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L'or de Saturne

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126 Re: L'or de Saturne le Mer 9 Nov - 10:44

AJAX

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docteur honoris causa
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Sur Bédéthèque, il y a un commentaire d'un certain GimpUser qui mérite que je m'y attarde notamment quand je lis ceci :
Mais ce que je reproche le plus, c'est l'indigence des dialogues avec la palme à la réplique sur la dernière case de la page 34.
Tous les latinistes qui ont traduit Cicéron (les catilinaires) et même les autres connaissent sa célèbre phrase : Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra (jusqu'à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience). Eh bien que dit Alix, dans cette case, quand il s'adresse à Cicéron ? Jusque quand, Cicéron, abuseras-tu de sa patience ? Véridique !

http://www.bedetheque.com/BD-Alix-Tome-35-L-or-de-saturne-291161.html


C'est amusant mais je vois cette réplique plutôt comme un malicieux clin d'oeil à l'une des plus célèbres citations de Cicéron dont je suis présentement en train d'en lire l'analyse dans le surprenant SPQR de Mary Beard (la traduction française de ce livre est sortie chez Perrin à peu près en même temps que l'album de Valmour et Venanzi). Car ce fameux Quo usque tandem... est une antienne de la littérature historique latine que l'on a mis à toutes les sauces. Je ne vais pas me fatiguer à résumer ici cette glose (je vous y renvoie), mais à la lueur de celle-ci la réplique d'Alix prend une saveur toute spéciale et judicieuse.

Je dirai seulement qu'à trop vouloir se faire mousser politiquement, le brave Cicéron pouvait effectivement lasser l'émissaire de César qu'était Alix.

Comme quoi, tout n'est que question de point de vue. Et comme disait quelque part Clint Eastwood, "les opinions c'est comme..."
down  down  down

127 Re: L'or de Saturne le Mer 9 Nov - 11:24

Raymond

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Je suis assez d'accord avec toi. Cette citation déformée d'une phrase célèbre de Cicéron n'est pas une maladresse ou une indigence de langage, mais bien un clin d’œil au lecteur cultivé.


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http://lectraymond.forumactif.com

128 Re: L'or de Saturne le Mer 9 Nov - 13:24

AJAX

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docteur honoris causa
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Et j'ajouterais que chronologiquement parlant, le "Quo usque tandem..." a été prononcé par Cicéron en décembre 63. Et que ici Alix parle ici en décembre 50; resterait à prouver qu'il ait été lecteur des Catilinaires. Mais je fais confiance à la rumeur publique... ne dit on pas Vox populi, vox Dei ?
Very Happy

129 Re: L'or de Saturne le Lun 21 Nov - 19:37

Tarmac

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grand maître
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Critique intéressante de "L'or de Saturne" avec un Alix qui plaît à la gente féminine Very Happy
Arrow https://www.dailymars.net/critique-bd-alix-l-or-de-saturne-de-martin-valmour-et-venanzi/

130 Re: L'or de Saturne le Lun 21 Nov - 22:13

Raymond

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Admin
Et en plus, quelques déclaration de Marco Venanzi qui est très satisfait de son album :   Cool

http://www.rtbf.be/info/regions/detail_l-or-de-saturne-un-nouvel-album-d-alix-dessine-par-le-nandrinois-marco-venanzi?id=9447643


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131 Re: L'or de Saturne le Mar 22 Nov - 13:28

Tarmac

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132 Re: L'or de Saturne le Mar 22 Nov - 13:34

Tarmac

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grand maître
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Et de BD Best Arrow http://www.bd-best.com/critiques.php?critiqueid=8499

Beaucoup y voient les prémices d'une future idylle entre Alix et la belle Tullia, fille de Cicéron

133 Re: L'or de Saturne le Mar 22 Nov - 13:41

Raymond

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Hem ... c'est une idée difficilement défendable. Tullia est un personnage historique, et on connait le nom de son époux ! Rolling Eyes


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134 Re: L'or de Saturne le Mar 22 Nov - 15:12

Monocle

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docteur honoris causa
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Raymond a écrit:Hem ... c'est une idée difficilement défendable. Tullia est un personnage historique, et on connait le nom de son époux !  Rolling Eyes
Elle aurait pu avoir quelques amants que l'histoire a oublié... Very Happy...Mais Alix accepterait-il d'être un amant caché?

135 Re: L'or de Saturne le Mer 23 Nov - 11:46

AJAX

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docteur honoris causa
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Raymond a écrit:Hem ... c'est une idée difficilement défendable. Tullia est un personnage historique, et on connait le nom de son époux !  Rolling Eyes

Bof ! Son mari historique était Dolabella, mais L'OR DE SATURNE ne s'est pas gêné pour coller Tullia dans les pognes de Petreius ! Laughing

Pour les lecteurs d'Alix qui voudraient en savoir plus sur Cicéron et sa famille, je recommande sa bio par Pierre Grimal, chez Fayard ! Précieux auxiliaire : sa chronologie très détaillée. Il faut dire qu'avec le courrier qu'on a conservé de lui - si toutefois il n'a pas été retouché comme certains de ses discours [le Pro Milone(*) p.ex.] -, c'est un peu comme si on avait conservé son journal intime.
Ceux qui sont pressés peuvent toujours se reporter à celle - succincte - que j'avais établie à l'occasion de mon dossier sur la série ROME (H.B.O.) : http://www.peplums.info/pep39i.htm#16i

Approche plus ludique de Cicéron, je me dois de signaler la triologie de Robert Harris : IMPERIUM, CONSPIRATA et DICTATOR (ce dernier paru il y a peu). Je n'ai pas encore lu, mais ça me semble de fort bonne facture. C'est son esclave et secrétaire Tiron (l'inventeur de la sténographie, les "notes tironiennes") qui écrit sa bio. Le véritable Tiron en avait effectivement composé une, hélas perdue.

