmose Martin-Hergé ? Mais quid alors des aventures de TARZAN ? Il est vrai qu’après la WWII, le cinéma post-colonial fait migrer les exploits de l’Homme-Singe plutôt vers l’Amérique du Sud ou l’Asie du Sud-Est.

Protectionnisme
Il me revient d’avoir lu quelque part les souvenirs de Jean-Jacques Schellens, directeur littéraire aux Editions Marabout, qui lui aussi évoque les difficultés de cet éditeur belge à diffuser ses livres en France dans les années ’50-’60. La thèse protectionniste me paraît donc assez crédible. Quand aux prétextes moraux évoqués par les censeurs… les excuses sont faites pour s’en servir, n’est-ce pas ? Bien sûr, il y aura aussi les effets de mode sociétale : voici belle lurette que Lucky Luke a troqué son éternel mégot contre un brin d’herbe. Mais bientôt on interdira l’herbe aussi (Very Happy), je suis bien tranquille…  Big Brother…

De la BD au cinéma
Ce qui m’a toujours interpellé c’est la dichotomie entre la BD et le cinéma. Je la mets quelque part en relation avec la pédagogie. Quand j’étais gamin, à l’école, on n’avait pas le droit de lire Bob Morane (sous peine de confiscation) et je devais me taper les éditions expurgées d’H.G. Wells ou de H. Rider Haggard de la bibliothèque scolaire. Des classiques. Aujourd’hui mes anciens condisciples devenus enseignants sont bien heureux quand ils arrivent à faire lire Bob Morane aux chères petites têtes blondes (ah ! je devrais peut-être aussi censurer « blondes » ?).

Pourtant à l’époque, dans les Sixties, j’allais le samedi soir dans un cinéma de mon quartier voir l’édifiante illustration de ce que j’apprenais en classe; mais quelle différence ! Jules César avait soumis la Belgique ? Au cinoche je voyais Rik Battaglia/Vercingétorix enlacer Dominique Willms/Astrid « reine des Belges » (JULES CESAR CONQUERANT DES GAULES, Amerigo Anton, 1962). Xerxès avait écrasé les Spartiates aux Thermopyles ? Je pénétrais sous sa tente et l’y trouvais reluquant ses bayadères (LA BATAILLE DES THERMOPYLES / LES 300 SPARTIATES, Rudolph Maté, 1962) pig . Toutes choses que je ne risquais pas de retrouver dans Alix ou chez l’Oncle Paul.

Pourtant, BD ou films, l’un et l’autre atteignaient les enfants avec cette nuance que seuls les marmots étaient censés lire cette sous-littérature qu’était la BD, alors que le cinéma E.A. [enfants admis], raisonnablement filtré, visait un public populaire – le « grand public » – partageant nos valeurs sociétales bobos. Seul le méchant de service faisait des horreurs pas possibles à ses esclaves.

Raymond a écrit:Dans Alix, c'est plutôt la relative violence de certains combats (qui ne manquent pas dans les Légions perdues) et surtout l'efficacité du dessin de Jacques Martin qui a heurté les censeurs. Derrière son académisme, son graphisme est en effet très dynamique et certaines images peuvent être considérées comme terrifiantes (...)
La violence que signale Raymond à propos des LEGIONS PERDUES – je suppose qu’il pensait spécialement à ce combat de gladiateurs développé sur quatre pages –, cette violence donc je la retrouvais tous les samedis au cinéma, en plus saignant. En plus explicite. Tout en restant relativement soft.
Une image martinienne qui m’est restée en mémoire, même si je ne me rappelais plus dans quel album je l’avais vue (dans ces mêmes LEGIONS, en fait), c’était Crassus renversé, à qui Surena s’apprêtait à faire verser dans bouche de l’or en fusion. On ne voit pas les effets dévastateurs du supplice, mais on les suggère par leur imminence, comme les scènes de martyre dans la peinture néo-classique et/ou pompier (on n’est pas dans un film de George Romero ou d’Herschell Gordon Lewis !).

12 Re: Alix et la censure le Jeu 7 Jan - 20:06

Tarmac

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AJAX a écrit:Une image martinienne qui m’est restée en mémoire, même si je ne me rappelais plus dans quel album je l’avais vue (dans ces mêmes LEGIONS, en fait), c’était Crassus renversé, à qui Surena s’apprêtait à faire verser dans bouche de l’or en fusion.