Vu d'un point de vue césarien Cicéron apparaît aussi dans les derniers volumes de la saga de Colleen McCullough, LES MAITRES DE ROME. C'est du roman, mais fiable à 95 %. En effet, une romancière doit parfois faire des choix lorsque les sources sont contradictoires. C'est ainsi par exemple qu'elle fait de Spartacus un centurion marianiste condamné par la répression syllanienne (ingénieux et plausible, quoique...), ou de Marius et Sylla des beaux-frères, ce qui facilite certains dialogues. Mais en fait Marius avait épousé une Iulia, tandis que Sylla avait convolé avec une Ilia, nous dit Plutarque. Mais Plutarque ne maitrisait pas bien le latin, et son "Ilia" (en grec) était probablement une Elia. Il est toujours prudent de lire en parallèle des bios de Sylla, Marius, Pompée, Brutus, Antoine etc.
___
(*) Ce qui permit à Milon - exilé à Marseille son procès perdu - de dire que si le "Pro Milone" publié avait été aussi bon, il ne serait pas là, dans la cité phocéenne, à déguster de délicieux rougets !

136 Re: L'or de Saturne le Mer 8 Aoû - 22:46

Jacky-Charles


license ès BD
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Comme annoncé, une autre analyse restée dans mon "tiroir" :


L'OR DE SATURNE

Trente-cinquième aventure d'Alix


Le résumé

César n'a pas encore franchi le Rubicon, mais c'est pour bientôt : pour mettre toutes les chances de son côté, et s'assurer un allié de poids face à Pompée, il envoie Alix en mission auprès de Cicéron. Mais tandis qu'Alix chevauche vers Rome, les pompéiens présents dans l'entourage de César, conduits par Labiénus, montent un complot pour piller le trésor public de Rome, avec la complicité involontaire d'Enak, inconscient du rôle qu'on lui fait jouer et où il risque sa vie. Fort heureusement, Alix va trouver de nouveaux appuis inattendus...


Où cela se passe-t-il ?

L'histoire commence au pied de Alpes, en Gaule Cisalpine, se poursuit à Rome et s'achève sur la côte de la mer Tyrrhénienne, entre Ostie et Naples.


Quand cela se passe-t-il ?

Nous sommes en décembre -50, la date précise étant fournie par la fête des Saturnales, qui commence le 17 décembre et se prolonge pendant huit jours.


Le contexte historique

Plusieurs aventures d'Alix se déroulent à ce moment charnière de l'Histoire. Dans la chronologie que j'ai établie, celle-ci sera la dernière de la période dite « pompéienne », puisque César franchira le Rubicon dans moins d'un mois. On verra cet événement dans « La dernière conquête », qui ouvre ainsi la période « césarienne », laquelle se poursuivra avec « La conjuration de Baal », qui se déroule deux mois après. Il est normal que les auteurs aient privilégié cet événement déterminant, même si plusieurs récits se recouvrent inévitablement.  

Le territoire de Rome étant démilitarisé, un chef de guerre comme l'était César n'avait pas le droit de franchir sa limite, fixée sur le petit fleuve Rubicon, avec son armée, sinon il se mettait hors la loi et pouvait être poursuivi, jugé, voire exécuté si les choses tournaient mal pour lui. S'il le franchissait sans armes et à titre civil, il redevenait un simple citoyen et pouvait également tomber sous le coup de la loi si on avait quelque chose à lui reprocher. On pouvait faire confiance aux adversaires de César, notamment Pompée, pour trouver des motifs à cela.

Pour se couvrir, César voulait se faire réélire au consulat, éventuellement sans être présent à Rome, mais le Sénat s'y était opposé et il lui aurait fallu s'y rendre. Mais aller à Rome voulait dire qu'il renonçait à commander ses légions et qu'il acceptait la décision du Sénat disant qu'il avait terminé son proconsulat des Gaules. En effet, il avait été désigné une première fois pour cinq ans de -58 à -54 inclus, puis une seconde fois. Mais le Sénat et lui n'étaient pas d'accord sur le point de départ du second proconsulat. Pour César, il commençait logiquement à la suite du premier, en -53, et se poursuivait jusqu'en -49 inclus. Pour le Sénat, il avait commencé au moment de son vote, dans le courant de l'année -54, et se trouvait donc achevé à la fin de l'année -50, lorsque commence cette histoire. Pour ses adversaires, César n'était plus alors proconsul des Gaules et devait laisser ses légions au commandement de quelqu'un d'autre. Une exigence difficile à admettre pour lui et qui allait conditionner la suite des évènements.

Plus les aventures d'Alix deviennent nombreuses, plus nous avons l'occasion de retrouver de la documentation déjà présentée dans une de ces analyses. J'ai déjà publié un article sur les pirates dans celle de « La chute d'Icare », auquel le lecteur peut se reporter. Pour ce nouvel album, vous trouverez ci-après un article sur la Cilicie, qui vient compléter le précédent, sur Saturne, titre oblige, et sur un personnage important à cette époque, mais que nous n'avions pas encore rencontré sur le chemin d'Alix : Cicéron.


Saturne et les Saturnales

Ce dieu latin a été identifié au dieu grec Kronos dont on lui attribue la légende. Fils d'Ouranos ( le ciel ) et de Gé ( la terre ), il détrôna son père pour régner sur l'Olympe après avoir écarté son frère aîné Titan. Ce dernier, en contrepartie, exigea que Kronos n'ait pas de postérité de manière que l'Olympe revienne à ses propres descendants ( ce qui laisse entendre que ces dieux-là étaient plus ou moins mortels... ). Kronos remplit sa part du contrat en dévorant chacun de ses enfants à leur naissance. Seul Zeus en réchappa. Devenu adulte, il fit régurgiter par Kronos la fratrie dévorée, enferma Titan et ses enfants dans le Tartare et prit possession de l'Olympe avec ses frères et soeurs.

Chassé par ses enfants, Kronos s'enfuit en Italie, dans le Latium, où il devint Saturne. Son nom provient peut-être d'un mot étrusque, mais une étymologie populaire erronée le rapproche de « satus » ( semé ), faisant de lui le dieu des semailles. Accueilli par le roi mythique Janus, qui partagea son autorité avec lui, ils firent régner la prospérité et l'abondance : ce fut le célèbre « âge d'or ». A cette heureuse époque, tous les hommes étaient égaux, personne n'était au service d'un autre, toutes les choses étaient possédées en commun ( des idées qui ont souvent été reprises par la suite... ).

A Rome, Saturne était le protecteur des travaux agricoles, présidant à la vigne, aux récoltes et aux champs. Son temple, au pied du Capitole, sur le Forum, était magnifique ( il en subsiste quelques vestiges ). Pendant la République, les questeurs ( chargés des finances publiques ) conservaient dans ce temple, sous la protection du dieu, le trésor public ( Aerarium  Saturni ), mais aussi les archives de l'Etat, les objets conquis sur l'ennemi et les enseignes des légions qui n'étaient pas en campagne.

Sa fête solennelle, les Saturnalia, était célébrée le 17 décembre. Peut-être à l'origine fête agricole marquant le solstice d'hiver, époque des semailles, sa durée s'accrut au fil du temps jusqu'à huit jours. Le premier jour seul avait un caractère religieux. Pendant le reste de la fête avaient lieu des banquets au cours desquels on s'offrait des cadeaux ; la joie régnait ces jours-là en l'absence de contraintes et de barrières sociales : les maîtres coiffaient le bonnet des esclaves ( pileus ) qui participaient aux festins sur un pied d'égalité avec les citoyens.

Le culte de Saturne n'existait guère en dehors de Rome. En revanche, il était très présent en Afrique, où Saturne, héritier du Baal-Hammon punique, est le dieu suprême, maître universel régnant sur le ciel, la terre féconde et l'outre-tombe, avec de nombreux sanctuaires. Il est également assimilé au Sérapis gréco-égyptien.


La Cilicie

Cette région située au sud de l'Asie mineure comprend deux parties : la Cilicie Trachée, montagneuse avec des sommets de plus de 2 000 mètres, et des forêts fournissant le bois pour les constructions navales, et la Cilicie Plane, plaine orientale fertile produisant des olives, du vin, des céréales et du lin.

Depuis la fin du -VI° siècle, elle est dominée par la Perse, tout en étant gouvernée par un souverain local, le syennésis, disposant d'une relative autonomie. Le tribut dû à Darius comprend 360 chevaux blancs, 500 talents d'argent, et fournit 100 vaisseaux pour les expéditions militaires. L'influence de l'hellénisme est ressentie à partir du -V° siècle. Une véritable satrapie de Cilicie est créée au -IV° siècle, avec Tarse pour capitale, mais l'autorité perse est plus sensible dans la Cilicie Plane que dans les montagnes de la Trachée.

En -333, Alexandre le Grand s'empare de Tarse et soumet la Cilicie après avoir remporté, dans la plaine cilicienne, la grande victoire d'Issos. Après sa mort, elle s'intègre dans le royaume séleucide, mais les Lagides d'Égypte y fondent une colonie : Arsinoé de Cilicie.

Depuis la fin du -II° siècle, elle était devenue un repaire de brigands et de pirates, en raison de la disparition de tout État puissant en Méditerranée orientale. En -96, dans le cadre de la lutte contre les pirates, une « provincia Cilicia » est créée, dont Sylla est l'un des gouverneurs. La province est réorganisée par Pompée après sa victoire sur les pirates. La province couvre alors toute la côte sud de l'Anatolie et est gouvernée par des proconsuls, dont Cicéron en -51/-50.


Cicéron ( -106/-43 )

Il était étonnant qu'Alix n'ait pas encore rencontré ce personnage, omniprésent dans la vie politique romaine de cette époque. Voici une lacune enfin comblée.

Sa vie

Marcus Tullius Cicero est né en -106 à Arpinum, une bourgade du Latium, dans une famille de chevaliers honorable, mais obscure. C'est un « homo novus », c'est à dire qu'aucun de ses ancêtres n'a fait de carrière politique. Les « vrais Romains » de la noblesse ancienne le lui feront sentir tout au long de sa vie : pour eux, c'est un pèquenot. Son cognomen vient de « cicer », c'est à dire « pois chiche », peut-être parce qu'un de ses aïeux en cultivait.

Il fait d'excellentes études à Rome, puis sert dans l'armée pendant la guerre sociale sous les ordres de Pompéius Strabo, le père du Grand Pompée. Après un voyage en Grèce et en Asie Mineure où il se perfectionne en philosophie ( -79/-78 ), il est élu questeur en Sicile ( -76 ), puis édile en -70,  prêteur en -66, consul en -63.

Il est alors menacé de mort par Catilina et ses conjurés, et prononce à leur encontre les « Catilinaires » ( voir ci-après ). Il fait voter par le Sénat un « sénatus consulte ultimum » ( sorte d'état de siège ) et fait exécuter dans leur prison, sans procès, les complices capturés de Catilina, laquel est ensuite vaincu et tué dans un combat en Étrurie.