C'est également une image qui avait frappé durablement l'imaginaire de mon enfance. A partir d'un simple fait divers historique réel, J MARTIN en a avait une image hyper-violente, pour l'enfant que j'étais.
Je sais bien qu'aujourd'hui, ce genre d'image passerait totalement inaperçu, eu égard aux dessins de "Murana" ou "Des aigles de Romes"

13 Re: Alix et la censure le Jeu 7 Jan - 20:12

Pierre

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vieux sage
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Il en fut de même pour moi.

Dans la tiare d'Oribal je crois.

14 Re: Alix et la censure le Ven 8 Jan - 10:42

AJAX

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A propos du "méchant de service" sus-évoqué dans mon dernier post, il est de notoriété publique que Cecil B. DeMille, tout grand moralisateur qu'il était, y trouvait sa délectation. Bien sûr sa mise en échec, à la fin du film, sauvait la morale(*)...

Que serions-nous sans ces méchants, dont les turpitudes entretiennent notre vertueuse capacité d'indignation ? Indignation très hypocrite, bien entendu, mais sans elle pas de film de nazisploitation ni ne péplums etc. qui en remettent une couche. Les règnes heureux sont des règnes sans histoires, dit-on. Et sans histoires, pas de scénarios. Voyez le roman idiot de Lloyd C. Douglas, LA TUNIQUE, qui a donné au péplum un de ses plus grands classiques en 1953, suivi d'une séquelle LES GLADIATEURS (1954).
Contrairement à ce que soutient le film, il n'y eut jamais de persécution de chrétiens sous Caligula (emp. 37 à 41) : aucun texte, même interpolé, n'en mentionne. Et, dans le temps, son règne se situe un peu trop près de la date présumée de la crucifixion du Christ pour que les Romains se soient souciés de la prolifération des chrétiens. Mais bon, quand sur la route on croise une scène d'accident, on ne ralentit pas par prudence mais plutôt pour se rincer l'oeil ! Shocked

Pour en revenir à Jacques Martin, je crois que le viol, ou plutôt l'humiliation d'Ariela dans IORIX LE GRAND ne lui a pas valu que des compliments (des lecteurs ? de la rédaction ?). Un de mes anciens collègues, adepte des pratiques BDSM, m'avait avoué avoir été, enfant, très troublé par cette scène.

Mais pour ma part, autre époque et autre lieu (on n'était plus dans les années 1960 mais en 1984), les premiers albums de JHEN m'ont valu certes une bouffée de chaleur - Pleyers savait dessiner des créatures rafraichissantes ! I love you - mais surtout un sentiment de malaise, les fantasmes de Gilles de Rais ne rencontrant pas les miens.
____
(*) Cette vierge chrétienne (elles le sont toutes) enchaînée nue à un Hermes, avec un gorille en rut qui s'approche d'elle (LE SIGNE DE LA CROIX, 1932) est sans doute à mettre en relation avec le passage de Suétone (Néron) rapportant que, couvert de peaux de bêtes, Néron assouvissait sa lubricité sur les corps de condamné(e)s enchaînés nu(e)s. La scène m'évoque surtout un vieux mythe colonial sur des rapports sexuels supposés entre gorilles et humaines...
En fait, LE SIGNE DE LA CROIX est tiré d'une pièce de théâtre de Wilson Barrett, qui avait acquis les droits de QUO VADIS. Le film de DeMille est donc un crypto-QUO VADIS, et j'imagine sans peine qu'au théâtre il était plus simple de livrer Lygie à un comparse déguisé en singe plutôt qu'à un taureau (ce qui n'était déjà pas évident au cinéma). J'aimerais beaucoup consulter le livret de Barrett pour vérifier mon hypothèse; il y en aurait un exemplaire à la BNF, je crois...

15 Re: Alix et la censure le Lun 11 Jan - 10:59

AJAX

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license ès BD
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Pierre a écrit:Il en fut de même pour moi.

Dans la tiare d'Oribal je crois.
A part l'évocation d'un roi mourant victime d'une tiare empoisonnée, et même si l'expédition de Crassus en Syrie transsude en arrière-plan de LA TIARE D'ORIBAL, il n'est nullement question dans l'album de la mort de ce dernier ni de son supplice. La scène en question est dans LES LEGIONS PERDUES.

Plus j'y réfléchis, plus j'abonde dans le sens de mesures protectionnistes françaises à l'encontre de tous produits culturels étrangers visant aussi bien les publications francophones "made in Belgium", que les traductions de comics US. Le rôle des communistes et de leur antiaméricanisme fut déterminant, dans l'immédiat après-guerre.