Cette procédure expéditive lui vaut d'être accusé par le tribun de la plèbe, Clodius, en -58. Ce dernier le fait condamner à l'exil, raser sa maison et confisquer ses biens. Il est rappelé d'exil l'année suivante et retrouve ses biens grâce au soutien de Pompée, mais l'alliance conclue à Lucques entre celui-ci, César et Crassus, l'écarte des affaires.

Il est augure en -53 ( « Comment deux augures peuvent-ils se regarder en face sans éclater de rire ? » ) puis proconsul de Cilicie en -51, où il se montre administrateur habile et relativement désintéressé. Il revient en Italie en -50. Il hésite alors avant de suivre Pompée contre César  ( c'est le sujet de cet album ). Il finira par se rallier à César après sa victoire de Pharsale. César lui pardonne et il se met en retrait de la vie politique pour rédiger l'essentiel de ses oeuvres entre -46 et -44.

Après les malheurs politiques, il connaît des chagrins privés : il divorce de son épouse Terentia en -45 et il perd sa fille Tullia cette même année. Il épouse alors sa pupille Publilia, mais de mauvaises langues prétendent que c'est surtout pour ne pas lui rendre ses biens dont il assurait la gestion ; il divorce de Publilia dès l'année suivante parce qu'elle se serait réjouie de la mort de Tullia.            

Après la mort de César, les ambitions d'Antoine et d'Octave ne lui permettent guère qu'un effort désespéré pour tenter de sauver la République. Il prononce ses 14 Philippiques contre Antoine, qui devient son ennemi mortel. Mais Octave se rapproche de ce dernier et ils forment le second triumvirat avec Lépide. Octave le place sur la liste des proscrits. Il est assassiné à Gaète ( 7 décembre -43 ). Sa tête et ses mains seront clouées sur la tribune aux harangues, sur le Forum.

Ses oeuvres

Cicéron est l'instigateur d'une politique originale : il appelait à la formation d'un parti du « centre », où se rencontreraient chevaliers et sénateurs et qui lutterait contre la désagrégation des institutions et la corruption générale. Mais autant que les faiblesses de son caractère, les manoeuvres des ambitieux, démagogues ou aristocrates, l'égoïsme et la vénalité des milieux politiques romains l'empéchèrent de redresser une situation déjà fortement compromise au moment où il devint influent.

Son oeuvre littéraire comprend :
des discours, plaidoyers et harangues politiques,
des traités de rhétorique,
des traités de philosophie,
des correspondances, dont les célèbres lettres à son ami Atticus, à son frère Quintus et à Brutus,
des ouvrages historiques et de poésie.

On le savait brillant orateur, mais on ne peut en juger que par les appréciations de ses contemporains car tous ses discours et plaidoyers ont été réécrits après coup. Ses auditeurs en admiraient l'art de la composition, la vivacité des attaques, l'énergie de l'argumentation, les saillies d'une ironie à la fois mordante et plaisante. Peut-être leur manque-t-il parfois la conviction et l'énergie qui faisaient défaut à l'homme d'Etat..

Tout cela n'empêchait pas Cicéron de soigner sa fortune. On l'estimait à 13 millions de sesterces, ce qui lui permettait de vivre luxueusement selon ses goûts et de faire de nombreux placements lucratifs. Il possédait plusieurs immeubles à Rome et en dehors de la Ville. Son activité d'avocat, la seule permise pour un sénateur, interdit de pratique commerciale ou financière ( mais il y avait des prête-noms... ), n'était pas rémunérée, mais rien n'empêchait le client reconnaissant de « l'honorer » par un cadeau ( objet d'art, esclave, immeuble, etc. ), d'où les « honoraires » d'aujourd'hui.

Un exemple : les « Catilinaires » ( « Jusques à quand, Catilina... » )

Ce sont les quatre discours dirigés contre Catilina et ses complices qui complotaient contre la République. Le consul Cicéron, prévenu des faits mais ne disposant d'aucune preuve formelle, convoque le Sénat pour prendre toutes dispositions utiles. Catilina eut l'audace de se rendre à cette réunion. Cicéron prononce alors son premier discours qui commence par la violente et célèbre invective : « Jusques à quand, enfin, Catilina, abuseras-tu de notre patience... » à l'égard de celui dont les projets criminels sont connus. Il pourrait le faire mettre à mort, il préfère le laisser vivre, mais qu'il parte de Rome au plus tôt. Et Catilina, impressionné, quitte Rome.

Le lendemain, Cicéron croit devoir justifier sa conduite auprès du peuple hésitant : il le harangue sur le forum. Les citoyens doivent aider le consul dans sa tâche de vigilance, le chef est parti, mais les complices sont restés, il faut agir contre eux avec l'aide des dieux.

Dans sa troisième harangue, Cicéron rend compte au peuple des évènements qui se sont déroulés depuis la dernière réunion : les complices de Catilina ont été découverts et emprisonnés, la République est sauvée. Les dieux, qui ont tout conduit, ont droit à la reconnaissance des citoyens.

Dans le quatrième discours, les sénateurs, à leur tour, méritent des remerciements, ils doivent maintenant décider de la peine à réserver aux conjurés. Cicéron se prononce pour le châtiment suprême. Dévoué à la République, il fera exécuter la sentence sans craindre les vengeances. Grâce à l'énergique intervention de Caton et malgré les réticnces de César, son avis fut suivi et, le soir même, les conjurés étaient exécutés dans leur prison.


Les naumachies

Dans cette histoire, pages 18 à 23, nous est présentée une naumachie organisée par Pompée, avec, en vedette, son fils Sextus. Nous sommes en décembre de -50.
La naumachie ( du grec « naumachia », littéralement « combat naval » - en latin « navalia proelia » ) désigne à la fois le spectacle représentant un combat naval et le bassin, ou l'édifice où il se tient. C'est un spectacle d'exception qui demande des moyens considérables, à la portée d'un empereur mais pas d'un simple particulier, si riche soit-il, pour aménager un plan d'eau des places pour les spectateurs, amener les flottes et les combattants. Elles n'ont pourtant laissé quasiment aucune trace archéologique et notre connaissance en est seulement littéraire.
Le spectacle était proche du combat de gladiateurs, en plus meurtrier ( la plupart des gladiateurs survivaient ), étant donné les effectifs en présence et la « qualité » des participants. Il s'inspirait d'un autre spectacle antérieur, le « combat par troupes », mettant aux prises deux petites armées, sans entraînement spécifique, les combattants étant généralement des condamnés.
Toutefois, les naumachies développaient des thèmes historiques ou pseudo-historiques, chaque flotte représentant un peuple célèbre par sa puissance maritime, ami ou ennemi de Rome.  

La naumachie de César

La première naumachie connue est celle donnée par César à Rome en septembre -46 lors de son quadruple triomphe, soit quatre ans après celle présentée dans cet album, qui est une pure invention. Et donc sans les Pompée, père et fils, le premier étant mort et le second en fuite.
C'était alors un spectacle d'une totale nouveauté. Dans une anse du Tibre fut creusée une fosse rectangulaire en partie maçonnée, de 2 mètres de profondeur, d'environ 430 mètres sur 280, alimentée par un canal la reliant au Tibre ; sur près de 1,5 km de pourtour, des rangées de gradins, dont la première domine la surface de l'eau d'au moins 6 mètres, permettaient à des dizaines de milliers de spectateurs de prendre place ; parmi eux, dans la tribune officielle, à côté de César, la reine Cléopâtre, dont beaucoup de Romains, à qui elle était fort antipathique, se demandaient ce qu'elle venait faire là.  
On avait faire venir d'Ostie vingt navires de guerre, à deux, trois et quatre rangs de rameurs, avec, pour équipages et infanterie d'assaut, 6 000 condamnés à mort et prisonniers de guerre, escortés par de légionnaires. Répartis en deux flotilles, ils devaient s'affronter dans un combat sans merci opposant deux puissances ennemies de Rome : l'Egypte, en souvenir du siège subi par César à Alexandrie en -48, et Tyr, en souvenir de l'ennemie par excellence, Carthage ( fondée par Tyr ), affirmant ainsi la domination romaine sur l'espace maritime méditerranéen, c'est à dire mondiale à l'échelle de ce temps.
Les combattants, ne pouvant ni fuir ni se révolter, n'ont d'autre issue qu'une belle mort, les survivants ne gagnant, s'ils ne sont pas exécutés tout de suite après, qu'à être réservés pour de prochains combats-spectacles... une exécution de masse déguisée en affrontement volontaire, une démonstration de force présentée comme une fête, par un chef charismatique maître de la nature et du monde, triomphant des Barbares et de ses adversaires, fussent-ils ses concitoyens.

La naumachie d'Auguste

Nous sommes en -2, au mois de septembre, pour profiter des hautes eaux du fleuve. Cette fois, le bassin artificiel s'étend sur 536 mètres de long et 357 de large dans un creux du méandre du Tibre. La bataille navale grandeur nature qui y est donnée est censée reproduire celle de Salamine, soit les Grecs d'Athènes contre les Perses au cours des guerres Médiques, mais il n'est pas difficile de comprendre qu'il s'agit en réalité de celle d'Actium.
Des dizaines de milliers de spectateurs ont pris place sur les 2 km de pourtour du bassin et peut-être des centaines de milliers d'autres se sont installés sur les contreforts et les hauteurs du Janicule formant un théâtre naturel. Ils distinguent bien les 30 galères de guerre à éperons, 15 de chaque côté, ainsi que d'autres navires plus légers, constituant les deux flottes. Entre les 3 000 soldats d'infanterie navale, et autant de rameurs et de marins, qui sont tous des condamnés à mort et des prisonniers barbares, le combat est sans merci, pour la plus grande joie de la plèbe. Il proclame la puissance d'Auguste, vainqueur d'Antoine et de Cléopâtre, et celle de Rome, victorieuse des Barbares, notamment des Parthes, successeurs des Perses, contre lesquels elle s'apprête à lancer une nouvelle offensive, et bien que ceux-ci aient restitué les enseignes enlevées à Crassus lors de la bataille de Carrhes, revenues à Rome à l'occasion de cette naumachie. C'est aussi un hommage à César.
Le bassin est alimenté par un nouvel aqueduc, l'aqua Alsietina ou Augusta, construit spécialement pour lui. Le canal qui le relie au Tibre est large d'au moins 7 mètres, long de 300, peut-être doté d'écluses pour éviter la stagnation des eaux qui avaient provoqué l'envasement de la naumachie de César. Le bassin restera ainsi en eau pendant plus d'un siècle et ne sera asséché, comblé et urbanisé que plus tard encore.  

La naumachie de Claude

En 52 de notre ére, l'empereur Claude donna une naumachie sur le lac Fucin ( voir la curieuse histoire de ce lac dans l'analyse de l'album : « Le serment du gladiateur » ), pour inaugurer les travaux de drainage du lac. Le thème en était les Siciliens contre les Rhodiens, avec douze trirèmes dans chaque flotte, mais elle évoquait en fait la conquête de la Bretagne, aussi, bien qu'il s'agisse d'un spectacle purement civil, Claude présida en tenue militaire ( paludamentum ).
Comme d'habitude, les combattants étaient des condamnés à mort qui saluèrent l'empereur par la fameuse adresse : « Ave, César, morituri te salutant ! ». C'est la seule fois où elle est attestée, contrairement à une tradition erronée qui en fait un salut rituel. Claude leur répondit : « Salut à vous ! ». Ils crurent qu'on leur faisait grâce et refusèrent de combattre Il fallut que Claude les persuade du contraire pour qu'ils fassent ce qu'on attendait d'eux... Suétone raconte cela avec une jubilation non dissimulée ( Les douze Césars, Claude, XXI ).