Et ce fut valable aussi pour le cinéma. Je viens de reprendre sur mes rayons le bouquin d'Albert Montagne, HISTOIRE JURIDIQUE DES INTERDITS CINÉMATOGRAPHIQUES EN FRANCE (1909-2001), qui décrit en long et en large la frilosité de l'industrie cinématographique avant-guerre, pendant et après... Edifiant !
Du reste, quiconque s'intéresse un peu au cinéma fantastique sait que dans les années '50-'60 les cinéphiles et journalistes parisiens venaient à Bruxelles par charters entiers voir des films non distribués en France.

C'est dans ce contexte-là qu'il fait situer la censure qui frappa les deux albums de Jacques Martin en 1965. Les prétextes allégués n'étant que ce qu'ils sont : des prétextes...

16 Re: Alix et la censure le Lun 11 Jan - 11:21

Treblig


Double prix Nobel
Double prix Nobel
AJAX a écrit:
Plus j'y réfléchis, plus j'abonde dans le sens de mesures protectionnistes françaises à l'encontre de tous produits culturels étrangers visant aussi bien les publications francophones "made in Belgium", que les traductions de comics US. Le rôle des communistes et de leur antiaméricanisme fut déterminant, dans l'immédiat après-guerre.
Sans oublier la presse jeunesse catholique qui fut leur allié objectif, afin que les publications "made in USA" et belges ne viennent pas concurrencer outre mesure leurs journaux respectifs.

17 Re: Alix et la censure le Mer 13 Avr - 14:34

Erik A

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martinophile distingué
martinophile distingué
AJAX a écrit:A part l'évocation d'un roi mourant victime d'une tiare empoisonnée, et même si l'expédition de Crassus en Syrie transsude en arrière-plan de LA TIARE D'ORIBAL, il n'est nullement question dans l'album de la mort de ce dernier ni de son supplice. La scène en question est dans LES LEGIONS PERDUES.
C'est dans ce contexte-là qu'il fait situer la censure qui frappa les deux albums de Jacques Martin en 1965. Les prétextes allégués n'étant que ce qu'ils sont : des prétextes...

http://erikarnoux.blogspot.com

18 Re: Alix et la censure le Mer 13 Avr - 16:45

AJAX

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Voui. Une image forte, n'est-ce pas ?
Elle me poursuit depuis l'adolescence (contexte : l'indépendance de notre colonie du Congo et son cortège d'atrocités).

Il y a probablement une part de légende dans tout cela. Crassus aurait plutôt été tué d'un coup d'épée pour une question d'étiquette. Et par un Parthe énervé qui voulait le faire monter à cheval pour aller rencontrer Surena et négocier sa reddition/la paix avec Rome. Mais Crassus voulait aller à pied, comme il sied à tout bon magistrat romain. Vieux con, mais Romain jusqu'au bout des ongles(*). Respect !
Pour le Parthe cavalier, aller à pied était impensable, indigne ! Et puis ensuite... jeux de mains, jeux de vilains...

Le genre de topos qui m'obsède. Léonidas, Alamo, Custer... "Lorsque tout est fini et qu'il n'y a plus d'espoir..." (Voltaire, Mérope).
_____

(*) Avez vous déjà vu sa tête (on possède des bustes) ? Sir Laurence Olivier. dans le SPARTACUS de Kubrick/Douglas, l'incarnait merveilleusement bien.

19 Re: Alix et la censure le Mer 13 Avr - 19:44

Monocle

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docteur honoris causa
docteur honoris causa
Dans la tour de Babel, il y a aussi quelques images fortes, on sent que la censure se relâche...
Quand à Alamo, pour moi, c'est un coup foireux organisé par des politiciens ayant besoin de reconquérir leur public (notamment Davy Crokett) et des esclavagistes (Jim Bowie), triste pour la centaine de pauvres types qui ont cru leurs boniments. Rendons hommage à Louis Rose, seul homme censé de la bande.
...Et Custer n'a eu que ce qu'il méritait na!  Very Happy (d'ailleurs sait on combien il y a eu de victimes indiennes à Little Big Horn?)

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20 Re: Alix et la censure le Jeu 14 Avr - 20:58

Erik A

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martinophile distingué
martinophile distingué
Il y a un monde entre la censure sur la BD dans les années 50 et 60 et ce qui se publiera à partir de 74, au moment de la scission entre Gotlib, Mandryka et les autres vs Goscinny, par exemple... Sans oublier les titres Glénat des années 80.

Martin, dans Alix, peut se permettre plus facilement de "montrer l'immontrable", sans que ça choque le lecteur de ces années là....

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