D'autres naumachies eurent lieu sous les règnes de Néron, Titus, Trajan, etc. Certaines nécessitèrent la mise en eau du Colisée. La dernière mention d'une naumachie date de l'an 274, à l'occasion du triomphe de l'empereur Aurélien, vainqueur de la reine de Palmyre, Zénobie.





Comment est racontée l'histoire  

Si l'on fait abstraction de quelques aménagements avec l'Histoire officielle, comme le conjoint de Tullia ( mais si l'on ne faisait pas cela, on n'écrirait jamais de romans à thème historique ! ), voilà un récit rondement mené où l'on ne s'ennuie pas un instant. On entre rapidement dans l'intrigue et l'intervention de nombreux personnages, tous avec leurs caractères personnels tracés d'un dessin ferme ou d'une réplique précise, permet de la faire avancer ou rebondir. On assiste ainsi à la mise en place du piège tissé autour d'Alix, puis d'Enak, et on se demande comment ils vont s'en sortir cette fois encore. Il faut reconnaître qu'il leur faudra beaucoup d'ingéniosité mais aussi une aide extérieure qui ne sera pas négligeable et qui fait d'autant plus l'intérêt du récit qu'elle est souvent agréable à regarder.

Dans ceux qui les aident comme dans ceux qui cherchent à les perdre ( voir la galerie des personnages à l'article suivant ) il y a en quelque sorte les habitués de ces aventures, comme Labiénus qui passe, selon les albums, du statut d'allié ( La cité engloutie ) à celui de traître ( L'Ibère ). C'est aussi une bonne idée d'avoir convoqué à nouveau l'ignoble Garofula, toujours aussi haineux et malchanceux. Mais la très bonne idée, c'est de nous avoir présenté la domus Cicéron avec père, fille, gendre et serviteurs. Ils prennent d'ailleurs beaucoup de place dans ce récit, à tel point qu'on se demande si celui-ci ne leur est pas préférentiellement consacré ! Cela nous vaut en particulier les deux merveilleuses pages ( pages 38 et 39 ), parfaitement inhabituelles et insolites dans l'univers d'Alix, où Tullia et Aegyptia manipulent les représentants de l'autre camp avec quelle virtuosité et quel succès ! Autres touches d'humour bienvenues, la réplique d'Alix à Cicéron, imitée des Catilinaires ( page 34 ) et l'oraison funèbre de Ladrus ( page 37 ).

Tout cela est à mettre au crédit des scénaristes qui ont travaillé ensemble : Pierre Valmour et Marco Venanzi tiennent ici un très bon niveau. Le dessin de Marco Venanzi est séduisant, nerveux et d'une grande efficacité, bien mis en valeur par les couleurs de Mathieu Barthélémy. J'ai bien apprécié les nombreuses scènes d'intérieur, pas si fréquentes ni si détaillées dans ces aventures. Les scènes d'action sont bien vivantes, en particulier la naumachie. Les physiques des personnages historiques semblent assez fidèles à ce qu'on sait de la réalité. Décors, costumes et paysages sont soignés, mais il est vrai qu'il y avait de la matière à cela. Un regret : la petitesse de certaines cases rendue nécessaire pour faire tenir toute cette action dans le cadre de l'album.

Il y avait cependant des détails de cette histoire qui me laissaient perplexe. Je ne m'expliquais pas, en effet, comment les anciens pirates ciliciens, dont une partie était prisonnière à Rome et condamnés à figurer dans la naumachie avec l'issue fatale qu'on devine, pouvaient se retrouver pour une autre partie sur la côte italienne comme honnêtes pêcheurs libres de leurs mouvements, à moins que les auteurs disposent de détails historiques qui m'ont échappés.
Et c'était bien le cas : dans son ouvrage « S.P.Q.R. » ( Perrin, 2016 ), l'historienne britannique Mary Beard me donne la clé de ce mystère. A la suite de sa victoire sur les pirates de Méditerranée, Pompée mit en place une politique d'assignation des terres inhabituellement progressiste pour l'Antiquité, mais aussi pour l'époque moderne : il offrit aux anciens pirates des petits lots, à une distance suffisante de la côte, pour leur assurer un moyen honnête de subsistance. Dans le chant IV des « Géorgiques », poème composé à la fin des années -30, Virgile fait brièvement apparaître un vieil homme coulant des jours paisibles près de Tarente, dans le sud de l'Italie ; devenu maître horticulteur et apiculteur, sa vie de pirate est loin derrière lui. Rien ne nous empêche donc d'imaginer que d'autres aient pu également se reconvertir comme les personnages précités.
 
Toujours pour rester dans le domaine maritime, je rappelle que les rameurs de cette époque, qu'ils se trouvent sur les vaisseaux de guerre ou les vaisseaux marchands, n'étaient pas des esclaves ou des condamnés enchaînés, mais des marins professionnels libres et bien considérés, très recherchés pour la confiance qu'on leur accordait et surtout bien payés. Enfin, une dernière curiosité m'a surpris : on sait qu'Alix habite à Rome, mais quand il y revient cette fois-ci, il ne se rend même pas chez lui et se fait héberger par Cicéron ; prudence du héros ou simplification scénaristique pour éviter les déplacements inutiles ?


Les personnages

Alix : le voilà de nouveau et de toute bonne foi en mission confidentielle pour le compte de César qui a d'autres projets nettement moins honnêtes. S'il ne s'agit pas cette fois de combattre, convaincre Cicéron de se rallier à César n'est pas non plus une sinécure. C'est donc que son patron a confiance dans ses talents de négociateur et de diplomate autant que dans ceux de guerrier. On le savait déjà plus porté sur la discussion que sur le conflit, mais quand celui-ci revient à grands pas, il ne faillira pas à son devoir. Et puis, il aura de bien agréables consolations, où il pourra mettre d'autres talents en valeur.

Enak : déçu par le départ d'Alix sans le prévenir, il se lance sans trop réfléchir dans une mission piégée, qui permet aux comploteurs de renvoyer sur son ami le méfait qu'ils ont commis. Evidemment, il ne devrait pas en ressortir vivant, mais Alix le sort deux fois de suite de ses mauvais pas, et il reprend sa place auprès de lui, toujours fidèle et, cette fois, efficace. Espérons qu'il sera moins naïf la prochaine fois et apprendra à peser à leur juste valeur les beaux discours de gens douteux.

Et, par ordre d'entrée en scène :

César : ( Caïus Julius César, -101/-44 ), on l'entrevoit au début pour confier à Alix la mission auprès de Cicéron. Mais évidemment, ce n'est pas à lui qu'il peut confier l'autre mission, celle relative à l'or de Saturne : il connaît trop bien son honnêteté. Pourtant, il se fait tromper par plus malin et encore moins scrupuleux que lui.

Labiénus : ( Titus Labiénus, -100/-45 ), cet adjoint de César pendant la guerre des Gaules est un pompéien dans l'âme et l'est resté. Malgré ses brillants états de service auprès de César, il sait que la position de celui-ci est moins solide que celle de Pompée et organise tout en conséquence pour maintenir cette dernière.

Gothar : nouveau personnage, ce prince germain rallié à César, mais en apparence seulement,  découvre vite ses véritables allégeances, sous l'influence de Labiènus. Brutal et efficace, un peu de subtilité le dépasse vite, comme on le voit dans la dernière séquence.

Curion : ( Gaïus Scribonius Curio, -90/-49 ), simple messager au début de cette histoire, cet ami de Marc Antoine était alors tribun de la plèbe ; il sera tué pendant la campagne d'Afrique contre Juba 1er.

Garofula : un revenant ! Depuis son échec des « Légions perdues », il devait moisir dans les bagages de César. Une occasion de se venger d'Alix lui est donnée et il ne tarde pas à s'en saisir, avec quelque succès au début, mais elle s'achèvera pour lui sur le détroit de Messine, une nouvelle déconvenue, bien méritée.

Tullia : ( Tullia Ciceronis, -76/-45 ), la charmante fille de Cicéron  est l'une des plus belles créations de la saga d'Alix, mais aussi la plus roublarde de toutes les dames qu'il a rencontrées ! La manière dont elle se joue de son père et de son fiancé dans deux scènes irrésistibles est unique dans ces aventures. On comprend facilement qu'elle trouve Alix plus sympathique que le sinistre Pétréius et qu'elle ne demande qu'à se laisser convaincre par lui de prendre sa part de risques pour son nouvel allié. A la fin de l'histoire, il leur restera quelques rêves à partager, mais peut-être pas que...
Dans la réalité... Tullia ne fut jamais fiancée à Pétréius. En -50, elle était mariée depuis peu ( c'était déjà son troisième mariage, après un veuvage et un divorce, et son propre choix contre l'avis de son père qui aurait préféré un certain Sulpicius Rufus ), avec Publius Cornelius Dolabella , un coureur de dot dont elle divorça à son tour peu de temps avant de mourir en -45.

Ladrus: le garde de Cicéron a été voleur et gladiateur dans une vie antérieure. Le voilà commis à la protection de la fille de son maître et il s'acquitte de sa mission avec une redoutable efficacité quand il faut seconder Alix. Il y laissera sa vie.On aurait bien aimé savoir comment il en était arrivé là.

Balistas : le compère de Ladrus, garde de Cicéron lui aussi, est plus discret et chanceux que lui, mais tout aussi efficace.

Quitillia : la servante de Tullia joue les agents doubles pour le compte de Pétréius et de Garofula, par cupidité, mais elle se fera tromper par plus maligne qu'elle.

Cicéron : ( Marcus Tullius Cicero, -106/-43 , voir l'article qui lui est consacré ), le grand homme tel qu'en lui-même, son portrait est ici très vraisemblable : grand littérateur et brillant orateur, mais politique indécis et pas toujours bien inspiré. Pendant toute l'histoire, il se demande quel camp il va choisir, et à la fin, il ne s'est pas encore clairement exprimé ( on sait que ce sera celui de Pompée et qu'il le regrettera vite ).

Tiron : (Marcus Tullius Tiro, -95/5 ), esclave puis affranchi de Cicéron, ce qui explique qu'il ait pris le nom de son maître ; son fidèle secrétaire établissait toute sa correspondance, ainsi que ses discours, plaidoyers, traités et ouvrages divers. Un très gros travail qu'il contribua à faire connaître en le publiant après la disparition de son auteur. Il aurait aussi inventé, ou perfectionné, une forme de sténographie, les « notes tironiennes », pour prendre au vol les paroles de Cicéron. Tout cela conserve son homme : Tiron vécut 100 ans.

Pompée : ( Cnaeus Pompéius Magnus, -106/-48 ), le maître de Rome ( pour l'instant ), est toujours aussi satisfait de lui-même. Il est vrai que jsqu'ici, les dieux lui ont été favorable, mais il ne voit pas encore que la chance va tourner. Il ne devrait pas se faire autant d'illusions sur le capacités de ses fidèles seconds.

Pétréius : ( Marcus Pétréius, -110/-46 ), l'homme de confiance de Pompée est peut-être un habile militaire, mais dans sa vie privée, il n'est pas de taille face à cette fine mouche de Tullia. Il a pour lui la force et un plan solidement élaboré et contre lui deux adversaires déterminés : Alix et Tullia. Autant dire qu'il a perdu d'avance.
Dans la réalité... Pétréius ne fut jamais fiancé à Tullia. Il combattra avec les pompéiens jusqu'à la bataille de Thapsus, où, vaincu, il se suicidera.                

Laxo : ce centurion de César passé au service de Pompée et devenu l'adjoint de Gothar est un traître non seulement vis-à-vis de son chef, mais aussi de ses compagnons d'armes, qu'il massacre sans pitié. On ne sait pas ce qu'il devient ensuite.

Aegyptia : la confidente de Tullia est aussi habile qu'elle, avec en plus des talents de masseuse ( dont profite Alix ) et de danseuse. Elle sait aussi bien embobiner le pauvre gardien des fauves que tromper cette espionne de Quitillia. Et en plus, elle a du charme.

Sextus Pompée : ( -68/-35 ), le fils cadet du Grand Pompée était un habile homme de guerre qui devint un amiral pirate : il commanda la marine opposée à César, puis au second triumvirat, et leur causa mille tourments. C'est donc un peu paradoxal qu'on le voit combattre les anciens pirates ciliciens dans un spectacle de naumachie. En tout cas, il ne devait pas être le prétentieux fils-à-papa tremblant de peur qu'on nous présente ici.

Calystos : ce prince cilicien, pirate déchu et captif, se défend héroïquement dans un combat naval organisé pour qu'il n'en puisse sortir que vaincu. Mais Alix vient troubler le jeu et gagne sa reconnaissance qui sera bien utile à notre héros pour retrouver l'or de Saturne grâce à un équipage prêt à tout, d'autant plus que son chef a aussi un compte à régler avec Pompée.

Ursius : le gardien des ours est un autre naïf qui croit ce que Ladrus lui dit et n'est pas insensible au charme d'Aegyptia. Il devient l'instrument volontaire de la délivrance d'Alix sans se douter qu'il tombe lui aussi dans un piège.

Bibulus : ( Marcus Calpurnius Bibulus, mort en -48 ), l'amiral fut d'abord consul en -59, en même temps que César, et s'arrangeait pour défaire ce que son collègue avait fait, à tel point qur César, excédé, l'obligea à s'enfermer chez lui pendant les deux tiers de son consulat, ce qui fit dire aux plaisantins que ce consulat ne fut pas celui de César et Bibulus, mais de Julius et César. Par la suite, il commanda la marine de l'Adriatique, qui devait empêcher César de passer en Grèce combattre Pompée, mais sa mort de maladie laissa la mer libre à César. Son bref rôle dans cette histoire n'est pas très reluisant non plus.

Archelos : le défunt roi de Cilicie, père de Calystos, a laissé un grand souvenir chez ses anciens sujets.

Douros : l'ancien capitaine pirate au service d'Archelos, retiré des affaires après la défaite, et devenu simple pêcheur, se met sans hésiter, avec ses hommes et ses liburnes, au service de Calystos et d'Alix, lui aussi ayant un compte à régler avec Pompée.  


Conclusion : Un album original, avec des personnages forts et hauts en couleurs, qui laisse l'excellent souvenir d'une histoire dynamique et d'un dessin somptueux.


Sources : comme bien souvent, les informations historiques proviennent du « Dictionnaire de l'Antiquité », de Jean Laclant ( PUF ), et de l'encyclopédie Quillet. L'ouvrage d'Alexandre Grandazzi « URBS » ( Perrin, 2017 ) m'a donné la description des naumachies.

-oOo-

137 Re: L'or de Saturne le Jeu 9 Aoû - 10:01

Raymond

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Admin
Belle analyse, sur laquelle je n'ai rien à redire ! Bravo Jacky-Charles ! pouce

Ce qui me frappe, en relisant tout ça, c'est que les auteurs ont vraiment bien fignolé leur scénario. L'histoire officielle est bien respectée et l'intrigue est ingénieuse. En fait, les trois albums dessinés par Venanzi sont tout-à-fait dignes d'éloge, et même si son dessin n'est pas mimétique (comme celui de Marc Jailloux), il mériterait de continuer à travailler sur la série.

Sinon, je ne savais pas que l'on avait recensé précisément toutes les naumachies qui s'étaient déroulées dans la cité romaine. Qui a fait cela ? Est-ce qu'il y avait un registre des jeux du cirque? Ou alors, est-ce un auteur qui a écrit un livre sur le sujet ? On pourrait dans ce cas imaginer que cet auteur ait oublié les plus anciennes manifestations de ce genre de jeu ?



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Et toujours ...
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138 Re: L'or de Saturne le Jeu 9 Aoû - 15:05

Jacky-Charles


license ès BD
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Naumachies : comme je l'ai indiqué dans les sources, leur histoire provient de l'ouvrage d'Alexandre Grandazzi "URBS", qui raconte l'histoire de Rome à travers ses monuments et ses grandes manifestations civiques et religieuses ( on en a d'ailleurs parlé dans un autre sujet du forum ) ; ce livre s'arrêtant au règne d'Auguste, j'ai complété avec le "Dictionnaire de l'Antiquité" pour la naumachie de Claude.

139 Re: L'or de Saturne le Jeu 9 Aoû - 23:58

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docteur honoris causa
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Beau travail comme d'hab, Jacky-Charles. J'imprime et je lis ça tranquillement. Tu nous a gâtés ces derniers jours... Very Happy

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